jeudi 3 septembre 2026

La place Jemaa el Fna

 




Titubant dans son caftan rose fuchsia, mal à l’aise dans ses babouches brodées ,avec un sérieux mal de tête, Astrid marchait à l’aveugle sur la célèbre place Jemaa el Fna qu’elle avait tout de suite reconnue pour en avoir tant rêvé.

Insensible aux divers spectacles qui s’offraient aux badauds et aux touristes, elle marchait, les yeux baissés, craignant d’attirer l’attention par la tenue qu’elle n’avait pas choisie.

« Alors ma belle, ma tourterelle, que penses-tu de Marrakech, la ville des merveilles dont la place Jemaa el Fna est la perle rare ? Ici tu trouveras tout ce dont tu as toujours rêvé, les parfums d’orient, les bijoux d’or cselé ou de pierres précieuses, de l’artisanat sublimé sans oublier les plats que l’in put savourer au passage !

-Dis-moi où se trouve l’oiseau bleu de la liberté…

-Dans mes bras, ma colombe ».

Sur ce, Solal aux yeux ardents prit Astrid par la taille et la conduisit amoureusement et fermement dans le patio d’un riad proche de la place qu’il réservait à ses conquêtes.

Astrid ferma les yeux et s’assoupit en écoutant le murmure d’une fontaine et en respirant le parfum des orangers, des citronniers et celui, subtil et pénétrant, du jasmin.

Elle rêva de Tristan. Quand viendrait-il la délivrer et la ramener dans sa petite maison de Fleur-lez-Lys, auprès de sa maman qui devait s’inquiéter de son absence ?

Le songe parvint à Florian qui s’éveilla brusquement.

Il se rendit dans son atelier et peignit un palais où Astrid, vêtue de rose et enveloppée dans un long voile de soie de la même couleur que son caftan portait les stigmates de la douleur, celle d’une captive.

Il reproduisit avec exactitude la fontaine du patio, ses arbres et ses arbustes d’ornement puis il dessina le contour d’une silhouette sombre, celle du prédateur et parvint à fixer son visage et son regard de rapace, mobile et inquiétant.

Ensuite, il se recoucha et attendit la visite de Max pour lui montrer le résultat du songe révélateur.

 

La fée des vendanges

 

 

       Dans une carafe à décanter, le rubis d'un Madiran étincelait.

        Je veux voir les larmes du vin" dit Petit Pierre.

 " Un futur œnologue ! " s'exclama la joyeuse assemblée. Jean versa du vin dans du cristal de     baccarat et fit tourner le nectar jusqu'à ce qu'il pleure et livre une partie de ses secrets, brillance, arômes, robe …

Le maître de maison servit les convives et c'est alors que l'imprévu se produisit. Le temps s'arrêta, les horloges exhalèrent leur dernier soupir tandis qu'une ravissante créature vêtue de feuilles et de roses, chaussée de sandales brunes, ses longs cheveux emmêlés de liserons blancs, surgit d'un verre et prit la parole :

"Je suis la fée des vignes. J'apparais à ceux qui me semblent dignes de moi. Je connais le vigneron qui a choyé les vignes pour qu'elles donnent ce vin presque parfait à la robe pourpre. Je dois également remercier le maître de chais. Qu'il se lève !"

Un vieil homme couronné de blanc se leva timidement. La fée lui passa un collier de fleurs autour du cou puis elle disparut. Les fleurs se métamorphosèrent en rubis et en émeraudes et on s'aperçut que le collier était double.

Le maître de chais remit la moitié du collier au vigneron et tous levèrent leur verre à la fée des vendanges qui avait su épargner au raisin la grêle et la gelée.

Petit Pierre eut droit aux larmes du vin et il s'endormit en rêvant qu'il épousait la jolie fée.

Si vous voulez connaître le nom, le cépage et le millésime de ce vin invoquez la fée des vendanges ou tapez sur internet http//:www/Madiran

La fête des vendanges

 




Blanchefleur crut revivre une troisième fois dans cette terre aux mille parfums.

Vêtue de percale ou de parures artisanales, chaussée d’espadrilles et chapeautée de capelines ornée de roses, elle se glissait avec délices dans les sillons verdoyants des vignes où abondaient les grappes blondes gorgées de soleil.

Jehan ne craignait plus de la laisser seule et il partait de plus en plus souvent au château de la tulipe d’or car il en était l’un des chevaliers.

Il arrivait qu’ils soient obligés de repousser des assaillants car il se disait, non sans raison, que le château recelait de nombreux trésors.

Le chevalier commanda à un peintre talentueux un portrait en pied de sa dame d’amour ainsi qu’une miniature qu’il enfermerait dans un médaillon porté près de son cœur.

Il profita, entre deux séjours, d’un moment où Blanchefleur rayonnait de bonheur pour lui révéler le décès de son époux.

Une étreinte tendre et passionnée mit un terme à l’immense chagrin qui s’empara de sa bien-aimée et il étouffa, un à un, les cris qui s’emparaient de son être en les neutralisant par des baisers.

Enlacés toute la nuit comme au premier jour, ils dormirent en paix et au petit matin, les mains caressantes de l’amant épris calmèrent les soubresauts douloureux de l’aimée.

Ils passèrent la journée entière dans la chambre, se baignant, se restaurant et se caressant mille et une fois.

Jehan apaisa le chagrin de sa belle en brossant ses longs cheveux.

Ils parlèrent peu mais ce qui fut dit revêtit une certaine solennité et constitua une charte d’amour courtois gravée dans l’éternité du marbre.

Blanchefleur dut vaincre sa timidité naturelle pour donner des preuves de sa passion à son amant fougueux.

Elle prodigua des gestes innovants et murmura un chant d’amour à la fois solennel et primesautier qui envoya le chevalier au firmament de l’épanouissement sublimé et total.

Entre deux étreintes, galvanisé par la participation insolite et passionnée de Blanchefleur, Jehan fit sa demande en mariage à l’amour de sa vie.

Honorée et rassurée par ce bel hommage, Blanchefleur donna son accord sous la forme de baisers qui papillonnèrent sur le corps de son amant et elle improvisa un chant d’amour :

« J’étais morte et tu m’as rendue à la vie, ô mon aimé !

Dans tes bras vigoureux, je sens mon corps et mon âme fondre comme un lingot de cet or miraculeux que l’on trouve au fond des rivières qui chantent sur des galets précieux.

Je suis à la fois ta mère, ton enfant, ton amante passionnée et je me meurs d’amour lorsque je suis loin de toi, ô mon amour !

J’aime laisser mes doigts errer à l’aveugle sur ton beau corps sculpté par des anges et je veux te couvrir de baisers pour que, jamais, tu ne te sentes mal aimé ».

Retrouvant vigueur et énergie grâce à ces paroles touchantes, le chevalier étreignit à nouveau sa dame d’amour puis il la pria de se reposer tandis qu’il s’adonnerait activement aux préparatifs de leur mariage qui viendrait comme un point d’orgue et une divine bénédiction, à la clôture de la fête des vendanges qui allait bientôt se profiler à l’ombre des vignobles.

Floc, folle blanche seraient les divins nectars de ces noces qui seraient paysannes, ducales et princières à la fois.

La fée des vendanges baisa le front de la belle endormie, offrant sa touche majestueuse aux fêtes qui se profilaient dans l’éclat lumineux des grappes aux raisins d’or.