mardi 1 septembre 2026

Mes premiers élèves

 

 



C’est dans la petite commune d’ Onnaing située près de Valenciennes, devenue célèbre par la suite grâce au choix japonais pour l’installation de son usine Toyota, que je fis la connaissance de mes premiers élèves.

Béatrice, Jean-Michel, Francis et tant d’autres, je ne vous ai pas oubliés.

Catapultée dans l’enseignement sans formation spécifique, je suivis tant bien que mal les conseils de notre directrice tout en me référant à mes souvenirs scolaires, à des ouvrages pédagogiques et en suivant les conseils d’une amie et collègue, Anne-Marie, titulaire de son poste contrairement à moi.

La directrice nous avait dit que pour la première matinée, il n’était pas nécessaire de préparer des cours à proprement parler, les professeurs principaux devant remettre aux élèves livres et manuels usuels.

La coutume voulait qu’ils parlent aux élèves en leur donnant une multitude de consignes.

Or, le mien mena les affaires rondement et me laissa seule face à des élèves pressés de me découvrir.

Après la présentation de ma discipline Lettres-Latin, j’enchaînai avec un poème que je connaissais par cœur et que j’écrivis au tableau.

Les heures passèrent sous les ailes de la féerie et lorsque la cloche sonna la fin de la matinée, chacun se retira.

Le professeur principal, leur professeur d’Histoire et Géographie, vint chercher les élèves pour les conduire, en rang, à la cantine.

J’appris, par la suite, que cette classe, destinée à Valenciennes, avait été subtilisée par notre directrice.

C’est l’un des rares bons points que je peux lui donner car elle se montra machiavélique et redoutable vis-à-vis des novices.

Elle nous détestait parce que nous avions des diplômes supérieurs aux siens et à ceux des autres professeurs.

Ma camarade de lycée, Nicole qui provenait d’un milieu aisé et bourgeois, avait un cabriolet et de jolies tenues qui mettaient en valeur sa beauté.

Elle devint son souffre-douleur et malgré nos efforts pour la contrer parvint à lui faire connaître une sévère dépression nerveuse. Nicole avait tant souffert qu’elle quitta définitivement l’enseignement.

En ce qui me concerne, elle écoutait à la porte, allant même jusqu’à regarder par le trou de la serrure : elle surgit un jour, en alpaguant deux élèves, au fond de la classe qui selon ses dires jouaient avec une gomme au lieu de m’écouter.

En fait, l’un de ces deux élèves fut tellement passionné par ma présentation théâtrale de l’ Iliade qu’il demanda à ses parents de lui acheter le livre. Il me le montra et m’assura qu’il le lisait.

Je n’étais pas peu fière de cet exploit car j’étais toujours habitée par l’amour hellénistique. Je pensais en outre qu’il était de bon ton, pour un professeur de Latin, de laisser entrevoir le monde d’Homère qui s’ouvrirait à eux si ces élèves choisissaient le Grec en troisième langue.

Fidèle à ses habitudes intempestives, la directrice fit une intrusion dans la salle où je donnais un cours : c’était la sixième B sans latin.

Elle me demanda à brûle-pourpoint, devant mes élèves, si je connaissais le procédé Lamartinière. Je dus avouer mon ignorance et elle me laissa quelque peu abasourdie.

L’une de mes élèves me dit après son départ : «  Oh, Mademoiselle, on a eu peur pour vous ».

Tenant ces menaces à peine voilées pur négligeables, je m’informai sur le procédé Lamartinière, l’appliquai et poursuivis mon chemin en croyant à mon étoile.

lundi 31 août 2026

La route du jasmin

 

 

 


S’enfonçant dans le maquis bleuté des collines lointaines, la route du jasmin, scandée par les youyous des femmes du cortège, tremble au son des tambours et finit par aboutir, en pleine lumière, à la tente mariale dressée pour les amants.

Les étoiles du jasmin jonchent le sol et embaument l’azur tandis que l’on s’affaire, de part et d’autre, aux préparatifs du festin.

Méchoui, tajines de poulet aux amandes, pastilla poudrée de sucre glace pour voiler le feuilletage où se cachent les pigeons caramélisés, pâtisseries où abondent le miel, les dattes et les fruits confits au sein de jolis moulages de pâte fine comme le voile de la mariée, tentent les gourmets qui s’abreuvent de moka, de thé et de boissons pétillantes aromatisées à la réglisse, la rose et l’hibiscus.

Les mariés goûtent aux plats par souci de bienséance car ils savent à quel point cuisiniers et cuisinières se sont impliqués dans ce repas dédié à l’amour puis ils s’éclipsent après avoir remercié tous leurs amis et se dirigent vers la bulle cristalline qu’on leur a préparée pour abriter les élans de leur passion.

Le lendemain, toute la noce reprend la route du jasmin et s’en retourne à la ville où les attend la trépidante vie des activités techniques inventées par les hommes, désireux de voir progresser l’humanité.

Alanguis et heureux, les mariés s’endorment en se promettant de reprendre bientôt en guise de pèlerinage, la route du jasmin.

La route ruban

 


 

La route se déroulait comme un ruban enchanteur. Sur ses bords fleurissaient des motels, des ranchs et des pavillons pimpants avec des jardinets dignes des rêves de Charlie Chaplin.

Mais un terrible incendie provoqué par une négligence humaine ravagea la route fleurie, pulvérisant les habitations dont il ne resta que de noirs débris calcinés.

Alors, n’écoutant que son incroyable courage et son désir de rendre l’amour pour la haine, Johnny, moulé dans son pantalon de cuir et sculpté dans sa chemise constellée de strass, les bottes appuyées sur l’accélérateur de sa moto à la mode Piaf, surgit comme le sauveur.

Sur son passage, les prés reverdirent et lorsqu’il chanta Pour moi la vie va commencer, des oiseaux, des castors et des robots firent renaître les lieux de vie en leur rendant des habitations pleines de charme.

La musique que j’aime, J’ai oublié de vivre, Le cœur en deux, Ma jolie Sarah se déroulèrent comme un ruban d’amour, redonnant à une contrée son charme inégalé.

Merci, Johnny !