Chevauchant son bel étalon Basileus, Florian, poète et
conteur lors de haltes villageoises, se trouva soudain dans une forêt qui ne
figurait sur aucune carte géographique connue.
Prudent, il mit pied à terre et observa les arbres en tenant
son cheval par la longe.
Des oiseaux chantaient, ce qui lui sembla être un signe de
paix.
Bientôt, il perçut le bruit d’un ruisseau. Il s’y dirigea et
découvrit un charmant endroit qui se prêtait à la poésie.
Cascadant sur des galets parfois apparents, érigés en
monticules, des eaux vives apportaient une fraîcheur apaisante et découvraient
des rives fleuries.
Florian but cette eau avec prudence puis il incita Basileus
à l’imiter.
Avisant un petit promontoire, avec un arbre à proximité, un
magnifique saule qui déployait ses chatons, il s’y installa après avoir attaché
de manière souple son bel étalon.
Il avait sorti d’une sacoche un nécessaire à écrire et se
mit en devoir de composer une ode à la nature en s’imprégnant de la splendeur
insolite des lieux.
« Génie de la rivière, ondines, sirènes, venez auprès
de moi pour me souffler les mots de perles qui cascaderont sur les cœurs et
enchanteront les âmes villageoises qui m’hébergent afin que je leur apporte du
réconfort et l’ouverture céleste vers le bonheur »
A ce moment de la
composition, un roitelet vint se poser sur son épaule et une jeune fille,
éblouissante de beauté, apparut à l’horizon.
Elle sembla marcher sur l’eau bleue et s’approcha du jeune
homme, dans un tourbillon de parfums floraux.
On me nomme Aurore dit-elle à Florian et sans attendre sa
réponse, elle s’assit tout près de lui et se mit à chanter.
Les arbres bruissaient, esquissant une danse subliminale et
devant tant de beauté, Florian ferma les yeux, craignant de perdre la vue comme
Homère.
Basileus réclama un peu de liberté, ce que lui accorda le
cavalier, ivre d’amour et de sensualité.
Comme il aimerait emprisonner dans le berceau de ses bras
caressants la splendide créature joliment nommée Aurore mais il n’osait pas
interrompre le récital quoique le désir s’emparât de son corps enfiévré avec
force et passion sublimée.
Aurore mit un terme à son supplice en lançant ses derniers
trilles et en posant ensuite sa jolie tête couronnée de fleurs sur l’épaule du
jeune homme éperdu et enamouré à l’extrême.
Il ferma les yeux et lorsqu’il les rouvrit, Aurore avait
disparu de même que la rivière enchanteresse et l’étrange forêt inconnue.
Il était assis sur la selle fleurdelisée de Basileus et ils
allaient au trot.
Lors d’une halte dans un village plein de charme, il sortit
son écritoire et découvrit un ajout à sa composition.
L’écriture était belle, fine et racée et les mots ailés
s’inscrivirent dans son cœur comme une magnifique déclaration d’amour.
« Amour de ma vie, je te donne rendez-vous sous les
grands chênes du désir de la forêt disparue.
J’ai bien senti ton émoi et, j’en fais le serment, je
m’abandonnerai dans tes bras lors de notre prochaine rencontre, dans la
clairière des amants et de ses eaux vives.
Je viendrai à toi, couronnée de fleurs et magnifiquement
parfumée, dans une robe longue que tu pourras froisser à volonté.
Mon amour, mon aimé, je t’ai attendu depuis tant d’années
que j’ai hâte de connaître la douceur soyeuse de tes étreintes.
Dans cette attente, je t’offre la clef de mon chant et te
supplie de ne pas trop tarder » .
Très ému après cette
lecture, Florian baisa la petite clef d’or qui ornait le manuscrit et devant un
auditoire enchanté, il commença un nouveau conte, celui de la forêt disparue
mais il se garda bien de révéler son active participation, créant un personnage
masculin plein de charme certes mais éloigné de sa personne, aussi brun qu’il
était blond, au regard d’aigle et aux mains de pianiste.
C’est alors qu’il aperçut, au cœur de l’auditoire, la belle
Aurore vêtue de bleu, au sourire ensorcelant.
N’y tenant plus, il fendit la foule, serra l’énigmatique
jeune fille dans ses bras, s’enivra de son parfum et posa délicatement ses
lèvres sur les siennes, palpitantes comme un bel oiselet tandis que
disparaissaient le village et ses habitants.
De retour dans la forêt, Aurore et Florian connurent des
heures passionnées, dans une jolie chaumière.
Les fenêtres vitrées
révélaient la présence de la rivière aux eaux bleues, ce qui n’était pas le
moindre de ses charmes.
Quant à Basileus, il n’était pas de reste : une jument
aux sabots d’or, Ambre de feu s’accoutumait à le suivre dans un magnifique pas
d’amble, celui des coursiers de l’amour !