Un jour, en terre de Brocéliande, un enchanteur, lointain
descendant de Merlin, perdit son livre sacré, celui où il notait ses réussites
et les formules qui permettaient leur réalisation, à la manière d’une fleur
merveilleuse que l’on trouvait près des dolmens.
Il voulut taire ce lourd secret mais incita tous les petits
génies de la forêt à quadriller le terrain pour retrouver ce manuscrit précieux
qui pouvait s’avérer dangereux en tombant dans les mains de personnes mal
intentionnées.
C’est une petite fille, Nolwenn, partie à la recherche de la
maison des Trois Ours qui trouva le merveilleux grimoire, tombeau des fées du
Val-Sans-Retour.
Elle l’enveloppa dans son écharpe et s’en retourna chez elle
où elle ne dit mot à personne de sa miraculeuse trouvaille.
Le soir, à la chandelle, elle lisait une page, admirait les
illustrations sans bien comprendre les équations mathématiques qui donnaient
une clef ouvrant une porte du royaume des fées.
En grandissant et en suivant les cours dispensés à l’école,
elle se piqua de mathématique jusqu’à vouloir ressembler à Cédric Villani,
mathématicien-poète, plus connu pour ses Lavallière que pour sa médaille Fields
aux yeux du grand public.
Un jour, grâce à ses progrès en mathématiques appliquées,
Nolwenn parvint à résoudre une option magique, ouvrir le cœur endurci d’une
personne narcissique et égoïste.
Il y avait, dans sa classe, deux enfants réputés pour leur
froideur et leur méchanceté.
Elle jeta son dévolu sur Arthur et récita mentalement la
formule en le fixant dans les yeux, une main sur le cœur.
Nolwenn sentit un vent tourbillonnant et entendit le bruit
cristallin d’un verre qui se brise et elle se trouva tout à coup face à un
Arthur métamorphosé.
Il lui proposa aimablement de la raccompagner chez elle au
sortir de la classe car, lui dit-il, les rues ne sont pas sûres et une jolie
petite fille comme toi court les plus grands risques.
C’est un Arthur transformé en chevalier servant qui ramena
Nolwenn chez elle et, pour le récompenser de sa peine, la maman de la petite
fille lui proposa une part de sa tarte amandine aux poires pochées avec un
chocolat chaud.
Arthur se montra si aimable que la mère de Nolwenn l’invita
à participer à la fête d’anniversaire de sa petite dernière, ce qu’Arthur
accepta avec enthousiasme, promettant d’apporter la plus belle des surprises à
l’adolescente en herbe.
« Tu ne m’avais pas dit que tu avais un camarade de
classe aussi charmant » lui dit sa mère après qu’Arthur s’en fut allé, non
sans avoir prodigué moult remerciements et formules de politesse bien choisies.
Eh bien Maman, c’est tout nouveau. Sa voix a mué et son
comportement s’est modifié totalement. C’était un garçon rebelle, moqueur et
vindicatif, il est devenu un émule du prince charmant, lui répondit
malicieusement Nolwenn et elle ajouta : j’ai hâte de connaître le cadeau
surprise qu’il me réserve.
Puis elle s’éclipsa dans sa chambre pour tenter de résoudre
une autre énigme.
Sa déception fut terrible : le grimoire avait
disparu !
Elle ne voulut pas questionner sa mère de peur de devoir
avouer qu’elle avait introduit à son insu un objet étranger dans leur demeure.
Bien lui en prit car sa mère n’avait nullement découvert le
livre, soigneusement protégé par le papier réservé aux fournitures scolaires.
C’est la fée Clochette qui avait déniché le livre magique en
observant chaque soir la petite Nolwenn.
Elle avait écouté les conversations des enfants dans la cour
de récréation et deviné que la conversion d’Arthur était due à une opération
relevant de la magie.
L’enchanteur retrouva son ouvrage, heureux de constater
qu’il était en bon état, la petite Nolwenn en ayant pris grand soin.
Décidé à lui faire un cadeau mémorable pour la remercier, il
confia à la fée Clochette le soin de trouver ce qui ferait plaisir à l’enfant.
Ce qui lui plaît c’est la magie dit la petite fée.
Qu’à cela ne tienne répondit l’enchanteur, pour la
satisfaire, je vais créer une école de magiciens et elle y aura sa place.
Génial dit la fée Clochette et je suggère que l’on imagine
un stratagème sous forme de cadeau inédit pour sa mère afin qu’elle accepte les
cours de magie.
J’ai ce qui lui donnera un apport conséquent pour les tâches
ménagères : un robot capable d’entretenir la maison et un auxiliaire de
cuisine.
Elle sera ainsi prête à concourir à notre à notre entreprise
de magie.
L’anniversaire des douze ans de Nolwenn fut mémorable.
Deux robots se présentèrent. L’un d’eux avait une enveloppe
destinée à Madame Le Guen, la mère de Nolwenn.
Elle l’ouvrit et découvrit des invitations nominatives pour
participer à des cours de cuisine dispensés au sein de l’école créée par Magic
Master.
Nolwenn était invitée à se présenter à l’école pour parfaire
son éducation en mathématiques et en poésie.
Maman ne put qu’approuver ces invitations et l’enchanteur se
félicita d’avoir trouvé l’intitulé « Mathématiques et Poésie » pour
désigner la magie ce qui était une astuce inédite destinée à présenter la magie
sous un jour aimable susceptible de
plaire aux parents.
Arthur déclencha un enthousiasme non feint en arrivant en
Montgolfière, à la façon de Jules Verne, son auteur favori.
Il se posa devant la porte de la maison en délestant la
nacelle de cadeaux soigneusement enveloppés.
Il y avait de beaux livres illustrés, une lampe à huile
chère à Aladin, un tapis volant et un service à café en porcelaine provenant de
Limoges, de même qu’un service à thé luxueux que ses parents avaient déniché
dans les souks de Marrakech et dont ils avaient accepté de se séparer.
La Montgolfière est pour toi, à condition que ta mère y
consente.
Nous verrons dit Maman prudemment mais une voix joyeuse dit
clairement : bien entendu car je serai là pour aider à la manœuvre.
Papa revenait d’un voyage humanitaire et il n’avait pas
oublié l’anniversaire de sa fille chérie.
Rassure-toi lui dit-il, je ne t’ai pas rapporté de girafe ni
même un éléphant.
Tes cadeaux arriveront par bateau puis par la route.
Tu auras ainsi une
surprise différée mais voici toujours en attendant, un joli boubou bleu que je
t’ai acheté à Dakar, un burnous et des babouches qui viennent d’Alger ainsi que
des colliers de perles en verroterie qui t’iront à ravir, ma jolie fée. Ils
proviennent du village où a vécu le grand poète romancier Mouloud Feraoun. Je
t’offre également un exemplaire de l’un de ses ouvrages qui a fait le tour du
monde Le Fils du Pauvre.
Nolwenn ne savait comment remercier sa famille et ses amis
pour tous ces cadeaux fabuleux.
De plus, des amis de classe avaient fait irruption dans la
maison rustique de ses parents avec des présents originaux et charmants.
Maman exhiba fièrement le gâteau d’anniversaire qu’elle
avait cuisiné avec amour.
Les robots l’aidèrent à dresser la table et ce fut avec
force que Nolwenn souffla les douze bougies.
L’enchanteur était si heureux d’avoir une filleule aussi
remarquable que Nolwenn qu’il décida de créer un livre de magie à la portée des
enfants.
Un nuage de douceur enveloppa la maison d’une future
magicienne diplômée et chacun se sentit prêt au bonheur.
-