vendredi 17 avril 2026

La nuit des reines

 

 


À l'approche du printemps, trois reines décidèrent de tenir un conseil auprès de leur chêne favori.
La Reine Diamant, célèbre dans une trilogie poétique, la Reine de la Nuit dont les vocalises jouxtent le sublime dans un merveilleux opéra et la Reine du Muguet, belle représentation de la joie populaire décidèrent de révéler au monde citadin et à celui de la ruralité le secret du bonheur accessible à tous.
Chaque reine eut à cœur d'arborer un signe distinctif.
La reine du muguet exhiba fièrement une pervenche stylisée en or sertie de turquoises. La Reine Diamant portait une robe en losanges de soie, striés de minuscules roses de diamant et la Reine de la Nuit était enveloppée dans une robe vaporeuse qui évoquait les nuages avec des festons de perles.
Après des congratulations d'usage et quelques agapes servis par les lutins de leur escorte, les reines évoquèrent les troubles du royaume et imaginèrent des stratégies pour y mettre fin.
Tout d'abord, elles construisirent un schéma réaliste qui remédierait à la pauvreté, véritable fléau qui frappait toutes les strates de la société.
Maisons regroupées en villages dotés de fours à pain, de locaux pratiques pour procéder à la transformation de produits d'origine agricole, centres de loisirs et bibliothèques donneraient aux habitants les plus démunis les moyens d'accéder à une certaine aisance.
La Reine Diamant se faisait fort de veiller à la sécurité du royaume, la reine du muguet organiserait des fêtes populaires qui donneraient un peu de bonheur à tous et enfin la Reine de la Nuit promettait des concerts dignes des plus belles époques de la culture.
Un roi venu d'orient rejoignit ces dames et déposa or, pierres précieuses et parfums raffinés à leurs pieds.
Il proposa en outre l'apport de sa culture et son amour de la poésie.
L'amour courtois règnera à nouveau sur le monde promit-il puis il escorta les reines vers un palais qu'il avait fait construire pour mettre en œuvre la réalisation de ses projets.
Je vous laisse à imaginer qu'il y eut de belles fêtes, des festins et des concours floraux et poétiques.
Attendons à présent que renaissent les joutes littéraires dans un cadre rénové, au cœur du plus beau des royaumes.

Julian, le chevalier à la rose



Retranché dans sa tour d’ivoire, Julian, le chevalier des trois fontaines, vit un jour une colombe qui se dirigeait vers lui. Elle déposa une rose, pure et délicate, à ses pieds.
Julian l’enserra dans un boitier d’argent que l’on réservait d’habitude aux bijoux et s’endormit en rêvant que la rose devenait une femme miraculeusement belle et vouée à l’amour.
Au réveil, il fut étonné de se trouver seul tant le rêve était présent dans sa mémoire.
Il marcha dans le jardin d’agrément que sa mère aimait tant et fit une halte dans un pavillon qu’elle avait fait construire où elle aimait se retirer.
Il s’assit sur un sofa et observa minutieusement les objets qu’elle chérissait, son miroir, un livre d’heures, une broderie qui était restée inachevée et un petit pot d’onguent à la rose dont elle aimait se servir pour se protéger.
Il ferma un instant les yeux et lorsqu’il les rouvrit, elle était là, la créature de rêve, la dame à la rose, vêtue de soie, de satin et de dentelles.
Elle se servit de l’onguent avec beaucoup de naturel, but du sirop d’orgeat présenté dans une carafe que les dames de compagnie renouvelaient chaque jour et prit place sur un divan chamarré à l’invitation du chevalier.
« Ma mère, dame Aliénor aux lourdes tresses blondes, aimait se retirer dans cet endroit » dit Julian et quelle ne fut sa surprise lorsque la belle apparition lui répondit :
« Je le sais, noble chevalier, car c’est elle qui m’a priée de venir vous rencontrer car dans le palais de nuages roses où elle vit à présent, elle se languit de vous. Je suis sa dame d’honneur céleste. On me nomme Angélique du Hainaut et nous aimons parler de vous entre deux concerts donnés par les anges ».
Après cet échange, Angélique et Julian restèrent muets mais leurs yeux étaient éloquents et transmettaient des messages qu’il était doux de recevoir.
Comme le soir tombait, Julian pria la jeune fille de l’accompagner en son château, ce qu’elle fit de bonne grâce.
Et c’est ainsi qu’une idylle prit forme car Angélique n’avait pu rester sous la voûte céleste que grâce à son art romanesque de se projeter dans un univers pluridimensionnel.
Les jeunes gens prirent le temps de bien se connaître avant de proclamer leurs fiançailles. Angélique mit ce précieux temps à profit pour coudre et broder son trousseau de mariée.
Le jour de la cérémonie, des tourterelles volèrent dans le ciel et laissèrent tomber des roses sur le voile de la mariée.
C’était de bon augure et un troubadour composa une chanson où la rose et la dame ne faisaient plus qu’un, osmose d’amour et de beauté !

