Des colonnes d’eau vive s’enroulent à mes
chevilles ; j’avance dans les sables, follement inutile ; mes cheveux
s’étoilent de bleu ; je suis une rivière perdue, une source où naissent
les cyclamens. Ils forment un cercle autour d’une petite mare où stagne mon
sourire. Il flotte comme un nénuphar et je pars dépossédée de moi-même.
Je ne suis rien, pas même le double d’un rêve qui
vogue sur les routes d’errance, je suis Myriam, le baladin des âmes, je passe
en chantant et je meurs au nom de la flûte qui psalmodie l’éternel amour,
l’éternel mensonge des hommes aux mains d’azur.
Je suis Myriam, je suis un rêve. L’eau vive
s’enroule à mes chevilles et s’épand en colonnes d’argent sur mon corps qui se
vrille dans les sables mouvants, je rêve et je meurs, je mens et je pleure, les
mains tendues vers toi …
Mes mains de suppliante creusent une vasque d’où
s’échappent un à un les reflets qui te constituent, ta haute taille, tes yeux
de belle émeraude, tes mains de harpiste, ton sourire, l’énigme contenue dans
ta voix aux couleurs du passé.
Nous voici face à face et dans une étreinte
insensée se mêlent nos ombres éperdues, ivres de cette appartenance reconnue.
Une branche de mimosa éternue de rire, nous restons interdits, face à face de
nouveau, puis tu t’agenouilles au bord de la mare et sans plus me prêter
d’attention, tu restes fasciné par mon sourire qui flotte comme un nénuphar.
Je frappe dans mes mains et tout disparaît. Me
voici seule, à moi les déserts, à moi la mort solitaire, à moi la rédemption
dont je ne voulais pas.
Je suis un reflet qui s’ingénie à vivre ;
mes composantes sont contradictoires, sable, eau et grand vent … Que puis-je
faire de cette association pour durer, pour marcher sur le sol des villes et
des campagnes ? Je ne veux pourtant pas disparaître ; je sais que
derrière l’effort se trouve la terre promise, je devine que m’attendent
derrière un tertre les exclus, ils m’attendent pour deviser en ma compagnie,
seule femme, seule admise parce que j’ai su aimer au-delà de la jeunesse et de
l’espoir.
Nous ne savons pas si Dieu nous attend, nous
rêvons et admirons les fleurs du jardin de Dieu.
Fantômes de l’amour fou, nous errons et devisons
de l’immense sagesse de Dieu qui a su répartir les forces en un mélange
harmonieux.
A nous l’amour du périssable, à d’autres l’amour
de l’éternel, ainsi tout l’amour du monde s’est conservé intégralement. Tandis
que nous philosophons, tu as fait l’effort de t’arracher à mon sourire et tu
cours jusqu’au tertre. Tes belles mains effritent la terre en connaisseur, tu
reconnais le royaume de Dieu et d’un seul bond prodigieux, tu m’arraches aux
exclus. L’un d’eux t’adresse un clin d’œil complice et t’indique l’arbre où
nous attendent deux chevaux blancs qu’il a préparés à notre intention, et nous
partons dans les pays de ton rêve ; je te suis, docile, et nos ombres se
mêlent à celles des chevaux caparaçonnés de bleu …