dimanche 10 mai 2026

Barcarolle d'amour

 

 



«  Belle nuit, ô nuit d’amour, souris à nos caresses

Nuit plus douce que le jour, ô belle nuit d’amour

Le temps fuit et sans retour emporte nos tendresses

Loin de cet heureux séjour, le temps fuit sans retour » 

Déterminé à interrompre la fuite du temps, Vincent s’élança à la recherche des sources perdues ; il trouva une jolie naïade assise sur un rocher dans la posture de la petite sirène d’ Andersen.

Elle peignait ses longs cheveux avec un peigne d’ivoire et elle se laissa emporter par le ténor, ému à la vue d’une telle beauté.

«  Zéphyrs embrasés, versez-nous vos caresses »

Les alizés parfumés répondant à l’appel du couple amoureux le plongèrent dans l’extase.

Les amants enlacés vécurent une nuit passionnée à l’ombre de cerisiers en fleurs.

Fleur et Jour, les enfants de l'amour

 

 

 


Nadir et Dahlia procédèrent par étapes pour révéler aux enfants élevés dans le même amour qu’ils n’étaient pas frère et sœur et qu’un destin différent les attendait au lendemain de leur septième année.

Loin de se décourager, Fleur et Jour redoublaient de gestes affectueux et juraient de rester liés à jamais.

Il fallut cependant exaucer le vœu du père de Fleur et un triste matin, Fleur de Lune prit la route dans un palanquin princier.

Dahlia avait préparé un trousseau complet pour la petite fille et lui avait légué le couffin brodé par sa mère avec amour. Fleur de Lune y avait installé sa poupée de porcelaine Philaé.

Bonheur du Jour qui aimait dessiner avait peint un tableau les représentant jouant dans le jardin sous les yeux de Philaé installée dans un petit fauteuil. L’enfant princier offrit le tableau soigneusement emballé dans un étui de soie et Fleur de Lune jura qu’il aurait la place d’honneur dans sa chambre.

L’escorte se mit en route. Bonheur du Jour galopa sur son poney Framboise jusqu’à la limite du domaine, envoyant des baisers à celle qu’il aimait tendrement.

De retour au palais, il se comporta avec dignité, redoublant d’ardeur pour parfaire son éducation.

Il porta un intérêt nouveau à la poésie, trouvant chez les poètes les accents de son cœur déchiré.

De son côté, Fleur de Lune offrit un visage souriant à ses parents. Ophélie avait décoré sa chambre avec goût.

Philaé trouva sa place dans un berceau qui avait été conçu pour la venue de Fleur de Lune.

La petite maman de sept ans et sa poupée apprécièrent le charme de la pièce où elles trouveraient le bonheur du jour et de la nuit.

Alban avait pêché une magnifique daurade qu’Ophélie avait cuite au four, enduite de miel et parsemée d’amandes.

La petite fille fit honneur au plat et elle apprécia particulièrement la part d’un gâteau parfumé à la rose décoré d’un cœur en pâte d’amande.

Les jours suivants, Fleur de Lune se plia à de nouvelles disciplines. Elle apprit l’art de la cuisine. Clarifier les œufs fut bientôt son exercice favori. En participant à l’élaboration d’un cake, elle ne put s’empêcher de penser au cake d’amour de Peau d’Ane.

Elle souhaita grandir au plus vite pour confectionner un semblable gâteau pour l’envoyer à Bonheur du Jour, toujours présent dans son cœur.

Par ailleurs, il lui arrivait d’accompagner son père et de manier la canne à pêche avec dextérité ? Elle eut la joie de ferrer une lamproie. Ce poisson au goût délicat rejoignit d’autres merveilles océanes qu’Ophélie présenta fièrement sous forme de cotriade, délice du pêcheur.

Elle prenait également des cours élémentaires en compagnie d’autres enfants dans une grande maison qui faisait office d’école.

Elle aimait particulièrement la botanique et pratiquait également des arts variés, danse, musique, dessin et poésie.

La poésie occupa une grande place dans son cœur car dans les soupirs de dames pleurant l’absence d’un bien aimé elle retrouvait une situation similaire à la sienne.

Ainsi la séparation des deux enfants décupla l’intérêt que chacun portait à l’autre par le biais de la poésie qu’ils chérirent tous deux dans un même élan d’amour enfantin, pur, noble, s’épanouissant comme une fleur immortelle.

Ophélie mène l'enquête

 

 



Heureuse de garder Lola aux Bleuets, Ophélie décida cependant de mener une enquête dans l’intérêt de l’enfant.

Lola se contentait la plupart du temps de mimiques en signe d’approbation ou de refus. Sa maîtrise du langage n’étant pas assurée, Ophélie eut l’idée de recourir au chant et à la danse comme mode d’expression.

Elle dansa, pieds nus en s’accompagnant de sa flûte de Pan et elle eut la surprise de voir Lola la rejoindre en respectant le tempo. Son petit visage était illuminé par la joie et elle dansa jusqu’à en perdre le souffle.

Le lendemain, Ophélie chanta a cappella et c’est avec plaisir qu’elle vit le bonheur envahir le visage de la petite fille. Elle composa un refrain qui lui était destiné :

«  Colombes du Djurdjura, venez jusqu’à moi pour enchanter Lola ». Cette phrase lui avait plu car elle la chanta en esquissant un pas de danse.

Par la suite, Ophélie engagea une conversation sur le mode chanté et elle obtint une réponse : «  Lola est partie pour ne pas être punie ».

Au fil des chansons et des danses, Ophélie finit par se faire une idée du mode de vie de Lola. Apparemment, sa famille avait une maison isolée dans la campagne. Sa fuite avait été provoquée par un drame qui semblait effrayer l’enfant à sa seule évocation.

Ophélie mit un terme à ces investigations déguisées, craignant que la petite fille ne revive l’épisode douloureux de sa vie.

Elle opta pour les danses joyeuses et les chants magnifiant la beauté de la nature.

Elle enseigna à petites doses la lecture, l’écriture, le solfège et le dessin à la petite fille qui progressa avec une étonnante facilité.

Pour l’initier de manière ludique aux Fables de La Fontaine, Ophélie les lui fit apprendre en s’appuyant sur la version chantée de Patrick Topaloff.

L’air de la fable Le loup et l’agneau était si entraînant que Lola l’interpréta avec forces mimiques en courant dans le jardin.

«  Cette petite a le don du théâtre » se dit Ophélie et elle en vint à la conclusion suivante : certes, elle n’avait pas progressé dans son enquête de manière formelle cependant elle était certaine que Lola avait une intelligence supérieure à la moyenne.

Dans le milieu où elle avait vécu, on avait étouffé ses facultés mentales. Elle se tenait correctement à table, avait le sens de l’hygiène et appréciait les jolies robes et les beaux décors.

Par ailleurs, pour une raison inconnue, elle avait été privée de contacts avec le monde extérieur et son esprit était resté en friche.

« Quelle est la clef de ce mystère ? à nous de le découvrir » conclut Ophélie en se promettant d’atteindre son objectif.