dimanche 18 octobre 2026

Automne ardent

 

 


Les roses se meurent, mon aimé et je m’effeuille dans tes bras, poussée par l’ardent désir de ta passion renouvelée.

Bientôt les oies sauvages passeront au-dessus de nos têtes et leur formation en triangle nous rappellera que le temps du retrait en terre hospitalière est arrivé.

Enveloppée dans un duvet nacré, ourlé de pourpre, j’attendrai  que revienne le temps des rivières blondes, charriant des pépites d’or dans leur sillage.

Nous serons les orpailleurs de demain et tamiserons la poudre dorée qui nous permettra de vivre un amour de feu et de lumière.

Les roses se meurent, mon aimé mais moi, je suis toujours là pour chanter les amours folles des couples enchanteurs et éternels.

samedi 17 octobre 2026

La révolte des palombes

 

 


Non, nous ne nous laisserons plus prendre au filet ou tuer, voire blesser ce qui est pire, par balles, les chasseurs se camouflant sous les feuillages, vin et charcuteries à portée de main !

La fée Diamantine nous a promis son aide et nous la croyons car, dans son enfance, elle a souffert de la brutalité ambiante qui régnait dans la rue où elle a grandi.

Certes, pour lutter contre la noirceur du monde qu’on lui jetait au visage, elle récoltait les pétales de roses et allait les proposer à ses voisines qui jouaient le jeu avec amusement mais ces petites actions ne suffisaient pas à contrebalancer la méchanceté qui se révélait sous de multiples formes, troublant ses beaux yeux bleu azur que d’aucuns célébraient.

Après avoir passé avec succès les épreuves du concours «  Fée mention champêtre », Diamantine, son nom de scène désormais, avait laissé derrière elle ses années d’enfance meurtrie et elle s’était révélée comme la plus efficace des fées.

Alors, nous, palombes menacées, surtout lorsque nous essayons de franchir la barrière des Pyrénées, avons décidé de devenir sa garde prétorienne, la suivant dans tous ses déplacements.

En ce jour solennel de vote, je vous en conjure, amis de la nature, votez Diamantine, elle nous sauvera d’une mort certaine ou d’une extinction de la race à petit feu !

Oui, nous sommes révoltées car notre survie est en jeu !

Que vive éternellement notre belle Diamantine qui écrit ses premiers mots en se servant des plumes que nous laissons dans notre sillage pour preuve de notre existence !

Vive Diamantine, vive notre fée protectrice et que tourne la terre  dans un halo d’azur !

Perle, la reine des embruns

 

 




Dans un palais de brume, Perle, la reine des embruns lit et relit L’écume des jours.
Elle a fait construire un piano qui livre des cocktails à l’artiste qui joue des airs d’Érik Satie ou de Frédéric Chopin.
Cette œuvre savourée au rythme des accords savants, elle enchaîne la lecture d’autres romans.
La chartreuse de Parme, Belle du seigneur, Le lys dans la vallée font ses délices or ces livres lus et relus, ils laissent dans l’âme de Perle une sensation de manque mystérieux, une absence indéfinie à la saveur amère, celle de la merveille dont elle porte le nom.
Elle range ses livres, chausse des sandales de cuir et part à la recherche de son double, la perle des grands larges, couleur corail ou rose des sables.
Elle embarque à bord d’un esquif manœuvré par l’un de ses fidèles compagnons.
Au large, la présence des précieuses perles se dessine sous la forme de volutes blanches qui coiffent les vagues.
Les pêcheurs de perles plongent et ne tardent pas à remonter à la surface avec une prodigieuse récolte.
Rentrée en son palais, Perle admire les richesses marines après un bain qui les délivre des scories masquant leur blancheur nacrée.
Perle s’endort sous un dais voilé de roses. Dans la nuit, elle rêve qu’une perle gigantesque éclate au grand jour pour qu’apparaisse le plus beau des princes, aux yeux d’azur et aux mains de violettes.
Il est si beau que la chambre de Perle est irradiée de lumière.
Il s’agenouille auprès de la reine et lui murmure des mots caressants qui s’écoulent à la manière d’une source, prodigieuse et limpide.
Le prince Eugène enlace sa promise et décline les richesses qu’il fera porter en son palais.
« Il y a longtemps que je vous observe, reine de beauté au nom si bien porté et pour m’unir à vous, je suis prêt à pourfendre tous les dragons de la terre et à conquérir des royaumes inconnus si vous le souhaitez.
Mon ami, seul un cœur pur pourra gagner la reine.
Je vous invite à me tenir compagnie pour que nous fassions connaissance ».
Les deux amants passèrent de longs mois à se promener sur la plage, écrire des poèmes ou participer à la création de bijoux fabuleux mettant en valeur les perles les plus précieuses.
Certains d’être le complément de l’autre, la moitié d’une coquille parfaite contenant une créature merveilleuse à venir, un enfant à la beauté du dieu Amour, chacun des deux amants offrit à l’autre le plus extraordinaire cadeau qui soit, un baiser aux ailes d’ange, diaphane comme les ocelles d’un papillon.

