mardi 5 mai 2026

Si Brocéliande m'était conté

 

 


Brocéliande, la forêt sacrée, s’est donnée à Nolwenn et à Alan Stivell puis elle s’est endormie au son de la harpe celtique.

Comme la Belle au bois dormant, elle a besoin d’être réveillée par un baiser.

Mais les princes se font rares de nos jours et le retour des animaux dans les bois profonds n’incite pas les audacieux à défricher les broussailles épineuses où se cachent des oiseaux rares et des bêtes venimeuses.

«  Morgane est de retour » disent des villageois en se signant et la fée Viviane joue un peu trop les grandes dames si l’on en croit la conteuse de Tréhorenteuc, vénérable douairière dont la renommée et la sagesse sont reconnues.

J’ai envie d’en avoir le cœur net et j’ai décidé d’emprunter la voie des airs, à la manière du petit prince, avec l’aide des oies sauvages.

Ces aimables volatiles m’ont déposée près du Miroir aux Fées, mon étang préféré et j’ai suivi avec bonheur le ballet des tourterelles des bois.

Installée près du petit pont de bois, je laisse le vent jouer dans mes cheveux et je crois sentir la caresse poétique du roi des aulnes qui règne sur le Val-sans-Retour depuis que l’enchanteur Merlin a été enfermé dans un tombeau de verre par celle à qui il avait enseigné son savoir et ses tours de magie.

Le roi des aulnes s’approche de moi à petits pas mais je préfère m’échapper, craignant d’être ensorcelée à mon tour.

Je me recueille dans l’église mythique du village et j’observe le jeu du soleil couchant sur les vitraux illuminés par le cerf blanc portant la croix du Christ sur son poitrail immaculé.

Cette retraite mystique achevée, je pars d’un pas alerte vers une hôtellerie que j’apprécie près de l’étang de Paimpont.

Dans ma chambre, je sors le petit carnet qui ne me quitte jamais et je note les impressions ressenties dans la journée.

Ces notes deviennent l’ébauche d’un roman que j’intitulerai Si Brocéliande m’était conté et je prie l’enchanteur Merlin enfermé comme moi dans un palais de cristal de venir à mon aide pour que les mots s’enchaînent et deviennent une rivière d’argent dont je suivrai les méandres pas à pas, sur la route du rêve !

L'amour est cerise

 



«  Rebelle et soumise

Paupières baissées

Quitte ta chemise

Belle fiancée

L’amour est cerise

Et le temps passé

C’est partie remise

Pour aller danser » !

Saisi d’une frénésie printanière, Vincent erra dans les vergers, un panier à la main pour y collecter de belles cerises charnues vouées à l’amour, amours enfantines, adolescentes et âge mûr.

La fée Cerise s’offrit à lui et ce fut une belle page d’amour célébrée par les rossignols.

Ce rêve achevé, Vincent trouva sur sa table un bouquet de roses et des pendants d’oreilles savoureux pour renouveler les jeux de l’amour.

Les rivières gelées

 

 



Organdi, tulle, nylon de la première génération, tabliers brodés, robes de laine… j’ai vécu les premières années de ma vie dans une ambiance rythmée par les coups de pédale donnés à sa machine à coudre Singer par une mère vouée à la beauté du linge, de la couture et des toilettes originales.

Ensuite j’ai connu un autre univers, triste et gris avec porte-plumes et encriers, le tout pour écrire sur une table inclinée, s’ouvrant sur un casier où l’on rangeait les cahiers. J’aimais par-dessus tout ce qui se référait à la lecture. Il y avait une petite bibliothèque et je dévorais les livres. C’est l’institutrice qui choisissait les ouvrages et comme je figurais au nombre des privilégiées, je devais souvent me contenter d’un second choix. Mes petites camarades peinaient à déchiffrer le français et c’est ainsi qu’un jour, il ne resta pour moi qu’un vieux livre de lecture nommé L’Anneau d’Alma. C’était un livre destiné à la classe car il y avait des exercices lexicaux et grammaticaux à la fin de chaque chapitre. Le livre était presque repoussant tant il avait été malmené, écorné et du sparadrap jauni, réparait tant bien que mal des déchirures. Et pourtant le contenu du livre m’émerveilla. C’était un conte découpé en séquences dont le personnage principal était une rivière, la Dordogne. Une jeune fille nommée Félicia en était l’âme ; elle était pourchassée par Malvina, la sorcière qui voulait multiplier les obstacles pour tarir les eaux profondes. Au moment où Félicia, épuisée, allait être rattrapée et mourir avec la rivière agonisante, l’anneau d’Alma, un élément magique lui était offert par un aigle et la sorcière était instantanément pulvérisée tandis que Félicia retrouvait toute sa beauté, nageant avec bonheur dans une eau pleine de vigueur et d’éternelle lumière blonde.

Ceux qui ont lu mes contes voient ici se déployer la matrice de mes créations vagabondes, allant de çà, de là, sur les cailloux blancs du lit de la rivière, mon héroïne cachée.

