lundi 20 avril 2026

Les larmes du soleil

 

 


Pleurant la mort d’Icare, le soleil laissa tomber une larme au large de la Méditerranée et fertilisa le sol, favorisant le jaillissement d’un arbre fruitier qui produisit d’extraordinaires représentations du citron aux formes extravagantes que l’on nomme Main de Bouddha.

Une autre larme fut à l’origine d’une princesse plus belle encore que Néfertiti  ou Cléopâtre et ses parents lui donnèrent le nom d’Esméralda, en souvenir de la belle héroïne de Notre Dame de Paris.

Une larme cristalline, en heurtant une terre volcanique et désolée donna naissance à des fleurs miraculeuses qui formèrent un tapis soyeux, les cyclamens.

Enfin, rencontrant un nuage couleur aurore, une minuscule gouttelette solaire provoqua la naissance d’un prince si beau qu’il éclipsa les Tristan et les Lancelot de la légende.

Pour célébrer la venue de ce merveilleux enfant, ses parents le prénommèrent Rodrigue en souvenir du dicton qui courait dans Paris au temps du Roi Soleil : «  Beau comme Le Cid » !

Ces deux enfants issus des larmes du soleil étaient destinés à se rencontrer.

C’est pourquoi Rodrigue ne manqua pas d’être ébloui par la lumineuse apparition d’une divine personne, occupée prosaïquement à récolter  de beaux fruits étranges dont elle ferait des compotées et des confitures qui s’étaleraient sur des couches de sucre, de beurre en pommade  et d’amandes tapissant des pâtes sablées précuites.

Ignorant ces préparations royales et gourmandes, Rodrigue supposa que cette récolte était nécessaire et il aida la jeune fille à remplir son panier de fruits solaires puis il porta le précieux couffin, escortant Esméralda jusqu’à sa demeure, une magnifique maison de briques pourpres décorées d’une feuille d’or pour rappeler l’appartenance au dieu Soleil.

Rodrigue fut accueilli comme un hôte de marque, un véritable héros solaire car les parents de la jeune fille notèrent que dans ses beaux yeux couleur noisette, des paillettes d’or  signaient ses origines.

On lui servit de la citronnade, délicieuse et parfumée à souhait, provenant des fruits qui avaient échappé au décor de la cavalcade lors du carnaval de Menton et pour accompagner cette boisson savoureuse, de petits gâteaux sablés, couronnés d’une crème dont la couleur jaune vif ne laissait aucun doute sur sa composition, se laissèrent manger comme une véritable gourmandise.

Lorsque Rodrigue prit congé, la famille l’invita à revenir quand bon lui semblerait et Esméralda lui adressa un sourire si chaleureux qu’il ne douta pas d’une séduction réciproque qui s’ancrerait au fil du temps pour une adhésion parfaite et la création d’un couple lumineux.

En voyant ce beau couple digne de sa splendeur, le soleil laissa échapper une dernière larme qui devint le berceau du futur enfant qui naîtrait de l’union du couple fabuleux.

Sous le signe de l'amour

 





Nadir s’éveilla avec la ferme résolution de programmer un merveilleux repas digne de la princesse Alya. Il tenait à la remercier pour sa libération de l’emprise des dragons.
Une soupe de Fugu délectable et périlleuse pour qui ne savait pas la cuisiner serait servie afin de souligner la dangerosité de l’expédition salvatrice de la princesse.
Un hors d’œuvre exceptionnel Oursin et brouillade d’œuf avec une émulsion de corail d’araignée de mer viendrait ensuite, éclatant dans l’assiette comme un cri d’amour.
Une daurade farcie aux champignons serait le point d’orgue du repas.
Dès que la princesse en sera à sa dernière bouchée, se dit le prince, je préparerai mon offrande, un collier de perles et ses boucles d’oreille assorties ainsi qu’un bracelet en diamants.
« Belle de mes jours, je voudrais que tu sois aussi la belle de mes nuits, ployant comme un roseau sous l’étreinte passionnée de mon corps. Je voudrais te rendre au centuple l’ardeur guerrière que tu as mise en œuvre pour me délivrer de la reine des dragons. Je jure de te chérir toute ma vie et d’exaucer le moindre de tes désirs ».
Nadir écrivit ce serment à l’encre turquoise, enjolivant le parchemin d’un semis de minuscules cœurs d’émeraude.
Satisfait de ce préambule, il se concentra sur le dessert qui clôturerait le festin.
Un vacherin et un sorbet aux agrumes apporteraient une touche de fraîcheur au dessert spectaculaire nommé Nid d’Abeille servi précédemment. Le Nid d’abeilles se composait de couches légères de pâte feuilletée et de crème aux parfums variés ; saupoudré de sucre glace et orné de roses d’or formant le prénom de la princesse, Alya, il serait du plus bel effet.
De retour au palais, Alya prit un peu de repos puis se vêtit avec recherche pour honorer son hôte.
La table étincelait sous la porcelaine, l’argenterie et le cristal.
On prit place, Stanislas et les nobles vassaux de la princesse avaient été conviés.
La valse des mets commença. La soupe de Fugu fut d’autant plus appréciée que chacun connaissait sa rareté due au fait que peu de cuisiniers étaient experts dans la préparation du poisson périlleux.
L’oursin et sa garniture recherchée déclenchèrent des expressions choisies pour proclamer l’admiration ressentie à la vue de ce plat hors du commun.
La daurade farcie aux champignons fondait sous la langue et comme prévu, le prince Nadir mit un genou à terre lors de la dernière bouchée de la princesse et lui offrit la fabuleuse parure avant de prononcer son compliment en forme de serment.
Très émue, la princesse Alya ôta de son cou un bijou de famille, un dauphin en or massif serti de turquoises et le plaça sur la poitrine du prince dont le cœur battait à vive allure.
Les amants savourèrent le dessert pour remercier les cuisiniers et partirent ensuite, main dans la main vers le rivage. Face aux vagues bleues de l’océan, ils échangèrent des serments et des baisers sous les vivats des dauphins épris de liberté et d’amour.

