Dans une maison située près de l’île aux cygnes réputée pour
sa magie, naquit un petit garçon. Sa mère Gwendoline veuve depuis que son époux
avait péri lors d’une battue en recevant une balle perdue, le prénomma Ange
pour marquer sa destinée.
Loïc son mari était attentionné envers son épouse et il
cueillait des myrtilles dont elle raffolait alors que son ventre
s’arrondissait, prometteur d’une belle naissance ; c’est lors de cette
cueillette qu’il reçut le coup fatal.
Gwendoline l’avait beaucoup pleuré puis elle avait ravalé ses
larmes en pensant à la venue de l’enfant.
Loïc, sabotier de son état, avait façonné de jolis sabots
d’enfant, les sculptant avec amour.
Apprenant la naissance du bébé, les habitants du village
apportèrent des cadeaux et une jeune maman Marianne resta auprès de la mère
pour s’occuper des tâches quotidiennes, de la cuisine et des lessives
multipliées par la présence du nourrisson.
Une nuit, les cygnes apportèrent une corbeille contenant une
couverture fabriquée avec leur duvet, des œufs et des roses cristallines que
l’on ne trouvait que dans leur île.
« Loïc est en lieu sûr chez nous, il ne cesse de penser
à toi et à l’enfant, le petit Ange qui aura, nous le prédisons, un bel avenir
florissant » dit le porte-parole de la délégation puis ils se retirèrent,
laissant Gwendoline perplexe et
rassurée.
Elle savait qu’il n’était pas recommandé de se rendre dans
l’île aux cygnes car il s’y passait des événements relevant du fantastique.
Seule, elle aurait tenté l’aventure mais la venue du petit
Ange lui interdisait toute excentricité.
Elle rangea la couverture en duvet dans le haut de l’armoire
pour ne pas attirer la curiosité, prépara une belle omelette avec les œufs et
plaça les roses de cristal dans un coffret qu’elle ferma à clef.
« Je pourrai sans doute les monnayer pour payer ses
études » se dit-elle et elle oublia la venue des cygnes pour se consacrer
exclusivement à l’éducation de son fils.
Elle vendit les derniers sabots fabriqués par son mari, ne
gardant que les petits sabots d’enfant destinés à leur premier-né puis, grâce à
ce pécule, elle acheta de la laine et divers articles de mercerie pour
confectionner des articles dont elle espérait tirer profit pour assurer son
train de vie. Ses articles de confection furent appréciés et au fil du temps
elle gagna suffisamment d’argent pour ouvrir sa boutique.
Les années passèrent. Ange était un charmant garçon. Son
instituteur se félicitait de ses capacités et de son amour des livres. Il
devint pensionnaire au lycée et réussit brillamment ses examens.
Gwendoline avait refusé plusieurs partis car elle restait
fidèle au souvenir de son mari et elle souhaitait se consacrer exclusivement au
bonheur de leur fils.
Conscients de lui avoir brisé la vie, les chasseurs lui
apportaient régulièrement des présents apprêtés par leurs soins ; sanglier,
chevreuil, lapin de garenne et ortolans figuraient ainsi au menu de manière
régulière.
Ange avait un faible pour la botanique et il choisit cette
orientation pour son entrée à l’université.
Tout allait à merveille jusqu’au jour où les cygnes
réapparurent, porteurs de mauvaises nouvelles. Leur île était menacée par une
tempête hors norme susceptible de l’engloutir et de perdre ainsi la mémoire des
âmes qui avaient trouvé chez eux une forme de sérénité.
« Que puis-je faire » ? demanda Gwendoline
alarmée par cette prévision. Le cygne porte-parole suggéra qu’elle fabrique une
montgolfière suffisamment ample pour que les cygnes et leurs hôtes échappent à
la tempête et trouvent un nouvel havre de paix dans un environnement clément.
Gwendoline se mit immédiatement au travail et lorsque la
voilure fut prête, les cygnes vinrent la prendre, laissant une bourse en or
pour paiement de ce bel ouvrage. Un ébéniste local avait construit une belle
nacelle qui leur permettrait de prendre la voie des airs.