mercredi 8 avril 2026

Ma fleur de lune aux longs cheveux de soie

 

 


«  Ma fleur de lune aux longs cheveux de soie, je te veux toute à moi » écrivait un poète en mal d’amour. Il rêvait de cette belle au déshabillé de fleurs qui fondrait dans ses bras, appelant des caresses et des baisers.

Soudain revenu à la réalité par une faim tenace, il sortit acheter quelques denrées. Son choix se porta sur des œufs, de la salade et des légumes variés. Chez le boucher il se procura des ris de veau et de la langue qu’il cuirait au court bouillon avant de la servir avec une sauce piquante ou au Madère.

Je ne sais pas si ma Fleur de Lune aimerait ces plats rustiques pensa-t-il puis il se dit que ce n’était guère important dans la mesure où la belle n’existait que dans son imagination.

Il déposa les provisions dans sa cuisine puis il sortit de nouveau, espérant rencontrer la femme de sa vie qu’il servirait avec amour.

Il entra dans un café populaire dont le nom lui semblait prometteur. Le Liberty Bar était pimpant. Les serveuses en robes à fleurs prenaient prestement les commandes tandis qu’un pianiste égrenait les notes lancinantes de chansons mélodramatiques où l’amour rimait avec toujours.

Une jeune femme, seule à sa table, semblait n’attendre personne. Sans être particulièrement belle, bien loin du rêve de sa Fleur de Lune, elle avait un certain charme mais ne paraissait pas s’en soucier. Son chocolat chaud refroidissait sans qu’elle y prenne garde. Elle écrivait sur un carnet, noircissant les pages avec ardeur.

S’enhardissant, Clément le poète s’approcha d’elle et lui demanda s’il pouvait lui tenir compagnie. Clara, la jeune inconnue, lui sourit pour toute réponse, ne lâchant pas son stylo comme s’il était sa raison de vivre. Commandant à son tour un chocolat chaud, Clément écrivit quelques lignes dans son carnet de moleskine noir qui ne le quittait jamais pour poursuivre sa rêverie Fleur de Lune.

Se prenant au jeu, il noircit à nouveau son carnet et lorsque le patron vint lui demander de régler sa note, il constata que la jeune femme s’était éclipsée sans qu’il s’en rende compte.

Lisant sa déception dans son regard, le patron lui dit en lui rendant la monnaie : «  Ne vous en faites pas ; si vous voulez revoir la jeune demoiselle, je peux vous dire qu’elle vient tous les jours à la même heure. Elle écrit tant qu’elle oublie toujours de boire son chocolat, comme vous. Vous êtes vraiment faits l’un pour l’autre » : Sur ces mots, le patron regagna son comptoir en riant.

Clément rentra chez lui, cuisina pour oublier sa déconvenue, savoura des ris de veau tandis que la langue cuisait à petit feu.

Demain elle sera parfaite se dit-il. C’est un plat trop copieux pour une personne seule. Il faudra que je lance des invitations ou mieux, que je propose sur le net des parts à l’achat.

Réconforté par le plat délicieux issu de ses mains, il lava la vaisselle en sifflotant, but un thé au jasmin et rêva de lendemains où la Fleur de Lune aux longs cheveux de soie avait une place éminemment florale, féerique et un rien érotique.

 

Rêve d'amour

 





Pour te jurer fidélité, ô ma belle, j'ai posé des asphodèles dans tes cheveux et je t'ai contemplée sous la lune, l'éternité de l'instant.
Je me suis endormi en rêvant aux étoiles que j'ai voulu attraper comme les enfants.
Au lever du jour, il ne restait de ta beauté de déesse que des pierres de lune et des bijoux en quartz.
Tu étais partie, me laissant affronter les mystères du jour, nouvel Œdipe sans son Eurydice.
Alors j'ai pris ma lyre et j'ai chanté jusqu'à ce que j'en meure pour te retrouver dans un paradis où vont tous les poètes mais je t'ai cherchée en vain.
N'étais -tu donc qu'un songe ? 

