dimanche 5 avril 2026

La couronne d'aubépines

 

 

 


Elles ont fleuri, les belles aubépines chères à Marcel Proust et elles ont jeté une telle note d’espoir que les jeunes filles ont bravé les épines pour faire des couronnes destinées aux mariées et aux représentations de la Vierge Marie.

Les cloches ont sonné à toute volée pour attirer la bonté divine sur notre pauvre terre ravagée par une pandémie hors norme qui frappe indistinctement riches et pauvres, vieillards et enfants.

Les bambins ont été longtemps épargnés mais soudain l’annonce de quelques décès a retenti comme le glas de l’irrémédiable malheur.

Les fillettes ont tressé des couronnes en chantant des Ave Maria puis elles ont joué avec leur insouciante gaieté.

Dolorès, venue d’Espagne a entonné un hymne magistral et toutes ses compagnes ont formé une ronde en se tenant délicatement par une main gantée.

Demain nous retrouverons un peu de l’insouciance perdue et nous appellerons le retour de la bienveillance et de la fraternité, aussi fragile et éphémère que les fleurs d’aubépines un beau jour de printemps.

Les roses de la tendresse

 

 


Elles ont fleuri un beau jour, les roses de la tendresse alors que je les croyais perdues à jamais.

Un cavalier venu des steppes centrales, berceau légendaire, la fleur aux dents, a déposé au pied de la reine un bouquet d’églantines et d’orchidées sauvages.

Il a disparu à l’horizon avant même que la reine n’ait eu le temps de le remercier.

Puis une ronde d’enfants chantant des comptines s’est approchée de la reine.

Toujours chantant, ils se sont assis près de la reine et lui ont offert des couronnes de fleurs d’oranger et de jasmin.

La reine leur a distribué en retour des bergamotes, des berlingots, des rouleaux de réglisse et des caramels puis elle a fait venir son conteur attitré pour qu’il raconte aux enfants un conte dont il a le secret.

Dans ce conte, la reine des fleurs se déplace dans un carrosse entièrement conçu de matières végétales et au fur et à mesure que s’avance l’attelage précieux tracté par des licornes, la reine des fleurs, entièrement vêtue de lys et de roses jette des bouquets qui contiennent des rubis, des turquoises et des émeraudes en leur cœur.

Les roses de la tendresse enveloppent la terre d’un voile parfumé et harmonieux, visibles seulement par les hommes et les femmes de bonne volonté, désireux d’assurer le bien-être de tous !

La mort du cygne

 


L’univers des contes de fées est-il menacé ?

Glissant avec aisance dans le cortège des princes charmants et des princesses immatures, le cygne, protecteur dans le conte d’Andersen, sous la forme des sept frères, victime de l’enfance dans Le Vilain Petit Canard , devient aujourd’hui source d’inquiétude et de malédiction.

            Ce bel oiseau va-t-il supplanter le chat noir dans les basses cuisines des sorcières ?

            Trouvera-t-on un cygne dans les parages du manche à balai infernal qui conduit les danses sataniques de ces mégères du destin ?

            Sully Prudhomme perdra-t-il sa place au panthéon des poètes avec       Le Cygne, poème versifié à la forme parfaite, en harmonie avec le volatile qui inspira les chorégraphes pour en faire le majestueux Lac des Cygnes ?

            La malédiction s’étendra-t-elle à tous les lacs de France ?

            Compromise la chasse aux œufs de Pâques qui émerveille les enfants et les grands ?

            Nous nous apprêtons à mourir, soit, mais est-ce une nouveauté ?

            De grâce, ne touchons pas au monde des Merveilles et restons encore sur les rives de l’enfance où glissent d’immortels cygnes blancs.