mardi 29 septembre 2026

Fleurs de lumière




Faisant cortège à la reine des cieux, Salve Regina au cœur, des fleurs de lumière ont jailli des flambeaux lors d’une procession dédiée à l’ Immaculée Conception de Lourdes.

L’ Immaculée Conception, ainsi s’était-elle nommée à la petite Bernadette et aux deux jeunes pastoureaux qui l’accompagnaient dans une apparition lumineuse, bienveillante et inquiète pour la paix dans le monde.

Quel courage il avait fallu à l’enfant pour relayer la parole divine, à ses parents d’abord puis au clergé local qui lui avait fait subir un interrogatoire digne de l’ Inquisition pour extirper d’hypothétiques marques sataniques !

La raison l’avait enfin emporté, les réponses de la dame de lumière aux questions précises soufflées à l’enfant par les ecclésiastiques pour prouver son appartenance au dieu d’amour.

Cette vague inouïe d’offrandes à la vierge représentée à la grotte Massabielle, Pape en tête, son flambeau à la main, nous a envahis de liesse virginale, faisant de nous, à jamais, les enfants du Christ.

Soizic Fleur de dentelle

 

 

 

  

Près du Val-sans-Retour, à Tréhorenteuc, vivait une jeune brodeuse nommée Soizic dont chacun vantait les talents.

Elle partageait son temps entre son atelier, son comptoir de vendeuse et sa petite maison où flottait un parfum d’asphodèle.

«  Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle » Cet extrait de Booz endormi de Victor Hugo avait bercé son enfance et elle avait jeté son dévolu sur cette plante si particulière dont les sépales l’inspiraient pour ses broderies.

Une coiffe faite par Soizic valait son pesant d’or tant elle se distinguait par son raffinement et son originalité.

Soizic travaillait énormément et lorsqu’il lui arrivait d’éprouver de la fatigue, elle partait sur les sentiers menant à la fontaine de Barenton ou à la fontaine de jouvence.

Un soir, près du Miroir aux Fées, elle aperçut un barde qui chantait une romance en s’accompagnant d’une harpe celtique. C’était si beau, si surnaturel et en même temps si harmonieux et adapté au site que Soizic hésita à se montrer pour ne pas interrompre cette ode à la beauté.

Lorsque le barde se tut, elle s’approcha presque dévotement et lui adressa son plus beau sourire.

« On me nomme Soizic. Je suis brodeuse. Si vous souhaitez porter une chemise de lin brodée par mes soins, c’est avec plaisir que je vous l’offrirai en remerciement de ce moment de grâce.

C’est avec joie que je porterai cette chemise, belle Soizic. Mon nom est Alan, je suis barde et je vais de ville en ville donner des récitals qui rappellent à tous que la Bretagne est une terre d’exception et que ses habitants attendent le retour du Roi Arthur pour la reconquête du Graal ».

Peu habituée à ce langage et cette vision quasi ésotérique, Soizic se contenta de dire qu’elle proposait de faire sauter des crêpes au coin du feu et de cuire sur le billig ou plaque circulaire pour les profanes, des galettes de sarrasin garnies, selon la demande, d’andouille de Guémené, de saucisses ou d’appareil crémeux au fromage, jambon et œuf miroir.

«  Voilà qui est plaisant et je me rends bien volontiers à votre invitation » dit le barde et ils partirent tous deux vers la maison de Soizic, toujours parfumée de roses et d’asphodèles.

Le repas fut à la hauteur du talent de la jeune fille. Alan savoura en outre de la cervoise Lancelot et des bolées de cidre puis il fut heureux de s’entendre proposer une chambre d’ami.

Ils se quittèrent en se souhaitant une bonne nuit. Leurs rêves furent habités par des vols de cigognes et ils crurent entendre le bruit des sabots annonciateurs du retour des chevaliers de la Table Ronde.

Le granit du rêve

 

 


Un nom s’imposait à Bernard comme le symbole familial d’un Paradis convoité par toute la fratrie au point de susciter des querelles sourdes et intimes, c’est celui du Pas Hamon.

Au terme d’une vie de labeur bien remplie, Henri Roze et Bernadette Letellier, son épouse, se sont retirés, renonçant aux travaux des champs du fait de leur âge.

Henri ne profita pas de sa retraite et ce fut Bernard, venu pour l’aider à présenter ses poireaux destinés à la vente au Marché des Lices de Rennes qui le découvrit mort, sa dernière tâche achevée.

Le Pas Hamon, j’y entrai pour la première fois lors d’une soirée où les douze frères et sœurs convinrent d’en attribuer la possession à l’unique personne de la famille célibataire.

C’était une décision prise par les enfants avec le consentement de leur mère qui était selon eux un moindre mal, les « pièces rapportées » dont je faisais partie apparaissant comme autant d’ennemis potentiels, capables de semer la zizanie dans un univers qui se voulait consensuel et conservateur.

Chacun partit ensuite en ayant vrillé au cœur sa parcelle de Pas Hamon, à la fois légendaire et concrète.

Outre cette ambiance digne d’une nouvelle de Guy de Maupassant, je retins du Pas Hamon l’immensité d’une salle où l’on remarquait une horloge comtoise, une grande photographie où apparaissaient le couple et ses sept premiers enfants, le huitième, Bernard, présent mais caché dans le ventre maternel et une gigantesque cheminée, à l’ancienne.

Bernard avait hérité de son père une carrure imposante, ce qui impliqua la confection de costumes sur mesure.

Il n’avait pas son pareil pour griller les châtaignes au feu de bois, les faisant danser dans l’arasoire d’un geste sûr.

Tout le monde l’admirait en ces moments car ce n’était pas une mince affaire de préparer ce délice automnal pour une cinquantaine de personnes.