Que serais-je sans toi ?

 


«  Que serais-je sans toi

Qui vins à ma rencontre ?

Que serais-je sans toi ?

Qu’un cœur au bois dormant ?

Que cette heure arrêtée

Au cadran de la montre

Que serais-je sans toi

Que ce balbutiement » ?

Le magnifique poème de Louis Aragonmis en musique et chanté par Jean Ferrat fit s’arrêter toutes les horloges qui palpitaient dans le cœur des amants et Vincent n’échappa pas à la règle.

Il chanta avec ferveur, cherchant la clef de l’horloge qui vibrait en son être.

«  Qui parle de bonheur

A souvent les yeux tristes

N’est-ce pas un sanglot

De la déconvenue

Une corde brisée

Aux doigts du guitariste

Et pourtant je vous dis

Que le bonheur existe

Ailleurs que dans le rêve

Ailleurs que dans les nues

Terre, terre, voici

Ses rades inconnues ».

L’océan s’ouvrit pour laisser passer des couples enlacés, le mot AMOUR inscrit en lettres d’or sur leurs fronts.

La fée Océane en robe d’écumes et roses en boutons prit le bras de Vincent et tous deux valsèrent sur la grève au son des violons.

Doigts de fée

 

 


Dans une rue commerçante d’Athènes on remarquait une très jolie boutique aux volets bleus dont l’enseigne Apollonia attirait le regard.

La vitrine témoignait d’un goût artistique indéniable : un mannequin portait un péplum en lin blanc brodé de lyres et de roses. Un sautoir en perles donnait un cachet particulier à la robe sobre dédiée au dieu Apollon par le symbole de la lyre. Des bijoux artisanaux de belle facture étaient disposés en éventail autour de la jeune élégante et des miroirs incrustés de coquillages sur leur pourtour reflétaient la lumière.

L’intérieur de la boutique recélait de nombreux trésors dont un présentoir destiné aux messieurs avec des tuniques brodées et des pantalons de soie.

Apollonia était assise derrière un comptoir, un carnet à dessins à portée de main.

Quelques livres placés sur une étagère rappelaient que la Grèce avait enfanté un monde à son image, aspirant à la paix et à la beauté.

Deux statuettes de discoboles servant de serre-livres marquaient la création des Jeux Olympiques qui avaient traversé les siècles en s’enrichissant de sports nouveaux.

Au nombre des ouvrages, il y avait naturellement des exemplaires de L’ Iliade et L’Odyssée, les œuvres complètes de Platon, des pièces de théâtre de Sophocle, Euripide et Aristophane. Les ouvrages récents comptaient La Liberté ou la Mort de Nikos Kazantzakis et son Odyssée de facture moderne.

Alexandre venait lui rendre visite chaque jour et il lui apportait parfois un trésor inattendu, un vêtement ancien déniché dans la malle d’un vide-greniers dont Apollonia s’inspirait pour créer une pièce élégante et agréable au porter, des livres, des poupées de collection et des éléments naturels collectés en bord de mer ou en forêt qui serviraient de matière première à la création d’une œuvre d’art.

Ils avaient pris l’habitude de dîner ensemble le soir. Grâce à son commerce florissant, Apollonia avait embauché une cuisinière qui préparait des plats ensoleillés, beignets de calamars, feuilles de vigne farcies, rouleaux de poulet, plats de poissons et bien entendu l’incontournable moussaka, les baklavas et autres pâtisseries locales.

Alexandre, de son côté, avait une activité professionnelle qui lui permettait de se hisser au niveau de son amie : Guide professionnel patenté, pratiquant de nombreuses langues étrangères dont le Mandarin et l’ Arabe Classique, il était recherché et bien rémunéré par des offices de tourisme mettant l’accent sur la qualité.

Les jours se succédaient harmonieusement, resserrant les liens noués par les deux amis au fil du temps.