samedi 29 août 2026

Diane aux mains d'argent




Dans un village, vivait une jeune fille prénommée Diane que tous nommèrent Diane aux mains d’argent tant elle était douée d’un sens artistique reposant sur la technique parfaite de la couture, de la broderie, du tricot et de la cuisine gastronomique.

Sa renommée allait en grandissant et bientôt on vit arriver de beaux attelages qui conduisaient les dames vivant dans des châteaux, en calèche ou en carrosse ou encore en chars à bancs, rustiques mais confortables pour les paysannes aisées.

Toutes ces dames qui constituaient une fidèle clientèle heurtaient la porte de la coquette maison où vivait la jeune artiste.

Elle était si extraordinaire que les jeunes gens du village n’osaient pas lui faire la cour.

Diane ne s’en souciait guère car elle avait tant de commandes qu’elle n’avait pas le temps de songer à l’amour.

Ce beau sentiment qui faisait battre le cœur des jeunes filles lui servait surtout de base pour son inspiration et les broderies qui naissaient de ses doigts représentaient de plus en plus précisément des scènes charmantes et romantiques : de beaux jeunes gens lançaient des regards langoureux à de jolies créatures en frou-frou, au regard angélique.

Or, un jour, ce fut un jeune homme qui semblait échappé de l’un de ces tableaux ornant des pièces de lin ajourées, qui se présenta à elle avec une commande qui sortait de l’ordinaire.

Elle devait réaliser tant de pièces qu’elle ne put s’empêcher de dire en souriant qu’elle aurait du travail pour le restant de ses jours.

J’y compte bien, lui répondit en badinant le jeune Dorian et il se présenta à la jolie brodeuse comme l’un de ses admirateurs éperdus. C’était en somme une demande en mariage déguisée sous la forme de cette extravagante commande.

Je viendrai tous les jours si vous m’y autorisez, douce Diane et je soutiendrai vos travaux d’aiguilles en vous chantant des romances qui, je l’espère, vous aideront à trouver l’inspiration en créant des motifs exceptionnels qui seront l’emblème de notre union si vous accédez à ma demande.

Diane sourit pour toute réponse et elle commença son extraordinaire commande avec une aiguillée de fil d’or qui courut sur son ouvrage comme une promesse d’amour.

Les routes de la vie



Les routes de la vie se croisent sous un tapis de fleurs, de cristaux de neige, de feuilles mortes ou de roses éternelles, les routes de la vie forment la silhouette de la reine des neiges, de la fée Dragée ou des Lilas, du prince de l’Orient ou de la Savane, peuplée d’animaux et d’humains à la peau couleur d’ébène, imitant la moire d’un satin aujourd’hui introuvable et qui s’apparente à l’Amour.

Les routes de la vie sont les nôtres et celles de nos amis, de nos parents et de nos chers disparus.

Les routes de la vie s’imprègnent de poésie, à notre corps défendant. Les moines prennent la route des chemins de Saint Jacques de Compostelle, suivis par des pèlerins fervents et enthousiastes.

Quelques personnes veulent prendre des chemins de traverse pour quitter les routes principales, balisées par la flore et la faune, la poésie et la prière.

Elles se donnent beaucoup de mal pour suivre l’exemple des ermites cachés dans les forêts imprenables mais de nos jours, les bûcherons abattent les arbres sans pitié, ignorant la prière de Ronsard : « Bûcheron, arrête un peu le bras ! »

Les poètes ont beau faire, on ne les écoute pas et la nature est envahie par des êtres destructeurs et des pourfendeurs de rêve.

Alors, beaux chevaliers, venez de tous les horizons et parcourez les routes de la vie pour leur assurer pérennité et vivacité.

Qu’un berceau de fleurs nous protège et nous aide à délivrer notre hymne à  l’Amour !

