dimanche 12 avril 2026

Bribes

 


 

Je me suis enfoncée dans une forêt pour y chercher mes origines.

De charme en hêtre, de houx en chêne, de buissons d’églantiers en tapis de bruyère, j’ai progressé, l’œil en émoi, cherchant la biche des bois.

Mais le choc fut rude lorsque je me retrouvai sur l’asphalte des villes. Pour oublier cet environnement ingrat, j’ai porté des gants en dentelle et me suis promenée le long des canaux tristes avec pour seule ligne de fuite le ballet de péniches disparates, tantôt pimpantes, tantôt proches de la grisaille du ciel couvert.

J’ai recherché l’amour mais il a fui ou plutôt il ne s’est manifesté que sous sa forme la plus rebutante. Alors j’ai pris un petit carnet pour y noter mes pensées vagabondes et pour y faire sécher boutons d’or et pensées.

C’est avec bonheur que j’ai accueilli la solitude, ma plus fidèle amie et j’ai attendu le moment où mes rêves s’incarneraient enfin. Cette joie m’a été donnée si tardivement que je ne pouvais plus marcher pour la savourer. Mais il me restait encore l’essentiel, l’infaillible jeunesse de mon cœur et l’art de tresser les mots pour en faire des couronnes.   

samedi 11 avril 2026

Alice et le miroir vénitien

 



En poursuivant le lapin blanc qui se plaignait toujours d’être en retard, Alice se trouva dans une petite pièce qui était illuminée par la présence de nombreux miroirs.

Elle en choisit un qui portait en son cœur une rose dont les tons étaient du plus bel effet. C’était en fait un poudrier qui faisait office de miroir par la même occasion.

Sa sœur Adèle refusait toujours de lui laisser regarder de près son poudrier c’est pourquoi Alice fut aux anges de pouvoir ainsi s’approcher d’un objet qui lui était interdit à la maison et qui semblait si beau et si pratique à en juger par l’habitude répétée d’Adèle de lui rendre une visite pour s’assurer de l’état de sa beauté.

Alice fut enchantée de découvrir à l’intérieur du poudrier magique une décoration qui reprenait ses traits en lui donnant une finesse inaccoutumée.

Elle activa la houppette qui était jointe au poudrier et se poudra avec délices : elle était enfin une jeune fille certifiée et reconnue.

Un nuage de poudre ocre et rose se développa dans la pièce, mettant en relief un magnifique miroir vénitien qui avait échappé à sa vue.

Elle le prit avec délicatesse et vit son visage se transformer d’une seconde à l’autre.

Un tapis de fleurs, roses, jasmin et réséda, orchidées, déroula une traîne royale qui l’incita à ôter ses souliers vernis et à se déplacer avec précaution sur cet accessoire magique qui se mit à onduler pour devenir une véritable mer fleurie où nageaient des dauphins.

Sautant de nénuphars en lotus, elle finit par arriver dans une prairie où elle retrouva, sans en être surprise,  le chapelier fou et le lièvre de Mars qui prenaient le thé de manière chaotique et charmante.

Le lapin blanc arriva tout essoufflé ; il s’épongea le front avec un mouchoir brodé à l’effigie de la reine de cœur puis but avec délices le contenu d’une tasse de thé venu des Indes.

Alice accepta également une tasse, se poudra ensuite le visage d’un geste machinal et se retrouva, de ce fait, dans sa chambre, une poupée sur les genoux.

«  Qui a encore pris mon poudrier » ? dit Adèle avec une colère qui n’était pas feinte mais Alice put répondre qu’elle n’était pas la coupable.

Elle décida de faire la demande d’un poudrier ou d’un miroir à la bonne fée, sa marraine et se replongea dans la lecture de son livre favori A l’ombre des cerisiers en fleurs qui lui apporta, comme d’habitude, le plaisir de vivre les aventures d’un descendant du chat botté ou le voyage inédit d’une jeune femme sur les routes de Saint Jacques de Compostelle.

Le chant d’un oiseau interrompit sa lecture et elle se promena dans le jardin en rêvant à une prochaine expédition dans le monde féerique imaginé par un mathématicien britannique, Lewis Carroll !

vendredi 10 avril 2026

Le château du Fol Espoir

 

 

Grâce au trésor découvert sous les ruines du château, le nouveau castelet prit forme rapidement. Le prince fit venir des blocs de granit rose pour que le château ait une belle allure et soit perçu comme une merveille architecturale. Des sculpteurs ornèrent les tourelles de personnalités légendaires rappelant les figures de proue des vaisseaux.

Des ébénistes, des peintres, des décorateurs, des verriers et des miroitiers, des experts en tissu d’ameublement et des tapissiers de haute lice mirent leur art au service de chaque pièce pour en proposer un esthétisme remarquable.

On s’affaira dans les cuisines pour que la technique serve l’antre du goût.

Lingères, couturiers, brodeuses et argentiers offrirent leur touche délicate réservée aux grandes maisons.

Le prince fit appel à des jardiniers pour que les potagers, les vergers, les roseraies et les massifs de fleurs fournissent la base florale des cuisines et de l’ornement.

Enfin, un pavillon d’amour, une volière, une fontaine et un kiosque à musique parachevèrent le charme inédit de Fol Espoir.

Guillemette arriva en carrosse pour célébrer l’inauguration d’un château voué à l’amour.

Elle portait une robe d’inspiration second empire pour représenter dignement la vallée des cœurs perdus dont elle avait eu la charge.

Des valses romantiques permirent au couple retrouvé d’ouvrir le bal sur la note définitive d’un Fol Espoir.