Lorsque je rentrais à la maison, après la classe, je n’avais pas le loisir de parler de mes émotions car pour des parents traumatisés par les affres de la seconde guerre mondiale assortie de privations, les préoccupations étaient essentiellement tournées vers la nourriture. La guerre était finie mais il y avait encore des tickets de rationnement et mon père faisait des kilomètres à bicyclette pour s’approvisionner en café en Belgique.

Les retours à la maison après la classe étaient embaumés par du pain perdu saupoudré de cassonade, de chocolat chaud, et plus tard, comble de luxe, de pain d’épices acheté au marché. Ma mère partait avec un billet de mille francs afin de ne pas trop dépenser mais elle se laissait toujours tenter par un article et laissait une petite ardoise que je devais taire à tout prix à mon père. Puis ce furent les années lycée, assorties parfois d’internat, très dures pour une petite villageoise car s’il est vrai que j’étais la reine du savoir en mon village, il n’en était plus de même dans le lycée d’une grande ville. Néanmoins, je gardai des places de première en rédaction et en histoire. Je souffris beaucoup durant ces années d’études mais je me pris peu à peu au jeu de la passion pour la littérature et je me retrouvai avec étonnement et joie dans une salle de classe mais cette fois, sur l’estrade du professeur.

Catapultée dans l’univers enseignant sans avoir suivi de formation, je me trouvai tout à coup à la rentrée face à une classe de sixième alors que je me sentais encore proche de l’enfance. Durant la rencontre préliminaire avec les enseignants et la terrible principale qui manageait son petit monde d’une poigne de fer, j’avais demandé ce que je devais faire précisément en ce jour de rentrée et l’on m’avait rassurée en précisant que je n’aurais quasiment rien à faire, étant donné que l’on distribuerait livres et matériel et que des consignes générales seraient données aux élèves par le professeur principal, chevronné et habitué à ce genre d’exercice.

En fait, toutes les tâches matérielles furent expédiées en un temps record par ce professeur d’histoire géographie à l’autorité naturelle, ce qui n’était pas mon cas et je dus faire face aux regards interrogateurs de ces enfants à qui je devais enseigner le français et une initiation conséquente au latin.

Pour meubler l’espace-temps, j’écrivis au tableau un poème que j’avais beaucoup aimé en classe de cinquième et que je connaissais encore par cœur. Il s’agissait d’un poème de Maurice Maeterlinck et il y était question d’une fée : « Dès qu’Urgèle apparut, en robe verte et blonde, et qu’elle leur sourit avec simplicité, l’un des enfants lui dit : c’est l’hiver sur le monde, non dit-elle c’est l’été… » Au premier rang, il y avait un élève qui fronçait les sourcils. Il leva le doigt avec beaucoup de fermeté pour me poser une question que je trouvai étrange sur le coup : « Qu’est-ce que c’est les fées ? ».

Un peu désarçonnée, je donnai une réponse mais je vis bien que je n’avais nullement convaincu Francis Lebrun, rationnel et carré. Il m’aida beaucoup à évoluer positivement dans le monde professionnel, m’obligeant à apporter, à l’avance, une réponse à une éventuelle remise en question de mon univers personnel. Le même levait le doigt lorsque je parlais d’un auteur : « Il est mort ? », manifestement déçu lorsque je répondais positivement. C’est grâce à lui que je me mis en quête d’auteurs vivants et que, par la suite, je fis connaître à mes élèves Eugène Guillevic, Dorothée Letessier pour Le voyage à Paimpol  Patrick Poivre d’Arvor pour son livre Les Enfants de l’Aube et des écrivains rennais que j’accueillis en classe, Évelyne Brisou Pellen notamment qui répondit sans complexe à des questions concernant les rémunérations des écrivains.

En ce qui concerne Patrick Poivre d’Arvor, je vécus une véritable petite épopée en deux temps, un accueil chez lui en Côtes d’Armor et une invitation à Paris pour assister à l’enregistrement d’une émission qu’il animait.

L’étude thématique de l’Amour en classe de Première m’avait amenée à lire son premier roman que je trouvai bien écrit. Je lui adressai une lettre sans croire qu’il me répondrait. Or un appel téléphonique me prouva le contraire.

