jeudi 30 juillet 2026

Dans les yeux de ma belle

 

 

 

 



Dans les yeux de ma belle, je vois onduler les champs de blé et éclore les coquelicots.

Quoi que je fasse, je resterai toujours un paysan attaché à sa terre et à toutes ses beautés.

Son corps m’évoque de blanches colombes palpitant sous mes caresses et c’est une blonde cavale qui m’emmène dans le pays des étreintes fougueuses.

Je porte un gilet brodé de marguerites à la mode d’antan et je me moque de savoir s’il est à la mode.

Mon pantalon de velours m’apporte la chaleur de ma belle et je vais, une rose à la boutonnière de ma redingote, assister à l’opéra qu’elle me donne chaque soir avec la fougue de ses vingt ans.

Dans les yeux de ma belle, je vois mourir les mondes anciens et renaître le monde nouveau où j’ai bien l’intention de jouer ma partition.

Bientôt je lui offrirai l’écrin merveilleux qu’elle désire, le seul qui soit en harmonie avec sa beauté, une île lointaine où je retrouverai, un à un, les gestes de l’enfance que je n’ai pas oubliés, par exemple la cuisson d’aliments sous une motte et nouveaux Robinsons, nous vivrons une petite éternité en contemplant chaque soir les étoiles.

La chanson du chevalier

 

 

 

 



Ma reine, ma douce, mon aimée, je souffre mille morts à l’idée de vous quitter mais il y va de la sûreté du royaume.

Je dois partir sans me retourner sur mon fidèle destrier. Le seigneur se doit de donner l’exemple et ne pas verser la moindre larme devant son écuyer et sa troupe aguerris à tous les combats.

Jurez-moi que vous m’attendrez car, sur ma vie, si je reviens vivant de votre croisade et que j’apprends que vous êtes à un autre, je ne survivrai pas à cette douleur et à ce déshonneur.

Ayant ainsi parlé, le comte de Saint Leu s’en fut, sans un regard pour ma mie. Elle réprima un cri puis quitta les remparts du château, décidée à survivre pour le retour de son aimé et s’employa désormais à conserver sa beauté.

Le benjoin, le lait d’ânesse, l’eau de rose et mille onguents de la reine de Saba furent sa principale recherche.

Afin d’étoffer sa chevelure, elle fit couper les plus belles tresses de paysannes pour en orner sa tête.

De temps à autre, un message lui parvenait mais au fil des années il lui sembla que les mots d’amour fou faisaient place à des expressions convenues puis vinrent de simples notes concernant la gestion du domaine.

Enfin le jour tant espéré arriva. Le comte revint avec quelques blessures qui semblaient anodines mais la belle Enguerrande qui était apparue dans ses plus beaux atours attendit en vain d’être appelée dans la couche de son seigneur.

Pire encore, le comte qui n’avait jamais prêté attention à une autre femme que la sienne, se livra à des orgies barbares avec la domesticité du château.

Comme cette guerre qui devait être d’ordre spirituel l’a changé ! pensa Enguerrande avec amertume.

Alors elle revêtit un costume de paysanne et s’en fut par une porte dérobée dans la campagne.

Elle n’avait pris que quelques pièces d’or et sa croix occitane.

Elle se réfugia dans une chaumière et passa des jours heureux en se nourrissant d’œufs, de cresson et de tourtes farcies d’oiseaux qu’elle piégeait pour se nourrir.

Elle fut connue de tous. On venait la consulter car chacun connaissait son histoire, et on pouvait se fier à son expérience sur l’amour.

Le comte mourut quelques mois plus tard car son âme était restée dans cet orient fabuleux qui lui avait volé jusqu’au souvenir de sa dame.

Parfois on entend gémir le vent dans les grands chênes et les buissons de houx.
Chacun se signe pour que son seigneur trouve enfin la paix après avoir tant guerroyé !

Ivresse lyrique en Brocéliande

 

 

 


Au pied du hêtre millénaire de Brocéliande, Ariane à la taille fleurie découvrit un luth. Elle le prit avec dévotion et en joua. Les oiseaux retinrent leur respiration, les campanules agitèrent leurs clochettes, produisant un son semblable à celui des maracas. L’effet appel à la divinité fut immédiat et un chevreuil blanc se lova près d’Ariane pour soutenir sa volonté d’atteindre l’harmonie spirituelle d’un lieu consacré.

Des dryades couronnées de lys formèrent une ronde, invitant Ariane à les rejoindre.

Le chevreuil blanc devint un chevalier à l’âme ardente. Tel Lancelot du Lac, le chevalier à l’armure immaculée et le cœur brisé par l’amour, Léonard de Brocéliande déposa ses hommages aux genoux de la jeune femme.

Ils dansèrent une volte endiablée et le point d’orgue de la danse fut une merveilleuse union de leurs âmes dans un lieu hanté par l’enchantement celtique voué à la beauté.