mercredi 5 août 2026

Violette au coeur ardent

 

 


Dans une ville de haute montagne vivait une fruitière prénommée Violette. Ses fromages étaient réputés et l’on venait de loin pour s’en procurer.

Le secret de sa réussite était simple : elle sélectionnait les meilleurs laits venus des alpages, les goûtant sur place pour s’assurer de leur teneur en crème et de leur douceur fruitée, ce qui était sans doute à l’origine du mot « fruitière » destiné à une crémière façonnant , moulant et affinant de merveilleux fromages.

Un jour, elle reçut la visite d’un poète qui s’éprit de la lueur violette de ses yeux. Il composa plusieurs odes et se risqua même à aller sur les brisées de Pierre de Ronsard en écrivant des sonnets à la mode italienne.

Ce poète, Flavio Montebello , monta sa tente près de la fromagerie, se jurant de s’alimenter exclusivement de pain et de fromage jusqu’à ce que la belle Violette réponde à ses élans amoureux.

«  Belle Violette, je me suis perdu dans le lac limpide et profond de vos yeux aux éclats de Cérès.

La déesse des moissons habite en votre cœur : j’en ai la preuve en goûtant le bon pain qui sort de votre four à bois. Le parfum des blés se lie à la couronne de pavots dont vous ornez parfois vos beaux cheveux retenus par un ruban bleu céleste.

Douce Violette, je pense à vous, nuit et jour et si vous repoussez mon amour, j’en mourrai » !

En recevant ce message, Violette fut attendrie par les accents sincères de cet amoureux. Il lui était cependant impossible de lui rendre la pareille.

Alors qu’elle s’interrogeait sur le comportement qu’elle devait adopter vis-à-vis de Flavio, il se passa un événement qui mit fin à son embarras : le poète avait disparu ! On retrouva sa tente lacérée et maculée de taches rouge sang.

Les gendarmes lancèrent une enquête et interrogèrent Violette en premier lieu car tout le monde, au village, connaissait l’amour qui consumait le disparu.

Violette se prêta à l’interrogatoire, donna la lettre qu’elle avait reçue pour preuve de sa bonne foi ; «  Pourquoi aurais-je tué cet homme ? Je ne lui voulais aucun mal et le plaignais sincèrement d’éprouver un amour qui n’était pas réciproque »argumenta-t-elle et les enquêteurs se déclarèrent convaincus. Ils gardèrent la lettre comme pièce à conviction et explorèrent d’autres pistes pour retrouver le poète disparu.

Quand reviennent les roses Acte I Scène II

 

 



Même décor
La passante
-allons bon, la lectrice de contes n'est pas là : j'avais pourtant préparé une réponse inattaquable à sa question sur l'efficience des faits réels par rapport à l'univers des contes; Je vais prendre place sur le banc et attendre sa venue.
La lectrice
Réveillez-vous mon amie. Pardonnez-moi ce retard: j'ai eu des problèmes avec mon vélib

-pardon je m'étais assoupie, faute d'interlocutrice. Avez-vous terminé votre livre de contes ?
-oui je vous rassure et j'en ai commencé un autre afin de reprendre courage face aux vagues de tristesse qui balaient notre monde. Et vous ? avez-vous préparé votre argumentation pour justifier votre amour des romans policiers ?
-J'ai un argument irréfutable en effet inscrit dans notre quotidien. Ouvrez un journal, vous y trouverez certainement un fait divers dont l'horreur et la noirceur dépassent le scénario imaginé par un auteur à l'esprit morbide ( je pense au Dahlia Noir de James Ellroy). Par contre, vous avez peu de chances de croiser une fée, à moins que l'on considère le loto comme l'instrument magique de ces dames. Mais pour un ou une heureux (se) , combien de désespérés ?
-Ce n'est pas faux, je le reconnais. Cependant si je vous disais que je suis une fée et que vous ne m'avez pas reconnue comme telle, que diriez-vous ?
-Je rirais , mon amie, comme il se doit ou alors je vous en conjure, métamorphosez-vous à l'instant en jeune et jolie princesse.
Le jardinier du Luxembourg:
- Permettez-moi, mesdames, de me joindre à vous et de prendre place sur ce banc pendant ma pause déjeuner.
La lectrice et la passante en chœur :
- Prenez place mon ami , soyez le bienvenu et départagez nous: pour ou contre le monde de la féerie ?
- Pour si j'en crois les bases de mon métier. N'y a-t-il pas une certaine féerie dans l'éclosion des roses et de tous ces plants venus de tous les pays du monde ? Contre si j'en juge sur l'usage quotidien des pesticides dont on ne parvient pas à se débarrasser par une interdiction franche et salutaire.
La lectrice:
-Ce point de vue réaliste nous permet d'aborder notre débat sous un aspect nouveau. Merci pour cet enrichissement. il en va ainsi de toutes les conquêtes démocratiques : chacun apporte sa pierre à l'édifice de la pensée citoyenne. Et c'est une fée qui vous le dit !