 

 

Les trois soeurs

 

 

 


Sur une plage poudrée d’or et de nacre, trois dames vêtues de blanc jouent de la harpe pour attirer les anges. Mais les anges pleurent et des larmes de sang ruissellent sur les murs calcinés de Cana où jadis furent célébrées de bien jolies noces. L’eau fut transformée en vin, pour égayer le festin d’un village paré de ses plus beaux atours. Aujourd’hui, ce sont de beaux enfants que l’on retire des décombres, de belles fillettes aux joues rebondies, hélas ! masquées de cendres grisâtres, aux couleurs de la mort. Personne ne peut leur rendre la vie.

Les anges sont intervenus auprès de l’Éternel, sans réponse. Ils aimeraient se révolter mais ils ne le peuvent pas. Dieu les a créés à son image. Alors ils attendent en pleurant la venue des enfants. Pour les consoler, ils ont préparé de jolies ailes toutes blanches.

D’indélébiles taches de sang déparent l’éblouissante clarté de ces tenues d’apparat. Alors les anges transforment ces points écarlates en cœurs rutilants, pour clamer dans l’univers, l’innocence de ces petites vies abandonnées à la folie humaine.

Les trois dames s’en vont en laissant les flots engloutir les harpes dont elles ne joueront plus désormais « Nous ne serons jamais que les Parques » soupirent-elles et le vent les emporte ailleurs, toujours ailleurs … 

 

vendredi 28 août 2026

Mes années lycée

 



Que serais-je devenue si je n’étais pas allée au lycée ? Je préfère ne pas y penser ! mon père voulait me garder auprès de lui, sans se soucier de mon avenir.

Il avait misé tous ses espoirs sur mon frère, l’inscrivant dans une école prestigieuse à Armentières.

Daniel était certes intelligent et il avait de multiples talents. Doué en dessin, en musique, il brillait aussi bien en mathématiques qu’en Français.

Il fut cependant renvoyé de l’école car il était frondeur, belliqueux et il préférait conquérir les filles plutôt que les bonnes notes.

Echaudé par ce désastre, mon père finit par lui donner un ultimatum : le collège technique et un diplôme ou la musette !

C’est ainsi que mon frère devint tourneur sur métaux avant de reprendre les gants et de devenir par la suite professeur en Lycée Professionnel !

Quant à moi, j’eus beaucoup de peine à m’habituer au lycée de Douai, à ses règlements (blouse etc.) , à sa terrible directrice et à cet univers terrifiant si éloigné de l’ambiance familiale de la petite école de mon village.

D’abord demi-pensionnaire, je devins interne car les trajets aléatoires incluant un pont levis à l’entrée de Douai, m’épuisaient et m’interdisaient d’arriver à l’heure.

Interne, je dus affronter la solitude au milieu de camarades habituées aux us et coutumes de l’établissement.

La directrice nous réunissait lors des fêtes, allant jusqu’au champagne, et nous chantions l’hymne du lycée :

«  Nous l’avons bâtie, la chère maison et toute notre vie, nous la protègerons.

Amies, bon courage, bravons les jaloux, Dieu bénit notre ouvrage et triomphe avec nous » !

Je trouve étrange d’invoquer Dieu dans un lycée public mais notre directrice présentait d’autres excentricités.

Toujours coiffée d’un chapeau dont les décorations variaient selon les saisons, cerises, bouquets, plumes, elle alternait le chaud et le froid, souriant en s’adressant aux bonnes élèves et terrifiante face aux malheureuses qui piétinaient.

Outre les châtiments et les perspectives jugées honteuses dans le temple du clacissisme d’une réorientation vers le collège technique, il y avait les récompenses, le tableau d’honneur et les félicitations.

Devenue bonne élève en dépit de résultats médiocres en mathématiques, je ne pus prétendre qu’aux Encouragements.

J’appris des problèmes par cœur pour pouvoir reproduire un raisonnement à l’identique si un questionnement similaire se présentait.

Je ne voulais pas décevoir mes parents et par ailleurs j’étais soutenue par une camarade qui décrochait les Félicitations avec une incroyable facilité.

La directrice avait arraché Guylaine au collège moderne car elle pressentait que cette élève l’aiderait à consolider le fleuron de son lycée.

