mercredi 15 avril 2026

Le petit oiseau de toutes les couleurs

 


«  Ce matin je sors de chez moi

Il m’attendait, il était là

Il sautillait sur le trottoir

Mon Dieu qu’il était drôle à voir

Le petit oiseau de toutes les couleurs ».

Eveillé par l’oiseau de toutes les couleurs qui frappait à sa vitre, Vincent mit des chaussures destinées à fouler les fougères et il suivit le petit oiseau du paradis jusque dans le bois où il avait construit son nid.

Enchanté par la découverte du symbole amoureux, Vincent chanta l’hymne à la poésie célébrant l’alliance du mouvement, de la danse et de la liberté

«  Les baladins qui serpentent les routes

Viennent de loin parmi les champs de blé

Les bonnes gens regardent et les écoutent

Et les étoiles leur parlent de danser ».

Une belle gitane au corselet de velours noir, à la robe rouge lui offrit une rose en gage d’amour et ils dansèrent au son des guitares et des chants d’oiseaux jusqu’à l’aube.

 

 





Comme j’aurais aimé hésiter entre une jolie cravate en soie, une belle chemise confortable ou un objet fonctionnel pour ton anniversaire, Mimi ! Pas de bijou, tu n’en portais pas, à l’exception de ton alliance où mon prénom était gravé. Hélas ! depuis ton décès si triste et si terrible tant la maladie s’était acharnée sur ton corps robuste, apte à toutes sortes de travaux, je ne peux donner mon avis que pour le choix d’une composition florale destinée à orner ta tombe entretenue avec soin par tes fils.
Je me souviens de la première cravate en soie achetée dans l’enthousiasme par moi : elle était peinte par une artiste du Huelgoat venue à Valenciennes, l’ Athènes du Nord, ma ville d’études, pour participer à un concours artistique. Cette magnifique cravate, j’ai tout de suite pensé qu’elle était pour toi et je l’ai achetée sans hésiter, apprenant, à la fin de la journée, après mon achat, qu’elle avait obtenu le premier prix !
Tu l’as portée pour notre mariage et ensuite, elle fut réservée pour les grandes occasions. J’aimais te voir ainsi paré car tu avais une élégance naturelle, maniant les couverts avec distinction, en milieu recherché.
Je me souviens d’un épisode cocasse ; mon amie Anne-Marie avait épousé un vietnamien et lors d’une réception, à quatre, elle nous avait réservé une surprise : un menu vietnamien où les nouilles étaient à l’honneur, délicieux pour qui savait manier les baguettes. Eh oui, Anne-Marie avait poussé la perfection jusqu’à inclure des baguettes en supprimant les couverts introduits à la cour du roi de France par Catherine de Médicis et toujours en usage dans notre pays. Je te regardais manier les baguettes avec dextérité, me demandant si j’allais parvenir à manger quand le salut vint du mari qui dit soudain à sa femme « Anne-Marie, apporte-moi une cuiller » ! L’honneur était sauf et je réclamai des couverts à l’européenne, à mon tour.
Nous avons bien ri ce soir-là et tu as été félicité pour ta dextérité.
Lorsque tu étais si malade, j’exhumais les souvenirs heureux et quand tu m’as prévenue des avancées de la mort, j’ai réfuté cette perspective, arguant du fait que tu ne pouvais pas partir sans avoir exaucé tes promesses, le retour dans la petite auberge où nous avions échangé des serments notamment. « Nous reviendrons » m’avais-tu dit mais le tourbillon des jours nous en avait empêchés.
Aujourd’hui, je compte les anniversaires où tu n’es pas présent concrètement, sous ton enveloppe corporelle et je sais, à l’évidence, que lorsque j’arriverai, à mon tour, dans les terroirs inconnus où tu existes, tu seras là pour m’accueillir et me dire : « N’aie pas peur, je suis là » !

mardi 14 avril 2026

Rabbi

 



Rabbi, je t’en prie, reviens : le monde va si mal !

Jadis, tu chassas les marchands du Temple, courroucé de voir le commerce supplanter les prières et détourner le regard des hommes de la spiritualité pour s’attacher au veau d’or dénoncé par Moïse dans l’ Ancien Testament.

Rabbi, reviens, les femmes laveront tes pieds poussiéreux et les parfumeront pour les essuyer ensuite de leurs longs cheveux.

Nous te suivrons dans la montagne où tu prononceras un discours de paix parmi les innocentes créatures des fourrés et les chants d’oiseaux.

Rabbi, reviens nous apporter la paix et le chant divin des colombes.