jeudi 16 avril 2026

Peigne de nacre et froufrous

Telle une figure de proue fendant les flots en laissant derrière elle une traîne d’écume, la belle Mariette, de son pas de ballerine, froissait à peine l’herbe de la prairie couverte de boutons d’or, éblouissant le promeneur romantique du balancement de sa jupe de soie.

Son peigne de nacre captait les rayons du soleil et frappait le peintre assis sur un tabouret, face à son chevalet, d’une lumière iridescente et féerique.

Le froufrou de sa jupe devenait une chanson que reprenaient les pinsons.

C’était une fête printanière et Mariette en était la grande prêtresse.

Les althéas s’inclinaient à son passage et les petites fleurs de la prairie se poussaient du col pour se faire remarquer de celle qui était la reine des prés fleuris.

La jeune fille choisit un grand chêne et s’assit pour observer cette belle nature qui lui était offerte dans toute sa splendeur.

Un grand oiseau qu’elle ne connaissait pas prit place auprès d’elle et se laissa lisser les plumes avec un apparent plaisir puis il s’envola, dans un éblouissant froufrou qui rappelait celui des élégantes du siècle où l’on aimait à la fois la retenue et les danses tumultueuses au théâtre.

Le peintre ajouta les ailes de l’oiseau dans un ciel résolument bleu sur sa toile et le promeneur romantique fit quelques rimes qui donnaient du corps à un poème qu’il était en train de composer.

Mariette sortit de son sac un ouvrage de broderie et s’efforça d’immortaliser le bel inconnu au point de croix.

Des nuages se profilèrent dans le ciel, ce qui incita la jeune fille à reprendre le chemin inverse pour se rendre chez elle.

C’est ainsi qu’en chemin, elle croisa à nouveau le jeune homme romantique qui lui avoua sa flamme et le désir de lui faire la cour de manière officielle.

Mariette entrevit des tissus brodés qui serviraient d’exutoire à sa passion en devenir et elle soupira de bonheur.

De retour en son petit domaine, elle fit un gâteau de fête et en régala sa famille et ses voisins.

C’était une bien jolie façon de célébrer le retour du printemps et elle s’endormit, le soir, en voyant passer devant le rideau de ses paupières un grand oiseau inconnu, sans doute le devin du bonheur, se superposant, par décalcomanie, au visage doux du jeune homme romantique qui lui avait demandé sa main !

La belle au miroir


De ses jolies mains de poète, la belle Elsa tient un miroir pour observer le reflet de son âme.

Des lianes de fleurs s’échappent de ses beaux yeux. Elsa se regarde et rêve. Où se trouve celui qui posera la main sur son épaule ?

Elle l’appelle de ses vœux. Il devrait être grand, svelte, avoir des yeux d’émeraude et une bouche finement dessinée d’où fleuriraient des mots dignes de Ronsard.

Les ruisseaux d’Avril charrient des pépites d’or qu’un orpailleur récolte à l’aide d’un tamis. Un joaillier se chargera de les transformer en parures de noces.

Elsa rêve tant face à son miroir qu’il finit par se briser, laissant échapper une coulée d’argent qui vagabonde avant de former un cœur de vermeil qui battra à jamais dans la poitrine de la belle Elsa à la recherche de son destin.