mardi 24 mars 2026

Envol de tourterelles

 

Elles se sont envolées à mon approche, les tourterelles, après leur parade nuptiale et elles ont laissé derrière elles une traînée dorée et navrée pour me signifier leur domination royale sur mon humble demeure et ses jardins.

J’ai ramassé quelques plumes abandonnées en guise d’offrandes et je les place entre les pages des livres qui sont devenus des brûlots d’actualité, Paris est une fête d’ Ernest Hemingway, Notre Dame de Paris de Victor Hugo, La Peste d’Albert Camus et Le hussard sur le toit de Jean Giono.

Ces plumes quasi magiques font palpiter les pages des livres, leur donnant une présence céleste.

Quant aux autres, je les ai placées dans mes carnets d’écriture qui relayent les notes de Jean-Jacques Rousseau, à l’imitation des Rêveries du Promeneur Solitaire.

Notre immense philosophe, touche à tout réinventant le droit de propriété, les principes pédagogiques, l’écriture musicale et tant d’autres thèmes qu’il nous suffit de développer tant ils sont bien argumentés et posés de manière rationnelle avec une touche de poésie.

L’homme qui a voulu réconcilier l’instinct maternel et le plaisir d’aimer, amour sublimé dans La Nouvelle Héloïse, serait très étonné s’il revenait sur terre aujourd’hui.

Alors qu’il se pencherait pour cueillir une fleur qu’il placerait dans son herbier, un préposé de la maréchaussée lui demanderait son sauf-conduit et le motif de son déplacement.

Notre monde est devenu bien étrange et ce virus codé semble avoir révolutionné notre façon de vivre, mettant à bas les principes de liberté dont nous étions si fiers.

Pour mettre un terme à ma rêverie, les tourterelles sont revenues en mon domaine, devenu le leur et l’une d’elles s’est posée sur mon épaule en signe d’alliance.

Certaines de ne jamais être mises en cage, elles se sont mises à roucouler, m’apportant le réconfort et balayant les affres de la peur.

Le saxophone de Manu Di bongo résonne à mes oreilles car il est devenu immortel.

Les dessins d’Uderzo pleurent le dernier créateur de ces albums qui ont bercé notre enfance.

Astérix, Obélix, Falbala et tout le village gaulois réfractaire versent des larmes d’argent pour honorer leur père.

Les tourterelles appellent les oiseaux des environs pour former un cortège afin d’accompagner ces êtres quasi divins jusqu’à leur dernière demeure.

Tourterelles, mes amies, envolez-vous pour nous rapporter le brin d’olivier de l’espérance !

dimanche 22 mars 2026

Un soir, à l'opéra

 



Un soir de nostalgie, Vincent ouvrit une malle dans son grenier et y trouva les albums qui l’avaient enchanté, enfant.

«  Ah ! je ris de me voir

Si belle en ce miroir

Est-ce toi, Marguerite

Est-ce toi ?

Réponds-moi, réponds-moi vite » !

Souriant à l’ évocation de Bianca Castafiore dans l’air célèbre des bijoux, Vincent se retrouva à l’opéra, dans un balcon fréquenté jadis par les mondains pour bénéficier d’un visuel parfait et savourer tous les moments du Faust de Charles Gounod.

Vincent fredonna les paroles d’un chœur qu’il aimait particulièrement, rêvant qu’une âme pure s’incarne en une jeune beauté qu’il aimerait passionnément

«  Ainsi que la brise légère

Soulève en épais tourbillons

La poussière

Des sillons

Que la valse vous entraîne

Faites retentir la plaine

De l’éclat de vos chansons » !

Le miracle se produisit et une diva se lova dans les bras de Vincent, réincarnation d’un Faust éternel.

samedi 21 mars 2026

L'appel musical du printemps

 

 


Pour saluer la venue du printemps , Vincent interpréta avec fougue le grand air de Michel Fugain

«  Le printemps est arrivé

Sors de ta maison ».

Au fur et à mesure des paroles vocalisées, les fleurs s’épanouissaient, renoncules, jacinthes, tulipes en turban et l’aubépine resplendissait à l’horizon.

Les mésanges, les merles et les rossignols unirent leur chant à celui de Vincent magnifiant la saison des amours avec Fais comme l’oiseau.

Des danseurs venus de la lointaine Acadie exécutèrent des danses rythmées et une pluie de jonquilles, de myosotis et d’hortensias gratifia le chanteur, ses choristes, offrant aux ballerines une parure de fraîcheur.

Le prince Printemps vint en personne remercier Vincent pour cette célébration et drapa sur ses épaules le manteau de broderie du poète Charles d’ Orléans :

«  Le temps a laissé son manteau

De vent, de froidure et de pluie

Et s’est vêtu de broderie

De soleil luisant, clair et beau ».

Enveloppé dans sa cape fleurie, le chanteur rentra chez lui, heureux d’avoir solennellement rendu hommage au Printemps.