 

Un adolescent qui passait par là, entendant la dernière phrase
-Pardonnez-moi, Madame, si vous êtes une fée, alors je suis Grand Corps Malade !
La lectrice:
-J'ai les cheveux gris mais parfois il arrive que les fées se déguisent ou se métamorphosent. Dans un conte célèbre, une fée apparut sous les traits d'une vieille dame courbée sous les rhumatismes et vêtue comme une mendiante, à une jeune fille vertueuse qui la servit si bien qu'elle lui fit don de laisser échapper des roses, des perles précieuses à chaque parole. Quant à sa demi-sœur, foncièrement méchante, décidée à se montrer mielleuse auprès de la vieille dame pour obtenir le même don, elle eut la surprise, à la même fontaine, de voir une jolie femme élégamment vêtue, réclamant à boire. Ignorant qu'il s'agissait de la même fée qui voulait la démasquer, la demi-sœur rabroua l'insolente qui lui faisait perdre son temps et obtint pour sa violence, le don de cracher crapauds et vipères à chaque mot prononcé.
Mais rassure-toi, je n'ai pas ces pouvoirs magiques. Lorsque je dis être une fée, c'est une figure de style qui signifie que je crois à un monde qui peut s'améliorer, préférant ignorer les laideurs qui l'affublent.
L'adolescent :
-Merci pour ce cours féerique. Je vais tâcher de le transformer en chanson pour le faire connaître de tous.
Je reviendrai demain pour vous faire entendre ma composition.
Tous en chœur :
- A demain !

Quand reviennent les roses



Décor : un banc dans un jardin public

Scène I

-une passante:

Que faites-vous là, ma brave dame, sur ce banc, avec un livre à la main ? Peut-être cherchez-vous de l'aide?

-Je vous rassure, je vais bien. C’est notre monde qui va mal, avec le retour de pistoleros qui jouent à la roulette russe le sort de notre planète. Quant au livre, il s'agit de contes écrits par une descendante de Madame d' Aulnoy . Elle chante l'amour de la nature, des roses et des biches et naturellement, un quadrille de princes et princesses danse au son d'un orchestre viennois. Je vous le recommande.

- Non merci, moi je suis une adepte des thrillers et des polars noirs. Les cadavres mutilés et sanguinolents font mes délices.

-Grand bien vous fasse ! Ne trouvez-vous pas qu'il y a suffisamment de misère et de douleurs dans notre environnement pour vous repaître ainsi d'un supplément de cruauté ?

- Ce n'est pas faux mais je me suis habituée à ces drapeaux noirs brandis aux quatre chemins de nos illusions.

-Ma pauvre amie, je vous plains. N'aimiez-vous pas les contes de fées lorsque vous étiez enfant ?

-Bien sûr mais j'ai toujours su que la réalité était différente dans ce monde où les rêves s'ancrent dans le quotidien.

-Pourquoi les monstres et leurs armes de destruction seraient-ils plus crédibles que les fées qui s'incarnent dans des personnages du quotidien ?

- En vérité, cette question me trouble et j'avoue mon impuissance à y répondre. Permettez-moi de passer mon chemin et de revenir demain pour vous donner une réponse.

- A demain donc !