jeudi 15 janvier 2026

Sur la route de l'opale

 

 


En s’éveillant, le prince Mohand prit rapidement le premier repas de la journée, fit préparer ses bagages pour une randonnée et partit à la recherche d’une opale merveilleuse dont il avait rêvé.

On attribuait à l’opale de nombreux pouvoirs. Mohand espérait que la pierre miraculeuse apporterait un soulagement à sa mère Lalla Myriem qui se mourait à petit feu.

Porté par cet espoir, Mohand vit se dresser devant lui un éperon rocheux qu’il n’avait jamais vu. Un semblant de porte s’ouvrait à lui. ; il laissa sa monture Aile du vent en liberté, certain de la retrouver à son retour car le cavalier et sa monture étaient liés par un pacte de fidélité.

La main sur sa dague, Mohand marcha sur un chemin pavé aux reflets luisants.

Je suis bien dans le royaume de l’opale se dit-il et il avança résolument.

Un palais d’opale rose s’offrit bientôt à sa vue. Il prépara une bourse de soie contenant les plus beaux joyaux de son royaume pour sésame.

Il n’eut pas besoin d’user de cette monnaie d’échange car il fut immédiatement introduit dans une salle lumineuse où l’opale sous toutes ses formes était déclinée.

Oursins, pouces-pieds, crabes farcis, huitres et langoustines étaient à sa disposition sur un guéridon et sur une petite table des terrines et des pâtés en croûte alternaient avec de fines tranches de magret séché et des raviolis garnis de viande hachée épicée.

Le prince goûta ces plats avec plaisir et but un élixir proposé par un serviteur en livrée dorée.

C’est alors qu’apparut la plus belle femme qu’il eût jamais vue, une reine assurément à son air altier et sa parure en diamants.

Promenons-nous dans les jardins, beau prince dit la belle apparition.

Mohand prit la main offerte et ils se promenèrent à la lumière des torches dans un univers fleuri, fascinant par sa beauté.

Une passion

 

 

 


Louis ne souhaitait pas attendre plus longtemps la possession de ce corps désiré, ce que Rose déplora.

Elle aurait aimé prendre un chemin de La Carte du Tendre, fidèle à ses principes littéraires mais cet homme pressé et décidé mit tout en œuvre pour faire d’elle une partie de son être.

Il l’aimait fougueusement et passionnément, ressentant néanmoins une sorte de frustration en dépit des réponses à ses caresses : l’âme de la femme aimée lui échappait !

Il l’emmena à une réunion de beaux esprits zaïrois . Après lui avoir intimé l’ordre de se tenir à ses côtés sans mot dire, il participa au thème du jour, la pensée africaine.

Les participants au colloque provenaient de différents pays, Royaume Uni, Pays Bas, Belgique, Suisse. La qualité de leurs études n’était pas mise en cause. Cependant ces  futurs ténors de la vie politique et commerciale du Zaire se demandaient s’ils n’étaient pas formatés à leur insu par ces anciennes puissances coloniales et coffre-fort du monde.

Rose trouvait ce débat passionnant, partageant les préoccupations de ces jeunes gens car elles lui semblaient justes et appropriées.

Soudain, le ton changea et les débatteurs s’exprimèrent dans leur langue.

Rose se sentit visée car certains regards s’attardaient sur sa personne avec une certaine sévérité.

Elle eut l’impression d’être La Blanche avec tout ce que ce mot pouvait contenir de malveillant. De plus, elle portait un manteau ivoire fermé par des brandebourgs de velours noir confectionné par sa mère, un manteau de parade plus qu’un manteau d’hiver frileux.

Le côté Blanc de sa personne était ainsi accentué, de même que son teint de porcelaine nacrée et ses yeux bleus.

Louis vola à son secours et dit en Français :

«  Ne craignez rien. Elle est ma compagne et je réponds d’elle : aucun de vos propos ne sera répété de son fait, je peux le jurer. D’ailleurs elle est poète et toutes ces conversations ne l’intéressent guère. Chérie ( jamais il ne l’avait appelée ainsi) tu as certainement quelques-uns de tes jolis poèmes : peux-tu nous les lire » ?

Rose n’en revenait pas ; Louis lui reprochait souvent de passer trop de temps à écrire en négligeant ses études. Ce revirement indiquait néanmoins que la situation était critique et que la poésie devenait une échappatoire incontournable . Elle saisit donc la balle au bond et lut quelques poèmes.

Au fil de sa lecture, Rose sentit que le masque vénitien blanc s’estompait pour disparaître définitivement à l’évocation des amours immortelles régnant dans ce monde où les fleurs, les oiseaux et les nuages voguaient de manière royale, intemporelle et universelle.

Les applaudissements fusèrent et les mammas conviées à la fête apportèrent un plat de Fou Fou que chacun savoura avec délices.

