samedi 2 mai 2026

La femme aux papillons

 

 

 


Elle est descendue d’une liane parfumée de fleurs, la femme aux papillons et elle nous a enchantés par sa beauté !

Les papillons, délicatement posés sur sa robe de soie, décolletée dans le dos, se sont alors envolés lorsqu’elle a posé le pied sur terre.

Prénommée Lilwenn, la jeune beauté s’est dirigée, de son pas aérien, vers la fontaine de jouvence où elle s’est abreuvée puis elle s’est tournée vers le miroir aux fées, rêvant d’y croiser un chevalier échappé des geôles de Morgane, à qui elle rendrait le goût de vivre et d’aimer.

C’est un barde, chantant en langue gaélique, et s’accompagnant d’une harpe qu’elle a rencontré.

Elle s’est assise sur un banc de pierre pour écouter ce concert improvisé.

Des oiseaux se sont mis à chanter à l’unisson et les papillons, partis butiner, sont revenus se poser sur les épaules blanches de la belle portant le nom de la fleur de lis.

Un nuage rose, ourlé d’azur les enveloppa pour les emmener dans un royaume lointain, céleste et profondément baigné par les rives du fleuve Amour dont le lit est pavé de cristaux de quartz et d’émeraudes.

Lilwenn, la jeune beauté aux papillons et Perceval, fier descendant de celui qui aperçut le Graal, dans un château perdu, vécurent une éternité passionnée sous les orgues celtiques des chevaliers de la Table Ronde !

vendredi 1 mai 2026

Le seigneur du beffroi

 


Astrid s’en allait gaiement chercher les fleurs dont elle ornerait la statue de la Vierge Marie qui était la sculpture principale de l’église Saint- Michel. Elle n’oublierait pas d’offrir du muguet à Florian qui était son mentor en matière artistique.

Soudain, elle se sentit enlacée par des bras puissants. Elle voulut crier mais la personne maléfique lui appliqua un mouchoir imbibé de chloroforme sur le visage et elle perdit connaissance.

Lorsqu’elle se réveilla, elle était allongée, nue, entre deux épaisseurs de fourrure dans une salle obscure.

Un homme s’approcha d’elle, demi-nu, juste couvert d’un pagne couleur soleil et il portait un loup de velours sur le visage.

Il effleura son corps avec insistance et murmura :

«  Belle du Seigneur, tu es à moi, tu es mon Ariane, mon étoile polaire, ma beauté.

Tu resteras ici jusqu’à ce que tu consentes à devenir mon épouse.

Je t’ai choisie entre mille et pour cette raison, tu me dois obéissance et amour ».

Pensant qu’elle avait malheureusement affaire à un aliéné, Astrid préféra demeurer silencieuse mais comme le forcené introduisait un doigt dans la conque veloutée de son être, elle protesta :

«  Tout beau, mon prince ! Si vous me voulez toute à vous, consentante, respectez mon intimité, je vous en  prie ».

L’homme se rétracta et quitta la pièce, laissant la jeune fille soulagée mais inquiète de son devenir.

Il revint souvent la voir, lui apportant à manger, la lavant et lui brossant les cheveux.

Il lui apporta enfin un caftan lumineux et des sous-vêtements en dentelle et en soie et l’aida à s’en vêtir.

Il lui prit la main et l’emmena, en empruntant un escalier, dans une jolie chambre princière.

«  Ma princesse, ma poupée d’amour, vous voici chez vous mais n’oubliez pas que vous êtes à moi.

Je suis votre prince, le seigneur du beffroi et comme Quasimodo dont je n’ai heureusement pas la laideur, je vous garderai jusqu’à mon dernier souffle. Votre seul salut consistera à me donner votre consentement pour une union vouée à l’éternité ».

L’étrange personnage, toujours masqué mais vêtu avec élégance, quitta la pièce, la fermant soigneusement à clef.

Astrid explora la chambre qui était dotée d’objets et de meubles précieux, le plus souvent en merisier.

