dimanche 4 octobre 2026

La petite fille de la forêt

 




Lors d’une battue aux sangliers, des chasseurs découvrirent une enfant endormie dans un fourré.

Touché par la beauté séraphique de l’enfant, Aurélien l’emporta pour la présenter à son épouse.

La petite fille ouvrit de grands yeux en voyant une pièce bien meublée où flambaient des bûches aux senteurs forestières.

L’enfant dit se prénommer Maroussia et elle ajouta qu’une troupe de baladins circulant en roulotte l’avait oubliée sur le bord de la route lors d’une halte destinée à reposer les chevaux. Elle avait beaucoup marché mais n’avait pas retrouvé sa famille gitane.

Cléa lui servit un bol de soupe de légumes agrémentée de dés de fromage et de jambon. Maroussia mangea cette entrée avec appétit et savoura un morceau de veau Orlov aux cèpes.

«  Que faisais-tu dans la troupe demanda Aurélien lorsqu’on aborda le dessert, un flan aux bananes et aux cranberries ?

J’étais danseuse acrobatique et mon numéro spécial était la danse des poignards.

Voilà qui est intéressant petite Maroussia dit Cléa avec admiration. Je vais te conduire à ta chambre, t’aiderai à faire ta toilette car ce long voyage a dû te fatiguer. Demain, quand tu seras prête et si tu le veux bien, tu nous montreras ce fabuleux numéro ».

Maroussia s’endormit, rêvant qu’un ange l’avait conduite dans la maison du bonheur.

samedi 3 octobre 2026

Alerte enlèvement

 

Tous les habitants de la commune de Fleur-lez-Lys, bien connue des habitués des enquêtes de Max, furent en émoi lorsque l’on annonça officiellement l’inquiétante disparition d’ Astrid, une adolescente sans histoire qui vivait avec sa mère dans une maison proche de l’étang célèbre du village nommé pompeusement «  mer » .

Selon les dires de sa mère, Astrid avait eu l’intention de se rendre à Douai pour y acheter une poupée dont elle faisait la collection et un livre qui la projetterait dans l’univers fantastique qu’elle affectionnait.

Pour ce faire, elle devait prendre l’autobus mais aux dires de quelques passants, personne ne l’avait vue prendre place dans ce véhicule usuel, ce que confirma le chauffeur.

Que lui était-il arrivé sur ce tronçon de route qui menait de sa maison à l’arrêt de bus ?

Des investigations furent menées mais on ne trouva pas le moindre ruban dont Astrid aimait orner ses beaux cheveux.

Son amoureux, Tristan le bien nommé, lui disait souvent qu’elle aurait pu servir de modèle à un peintre de la Renaissance tant sa beauté était éclatante.

Tristan était étudiant aux Beaux-Arts à Lille et il aimait ses études au point de les confondre avec l’amour de sa vie, la belle Astrid dont il était épris.

Naturellement Tristan fut interrogé. On consulta sa messagerie, on releva ses appels téléphoniques, ses interventions sur les réseaux sociaux plutôt sobres et relatives au monde de l’art mais on ne put noter aucun élément susceptible de nourrir l’enquête.

Alors le lieutenant de police ordonna des investigations concernant le passage éventuel de véhicules personnels de la commune ainsi que des recherches dans la ville de Douai, notamment le magasin «  Chez Boucle d’or » spécialisé dans la vente de poupées et la librairie «  Au royaume des elfes » prolixe en ouvrages riches en féerie.

Personne n’avait vu la jeune fille à Douai.

Les recherches concernant le mouvement de véhicules à Fleur-lez-Lys prenant du temps, les gendarmes interrogèrent Tristan une seconde fois.

On s’informa auprès des Beaux-Arts et l’on apprit qu’il était considéré comme un élève sérieux et travailleur.

Par ailleurs, comme il lui arrivait de jouer comme figurant au théâtre Sébastopol pour payer, disait-il, ses toiles, ses fusains, ses couleurs et ses pinceaux, un jeune gendarme en civil se fit engager comme postulant et il put mener une enquête discrète.

Interprétant un petit rôle dans une pièce d’Eugène Labiche, il croisa Tristan sur scène et dans les coulisses. Il fut frappé par son sérieux et sa volonté de quitter le théâtre, une fois sa tâche terminée.

« Chez Marius », l’estaminet de Fleur-lez-Lys situé face à l’église médiévale du village, les langues allaient bon train.

