mardi 17 mars 2026

Nabil au masque d'or

 


Pour se promener dans les rues animées de sa ville natale, le prince Nabil portait un masque d’or. Certes, il ne passait pas inaperçu mais chacun respectait sa volonté d’oser l’originalité.

Un jour, à l’étal d’un marchand, un coupon de mousseline rose brodée de lotus lui fit chavirer le cœur.

En tâtant délicatement l’étoffe précieuse, il croyait sentir glisser sous ses doigts le corps nacré de celle qui resplendirait une fois vêtue de nuage, de rêve et de poésie.

Il acheta le coupon sans marchander et le fit porter au palais par son serviteur dévoué.

De retour dans ses appartements, il mangea distraitement une grappe de raisin, cherchant un stratagème qui lui permettrait de trouver la perle rare digne de porter une véritable robe de princesse.

Il observa par la fenêtre l’animation des abords du palais et son regard fut attiré par une jeune fille aux cheveux dénoués et aux pieds nus. Elle était vêtue pauvrement mais lorsque leurs regards se croisèrent, Nabil sut qu’il avait trouvé sa princesse. Il demanda à sa nourrice Amina d’aller chercher la jeune fille sans la brusquer.

Amina la conduisit dans des appartements privés, la baigna et la parfuma puis la vêtit d’un caftan brodé de lys et la chaussa de babouches légères.

Ses longs cheveux furent nattés et lorsqu’elle apparut dans le salon du prince, Nabil crut voir la déesse du soleil. Il l’invita à prendre une collation en sa compagnie.

Oriane, la jeune mendiante élevée au rang de princesse fut heureuse d’avoir été choisie par un si beau prince.

Les jours suivants, il y eut de l’effervescence au palais ; couturiers, brodeurs et bijoutiers créèrent une robe de rêve avec le coupon de mousseline rose, des parures, des diadèmes et des bracelets de bras et de chevilles puis on prépara des noces prodigieuses sous le chant mélodieux des rossignols.

Une rose d'or

 

 


Se déployant en mon cœur, au son de la Traviata, une rose d’or a proclamé l’éternelle victoire de l’amour.

« La fleur que tu m’avais jetée » de Carmen s’est unie à la violette et à la marguerite de l’immortel Verdi jusqu’à ce qu’une petite musique, sonate de Vinteuil, flirte à notre oreille, avide de messages porteurs d’espérance.

Les chevaliers qui ont rapporté de Jérusalem les codes de l’amour courtois, créant des jardins d’amour en leur domaine seigneurial à leur retour, ont fait entendre la voix de la sagesse.

Troubadours et trouvères ont renouvelé la poésie de l’amour, seule capable de mettre à mal les forces diaboliques venues d’un monde où le brassage commercial démesuré règne en maître.

L’or de ma rose s’est fondu en paillettes qui sont revenues à leur source, créant le flux de la rivière des lendemains de l’espoir.

Au pays des hortensias

 

 


En se promenant dans les landes bretonnes où éclataient les ajoncs et les genêts, Vincent fit une halte dans une gentilhommière bordée d’hortensias bleus. Invité à prendre le thé par la châtelaine, Vincent goûta les plaisirs d’une dégustation de far breton près d’un bon feu de cheminée.

Pour remercier son hôtesse d’un accueil quasi princier, Vincent chanta Les mots bleus, romance qui s’adaptait à la féerie du moment :

«  Je lui dirai les mots bleus

Tous ceux qui rendent les gens heureux

Je l’appellerai sans la nommer

Je suis peut-être démodé

J’aime le silence immobile

D’une rencontre ».

Charmée, la comtesse Hortense de Coëtlogon fit promettre au ténor de revenir la voir pour l’enchanter.