Astrid s’en allait gaiement
chercher les fleurs dont elle ornerait la statue de la Vierge Marie qui était
la sculpture principale de l’église Saint- Michel. Elle n’oublierait pas
d’offrir du muguet à Florian qui était son mentor en matière artistique.
Soudain, elle se sentit enlacée
par des bras puissants. Elle voulut crier mais la personne maléfique lui
appliqua un mouchoir imbibé de chloroforme sur le visage et elle perdit
connaissance.
Lorsqu’elle se réveilla, elle
était allongée, nue, entre deux épaisseurs de fourrure dans une salle obscure.
Un homme s’approcha d’elle,
demi-nu, juste couvert d’un pagne couleur soleil et il portait un loup de
velours sur le visage.
Il effleura son corps avec
insistance et murmura :
« Belle du Seigneur, tu es
à moi, tu es mon Ariane, mon étoile polaire, ma beauté.
Tu resteras ici jusqu’à ce que tu
consentes à devenir mon épouse.
Je t’ai choisie entre mille et
pour cette raison, tu me dois obéissance et amour ».
Pensant qu’elle avait
malheureusement affaire à un aliéné, Astrid préféra demeurer silencieuse mais
comme le forcené introduisait un doigt dans la conque veloutée de son être,
elle protesta :
« Tout beau, mon
prince ! Si vous me voulez toute à vous, consentante, respectez mon
intimité, je vous en prie ».
L’homme se rétracta et quitta la
pièce, laissant la jeune fille soulagée mais inquiète de son devenir.
Il revint souvent la voir, lui
apportant à manger, la lavant et lui brossant les cheveux.
Il lui apporta enfin un caftan
lumineux et des sous-vêtements en dentelle et en soie et l’aida à s’en vêtir.
Il lui prit la main et l’emmena,
en empruntant un escalier, dans une jolie chambre princière.
« Ma princesse, ma poupée
d’amour, vous voici chez vous mais n’oubliez pas que vous êtes à moi.
Je suis votre prince, le seigneur
du beffroi et comme Quasimodo dont je n’ai heureusement pas la laideur, je vous
garderai jusqu’à mon dernier souffle. Votre seul salut consistera à me donner
votre consentement pour une union vouée à l’éternité ».
L’étrange personnage, toujours
masqué mais vêtu avec élégance, quitta la pièce, la fermant soigneusement à
clef.
Astrid explora la chambre qui
était dotée d’objets et de meubles précieux, le plus souvent en merisier.
Un lit à baldaquins occupait une
grande partie de la pièce et il était flanqué d’un joli secrétaire et d’une
coiffeuse garnie de savons exquis, de produits de maquillage et de crèmes
odorantes et de parfums.
Dans une petite pièce contiguë,
il y avait une baignoire sophistiquée et dans un autre petit salon, il y avait
une bibliothèque, un fauteuil Récamier incitant à la lecture et à la rêverie et
surtout un chevalet, des toiles, des pinceaux et toutes sortes de tubes de
couleur, ce qui prouvait que le ravisseur ne l’avait pas choisie au hasard et
qu’il connaissait ses aptitudes artistiques.
Son apparence, masquée pour le
visage, en partie, ne lui rappelait personne et son langage ne semblait pas
correspondre à la façon de parler des hommes qu’elle connaissait.
Il n’avait pas l’accent du nord
et le badinage amoureux, précieux et livresque qui le caractérisait semblait
appartenir à une langue étrangère, composée pour mieux la tromper.
Lasse de réfléchir en vain,
Astrid prit un bain, revêtit une jolie chemise de nuit jetée artistiquement sur
le couvre-lit et s’endormit en espérant que ses amis, Florian notamment,
trouveraient une piste pour venir la délivrer.