vendredi 10 avril 2026

Le château du Fol Espoir

 

 

Grâce au trésor découvert sous les ruines du château, le nouveau castelet prit forme rapidement. Le prince fit venir des blocs de granit rose pour que le château ait une belle allure et soit perçu comme une merveille architecturale. Des sculpteurs ornèrent les tourelles de personnalités légendaires rappelant les figures de proue des vaisseaux.

Des ébénistes, des peintres, des décorateurs, des verriers et des miroitiers, des experts en tissu d’ameublement et des tapissiers de haute lice mirent leur art au service de chaque pièce pour en proposer un esthétisme remarquable.

On s’affaira dans les cuisines pour que la technique serve l’antre du goût.

Lingères, couturiers, brodeuses et argentiers offrirent leur touche délicate réservée aux grandes maisons.

Le prince fit appel à des jardiniers pour que les potagers, les vergers, les roseraies et les massifs de fleurs fournissent la base florale des cuisines et de l’ornement.

Enfin, un pavillon d’amour, une volière, une fontaine et un kiosque à musique parachevèrent le charme inédit de Fol Espoir.

Guillemette arriva en carrosse pour célébrer l’inauguration d’un château voué à l’amour.

Elle portait une robe d’inspiration second empire pour représenter dignement la vallée des cœurs perdus dont elle avait eu la charge.

Des valses romantiques permirent au couple retrouvé d’ouvrir le bal sur la note définitive d’un Fol Espoir.

Butterfly

 




Dans un royaume bleu vivait une princesse que chacun aimait appeler Butterfly tant sa grâce faisait penser à un papillon turquoise, le Morpho bleu.
Alya, tel était le prénom de la princesse, cueillant et ramassant çà et là des trésors dont elle tirait profit à son retour.
Œufs de caille, champignons, coriandre, basilic et autres herbes, jacinthes, lys, orchidées et coquillages divers étaient distribués à son retour dans les offices qui en tireraient le meilleur profit.
Alya aimait aussi dessiner ; une fois restaurée, elle sortait son carnet de croquis, tâchant d’insérer une fleur, un oiseau ou un arbre dans une toile où le fantastique tutoyait le réel.
Elle aurait pu continuer à vivre paisiblement si un appel au secours ne lui était pas parvenu grâce à une bouteille échouée sur la plage.
La bouteille en verre de Murano contenait un message ainsi libellé : « Détenu dans une île par des dragons. Prince Nadir ».
Alya rêva de ce prince au joli nom puis elle le relia à un opéra célèbre Les Pêcheurs de Perles de Georges Bizet.
La romance de Nadir l’enchanta particulièrement et désormais le prince détenu par les dragons et Nadir pêcheur de perles furent indissociés dans son esprit.
« Je crois entendre encore
Caché sous les palmiers
Sa voix tendre et sonore
Comme un chant de ramier ».
Tandis qu’elle écoutait cet air en boucle en chantonnant cette divine romance, Alya consultait les cartes géographiques dont elle disposait, espérant localiser cette île où régnaient des dragons.
Ses efforts répétés furent enfin récompensés. Alya finit par repérer une zone placée sous des turbulences susceptibles de cacher une île gardée par des dragons.
Elle fit armer son voilier de guerre, fit embarquer des tonneaux de poisons séchés et des amphores d’eau de source et de vin clairet, des citrons pour lutter contre le scorbut, des oranges et des pommes ainsi que des conserves diverses en bocaux.
Elle sélectionna ses meilleurs guerriers, choisit des professionnels en cuisine, service, couture, broderie et dessin puis elle revêtit son armure turquoise.
Parée pour l’aventure, elle fit larguer les voiles et mit le cap sur l’île, œil de turbulences vraisemblablement entretenues par des dragons pour libérer le prince Nadir qui l’appelait à son secours.

mercredi 8 avril 2026

Ma fleur de lune aux longs cheveux de soie

 

 


«  Ma fleur de lune aux longs cheveux de soie, je te veux toute à moi » écrivait un poète en mal d’amour. Il rêvait de cette belle au déshabillé de fleurs qui fondrait dans ses bras, appelant des caresses et des baisers.

Soudain revenu à la réalité par une faim tenace, il sortit acheter quelques denrées. Son choix se porta sur des œufs, de la salade et des légumes variés. Chez le boucher il se procura des ris de veau et de la langue qu’il cuirait au court bouillon avant de la servir avec une sauce piquante ou au Madère.

