jeudi 29 octobre 2026

L'île d' Avallon

 

 



Quittant à regret sa dame d’amour mais décidé à mener l’aventure jusqu’à son terme pour en rapporter la belle Excalibur, Jehan des Roselières, son écuyer à ses côtés, pressa son bel étalon Etoile du Nord vers les brumes d’Avallon.

Son escorte comprenait les guerriers les plus redoutables du château.

Sur les créneaux de Fol Espoir, Dame Pervenche, son épouse, l’avait longtemps suivi du regard puis elle s’était arrachée à sa contemplation et avait rejoint ses compagnes, Capucine, Doria, Alexandra de Jésus et Josépha du Gosier pour établir des menus et les commandes qui s’y rattachaient.

Toutes furent d’accord pour éviter les tourments d’amour.

Ces pâtisseries faisaient voyager les chevaliers, provoquant de véritables séismes dans leur cœur avide de passion.

Préparons du pot au feu à base de jarret de veau, de paleron, de bœuf, de légumes du potager, d’os à moelle et de bouquets garnis avec un bel oignon piqué de clous de girofle.

Cette préparation nous aidera à présenter plusieurs repas, viandes et légumes en un premier temps, bouillon au tapioca ensuite et enfin hachis préparé à partir des restes de viande et passé au four avec une sauce blanche et de la moutarde, suggéra Capucine.

Adjugé ! dit Pervenche. Pour les desserts, nous leur servirons du pudding, des charlottes, du pain d’épices, des cakes et des tartes aux pommes.

Satisfaites d’avoir élaboré des menus susceptibles de satisfaire les chevaliers sans fouetter leur imaginaire compulsif, les dames se mirent en devoir d’envoyer les marmitons à la recherche des ingrédients nécessaires à la fabrication des plats et elles commencèrent à pétrit la pâte qui serait la base de différents gâteaux cuisinés.

Dame Pervenche pensa à ce cœur en pâte feuilletée, fourré de crème pralinée  qu’elle avait enveloppé dans un linge parfumé à l’essence de rose puis placé dans les fontes d’ Etoile du Nord, destiné à son époux.

Il pourrait le savourer lors de la première halte puisqu’elle avait mis l’écuyer dans le secret.

Albin de Watreloo, l’écuyer, apporta le cœur ardent et sucré à Jehan des Roselières et ce dernier caressa ce message feuilleté avant de le déguster.

Chaque bouchée lui offrait une parcelle du corps si désirable de sa Pervenche bien aimée et lorsque le cœur feuilleté se fondit en lui, il éprouva une sensation voisine de la déchirure et du plaisir assouvi.

Il mit un terme à la halte qui lui avait permis de retrouver la fleur charnelle de sa dame.

Il repartit, galvanisé par le désir de tirer Excalibur de son fourreau d’écume.

Parvenu avec son escorte sur les rives de la mer qui bordait l’île d’Avallon, il avisa un passeur qui se montra disposé à emmener les chevaliers et leurs gens par petits groupes jusqu’aux abords du dernier refuge du Roi Arthur.

Un tiers des hommes resta à terre pour garder les chevaux et servir d’appoint, le cas échéant.

Quentin de Trégastel, chargé du commandement des guerriers appréciés pour leur sagesse et leur sens stratégique, fit construire des abris pour les hommes et leurs montures.

Des soldats cuisiniers firent un feu au-dessus duquel on suspendit une crémaillère où mijotèrent viandes, légumes et plantes tubéreuses qui apportèrent l’onctuosité nécessaire à l’ingestion des plats revigorants.

Des jeunes filles d’un village voisin leur apportèrent des pains cuits au feu de bois, des pichets de vin et des brioches dorées qui rappelèrent à tous les délices dégustés au château.

Ces jeunes paysannes promirent de revenir le lendemain et de leur apporter à nouveau du pain, du vin et des douceurs.

Pendant ce temps, Jehan des Roselières et ses compagnons d’armes progressaient dans la conquête du château de brume.

Ils eurent la chance d’apercevoir un véritable village de tentes et de constater qu’on les y attendait.