dimanche 19 avril 2026

Les moulins du bonheur

 

 


Ils ont revêtu leur tenue couleur de blé d’or, les meuniers, pour fabriquer la plus belle des farines, fine et blanche.

Après la mise en sac, cet élément du bonheur, simple et vrai, s’est implanté chez les boulangers-pâtissiers pour la fabrication de pains craquants, aux mille formes et la réalisation de pâtisseries en tout genre pour séduire les coquettes, palets de dame, macarons, tartelettes aux fruits de saison, religieuses et tant de succulentes préparations gourmandes qui apportent un plaisir partagé par tant de gourmets.

Chaque jolie femme a son boulanger comme l’on a une couturière ou un coiffeur et les enfants adorent façonner des pâtons en pétrissant de leurs petites mains ces amalgames de farine, d’eau et de levain qui deviendront des anneaux ou des fougasses étoilées d’anis et parfumées à la fleur d’oranger.

Des bouquets de bleuets et de pâquerettes ainsi que des bottes de lavande et de pastel s’épanouissent dans des jarres ou dans des vases de grès, parfois aussi de cristal, jetant une note claire et parfumée qui rend l’or initial du blé plus lumineux et plus essentiel.

Lors des feux de la Saint-Jean, meuniers, boulangers, pâtissiers, se font un devoir de sauter le plus haut possible afin d’éblouir une jeune fille à la recherche d’un mari au cœur d’or et au bras vigoureux.

Jeanne, Madelon, Agnès, Sophie, Monique, Geneviève et d’autres beautés ont revêtu leur plus belle robe et ont croisé une étoffe précieuse sur leur poitrine.

Jadis, des dames de la haute société portaient des mouches et en plaçant ces minuscules pastilles de taffetas, elles annonçaient leurs intentions.

Il y avait la discrète, le « suivez-moi jeune homme » , le « cœur à prendre » et tout un arsenal de messages qui attiraient le regard des messieurs.

La manière de tenir un éventail et de s’en servir, de façon mutine, coquine ou réservée en disait long sur la dame qui manipulait ce bijou des bonnes manières, parfois fort utile, tout simplement, lors des grandes chaleurs.

Que revienne le temps des moulins du bonheur qui tournent au gré du vent, dans un paysage où abondent les tulipes, les canaux et les ateliers de peintres qui captent la lumière à la manière d’un Vermeer de Delft !

Les princes de l'ombre

 



Ils surgissent avec la vivacité du poète qui hume le vent et décrit les nuages or ce n'est pas un livre ou un carnet qu'ils ont dans leur poche mais un couteau à cran d'arrêt luisant sous la lune, les princes de l'ombre !
Malheur à celles qu'ils croisent sur leur chemin car avec un compliment de quatre sous, ils les feront crier de joie, de plaisir puis de douleur si aisément qu'elles se demanderont ensuite si elles n'ont pas vécu dans l'illusion de ce drame au quotidien.
Mises sur le pavé avec une tape sur les fesses qui se veut la marque du maître, ahuries, hébétées, elles tâcheront d'aguicher un homme, n'importe lequel, vieux, jeune, voire infirme pourvu qu'il lui donne de l'argent.
Sans ces billets, elles seront punies, battues, flétries, caressées à la pointe du couteau pour leur apprendre à vivre et à mieux se comporter pour se faire aimer.
Afin d'échapper à la punition suprême, l'abattage, elles rivaliseront de coquetterie, apprendront des postures obscènes, se régaleront de champagne et de chocolat pour repartir vaillamment au combat.
pendant ce temps, les princes de l'ombre rentreront chez eux mais avant de franchir le seuil de leur belle demeure cossue où les attend une femme aimante et douce, ils se changeront dans l'un de ces appartements destinés aux joutes d'amours barbares et en ressortiront, vêtus avec élégance, un camélia à la boutonnière;
Plus de bottes qui glissent sur les pavés à la façon de serpents mais des chaussures de mondain embourgeoisé.
Ils passeront une excellente soirée, dormiront comme des princes, vivront une belle journée apaisée tandis que les créatures de la rue dormiront quelques heures dans un bouge puis compteront l'argent gagné avec angoisse.
Méfiez-vous, jeunes filles, des princes de la nuit car leur sourire est trompeur et leur beauté cache d'obscurs dragons prêts à cracher le feu.