 

Une fête grandiose

 

 


Toute la journée on prépara Anne-Lise à vivre de somptueux moments.
On l’apprêta avec minutie : bains et soins en tout genre, manucure, dessins au henné sur les mains, pieds massés et enveloppés dans des feuilles odorantes, cheveux tressés et relevés de manière artistique se succédèrent, entrecoupés de pauses-goûters pour avoir l’estomac léger.
Bouchées au miel d’acacia, lait de chèvre, bol de soupe d’orge et petits pains au sésame furent servis, savamment dosés.
Le moment de la toilette proprement dite arriva et il fallut deux bonnes heures pour que la jeune femme apparaisse dans tout son éclat.
Sa robe venait de Fès et valait son pesant d’or tissé dans le brocart.
Un léger voile vaporeux blanc laissant apparaître son beau visage, Anne-Lise fut placée dans un fauteuil d’ivoire tapissé de velours puis on la porta solennellement jusqu’à la salle où l’attendait le prince Ali sous les youyou traditionnels.
Le prince Ali vêtu de brocart vint à sa rencontre, l’aida à descendre de son piédestal, enleva délicatement son voile et la conduisit à la table.
Il ordonna qu’on soulage la jeune femme en lui ôtant des accessoires pesants.
Anne-Lise lui en sut gré car sa robe d’apparat était si lourde et encombrante qu’elle ne s’imaginait pas participer à un repas.
Elle se changea derrière un paravent. La robe légère et vaporeuse revêtue lui permit de goûter les merveilles gourmandes préparées avec le plus grand soin par des cuisiniers étoilés.
Salade berbère, Briouates au poulet, tajine de l’oasis, boulettes de kefta, petits pois à la menthe et pommes de terre, pâtisseries diverses et chahia en pyramide se succédèrent avec éclat.
Anne-Lise mangea quelques bouchées de chaque plat présenté pour rendre hommage au talent des personnes qui avaient œuvré pour la réussite d’un menu exceptionnel.
Elle but du thé à la menthe et du sirop de rose.
Le prince Ali mettait à mal chaque plat présenté et il félicita chaleureusement la brigade de cuisiniers qui avait fait de ce moment un prélude paradisiaque.
Des joueurs de luth, des danseurs, des jongleurs et des poètes brodant les épisodes du conte Flor et Blanchefleur constituèrent un moment où le temps sembla s’arrêter.
Lorsque les artistes se retirèrent, le prince prit la main d’Anne-Lise, ordonna qu’on lui apporte un burnous fin et chaud. On la chaussa de bottines fourrées. Ainsi équipée, Anne-Lise prit la direction des jardins au bras du prince.
La surprise finale était un feu d’artifice où la rose était centrale. Elle éclata sous toutes ses formes, créant l’enchantement.
La jeune femme avait l’impression de devenir une rose et lorsque le prince Ali l’enlaça tendrement, s’apprêtant à lui donner un doux baiser, elle se sentit projetée dans l’air parfumé et se retrouva au cœur de la maison du village-poème où l’aventure avait commencé.
Heureuse de retrouver son autonomie, Anne-Lise se déshabilla, revêtit une chemise de nuit brodée à la mode victorienne et s’endormit en rêvant qu’un poète lui offrait son cœur.

mercredi 14 janvier 2026

Rencontre dans un square

 


Rose oubliait les tracas de sa vie estudiantine sur un banc situé près de la statue dédiée à la mère du Ptit Quinquin lorsqu’elle le vit, celui qui allait donner un tournant à sa vie, Louis de Kinshasa.

Il marchait d’un pas décidé, son sourire énigmatique et conquérant effaçant le côté négatif de sa silhouette trapue et courte.

Il souleva élégamment son chapeau et lui demanda la permission de s’asseoir auprès d’elle.

Ils échangèrent peu de mots, l’essentiel se passant par l’intermédiaire d’une sorte de fluide qui abolissait le temps.

Rose disserta un peu sur l’histoire du Ptit Quinquin, l’hymne du Nord ouvrier.

Louis souriait, n’osant pas dire que dans son pays il était prince. Cette jeune fille lui semblait hors du temps mais toute sa personne inspirait l’amour. Elle ressemblait à La Jeune Fille à la perle, ce magnifique tableau de Vermeer de Delft qu’il se jura d’exposer sur le manteau de la cheminée de sa modeste chambre d’étudiant en journalisme, sous forme de reproduction.

La présence aux cours de l’école de journalisme lilloise étant obligatoire, Louis prit congé de la jeune fille en lui fixant audacieusement un rendez-vous dans sa chambre pour le repas de l’amitié avança-t-il. Rose accepta l’invitation sans hésiter, la crainte étant exclue de sa personnalité déterminée à toujours aller de l’avant.