Un repas festif à base de poissons, servis grillés, pochés ou en cotriades, changea les convives habitués à des nourritures carnées.

Des galettes de sarrasin garnies d’œufs et de cubes de viande ou de fromage, accompagnées de cidre, de cervoise et de vin chaud enchantèrent les hommes peu habitués à ce genre de nourriture.

Des crêpes aux saveurs orangées ou citronnées, des palets de dame et des beignets aux pommes caramélisées clôturèrent ce repas qui sortait de l’ordinaire.

Jehan voulut féliciter les cuisiniers et les organisateurs du repas.

C’est alors que l’on vit arriver une ronde de petites fées et de korrigans.

Rien d’étonnant, se dit Jehan, nous sommes en pleine féerie et je crois que cette île d’Avallon nous réserve bien des surprises.

Pour leur faciliter le sommeil, les lutins et les fées leur servirent des tisanes parfumées à la mélisse, au tilleul ou à la camomille ainsi que de petits gâteaux joliment nommés langues de chats et des tartelettes à la praline rose.

Des tentes préparées pour la nuit étaient pourvues de duvets qui plongèrent les hommes, repus et reposés dans un sommeil réparateur.

Le lendemain, après une collation de pain chaud, de lait au miel et de suppléments à base d’œufs à la coque et de crème aux amandes, les hommes de Jehan se déployèrent en colonnes, Albin de Watreloo brandissant l’oriflamme de Fol Espoir où l’on avait brodé une pervenche festonnée d’or.

Jehan des Roselières, son écu à la main, progressait méthodiquement en observant prudemment les alentours.

Un château qui semblait sculpté dans les nuages apparut au détour d’un chemin.

Des hérons, des aigrettes et des flamants roses apparurent sur les créneaux des tourelles, soulignant l’aspect mystérieux du château.

Le pont levis s’abattit, invitant les guerriers à pénétrer dans le fort légendaire de l’île.

Une jolie fée les accueillit et les invita à entrer dans le salon d’apparat.

Une fois installés par la maîtresse de maison, ils savourèrent une noria de pains aux noix, fourrés d’une farce de champignons poêlés et de fromage frais.

C’est la surprise de Merlin dit une voix forte.

Un chevalier de haute taille, aux longs cheveux argentés cascadant sur ses épaules, était apparu dans la pièce, ce qui arracha un cri aux hôtes : Arthur !

Arthur, car c’était bien lui, décidément immortel et peu enclin à se séparer d’Excalibur, son épée magique, prit place aux côtés de Jehan des Roselières et les deux chefs se parlèrent longtemps, savourant au passage les délices que l’on servait à la Table Ronde de Kaamelot.

Alors que l’on servait une couronne briochée décorée de fruits confits, un personnage légendaire fit une entrée spectaculaire, arborant fièrement une épée qui ressemblait étrangement à Excalibur.

C’était Merlin, bien entendu, et il offrit l’épée magique à Jehan des Roselières en lui disant que puisqu’il avait un frère jumeau, Fleur des Genêts, il pouvait également avoir une épée jumelle d’Excalibur.

Arthur lui enjoignit de garder le secret.

Personne ne doit savoir qu’il existe deux épées similaires.

Tâche, Jehan, de conduire des expéditions victorieuses, ton épée Excalibur à la main !

Tu entreras ainsi dans la légende, réussissant là où j’ai échoué !

Un banquet exceptionnel, à la mode d’antan, fut offert à tous et après une nuit paisible, Jehan des Roselières prit congé de ses hôtes avec ses compagnons.

Korrigans et autres personnes féeriques avaient mis des barques à leur disposition et des bateliers les emmenèrent de l’autre côté de la mer.

Albin de Watreloo fit sonner de la trompe et les deux corps d’armée se ressoudèrent, heureux de revenir à Fol Espoir avec l’épée prodigieuse du Roi Arthur.

C’est dans ce climat de bonheur et de confiance que chevaliers et guerriers prirent la route du retour, l’oriflamme Pervenche flottant fièrement au vent !

Un banquet mémorable



Afin de célébrer en y contribuant la renaissance des chevaliers affaiblis par leur séjour forcé au val-sans-retour, tout fut mis en œuvre pour que le banquet donné en leur honneur soit mémorable.

