CONTES et NOUVELLES
Je suis née dans le Nord de la France et j’y ai passé toute mon enfance, rêvant à des ailleurs bleus. Lectrice assidue, j’ai marqué une préférence pour la féerie, ce qui affleure dans tous mes ouvrages. Enfin libre, je trouve le temps d’écrire, puisant dans le quotidien et l’univers légendaire mes sources principales d’inspiration.
vendredi 22 mai 2026
Papa
Si le roi savait ça
« Si le roi savait ça, Isabelle
Isabelle, si le roi savait ça
A la robe de dentelle
Vous n’auriez plus jamais droit
Isabelle, si le roi savait ça ».
Fidèle à la promesse qu’il s’était faite enfant, de venir en aide aux femmes en détresse, Vincent partit consoler la pauvre enfant pleurant la mort d’un détenu.
« Le prisonnier de la tour
S’est tué ce matin
Grand-Mère
Nous n’irons pas à la messe demain
Il s’est jeté de la tour
En me tendant les mains
Grand-Mère
Il m’a semblé que j’avais du chagrin ».
Désireux de consoler la princesse de la chanson, Vincent acheta des robes de dentelle, une pour chaque jour, d’une couleur différente, à l’exception du noir, comptant bien les lui offrir au cas où le roi supprimerait sa garde-robe de princesse.
Il arriva au pied de la tour en chantant « Rossignol de mes amours » pour que la princesse soit délivrée des oiseaux noirs qui lui rongeaient le cœur.
La princesse fut heureuse de porter une robe bleu azur et elle laissa couler ses larmes qui emportèrent le souvenir douloureux d’un premier amour.
jeudi 21 mai 2026
Le pays d'où je viens
« Le pays d’où je viens
N’est fait que de silence
Donnez, donnez-moi la main
Bonjour, bonjour Sainte-Chance
Peut-être un jour, demain
Le traîneau des vacances
Vous emmènera enfin
Aux croisées des chemins
Du pays d’où je viens ».
Emboîtant le pas à Monsieur Cent Mille Volts, Gilbert Bécaud entrant dans un conte de Noël, Vincent esquissa des pas de danse, foulant un sentier semé de pétales de roses, de pivoines et de fleurs de cerisiers.
Véritable héros féerique, Vincent fit renaître le pays merveilleux, illustré par un chanteur au faîte de sa gloire, quelque peu oublié aujourd’hui !
Une étrange captivité
Les jours se suivaient au manoir des Tourneux et l’on se demandait qui était le captif de l’autre.
Dahlia ne prenait plus ses repas dans sa chambre, partageant les menus du seigneur à sa table.
Des plats succulents se référant à la nature étaient servis dans un faste maîtrisé de bon aloi.
La porte de sa chambre n’était plus fermée mais elle n’éprouvait plus le besoin de s’enfuir. Traitée avec déférence comme une personne de qualité, elle goûtait le plaisir de vivre, guettant les moments où le comte l’emmenait dans le jardin d’amour qu’il avait conçu pour lui plaire.
De son côté, Philippe se sentait apaisé en présence de son hôtesse. Il galopait de moins en moins dans la campagne et un jour, il entra dans une librairie. Il acheta quelques livres dont les critiques étaient élogieuses et chercha un ouvrage pour lui.
Le Comte de Monte Cristo l’attira ; il en fit l’achat sans savoir que Dahlia avait précisément pensé à ce livre le jour où il lui avait demandé de présenter une liste préférentielle.
Il se lança dans la lecture de ce roman fabuleux et réalisa à quel point l’enfermement pouvait être néfaste.
Edmond Dantès devenait riche mais l’emprisonnement au cachot d’If pesait lourdement sur son âme : après avoir été le captif emmuré, il devenait prisonnier de son désir de vengeance.
Progressant dans sa lecture, il craignit de devenir un oppresseur inconditionnel ; un soir, il finit par proposer à Dahlia de lui rendre sa liberté.
La jeune fille ne sauta pas de joie, elle le regarda intensément et lui fit cette étrange réponse :
« Est-ce vraiment ce que vous souhaitez de tout votre cœur » ?
Il ne sut quoi répondre car toutes les fibres de son être réclamaient sa présence.
« Réfléchissez, ma chère ! effectivement, j’aimerais que vous restiez près de moi mais je ne veux pas vous imposer une captivité qui me déshonore. Je vous demande pardon pour mon inqualifiable comportement : je vous ai enlevée avec brutalité, vous ai enfermée dans un cachot et si je me suis racheté par la suite, j’ai la conscience lourde ».
Le comte semblait si sincère que Dahlia posa sa main sur son bras et lui dit d’une voix douce que le passé était oublié :
« Vous n’êtes plus le prédateur forcené du début et je crois que la maladie vous avait imposé cet incroyable chemin. Si vous le voulez, je serai votre Mercédès ».
Transporté de bonheur, Philippe se jeta au pied de Dahlia, posa sa tête sur ses genoux et fut au septième ciel en sentant la main légère de la jeune femme effleurer ses boucles.
De somptueuses noces furent préparées et les mariés se jurèrent une assistance réciproque.