Guylaine apprit une année de latin en un trimestre et lorsqu’elle nous rejoignit, elle devint, de loin, la meilleure élève de la classe.

Elle n’était pas aimée car on voyait en elle une compétitrice. Elle se prit d’affection pour moi et me fit entrevoir la possibilité de franchir victorieusement la porte des mathématiques en m’expliquant patiemment les rouages chiffrés de la leçon.

Selon ses calculs, je devais pouvoir prétendre aux Félicitations mais il en va des récompenses comme aux notes et aux prix des championnats du patinage artistique : selon les professeurs, on ne devient pas excellente d’un coup, il faut faire ses preuves !

Guylaine suivait des cours au conservatoire et je l’aidais à transporter son instrument, un violoncelle !

Je nous revois, trébuchant sur le trottoir mais heureuses d’être ensemble et de partager une épreuve.

C’est au retour du conservatoire que je ressentis la première attaque du mal qui allait me ronger et qui ferait de mon adolescence un parcours cauchemardesque avec des perspectives sombres.

Je sentis le sol se dérober sous mes pieds tandis qu’un choc dans la poitrine me faisait chanceler.

J’eus toutes les peines du monde à rentrer chez moi.

Ma mère qui considérait les études comme une zone de turbulences, pensa que les vacances prochaines seraient le remède idéal.

Mais les symptômes perduraient. Je voyais le lycée tourner autour de moi, l’adhésion brutale au sol me causait un choc et des balbutiements me venaient aux lèvres spontanément.

Pour conserver les Encouragements, je devais fournir de gros efforts et je n’osais pas parler de mes troubles à Guylaine de peur d’être rejetée ! 

Sur ces entrefaites, mon père, secrétaire de Mairie, s’était mis dans une situation critique en attaquant le Maire frontalement et il dut demander sa mutation afin d’éviter les pires ennuis.

On l’obligea à choisir un poste dont il ne voulait pas, près de Denain.

Adieu le lycée de Douai et tous ces liens que j’avais eu tant de mal à tisser !

Mon inscription se fit au Lycée Watteau de Valenciennes et je fis mon entrée en classe de Quatrième, avec le Grec, comme seconde langue !   

 

La colombe médiatrice

 

 

 


Sevré de la présence apaisante de Brigitte, le prince Gildas ne voulut pas quitter brutalement le monastère qui l’avait si bien accueilli mais au terme d’un laps de temps qu’il jugea conséquent, il remercia le prieur de son hospitalité et prit le chemin du retour. Il vivrait désormais comme ses ancêtres et tâcherait de trouver une compagne qui s’accommode de sa personnalité.

Il fit ses adieux à Brigitte par l’intermédiaire d’une colombe qui déposa un billet sur le rebord de la fenêtre de sa dame d’amour :

«  Brigitte, dame de mes pensées, je pars, le cœur en miettes mais je suis heureux de vous avoir connue. Votre dévoué Gildas ».

En prenant connaissance du message, Brigitte se demanda si elle n’avait pas commis une énorme erreur en se séparant d’une si belle âme puis elle jugea que l destin les unirait pour toujours ou les plongerait dans une dérive sentimentale génératrice de souvenirs.

Distrait par son vague à l’âme, le prince ne vit pas l’embuscade tendue par des bandits. Il fut prestement assommé et dépouillé. Lorsqu’il reprit ses esprits, deux grands yeux bleus inquiets l’observaient.

C’était une jolie jeune fille, vêtue comme une paysanne mais dont la beauté servait d’écrin à son prénom, doux et parfumé comme elle, Violette. La jeune fille s’avéra suffisamment robuste pour l’aider à se remettre sur pied et lui proposa l’hospitalité de sa modeste maison :

«  Elle est toute simple mais les brigands ne viendront pas vous y chercher, Messire » dit-elle et cette proposition ravit le prince qui se demanda s’il n’était pas sur les chemins de Tendre-sur -Inclination tant son cœur battait la chamade.