Outre le menu élaboré avec soin consistant à mettre en valeur les produits de l’abbaye de Timadeuc, des jardins du monastère et du château réunis, on ajouta de multiples préparations destinées à satisfaire les plus exigeants, pâtés divers, tourtes garnies de viande et de champignons, filets en croute, volailles diverses cuites en cocotte de terre cuite pour préserver les saveurs des légumes  et des fruits qui les accompagnaient, ainsi que des desserts venus du fond des âges dont on n’imaginait pas l’absence un jour de fête, palets de dames, cannelés, pastillas et croustades et enfin des tartes de ducasse.

Une magnifique pièce montée, faite de choux à la crème et ornée de violettes en sucre et de dragées serait le clou du spectacle et l’on veilla jalousement au maintien de son équilibre dans une réserve secrète.

Aubépin mit une touche festive et florale en ornant les pièces du château de couronnes d’orchidées et des fleurs des champs et il prépara des toasts gourmands où pensées, roses minuscules et fleurs de mauve et de bourrache avaient une place éminente et colorée.

Concernant les boissons, on mit à l’honneur les produits bretons, notamment le cidre, l’hydromel, les sirops de mûres et d’orgeat. On songea aux dames avec des boissons agréables à base de fleurs et de fruits des bois.

Laura voulut que soient mis à l’honneur les plaisirs de l’esprit. On fit venir au château des poètes et des chanteurs.

Elle peaufina un concert inédit autour de la harpe celtique et des chanteurs bretons gravitèrent autour de cet instrument que l’on imaginait être le pivot de Merlin l’enchanteur.

Dylan se joignit à elle et ils formèrent le plus charmant des duos, ce qui gonfla d’amour et de reconnaissance le cœur de Dame Yveline, si heureuse de voir son fils devenu si remarquable, avec une éducation soignée.

Des danseurs furent également conviés et une personne troubla énormément le beau Dylan qui faisait chavirer les cœurs de toutes les dames.

Enveloppée de voiles multicolores et chaussée de ballerines dorées, la belle Eléonore dansa avec une telle virtuosité que Dylan crut que son âme s’envolait par-delà les collines et voguait vers des terres inconnues où serpentaient des ruisseaux d’argent.

La journée se passa comme un rêve et les hôtes du château allèrent de plaisirs en plaisirs.

La pièce montée produisit un effet féerique et tous entonnèrent des vivats d’admiration.

Après la danse du voile d’Eléonore, Dylan redoubla d’attention auprès de celle qui avait charmé tout le monde. Il lui fit préparer un plateau de mets savoureux dont chaque élément était un cri d’amour.

Il joignit à une pâtisserie sa chevalière et attendit, le cœur battant, que la belle danseuse lui retourne une réponse par objet interposé.

Mais la belle se contenta d’un sourire et tous deux se rendirent dans le jardin d’amour pour laisser exploser les prémices d’un amour fou existentiel, destiné à devenir un solide ancrage dans une crique destinée aux amants.

mercredi 28 octobre 2026

L'orient de tous les rêves

 


Mais il en va de l’amour comme dans les rêves, l’eau vive des ruisseaux et les serments enfantins, il s’échappe et s’enfuit sur les pierres brulantes du lit où il serpente, décrivant mille et une arabesques.

Après avoir juré à sa bien-aimée qu’il ne la quitterait jamais, le prince lui fit ses adieux, arguant du fait qu’il avait besoin de mettre de l’ordre dans son palais et dans son royaume pour pouvoir l’accueillir en reine, comme elle le méritait.

Sa beauté de femme mûre l’émouvait et il sentait poindre en lui les affres de la jalousie, à la pensée qu’un autre amant puisse se saisir de l’objet aimé et le traiter comme il l’avait fait, sans retenue, poussé par une folle passion.

Blanchefleur dut lui jurer mille et une fois qu’elle n’aimerait que lui et qu’elle attendrait sagement qu’il la fasse chercher.

A chaque serment, le prince enlaçait sa belle, la couvrait de baisers et trouvait à chaque fois une manière subtile et innovante pour s’emparer de son corps qui devint un brasier.

