vendredi 4 septembre 2026

Le prince au teint de lys

 

 

 


Il était une fois un prince au teint de lys et de rose et aux cheveux blonds comme les blés. On le prénomma Daniel.

Il grandit avec la force du héros dont il portait le nom et nul ne pouvait lui résister.

Un jour, il décida de partir au loin afin de mettre à l’épreuve ce don qu’on lui attribuait.

Il sella son cheval Sabot d’écume et partit en direction des forêts avoisinantes.

Il chevaucha longuement et finit par arriver dans une clairière habitée par un ermite qui avait fait vœu de mutisme.

Il lui confia son cheval et marcha à l’aventure.

Un lion se profila à l’horizon et alors que Daniel envisageait de l’affronter à mains nues, un chevalier à la cotte de mailles usagée apparut. Il prit ainsi la parole :

«  Je suis Yvain, celui que l’on nomme le chevalier au lion. J’errais dans la forêt, prêt à mettre fin à mes jours car la dame de mon cœur m’avait chassé pour avoir oublié la date de nos épousailles quand ce lion est apparu.

Loin de se jeter sur moi pour me déchirer à belles dents, il s’est couché à mes pieds et j’ai pu constater qu’il souffrait à cause d’une épine qu’il avait dans le pied.

Je la lui enlevai et lui passai un onguent qui le soulagea.

Depuis ce jour, il ne m’a pas quitté et nous sommes amis, soudés par une compréhension réciproque : il me garde et je lui évite les inconvénients de sa condition animale.

Daniel fut enchanté par cette rencontre et lui conta que son prénom était prédestiné à l’amitié vouée aux lions puisque le héros éponyme, jeté dans une fosse habitée par les lions avait été épargné par ces bêtes que l’on disait féroces, grâce à l’intervention d’un ange.

Tout en devisant, Yvain et son ami Daniel, suivis par le lion arrivèrent aux portes d’un château.

« Il me faut te quitter dit Yvain car j’ai fait vœu de vivre en ermite ».

La séparation se fit instantanément et lorsque les deux silhouettes ne furent plus qu’un point à l’horizon, Daniel activa le heurtoir.

Une hôtesse lui apparut, vêtue de longs voiles brodés d’or.

Elle lui accorda l’hospitalité  et ils entrèrent dans un boudoir où on leur apporta les rafraichissements d’usage.

Daniel accepta de passer quelques jours au château et ce fut une suite de jours enchanteurs où la qualité des repas fut à la hauteur des aubades charmantes, données sous de multiples formes.

Daniel se rendit compte que les arts avaient été un peu délaissés dans son éducation.

La force brute, même ciselée par l’art chevaleresque, était en quelque sorte éloignée des centres primordiaux de la vie.

Lorsqu’il quitta ses hôtes, Daniel prit la décision de se retirer dans un ermitage pour y méditer.

Il reprit Sabot d’écume, son fidèle cheval, et s’en retourna à son château pour le laisser en bonne compagnie.

Il se fit construire un ermitage où il se retira, priant sa famille de venir le chercher si besoin était ;

Il vécut ainsi quelques années et lorsqu’il connut les livres saints et qu’il joua correctement de plusieurs instruments de musique, composant des mélodies et des romans, il décida de sortir de sa retraite.

Devenu sage, Daniel désira de fonder une famille et il chercha parmi les damoiselles des alentours, celle qui aurait eu l’éducation nécessaire pour donner à leurs enfants le goût des belles lettres et du savoir.

Elodie fut choisie pour sa connaissance des langues anciennes et sa pratique de l’enluminure, de la broderie, de la peinture et de l’écriture de romances que Daniel prit plaisir à mettre en musique.

Ils vieillirent auprès de leurs enfants et une heureuse destinée les préserva de guerres meurtrières.

Yvain qui avait été convié à leurs noces eut la chance d’obtenir le pardon de sa dame.

Quant au lion, il vécut encore des jours de bonheur auprès de son ami et se contenta de promenades dans le parc, sans souci des horizons lointains et du gibier.

Daniel et Yvain devinrent des amis inséparables et l’on dit que parfois, dans la forêt, les fées se racontent leur histoire, se félicitant d’avoir assisté à l’éclosion des arts au détriment de la force, fût-elle chevaleresque, et des instincts brutaux des bêtes que l’on dit sauvages et qui manquent tout simplement d’amour.

Point d'orgue

 



Perle de feu prenait plaisir à se fondre dans l’univers breton. Elle avait opté pour la coiffe de Fouesnant et ressemblait à un joli papillon volant de fleur en fleur dans les landes.

Au fil des semaines, des liens d’amitié se nouaient entre la princesse et la souveraine Maheut de Brabant.

Les deux grandes dames aimaient prendre le thé à l’anglaise avec un assortiment de far breton et de tarte aux pruneaux au cours de l’après midi puis elles se promenaient dans les jardins en parlant de leurs lectures et de leurs écrits.

En lisant Cœur de perle, Maheut comprit qu’elle devait se tourner vers un autre chevalier pour trouver l’amant idéal : l’amour liant la princesse et son champion était trop évident !

Quant à Gwendal, il menait des travaux de terrassement et de fortification autour de son domaine pour éviter une intrusion de Méléagant et de guerriers à son image.

On se retrouvait le soir autour d’un bon repas, Rozenn et Maeva s’ingéniant à varier les plaisirs gourmands.

Tarte au maroilles, colombo de poulet, boudin noir à la créole, flan coco antillais alternaient avec des plats traditionnels bretons, notamment la cotriade, le kig ha fars et le kouign Aman.