Je ne sais pas si ma Fleur de Lune aimerait ces plats rustiques pensa-t-il puis il se dit que ce n’était guère important dans la mesure où la belle n’existait que dans son imagination.

Il déposa les provisions dans sa cuisine puis il sortit de nouveau, espérant rencontrer la femme de sa vie qu’il servirait avec amour.

Il entra dans un café populaire dont le nom lui semblait prometteur. Le Liberty Bar était pimpant. Les serveuses en robes à fleurs prenaient prestement les commandes tandis qu’un pianiste égrenait les notes lancinantes de chansons mélodramatiques où l’amour rimait avec toujours.

Une jeune femme, seule à sa table, semblait n’attendre personne. Sans être particulièrement belle, bien loin du rêve de sa Fleur de Lune, elle avait un certain charme mais ne paraissait pas s’en soucier. Son chocolat chaud refroidissait sans qu’elle y prenne garde. Elle écrivait sur un carnet, noircissant les pages avec ardeur.

S’enhardissant, Clément le poète s’approcha d’elle et lui demanda s’il pouvait lui tenir compagnie. Clara, la jeune inconnue, lui sourit pour toute réponse, ne lâchant pas son stylo comme s’il était sa raison de vivre. Commandant à son tour un chocolat chaud, Clément écrivit quelques lignes dans son carnet de moleskine noir qui ne le quittait jamais pour poursuivre sa rêverie Fleur de Lune.

Se prenant au jeu, il noircit à nouveau son carnet et lorsque le patron vint lui demander de régler sa note, il constata que la jeune femme s’était éclipsée sans qu’il s’en rende compte.

Lisant sa déception dans son regard, le patron lui dit en lui rendant la monnaie : «  Ne vous en faites pas ; si vous voulez revoir la jeune demoiselle, je peux vous dire qu’elle vient tous les jours à la même heure. Elle écrit tant qu’elle oublie toujours de boire son chocolat, comme vous. Vous êtes vraiment faits l’un pour l’autre » : Sur ces mots, le patron regagna son comptoir en riant.

Clément rentra chez lui, cuisina pour oublier sa déconvenue, savoura des ris de veau tandis que la langue cuisait à petit feu.

Demain elle sera parfaite se dit-il. C’est un plat trop copieux pour une personne seule. Il faudra que je lance des invitations ou mieux, que je propose sur le net des parts à l’achat.

Réconforté par le plat délicieux issu de ses mains, il lava la vaisselle en sifflotant, but un thé au jasmin et rêva de lendemains où la Fleur de Lune aux longs cheveux de soie avait une place éminemment florale, féerique et un rien érotique.

 

Rêve d'amour

 





Pour te jurer fidélité, ô ma belle, j'ai posé des asphodèles dans tes cheveux et je t'ai contemplée sous la lune, l'éternité de l'instant.
Je me suis endormi en rêvant aux étoiles que j'ai voulu attraper comme les enfants.
Au lever du jour, il ne restait de ta beauté de déesse que des pierres de lune et des bijoux en quartz.
Tu étais partie, me laissant affronter les mystères du jour, nouvel Œdipe sans son Eurydice.
Alors j'ai pris ma lyre et j'ai chanté jusqu'à ce que j'en meure pour te retrouver dans un paradis où vont tous les poètes mais je t'ai cherchée en vain.
N'étais -tu donc qu'un songe ? 

Que serais-je sans toi ?

 


«  Que serais-je sans toi

Qui vins à ma rencontre ?

Que serais-je sans toi ?

Qu’un cœur au bois dormant ?

Que cette heure arrêtée

Au cadran de la montre

Que serais-je sans toi

Que ce balbutiement » ?

Le magnifique poème de Louis Aragonmis en musique et chanté par Jean Ferrat fit s’arrêter toutes les horloges qui palpitaient dans le cœur des amants et Vincent n’échappa pas à la règle.

Il chanta avec ferveur, cherchant la clef de l’horloge qui vibrait en son être.

«  Qui parle de bonheur

A souvent les yeux tristes

N’est-ce pas un sanglot

De la déconvenue

Une corde brisée

Aux doigts du guitariste

Et pourtant je vous dis

Que le bonheur existe

Ailleurs que dans le rêve

Ailleurs que dans les nues

Terre, terre, voici

Ses rades inconnues ».

L’océan s’ouvrit pour laisser passer des couples enlacés, le mot AMOUR inscrit en lettres d’or sur leurs fronts.

La fée Océane en robe d’écumes et roses en boutons prit le bras de Vincent et tous deux valsèrent sur la grève au son des violons.