samedi 23 mai 2026

Quand allons-nous nous marier ?

 


Par ces temps troublés, il faut de la fantaisie pour réjouir les cœurs dit Vincent à son imprésario. L’équipe se mit au travail, fouilla dans les archives de la chanson et exhuma une dédicace humoristique au film américain qui triomphait dans les années 50.

«  Quand allons-nous nous marier

Nous marier, nous marier ?

Quand allons-nous nous marier

Mon cow-boy adoré ?

Nous ferons ça dimanche prochain

Dimanche prochain, dimanche prochain

Nous ferons ça dimanche prochain

Ou peut-être même demain ».

Une émule d’ Annie Cordy, robe à pois, ballerines et couettes surgit de la nuit pour exécuter avec Vincent une danse folklorique  qui fleurait bon le feu de bois, la tarte aux myrtilles et les œufs au bacon près d’une rivière assainie par les castors.

«  Et maintenant ma poupée chérie

Poupée chérie, poupée chérie

Et maintenant poupée chérie

Quand est-ce qu’on se marie » ?

La réponse fut donnée sous la forme d’ d’une publication des bans illustrée par Raymond Peynet passé maître dans l’art du rêve amoureux.

Vincent commença les répétitions de la chanson en revêtant un costume fantaisie où les pistolets ne sont qu’un accessoire inoffensif.

La mystérieuse fée des bois

 

 

 


Dans sa petite maison située à l’orée d’une forêt, Wendy songeait à la manière de tirer parti du  bel héritage dont elle avait été la bénéficiaire lorsqu’elle reçut un mystérieux appel :

«  Venez à moi, Wendy, vous serez couronnée fée des bois et recevrez le sceptre en bois d’olivier célébrant les fées des sources ».

Sous forme de ruban enluminé, le message fut déployé par des tourterelles qui déposèrent l’appel manuscrit avant de disparaître dans une envolée céleste.

Wendy revêtit une tenue adaptée à la marche, se chaussa en conséquence et partit en forêt, une besace sur l’épaule pour engranger les trésors des sous-bois collectés.

Elle marcha plusieurs heures, cueillant et ramassant çà et là les produits-phares des bois, champignons, baies, fleurs et plantes qu’elle ensachait consciencieusement pour les conserver en bon état.

Les parfums chatouillaient ses narines et le chant des oiseaux stimulait son désir d’aller de l’avant. Elle arriva dans une clairière où chantait un ruisseau. Elle délaça ses chaussures et trempa ses pieds endoloris dans l’eau. Elle sécha ensuite ses pieds revigorés et les enduisit d’un baume à la rose.

Elle s’assit ensuite sur un banc de pierre et fut à peine étonnée de voir se présenter une fée.

«  Tu as suivi scrupuleusement les consignes, Wendy, sois-en remerciée » !

La fée disparut dans un éclair d’argent. Wendy s’aperçut alors qu’un énorme changement s’était produit dans la clairière. Elle s’était considérablement élargie et un Riad, à la mode orientale, avait surgi, promettant les splendeurs des Mille et Une Nuits.

Elle pénétra dans le Riad en robe de soie. Une dame d’honneur emporta sa tenue de marche et sa besace, promettant de mettre au menu la collecte du jour.

La pièce réservée à l’accueil des invités, richement meublée et décorée, ornée d’une volière où évoluaient des oiseaux exotiques, lui permit de se reposer en toute quiétude.

On la pria ensuite de passer à table et elle put savourer une omelette aux champignons, des abats en sauce servis avec de jeunes pousses en salade, du fromage de brebis et une tarte aux fruits rouges.

Cet excellent repas terminé, elle se retira dans la chambre que l’on avait préparée pour elle.

Alcôve de princesse, bergère, secrétaire, table de nuit où s’empilaient les ouvrages de ses auteurs préférés, Honoré de Balzac, Marcel Proust, Fédor Dostoïevski, Léon Tolstoï et Leila Slimani.

Après un bain parfumé, elle revêtit une chemise de nuit en lin, brodée et s’allongea dans le lit en se calant haut sur les coussins et lut quelques pages de La Nuit des Temps de René Barjavel, livre culte dont elle ne se séparait jamais et finit par s’endormir, couronnée virtuellement en fée des bois.

vendredi 22 mai 2026

Papa

 





Tu es parti si vite que je n’ai pas eu le temps de te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi, de mes premiers pas jusqu’à mes quarante ans.
Tu as toujours été à mes côtés, m’aidant de toutes les manières pour que je trouve le bon chemin.
Tu as suivi tous mes matchs de tennis, te dissimulant parfois dans un buisson, à la de Funès, pour me prodiguer des conseils.
Tu es même devenu juge-arbitre afin d’être à nos côtés de manière constante, Jean-Noël et moi.
Par la suite, tu as été fier de moi au Lycée Notre-Dame de Saint-Méen-Le-Grand et lorsque je suis devenu sommelier, tu m’as accompagné à Paris, au Georges V pour mon entrée au Louis XV à Monaco.
Tu as franchi la mer pour m’apporter en Irlande la voiture dont j’avais besoin, conduisant pour la première fois à l’anglaise, en compagnie de Maman.
Tu as toujours été vigilant quant à l’entretien des véhicules que j’ai eus en ma possession, de ma première Renault 5 aux suivantes, revêtant la tenue de mécanicien pour assurer les vidanges et veiller à la bonne marche de la mécanique.
Bref, ma vie aurait été bien difficile si tu n’avais pas toujours été là pour m’apporter ton précieux concours.
C’est avec joie que je vous ai servis à La Ville Blanche de Lannion chez les frères Jaguin lors du réveillon de l’an 2000.
Maman et toi en aviez gardé un souvenir impérissable.
L’âge et la maladie se sont ensuite emparés de toi mais tu as toujours gardé, à mes yeux, le panache de la modestie qui était le tien.
Repose-toi, Papa, tu l’as bien mérité.
Tes fils et leur mère ne t’oublieront pas

Si le roi savait ça

 


«  Si le roi savait ça, Isabelle

Isabelle, si le roi savait ça

A la robe de dentelle

Vous n’auriez plus jamais droit

Isabelle, si le roi savait ça ».

Fidèle à la promesse qu’il s’était faite enfant, de venir en aide aux femmes en détresse, Vincent partit consoler la pauvre enfant pleurant la mort d’un détenu.

« Le prisonnier de la tour

S’est tué ce matin

Grand-Mère

Nous n’irons pas à la messe demain

Il s’est jeté de la tour

En me tendant les mains

Grand-Mère

Il m’a semblé que j’avais du chagrin ».

Désireux de consoler la princesse de la chanson, Vincent acheta des robes de dentelle, une pour chaque jour, d’une couleur différente, à l’exception du noir, comptant bien les lui offrir au cas où le roi supprimerait sa garde-robe de princesse.

Il arriva au pied de la tour en chantant «  Rossignol de mes amours » pour que la princesse soit délivrée des oiseaux noirs qui lui rongeaient le cœur.

La princesse fut heureuse de porter une robe bleu azur et elle laissa couler ses larmes qui emportèrent le souvenir douloureux d’un premier amour.