Petit lotus d'or

 

 


 


« Maman, y a un petit garçon chauve avec une longue robe orange qui est sur la place près de l’église. Je peux aller jouer avec lui » ?
Jeanine, couturière de métier, abandonna sa vieille Singer à pédales et regarda par la fenêtre ce petit homme à l’air grave.
Jacky reçut son autorisation et il se dirigea, balle au pied, vers cet enfant au regard d’homme et il fut presque étonné de le voir lui renvoyer la balle avec naturel.
Ils jouèrent de longs moments puis il arriva que l’enfant venu d’ailleurs se fatiguât.
Jacky lui proposa alors de prendre un goûter chez lui, ce que Jeanine approuva.
Elle prépara un bon chocolat crémeux, beurra de belles tartines de pain et se félicita de voir les enfants se délecter de cette nourriture simple.
L’enfant dit s’appeler Petit Lotus d’Or.
Il était venu à Fleur-Lez-Lys à la suite d’un songe qui s’était emparé de lui au monastère où il vivait.
Il avait réalisé un beau mantra à base de fleurs et de turquoises et lorsqu’il s’était endormi, il avait rêvé de mandragores et de fleurs étoilées, jasmins, marguerites et tournesols.
C’est sans étonnement qu’il s’était ensuite retrouvé sur les pavés cloutés de la place d’un village, près d’une église monumentale qui incitait à la méditation et à la prière.
« Où sont les chevaliers » ? demanda Petit Lotus.
Jacky lui expliqua qu’ils avaient disparu de la terre, emportés par un grand vent tourbillonnant qui avait eu raison de leurs armures, de leurs chevaux et même de leurs dames qui les attendaient en brodant dans leurs jardins d’amour.
« Comme c’est étrange dit Petit Lotus. Ils ont dû renaître sous une autre forme et je les chercherai au bord de l’étang où voguent les cygnes ».
Jeanine interrogea l’enfant pour savoir si quelqu’un l’attendait dans ce bourg.
Comme il répondait par la négative, elle lui prépara une chambre près de celle de Jacky.
« Vous pourrez bavarder un peu, ce soir, avant de dormir et regarder des livres, dit-elle.
Super ! Connais-tu Tintin au Tibet ? C’est ma BD préférée. Tu y verras un beau monastère. C’est peut-être le tien » !
Les deux enfants disparurent dans la chambre pour y découvrir cette belle aventure, au pays du Dalaï Lama.
Jacky revivait la belle histoire d’amitié qui liait Tchang et Tintin.
Ils lurent à tour de rôle cet épisode palpitant.
Soudain, Petit Lotus se figea. Il sembla flotter dans la pièce, semblable à un personnage en situation de lévitation.
Impressionné, Jacky quitta la chambre pour informer sa mère de l’étrange situation.
« Il faut que je prévienne Max » dit Jeanine et elle partit chercher celui qui avait résolu tant d’énigmes !

lundi 13 avril 2026

Cerise dans les bois

 

 


Lors de ses promenades matinales dans les bois environnants, Cerise faisait maintes rencontres, des lapins, des chevreuils, des hérissons et surtout des baies, des champignons et des fleurs dont elle faisait bon usage . Des compositions florales jaillissaient de ses mains expertes ; mises en vente dans sa boutique, elles trouvaient rapidement preneur.

Les baies et les champignons agrémentaient des préparations gourmandes qui fleuraient bon les sous-bois d’origine.

Un jour, Cerise fit une rencontre inattendue : une petite fille d’environ cinq ans buvait l’eau d’une fontaine. Nullement effarouchée et semblant avoir fait de la forêt son habitat naturel, la petite Célia n’apprit rien à Cerise concernant ses origines. Elle était vêtue sobrement mais chaque élément de sa toilette semblait être de qualité. Elle portait de jolies boucles d’oreille en or, un bracelet en saphirs et un médaillon consacré à la reine Anne de Bretagne.

Cerise proposa à l’enfant son hospitalité jusqu’à ce que ses parents viennent la chercher. Célia battit des mains et lui emboita le pas jusqu’à la maison dont elle apprécia le confort après tant de jours passés dans le bois.

Elle savoura un repas léger, bouillon de volaille, œuf en gelée et cœurs de laitue, fit sa toilette avec l’aide de Cerise, enfila une chemise de nuit brodée que son hôtesse avait gardée de son enfance et s’endormit rapidement dans un lit douillet.

En pliant les vêtements de la petite fille, Cerise trouva dans une poche une lettre ainsi libellée :

«  Prenez soin de notre fille. Nous lui avons demandé de s’enfuir dans la forêt à l’approche de brigands qui veulent sans doute nous séquestrer. Que Dieu vous garde » !

Cerise rangea le précieux document dans son secrétaire et se promit de tout mettre en œuvre pour que Célia retrouve ses parents.