samedi 28 mars 2026

Echec et coiffe

 

 

Les chefs d’établissement se félicitèrent d’avoir autorisé le port de la coiffe dans l’enceinte scolaire. Les professeurs de mathématiques se réjouirent également de constater l’engouement nouveau des élèves pour les clubs de jeux d’échec qu’ils animaient.

La figurine de la reine coiffée eut un tel succès que l’on prit l’habitude de remplacer la formule «  échec et mat » par celle de «  échec et coiffe » !

C’est plutôt réjouissant de voir un mot symbolisant la mort remplacé par celui d’un attribut régional, concept de beauté » dit l’un des participants au club et il fut approuvé par tous.

Alexis redoubla d’ardeur créative pour répondre aux commandes d’échiquiers, chacun voulant son exemplaire «  reine coiffée » ; il recruta un ébéniste spécialiste en orfèvrerie qui apporta sa touche personnelle en concevant une couronne semblable à celle du Roi Arthur pour la pièce représentant le roi.

 

Cette nouveauté plut énormément de sorte que Bianca créa, à son tour, une couronne Roi Arthur pour que les jeunes damoiseaux ne se sentent pas exclus du projet culturel magnifiant l’art celte.

Aucun jouvenceau ne souhaita porter la couronne à l’école ce qui soulagea vivement les chefs d’établissement.

Une couronne n’était pas l’équivalent de la coiffe et pouvait s’inscrire dans l’expression du rejet de la laïcité.

«  Que va porter le cavalier » ? dit malicieusement un proviseur. Cette suggestion vint aux oreilles d’ Alexis qui conçut un béret élégant pour le cavalier en s’inspirant de la représentation du chevalier La Hire au jeu de cartes traditionnel.

«  La Bretagne s’insère dans un ensemble Grand Ouest » dit Alexis et cette nouveauté connut le même succès que les précédentes.

«  Il nous manque un barde à présent » remarqua Bianca et sur ce, elle eut l’agréable surprise d’en voir un pousser sa porte, sa harpe celtique à la main !

vendredi 27 mars 2026

Château en flammes

 

 

Aux abords de son château, le prince Pervenche aperçut des nuages de fumées incandescentes, ce qui l’inquiéta au plus haut point.

Son château flambait littéralement. Le messager qui l’avait supplié de revenir n’avait pas exagéré la situation : elle était effectivement dramatique.

Le prince mit tout en œuvre pour sauver ce qui pouvait l’être, tableaux, œuvres d’art diverses, objets précieux. Un joli bric à brac déposé sur l’herbe offrait un triste spectacle.

On s’ingénia à les restaurer, les débarrasser de la suie et en attendant que renaisse un château digne de ses ancêtres, le prince s’installa dans une dépendance qui lui servait d’observatoire pour les oiseaux.

Il envoya un message à Guillemette par pigeon voyageur où il relatait brièvement l’étendue du désastre.

Guillemette espéra que la fée Lilas qui se voulait sa protectrice lui vienne en aide. Elle adressa un message de retour pour dire à son ami de cœur combien elle souffrait de le savoir dans la peine. Ce billet mit de l’espérance dans l’âme meurtrie de Pervenche et il crut de nouveau à son destin.

Après le déblaiement des ruines, on aplanit le terrain. En creusant le sol pour déterrer le moindre objet susceptible de provoquer un nouvel incendie, les ouvriers mirent à jour un coffre . Seul, le prince pouvait l’ouvrir car la serrure portait un code connu du seigneur.

Le coffre contenait des trésors royaux, des pièces d’or à l’effigie de Saint Louis, des bijoux de prix, de la vaisselle précieuse et des objets du culte en or massif, ciboires, croix et autres sculptures votives. Une toile représentant Sainte Radegonde était enroulée de manière à préserver le tableau de toute agression.

Des anges en ivoire sculpté et des statues représentant la Vierge Marie, Jésus et ses apôtres complétaient cette collection extraordinaire.

Le prince, très ému, fit convoyer le coffre dans sa demeure provisoire puis il envoya des pièces d’or et des bijoux à Guillemette par l’intermédiaire d’un messager qui se chargea de lui raconter la découverte du trésor.

Guillemette proposa son hospitalité au messager pour la nuit. Afin de fêter dignement la découverte inattendue du trésor, elle servit au jardin des plats de circonstance, cuissot de chevreuil aux airelles, saumon farci et pyramide de choux à la crème caramélisés.

Le griffon se régala et remercia l’hôtesse à sa façon en proposant un spectacle inédit. Jonglant avec des pommes, il les transformait en fruits déguisés recouverts de poudre d’or.

Guillemette apprécia le spectacle et promit au griffon de faire bon usage de ses pommes d’or.

Le lendemain, après un solide petit déjeuner, le messager reprit la route sans oublier de remercier l’hôtesse de sa réception princière.

Demeurée seule, Guillemette se mit à coudre une robe de bal, espérant que l’inauguration du château en cours de construction lui permettrait de faire une entrée digne du prince Pervenche à qui elle pensait avec tendresse.

jeudi 26 mars 2026

Un amour d'enfant



Dans une maison située près de l’île aux cygnes réputée pour sa magie, naquit un petit garçon. Sa mère Gwendoline veuve depuis que son époux avait péri lors d’une battue en recevant une balle perdue, le prénomma Ange pour marquer sa destinée.