Un lit à baldaquins occupait une grande partie de la pièce et il était flanqué d’un joli secrétaire et d’une coiffeuse garnie de savons exquis, de produits de maquillage et de crèmes odorantes et de parfums.

Dans une petite pièce contiguë, il y avait une baignoire sophistiquée et dans un autre petit salon, il y avait une bibliothèque, un fauteuil Récamier incitant à la lecture et à la rêverie et surtout un chevalet, des toiles, des pinceaux et toutes sortes de tubes de couleur, ce qui prouvait que le ravisseur ne l’avait pas choisie au hasard et qu’il connaissait ses aptitudes artistiques.

Son apparence, masquée pour le visage, en partie, ne lui rappelait personne et son langage ne semblait pas correspondre à la façon de parler des hommes qu’elle connaissait.

Il n’avait pas l’accent du nord et le badinage amoureux, précieux et livresque qui le caractérisait semblait appartenir à une langue étrangère, composée pour mieux la tromper.

Lasse de réfléchir en vain, Astrid prit un bain, revêtit une jolie chemise de nuit jetée artistiquement sur le couvre-lit et s’endormit en espérant que ses amis, Florian notamment, trouveraient une piste pour venir la délivrer.

Le vagabond de l'amour

 

 

 


On l’appelait ainsi le vagabond de l’amour car il se déplaçait aux quatre coins de la cité avec une réserve de dictons oubliés, de chansons anciennes et de brins de muguet placés dans un nouet de soie en remerciement des pièces ou des billets de banque qui lui permettaient de survivre.

Parfois, il avait suffisamment d’argent pour s’offrir une nuit d’hôtel et un repas chaud. Il sortait l’unique costume en sa possession de son havresac et faisait une toilette approfondie dans les douches de la gare.

Ainsi vêtu, il empruntait à un ami une valise convenable et passait pour un passager ordinaire.

Sur sa carte d’identité on pouvait lire Ange Orsini, né à Bastia, profession écrivain.

Qu’était-il donc arrivé à Ange Orsini pour qu’il quitte le bureau de sa confortable villa en bord de mer et qu’il renonce à l’écriture pour errer d’un pont à l’autre de la ville de Paris où, jadis, on le recevait avec faste pour célébrer son dernier roman ?

Il était tout simplement passé de mode. Ses idées explosaient dans un riche décor fleuri mais elles n’intéressaient plus personne. C’est ainsi que de refus polis en rejets parfois haineux, il s’était retrouvé sur le pavé de la ville des arts.

On ne voulait plus de lui !

Ange en avait pris son parti et fidèle à une chanson qu’il fredonnait autrefois Le marchand de bonheur, il était devenu le vagabond de l’amour, celui qui offre un peu de sérénité en échange d’une petite pièce, voire d’un plat à la date limite de conservation.

Ange ne s’offusquait pas de la modicité des dons, trouvant merveilleux que l’on pallie sa détresse financière.

Il lui restait un exemplaire de son dernier ouvrage La Tulipe d’Or et lorsqu’un enfant lui donna son ours en peluche et un bagel à la viande hachée tout chaud, il lui offrit le livre.

«  J’en parlerai à mon professeur » dit l’enfant.

Un jour, Ange eut la surprise de rencontrer une dame avenante qui le conduisit dans un studio tout équipé avec une garde-robe complète.

«  Les repas vous seront livrés. J’ai pourvu le secrétaire d’un ordinateur, de cahiers, de carnets de notes et de plumiers garnis. Vous pourrez vous remettre à l’écriture et lorsque vous serez prêt, vous viendrez présenter vos écrits en classe. Les enfants ont besoin de rêve ; on les étouffe sous des plis frustrants et on les empêche de développer leur personnalité.

Si vous avez besoin de quelque chose, n’hésitez pas à m’en faire part » conclut Maria Le Quellec en lui tendant un téléphone portable contenant des adresses utiles.

C’est ainsi qu’Ange Orsini commença son nouveau roman sous le titre de Le vagabond de l’amour.