Patrick Poivre d’Arvor me proposait un rendez-vous durant les congés de Février. Je lui dis que j’étais d’accord mais qu’il fallait que j’en parle à mes élèves. L’aura du présentateur était telle que certains répondirent avec enthousiasme. Cette équipée en voiture personnelle, chacun venant avec une mère enthousiaste et moi en compagnie de mon mari, profitant d’accueillir deux garçons déshérités, se déroula à la manière d’une promenade. Je me présentai à la porte du jardin verrouillée par l’auteur et là, je dus répondre à une question inattendue, étant donné que tout avait été réglé : « Pourquoi, au juste, avais-je voulu le rencontrer ? » telle était cette inquisition prononcée d’un ton froid, sous un regard gris. Heureusement, je rassemblai mes esprits en déroute et trouvai les mots qui me servirent de sésame. Plus d’accueil glacial. Patrick nous proposa même des rafraîchissements, offre déclinée car il nous recevait chez lui, dans sa petite maison de pêcheur au bord de la mer et il n’était pas question d’abuser de son hospitalité. Tout se passa bien, à l’exception d’un détail. L’une de mes meilleures élèves à l’oral se taisait obstinément. Prenant son silence pour de la timidité, je la relançais constamment jusqu’à ce qu’elle me regarde d’une manière qui signifiait : « Tant pis, vous l’aurez voulu » et dans un silence de bronze elle dit : « eh bien moi, je n’ai pas aimé le livre ! » Incident diplomatique mais l’auteur eut le regard amusé. Alors que nous voulions connaître les raisons de cette indifférence, Catherine nous dit alors que pour elle, le livre des livres était Le Rouge et le Noir de Stendhal. Ouf ! l’honneur était sauf.

La glace fut totalement brisée à partir de cet incident et chacun se risqua à intervenir. J’eus également une remarque concernant le livre dont je redis au passage, et j’étais sincère, tout le bien que j’en pensais. Il me semblait, dis-je, que le narrateur n’avait pas une excellente opinion des professeurs, ce à quoi Patrick répondit avec son sourire ironique qu’il leur reprochait finalement un certain conformisme. Il eut l’amabilité de faire de ma personne une exception, ce qui me renvoya à la phrase d’accueil, après vérification de mon souhait de rencontrer un auteur et non une célébrité : « Je n’aurais jamais cru qu’un professeur sacrifierait une sacro-sainte journée de vacances pour ses élèves ! ».

Quant à l’invitation à l’émission qu’il co-animait à la télévision, à Paris, intitulée «À nous deux ! », elle se révéla très instructive concernant l’enregistrement des émissions.

Nous avions voyagé par train et métro, toujours pendant les vacances, avec des élèves volontaires très enthousiastes.

L’animateur nous proposa même à la fin de leur travail de participer à leur buffet mais il était temps pour nous de rejoindre la Bretagne et notre billet de groupe nous imposait l’horaire du retour.

Ces événements mis à part, j’étais tout de même un professeur classique attaché à traquer les fautes d’orthographe. Je mettais un point d’honneur à remettre au goût du jour l’amour des conjugaisons grâce à des interrogations écrites portant sur les formes verbales. Une collègue m’avoua qu’elle m’avait maudite car son fils lui avait imposé un interminable interrogatoire un dimanche soir pour se préparer à la terrible épreuve.

Au cours d’une trentaine d’années, je sillonnai la France, essentiellement le Nord et la Bretagne, accessoirement le Maroc, Settat et Marrakech dans le cadre de la coopération culturelle et passai d’une estrade à l’autre, rencontrant toujours des visages nouveaux. L’un de mes fleurons, au Maroc, fut l’exploitation de la façon dont on buvait le thé en Europe, à l’imitation des Anglais dans le but pédagogique de concrétiser l’usage des pronoms. « Voulez-vous une tasse de thé ? En voulez-vous une autre ? ». Mais toute cette étude sur les pronoms passa au second plan pour mes élèves, tant ils étaient attentifs aux détails, le fait que l’on boive du thé dans une tasse en place des verres filés or auxquels ils étaient accoutumés, le thé noir au lieu du thé vert et de ce fait, la possibilité d’y ajouter du lait. L’expression « un nuage de lait » les fascina et ils la répétaient à l’envi avec un sourire mi- ironique, mi- admiratif.

J’ai gardé de mes trois années passées au Maroc un souvenir heureux. Je ne savais pas alors que j’avais mangé mon pain blanc. De retour en France, j’eus à surmonter des difficultés issues du fait que je n’étais pas titulaire. On me confia encore quelques classes de latinistes puis ce fut le plus souvent les classes déshéritées, jusqu’à à ce que je me résigne enfin à tenter des concours pour échapper à cet inextricable piège. La même année, j’en remportai trois, le concours interne de conseiller d’éducation car j’avais fini par échouer dans l’un de ces terribles postes, et deux concours de Lettres-Histoire-Géographie en Lycée Professionnel, 1er et 2ème grade. J’optai pour le professorat 2ème grade, heureuse d’avoir renoué avec le succès. Ma première affectation se situait dans un lycée professionnel dont les options majeures tournaient autour de la production, les systèmes de maintenance, l’électrotechnique, l’horlogerie et les successeurs des forgerons qualifiés de spécialistes en structures métalliques, assemblés curieusement dans la même classe pour les disciplines générales et comme partout, il y avait des classes de quatrième technologique, les mal aimés du collège que je fréquentais depuis longtemps. Tous dans une même classe présentaient une difficulté supplémentaire cependant. En cours d’histoire, j’eus des débuts houleux car les élèves jugeaient des situations historiques avec le regard discriminatoire d’aujourd’hui. Ils ne pouvaient concevoir l’existence de la monarchie de droit divin, la pyramide stratifiée des inégalités sociales et mon cours patinait jusqu’à ce que j’opte pour un contournement.

