lundi 18 mai 2026

Dentelles et cotriades

 



Au fil des jours, Aurore sentait poindre en son cœur une véritable coiffe d’amour pour ce terroir en granit rose.

Chaque matin, elle assistait au retour des pêcheurs, admirant ce qu’ils avaient pris dans leurs filets, daurades et coquilles Saint Jacques notamment.

Elle apprit à cuisiner la cotriade, achetant le bonheur du marché, maquereaux, grondins, vieilles, moules, coques, crevettes et langoustines. Elle n’oubliait ni les tranches de pain beurré ni le vin blanc sec qui donnaient une touche gourmande à ce plat traditionnel. Le muscadet eut sa préférence ; elle en buvait peu pour respecter l’harmonie des équilibres.

Elle aimait regarder les dentellières et décora chaque pièce de son cottage de napperons et de chemins de table. Elle portait une mantille et envisageait de choisir une coiffe .

«  Elle vous irait à ravir. Puis-je me permettre de vous l’offrir » dit une voix masculine alors qu’elle examinait une coiffe de sa main gantée.

Elle découvrit un jeune homme vêtu d’un costume de velours noir portant le traditionnel chapeau à rubans breton. Il souriait et Aurore apprécia sa charmante proposition.

Coiffée de dentelle, elle se sentait bretonne et brûlait de retrouver le Johnnie qui avait éveillé sa sensibilité de jeune fille.

Son admirateur se nommait Gilles Le Guen et il était peintre. Ils fêtèrent leur rencontre en savourant une cotriade à La Marée Bleue, restaurant réputé pour la qualité de ses plats et l’excellence de son service. Gilles lui parla de son art et souhaita sa présence dans son atelier.

Ils se séparèrent sur cette promesse et Aurore revint chez elle, le cœur léger, délivrée de l’obsession de problématiques retrouvailles avec l’élu de son cœur d’adolescente.

 

 

 

dimanche 17 mai 2026

Breizh nid d'amour





«  J’aime Paimpol et sa falaise

Son église et son grand Pardon

J’aime surtout la Paimpolaise

Qui m’attend au pays breton ».

Les Johnnies revinrent sans l’objet des pensées d’ Aurore mais cette fois, un barde les accompagnait.

Les chansons de Théodore Botrel fleurirent en Cornouaille, ravivant les émotions de la duchesse.

Rose affréta un voilier qu’elle garnit de coffres au contenu précieux : les denrées alternaient avec la lingerie, les toilettes élégantes, des articles de toilette et de parfumerie sans oublier les cadeaux à offrir pour trouver le chemin menant à Jehan de Roscoff.

Elle pressa son amie de prendre la mer et d’aller à la rencontre de celui qui lui avait fait chavirer le cœur.

«  J’espère qu’il vous apportera le bonheur » dit Dorian et il insista pour que la jeune fille accepte une parure ducale pour sublimer une tenue de voyage.

Aurore prit congé de ses amis en leur promettant de leur donner des nouvelles.

Le capitaine leva l’ancre et le voilier Perle d’amour fendit les flots, emportant la jeune fille et ses rêves.

Le barde accompagnait Aurore et il avait juré au duc de Cornouaille qu’il prendrait soin de la duchesse.

Ils arrivèrent sans encombre à Roscoff. Le barde Yvon de Trégastel fit décharger les coffres après avoir retenu une maison de pêcheur confortable pour permettre à Aurore d’avancer dans la recherche du grand amour.

vendredi 15 mai 2026

La petite duchesse

 




Aurore du Hainaut, orpheline à l’âge de six ans, fut confiée à une nourrice qui l’emmena dans sa modeste maison pour l’élever selon ses critères ancestraux.

Il y avait un beau jardin et la petite fille aimait regarder les papillons et respirer les parfums de la roseraie.

Son château fut vendu et son tuteur, grand-duc de Mortefontaine déposa le montant de la vente sous forme de lingots d’or chez le notaire afin de constituer une dot pour la petite duchesse.

Aurore entreprit des études dans un pensionnat où les orphelines étaient nombreuses.

De petits groupes se formèrent par affinités et Aurore se rapprocha de Rose du Quesnoy dont le teint frais et les tresses blondes semblaient être le symbole de sa belle province d’origine.

