Tout le village de Haute Rive était en émoi : la jolie
petite Marjorie au sourire spontané et aux beaux yeux d’émeraude avait disparu.
Sa mère l’avait envoyée acheter du fromage de chèvre chez une
voisine ; pendant ce temps, elle préparait la pâte qu’elle farcirait
ensuite de belles tranches de fromage, de miel d’acacia, d’airelles et
d’amandes fraîches.
Ce serait un régal !
Cependant alors que tout était prêt, Marjorie ne revenait
pas !
Angélina, la maman, inquiète, partit à sa rencontre mais elle
s’affola littéralement lorsque Carmen, la fromagère, lui apprit qu’elle n’avait
pas vu l’enfant.
« Vois, tes fromages sont prêts, je les ai mis de côté,
tu peux les emporter ».
Le cœur lourd, Angélina paya les fromages, repartit chez elle
en espérant y trouver son enfant.
Dans la cuisine vide et le reste de la maison sans âme qui
vive, elle dut se rendre à l’évidence : la petite fille avait
disparu !
Oubliée la tarte au chèvre ! Elle rangea les fromages et
partit frapper à toutes les portes pour savoir si quelqu’un avait vu sa fille.
Le tour du village fut vite fait : pas la moindre trace
de Marjorie !
Comme le soir tombait, on alluma des flambeaux et l’on
explora tous les sentiers où elle aurait pu se perdre.
Le personnel de la gendarmerie se joignit aux recherches, des
maîtres-chiens furent convoqués avec leurs pisteurs canins.
Chacun avait conscience qu’en ce genre d’affaire, il fallait
faire vite si l’on voulait avoir la moindre chance de retrouver l’enfant
vivant.
Un aigle planait dans le ciel ; il semblait vouloir
indiquer une piste. Certains admirateurs de ces rois aquilins suivirent la
piste et parvinrent dans une vallée oubliée où serpentait une rivière.
Les pisteurs donnèrent l’alerte. Le commandant de gendarmerie
demanda à chaque villageois de regagner son foyer car la venue de la nuit
n’était pas favorable aux investigations. Il fallait retenir des spécialistes
en domaine de recherche.
Le commandant promit à Angélina de tout faire pour lui rendre
sa fille et l’assura de son passage afin de lui rendre compte du résultat des
investigations.
« J’espère vous ramener votre fille. Dans cette
attente, préparez un repas puis reposez vous en attendant sa venue ».
Angélina revint chez elle et pour tromper son angoisse, elle
cuisina la tarte au chèvre et lorsque le plat fut sorti du four, elle s’allongea
sur son divan, dans l’attente de la venue du commandant.