jeudi 21 mai 2026

Le pays d'où je viens

 




«  Le pays d’où je viens

N’est fait que de silence

Donnez, donnez-moi la main

Bonjour, bonjour Sainte-Chance

Peut-être un jour, demain

Le traîneau des vacances

Vous emmènera enfin

Aux croisées des chemins

Du pays d’où je viens ».

Emboîtant le pas à Monsieur Cent Mille Volts, Gilbert Bécaud entrant dans un conte de Noël, Vincent esquissa des pas de danse, foulant un sentier semé de pétales de roses, de pivoines et de fleurs de cerisiers.

Véritable héros féerique, Vincent fit renaître le pays merveilleux, illustré par un chanteur au faîte de sa gloire, quelque peu oublié aujourd’hui !

Une étrange captivité

 

 

 


Les jours se suivaient au manoir des Tourneux et l’on se demandait qui était le captif de l’autre.

Dahlia ne prenait plus ses repas dans sa chambre, partageant les menus du seigneur à sa table.

Des plats succulents se référant à la nature étaient servis dans un faste maîtrisé de bon aloi.

La porte de sa chambre n’était plus fermée mais elle n’éprouvait plus le besoin de s’enfuir. Traitée avec déférence comme une personne de qualité, elle goûtait le plaisir de vivre, guettant les moments où le comte l’emmenait dans le jardin d’amour qu’il avait conçu pour lui plaire.

De son côté, Philippe se sentait apaisé en présence de son hôtesse. Il galopait de moins en moins dans la campagne et un jour, il entra dans une librairie. Il acheta quelques livres dont les critiques étaient élogieuses et chercha un ouvrage pour lui.

Le Comte de Monte Cristo l’attira ; il en fit l’achat sans savoir que Dahlia avait précisément pensé à ce livre le jour où il lui avait demandé de présenter une liste préférentielle.

Il se lança dans la lecture de ce roman fabuleux et réalisa à quel point l’enfermement pouvait être néfaste.

Edmond Dantès devenait riche mais l’emprisonnement au cachot d’If pesait lourdement sur son âme : après avoir été le captif emmuré, il devenait prisonnier de son désir de vengeance.

Progressant dans sa lecture, il craignit de devenir un oppresseur inconditionnel ; un soir, il finit par proposer à Dahlia de lui rendre sa liberté.

La jeune fille ne sauta pas de joie, elle le regarda intensément et lui fit cette étrange réponse :

«  Est-ce vraiment ce que vous souhaitez de tout votre cœur » ?

Il ne sut quoi répondre car toutes les fibres de son être réclamaient sa présence.

«  Réfléchissez, ma chère ! effectivement, j’aimerais que vous restiez près de moi mais je ne veux pas vous imposer une captivité qui me déshonore. Je vous demande pardon pour mon inqualifiable comportement : je vous ai enlevée avec brutalité, vous ai enfermée dans un cachot et si je me suis racheté par la suite, j’ai la conscience lourde ».

Le comte semblait si sincère que Dahlia posa sa main sur son bras et lui dit d’une voix douce que le passé était oublié :

«  Vous n’êtes plus le prédateur forcené du début et je crois que la maladie vous avait imposé cet incroyable chemin. Si vous le voulez, je serai votre Mercédès ».

Transporté de bonheur, Philippe se jeta au pied de Dahlia, posa sa tête sur ses genoux et fut au septième ciel en sentant la main légère de la jeune femme effleurer ses boucles.

De somptueuses noces furent préparées et les mariés se jurèrent une assistance réciproque.

Séjour princier

 

 



Perle de feu se félicitait chaque jour d’avoir à ses côtés un chevalier breton qui l’enchantait en lui contant les exploits des Chevaliers de La Table Ronde.

La bravoure d’ Arthur sublimée par l’épée Excalibur qu’il avait été le seul à pouvoir retirer du rocher où elle était fichée, les amours de Lancelot et Guenièvre, la quête du Graal l’envoûtaient littéralement.

Gwendal de Rohan avait hérité de sa grand-mère l’art de conter et lorsqu’il présentait un épisode des légendes bretonnes, sa voix prenait des tonalités si vives que l’on croyait voir passer les chevaliers au galop.

On assistait ensuite à une scène d’amour courtois dans un jardin d’amour.

En secret, Perle de feu demanda à son architecte, ses jardiniers et ses tapissiers décorateurs de créer un jardin d’amour pour en faire la surprise à Gwendal avant son départ.

Elle n’oubliait pas qu’il devrait repartir chez lui et elle œuvrait à des préparatifs de voyage, projet qui lui fendillait le cœur.

Un voilier de toute beauté était en construction et elle n’avait de cesse d’en surveiller la progression.

Gwendal de Rohan devait exaucer sa promesse et rapporter à la reine les perles destinées à ses parures d’exception.

Les coffres de perles auxquels s’ajoutaient des rouleaux de soie , de satin et de dentelle attendaient le moment ultime, celui où le maître d’équipage donnerait le signal du départ.

Afin que l’attente ne semble pas insupportable à la cour, Perle de feu envoya sa trirème royale sur les côtes bretonnes.

Un coffre de bijoux ciselés, de parures somptueuses et de tenues d’apparat serait remis à la reine avec une lettre de la souveraine du royaume des perles et d’une missive explicative de Gwendal.

Il y relatait son naufrage, la perte de son bâtiment et ne tarissait pas d’éloges sur la façon dont il était traité au royaume de la perle de feu si bien nommée que la princesse souveraine en portait le nom.

C’est avec soulagement que l’on vit revenir la trirème princière chargée de cadeaux.

Epées ciselées, hennins, coiffes de Fouesnant, pièces d’or et bijoux d’inspiration celtique firent le bonheur de la princesse Perle de Feu et de ses serviteurs.

Grâce à ces présents, Perle de feu eut l’impression de devenir l’une des héroïnes de légende dont elle aimait tant entendre les exploits.

Elle put ainsi inaugurer le patio du jardin d’amour créé pour remercier Gwendal de l’avoir tant fait rêver, en portant une robe brodée de licornes et de petits animaux gambadant dans une prairie fleurie.

Gwendal mit un genou à terre et , la main sur le cœur, l’assura qu’il demeurerait toute sa vie son chevalier servant.

Un repas d’inspiration bretonne et orientale fut servi.

Galettes de sarrasin à la garniture forestière, méchoui et tajine de légumes au citron confit, crêpes bretonnes et pastillas à la rose firent les délices des invités.

Un barde venu de Bretagne chanta les exploits du chevalier Yvain et de Perceval le Gallois.

Le royaume des perles ne fut pas en reste car un chanteur à la voix de velours raconta les amours de Flor et Blanchefleur,  ces héros passionnés qui avaient conquis tous les pays situés aux bords de la Méditerranée .

Cette mémorable journée précéda les jours où les préparatifs du voyage de retour furent activés.

Vint enfin le moment des adieux.

Perle de feu, vêtue selon la tradition bretonne agita longtemps son mouchoir brodé, pressée de se retrouver seule pour lire la lettre d’adieu de celui qu’elle considérait comme le prince de son cœur.