Les petits verres de genièvre, l’alcool régional, les tasses de café, les bocks de bière et parfois du thé à l’anglaise pour les délicats aidaient à émettre des idées ou à remuer des souvenirs enfouis dans les mémoires.

« Qui a vu quelque chose de singulier » ? dit Max, inspecteur à la retraite et détective privé à l’occasion.

Il fit une entrée remarquée et on l’applaudit chaleureusement car il lui était souvent arrivé, dans le passé, de dénouer les nœuds d’intrigues qui semblaient impossibles à décrypter.

Il avait encore des contacts avec la PJ de Paris et pouvait parfois disposer de renseignements inaccessibles dans une gendarmerie de province.

Max commençait toujours par la collecte des observations locales puis il rendait visite aux proches des victimes supposées et terminait sa moisson d’indices en se rendant chez son ami Florian, artiste peintre qui apportait souvent une touche artistique appréciable car elle parlait aux âmes sensibles.

De plus, il lui arrivait d’avoir des rêves prémonitoires envoyés par Elisabeth, la première victime du village.

Laissons Max mener son enquête et retirons-nous du village où une disparition inquiétante s’était produite.

Partons vers l’inconnu pour trouver ce qui nous échappe en restant sur des lieux qui ne nous apportent aucune piste fiable.

 

vendredi 2 octobre 2026

Le papillon d'or

 



Dans une île volcanique, venu d’un ailleurs légendaire, apparut un papillon d’or.

Chacun s’empressa d’admirer le prodige. Semblant doté d’une seconde vue, le papillon prodigieux se cachait dans l’anfractuosité d’un rocher.

Un jour, une enfant, Margaux dont on vantait la perspicacité l’aperçut, jouant dans un rayon de soleil.

Elle lui sourit, lui envoya un baiser et devant ses yeux éblouis, le papillon se métamorphosa en garçonnet de son âge. Il n’avait gardé de l’or que sa blonde chevelure bouclée.

Il était si beau, si semblable au Petit Prince de Saint Exupéry que Margaux pensa qu’il en était une réincarnation.

Le hasard se mêlant de la partie, un agneau bondit à ses côtés tandis qu’un renard au regard mélancolique apparaissait dans le lointain.

Margaux et le petit prince se prirent par la main et ils se promenèrent dans les rocailles fleuries de cactus et de plantes vivaces.

La fée des origines, vêtue d’une robe Liberty, fit jaillir d’un rocher une demeure en cristal puis elle s’éclipsa dans une envolée de papillons voletant près des roses en un tableau révélant le décor du tissu anglais qui lui donnait une apparence dansante.

Margaux et Volodia, le petit prince, entrèrent dans la maison de la fée.

Une grande pièce contenait toutes sortes de jouets, train électrique, maison de poupée et leurs hôtesses en costume d’époque 1900, jeux de société, échecs, dames, juke-box, ours géants et autres merveilles.

Les deux enfants furent invités à se restaurer par une jeune femme habillée comme Alice du conte Alice au pays des Merveilles.

Une jolie table était dressée et l’on pouvait voir sur la table toutes sortes de délices, crêpes, confiture, cakes et gâteaux mousseline ou aux noix.

Alice leur servit un chocolat mousseux qui s’harmonisait avec les propositions délicates de la table.

Des musiciens interprétèrent des airs de la Renaissance, ce qui ravit les enfants et provoqua le retour d’Aimée, la fée des origines.

Un génie fluvial, Séraphin, lui donnait le bras.

Ils dansèrent une volte, danse qui plaisait tant à la reine Elisabeth 1ère.

Cette danse musclée, avec passage de la danseuse par-dessus l’épaule de son cavalier, plut beaucoup aux enfants qui voulurent s’y frotter.

Prévoyante, la fée fit tapisser le sol de coussins et d’édredons pour amortir d’éventuelles chutes mais Volodia avait une musculature appropriée à ce type de danse et il parvint à faire voler sa cavalière qui retrouva le sol, rouge de plaisir.

Les danseurs revinrent à la table et burent des eaux fruitées pour se rafraîchir.

Les musiciens interprétèrent des airs tsiganes, Les yeux noirs notamment.

Des danseurs professionnels enchaînèrent des figures tour à tour endiablées et langoureuses.

Margaux était aux anges et elle laissa Volodia lui prendre la main tendrement.

Ce beau rêve eut une fin car un éclair balaya la salle et Margaux se retrouva seule, près du volcan éteint où volait un papillon d’or, merveilleux et porteur d’amour dans ses ocelles miraculeux.