dimanche 13 septembre 2026

Un palais floral

 

 


Sofia s’extasiait devant chaque pan floral du palais qui s’effeuillait à la façon d’une belle ôtant ses voiles un à un pour attendrir les amoureux de la danse.

Le dragon leur octroya une pièce de repos puis il les invita à sa table, dressée avec faste, rutilant sous l’or des chandeliers et des couverts. Des bouquets de fleurs où dominaient les lys, les iris et les roses jetaient une note lumineuse sur une nappe et des serviettes brodées de boutons d’or et de pavots.

La ronde des mets commença : bouillon impérial aux perles du Japon, chaud-froid de volaille, tranches d’agneau rôti au miel et tajines de légumes fondants, sept fromages variés et bouchées gourmandes aux noix et à la crème d’amande ravirent les palais rafraîchis par des pichets de limonade à la rose et de vin pétillant. L’eau de source avait un goût de violette et Sofia qui aimait les fleurs en but à satiété.

Cet excellent repas terminé, chacun se retira dans sa chambre, le dragon leur promettant de les aider dans leur quête de la fleur Sofia.

«  Ce nom lui va à merveille, divine reine puisqu’il est le vôtre. Sachez que si mon corps n’était pas couvert d’écailles, je vous demanderais  en mariage, rêvant d’avoir des petits princes, dragons ou humanoïdes à votre image ».

Sensible à ce bel hommage la reine lui adressa son plus beau sourire et l’embrassa juste au-dessus de ses yeux flamboyants.

Cet instant de grâce fut décisif : dans un fracas de tonnerre , le dragon enfla et éclata, délivrant son enveloppe humaine frappée par un envoûtement, mettant au jour le prince Ming au regard turquoise.

Fort heureusement, le palais ne disparut pas et son faste se prolongea, permettant au prince de mettre un genou à terre et d’offrir son cœur à sa dame d’amour.

Sofia se sentit si heureuse que des larmes jaillirent de ses yeux, faisant éclore, en tombant sur les dalles de marbre la fleur désirée.

«  C’est le signe du bonheur pour notre couple, ma douce-aimée » dit le prince et il serra sa reine contre son cœur ardent.

Un nuage bleu les enveloppa et ils goûtèrent une nuit d’amour sous le signe de la fleur magique qui vivait en leur âme royale.

Coeur battant

 

 


Le refrain ensorcelant du Pays du Sourire «  Je t’ai donné mon cœur » enrobe Sophie des ailes de l’espoir.

Vincent Niclo, rêve fait homme, distille son chant miraculeux, apaisant ses tourments.

Oui, elle vivra, ne serait-ce que pour porter bien haut l’oriflamme du ténor qui embrase sa vie monotone et déchirée.

Des galets roses, des orchidées en grappes jaillissent des flots, illuminant le divin chanteur d’une onde étoilée semblable à celle que connut Ulysse, le prince grec qui hanta la Méditerranée pendant dix ans.

Echappant à la nymphe Calypso et ses baisers passionnés pour retrouver sa fidèle épouse Pénélope, il a échoué sur un rivage, nu et couvert d’écume. En traduisant cet épisode, mes amies et moi-même frissonnions en découvrant l’immense solitude de l’homme face à la mer lie de vin comme le chantait le poète Homère.

Tu te souviens de cette page tragique, Sophie, et pour cette raison, tu offres à ton chevalier d’amour, Vincent Niclo, un voilier, une mer apaisée et les trésors venus du fond des océans sublimés par les chansons du ténor qui métamorphosent ton quotidien en lui donnant les couleurs de l’amour.

La fontaine au coeur ardent



Dans la clairière d’un bosquet, une fontaine dispensait son eau limpide.

Sur la margelle, une coupe en or ciselé était destinée au passant qui souhaitait goûter ce breuvage de jouvence.

Clotilde au cœur ardent désira utiliser la coupe après avoir cueilli des plantes dont elle ferait des tisanes épicées et parfumées.

Elle but cette eau chantante et son cœur ardent se mêla au tourbillon de la fontaine qui reçut ainsi une propriété inattendue.

Panier au bras elle reprit son pas dansant et rentra chez elle, pressée de mettre sa cueillette en sachets.

Régis, le tisserand du village voisin, toujours à la recherche de fibres nouvelles qui viendraient enrichir ses tissus, arriva à son tour à la fontaine, but son eau fraîche et se sentit envahi par une onde bienfaisante qui lui donna une énergie nouvelle.

Il mangea quelques fruits des bois et rêva de la matière qui jaillirait de ses mains expertes grâce à des fibres de bambou et des plantes aux sucs abondants et filandreux.

Il collecta quelques œufs de caille pour se faire une omelette et rentra chez lui afin de se mettre rapidement au travail.

Unis sans le savoir par la même énergie provenant de la fontaine, les promeneurs de la forêt conçurent leurs plus belles œuvres.

Clotilde mêla savamment des plantes qui produisirent un parfum inédit. Ajoutant cette épice nouvelle à un appareil laitier destiné à l’élaboration d’un flan, elle obtint un ensemble savoureux qu’elle nomma Flan du cœur ardent.

Elle prépara ensuite un velouté pour son repas du soir en utilisant les racines comestibles récoltées lors de sa promenade.

Le lendemain, heureuse de la réussite de sa recette nouvelle, elle rongea son frein jusqu’à la veille du marché pour mettre en vente son flan révolutionnaire.

De son côté, Régis tissa une pièce à la texture souple et lumineuse. Une couturière avec qui il avait l’habitude de collaborer, Rolande, se saisit du coupon avec fièvre et réalisa une robe si extraordinaire qu’elle envisagea de l’exposer au marché.

Le jour du marché, Clotilde vendit tous ses flans et reçut des félicitations pour cette création savoureuse et légère.

Elle eut un coup de foudre pour la robe féerique de Rolande et déboursa une somme rondelette pour l’acquérir. La robe lui allait à merveille et elle sentit battre son cœur avec une énergie nouvelle.

Quelque temps plus tard, Régis et Clotilde se rencontrèrent près de la fontaine et se reconnurent : ils portaient l’énergie de la source miraculeuse.

Ils marchèrent de concert, admirant la cueillette de son voisin. Ils décidèrent de s’unir pour que perdure l’amour de la fontaine sacrée au cœur ardent.