samedi 2 mai 2026

Le prince bonheur

 

 

 


«  Oyez oyez citoyens , le prince bonheur écoutera vos doléances et y remédiera grâce à une loi équitable, généreuse et réaliste ».

Le crieur scandait son annonce en s’accompagnant d’un tambour, vestige d’une bataille perdue où le timbalier avait perdu la vie.

Le son de l’instrument avait gardé l’écho tragique de ces guerres inutiles dont on ignorait le motif enseveli dans la nuit des temps.

Fidèle à ses origines, le prince bonheur distribua des brins de muguet, du jasmin et des flacons d’eau de rose.

Ce que l’on retient de son passage, c’est un message clair et rigoureux et surtout un magnifique sourire porteur d’espoir.

Le prince noir

 

 

 


La terre occitane tremblait sous les sabots du destrier du Prince Noir qui semait la terreur en Aquitaine.

Or, un jour, il advint qu’il croisa une jolie paysanne aux tresses blondes et aux lèvres d’un arrondi en accroche-cœur.

Ne résistant pas à la tentation, il s’empara de la belle Suzanne et l’enveloppa dans sa cape noire.

Il l’emmena dans un beau castelet qu’il réservait pour ses plaisirs et lui fit préparer une suite digne d’une reine.

De fait, elle était sa reine et il comptait bien la séduire en respectant le code de l’honneur.

Il vint chaque jour, lui apportant des cadeaux, fleurs, joyaux, objets de commodité, savons parfumés : rien n’était trop beau pour elle.

Suzanne était heureuse et elle chantait, pour le plus grand plaisir du prince qui s’assoupissait dans un fauteuil, les yeux mi-clos, un sourire aux lèvres, ce qui lui arrivait rarement.

Elle s’enhardit jusqu’à demander au prince l’autorisation de se promener dans les alentours. Il y consentit à condition qu’elle soit accompagnée et escortée.

«  Vous m’êtes si chère que je ne supporterai pas que l’on vous enlève » dit-il pour toute explication.

Le lendemain, vêtue de ses plus beaux atours, escortée comme il se doit pour une reine de cœur, Suzanne fit une apparition remarquée sur la place du village où le marché hebdomadaire avait déployé ses pavillons.

Elle prit un grand plaisir à réaliser quelques emplettes et elle revint en son logis assigné, les bras chargés de douceurs qu’elle aimerait transformer en plats savoureux et de tissus dont elle souhaitait faire des robes et des ornements décoratifs.

Elle se mit aussitôt au travail et bientôt des arômes de cannelle, de miel, de plantes odorantes flottèrent dans le château.

Le prince savoura ces plats nouveaux et il prit l’habitude de venir manger en cet enclos réservé aux plaisirs.

Suzanne s’empara d’une boite à couture qui semblait oubliée dans une chambre et elle se mit derechef, à tailler, coudre, broder. Sous ses doigts de fée, des pièces merveilleuses naissaient, la rendant plus jolie encore.

Les fauteuils et toutes les pièces d’accommodement  connurent un renouveau qui transforma complètement l’apparence du château, lui donnant une note féerique qu’il n’avait pas auparavant.

Le prince vit d’un autre œil cette femme qu’il avait emmenée pour satisfaire ses désirs : elle lui devint indispensable et il en tomba amoureux de manière approfondie et sincère.

C’est ainsi qu’il se présenta, un jour, un anneau d’or à la main et qu’il offrit à sa dame le mariage et l’honneur de porter son nom princier.

Suzanne devint princesse, des noces furent célébrées et le soir même, le prince connut les délices d’une fabuleuse nuit d’amour, à la hauteur de ses espérances.

Ils vécurent ainsi, heureux et unis, et bientôt des enfants naquirent au foyer, renforçant l’harmonie du couple et inculquant au prince le désir définitif de construire un monde où la guerre serait définitivement exclue.

 

Le quadrille des anges

 

 

 


Sous la voûte céleste, d’un nuage rose à un nuage bleu, les anges ont entamé un quadrille, grâce aux archanges musiciens.

Le concert est devenu un véritable opéra et des idylles platoniques se sont nouées.

Un ange aux yeux bleus et aux ailes turquoise est devenu la star de la danse et toutes les âmes se sont groupées pour l’applaudir.

Un nuage noir a menacé l’ensemble vocal et chorégraphique, vite chassé par les diablotins des bas-fonds, pour une fois appréciés.

Entre deux quadrilles, les anges burent de l’hydromel et grignotèrent de petites galettes parfumées à la rose.

Cette pause leur permit de s’entretenir avec le sérieux qui convenait à la situation dangereuse régnant sur terre.

Un ange tribun fit un état des lieux : la planète redevenait bleue mais les morts se comptaient par milliers.

Les enfants que l’on croyait épargnés par le fléau connurent une étrange maladie qui s’empara de leur petit corps, effrayant les mamans qui constataient sur le corps de leur chérubin la présence de plaques urticantes et parfois une étrange coloration rouge framboise sur leur langue.

Envoyons des anges guérisseurs suggéra l’archange qui veillait sur le mont Saint Michel et sauvons ces innocents ! Nous nous sommes si souvent reproché le massacre des saints innocents que cette triste hécatombe nous a semblé devoir être la dernière !

Nous avons un peu trop fermé les yeux récemment sur le décès par noyade d’enfants qui accompagnaient des parents désespérés, sur la mer lie de vin, chantée par Homère !

C’est assez mes amis ! Sauvons ces pauvres petits êtres qui n’ont rien demandé à personne et qui frapperont bientôt à la porte de l’antichambre de Dieu !

Décidés à agir, les anges entamèrent leur dernier quadrille pour se donner le courage de revenir sur une terre ingrate qui abandonnait ses enfants, pour sauver les justes et les innocents !