Renonçant à parler ex-cathedra, je leur donnai des recherches à faire pour établir des fiches sur différentes facettes de la période révolutionnaire au programme.

L’un héritait de Danton, l’autre de Robespierre, un autre encore de la Nation, de la notion de République etc… Chacun s’affaira à extraire de documents les renseignements précis qui conduiraient à l’établissement d’un fichier informatisé.

Le cours d’histoire qui était un véritable cauchemar devint un moment de recherche agréable. Lorsqu’un « élève rencontrait un obstacle, il venait me consulter et je pouvais ainsi développer le cours qu’il n’avait pas voulu écouter, comme ses camarades, et entrait la notion essentielle dans sa fiche.

J’étais très appréciée dans ce lycée mais je devais mettre en œuvre tant d’efforts que je préférai passer le témoin à plus jeune que moi et choisis le plus grand lycée professionnel de la ville de Rennes pour rencontrer à nouveau les difficiles bataillons d’électrotechniciens mais aussi les élèves de bureautique en classe de Baccalauréat, plus tournés vers la langue française. Petit à petit, au fil des ans, j’essayai des classes différentes, réputées pour leur difficulté, les futurs vendeurs et les imprimeurs dont je devins l’un des professeurs favoris. Chez les imprimeurs il y avait deux groupes distincts, les imprimeurs à l’état pur qui travaillaient à l’atelier sur les fameuses « bécanes » et les photo-imprimeurs qui manœuvraient un poste informatisé pour cadrer des articles de leur composition et effectuer des recherches au niveau de la couleur. Quelques malentendants faisaient parfois partie de ces groupes et je pris l’habitude de voir un adulte assister à mes cours pour prendre des notes ou communiquer grâce au langage des signes.

Il y avait aussi les classes hétérogènes de seconde difficiles à piloter de manière générale tant les niveaux étaient différents d’un élève à l’autre.

Les années passèrent au rythme de la floraison des hortensias ornant les plates-bandes du Manoir de Coëtlogon qui formait le cœur administratif du lycée. En consultant les archives du manoir, une documentaliste avait exhumé une anecdote amusante, émanant d’une marquise qui avait habité les lieux. Donnant naissance à un enfant qui n’était pas de couleur blanche, elle avait prétendu que son abus du chocolat était la cause de la pigmentation de son enfant.

Notre proviseur au visage avenant mais au cœur bardé de fer régnait en maîtresse femme sur les lieux, semant tour à tour l’épouvante ou le charme. Comptable de formation, elle ne plaisantait pas avec la discipline, parlant d’impératifs à longueur de conseils de classe qu’elle menait de main de maître. Comme elle insistait sur la nécessité, pour des élèves de bureautique, de pratiquer des saisies en informatique pour gagner une aisance sans faille, j’osai une comparaison, « comme un pianiste fait ses gammes », ce qu’elle apprécia au plus haut point.

Je n’avais pas toujours ses faveurs car elle me considérait comme une sorte d’excentrique et me reprochait des notes qu’elle jugeait trop élevées. J’appliquais pourtant les barèmes officiels mais certains professeurs en jouaient, se montrant d’une sévérité excessive à mes yeux car elle conduisait l’élève, mortellement blessé dans son amour propre, à ne plus essayer de progresser puisque, de toute manière, il obtiendrait une note infâmante. Un élève particulièrement doué à l’oral, argumentant avec maestria plafonnait autour de sept à l’écrit car en appliquant le barème, il ne pouvait grappiller de points en deux domaines précis, l’orthographe et la cohérence grammaticale. Un jour, je trouvai cependant sa copie si intéressante que je forçai la note réservée aux idées. Il eut onze ! La classe gronda, pensant que j’avais usé de favoritisme tant les élèves sont élevés dans le culte conservateur de la note. Je lus alors le texte à voix haute et cette fois, non seulement les camarades trouvèrent que la note était justifiée mais encore certains franchirent le pas en estimant que j’aurais dû ajouter des points ! Quant à l’élève, il vint me voir à la fin du cours pour me remercier de lui avoir fait franchir une barrière et à dater de ce jour, il eut à cœur de me prouver qu’il valait mieux que ces notes basses toujours obtenues et il progressa nettement.

L’année suivante, il devait faire face à un collègue particulièrement autoritaire et castrateur. Je l’ai vu un jour remettre une copie à un élève en lui disant « Je t’ai mis 2 » d’un ton cassant et sans appel. Sur le plan culturel, nous étions au diapason et il cherchait souvent mon approbation mais sur le plan pédagogique, un monde nous séparait.

Il adorait reprendre mes classes car il estimait que j’avais suffisamment débroussaillé le terrain pour qu’il puisse ensuite facilement apposer sa royale griffe.