«  Avec ces somptueuses agapes, je ne vais plus pouvoir lacer mon corselet de perles » dit la princesse. Maheut y alla de son couplet de sorte que les cuisinières allégèrent les menus, donnant la préférence à des veloutés de légumes et à des salades aux noix et aux noisettes avec des cubes de fromage frais.

Moins soucieux de leur ligne, les guerriers faisaient honneur aux plats de poissons et de viandes dont le fumet chatouillait délicieusement leurs narines.

La princesse et la reine, suivies par des marins aguerris, se lancèrent  dans des activités lacustres, promenades en barque à la rame et descente de rapides en canoé.

Elles revenaient de ces escapades, les joues rosies et l’appétit aiguisé.

Le thé et les gâteaux leur apportaient du réconfort tout en apportant aux brigades cuisinières la satisfaction d’avoir procuré un plaisir gourmand.

Maheut se vit contrainte d’abréger son séjour car les affaires du royaume nécessitaient sa présence.

Elle partit, les larmes aux yeux. Escortée par les meilleurs guerriers de Gwendal, elle regagna son château.

Perle de feu reçut, par pigeon voyageur, des nouvelles de son royaume.

Un prince qu’elle avait connu adolescent nommé Saphir, de la couleur de ses yeux, exprima le souhait de gouverner.

Ce souhait soulagea la princesse qui ne voulait plus quitter Gwendal.

Cette décision enchanta le chevalier qui présenta officiellement sa demande en mariage.

«  Je n’ai pas de perles à vous offrir dit-il en souriant mais mon cœur ne battra que pour vous, tel un rubis flamboyant. Et puis, ma douce, vous êtes devenue la plus belle perle bretonne qui se puisse concevoir ».

Un mariage se prépara et chacun contribua à la réussite des noces.

Les papillons et les roses furent de la partie.

Dans la lande profonde, une légende se propagea, celle d’une princesse venue de loin pour trouver sur la côte de granit rose la clef d’or du bonheur.

 

Pêche miraculeuse

 




Silvio retrouva le contact de la mer et les émotions de la plongée en prenant soin de ne pas écouter le chant des sirènes grâce à des bouchons de cire placés dans ses oreilles.

Il tomba sur un banc d’huitres perlières qu’il récolta dans le sac étanche placé auteur de sa taille. Après cette pêche miraculeuse, il se dirigea vers sa demeure d’où s’échappait une bonne odeur de cotriade, son plat favori.

Noémie lui fit prendre un bain parfumé, passa l’éponge sur son corps malmené par les lames de fonds marines, l’enduisit après l’application de serviettes chaudes d’une crème à la rose qui lui procura un immense bien- être .

Un élixir aux fruits des bois lui ouvrit l’appétit et il fit honneur à la cotriade accompagnées de tranches de pain grillé au fromage frais et à l’estragon. Quelques fruits provenant de son verger, reines-claudes, poires et pommes, émincés et placés dans des coupes gourmandes avec un sirop de rose clôturèrent cet excellent repas.

Noémie l’invita à prendre un peu de repos. Au réveil, il était seul et sans la présence de la marmite contenant le reste de la cotriade, il aurait pu croire qu’il avait rêvé.

Il débarrassa les perles de leurs coquilles et laissa jouer le soleil sur cette nacre marine.

Il lutta contre le désir de revoir ses amis à l’auberge Aux trésors de la mer.

Coralie aurait écrit un joli poème sur les jeux de lumière autour des perles pensa-t-il et à cet instant, on frappa à la porte. C’était Coralie qui demeura bouche bée face à la récolte prodigieuse du pêcheur de perles.

«  J’ignorais que vous aviez ce talent » dit-elle.

Elle se joignit à lui pour déguster la cotriade servie par Noémie qui avait opéré sa réapparition. La jeune femme prépara la chambre d’ami pour Coralie puis elle s’éclipsa de nouveau après avoir servi une boisson parfumée aux fruits épicés.

Les amis bavardèrent comme au bon vieux temps de l’oisiveté puis se retirèrent dans leur chambre, Silvio devant se lever tôt pour repartir en mer.

Dès l’aube, il se dirigea vers les ondes prometteuses et plongea le plus loin possible dans l’espoir de trouver un nouveau banc d’huitres perlières.

Cette fois, il ne parvint pas à éviter la sirène qui l’entraîna à nouveau dans son palais de cristal. L’accueil princier fut accompagné de mouvements tendres et de preuves d’amour passionné qui procurèrent à Silvio d’intenses sensations jamais éprouvées.

«  Silvio, tu es mon prince, mon amour. Je souhaite que tu ne récoltes des perles que pour moi. Sache que je préserverai ton énergie vitale car je veux mettre au monde des enfants dont tu seras le père, sirènes et petits princes à ton image ».

Complètement ensorcelé, Silvio ne parlait pas, laissant son corps dériver dans un océan de volupté. La proximité d’un voilier rompit l’enchantement.

Les matelots hissèrent à bord un homme qu’ils prirent pour un naufragé et le débarquèrent en empruntant le canot de sauvetage.

Tout étourdi, gisant sur le sable, Silvio fut heureux d’entendre la voix douce de Noémie qui le ramenait à lui.

«  Vous ne pouvez pas toujours rapporter des perles » lui dit-elle avec douceur et comme la veille, elle procéda à une remise en forme de son corps endolori.

Elle avait préparé une jardinière de légumes et des côtes d’agneau rôties sur la braise. L’effet coup de fouet fut immédiat : Silvio retrouva ses esprits quelque peu égarés par le contact de la sulfureuse sirène.

Coralie étant repartie à l’auberge, le pêcheur de perles prit la décision de se reposer et d’oublier la plongée.

Noémie le frictionna à l’aide de serviettes imbibées d’huiles essentielles ce qui plongea le jeune homme dans un sommeil profond et réparateur.