Finalement, Blanchefleur, à force d’être honorée avec tant de ferveur, de vigueur et de passion dévorante, ne fut pas fâchée de voir partir ce prince dont les lèvres semblaient avoir été faites pour donner et recevoir des baisers.

Sœur Myriam et les moniales la rejoignirent en son palais d’amour, devenu bien vide et le décorèrent des pièces du trousseau qu’elles avaient cousu et brodé.

Mise dans la confidence par le prince, sœur Myriam avait voulu apporter sa touche de beauté, pensant qu’au château ancestral, il n’y avait plus de véritable place pour Blanchefleur : deux dames douairières pour un fils, l’une était de trop et il était bon pour la veuve d’ Eudes le Valeureux de convoler en des noces qui lui apporteraient le confort et la douceur de vivre.

Les deux amies échangèrent des propos intimes, dévoilant les méandres de leur cœur.

Sœur Myriam assura Blanchefleur de son total soutien et elle déclara qu’elle partirait en sa compagnie dans cette terre d’orient, si étrange et si enchanteresse.

Sur les entrefaites, un message émanant du prince arriva grâce à l’entremise d’une colombe.

Le parchemin était scellé par un cachet de cire aux armes du prince et il contenait une émeraude qui accentuait la douce féerie de ses paroles :

« Ma douce toute en soie, tu m’es si proche et si lointaine à la fois ! Lorsque je m’éveille, je sens ton corps doux et ferme au creux de mes reins mais je n’étreins que la brise, prodiguée par l’éventail de ma nourrice.

Elle entend mes pleurs dans la nuit et accourt pour me bercer comme un enfant.

Je suis à toi pour toujours, mon ange, et je rêve de pouvoir t’étreindre à nouveau avec toute la fougue renouvelée par cette absence dont je souffre en rêvant.

Ton amant pour l’éternité. »

Blanchefleur rangea ce message ardent dans un coffret de nacre et elle entreprit d’y répondre.

La colombe attendait sagement qu’on lui confie un parchemin.

« Mon doux enchanteur, je me livre en retour à tes étreintes passionnées. Tu m’es devenu si cher que je ne pourrais vivre sans toi. Je porterai ton émeraude comme un gage d’amour et attend, avec la foi de l’amante, que nos lèvres s’unissent à nouveau et que nos corps s’embrasent sous le ciel de lit des épousés.

Ton amante, fidèle et soumise ».

Elle lesta le parchemin d’un saphir qui rappelait l’azur de ses yeux, y apposa son sceau personnel, lys et roses et confia le message à la colombe qui prit instantanément le chemin du retour.

Avant de partir, le prince avait pris la précaution de choisir des personnes fiables pour habiter un village qu’il avait fait construire autour du palais.

Blanchefleur et ses amies bénéficièrent ainsi des fruits de la terre et des vergers ainsi que du produit d’une chasse raisonnée pour vivre confortablement.

Conserves, confitures, salaisons complétèrent les ressources naturelles, faisant de cet endroit ravissant un nouveau paradis.

Enfin le jour du baptême de la petite Salomé fut annoncé et toutes ces dames furent conviées pour participer à l’événement sacré et festif.

mardi 27 octobre 2026

 

 

 


Enivré de désir, le roi Cophetua posa sa tête sur les genoux de Philomena, une jeune mendiante dont les sources vives exhalaient  des parfums de lys sauvages.

Il l’emmena dans son palais, la dévêtit dans sa chambre royale, lava son corps et ses cheveux puis la vêtit de dentelle et de soie. Il parfuma son corps nacré et commanda un souper fin pour deux.

Homard farci et beurré, palombes en sauce et cèpes, assortiment de fromages, pavlova à la crème de rose charmèrent les amants.

Philomena croyait vivre un rêve mais lorsque le roi la porta dans sa couche nuptiale, elle sut qu’elle vivait un incroyable roman d’amour.

Leurs corps unis dans la sève céleste du désir, ils s’endormirent à  la manière d’une fleur repliant les pétales de son calice et s’éveillèrent dans l’aura parfumée de la passion.