jeudi 2 juillet 2026

La princesse Jacinthe

 



Conçue dans l’île aux fleurs, la princesse Jacinthe naquit au château de Tournebride et suscita l’admiration de tous par sa beauté, sa vivacité et sa faculté à faire siennes toutes les formes de l’art.

Elle dansait à merveille, jouait du piano, cousait et brodait, peignait des paysages et des portraits avec délicatesse et précision.

Jacinthe aimait beaucoup ses parents, la princesse Aurore et le prince Amour mais elle adorait sa nourrice cajun, la belle Réjane venue de Louisiane pour rappeler aux heureux parents l’origine de la conception de leur fille.

Pour chaque anniversaire, un repas cajun était privilégié. L’un des plats préférés de Jacinthe était le jambon clouté de girofle et quadrillé de cubes d’ananas caramélisés. Accompagné  d’une purée de patates douces, ce plat était souvent au menu du château.

Dans les cuisines il y avait un emplacement réservé à Réjane. Des flans à la noix de coco, du blanc-manger, des tourments d’amour, des gaufres étaient en préparation ou sur le feu, cuisant doucement avec des gousses de vanille.

Réjane cousait de jolis costumes créoles à celle qu’elle chérissait comme si elle était sa propre fille. Des jupons brodés en percale mettaient en valeur le coloris des jupes et des tabliers en madras. Des chemisiers blancs à trou-trou où passaient de beaux rubans jetaient une note fraîche et amidonnée.

Jacinthe était aimée de tous et semblait être la fée du bonheur.

Or, un jour, elle demeura introuvable. On la chercha partout, en vain. On interrogea le personnel du château, les villageois des alentours, sans résultat. Elle semblait s’être volatilisée.

Réjane avait l’impression de voir ses cheveux blanchir en se regardant dans l’eau du ruisseau que Jacinthe aimait peindre.

«  Elle aura peut-être voulu saisir du bout de son pinceau les reflets du soleil dans les fleurs de nénuphar » se disait-elle pour que s’épanouisse la rose de l’espérance qui battait dans son cœur.

Elle n’avait pas tort, du reste, car le génie de la rivière s’était emparé de la princesse alors qu’elle reproduisait sur la toile les remous du courant.

Silver, le dieu de la rivière endormit Jacinthe en lui faisant respirer un parfum envoûtant à base de passiflores et d’aubépines. Il la déposa dans une grotte aménagée en luxueux abri, véritable nid d’amour.

En ouvrant les yeux, Jacinthe découvrit un univers marin plein de charme. De petites ondines lui présentèrent des jus de fruits et des mignardises à base d’algues. Jacinthe n’était pas habituée à ce type de nourriture mais elle reconnut que leur saveur était douce au palais.

Les naïades  s’efforcèrent de lui être agréables. Bains de fleurs, chants accompagnés de la lyre, danses se succédèrent et on la vêtit d’une robe ample aux motifs marins.

Silver lui rendit visite. Il s’excusa de l’avoir enlevée et la rassura en lui disant qu’il avait fait parvenir au château un message apaisant.

Selon les dires du génie, Jacinthe explorait un territoire fascinant et serait bientôt de retour.

«  Qu’il en soit ainsi » dit-elle à son geôlier et elle s’efforça de se montrer avenante dans l’espoir qu’il exécute à la lettre les termes du message.

Elle ferma un instant les yeux et se vit, de retour à Tournebride, les bras chargés de cadeaux aux couleurs océanes.

mercredi 1 juillet 2026

Séjour fleuri

 



La découverte minutieuse de l’île aux fleurs fut une expérience enrichissante pour les nouveaux venus.

Les maisons au toit de chaume protégés par des hortensias roses, bleus et blancs abritaient des pêcheurs qui s’affairaient à fabriquer des filets lorsqu’ils n’étaient pas en mer ; ils pratiquaient le cabotage, ramenant dans leurs filets des poissons qui seraient vendus à la criée. Les plus beaux seraient cuisinés au beurre doux et aux épices tandis que le menu fretin servirait de base à une délicieuse soupe nommée cotriade à laquelle on ajoutait des crevettes, des crabes, des palourdes, des pétoncles voire un homard ou une langouste.

Aurore et Amour revenaient de leur promenade avec un panier de poissons recherchés. Cotriade, plateaux de fruits de mer, kig ha farz de la terre ou de la mer étaient envoyés au manoir par chariots.

Les repas étaient toujours excellents et pour se maintenir en forme, les châtelains et leurs invités pratiquaient des jeux, quilles bretonnes, palets et autres divertissements ancestraux.

Les dames aimaient jouer au croquet et au volant.

Après ces jeux de plein air, on s’adonnait aux joies de la baignade puis on prenait un peu de repos avant le rituel du thé.

Au cours des conversations autour de la théière, des liens d’amitié se tissaient et chaque couple se sentit plus proche de l’autre.

«  Si nous partions en voilier au  Nouveau Monde dit un jour Sir William : il y a une contrée merveilleuse, la Louisiane où la langue française règne sous la forme d’un dialecte, le cajun, qui a des accents chantants ».

Le prince Amour demanda à réfléchir : «  C’est une proposition séduisante mais nous rêvons, Aurore et moi de la venue d’un enfant et d’autres bambins pour perpétuer notre lignée ».

Yseult de Molène approuva ces propos empreints de sagesse et elle confia son désir d’enfant à ses amis et son époux.

Sir William chercha à se faire pardonner ses désirs égoïstes et pour ne pas oublier le rêve cajun, il fit venir un cuisinier capable de réaliser des plats typiques de la contrée lointaine.

Les écrevisses, le jambalaya, le cochon de lait et le gombo apparurent sur la table comme des éclats de soleil.

«  Nous appelleront notre fille Jacinthe dit un soir la princesse Aurore et si c’est un fils, Amour choisira son prénom ».

C’est ainsi que l’on apprit le don d’amour de l’île aux fleurs. Le futur papa songea qu’il devenait urgent de partir.

Le couple insulaire promit de venir fêter le baptême de l’enfant conçu parmi les fleurs et les rêves.

Lorsque le voilier disparut à l’horizon, Sir William drapa un châle en cachemire sur les épaules de son épouse, l’embrassa tendrement et se mit en devoir de l’aimer passionnément pour qu’une promesse d’amour arrondisse le ventre de celle qui espérait voir gambader un enfant au milieu des fleurs et des embruns.

 

Johnny in blue

 

 

«  On est champion, on est tous ensemble

C’est le grand jour, la France est debout

Votre passion toujours nous rassemble

Allez, les Bleus, on est tous avec vous ».

Des colombes ont apporté des roses bleues à Johnny pour lui rappeler qu’un match éliminatoire concernait l’équipe de France dans un stade newyorkais.

Johnny emprunta la calèche des anges et lorsque le signal fut donné, il galvanisa chaque joueur de l’équipe sacrée en lui murmurant à l’oreille les refrains cadencés de sa chanson :

«  Allez, vous portez nos espoirs

Vous gravez notre histoire

Et dans nos cœurs, vous serez toujours vainqueurs

Le bleu, c’est notre couleur ».

Et le miracle eut lieu. Portés par les slogans vainqueurs, les Bleus marquèrent et gagnèrent leur match sous le regard attendri et admiratif de Johnny, leur éternel parrain.