Les lueurs de l’aube réveillèrent Orion qui s’était assoupi
sur un tapis persan au pied du lit de sa bien-aimée.
Il bondit sur ses pieds d’argent craignant d’apparaître sous
un jour défavorable à sa princesse et partit dans son cabinet de toilette pour
reprendre l’apparence du prince charmant qu’il voulait être.
Dom Louis n’ayant personne à qui plaire se contenta d’une
toilette rapide. De plus, il se concentrait sur son objectif majeur, ramener la
princesse en son palais.
Après un petit déjeuner de céréales, de lait frais et de miel
de la forêt, on se mit en devoir de fendre le brouillard épais qui protégeait
l’étrange zone où se trouvait peut-être leur princesse.
Au fur et à mesure de leur progression, des pans de brume se
déchiraient, offrant à leurs regards les contours d’une étrange cité.
Elle était protégée par une enceinte de palissandre.
Dom Louis chercha l’ouverture car aucune porte n’était
apparente.
Au moment où Dom Louis crut avoir trouvé la faille, une porte
dissimulée derrière un rosier grimpant, des loups blancs les encerclèrent, les
prenant par surprise.
Le chef de meute montra clairement qu’il ne se laisserait pas
intimider mais il traça un cœur sur le sable prouvant que les loups étaient
leurs alliés.
Dom Louis ouvrit la porte de l’enceinte et chacun pénétra à
sa suite, loups compris, pour découvrir une étrange cité lacustre.
Parvenus de l’autre côté du mur, les guerriers virent se
profiler une énorme grotte aménagée en château mais pour s’y rendre, il fallait
rompre un cercle de chevaux blancs.
Une voix s’éleva, forte et précise :
« Qui que vous soyez, passez votre chemin. Vous n’êtes
pas les bienvenus dans mon royaume. Je suis Orion, l’elfe aux pieds d’argent et
je dispose de pouvoirs qui pourraient vous pulvériser si je le
souhaitais ».
Dom Louis distingua une frêle silhouette dont les pieds
jetaient des lueurs argentées.
Ainsi voilà donc le ravisseur de notre princesse se dit-il. Diplomate,
il s’exprima de manière policée :
« Orion, nous sommes venus en amis : nous n’avons
aucun goût pour la guerre. Nous voulons simplement que Marjolaine, notre
princesse aux yeux d’azur, regagne son palais car depuis son départ, les
ténèbres ont envahi notre royaume. Nous vous donnerons ce que vous souhaitez,
or, perles, tissus soyeux, objets rares et précieux. Commandez et vous
obtiendrez ce que vous désirez.
Hélas, répondit l’elfe, ce que vous demandez, je ne puis vous
l’accorder car la présence à mes côtés de la princesse devenue mienne m’est
nécessaire. Si elle part, je mourrai.
C’est ainsi que s’expriment tous les ravisseurs rétorqua Dom
Louis » et fort de sa valeur guerrière, il jeta son gant au pied de
l’elfe.
Ce dernier l’engagea à le rejoindre dans une enceinte
réservée au combat.
Les chevaux disparurent pour faire place à un magnifique
champ de lices.
Sur les gradins, la princesse aux yeux d’azur, rayonnante de
beauté, occupait la place centrale.
Tous les elfes de la cité l’entouraient.
Orion invita les guerriers du royaume à prendre place sur les
gradins vacants.
Les loups furent priés de s’éloigner, ce qu’ils firent sans
protester.
Dom Louis se vit remettre une épée. Orion gardait sa dague,
celle qui lui avait offert de multiples victoires.
L’elfe préposé à la bonne marche des tournois avertit d’un
son de trompe que le combat pouvait commencer.
Lorsque Dom Louis s’élança, la princesse lui jeta sa belle
écharpe de soie tissée en leur royaume.
Un brouillard bleu azur tomba sur le champ de lices et
lorsqu’il se dissipa, ce fut pour révéler que le vainqueur était Dom Louis.
Quant à l’elfe aux pieds d’argent, il avait quitté le théâtre
du tournoi pour panser ses plaies.
Les loups encadrèrent les guerriers du royaume et la
princesse prit place dans un carrosse tracté par des chevaux blancs, cadeau
d’Orion qui s’inclinait courtoisement face à l’adversité.
La princesse rentra dans son royaume et un ruban bleu
turquoise la précéda.
Lorsqu’elle pénétra dans sa chambre, elle découvrit une
merveilleuse poupée à son effigie. Nolwenn s’était surpassée en créant un tel
objet.
La princesse commanda une poupée à l’identique et lorsqu’elle
fut achevée, elle l’envoya à l’elfe par le biais de serviteurs de haut rang qui
empruntèrent le carrosse offert par l’elfe.
On joignit à cet original présent un coffre de perles, un
autre de bijoux et un troisième de soieries pour que les hostilités cessent à
jamais, ce qui fut honoré jusqu’à ce jour.