lundi 2 février 2026

Le cheval fée

 

 



Julien enfourcha Etoile du Sud, sa jument blonde et galopa vers la mer, prenant garde à ne pas impulser à sa monture l’allure de Crin Blanc.

Ses cheveux volaient au vent et lui offraient un rythme musical proche des sons de la lyre d’Orphée.

Julien était à la recherche de la chanson qui ferait revenir toutes les Eurydice des Enfers.

Le vent murmurait des bribes de poèmes et faisait jaillir sur son passage des roses au cœur de perle.

Parvenu près d’un ruisseau, Julien ralentit le pas de sa monture, mit pied à terre et se mit à rêver.

Son cheval broutait sagement à ses côtés.

Une rabouilleuse sortit du ruisseau, exhibant triomphalement de belles écrevisses couleur de feu.

La jeune fille portait une tunique courte et ses jambes musclées lui donnaient l’apparence d’une déesse antique.

Julien lui sourit, se rafraîchit dans le ruisseau et improvisa une chanson qu’il dédia à Apollon.

Le cheval-fée lui rappela son devoir et il reprit son chemin, pressé d’écrire le texte de la chanson inspirée par une adolescente sortie d’un roman de Balzac.

Le royaume des nénuphars

 

 

 

 


Blottie dans le cœur d’une immense fleur de lotus, la fée des sources se reposait en rêvant. Soudain une tempête s’éleva et emporta la fleur dans un tourbillon de pluie.

Lorsque la fée reprit ses sens, elle se trouvait sur la rive d’un gigantesque lac rose où flottaient des nénuphars.

Avisant une barque, elle s’y lova et dormit quelques heures. Puis elle largua les amarres et traversa le lac en se servant des rames flexibles de l’esquif.

De l’autre côté du lac, le sable de la rive était d’un beau jaune d’or. Elle s’engagea sur ce chemin digne d’une fée et découvrit bientôt un palais en forme de rose gigantesque.

On lui ouvrit la porte et elle découvrit un bien étrange palais tout en corridors et grandes salles décorées avec harmonie.

Un prince était au piano et faisait des gammes. Lorsqu’il découvrit la présence de la fée, il interpréta une sonate pleine de charme et de poésie.

La fée s’endormit dans une bergère brodée de paysages champêtres et à son réveil, le palais avait disparu et elle se trouvait dans sa barque.

Elle reprit le chemin du retour mais sur l’autre rive, le même sable doré s’offrait à elle.

Je suis sans doute victime d’un sortilège se dit-elle et elle rêva de son lotus originel.

Il apparut alors à ses yeux étonnés et ô surprise, le prince s’y trouvait déjà.

Cherchons un piano dit la fée vous en jouez si bien !

Je ne tiens pas à épouser la belle au bois dormant lui répondit le prince avec humour et il posa ses lèvres sur celles de la fée en la suppliant de ne pas s’évanouir ou s’endormir.

Ils partirent tous deux à la recherche d’un domicile qui leur permettrait d’abriter leur amour et lorsqu’ils le trouvèrent ils fermèrent les fenêtres et se laissèrent aller au gré de leur passion si magnifiquement partagée !

La fée des cerises

 

 

 


Maëva,  la fée des cerises du bel été flamboyant croisa en chemin Vladimir des steppes aux beaux cheveux blonds bouclés qui cascadaient sur ses épaules.

Un éclair les foudroya et ils se retrouvèrent enlacés près d’une petite maison de paille laissée par les glaneurs lors des moissons.

Vladimir devenu Volodia tressa les beaux cheveux de la fée, y entremêlant des bleuets et des coquelicots.

Ils prononcèrent mille et un serments d’amour avant de se séparer car chacun avait à cœur de diriger son domaine, le prince Vladimir son petit royaume qui n’était pas sans rappeler La Cerisaie et la fée un espace féerique et disparate qui formait un ruban azuré.

Les jours passèrent et il fallut une circonstance qui sortait de l’ordinaire pour que les deux amants se retrouvent.

Une jeune fille du domaine princier avait subi des violences de la part d’un parent trop épris de jeune beauté et dénué de morale, de sorte que Violetta, la victime s’était enfuie, en jupons et sans chaussures.

La fée des cerises recueillit la malheureuse et lui donna les premiers soins de son propre chef tant la jeune fille était effarouchée.

Les jours passèrent et Violetta, devenue sa filleule, redevint la jeune fille radieuse qu’elle avait été avant son abominable agression.

La fée lui donna des cours de poésie et d’écriture romanesque. Un musicien lui apprit à jouer du piano et du violon et la meilleure brodeuse du palais lui enseigna l’art de la broderie dont elle devint experte.

Aux cuisines, on lui montra des tours de main pour prépare de succulents repas : pâtés en croûte, vol au vent de volaille, salmis de pigeons, pastilla aux amandes, crèmes aromatisées aux fleurs des bois et à divers parfums venus des îles, gâteaux sous forme de pièce montée n’eurent bientôt plus aucun secret pour la jeune fille et pour fêter son accession au rang de jeune fille à marier, la fée ordonna que l’on prépare un bal en l’honneur de la belle Violetta, devenue grâce aux soins prodigués par la fée, un part de premier choix.

Le jour des festivités venu, chacun se pressa pour voir la splendide créature dont chacun parlait et personne ne fut déçu tant sa beauté était évidente et éclatait au grand jour.

Un prince venu d’orient eut la primeur de la première valse car il avait offert des joyaux incomparables et une somme  considérable en pièces d’or pour prétendre à cette ouverture.

Vladimir invita la fée à danser et ils formèrent d’emblée le plus beau couple qui se puisse trouver.

Le prince murmura des mots d’amour à Maeva qui tremblait de désir dans ses bras.

De nombreux couples se formèrent et connurent une issue heureuse ce soir-là.

Quant au malotru qui avait agressé la merveilleuse Violetta, il avait été banni du royaume et on lui avait infligé le flétrissement du visage, coutume chinoise que l’on réservait à ceux qui avaient osé défier l’empereur.

On oublia vite ce triste sire qui était repoussé par tous car son forfait était lisible au grand jour par chacun et il se réfugia dans un marécage, vivant des produits de chasse, de cueillette et d’un élevage minimal.

Des bans royaux furent annoncés et on célébra le même jour les noces du prince Vladimir et de la fée ainsi que celles du prince Abdallah et de la jolie Violette.

Par la suite, le prince Abdallah emmena sa jolie épouse dans son royaume et quant au couple formé par le prince Vladimir et la fée, ils vécurent une magnifique histoire d’amour, alternant les passages dans les deux domaines et les palais.

Des fêtes furent données à l’occasion des baptêmes des enfants et les deux couples se réunirent, tantôt à Bagdad, tantôt à La Cerisaie des temps nouveaux pour célébrer les anniversaires des enfants qui étaient nés de ces splendides unions.