vendredi 6 novembre 2026

Aubépin, le prince aux fleurs

 

 



Au château de Beauregard, on attendait des nouvelles du chevalier Florian, parti guerroyer aux côtés du roi, mais elles se firent de plus en plus rares et brèves, ce qui ne manqua pas d’attrister sa belle épouse, Ondine aux longs cheveux dorés.

Certes elle avait à ses côtés le plus beau et le plus charmant des petits princes, Aubépin le bien nommé car son apparition dans le parc du château faisait éclore des fleurs dont certaines étaient inconnues jusqu’alors mais son époux lui manquait terriblement.

Au lendemain des fêtes données pour les cinq ans de son fils, elle décida de partir à sa recherche, laissant son fils aux bons soins de la famille réunie à Beauregard.

Aubépin grandissait en beauté et en charme. Il aimait les contes et par la suite, il lut des poèmes avec bonheur.

Des traités concernant les fleurs étaient présents sur sa table de chevet et il imagina des remèdes floraux capables de soulager certains maux qui étaient laissés de côté par la médecine.

Un parchemin parvint enfin au château, émanant de la belle Ondine : Florian était captif, ce qui expliquait son silence prolongé.

Ondine précisait qu’elle mettrait tout en œuvre pour le délivrer, ce dont chacun fut reconnaissant et soulagé.

Elle embrassait son cher petit garçon, lui recommandant de remplir les devoirs inhérents à sa condition.

Aubépin lui répondit dans une fort jolie lettre qu’il grandissait en ayant à la mémoire la gentillesse de sa mère et qu’il s’appliquait à devenir l’émule de son père dont on lui parlait avec tant de flamme.

Puis il revint à ses amours, les fleurs, et un jour, il vit naître un hybride parfumé qu’il nomma Ondine en souvenir de sa mère.

C’était une fleur qui s’apparentait à la rose, l’orchidée et qui possédait un parfum qui relevait de la vanille.

Il inventa un onguent qui pouvait à la fois soulager les personnes atteintes de rhumatismes et de signes précurseurs de la vieillesse.

Puis il créa des préparations gourmandes qui donnaient un piment délicat aux plats cuisinés et chacun prit l’habitude d’attendre la prochaine invention de celui que l’on surnomma le prince aux fleurs.

Les jours s’écoulèrent paisiblement et enfin une escorte apparut dans le lointain et l’on vit arriver avec joie le chevalier Florian et sa belle épouse Ondine qui serrèrent leur fils dans leurs bras aimants.

La liesse fut totale et des fêtes se succédèrent pour célébrer l’heureux événement.

Des volailles furent apprêtées dans un nappage de sauces odorantes et elles prirent place sur les tablées festives dans des volutes de fleurs.

Aubépin fut heureux de voir chacun savourer ses préparations et il se jura de dédier sa vie aux fleurs car seules, elles avaient le pouvoir d’offrir un supplément de bonheur à un monde un peu trop souvent tourné vers la guerre, à son humble avis.

jeudi 5 novembre 2026

La lyre d'argent

 

 

 


Au son du biniou et de la cornemuse, de l’accordéon, de la flûte de Pan, de l’harmonica et du tambour, des couples se sont formés et unis.

Quant aux esseulés, déçus de n’avoir pas été choisis, ils sont partis pour des ailleurs qu’ils souhaitaient meilleurs.

Désormais méfiants vis-à-vis de la musique qui opère le rapprochement des êtres, presque à leur insu, ils ont créé un cénacle sacré, celui de la Poésie qui intègre le chant des mots et le courant profond qui trouve sa source dans le cœur.

Ils avaient oublié le plus bel instrument, dit le chef de file du mouvement littéraire néoromantique, la lyre d’Orphée. Avec le chant du poète, la lyre a eu les accents les plus purs, les plus forts, charmant les bêtes sauvages et les humains dans toute la gamme des sensibilités, guerriers compris.

Alors du ciel vint une lyre d’argent portée par deux anges qui donnèrent une aubade céleste. Ils disparurent dans un halo d’azur, laissant les hommes et les femmes s’exercer à la pratique des vibrations sacrées.

Une femme souleva l’enthousiasme tant son doigté, la tessiture de sa voix et le choix de ses mots étaient à la fois hors du temps et contemporains.

Un homme releva le défi et charma à son tour l’auditoire. Ces premiers essais furent des coups de maître et l’on entendit dans la profondeur des cieux un chœur d’anges orchestré par Saint Michel et l’Ange Gabriel.

Forts de ce soutien, nos amis poètes songèrent enfin à un confort minimal, construisirent une cité en forme de lyre et organisèrent un tournoi, prévoyant de décerner une décoration au meilleur d’entre eux, la lyre d’argent !

J’attends vos candidatures, chers amis. J’ai moi-même reçu la lyre d’argent il y a bien longtemps des mains de mon ami Darius Cittanova et je serais heureuse de la remettre à mon tour au poète qui alliera la musique des mots à la profondeur des sentiments mais je sais que le choix sera difficile : vous avez tous, tant de talent !    

mercredi 4 novembre 2026

L'homme au chignon de samouraï

 

 

  

Le jour de la réception débuta sous de bons auspices car le soleil était de la partie. Ce fut un défilé d’invités, la plupart apportant un cadeau de bienvenue.

