samedi 7 février 2026

Ophélie mène l'enquête

 


Heureuse de garder Lola aux Bleuets, Ophélie décida cependant de mener une enquête dans l’intérêt de l’enfant.

Lola se contentait la plupart du temps de mimiques en signe d’approbation ou de refus. Sa maîtrise du langage n’étant pas assurée, Ophélie eut l’idée de recourir au chant et à la danse comme mode d’expression.

Elle dansa, pieds nus en s’accompagnant de sa flûte de Pan et elle eut la surprise de voir Lola la rejoindre en respectant le tempo. Son petit visage était illuminé par la joie et elle dansa jusqu’à en perdre le souffle.

Le lendemain, Ophélie chanta a cappella et c’est avec plaisir qu’elle vit le bonheur envahir le visage de la petite fille. Elle composa un refrain qui lui était destiné :

«  Colombes du Djurdjura, venez jusqu’à moi pour enchanter Lola ». Cette phrase lui avait plu car elle la chanta en esquissant un pas de danse.

Par la suite, Ophélie engagea une conversation sur le mode chanté et elle obtint une réponse : «  Lola est partie pour ne pas être punie ».

Au fil des chansons et des danses, Ophélie finit par se faire une idée du mode de vie de Lola. Apparemment, sa famille avait une maison isolée dans la campagne. Sa fuite avait été provoquée par un drame qui semblait effrayer l’enfant à sa seule évocation.

Ophélie mit un terme à ces investigations déguisées, craignant que la petite fille ne revive l’épisode douloureux de sa vie.

Elle opta pour les danses joyeuses et les chants magnifiant la beauté de la nature.

Elle enseigna à petites doses la lecture, l’écriture, le solfège et le dessin à la petite fille qui progressa avec une étonnante facilité.

Pour l’initier de manière ludique aux Fables de La Fontaine, Ophélie les lui fit apprendre en s’appuyant sur la version chantée de Patrick Topaloff.

L’air de la fable Le loup et l’agneau était si entraînant que Lola l’interpréta avec forces mimiques en courant dans le jardin.

«  Cette petite a le don du théâtre » se dit Ophélie et elle en vint à la conclusion suivante : certes, elle n’avait pas progressé dans son enquête de manière formelle cependant elle était certaine que Lola avait une intelligence supérieure à la moyenne.

Dans le milieu où elle avait vécu, on avait étouffé ses facultés mentales. Elle se tenait correctement à table, avait le sens de l’hygiène et appréciait les jolies robes et les beaux décors.

Par ailleurs, pour une raison inconnue, elle avait été privée de contacts avec le monde extérieur et son esprit était resté en friche.

« Quelle est la clef de ce mystère ? à nous de le découvrir » conclut Ophélie en se promettant d’atteindre son objectif.

La fée des glaces

 


Dans son palais de glace, la fée Gladys préparait des aménagements qui pourraient contribuer au bonheur de ses sujets.

Son royaume était voisin de la Laponie où séjournait régulièrement le Père Noël, dirigeant d’immenses ateliers où s’affairaient des lutins qui croulaient sous le poids des commandes destinées aux enfants et aux personnes privilégiées, capables de conserver leur âme d’enfant.

La fée Gladys ne souhaitait rivaliser en aucune manière avec l’action bienfaisante du père Noel qui souhaitait apporter le bonheur à tous les enfants du monde, y compris les plus fragilisés par une vie précaire.

Une pluie de bonbons acidulés et vitaminés accompagnerait les jouets récréatifs, d’un ludisme opérant sur les connaissances du monde, fées volant à la manière d’un drone pour sauver une filleule en détresse, robot précepteur et briquettes facilitant le sens de l’architecture et de la construction inventive.

Des jouets anciens qui avaient néanmoins fait leurs preuves, poupées, voitures miniaturisées, jeux de société ne seraient pas oubliés.

Gladys, quant à elle, avait fait construire une patinoire où chacun pourrait chausser les patins d’argent des contes de fée pour évoluer sur la glace avec grâce, souplesse, sens artistique ou devenir un compétiteur en vitesse et poursuite.

Par ailleurs, elle remit à la mode les traineaux qui avaient tant contribué à magnifier la littérature russe, Le docteur Jivago, Guerre et Paix, Anna Karénine, Les Ames Mortes ainsi que des livres destinés à la jeunesse, tels Maroussia ou Michel Strogoff.

La fée des glaces songea aussi à créer des ateliers récréatifs où l’on apprendrait à construire des igloos et à réaliser de belles sculptures en glace.

Des poètes chanteraient la beauté des prismes bleutés et des chanteurs s’exerceraient à interpréter des hymnes si puissants qu’ils pourraient briser des flûtes de cristal réalisées dans les ateliers des maîtres du verre soufflé.

Par ailleurs, la fée de glace au cœur ardent créa une ligne haute couture pour tous les âges.

Les vêtements seraient confortables, doux, chauds sans que la fourrure des animaux soit mise à mal.

La fée déplorait la mise à mort de visons sous prétexte de virus susceptible de développer et de propager une maladie mortelle causée par les amateurs de manteaux de fourrure.

Les amoureux de la nature avaient beau protester contre ces pratiques mortifères, le désir de fourrure demeurait vivace, visant à l’élevage d’animaux que l’on supprimait ensuite sans remords à la moindre alerte.

Plutôt que de multiplier des interdits, Gladys promit une récompense pour chaque achat de fourrure synthétique, un manchon, un sac en imitation zibeline ou un livre de Sylvain Tesson, grand amoureux de la panthère des neiges.

Elle invita ce brillant écrivain à passer quelques jours en son palais, lui promettant un séjour riche en émotions et une chambre particulièrement douillette et décorée de paysages himalayens pour faciliter la course de sa plume sur une page immaculée.

Il vint, renouant ainsi avec les habitudes prises par les écrivains des siècles passés, Barbey d’Aurévilly à Labastide d’Armagnac, Honoré de Balzac en Touraine pour écrire Le Lys dans la Vallée et autres chefs d’œuvre, Chateaubriand en Amérique pour Atala, inscrivant leurs rêves dans la réalité d’un nid douillet favorisant l’éclosion de leur dramaturgie.

La fée des glaces songea enfin un peu à elle, elle se mira dans la brume gelée de sa coiffeuse, se coiffa avec art et elle se décida à partir vers les oueds charmants des oasis perdues de ses rêves.

Un barde inspiré

 



«  Douce dame jolie, je vous offrirai les pépites qui gisent dans les rivières pour que vous en fassiez des merveilles.

Votre beauté n’a d’égale que votre talent ; tous les poètes de Brocéliande chanteront vos louanges, célébrant le côté féerique de votre personne.

Les fées Morgane et Viviane vous ont légué une parcelle de leur pouvoir, vos yeux reflètent l’éclat de votre emprise sur les lieux mythiques foulés par l’enchanteur Merlin. Le magicien m’a fait cadeau de cette harpe dont je joue pour vous séduire ».

Le barde Myrdhin se tut, déposa sa harpe en gage d’union des âmes et repartit dans la forêt  pour trouver une nouvelle source d’inspiration.

Il promit de revenir avec une nouvelle ballade pour enrichir le paysage celtique.

Bianca remercia le barde pour ce don exceptionnel ; de fait, la harpe jetait une note lumineuse dans sa boutique, attendant la venue d’un poète musicien qui pourrait en tirer des accents.

Chacun s’extasia en découvrant l’instrument légué par un disciple de Merlin et la légende trouva un nouvel essor auréolé de l’or pérenne de Brocéliande.