J’avais prévenu Carl ainsi prénommé par ses parents en hommage à Karl Marx que ce ne serait pas une partie de plaisir et qu’il était prudent d’utiliser une partie de ses vacances à la lecture d’un bon livre pour améliorer son style. Je lui donnai à choisir pour exemple Les Misérables de Victor Hugo que nous avions abordés sous toutes les formes, extraits, films, étude des symboles etc… durant l’année ou plus facile, bien écrit, avec une intrigue solide, Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas.

À la rentrée, il m’attendait à la grille pour m’annoncer triomphalement qu’il avait lu Les Misérables et qu’il avait été agréablement surpris par la profondeur du livre.

Mon collègue me héla un jour en salle de classe pour me dire qu’il avait octroyé la note 16 à une copie de Carl en histoire, ce qui ne lui était jamais arrivé. Carl tenta par la suite des études universitaires en Histoire, sa passion et celle de sa famille mais il échoua comme de nombreux jeunes gens et se contenta d’un poste de « responsable de la sécurité » dans un quartier commercial de la ville. Lors de la rencontre, il m’embrassa et s’enquit de mes nouvelles, confondues avec le parcours professionnel. C’était un homme à présent !

Dans le milieu enseignant, on ne se voit pas vieillir car on a toujours affaire à un public jeune sans cesse renouvelé.

Au fil des ans cependant, même si je conservais intact un enthousiasme quasi juvénile, mon pas se faisait plus lourd et les dernières années, je souffris de multiples maux qui me conduisirent à mettre un terme à cette carrière si enrichissante.

La difficulté, pour un professeur de Lettres-Histoire en lycée professionnel réside essentiellement dans la conception de l’emploi du temps établi par le proviseur ou son adjoint. La primeur est accordée aux ateliers ; or il faut parfois « faire tourner » un même atelier et des professeurs différents, je pense notamment aux salles équipées en matériel informatique. Quant aux professeurs d’enseignement général, ils devaient parfois œuvrer quatre heures de suite dans une même classe, ce qui était la donne dans les matières professionnelles mais requérait pour le professeur littéraire et ses élèves conduits à ces filières pour avoir échoué dans ces disciplines, de véritables tours de force pour mobiliser l’attention soutenue de classes facilement distraites. J’avais beau varier les plaisirs, alternant les explications de textes déguisées en échanges oraux, exercices d’application d’un élément grammatical précédemment proposé sous forme d’énigme, cours d’histoire ou de géographie, il arrivait toujours un moment où l’élève atteignait un point de non-retour. Exténué, fourbu, il ne pouvait plus en entendre davantage. C’est à ce moment-là que le professeur s’effaçait pour laisser place à la conteuse, talent que je m’étais reconnu ainsi que l’art théâtral. Que de chevauchées avec la cour du Roi Arthur, l’énigmatique Yvain, chevalier au lion avec le passage obligé en terre de Brocéliande, notamment la fontaine de Barenton, où un simple gobelet d’eau jeté sur la pierre principale faisait surgir le chevalier noir dont la lance était le plus souvent mortelle !

Admirative de la période médiévale, je connaissais les œuvres littéraires de la période sur le bout des ongles et les élèves me suivaient pantelants dans ces fabuleuses chevauchées. J’y mêlais aussi La Légende des Siècles de Victor Hugo, accordant une attention particulière à l’Aigle du Casque et Aymery de Narbonne.

Je ne faisais après tout que contribuer à la culture du « jeune adulte », terme que l’on donne dans les instructions officielles tant il est vrai que nos élèves n’étaient plus des enfants mais avaient bien souvent laissé en friche leur part constructive d’enfance.

J’avais suivi à Nantes une année de formation afin d’étudier les facettes multiples de l’art d’enseigner en lycée professionnel, ce qui me fut utile pour la pratique. J’en retins quelques formules « Pour parler aux Sans Culottes, il faut déculotter son langage » ce dont j’usai avec mesure, après que toutes les méthodes policées aient échoué ou encore « un élève vous donne une heure de sa vie ; tâchez de la remplir utilement ». Outre ces formules, il y avait un modus operandi né des travaux de Philippe Mérieu que je crois encore tout à fait d’actualité, l’émergence des représentations de l’élève sur un sujet avant de construire son cours, bien préparé il va de soi, à partir de mots clefs ou d’axes mis à jour dans cette émergence. L’intérêt des élèves s’en trouvait ainsi revigoré mais cette manière de travailler sans filet nécessitait un gigantesque travail de recherche en amont pour le professeur.

On veut sans cesse « rentabiliser » la présence du professeur mais on oublie de prendre en compte la somme de travail qu’il doit effectuer chez lui pour rester « au top » et satisfaire ses élèves. Un professeur de comptabilité très apprécié par ses classes jeta un jour l’éponge pour se réfugier dans un poste lucratif privé. C’est moins l’argent, me confia-t-il, qui m’a poussé à choisir ce poste clef que la disponibilité au sein de ma famille. Il ruminait parfois des bribes de cours en lavant la vaisselle ou en se livrant à un repos salutaire. Comment faire passer telle ou telle notion ? Cette question que je croyais réservée aux littéraires et à ma personne est partagée finalement par de nombreux professeurs soucieux de l’ancrage de leur cours dans un auditoire habitué au zapping.