mardi 13 octobre 2026

Au Maître de l' Amour Courtois

 





Si, un jour, d’aventure, tu décides de quitter ton étoile, c’est avec joie que je te rendrai ta plume turquoise pour écrire les mots de l’amour fou.
C’est devenu un exercice difficile car l’époque est d’une grande vanité et rares sont les personnes qui souhaitent rejoindre la Jérusalem céleste.
S’il se trouvait un prêcheur pour organiser une croisade, il ne serait écouté que par les oiseaux et c’est par nuées qu’ils s’en iraient sur les terres sacrées.
C’est pourquoi j’observe les oiseaux avec beaucoup d’attention et j’écoute leurs chants pour décrypter un nouveau langage.
Les fauvettes, les palombes, les rouges-gorges et tant d’oiseaux bénis comme les mésanges m’apportent leurs partitions.
Mozart en ferait un opéra nouveau mais moi qui suis néophyte en études musicales, je me contente de mettre des mots à la place des notes et j’écris sans encre bleu turquoise, sur un clavier neutre en parsemant de roses mes pages où brille le soleil

lundi 12 octobre 2026

Le voyage de Samira

 

 

 


Trouvant la vie monotone en son palais de marbre, la princesse Samira éprouva le besoin d’entendre les murmures ou les grondements de la mer et elle monta à bord de son voilier, heureuse de se sentir libérée de toute entrave.

Outre des vivres, des présents destinés à ceux qui lui offriraient l’hospitalité lors des escales, elle emportait des livres, avide de confronter le chant des mots et celui des sirènes.

Elle relut en priorité L’Odyssée, admirant la bravoure et la ténacité d’Ulysse. Sa rencontre avec Nausicaa était si poétique qu’elle versait des larmes à ce récit.

En se promenant sur le pont, elle se réjouit en voyant les dauphins bondir avec élégance.

«  Un homme à la mer » cria l’homme de vigie.

On le hissa à bord, couvert d’écume et transi. «  Comme Ulysse lors de sa rencontre avec Nausicaa » pensa la princesse et elle attendit dans sa cabine que l’on donne une apparence décente au naufragé pour le rencontrer.

Lorsqu’il arriva dans un local réservé aux repas, la princesse Samira l’invita à manger des fruits et des galettes de miel. Un pichet d’eau pétillante fut mis à sa disposition. Des dattes et des noix placées avec élégance dans une assiette fournissaient l’énergie dont le naufragé manquait sans doute après un séjour en mer éprouvant.

Invité à raconter son périple, l’hôte se trouva incapable de fournir la moindre explication. Il semblait avoir perdu la mémoire et se montra incapable de décliner son identité.

Alors que la princesse se demandait s’il ne serait pas sage de profiter de la prochaine escale pour le confier aux autorités sanitaires, l’homme remarqua un échiquier et le désigna du doigt avec un plaisir manifeste.

La princesse l’emmena dans sa cabine sous bonne escorte et elle plaça son échiquier personnel sur un guéridon. Elle l’invita à jouer et tous deux se lancèrent dans une partie homérique qui aurait duré toute la nuit si la princesse n’avait pas trouvé raisonnable de se reposer jusqu’au lendemain.

«  Qui que vous soyez, noble étranger, vous êtes certainement issu d’une noble famille pour jouer aussi bien. Les échecs forgent l’âme et je ne doute pas que la mémoire vous revienne au fil des parties que nous jouerons ».

Sur l’ordre de la princesse, on conduisit le champion dans une cabine confortable pour qu’il se ressource et renoue avec le tissu de sa vie.

Voilà un singulier personnage pensa la princesse. Elle était de première force aux échecs et jusqu’à présent personne n’avait été capable de résister à ses multiples stratégies.

Elle s’endormit en rêvant que sa reine portait un coup décisif à la pièce centrale de son challenger, l’obligeant à rendre les armes.