Cerise jugea préférable de ne pas exposer Célia, peut-être recherchée par des malfrats, en l’emmenant dans les bois. Elle fit appel à une nourrice, présentant l’enfant comme une nièce en vacances.
Pour paraître crédible, elle acheta une valise censée appartenir à la petite fille, lui constitua un joli trousseau, des accessoires de toilette, des livres, des albums de coloriage et une boite de crayons Caran d’ Ache.
Elle lui offrit une magnifique poupée qui fut tout de suite adoptée par sa petite maman.
Cerise se rendait dans les bois en visite-éclair, juste le temps de cueillir des fleurs pour ses compositions et de ramasser les merveilles destinées à ses plats gourmands.
Célia ne quittait pas sa poupée, lui racontant des histoires. Elle se servit d’un carnet à dessins et dessina une jolie maison et deux silhouettes, un couple, vraisemblablement ses parents. Un aigle noir, en haut de la feuille semblait prêt à fondre sur la paisible existence d’une famille vouée au bonheur.
Célia s’était représentée au bas de la feuille, à droite, en costume de fée. Elle brandissait une baguette magique, espérant neutraliser l’aigle noir.
Cerise encadra le dessin, insérant des églantines et du laurier sous le verre bleuté. Cette petite a un talent précoce se dit-elle et elle se promit de parfaire son éducation artistique en l’associant à ses travaux. Elle broda un tablier de lin que l’enfant revêtait pour participer aux réalisations culinaires.
Elle écossait des petits pois, équeutait des haricots et effeuillait des plantes aromatiques.
La cuisine embaumait le thym, le romarin, le basilic, les fleurs comestibles qui sublimaient un plat joliment dressé.
Cerise excellait dans la préparation de gelées ; l’une d’elles, au romarin, faisait fureur et s’arrachait sur les marchés où elle exposait ses productions.
Célia donnait des notions de cuisine à sa poupée Aurore, reproduisant ainsi les gestes du quotidien.
La venue d’un voyageur discret et vêtu de noir, une grande cicatrice balafrant son visage, défraya la chronique des villageois et rappela à Cerise qu’un danger pouvait s’abattre sur l’enfant qu’elle s’était juré de protéger.
Elle redoubla de prudence, se fit accompagner par un ami fidèle réputé pour son art défensif du combat et doubla le service de la nourrice par la présence de son ami d’enfance Aurélien, toujours prêt à lui rendre service.
Cependant, au retour d’une courte escapade dans les bois, elle fut frappée en entrant chez elle par une odeur de camphre. Aurélien et la nourrice étaient endormis, vraisemblablement victimes d’un tampon au chloroforme et Célia avait disparu.
Elle n’était pas partie de son plein gré car Aurore la poupée dont elle ne se séparait jamais gisait tristement sur le sol.
Philippe, son garde du corps, pensa se servir du flair d’un chien dressé pour suivre la trace de l’enfant.
Le voyageur vêtu de noir avait réglé sa note à l’auberge où il résidait, prétextant un imprévu familial pour interrompre son séjour.
Un autre chien s’imprégna des odeurs de la chambre du voyageur pour remonter une autre suite et voir s’il y avait une concordance.
Cette vérification faite, les deux amis suivirent les chiens qui les conduisirent dans les bois. Ils s’arrêtèrent près d’une rivière ; les détectives amateurs déduisirent de cet arrêt que le ravisseur et l’enfant avaient traversé la rivière.
« Rentrons à présent dit Philippe. Je vais vous héberger chez moi tandis que la gendarmerie que vous informerez procèdera aux constats d’usage ».
Ainsi fut fait : Cerise espéra fortement que les forces du maintien de l’ordre mettraient la main sur le ravisseur et ramèneraient l’enfant saine et sauve.



