dimanche 7 juin 2026

Les amours insolites

 

 

 


Émergeant de sa conque de nacre, la déesse Vénus marche à petits pas sur le sable mouillé et elle dépose dans son sillage des roses et des coquillages.

S’ouvrant comme une fleur, elle choisit un amant et tous deux se dirigent vers un abri couvert de larges feuilles et de mousse.

Sur un lit de duvet de cygne et de pivoines, ils s’aiment puis le jeune pêcheur s’endort, rêve d’amour et au réveil, il se retrouve seul, habillé de perles et de ducats.

La déesse a repris la mer pour rejoindre son époux qui forge un bouclier dans son antre de feu.

Déçue d’avoir perdu son amant au corps noueux comme l’olivier, la belle Calypso guette le prochain naufragé suffisamment attirant pour qu’elle l’emmène dans sa grotte enchantée et y vivre une passion dévorante.

De son côté la belle Hélène qui a été choyée et caressée des nuits durant par le beau Pâris après l’avoir enlevée à son mari dans un élan fougueux et irréfléchi, provoquant ainsi une guerre meurtrière, est ramenée triomphalement à Sparte par son époux Ménélas après la destruction de Troie et la mort de Pâris.

Mais celle dont tout le monde se souvient, c’est Pénélope, l’épouse d’Ulysse et mère de Télémaque qui attendit le retour de son époux pendant vingt ans et qui ne lui ouvrit les bras qu’après s’être assuré qu’il s’agissait bien de lui !

samedi 6 juin 2026

La valse du dragon

 




«  Tu as cru m’échapper, ô ma divine mais sache que rien n’arrête une vouivre enflammée par l’amour. Tu portes des escarpins taillés dans ma peau mais ils ne pourront pas se dérober à ma volonté. Je suis ton seigneur et maître » murmura le singulier danseur à l’oreille de celle qu’il prétendait aimer.

Un nuage doré les enveloppa et ils valsèrent de manière éperdue au rythme des violons qui semblaient ensorcelés.

Le Grand Louvetier du château mit un terme à cette folie et il enleva d’autorité la duchesse à ce danseur qu’il assimilait à un loup diabolique genre Bête du Gévaudan.

Lancelot de La Forêt Noire se contenta de sourire et il enlaça derechef la belle Amélia qui ne put se défaire de la poigne autoritaire de son cavalier.

«  Vous avez essayé les escarpins taillés dans ma peau, la belle ! Vous me suivrez dans mon palais lacustre et me servirez nuit et jour ».

Effrayée par ces paroles, Amélia s’évanouit.

Le démon la déposa sur un banc et empoigna une cavalière dont le charme évident métamorphosait chacun en amant potentiel.

Ils valsèrent éperdument   sous le regard admiratif des participants à la fête.

Remise de ses émotions, Amélia se retira dans une chambre sous bonne garde.

Victor des Bruyères, le grand louvetier mit un terme à cette folle emprise du diable sur les jolies femmes de l’assemblée.

Feignant un malaise, il s’accrocha au supposé Lancelot de la Forêt Noire et l’empoigna d’une main ferme protégée par un gantelet en mailles d’acier.

La croix qui brillait sur sa poitrine « teignit l’ardeur du fier danseur qui se laissa emmener par le représentant de l’ordre habile à déjouer toutes sortes de diableries.

Et c’est ainsi que le dragon, définitivement vaincu, quitta l’étang du domaine de la duchesse et porta ses maléfices dans d’autres lieux.

vendredi 5 juin 2026

Le bal aux fleurs d'orangers

 

 

 


Anastasia de Wallonie fit planter des orangers dans l’allée qui menait à la salle de bal et elle les choisit de taille suffisante pour porter des fruits. Des lanternes vénitiennes attendaient le grand jour pour que les cochers puissent conduire leur attelage avec précision.

Elle lança les invitations un mois avant les festivités ; de cette manière, elle était sûre de toucher le plus grand nombre du gotha des célébrités.

Redoutant la présence d’intrus qui pourraient gâcher la fête, elle forma des maîtres louvetiers pour identifier et chasser les fauteurs de troubles avant qu’ils ne passent à l’action.

Ces précautions prises, Anastasia conçut le menu du buffet qui serait mis à la disposition des invités.

Boissons fruitées, mignardises, canapés sucrés et salés, terrines, salades composées et croquembouches alternant avec des coupes de fruits coupés en dés satisferaient les danseurs en quête de rafraîchissements et de réconfort gastronomique. Hure de sangliers, poulets en gelée, méchoui d’agneau et cochons de lait farcis seraient présentés à des personnes heureuses de satisfaire leur appétit ; une mise en coupe de caviar et des plateaux de fruits de mer conclurent ce régal gustatif.

Lorsque l’orchestre attaqua la première valse, Anastasia pria Jean des Merveilles d’ouvrir le bal à son bras. Elle lui devait cet honneur en remerciement du fait qu’il lui avait sauvé la vie en tuant la vouivre au bord de l’étang où elle se trouvait seule bien imprudemment.

Ils formaient un très beau couple et au signal donné par le Premier Violon, les danseurs envahirent la piste.

Les escarpins de la duchesse produisaient leur effet magique : elle effleurait la piste, semblant voler à la manière d’une abeille.

Soudain, les maîtres louveteaux furent avertis de la présence d’un potentiel  danger à la venue tardive d’un invité porteur d’une invitation apparemment en bonne et due forme.

Son identité Lancelot de la Forêt Noire donna lieu à des investigations.

Tout le monde connaissait Lancelot du Lac mais un Lancelot de la Forêt Noire prêtait au doute.

Sa tenue, justaucorps, culottes et bas de soie noir pailletés d’or était originale et flamboyait.

Chacun remarqua surtout son regard émeraude. Jean des Merveilles s’assura que les émeraudes de la vouivre étaient toujours en place dans le bloc de cristal, redoutant une métamorphose du dragon lacustre.

Lancelot de la Forêt Noire traversa la salle dans un jaillissement d’étoiles et s’inclina face à la duchesse pour l’inviter à danser.

Anastasia de Wallonie vainquit l’émotion qui s’était emparée d’elle à la vue de ce regard et se laissa emporter dans une valse vertigineuse.