mercredi 9 septembre 2026

Butterfly

 

 

 


Dans un royaume bleu vivait une princesse que chacun aimait appeler Butterfly tant sa grâce faisait penser à un papillon turquoise, le Morpho bleu.

Alya, tel était le prénom de la princesse, cueillant et ramassant çà et là des trésors dont elle tirait profit à son retour.

Œufs de caille, champignons, coriandre, basilic et autres herbes, jacinthes, lys, orchidées et coquillages divers étaient distribués à son retour dans les offices qui en tireraient le meilleur profit.

Alya aimait aussi dessiner ; une fois restaurée, elle sortait son carnet de croquis, tâchant d’insérer une fleur, un oiseau ou un arbre dans une toile où le fantastique tutoyait le réel.

Elle aurait pu continuer à vivre paisiblement si un appel au secours ne lui était pas parvenu grâce à une bouteille échouée sur la plage.

La bouteille en verre de Murano contenait un message ainsi libellé : «  Détenu dans une île par des dragons. Prince Nadir ».

Alya rêva de ce prince au joli nom puis elle le relia à un opéra célèbre Les Pêcheurs de Perles de Georges Bizet.

La romance de Nadir l’enchanta particulièrement et désormais le prince détenu par les dragons et Nadir pêcheur de perles furent indissociés dans son esprit.

« Je crois entendre encore

Caché sous les palmiers

Sa voix tendre et sonore

Comme un chant de ramier ».

Tandis qu’elle écoutait cet air en boucle en chantonnant cette divine romance, Alya consultait les cartes géographiques dont elle disposait, espérant localiser cette île où régnaient des dragons.

Ses efforts  répétés furent enfin récompensés. Alya finit par repérer une zone placée sous des turbulences susceptibles de cacher une île gardée par des dragons.

Elle fit armer son voilier de guerre, fit embarquer des tonneaux de poisons séchés et des amphores d’eau de source et de vin clairet, des citrons pour lutter contre le scorbut, des oranges et des pommes ainsi que des conserves diverses en bocaux.

Elle sélectionna ses meilleurs guerriers, choisit des professionnels en cuisine, service, couture, broderie et dessin puis elle revêtit son armure turquoise.

Parée pour l’aventure, elle fit larguer les voiles et mit le cap sur l’île, œil de turbulences vraisemblablement entretenues par des dragons pour libérer le prince Nadir qui l’appelait à son secours.

 

mardi 8 septembre 2026

La mystérieuse fée des bois

 



Dans sa petite maison située à l’orée d’une forêt, Wendy songeait à la manière de tirer parti du  bel héritage dont elle avait été la bénéficiaire lorsqu’elle reçut un mystérieux appel :

«  Venez à moi, Wendy, vous serez couronnée fée des bois et recevrez le sceptre en bois d’olivier célébrant les fées des sources ».

Sous forme de ruban enluminé, le message fut déployé par des tourterelles qui déposèrent l’appel manuscrit avant de disparaître dans une envolée céleste.

Wendy revêtit une tenue adaptée à la marche, se chaussa en conséquence et partit en forêt, une besace sur l’épaule pour engranger les trésors des sous-bois collectés.

Elle marcha plusieurs heures, cueillant et ramassant çà et là les produits-phares des bois, champignons, baies, fleurs et plantes qu’elle ensachait consciencieusement pour les conserver en bon état.

Les parfums chatouillaient ses narines et le chant des oiseaux stimulait son désir d’aller de l’avant. Elle arriva dans une clairière où chantait un ruisseau. Elle délaça ses chaussures et trempa ses pieds endoloris dans l’eau. Elle sécha ensuite ses pieds revigorés et les enduisit d’un baume à la rose.

Elle s’assit ensuite sur un banc de pierre et fut à peine étonnée de voir se présenter une fée.

«  Tu as suivi scrupuleusement les consignes, Wendy, sois-en remerciée » !

La fée disparut dans un éclair d’argent. Wendy s’aperçut alors qu’un énorme changement s’était produit dans la clairière. Elle s’était considérablement élargie et un Riad, à la mode orientale, avait surgi, promettant les splendeurs des Mille et Une Nuits.

Elle pénétra dans le Riad en robe de soie. Une dame d’honneur emporta sa tenue de marche et sa besace, promettant de mettre au menu la collecte du jour.

La pièce réservée à l’accueil des invités, richement meublée et décorée, ornée d’une volière où évoluaient des oiseaux exotiques, lui permit de se reposer en toute quiétude.

On la pria ensuite de passer à table et elle put savourer une omelette aux champignons, des abats en sauce servis avec de jeunes pousses en salade, du fromage de brebis et une tarte aux fruits rouges.

Cet excellent repas terminé, elle se retira dans la chambre que l’on avait préparée pour elle.

Alcôve de princesse, bergère, secrétaire, table de nuit où s’empilaient les ouvrages de ses auteurs préférés, Honoré de Balzac, Marcel Proust, Fédor Dostoïevski, Léon Tolstoï et Leila Slimani.

Après un bain parfumé, elle revêtit une chemise de nuit en lin, brodée et s’allongea dans le lit en se calant haut sur les coussins et lut quelques pages de La Nuit des Temps de René Barjavel, livre culte dont elle ne se séparait jamais et finit par s’endormir, couronnée virtuellement en fée des bois.

Doigts de fée




Dans une rue commerçante d’Athènes on remarquait une très jolie boutique aux volets bleus dont l’enseigne Apollonia attirait le regard.

