dimanche 24 mai 2026

Petit oiseau en cage

 

 



Lorsque Célia sortit de son sommeil comateux, elle crut qu’elle était revenue dans la forêt. On entendait le murmure d’un ruisseau, des chants d’oiseaux et le parfum des jacinthes chassait les miasmes provoqués par la dose de chloroforme administrée par le kidnappeur.

La pièce dans laquelle elle se trouvait était couverte d’herbes et de fleurs ; le mobilier en acajou et en bois blanc rompait la monochromie vert jade du décor.

Un joli secrétaire l’invitait à poursuivre ses activités favorites, coloriages, gommettes et dessins.

Célia dessina les contours de la pièce et se représenta en oiseau captif.

Une nurse posa sur une desserte un bouillon aux aromates royaux, le basilic étant la plante favorite des souverains, du poulet en gelée et de jeunes pousses savoureuses. Un dessert lacté rappela à l’enfant ceux que Cerise lui préparait. De la réglisse, des raisins blonds et des pétales de roses gélifiés ornaient la coupe de crème aromatisée à la vanille.

Célia apprécia ce repas et écouta l’histoire de Boucle d’or et les trois ours racontée par la nurse.

Camélia, la nurse, débarrassa la desserte et disparut après avoir déposé quelques livres illustrés sur le divan où la petite fille prit place.

Célia fut heureuse de retrouver l’ambiance complice de la forêt en lisant l’histoire du Petit Poucet.

Le soir tomba. Camélia revint, prépara le bain de la petite protégée du seigneur.

C’était une baignoire en forme de cygne qui invita Célia à barboter avant le coup d’éponge de la nurse.

Séchée et parfumée, elle revêtit une jolie chemise en coton brodée et se mit au lit, nénuphar géant au duvet de cygne.

Elle s’endormit rapidement, rêvant que Cerise venait la délivrer.

samedi 23 mai 2026

Quand allons-nous nous marier ?

 


Par ces temps troublés, il faut de la fantaisie pour réjouir les cœurs dit Vincent à son imprésario. L’équipe se mit au travail, fouilla dans les archives de la chanson et exhuma une dédicace humoristique au film américain qui triomphait dans les années 50.

«  Quand allons-nous nous marier

Nous marier, nous marier ?

Quand allons-nous nous marier

Mon cow-boy adoré ?

Nous ferons ça dimanche prochain

Dimanche prochain, dimanche prochain

Nous ferons ça dimanche prochain

Ou peut-être même demain ».

Une émule d’ Annie Cordy, robe à pois, ballerines et couettes surgit de la nuit pour exécuter avec Vincent une danse folklorique  qui fleurait bon le feu de bois, la tarte aux myrtilles et les œufs au bacon près d’une rivière assainie par les castors.

«  Et maintenant ma poupée chérie

Poupée chérie, poupée chérie

Et maintenant poupée chérie

Quand est-ce qu’on se marie » ?

La réponse fut donnée sous la forme d’ d’une publication des bans illustrée par Raymond Peynet passé maître dans l’art du rêve amoureux.

Vincent commença les répétitions de la chanson en revêtant un costume fantaisie où les pistolets ne sont qu’un accessoire inoffensif.

La mystérieuse fée des bois

 

 

 


Dans sa petite maison située à l’orée d’une forêt, Wendy songeait à la manière de tirer parti du  bel héritage dont elle avait été la bénéficiaire lorsqu’elle reçut un mystérieux appel :

«  Venez à moi, Wendy, vous serez couronnée fée des bois et recevrez le sceptre en bois d’olivier célébrant les fées des sources ».

Sous forme de ruban enluminé, le message fut déployé par des tourterelles qui déposèrent l’appel manuscrit avant de disparaître dans une envolée céleste.

Wendy revêtit une tenue adaptée à la marche, se chaussa en conséquence et partit en forêt, une besace sur l’épaule pour engranger les trésors des sous-bois collectés.

Elle marcha plusieurs heures, cueillant et ramassant çà et là les produits-phares des bois, champignons, baies, fleurs et plantes qu’elle ensachait consciencieusement pour les conserver en bon état.

Les parfums chatouillaient ses narines et le chant des oiseaux stimulait son désir d’aller de l’avant. Elle arriva dans une clairière où chantait un ruisseau. Elle délaça ses chaussures et trempa ses pieds endoloris dans l’eau. Elle sécha ensuite ses pieds revigorés et les enduisit d’un baume à la rose.

Elle s’assit ensuite sur un banc de pierre et fut à peine étonnée de voir se présenter une fée.

«  Tu as suivi scrupuleusement les consignes, Wendy, sois-en remerciée » !

La fée disparut dans un éclair d’argent. Wendy s’aperçut alors qu’un énorme changement s’était produit dans la clairière. Elle s’était considérablement élargie et un Riad, à la mode orientale, avait surgi, promettant les splendeurs des Mille et Une Nuits.

Elle pénétra dans le Riad en robe de soie. Une dame d’honneur emporta sa tenue de marche et sa besace, promettant de mettre au menu la collecte du jour.

La pièce réservée à l’accueil des invités, richement meublée et décorée, ornée d’une volière où évoluaient des oiseaux exotiques, lui permit de se reposer en toute quiétude.

On la pria ensuite de passer à table et elle put savourer une omelette aux champignons, des abats en sauce servis avec de jeunes pousses en salade, du fromage de brebis et une tarte aux fruits rouges.

Cet excellent repas terminé, elle se retira dans la chambre que l’on avait préparée pour elle.

Alcôve de princesse, bergère, secrétaire, table de nuit où s’empilaient les ouvrages de ses auteurs préférés, Honoré de Balzac, Marcel Proust, Fédor Dostoïevski, Léon Tolstoï et Leila Slimani.

Après un bain parfumé, elle revêtit une chemise de nuit en lin, brodée et s’allongea dans le lit en se calant haut sur les coussins et lut quelques pages de La Nuit des Temps de René Barjavel, livre culte dont elle ne se séparait jamais et finit par s’endormir, couronnée virtuellement en fée des bois.