Loïc son mari était attentionné envers son épouse et il cueillait des myrtilles dont elle raffolait alors que son ventre s’arrondissait, prometteur d’une belle naissance ; c’est lors de cette cueillette qu’il reçut le coup fatal.

Gwendoline l’avait beaucoup pleuré puis elle avait ravalé ses larmes en pensant à la venue de l’enfant.

Loïc, sabotier de son état, avait façonné de jolis sabots d’enfant, les sculptant avec amour.

Apprenant la naissance du bébé, les habitants du village apportèrent des cadeaux et une jeune maman Marianne resta auprès de la mère pour s’occuper des tâches quotidiennes, de la cuisine et des lessives multipliées par la présence du nourrisson.

Une nuit, les cygnes apportèrent une corbeille contenant une couverture fabriquée avec leur duvet, des œufs et des roses cristallines que l’on ne trouvait que dans leur île.

«  Loïc est en lieu sûr chez nous, il ne cesse de penser à toi et à l’enfant, le petit Ange qui aura, nous le prédisons, un bel avenir florissant » dit le porte-parole de la délégation puis ils se retirèrent, laissant  Gwendoline perplexe et rassurée.

Elle savait qu’il n’était pas recommandé de se rendre dans l’île aux cygnes car il s’y passait des événements relevant du fantastique.

Seule, elle aurait tenté l’aventure mais la venue du petit Ange lui interdisait toute excentricité.

Elle rangea la couverture en duvet dans le haut de l’armoire pour ne pas attirer la curiosité, prépara une belle omelette avec les œufs et plaça les roses de cristal dans un coffret qu’elle ferma à clef.

«  Je pourrai sans doute les monnayer pour payer ses études » se dit-elle et elle oublia la venue des cygnes pour se consacrer exclusivement à l’éducation de son fils.

Elle vendit les derniers sabots fabriqués par son mari, ne gardant que les petits sabots d’enfant destinés à leur premier-né puis, grâce à ce pécule, elle acheta de la laine et divers articles de mercerie pour confectionner des articles dont elle espérait tirer profit pour assurer son train de vie. Ses articles de confection furent appréciés et au fil du temps elle gagna suffisamment d’argent pour ouvrir sa boutique.

Les années passèrent. Ange était un charmant garçon. Son instituteur se félicitait de ses capacités et de son amour des livres. Il devint pensionnaire au lycée et réussit brillamment ses examens.

Gwendoline avait refusé plusieurs partis car elle restait fidèle au souvenir de son mari et elle souhaitait se consacrer exclusivement au bonheur de leur fils.

Conscients de lui avoir brisé la vie, les chasseurs lui apportaient régulièrement des présents apprêtés par leurs soins ; sanglier, chevreuil, lapin de garenne et ortolans figuraient ainsi au menu de manière régulière.

Ange avait un faible pour la botanique et il choisit cette orientation pour son entrée à l’université.

Tout allait à merveille jusqu’au jour où les cygnes réapparurent, porteurs de mauvaises nouvelles. Leur île était menacée par une tempête hors norme susceptible de l’engloutir et de perdre ainsi la mémoire des âmes qui avaient trouvé chez eux une forme de sérénité.

« Que puis-je faire » ? demanda Gwendoline alarmée par cette prévision. Le cygne porte-parole suggéra qu’elle fabrique une montgolfière suffisamment ample pour que les cygnes et leurs hôtes échappent à la tempête et trouvent un nouvel havre de paix dans un environnement clément.

Gwendoline se mit immédiatement au travail et lorsque la voilure fut prête, les cygnes vinrent la prendre, laissant une bourse en or pour paiement de ce bel ouvrage. Un ébéniste local avait construit une belle nacelle qui leur permettrait de prendre la voie des airs.

 

Il pleuvait fort

 



«  Il pleuvait fort sur la grand-route

Elle cheminait sans parapluie

J’en avais un, volé sans doute

Le matin même à un ami

Courant alors à sa rescousse

Je lui propose un peu d’abri

En séchant l’eau de sa frimousse

D’un air très doux, elle m’a dit oui ».

Fredonnant Le Parapluie de Georges Brassens, Vincent courut sous l’ondée proposer à une belle aperçue l’appui de son abri de toile arc-en-ciel

«  Un petit coin de paradis

Contre un coin de parapluie

Elle avait quelque chose d’un ange

Un petit coin de paradis

Contre un coin de parapluie

Je ne perdais pas au change, pardi ».

Lorsque la pluie cessa de tambouriner sur la soie de l’abri, Vincent et sa belle se réfugièrent dans une auberge ; appréciant la chaleur d’un bon feu et le réconfort d’un menu champêtre, omelette mousseuse aux champignons, gelées de fruits et cœurs fondants à la vanille.

Ils poursuivirent leur romance, remerciant le ciel d’avoir facilité leur rencontre.