mercredi 1 avril 2026

Fleur de lune


Dans un pays où affleuraient des cratères, des mégalithes et des pierres de lune vivait une jeune fille que ses voisins avaient surnommée Fleur de lune tant elle offrait des similitudes avec le satellite couleur safran.

Elle aimait collecter les pierres de lune pour en faire des bijoux de prix et l’on venait de loin lui acheter des parures destinées à une dame de cœur.

Un prince venu d’orient prénommé Abdallah ( serviteur de Dieu) vint frapper à sa porte.

Chargé de présents, il proposa en outre une somme considérable pour acheter tous les bijoux créés par la jeune fille :

«  Ces bijoux seront mis en valeur par la beauté de l’épouse à qui je les destine, se justifia-t-il. Ils figureront en bonne place sur la liste de cadeaux qui deviendront, selon notre contrat de mariage, sa propriété ».

Fleur de lune se déclara honorée et elle prépara une chambre pour l’ami venu de loin. Abdallah ne se fit pas prier ; il était rompu par son long voyage, de sorte qu’il se retira tout de suite dans l’espace réservé après avoir bu du lait et mangé des dattes, sa provision de bouche.

Le lendemain, fidèle aux caractéristiques de son prénom, la passion, la soif de découverte et aussi l’amour de la méditation et de la justice, le prince exprima le vœu d’excursionner dans les environs.

«  J’espère trouver des pierres de lune pour vous les apporter, gente dame » dit-il à son hôtesse. Fleur de lune esquissa une révérence et se promit de concocter un repas digne de la qualité de son invité.

Elle prépara une tête d’agneau à la sauce ravigote et un poulet rôti aux tubercules cuits au four. Elle s’appliqua ensuite à réaliser des pâtisseries riches en beurre, en crème aux amandes et aux fruits frais.

Satisfaite de la réalisation de ces plats, elle attendit le retour du prince en s’apprêtant avec soin.

Parfaitement vêtue et coiffée, parée de bijoux en cristal de roche, elle reçut du prince une belle collecte de pierres de lune. De plus, Abdallah avait acheté à un pêcheur de beaux poissons dont Fleur de lune pourrait faire une cotriade et des carpaccios savoureux pour le soir et les jours suivants.

«  C’est une table étoilée » dit-il à son hôtesse en se régalant de son menu.

L’après-midi , après une courte sieste, il repartit vers les bords de mer, espérant revenir chargé de denrées, la marée s’avérant prometteuse.

Fleur de lune prépara la cotriade, l’agrémentant de petits pains à la fleur de sarrasin et s’occupa à la réalisation d’une marinade épicée pour baigner les filets de poisson frais.

Cette tâche terminée, elle examina les pierres de lune et dessina des études en arabesques pour des bijoux de princesse.

Passion

 



Lumière de mes yeux, tu es sculpté comme le soleil couchant.

Ton corps m'apparaît avec la splendeur de l'ivoire où se reflètent les nénuphars flottants de mes rêves. Tes genoux sont le nœud gordien de ta force qui m'attire à la manière d'un aimant et je me prosterne devant toi.

J'embrasse tes belles mains, dignes prolongements des fleurs du matin.

Je pleure de te savoir si loin au-delà des mers et mes larmes deviennent autant de barques qui voguent sur les flots, chargées de lotus et de lys royaux.

Je voulais être ta reine mais je ne suis que ta servante et j'envoie des messages aux cieux par la grâce des tourterelles pour qu'ils te parviennent, brûlants de désirs enrobés dans les pommes d'amour de notre enfance.

La passion des coquelicots

 

 


S’envolant de la terre comme autant de libellules, de légers pétales de coquelicots sont venus réveiller Johnny, lui rappelant les francs succès de sa chanson Requiem pour un fou.

Il avait hésité à interpréter ce drame puisqu’il s’agissait de la mort d’une femme aimée à la folie. C’est le souvenir d’une chanson merveilleuse mise en scène par Mouloudji, Comme un petit coquelicot qui l’avait finalement persuadé que son public accepterait la théâtralisation d’un amour poussé à son paroxysme.

Loin de lui l’idée que l’on puisse tuer l’amour de sa vie mais l’authenticité de ces terribles drames l’obligeait.

Il devait à ses fans d’incarner la passion sous toutes ses formes à condition qu’il y ait une morale.

Comme dans les fables de son enfance, la morale était bien présente au cœur de la chanson puisque le malheureux amant, son forfait accompli, offrait son corps aux balles des policiers.

Au souvenir de cette terrifiante chanson, Johnny frissonna et attrapa les pétales de coquelicots qui lui parvenaient.

Avec l’aide de son bon ange, il fabriqua des cœurs écarlates et tous deux renvoyèrent ces bijoux vers la terre en espérant qu’ils convertissent les amants forcenés en êtres de chair et d’amour.

Une passion

 


Louis ne souhaitait pas attendre plus longtemps la possession de ce corps désiré, ce que Rose déplora.

Elle aurait aimé prendre un chemin de La Carte du Tendre, fidèle à ses principes littéraires mais cet homme pressé et décidé mit tout en œuvre pour faire d’elle une partie de son être.

Il l’aimait fougueusement et passionnément, ressentant néanmoins une sorte de frustration en dépit des réponses à ses caresses : l’âme de la femme aimée lui échappait !

Il l’emmena à une réunion de beaux esprits zaïrois . Après lui avoir intimé l’ordre de se tenir à ses côtés sans mot dire, il participa au thème du jour, la pensée africaine.

Les participants au colloque provenaient de différents pays, Royaume Uni, Pays Bas, Belgique, Suisse. La qualité de leurs études n’était pas mise en cause. Cependant ces  futurs ténors de la vie politique et commerciale du Zaire se demandaient s’ils n’étaient pas formatés à leur insu par ces anciennes puissances coloniales et coffre-fort du monde.

Rose trouvait ce débat passionnant, partageant les préoccupations de ces jeunes gens car elles lui semblaient justes et appropriées.

Soudain, le ton changea et les débatteurs s’exprimèrent dans leur langue.

Rose se sentit visée car certains regards s’attardaient sur sa personne avec une certaine sévérité.

Elle eut l’impression d’être La Blanche avec tout ce que ce mot pouvait contenir de malveillant. De plus, elle portait un manteau ivoire fermé par des brandebourgs de velours noir confectionné par sa mère, un manteau de parade plus qu’un manteau d’hiver frileux.

Le côté Blanc de sa personne était ainsi accentué, de même que son teint de porcelaine nacrée et ses yeux bleus.

Louis vola à son secours et dit en Français :

«  Ne craignez rien. Elle est ma compagne et je réponds d’elle : aucun de vos propos ne sera répété de son fait, je peux le jurer. D’ailleurs elle est poète et toutes ces conversations ne l’intéressent guère. Chérie ( jamais il ne l’avait appelée ainsi) tu as certainement quelques-uns de tes jolis poèmes : peux-tu nous les lire » ?

Rose n’en revenait pas ; Louis lui reprochait souvent de passer trop de temps à écrire en négligeant ses études. Ce revirement indiquait néanmoins que la situation était critique et que la poésie devenait une échappatoire incontournable . Elle saisit donc la balle au bond et lut quelques poèmes.

Au fil de sa lecture, Rose sentit que le masque vénitien blanc s’estompait pour disparaître définitivement à l’évocation des amours immortelles régnant dans ce monde où les fleurs, les oiseaux et les nuages voguaient de manière royale, intemporelle et universelle.

Les applaudissements fusèrent et les mammas conviées à la fête apportèrent un plat de Fou Fou que chacun savoura avec délices.