mardi 30 juin 2026

L'île aux fleurs

 



C’est en char à bans tracté par des bœufs, orné d’agapanthes qui reflétaient le bleu du ciel que les jeunes mariés Aurore et Amour arrivèrent au manoir de William de Boston avec leur escorte.

Leur voilier était amarré dans la crique de l’île et quelques marins restèrent à bord pour sa maintenance.

Les camélias, les hortensias et les mimosas offraient une palette colorée qui valait à l’île de Bréhat son surnom de l’île aux fleurs.

Les échoppes d’artisans jalonnaient la route et l’on apercevait les forges des maîtres verriers en action.

Les oiseaux donnaient une aubade et c’est dans cet environnement enchanteur que les invités et leur escorte firent leur entrée dans le manoir de granit rose.

Bolées de cidre, jus de fruits, galettes-saucisses, boudin noir, crêpes Suzette, gâteau breton fourré à la crème de pruneaux furent servis aux voyageurs avant qu’on les emmène dans leurs chambres respectives.

Yseult de Molène, la maîtresse de maison reçut les présents de la princesse Aurore avec grâce. Un assortiment de robes tissées de fils d’or et de fleurs, des grenats ornant des médaillons, des bagues ou des bracelets symbolisaient l’élégance florale du royaume. Des plats spécifiques pour le tajine et le couscous, un grand plateau d’argent pour présenter une pastilla royale aux pigeons et aux amandes ainsi que le cuisinier coutumier de ces plats de fête furent mis en avant par le prince Amour adepte des repas somptueux.

«  Les verriers semblent rivaliser avec ceux de Murano » dit le prince Amour à Sir William de Boston.

«  Nous irons visiter une verrerie durant votre séjour. Vous pourrez faire votre choix : ce sera notre cadeau de noces. Boules de cristal pour orner une rampe d’escalier, compositions pour un chemin de table, verres et coupelles vous rappelleront  votre séjour dans l’île aux fleurs ».

Après cet échange mondain, des serviteurs conduisirent les hôtes dans leurs chambres respectives pour qu’ils prennent du repos.

On remit au lendemain la découverte de l’île.

Tournebride

 

 



Tournebride était un joli château aux tourelles de granit rose qui n’incitait pas à faire demi-tour comme son nom le suggérait.

Le maître de l’expédition William de Boston demanda l’honneur d’être reçu par la maîtresse des lieux, la princesse Aurore.

Il présenta une robe en dentelle blanche ornée de roses en soie et une parure de saphirs pour respecter le «  quelque chose de bleu » requis pour un mariage réussi à la princesse Aurore qui apprécia ces cadeaux élégants.

Sa suite et lui-même furent invités à loger au château. Des palefreniers prirent soin des chevaux et chacun goûta le charme et le confort d’une chambre après l’impression de roulis restée en eux depuis leur voyage sur le voilier.

Ils purent prendre un bain et arborer une tenue d’apparat pour honorer leur hôtesse à la table du festin où ils étaient conviés.

Des damoiseaux et de jolies dames en robe de brocart portant le hennin étaient installés sur des chaises hautes en laissant les places d’honneur auprès de la princesse aux invités.

Un cochon de lait farci de châtaignes fut découpé et servi par les cuisiniers du château qui furent applaudis tandis que des échansons versaient du vin grec, du chouchen ou des cocktails fruités dans des hanaps ciselés.

Une ronde de plats s’ensuivit ; chacun put choisir le mets de son choix parmi une kyrielle de gourmandises : jardinière de légumes, chaud-froid de volaille sauce madère, pastilla aux pigeons et aux amandes, tajine d’agneau et cassolettes de fruits de mer.

Un plateau de fromages comprenant maroilles, comté, brebious, mimolette, roquefort, fourme d’Ambert, brie et crémeux de Normandie ravit les convives.

Pavlovas, mokas, tartes à la crème et aux fruits ou à la cassonade, cake d’amour de Peau d’ Ane et pièce montée de choux à la crème chantilly clôturèrent ce repas de fête.

Des troubadours donnèrent ensuite un récital où les chansons d’amour primaient.

Quelques propos autour d’une infusion d’aubépines cimentèrent cette soirée du sceau de l’amitié.

«  Altesse, cette soirée sera inoubliable. J’espère vous recevoir avec votre époux en mon manoir : les portes vous seront grand ouvertes. La cervoise, le cidre, le vin clairet et le champagne couleront à flots et nos cuisiniers vous réserveront de belles surprises pour que vous gardiez un bon souvenir de notre terroir fouetté par l’océan ».

Le lendemain, les hôtes quittèrent Tournebride chargés de présents et après une chevauchée sans histoire, ils reprirent la mer pour rentrer dans l’île aux fleurs où les attendaient leurs fidèles épouses.

lundi 29 juin 2026

Le royaume de Roxane

 

 



Dérouté par une tempête imprévue, le voilier Roxane ainsi nommé par son armateur féru de Cyrano de Bergerac aborda au large d’une crique où pleuvait de l’or.

Les marins et leur capitaine Sir William de Boston mirent le canot à  la mer et partirent explorer ce royaume qui ne figurait sur aucune carte, celle des pirates comprise.

Les dauphins et les sirènes jouaient à la balle ou se défiaient à la course.

Le capitaine ordonna à ses hommes de ne pas les regarder et de ramer énergiquement pour échapper aux sortilèges.

Il fit ramasser du petit bois sec, érigea des galets et des coquillages pour former un âtre de fortune et le feu flamba. On mit à cuire des palourdes et on puisa de l’eau de source pour en emplir une marmite que l’on garnit de crabes, de soles et de poissons divers qu’on pêcha avant la tombée de la nuit. Cette cotriade fut appréciée au clair de lune ainsi qu’un tonnelet de muscadet mis en perce et des bolées de rhum.

Le campement avait été établi et  chacun se retira dans sa tente pour dormir.

Le lendemain, le paysage avait changé : une pluie dense brouillait les contours des bords de mer.

Le capitaine décida de s’enfoncer dans l’île pour voir s’ils pouvaient trouver un habitant capable de les héberger.

Au sortir d’un petit bois où l’on prit des lièvres et des cailles, on entendit un bruit singulier : c’était celui d’un métier à tisser.

Une étrange demeure dont la façade était ornée de coquillages s’offrit à leurs yeux.

Guillaume des Abysses, l’écuyer de Sir William se présenta muni d’une parure et d’un service à thé en porcelaine Céladon.

Une jeune femme l’accueillit et l’invita à boire un jus de fruits en sa compagnie. Tout en savourant un délicieux breuvage, Guillaume jetait un regard sur le métier à tisser.

«  Vous avez là un joli métier à tisser ! Puis-je vous demander ce que vous fabriquez ? Nous avons entendu , mes compagnons de route et moi, le bruit de votre métier et cela nous a intrigués.

Messire, je tisse de nombreux ouvrages selon les commandes. En ce moment il s’agit de robes de cérémonie tissées avec du fil d’or et de la soie. Le chef d’œuvre sera la robe de mariée de la princesse Aurore qui épouse prochainement le prince Amour.

Où réside cette princesse ? Nous irons lui présenter nos félicitations.

Au château de Tournebride ».

Guillaume des Abysses promit de revenir saluer la jolie Aude aux fils d’or et partit informer le seigneur William de Boston de noces princières au château de Tournebride.