dimanche 3 mai 2026

Myrtille aux bras blancs

 




Ses bras étaient si blancs, ivoire et nacre, qu’ils faisaient penser à la belle Nausicaa, princesse phénicienne, envoyée par un songe en bord de mer pour accueillir Ulysse, couvert d’écume et nu, contraint de masquer sa virilité avec des feuillages, telle était Myrtille, jeune beauté dont les ressources provenaient des fruits des bois et d’un pécule laissé par sa grand-mère.

Chaque semaine, Myrtille vendait au marché ses produits-phares.

Elle s’ingéniait à produire une nouveauté à chaque fois pour ne pas lasser les habitués qui lui accordaient leur confiance.

Un jour, c’était un lapin aromatisé au thym et à la moutarde, une autre fois, une broche enchâssée dans une rose pourpre.

Dans le sous-bois qui lui livrait ses trésors, Myrtille découvrit un carré de tulipes aux couleurs de l’arc-en-ciel. Elle en préleva avec parcimonie et revint chez elle promptement pour tirer profit de cette splendeur à valeur d’offrande.

Elle créa une coiffe en entrelaçant les calices de la fleur avec des roses d’or. Complétant cette couronne inédite avec un voile de mariée miniature, elle enferma ce trésor dans un globe à l’ancienne décoré de fleurs d’oranger.

Cet article charmant obtint tous les suffrages et chaque jeune fille eut à cœur de s’inscrire sur une liste de commandes.

On jalousa Océane pour son achat du jour puis on la félicita pour sa rapidité et sa volonté d’acquérir un véritable trésor qui lui apporterait le bonheur le jour de ses noces.

samedi 2 mai 2026

Le prince bonheur

 

 

 


«  Oyez oyez citoyens , le prince bonheur écoutera vos doléances et y remédiera grâce à une loi équitable, généreuse et réaliste ».

Le crieur scandait son annonce en s’accompagnant d’un tambour, vestige d’une bataille perdue où le timbalier avait perdu la vie.

Le son de l’instrument avait gardé l’écho tragique de ces guerres inutiles dont on ignorait le motif enseveli dans la nuit des temps.

Fidèle à ses origines, le prince bonheur distribua des brins de muguet, du jasmin et des flacons d’eau de rose.

Ce que l’on retient de son passage, c’est un message clair et rigoureux et surtout un magnifique sourire porteur d’espoir.

Le prince noir

 

 

 


La terre occitane tremblait sous les sabots du destrier du Prince Noir qui semait la terreur en Aquitaine.

Or, un jour, il advint qu’il croisa une jolie paysanne aux tresses blondes et aux lèvres d’un arrondi en accroche-cœur.

Ne résistant pas à la tentation, il s’empara de la belle Suzanne et l’enveloppa dans sa cape noire.

Il l’emmena dans un beau castelet qu’il réservait pour ses plaisirs et lui fit préparer une suite digne d’une reine.

De fait, elle était sa reine et il comptait bien la séduire en respectant le code de l’honneur.

Il vint chaque jour, lui apportant des cadeaux, fleurs, joyaux, objets de commodité, savons parfumés : rien n’était trop beau pour elle.

Suzanne était heureuse et elle chantait, pour le plus grand plaisir du prince qui s’assoupissait dans un fauteuil, les yeux mi-clos, un sourire aux lèvres, ce qui lui arrivait rarement.

Elle s’enhardit jusqu’à demander au prince l’autorisation de se promener dans les alentours. Il y consentit à condition qu’elle soit accompagnée et escortée.

«  Vous m’êtes si chère que je ne supporterai pas que l’on vous enlève » dit-il pour toute explication.

Le lendemain, vêtue de ses plus beaux atours, escortée comme il se doit pour une reine de cœur, Suzanne fit une apparition remarquée sur la place du village où le marché hebdomadaire avait déployé ses pavillons.

Elle prit un grand plaisir à réaliser quelques emplettes et elle revint en son logis assigné, les bras chargés de douceurs qu’elle aimerait transformer en plats savoureux et de tissus dont elle souhaitait faire des robes et des ornements décoratifs.

Elle se mit aussitôt au travail et bientôt des arômes de cannelle, de miel, de plantes odorantes flottèrent dans le château.

Le prince savoura ces plats nouveaux et il prit l’habitude de venir manger en cet enclos réservé aux plaisirs.

Suzanne s’empara d’une boite à couture qui semblait oubliée dans une chambre et elle se mit derechef, à tailler, coudre, broder. Sous ses doigts de fée, des pièces merveilleuses naissaient, la rendant plus jolie encore.

Les fauteuils et toutes les pièces d’accommodement  connurent un renouveau qui transforma complètement l’apparence du château, lui donnant une note féerique qu’il n’avait pas auparavant.

Le prince vit d’un autre œil cette femme qu’il avait emmenée pour satisfaire ses désirs : elle lui devint indispensable et il en tomba amoureux de manière approfondie et sincère.

C’est ainsi qu’il se présenta, un jour, un anneau d’or à la main et qu’il offrit à sa dame le mariage et l’honneur de porter son nom princier.

Suzanne devint princesse, des noces furent célébrées et le soir même, le prince connut les délices d’une fabuleuse nuit d’amour, à la hauteur de ses espérances.

Ils vécurent ainsi, heureux et unis, et bientôt des enfants naquirent au foyer, renforçant l’harmonie du couple et inculquant au prince le désir définitif de construire un monde où la guerre serait définitivement exclue.