jeudi 26 mars 2026

Un amour d'enfant



Dans une maison située près de l’île aux cygnes réputée pour sa magie, naquit un petit garçon. Sa mère Gwendoline veuve depuis que son époux avait péri lors d’une battue en recevant une balle perdue, le prénomma Ange pour marquer sa destinée.

Loïc son mari était attentionné envers son épouse et il cueillait des myrtilles dont elle raffolait alors que son ventre s’arrondissait, prometteur d’une belle naissance ; c’est lors de cette cueillette qu’il reçut le coup fatal.

Gwendoline l’avait beaucoup pleuré puis elle avait ravalé ses larmes en pensant à la venue de l’enfant.

Loïc, sabotier de son état, avait façonné de jolis sabots d’enfant, les sculptant avec amour.

Apprenant la naissance du bébé, les habitants du village apportèrent des cadeaux et une jeune maman Marianne resta auprès de la mère pour s’occuper des tâches quotidiennes, de la cuisine et des lessives multipliées par la présence du nourrisson.

Une nuit, les cygnes apportèrent une corbeille contenant une couverture fabriquée avec leur duvet, des œufs et des roses cristallines que l’on ne trouvait que dans leur île.

«  Loïc est en lieu sûr chez nous, il ne cesse de penser à toi et à l’enfant, le petit Ange qui aura, nous le prédisons, un bel avenir florissant » dit le porte-parole de la délégation puis ils se retirèrent, laissant  Gwendoline perplexe et rassurée.

Elle savait qu’il n’était pas recommandé de se rendre dans l’île aux cygnes car il s’y passait des événements relevant du fantastique.

Seule, elle aurait tenté l’aventure mais la venue du petit Ange lui interdisait toute excentricité.

Elle rangea la couverture en duvet dans le haut de l’armoire pour ne pas attirer la curiosité, prépara une belle omelette avec les œufs et plaça les roses de cristal dans un coffret qu’elle ferma à clef.

«  Je pourrai sans doute les monnayer pour payer ses études » se dit-elle et elle oublia la venue des cygnes pour se consacrer exclusivement à l’éducation de son fils.

Elle vendit les derniers sabots fabriqués par son mari, ne gardant que les petits sabots d’enfant destinés à leur premier-né puis, grâce à ce pécule, elle acheta de la laine et divers articles de mercerie pour confectionner des articles dont elle espérait tirer profit pour assurer son train de vie. Ses articles de confection furent appréciés et au fil du temps elle gagna suffisamment d’argent pour ouvrir sa boutique.

Les années passèrent. Ange était un charmant garçon. Son instituteur se félicitait de ses capacités et de son amour des livres. Il devint pensionnaire au lycée et réussit brillamment ses examens.

Gwendoline avait refusé plusieurs partis car elle restait fidèle au souvenir de son mari et elle souhaitait se consacrer exclusivement au bonheur de leur fils.

Conscients de lui avoir brisé la vie, les chasseurs lui apportaient régulièrement des présents apprêtés par leurs soins ; sanglier, chevreuil, lapin de garenne et ortolans figuraient ainsi au menu de manière régulière.

Ange avait un faible pour la botanique et il choisit cette orientation pour son entrée à l’université.

Tout allait à merveille jusqu’au jour où les cygnes réapparurent, porteurs de mauvaises nouvelles. Leur île était menacée par une tempête hors norme susceptible de l’engloutir et de perdre ainsi la mémoire des âmes qui avaient trouvé chez eux une forme de sérénité.

« Que puis-je faire » ? demanda Gwendoline alarmée par cette prévision. Le cygne porte-parole suggéra qu’elle fabrique une montgolfière suffisamment ample pour que les cygnes et leurs hôtes échappent à la tempête et trouvent un nouvel havre de paix dans un environnement clément.

Gwendoline se mit immédiatement au travail et lorsque la voilure fut prête, les cygnes vinrent la prendre, laissant une bourse en or pour paiement de ce bel ouvrage. Un ébéniste local avait construit une belle nacelle qui leur permettrait de prendre la voie des airs.

 

Il pleuvait fort

 



«  Il pleuvait fort sur la grand-route

Elle cheminait sans parapluie

J’en avais un, volé sans doute

Le matin même à un ami

Courant alors à sa rescousse

Je lui propose un peu d’abri

En séchant l’eau de sa frimousse

D’un air très doux, elle m’a dit oui ».

Fredonnant Le Parapluie de Georges Brassens, Vincent courut sous l’ondée proposer à une belle aperçue l’appui de son abri de toile arc-en-ciel

«  Un petit coin de paradis

Contre un coin de parapluie

Elle avait quelque chose d’un ange

Un petit coin de paradis

Contre un coin de parapluie

Je ne perdais pas au change, pardi ».

Lorsque la pluie cessa de tambouriner sur la soie de l’abri, Vincent et sa belle se réfugièrent dans une auberge ; appréciant la chaleur d’un bon feu et le réconfort d’un menu champêtre, omelette mousseuse aux champignons, gelées de fruits et cœurs fondants à la vanille.

Ils poursuivirent leur romance, remerciant le ciel d’avoir facilité leur rencontre.

mercredi 25 mars 2026

Ciboulette et Les Marchés de Provence

 


Croisant Ciboulette dans les coulisses du grand théâtre de Rennes, Vincent chanta l’air du muguet pour la charmer.

Les deux artistes échangèrent des répliques musicales puis Vincent entonna Les Marchés de Provence de Gilbert Bécaud, embaumant les planches théâtrales des parfums de la garrigue :

«  Voici pour cent francs du thym de la garrigue

Un peu de safran et un kilo de figues

Voulez-vous, pas vrai, un beau plateau de pêches

Ou bien d’abricots ?

Voici l’estragon et la belle échalote

Le joli poisson de la Marie-Charlotte

Voulez-vous, pas vrai, un bouquet de lavande

Ou bien quelques œillets ?

Et par-dessus tout ça on vous donne en étrenne

L’accent qui se promène et qui n’en finit pas ».

Enivrés par l’évocation de la Provence aux mille parfums, Vincent et Ciboulette dînèrent au Gange, célèbre restaurant rennais renommé pour son poulet tandoori, ses nans et ses sorbets.

Ciboulette offrit un extrait de l’opérette en remerciement de l’excellence du service et Vincent enchanta la salle en reprenant avec ferveur la belle chanson de Gilbert Bécaud.

mardi 24 mars 2026

L'abat-jour du Bonheur

 



«  Baisse un peu l’abat-jour

Viens près de moi t’asseoir

Baisse un peu l’abat-jour

Il fait si beau ce soir ».

La voix de Vincent, tendre et incitative aux jeux de l’amour, mourut dans un dernier souffle tandis que s’effeuillaient les catleyas de Swann , prémices des douces étreintes.

«  L’ombre s’emplit de rêves merveilleux

Et je peux voir même en fermant les yeux

La douce image

De ton visage

Comme un mirage

Mystérieux ».

L’abat-jour plongea les amants dans  un rêve merveilleux où des fleurs à visage féminin diffusèrent des parfums voluptueux.