La vitrine témoignait d’un goût artistique indéniable : un mannequin portait un péplum en lin blanc brodé de lyres et de roses. Un sautoir en perles donnait un cachet particulier à la robe sobre dédiée au dieu Apollon par le symbole de la lyre. Des bijoux artisanaux de belle facture étaient disposés en éventail autour de la jeune élégante et des miroirs incrustés de coquillages sur leur pourtour reflétaient la lumière.

L’intérieur de la boutique recélait de nombreux trésors dont un présentoir destiné aux messieurs avec des tuniques brodées et des pantalons de soie.

Apollonia était assise derrière un comptoir, un carnet à dessins à portée de main.

Quelques livres placés sur une étagère rappelaient que la Grèce avait enfanté un monde à son image, aspirant à la paix et à la beauté.

Deux statuettes de discoboles servant de serre-livres marquaient la création des Jeux Olympiques qui avaient traversé les siècles en s’enrichissant de sports nouveaux.

Au nombre des ouvrages, il y avait naturellement des exemplaires de L’ Iliade et L’Odyssée, les œuvres complètes de Platon, des pièces de théâtre de Sophocle, Euripide et Aristophane. Les ouvrages récents comptaient La Liberté ou la Mort de Nikos Kazantzakis et son Odyssée de facture moderne.

Alexandre venait lui rendre visite chaque jour et il lui apportait parfois un trésor inattendu, un vêtement ancien déniché dans la malle d’un vide-greniers dont Apollonia s’inspirait pour créer une pièce élégante et agréable au porter, des livres, des poupées de collection et des éléments naturels collectés en bord de mer ou en forêt qui serviraient de matière première à la création d’une œuvre d’art.

Ils avaient pris l’habitude de dîner ensemble le soir. Grâce à son commerce florissant, Apollonia avait embauché une cuisinière qui préparait des plats ensoleillés, beignets de calamars, feuilles de vigne farcies, rouleaux de poulet, plats de poissons et bien entendu l’incontournable moussaka, les baklavas et autres pâtisseries locales.

Alexandre, de son côté, avait une activité professionnelle qui lui permettait de se hisser au niveau de son amie : Guide professionnel patenté, pratiquant de nombreuses langues étrangères dont le Mandarin et l’ Arabe Classique, il était recherché et bien rémunéré par des offices de tourisme mettant l’accent sur la qualité.

Les jours se succédaient harmonieusement, resserrant les liens noués par les deux amis au fil du temps.

lundi 7 septembre 2026

L'oiseau des nuits de Chine

 





Heureuse de découvrir les cadeaux de Louis de Flandre restitués par les guerriers d’ Éric le Rouge, vaisselle d’or, bijoux et brocart, la reine de la Rose Bleue remercia vivement le prince et ajouta une parure de roses turquoise pour le panier de la future mariée.

Nantis de victuailles pour le retour, les guerriers se mirent en route. L’oiseleur de la reine et le bijoutier capable de réaliser des créations à base de roses bleues et de pierreries étaient dans leur rang.

Promettant de se revoir très rapidement, les souverains se séparèrent dans un climat amical et chaleureux.

L’oiseleur prit du champ pour enchanter l’oiseau rare de son pipeau.

Il revint bientôt, arborant fièrement l’oiseau des contes de fées : une cage d’or le mettait à l’abri des oiseaux de proie et autres nuisibles. L’oiseleur reprit place dans les rangs, juste derrière le seigneur pour marquer sa condition honorifique.

La route se déroula sans incident, les haltes se multipliant pour permettre à l’oiseau de goûter des moments de liberté sous la surveillance de l’oiseleur.

Lorsque le château fut en vue, l’oiseleur ouvrit la cage et rendit sa liberté à l’oiseau des Nuits de Chine. L’oiseau se réfugia dans le jardin d’amour destiné à la future épouse de Louis de Flandre.

Peu de temps après, la rose d’argent s’échappa de son coffret et se présenta au prince sous sa forme définitive de dame d’amour.

«  Vous cherchiez une dame de cœur, me voici, cher prince. Un enchantement m’avait condamnée à vivre sous la forme d’une fleur jusqu’à ce qu’un prince réunisse trois valeurs suprêmes, des boutons de roses bleues, un oiseau des Nuits de Chine et moi-même sous la forme d’une rose d’argent. Ignorant l’histoire de ma métamorphose, la reine de la Rose Bleue vous a offert ce qu’elle avait de plus précieux en remerciement de la délivrance du tyran Éric le Rouge. Ces trois conditions réunies m’ont permis de retrouver ma forme première qui, je l’espère, vous séduira ».

Alba, la reine d’argent était si belle que la petite troupe guerrière crut voir une apparition lumineuse. Sa robe couleur du jour, blanc nacré zébrée d’éclairs bleus était une pure merveille. Elle portait de petites bottines à lacets ; un joli diadème maintenait les vagues de sa chevelure en ondes claires. Le prince lui baisa la main et après avoir invité ses guerriers, l’oiseleur et le bijoutier à prendre du repos, il emmena la belle Alba dans le jardin d’amour où l’oiseau des Nuits de Chine fit entendre son chant paradisiaque.

Les amants apprirent à se connaître dans le Riad aménagé selon la tradition orientale avec un espace clos pour l’intimité et un jardin ouvert où chantait une fontaine près des orangers, des citronniers et des buissons de jasmin.

Pendant ce temps, les guerriers participèrent à un festin bien mérité. L’oiseleur mangea peu, fidèle à ses habitudes car son art exigeait la sobriété. Il fut le premier à se retirer dans ses appartements pour recouvrer des forces.

La cervoise, l’hydromel et les sirops d’orgeat, de myrtilles et de roses circulèrent à la ronde. Le ménestrel du château chanta les exploits du prince Louis de Flandre et la beauté de sa bien-aimée, Alba, née d’une rose d’argent.