Mis à part les formations générales, les cours encadrés et la remise à niveau de notions souvent peu maîtrisées, orthographe et grammaire nous devions, comme nos futurs élèves, assumer la charge d’un stage en entreprise et rédiger un rapport, acte utile dans la mesure où nous devrions par la suite en corriger. Pour ma part, je réussis à m’introduire à l’écomusée de Montfort-sur-Meu et travaillai sur les légendes de Brocéliande en lisant des ouvrages de référence tout en répondant aux attentes du conservateur qui m’avait demandé de rédiger des fiches pédagogiques à destination des instituteurs qu’elle recevait avec ses classes pour une visite guidée de la tour du château, unique vestige bien conservé d’un monument sécuritaire, nécessaire à l’extension et à la richesse de la ville en son temps.

Comme tout stagiaire, je dus avaler quelques couleuvres, ouvrir les portes de chaque étage de la tour en empruntant un escalier escarpé et sinueux, remplacer au pied levé le conservateur pour jouer le rôle du guide etc….

Par la suite, je dus réconforter des stagiaires lors de mes visites. On leur demandait de préparer le café, faire des courses pour le maître de stage et assister à des réunions alors qu’elles ne pouvaient prendre la parole et peser sur le débat par un vote. Ces pratiques sont détestables et déshonorent le monde du travail.

Utilisant le moindre moment de répit pour tenter une ébauche du rapport de stage que je devais rendre à la rentrée, je pris l’habitude de ruser. J’avais bien remarqué que le conservateur n’aimait pas me voir lire, ce qu’elle prenait pour du temps « volé », je lisais presque en cachette et m’affairais à des travaux jugés utiles pour l’entreprise en sa présence. Ah ! il fallait les aimer, les légendes celtiques, pour travailler dans ces conditions mais rien ne m’aurait retenue et je menai mes multiples tâches à bien, aidant de surcroît de jeunes stagiaires recrutées, l’une pour assumer les tâches administratives et l’autre pour concrétiser des prestations d’animatrice. Elle fut si heureuse de mon aide après avoir fait une prestation de qualité auprès d’une classe et de son institutrice qui l’invita à venir ensuite à l’école après la réalisation des travaux lancés lors de l’animation !

Quant à la jeune fille chargée du secrétariat, elle profitait de ma présence, tôt le matin, avant l’heure légale dans le but de lire, pour recourir à mon aide sur le plan de la syntaxe et de l’orthographe et en contrepartie, elle gravissait allègrement avec l’aisance de ses vingt ans le fameux escalier qui m’occasionnait des prémices de lombalgie.

Ce stage prit fin et je retrouvai l’ENNA de Nantes avec soulagement. Mon rapport de stage fut bien accueilli, mieux encore par la suite par le Proviseur du Lycée Jean-Jaurès, concentré sur les voies professionnelles industrielles. Sous des abords bourrus et parfois grossiers, c’était un esthète et un grand sentimental. Il me félicita pour ce rapport où affleuraient les légendes de Brocéliande et m’accorda toute son aide pour les projets culturels que je mis en œuvre. C’est avec des élèves peu enclins à la rêverie et à la création poétique que je connus des moments de réel bonheur. J’accueillis au Lycée Gérard Lomenec’h, un artiste qui faisait revivre à lui seul l’atmosphère des troubadours. Il présentait des instruments anciens, jouait avec le public en racontant des histoires tout en s’accompagnant de cuillers. Enfin, il eut le courage de chanter a capella une romance en langue d’oc, ce qui laissa les élèves pantois. J’avais dû pratiquement le pousser pour le faire entrer en classe tant il redoutait les « apprenants » pour employer le langage de Philippe Mérieu, des lycées professionnels. Mes élèves furent sous le charme et l’un d’eux lui demanda à la fin du récital où il pourrait se procurer une vielle.

Mon mémoire pédagogique dont le thème majeur était la réécriture d’une légende présentait entre autres travaux L’Aigle du Casque de Victor Hugo et sa réécriture par Michel Tournier au XXIème siècle dans un conte puissant (Angus in Le Médianoche amoureux, paru en 1989, soit l’année où je présentai mon mémoire pédagogique), en prose qui fascinait mes classes.

Il y était question de la vérité profonde qui sous-tend chaque légende et j’avais établi un parcours qui permettait de découvrir l’itinéraire des preux chevaliers du Moyen-Age et de ces êtres immondes à l’image de Tiphaine dans L’Aigle du Casque qui finissait par être puni de manière irrationnelle puisque personne au monde ne pouvait le battre.