Rose et Aurore devinrent inséparables et lorsque l’on vint chercher Rose pour la marier à un lord anglais, amateur de vin français, de littérature et d’art, la jeune fille mit une condition à son mariage, la présence à ses côtés de son amie Aurore.

Aurore franchit la Manche à contre-cœur ; en amie fidèle, elle ne voulait pas laisser Rose voguer seule vers l’inconnu.

Dorian de Cornouailles, le prétendant ducal, était un gentilhomme accompli. Sa prestance et sa beauté n’avaient d’égales que sa culture et sa pratique de la langue française.

Rose se laissa conquérir en franchissant les étapes de la Carte du Tendre par inclination.

Aurore aimait arpenter les plages et guettait la venue des Johnnies, ces jeunes bretons venus vendre les beaux oignons de Roscoff.

Les cuisiniers du château faisaient honneur à ces produits en les sublimant sous forme de tourtes où le cheddar offrait une note british.

Les soupes à l’oignon flattaient le palais des convives qui se félicitaient de cet apport de qualité.

Aurore apprit à manier la langue celtique au contact des vendeurs qui avaient pris la mer avec témérité.

L’un d’eux, Jehan de Paimpol aux beaux yeux bleus, vêtu élégamment d’un costume breton brodé l’émut par sa courtoisie et son art de converser.

Elle attendait sa venue, le cœur battant et l’année où il ne vint pas, elle sombra dans une profonde mélancolie.

Fleur de lune

 

 

 


Dans un pays où affleuraient des cratères, des mégalithes et des pierres de lune vivait une jeune fille que ses voisins avaient surnommée Fleur de lune tant elle offrait des similitudes avec le satellite couleur safran.

Elle aimait collecter les pierres de lune pour en faire des bijoux de prix et l’on venait de loin lui acheter des parures destinées à une dame de cœur.

Un prince venu d’orient prénommé Abdallah ( serviteur de Dieu) vint frapper à sa porte.

Chargé de présents, il proposa en outre une somme considérable pour acheter tous les bijoux créés par la jeune fille :

«  Ces bijoux seront mis en valeur par la beauté de l’épouse à qui je les destine, se justifia-t-il. Ils figureront en bonne place sur la liste de cadeaux qui deviendront, selon notre contrat de mariage, sa propriété ».

Fleur de lune se déclara honorée et elle prépara une chambre pour l’ami venu de loin. Abdallah ne se fit pas prier ; il était rompu par son long voyage, de sorte qu’il se retira tout de suite dans l’espace réservé après avoir bu du lait et mangé des dattes, sa provision de bouche.

Le lendemain, fidèle aux caractéristiques de son prénom, la passion, la soif de découverte et aussi l’amour de la méditation et de la justice, le prince exprima le vœu d’excursionner dans les environs.

«  J’espère trouver des pierres de lune pour vous les apporter, gente dame » dit-il à son hôtesse. Fleur de lune esquissa une révérence et se promit de concocter un repas digne de la qualité de son invité.

Elle prépara une tête d’agneau à la sauce ravigote et un poulet rôti aux tubercules cuits au four. Elle s’appliqua ensuite à réaliser des pâtisseries riches en beurre, en crème aux amandes et aux fruits frais.

Satisfaite de la réalisation de ces plats, elle attendit le retour du prince en s’apprêtant avec soin.

Parfaitement vêtue et coiffée, parée de bijoux en cristal de roche, elle reçut du prince une belle collecte de pierres de lune. De plus, Abdallah avait acheté à un pêcheur de beaux poissons dont Fleur de lune pourrait faire une cotriade et des carpaccios savoureux pour le soir et les jours suivants.

«  C’est une table étoilée » dit-il à son hôtesse en se régalant de son menu.

L’après-midi , après une courte sieste, il repartit vers les bords de mer, espérant revenir chargé de denrées, la marée s’avérant prometteuse.

Fleur de lune prépara la cotriade, l’agrémentant de petits pains à la fleur de sarrasin et s’occupa à la réalisation d’une marinade épicée pour baigner les filets de poisson frais.

Cette tâche terminée, elle examina les pierres de lune et dessina des études en arabesques pour des bijoux de princesse.