samedi 30 mai 2026

Tristan, où es-tu ?

 

 

 

En se rendant chaque jour à la criée sur le port, Aurore s’interrogea sur sa destinée. Elle avait cru suivre l’inclination de son cœur en partant sur un voilier conquérir l’homme qui l’avait émue, un Johnnie venu vendre l’or rose de Roscoff sous forme de tresses colorées, l’oignon dont chaque famille britannique ne pouvait se passer.

Pas l’ombre de son Johnnie sur les quais où se pressaient chaque année les conquérants bretons.

Par contre, elle était devenue l’égérie de la cité en incarnant la légendaire Yseult grâce aux pinceaux de Gilles Le Guen parti en mer pour trouver le pendant de son tableau, Tristan.

Par un beau matin de mai, le mois des Pardons et des processions en l’honneur de la Vierge Marie, Gilles remit le pied sur le quai en compagnie d’un beau jeune homme en qui chacun se plut à voir le Tristan de la légende.

Gilles invita Aurore pour leurs retrouvailles à La Marée Bleue où son tableau brillait comme l’étoile du chef.

Dany s’était surpassé pour accueillir l’artiste qui avait contribué à sa victoire gastronomique.

Aurore-Yseult était très en beauté ; elle avait choisi une toilette Liberty qui lui donnait une allure d’ingénue en quête de son amant de cœur.

Quant à Ambroise, il n’avait besoin d’aucun artifice pour que sa beauté éclate au grand jour comme une fleur d’amour. Tristan à n’en point douter !

Après leur avoir servi un kig ha fars enrichi par une sauce nommée lipig préparée avec des oignons rosés de Roscoff, Dany Lebeau aporta une omelette norvégienne qu’il flamba au Bouchinot une liqueur du Porhoët  dont le parfum révélait la présence de plantes aux valeurs digestives.

Alors qu’un ange semblait se déplacer dans la salle, un homme vêtu de noir entra et se dirigea vers Aurore à la surprise de tous les convives.

Il baisa le bas de sa robe et lorsqu’il releva la tête, ses yeux où se lisait une profonde douleur s’éclairèrent.

Au comble de l’émotion, Aurore reconnut son Johnnie, cet homme qu’on avait pris pour un vagabond.

Tel Tristan relevant de blessure après avoir été empoisonné par la lance du Morholt  qu’il avait fini par tuer, Jehan de Roscoff retrouvait sa prestance et son charme.

«  Le voilà donc mon Tristan » pensa Gilles Le Guen et il se félicita de n’avoir jamais parlé de son projet à Ambroise.

«  Je le représenterai en fidèle écuyer car il est juste que sa beauté  soit présente sur une toile. Arthur et Lancelot étaient complémentaires et rivaux. Il en sera de même pour Jehan et Ambroise. Ainsi perdurent les méandres amoureux des légendes celtiques ».

Gilles et Ambroise se retirèrent, laissant les amants à leur bonheur.

Dany Lebeau salua ce couple de charme et lui offrit sa dernière création, une rose d’amour.

La rose était façonnée en pâte feuilletée si fine qu’elle pouvait servir de base à un kouign Amann et s’ouvrait en coupe contenant une crème aux amandes.

Un vin de Champagne pétilla dans de jolies flûtes pour célébrer la naissance d’un bel amour qui ferait revivre la légende de Tristan et Yseult sous une note heureuse et pérenne.

Les lys de la vallée

 

 



Les lys de la vallée ont fleuri sur les rives du souvenir et les jeunes filles se sont empressées d’en cueillir pour faire des bouquets.

Jadis on les dédiait aux rois et à la reine céleste, Marie dont le mois s’achève sans qu’il y ait eu de processions ou de messes sacrées en sa mémoire.

Côté processions, on peut noter que des cinéastes ont filmé des scènes où l’on exécute un parrain de la mafia au plus fort des alléluias.

Eclaboussés de sang, les lys sont piétinés, formant un tapis végétal où subsiste encore le pistil solaire dont raffolent les abeilles.

Les lys fraîchement cueillis sont disposés dans des vases et jettent leur note de lumière.

«  J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans » écrivait Charles Baudelaire et sans oser me comparer à cet immense poète, je peux dire que je fais mien ce vers merveilleux et si parlant.

Dans la commode de mon âme, il y a de multiples tiroirs et j’en tire parfois un au hasard.

Tantôt c’est un tiroir qui mène à l’ivresse du vin, tantôt c’est la boite à souvenirs qui nous oblige à faire un retour vers l’enfance ou encore à l’amour voué à une servante disparue, plus rarement à une rêverie érotique «  La très chère était nue » bref les tiroirs de nos âmes sont innombrables et en ce qui me concerne, il y en a un, inédit, qui encense l’amour des lys grâce à un support romantique, Le Lys dans la vallée d’Honoré de Balzac et mes souvenirs d’enfance liés aux processions somptueuses, organisées pour le mois de Marie dont il reste une trace dans les chansons populaires et le cœur des officiants.

Les lys de la vallée ont fleuri sur les rives du souvenir et ont embaumé mon cœur, m’entraînant dans une valse qui me conduit au Cantique des cantiques, les tableaux de Greuze, Poussin ou Vermeer de Delft, à l’image de La jeune fille à la perle à qui un amoureux me compara jadis, allant jusqu’à orner le manteau de cheminée d’une reproduction, placée en guise d’ex- voto.

C’est seulement à présent que je mesure la qualité de ce geste car si j’ai toujours aimé les tableaux de Vermeer de Delft, notamment La Dame au chapeau Rouge dont un fac-similé patiné orne mon salon, jeune fille, je détestais toute allusion à ma supposée beauté, refusant que l’on fasse des femmes des objets de désir.

Aujourd’hui, je me promène dans les jardins du souvenir et je respire le parfum enivrant des lys, dernier rempart de la virginale douceur…

 

 

Rose Tango

 

 



«  Moi je suis tango tango

J’en fais toujours un peu trop

Moi je suis tango tango

Je n’connais que des rimes en o

Moi je suis tango tango

J’ai cette musique dans la peau ».

Emporté par la musique d’une chanson de Guy Marchand, Vincent se mit en devoir de trouver une partenaire pour danser un mémorable tango.

« Je danse ou je me bats

J’n’sais pas, je n’sais pas

Tango mi amor ».

Chanta une gitane qui accepta la rose qu’il avait entre les dents comme une promesse de passion aux couleurs de la rose tango.