Afin de parachever l’immersion dans le légendaire, je fis appel, avec le feu vert et les finances du Proviseur, à une artiste de renommée mondiale, Gisèle Jan Simon dont l’œuvre principale, son chef d’œuvre disait-elle en hommage à son grand-père, compagnon du devoir, était une série de douze tableaux présentant les chevaliers de la Table Ronde. Pour la première de couverture de mon premier roman L’Étoile des Chevaliers, elle accepta que paraisse son Arthur Roi, ce dont je suis très fière tant elle est méfiante, et à juste titre, des détournements possibles de son œuvre dont elle a refusé toute vente. La visite de l’artiste fut soulignée dans le journal régional Ouest-France avec, ce que j’ignorais, un portrait flatteur de ma personne. C’était le cadeau d’une jeune intérimaire qui s’était adressée à de nombreux professeurs, subissant rebuffades et remarques déplacées « je n’ai pas de temps à perdre » etc… Or, il fallait absolument pour entrer à Ouest-France qu’elle produise un article relatif à l’événementiel du lycée. Elle finit par s’adresser à moi et bien que la certitude du succès ne soit pas nécessairement gagnée, j’acceptai le pari. Elle assista à la rencontre classe-artiste et me posa en catimini quelques questions sur mon parcours. C’est avec une grande surprise que je m’aperçus que le personnage central était, non l’artiste dûment photographiée par ailleurs, mais moi-même ! Croyant lui offrir un sujet en or en la personne de Gisèle Jan Simon et son art de se faire écouter de publics variés, voire exigeants, je m’étais offerte sur un plateau, ce qui m’ouvrit les portes du grand lycée professionnel qui était Coëtlogon. Quant à la jeune journaliste, j’eus le temps de la remercier avant son départ pour la grande aventure au cœur de ce magnifique quotidien.

Afin de mettre un terme à ce projet culturel si bien accueilli par le lycée Jean-Jaurès, je terminai par une visite sur le terrain, grâce à un guide bénévole dont l’amour de Brocéliande s’était traduit par des tableaux pleins de charme. Sa femme peignait également et des reproductions de ses toiles ornent à présent la plupart de mes livres. Liliane Monnier partageait les mêmes émotions que moi vis-à-vis de la poésie et des thèmes de l’amour courtois. Ce jour-là, elle n’était pas présente car elle enseignait également et c’est donc son compagnon qui nous ouvrit les portes de leur exposition avant que nous ne prenions la route vers le Val Sans Retour. J’étais heureuse de voir mes élèves destinés au métier d’électricien échanger des propos sur les couleurs et les symboles de tel ou tel tableau. Puis l’expédition commença, avec une petite inquiétude de mon côté : arriverais-je sans encombre auprès du vieux hêtre ? Une pente forte nous y conduisait et ces adolescents me disaient : « Dire que si le prof d’EPS nous infligeait une telle épreuve, nous lui en voudrions ! » Les mystères de Brocéliande se dévoilaient peu à peu et Guy, notre guide, savait trouver les mots pour nous relancer dans l’effort.

C’est la dernière fois que je vis le hêtre de Ponthus tant le parcours, réservé aux initiés, est une épreuve. Je m’étais perdue maintes fois lorsqu’avec ma famille, étonnée de mon acharnement à souffrir alors que je n’avais aucune compétence sportive, je cherchais à atteindre cet arbre hors du temps, ainsi nommé pour sa proximité avec un château mythique, celui-là même que le cavalier noir, blessé mortellement par Yvain, le chevalier au lion, atteignait avant de mourir dans les bras de sa belle épouse Laudine.

Quelques pierres disséminées sur le chemin étaient peut-être les vestiges du château de Ponthus ; des travaux sont en cours depuis la découverte d’un manuscrit qui donnerait des clefs supplémentaires pour décrypter les légendes et séparer le matériau légendaire de celui, plus difficile à atteindre, qui constitue la mémoire historique.

Au pied de l’arbre, nous avons ressenti une intense émotion tant il était impressionnant et mystérieux. Quant à moi, je ne me laissai pas aller totalement à l’envoûtement collectif car une partie de moi-même restait sur ses gardes lorsque j’avais la charge d’une classe. C’est donc avec une certaine distance, collectant çà et là les remarques des élèves que j’observai l’approche tactile, caressante de l’arbre initiée par Guy, adepte du New Age et du langage métaphorique de la nature. Incapable d’apprécier ce moment quasi magique, j’achetai par la suite une de ses aquarelles où il avait peint une ronde autour de l’arbre. De plus, il nous avait fait cadeau d’une journée et avait réalisé un magnifique parcours qu’aucun guide ne nous aurait offert, moyennant une coquette rétribution ; c’est pourquoi je trouvais juste de lui acheter cette aquarelle que je contemple toujours avec plaisir de même qu’il me reste de cette classe un dessin extraordinaire sur les thèmes légendaires de Brocéliande à partir de l’étude d’un livre Les Dames du Lac de Marion Zimmer Bradley initié en classe. Le proviseur à qui je montrai le dessin fut enthousiaste et proposa à l’élève de l’aider à suivre des cours aux Beaux-Arts. Quant à ce jeune homme, il tint absolument à me faire cadeau de son œuvre.

