Moustache frisée à la gasconne, Maximilien Lacombe alias d’Artagnan en imposait par une autorité naturelle sous un abord chaleureux.
Sa souplesse féline surprenait son entourage car il se trouvait aux côtés d’un collaborateur sans que ce dernier ait entendu le moindre bruit ou surpris l’ombre d’un mouvement.
« Chef, vous auriez fait un parfait cambrioleur » lui dit un jour son bras droit, Louis Leduc sur le mode de la plaisanterie.
Cette fois, il n’y avait pas lieu de plaisanter : il fallait à tout prix appréhender le potentiel criminel avant qu’il ne jette son dévolu sur une autre proie pour satisfaire ses bas instincts.
Maximilien distribua les rôles et assigna des recherches à chacun de ses assistants, révision des dossiers en souffrance, contacts avec les victimes supposées, étude approfondie des réseaux sociaux ; l’un des collaborateurs s’était fait une spécialité de ces approches masquées : il se faisait passer pour une fillette ou un garçonnet en mal de repères et manque d’amour. Il utilisait à merveille les tournures enfantines et avait permis l’arrestation de sexagénaires libidineux en endossant l’identité d’un collégien. On l’appelait le dénicheur et il méritait amplement ce surnom. Grâce à son habileté, on avait pu sauver des enfants prêts à tomber dans le piège sexuel d’un être vicieux dénué de sens moral.
Maximilien se chargea de l’approche de l’épouse du suspect, Marianne Lacoste. Il arriva à l’improviste et découvrit une femme entourée d’enfants.
« Je suis nourrice agréée » dit-elle en guise d’explication. L’inspecteur admira son calme et sa vivacité.
C’était l’heure du goûter et il fallait satisfaire chaque enfant en respectant l’équilibre des attentions.
Lorsque les enfants partirent en salle de jeux ou mis au berceau, la nounou accorda quelques minutes à l’inspecteur, surveillant son petit monde du coin de l’œil.
Selon sa perception, Angelo était indéfinissable. C’était un époux peu présent qui lui laissait si peu d’argent qu’elle avait dû travailler pour subvenir à ses besoins.
« Je ne le vois pratiquement pas. Il travaille comme saisonnier. Les asperges, la cueillette des fruits, les vendanges, la récolte des légumes, le coup de main donné à la fromagère et parfois l’aide à la transhumance ne lui laissent pas de répit. Il ne revient que pour me donner son linge à laver et réclamer des plats italiens qu’il mange sur le pouce, emportant le reste dans des barquettes. C’est un mari à éclipses.
Quand je l’ai connu, il était charmant mais après quelques jours de bonheur il a montré un tout autre visage, froid et cruel et m’a ensuite laissée seule sans un mot d’explication ».
La jeune femme poussa un soupir et s’essuya furtivement les paupières. Maximilien la remercia pour ses propos ; lui prodigua ses encouragements et quitta la demeure de la malheureuse épouse en l’assurant de sa discrétion et de son soutien.
Il lui fit promettre de ne pas dire un mot de leur rencontre et partit, pratiquement persuadé que Marianne Lacoste n’était pas complice des activités de son mari.
De retour au bureau, il ourdit un plan afin de piéger le malotru s’il lui prenait le désir de mettre sa femme en demeure d’assouvir ses désirs.
Un électricien de l’équipe irait poser des écouteurs et installer des caméras cachées dans la maison de Marianne sous prétexte de vérifications imposées par la ville, une collaboratrice se présenterait à intervalles réguliers sous l’étiquette d’assistante sociale chargée de surveiller l’éducation des enfants placés en nourrice.
Ces points réglés, Maximilien établit un réseau d’informateurs qui sillonneraient la carte des entreprises agricoles et visiteraient chaque ferme en relevant les traces du passage d’ Angelo Lingini. Un fichier daté serait établi et permettrait d’appréhender le dangereux prédateur.