Cassandre avait revêtu le kimono offert par son ancienne voisine pour symboliser son appartenance professionnelle au monde asiatique. Elle offrit à leur hôte une édition rare de l’une de ses traductions imprimée sur du papier de riz. Iban fut touché par cette délicate attention et la remercia chaleureusement.

Il eut un mot pour chacun, louant la qualité des présents. Il put dénombrer un bilboquet, un échiquier, un gilet brodé à l’ancienne, une commode élégante et un chandelier en or massif. D’autres présents relevaient de prouesses culinaires, lot de confitures, gelées à la rose, confits de viande, andouillette de Cambrai et autres délices.

Avant de faire sauter le bouchon de Champagne, Iban pria l’assistance de passer à l’atelier pour y découvrir son panel d’espadrilles.

Cassandre opta pour une paire décorée de chrysanthèmes et chacun trouva sa paire d’exception. Tous les invités tinrent à rémunérer leurs emplettes : «  Il ne sera pas dit que vous ayez travaillé en pure perte » dit Victor et il fut approuvé par tous.

Iban remercia ses hôtes et les invita à passer à table. Il porta un toast établissant un pont entre la triangulaire Pays Basque-Terroir Breton et Flamboyante Picardie.

Il fit allusion à ses origines bretonnes du côté paternel et loua les prodigieuses terres du Nord foisonnant en trésors de toutes sortes.

Victor prit la parole au nom du groupe, portant la voix de l’espoir à l’adresse d’un résident de charme qui leur fournirait de quoi se chausser confortablement.

Les applaudissements fusèrent et Iban fit circuler les plats.

 

C’est alors qu’apparut un homme vêtu de soie noire, col Mao et les cheveux relevés en chignon de samouraï. Chacun supposa qu’il était apparenté à son voisin tant son naturel affiché était sans ombrage. Iban le pria de prendre place à ses côtés, une chaise ayant été laissée vide pour respecter la coutume de la réception improvisée.

L’inconnu offrit son cadeau : c’était une boite à musique en nacre d’où s’échappait une romance ancienne, Ramuntcho, ce qui prouva à tous qu’il connaissait les origines de leur hôte. Iban le remercia pour cette attention subtile.

On ne lui prêta plus attention et on fit honneur aux mets de choix proposés.

Une personne cependant ne quittait pas des yeux l’étrange personne qui n’avait pas décliné son identité. Il s’agissait bien attendu du commandant Delambre venu en tenue civile pour participer aux festivités. Il choisit un moment de détente entre deux plats pour entraîner l’individu à l’écart, sous prétexte d’une révélation le concernant.

S’assurant que personne ne les remarquait, il exhiba sa carte professionnelle et demanda à cet étrange interlocuteur d’indiquer sa filiation avec le village. L’homme prétendit avoir laissé ses papiers d’identité dans sa voiture. Il se proposa d’aller les chercher.

Comme il s’y attendait, Florent Delambre ne le vit pas revenir. Il avait pris des clichés de l’homme et pensa qu’une nouvelle enquête s’offrait à lui.

Afin de ne pas inquiéter son entourage, il prétendit que l’homme au chignon de samouraï avait reçu de mauvaises nouvelles de sa compagne et qu’il avait dû quitter cette aimable réunion, le priant de présenter ses excuses. Enfonçant le clou, il le présenta comme un cousin lointain «  à la mode de Bretagne » précisa-t-il à l’intention d’ Iban pour le faire sourire et lui attribua une identité fantaisiste Yves Le Dantec.

On oublia l’incident. Au dessert, Victor joua de l’accordéon, interprétant Ramuntcho pour le plaisir de tous et la fête se termina dans la joie.

Après avoir raccompagné Cassandre et fait poster un homme dans son jardin en toute discrétion, Florent Delambre rentra chez lui pour tenter d’éclaircir les zones d’ombre entourant le prétendu cousin.

mardi 3 novembre 2026

La complainte des oubliés

 



Les oubliés se fondent dans les brumes nocturnes, cachant leurs larmes et tâchant de garder le cap.

Leur bonheur consiste désormais à l’espoir de rencontrer un autre oublié à qui ils puissent se confier et ouvrir leur cœur blessé.

Les rossignols les accompagnent et lancent leurs notes sublimées par un rayon de lune.

Geishas et samouraïs font pleuvoir des fleurs de cerisier et dans un mirage doré s’offrent un amour couronné de pivoines, d’iris et de chrysanthèmes.

«  La lune trop blême pose un diadème sur tes cheveux roux

La lune trop rousse de gloire éclabousse ton jupon plein de trous

La lune trop pâle caresse l’opale de tes yeux blasés

Princesse de la rue, sois la bienvenue dans mon cœur blessé ».

La Complainte de la Butte égrène ses strophes accompagnées à l’orgue de barbarie tandis que les oubliés se croisent et se joignent au rythme des amours sacrifiées et magnifiées par l’espoir.