Il est encadré chez moi et me rappelle ces temps bénis où je devais sans cesse me surpasser pour transmettre un amour des livres et de leurs origines aux jeunes générations.

Cependant je n’aimerais pas que l’on pense que je parlais exclusivement de légendes, aussi intéressantes fussent-elles. Durant mes quarante années d’enseignement, je construisis des centaines de cours et de séquences pédagogiques sur des thèmes, genres et spécificités littéraires, syntaxiques et grammaticales d’une grande diversité, sans oublier les cours d’histoire–géographie qui requéraient une préparation précise. J’entamais l’année avec des cours préparés en fonction des instructions officielles et des niveaux divers auxquels je pouvais m’attendre mais au terme d’une quinzaine de jours, je modifiais mes objectifs, me distinguant ainsi de certains collègues qui avançaient envers et contre-tout selon une ligne établie dont ils ne se démarquaient pas d’un iota. Mon but essentiel consistait à faire de ces classes des élèves instruits et je ne ménageais pas ma peine, remettant sans cesse la structure première de mes cours sur le métier, travaillant sans distinction le week-end et les vacances, faisant mentir l’adage selon lequel les professeurs prennent du bon temps. La correction des copies apportait la réponse à la question : avais-je atteint mon objectif ? Le résultat était parfois décevant au regard des efforts mis en œuvre.

Je pense souvent avec émotion aux fameux hussards noirs de la République dont l’unique but consistait à faire des enfants venus souvent des milieux populaires et paysans des citoyens à part entière, sachant lire, écrire et compter sans oublier une connaissance précise de la France, de son histoire, de ses richesses et de ses grands hommes par le truchement d’un livre écrit par une femme mais qui parut sous un pseudonyme masculin, Le Tour de France par deux enfants. Ma mère et une personne plus âgée connaissaient les premières pages par cœur tant elles l’avaient lu à voix haute, à tour de rôle dans la classe, ce que l’on n’ose plus demander aux élèves avec autant de détachement.

Les cours de morale étaient la première pierre de l’édifice. Aujourd’hui un ministre courageux a l’intention de mettre la morale laïque en exergue. Je salue cette décision mais pense que les professeurs auront de la peine à se faire entendre.

Peut-être faudrait-il commencer par le haut de la pyramide avant d’imposer des principes moraux aux enfants. J’entends d’ici les répliques perfides et justes de certains élèves : « la morale est-elle exclusivement réservée aux pauvres puisque les riches s’en dispensent ? ». Sans doute faudra-t-il de longues années d’apprentissage pour réveiller dans les cœurs endurcis les fibres patriotiques sérieusement malmenées.

Dans un cours d’histoire, voulant faire émerger de la notion de République les valeurs fondamentales, je subis d’abord l’étonnement, puis une sourde colère et le souhait émis à la fin du cours que je ne revienne plus sur ce type de sujet pourtant essentiel à mes yeux. Un élève d’origine algérienne vint me voir ensuite pour me tenir ce surprenant discours : « Ne vous en faites pas, ils ne peuvent pas vous comprendre ! ». Ces élèves de vente vivaient, il est vrai, dans les limbes de l’espace marketing selon lequel tout s’achète et se vend. Il n’y avait pas de place pour la vertu ! L’élève consolateur accédait au monde des valeurs par sa fréquentation de la Mosquée. Il m’apporta un exemplaire du Coran que je ne refusai pas, par crainte de le blesser. Cette anecdote en dit long sur le travail intense qui attend les professeurs aujourd’hui !

Parfois je regrette de ne plus me frotter à ces classes qui réservent tant de surprises mais je reviens vite à la réalité : l’énergie nécessaire me fait défaut alors c'est du bout de ma plume que j’esquisse contes, nouvelles et romans espérant, non la notoriété, mais la participation à la grande œuvre de ma vie, transmettre le meilleur.

J’espère qu’un jour, l’un de mes livres sera étudié en classe et que l’on y trouvera les paillettes d’or de la réflexion. À L’Ombre des Cerisiers en Fleurs, la Chanson des Nuages, La Vallée des Songes et Mais où sont les Roses d’Antan ? me semblent particulièrement appropriés puisqu’ils traitent, sous forme de contes, des dures réalités de notre temps, la vie des « sans-papiers » l’exclusion des jeunes d’origine maghrébine pour certains métiers et les problèmes rencontrés dans les zones urbaines défavorisées, sans oublier d’autres thèmes, notamment écologiques.

Mon histoire personnelle se terminera comme elle a commencé, avec la découverte d’un livre, le mien ou celui d’un auteur qui puisse faire ressurgir les sources perdues ou dégeler les rivières d’hier, les rivières gelées qui courront vers la mer à travers les plaines blondes de mon enfance magnifiée.