Chez nous, à la Jalousie, c’est Jean- Noël qui fait danser les châtaignes avec la même détermination que son père et surtout, il faut bien le dire, le courage d’affronter la flamme sous le froid glacial du soir qui tombe.

Certains se sont demandé pourquoi Bernard avait quitté sa Bretagne natale pour s’installer en Nouvelle Aquitaine, si loin de son berceau familial, rompant avec les liens professionnels qui lui étaient chers et l’image perdue du Paradis, Le Pas Hamon.

Après avoir cherché en vain une propriété qui lui rendrait sa part d’enfance, c’est sur la route d’une station thermale qu’il trouva la perle rare nommée La Jalousie.

C’était un domaine viticole qui avait été géré de main de maître par «  Grand-Mère Julie » puis laissé en l’état par un fils tourné vers la ville, Aire-sur-Adour en l’occurrence et un petit-fils dont la fibre commerciale l’emportait sur l’amour de la terre.

Rennes, son musée, son parc du Thabor, ses quais, ses librairies, notamment Les Nourritures Terrestres où l’on trouvait toujours le livre que l’on cherchait, étaient au centre de mes pensées sans oublier la légendaire Brocéliande, son Val-sans-Retour et sa symbolique féerique mais je pliai face au désir d’un époux qui avait toujours eu un rêve vrillé au corps.

Comme tu as été heureux à La Jalousie, Bernard !

Tu y as retrouvé tes racines.

Tes mains fines d’intellectuel ont pris de la corne alors que tu maniais la faucille, la pelle et la pioche.

Ton jardin était une merveille  et Jean-Noël a ensuite pris la relève, ajoutant des roses et de l’amour en cage pour me faire plaisir.

Tu as également, Jean-Noël, planté de jolis arbres et entretenu un coin réservé aux cucurbitacées et aux piments en tout genre, notamment le piment d’Espelette que tu enfiles adroitement sur un fil après la récolte comme dans le village rendu célèbre pour ses productions.

Tu cuisines tous ces condiments et légumes automnaux, réalisant des veloutés délicieux et tu prépares aussi des conserves pour que nous retrouvions les joies de l’été en plein hiver.

Les récoltes n’ont jamais fait défaut à La Jalousie et, à présent, Jean-Noël s’est même fait une réputation de maître  jardinier, alternant, comme son père, les activités cérébrales et les travaux agricoles.

Jean-Bernard, quant à lui, préfère les activités commerciales.

Je le revois encore, à son retour d’Irlande, du Relais du Sheen Falls Lodge où il était sommelier, déposer sur le buffet de la cuisine,  une liasse de billets, un million de l’époque, toutes ses économies !

Cet apport inespéré nous fut précieux car nous avions emprunté de l’argent à la banque pour financer notre prêt-relais et l’achat des terres attenant à la propriété.

Tu as fixé le cap, mon cher Bernard, si courageux, si actif, servant de modèle à tes fils qui te rendent au centuple tout l’amour que tu leur as témoigné en entretenant magnifiquement ton tombeau et en faisant le maximum pour perpétuer ta mémoire.

Quant à moi, je joue le rôle de l’éléphante du troupeau qui retrouve les chemins perdus qui mènent aux sources du souvenir pour réactiver la mémoire d’un homme valeureux que nous n’oublierons jamais !

 

lundi 28 septembre 2026

La reine des roses

 

 

 



Mystérieuse et majestueuse, la Reine des Roses vit dans un palais de marbre où se mire le soleil. Sa robe est faite de nuages où les nages ont cousu de minuscules cœurs de pourpre.

Parfois elle se promène dans son domaine, suivie par une escorte de dames d’atour et de pages brillants. Des poèmes naissent sur ses lèvres et son poète de cour les met en forme, glissant çà et là, soit une rose oubliée, soit une pierre précieuse rare, la pierre philosophale mais soudain apparaît un jeune homme richement vêtu de velours et de satin, arborant des bijoux étincelants qui mettent en valeur le jabot de sa chemise ornée de poignets en dentelle vénitienne.

« L’Amour, ô ma Reine, avez-vous oublié la seule valeur qui apporte à la poésie un peu de chaleur ? Les mots sont enfermés dans les pages comme les grillons dans leurs cages. J’aimerais les libérer et leur rendre le ciel et la terre ! »

Ainsi interpellée, la reine sourit, tend la main au bel inconnu et à ce contact, naissent des roses inconnues à visage humain.

Les roses se dotent d’ailes et s’envolent dans le ciel en décrivant des arabesques où se bousculent les anges.

Certaine d’avoir rencontré le prince qui l’aidera à apporter un équilibre à son royaume en lui offrant de beaux enfants à leur image, la reine pose sa jolie tête sur l’épaule du prince et lui murmure des mots de tendresse. Ces phrases inédites jaillissent en rosiers buissons et le couple royal se dirige vers le palais de marbre où des fêtes somptueuses sont programmées pour les amours nuptiales de la Reine des Roses et de son Prince charmant.    

 

dimanche 27 septembre 2026

Oriane de nos amours

 


Comme on l’aimait la belle Oriane de nos amours ! Princesse de Guermantes, vêtue de somptueux déshabillés à la mode japonaise chez elle ou flamboyante dans son attelage au Bois de Boulogne, elle jouait de l’éventail avec une grâce infinie, ses doigts aux ongles peints avec délicatesse, protégés par des gants en dentelle.

La belle Oriane brisait les cœurs dans un éclat de rire et elle aimait s’entourer de jeunes gens, fins lettrés à qui elle accordait une matinée.

L’élite de la capitale ne se rendait à l’opéra qu’à l’heure du troisième acte dont les compositeurs soignaient l’habillage.

Que de rêves évanouis, balayés par les feuilles d’or de l’ automne !