dimanche 26 avril 2026

Un seigneur mélancolique

 

 



Loup des Ardennes était un seigneur mélancolique.

Au retour d’une chasse aux sangliers qui dévastaient les cultures de son domaine, il avait découvert le cadavre de sa femme chérie Edwige et de leurs deux enfants, Jour et Aurore.

Inconsolable, il avait sombré dans la mélancolie, perdant le goût de vivre jusqu’à ce qu’il aperçoive, dans la forêt, la petite Célia aux yeux d’iris.

Loup des Ardennes résista au désir de s’emparer de l’enfant.

Il lança une enquête, ce qui ravit son entourage heureux de le voir sortir de sa mortelle léthargie. Il apprit ainsi que les parents de Célia avaient été assassinés par erreur, un commanditaire ayant commis une tragique méprise.

C’est ainsi qu’on avait laissé la petite fille errer dans la forêt pensant qu’elle serait sans doute secourue par une âme charitable.

Les émissaires du châtelain remontèrent la filière menant à Cerise et s’informèrent du devenir de l’enfant.

Loup des Ardennes éprouva quelques scrupules à ordonner l’enlèvement de la fillette mais son désir finit par primer.

Il fit aménager une grande pièce et des dépendances dans une atmosphère légendaire et conçut un stratagème pour que la petite Célia devienne la princesse en devenir de son royaume.

Tarte aux myrtilles

 



Comme on les savourait du regard ces merveilleuses tartes aux myrtilles que chaque pionnière du Grand Ouest nous offrait dans son modeste logis tandis que son époux fendait du bois, tableau charmant brouillé parfois par l’irruption d’ Indiens ou de hors-la-loi.

Cet art de vivre fictif colporté en Europe avec le plan Marshall pour vassaliser des peuples ruinés par les guerres nous a bercés jusqu’à ce que l’on découvre le dessous des cartes, la soif de l’or, le consumérisme dénoncé par Boris Vian dans La complainte du progrès.

De nos jours, la machine s’est emballée et ne connaît plus de limite.

Tâchons de trouver un équilibre respectueux des valeurs humaines et de l’application de la maxime «  Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

samedi 25 avril 2026

La princesse aux yeux d'or

 

 

 

 


Dans une île gardée par des dauphins, naquit une petite princesse dont les yeux verts étaient pailletés d’or. On la surnomma la princesse aux yeux d’or.

Doria, de son nom de baptême, vécut dans un environnement empreint de beauté et de naturel.

Elle aimait jouer avec les coquillages du bord de mer et en faisait des poupées dont elle eut bientôt une véritable collection.

De nombreuses petites filles voulurent posséder l’une de ces poupées et, en l’apprenant, Doria se fit un plaisir de leur faire livrer l’objet de leurs rêves.

Un jour, un prince, à bord d’un voilier blanc, accosta dans une crique.

En abordant sur le rivage, il fut fasciné par la beauté d’une jeune fille qui était absorbée par la collecte de coquillages qu’elle choisissait avec soin.

Il se présenta, Prince Louis de Hurlevent et lui demanda la raison de ce tri.

Doria lui expliqua qu’elle confectionnait des poupées et que le choix des coquillages impliquait leur facilité à s’emboiter.

Ce n’est certes pas usuel, lui dit aimablement le prince mais c’est une occupation charmante.

Et il se mit à sélectionner  lui aussi des coquillages, dans le but de façonner l’ébauche d’un prince qui demanderait la main de la plus belle des poupées.

Ils furent si absorbés par leur tâche qu’ils furent surpris par le soleil couchant.

Doria invita Louis à se joindre à elle pour une soirée en son palais.

Tous deux cheminèrent comme de vieux amis et ils prirent du plaisir à goûter les mets préparés dans les cuisines, vol-au-vent de volaille, loup de mer grillé aux légumes fondants et îles flottantes en guise de dessert.

Les violonistes du palais jouèrent Les Yeux Noirs et Princesse Csardas alors qu’ils savouraient de délicates préparations au miel, parfumées à la rose.

Le prince fut ensuite conduit dans ses appartements.

On lui fit couler un bain à la lavande et il en apprécia la douceur.

Sa nuit fut peuplée de rêves où dansaient des poupées de coquillages.

Le lendemain et les jours suivants, Doria et Louis passèrent le plus clair de leur temps à confectionner des poupées.

Ils décidèrent, d’un commun accord, de créer un atelier afin de ne pas encombrer les boudoirs et les antichambres de leurs objets artisanaux.

Le prince fit une escapade pour annoncer à son équipage qu’il ne fallait pas l’attendre. Il chargea le capitaine d’apporter une missive explicative à ses parents ainsi que des cadeaux offerts par la princesse.

La goélette prit le large, le laissant à son destin.

Ravis de s’être trouvé une occupation jumelée et passionnante, les deux amants se marièrent entre deux créations. Le gâteau de la mariée s’orna de ravissantes figurines de coquillages à leur image.

Ils vécurent heureux et Doria mit au monde de charmants bambins qui se passionnèrent également pour les coquillages.

Le petit prince Edouard conçut une maison de poupées si jolie que bon nombre d’enfants voulurent en posséder une pour y installer des poupées dans un décor fait pour elles.

La princesse Aline rompit avec la tradition familiale en créant des poupées de porcelaine qu’elle habilla dans un style Haute Couture qui lui était propre, ce qui provoqua un véritable engouement tant le charme était prenant.  

La vie s’écoula paisiblement et artistiquement dans le plus beau des petits royaumes insulaires où flottait l’étendard étoilé de la princesse aux yeux d’or.