mercredi 15 juillet 2026

Randonnée féerique

 


Le lendemain , après un petit déjeuner copieux à la mode britannique, Muguet revêtit une élégante tenue de voyage confortable, choisit un chapeau à voilette pour se protéger des insectes et de bonnes chaussures de marche puis elle rejoignit le seigneur Hubert de la Renaudière.

Tout était prêt. Muguet voyagerait en palanquin et c’est lors des haltes dans des endroits choisis qu’elle découvrirait les trésors du royaume.

Hubert avait une escorte parée à toutes sortes de rencontres pernicieuses. Des jardiniers et des cuisiniers participaient à l’expédition pour collecter des plantes et préparer des plats lors d’un bivouac improvisé.

Grâce à une ouverture ménagée dans le palanquin, Muguet pouvait admirer le paysage vallonné, boisé ou lacustre selon l’itinéraire choisi.

Ils firent une halte près d’un lac où nageaient des cygnes, des colverts et des sarcelles.

Muguet avait emporté ses carnets et son écritoire. Tandis que le pique-nique au bord de l’eau se préparait, elle s’assit sur un tronc d’arbre, observa le va-et-vient des volatiles sur la surface de l’eau et dans les airs, fit des croquis de la flore et de la faune et se lança dans l’écriture d’un conte mettant en valeur un cygne à la recherche d’un amour perdu : un prince avait été métamorphosé en cygne par une fée perfide et ce statut ne cesserait qu’avec le baiser d’une princesse. C’était un grand classique qu’elle maîtrisait à merveille.

Alors qu’elle était sur la piste de la rédemption, elle dut s’interrompre car le cuisinier avait terminé ses préparations culinaires.

Flans de légumes aux feuilles de menthe et de basilic, œufs de cygne à la coque avec des mouillettes de pain de maïs et de noisettes, gâteaux à l’ananas et aux raisins, jattes de crème légère aromatisée aux cerises et aux fraises ravirent les convives.

Un  cygne s’approcha de la nappe du festin et déposa un anneau d’or auprès de Muguet puis reprit le chemin du lac où il se fondit parmi ses congénères.

L’anneau d’or était un bijou à la fois simple et singulier. Muguet fit le rapprochement entre ce bijou et l’anneau des Nibelungen présent dans la culture nordique.

Un prince serait-il en difficulté ? Ce message m’est-il adressé pour que je le délivre pensa la conteuse.

Hubert admira le bijou et félicita sa compagne du choix opéré sur sa personne pour établir une relation entre les mondes du réel et du fantastique. 

«  Je voulais vous révéler mille et une merveilles appartenant à mon royaume et c’est finalement vous, ma chère Muguet, qui m’ouvrez les portes du fantastique ».

Il l’invita à porter l’anneau et aussitôt Muguet eut l’impression de flotter dans un monde onirique où chaque détail de la nature devenait un symbole.

D’un commun accord, ils décidèrent de rentrer au palais. La quête de l’anneau sous- jacente au bijou devrait être entreprise les jours suivants.

«  En attendant, ma princesse, reprenez votre place dans le palanquin. Je doublerai la garde autour de vos appartements et je vous aiderai à résoudre l’énigme de l’anneau si vous me le permettez ».

Ils rentrèrent au palais à la tombée du soir. Muguet se retira dans sa chambre, accepta les soins d’ Aliénor, sa dame de compagnie avec reconnaissance er s’endormit rapidement, brisée par les émotions de la journée.

Retour à Fleur-les-Lys

 

 

 


C’est avec bonheur que Max retrouva la douce quiétude de sa maison natale dans la commune de Fleur-Lez-Lys où il avait passé les premières années de son enfance.

Avec l’aide d’Angèle et des entrepreneurs du village, il avait donné une âme à la maison qui était restée abandonnée si longtemps. Aujourd’hui, c’était un foyer où l’on se sentait bien.

Comme de coutume, Angèle avait préparé son retour en parfaite maîtresse de maison.

Tarte au Maroilles, andouille de Cambrai en pot-au-feu, tourte feuilletée aux pommes figurèrent au menu, ce qui ravit Max au plus haut point.

Durant le repas qu’ils partagèrent, Angèle fit part de la disparition inquiétante d’une jeune fille, partie pour faire des bouquets qu’elle destinait à l’église et à Florian, son ami.

Max réussit à poser quelques questions nonchalamment, pour ne pas laisser supposer qu’il conduisait un interrogatoire.

Il apprit ainsi qu’Astrid était née d’une union illégitime, que le père n’avait pas souhaité la reconnaître et que sa mère Louise avait dû travailler ardemment pour entretenir sa fille et lui offrir des études aux Beaux-Arts.

Elle avait également réussi à acquérir la maison de Fleur-Lez-Lys qui avait l’avantage de se situer près du château de la famille Lespagnol, des brasseurs célèbres dont elle était la gouvernante.

Cette situation, à la fois pénible et prestigieuse lui avait conféré la réputation d’une femme courageuse et sans faille à qui l’on pouvait se fier.

Elle avait confié Astrid aux religieuses du couvent durant sa petite enfance et la petite fille avait acquis de bonnes manières, l’amour de la Vierge Marie et une foi ardente qui l’avait aidée à repousser toutes les tentations car en grandissant, elle était devenue la jeune fille la plus convoitée du village.

Dédaignant toutes ces avances, Astrid avait consacré toute son énergie à ses études.

Elle aimait dessiner et peindre. Il lui arrivait parfois de se rendre chez Florian qui était devenu, pour elle, une sorte de mentor voire de parrain.

Que de criminels potentiels se dit Max qui naturellement excluait Florian de la liste, d’une part parce qu’il était son ami et qu’il connaissait son amour de la morale, sans négliger le fait qu’il s’était adressé à lui pour retrouver la jeune fille, si possible vivante et d’autre part parce que, impliqué dans une autre affaire, il avait prouvé qu’il était un homme d’honneur et qu’il serait incapable de faire mal à un enfant ou à une jeune fille.

Max envoya un message à son second et ami Romuald, lui demandant de faire des recherches sur la gent masculine de Fleur-Lez-Lys et pour lui prouver son impartialité, il inclut les coordonnées de Florian car son expérience d’enquêteur lui avait prouvé que le suspect était parfois la personne insoupçonnable du groupe.

Ce courriel achevé, il se glissa dans les draps brodés et parfumés renouvelés par Angèle et s’endormit rapidement.

 

lundi 13 juillet 2026

Mondésir

 

 

 


Mondésir était un joli royaume bleu et boisé. Cerfs, biches et autres hôtes des forêts y circulaient en liberté sans crainte d’être chassés puisque le seigneur des lieux avait interdit toute nuisance à leur encontre. De jolies gloriettes, des hameaux princiers émaillaient les parcs.

L’appartement réservé à Muguet était somptueux. La chambre était spacieuse et joliment meublée. Un lit à baldaquins attirait le regard par la magnificence de ses voilages et de sa literie brodée de fleurs des champs. Une armoire contenait du linge, des robes pour toutes les circonstances, des chapeaux et des accessoires de mode assortis.

Un divan et un fauteuil semblaient prêts pour assurer la réussite de conversations familières voire intimes. Un beau secrétaire pourvu de tous les objets chers à l’écrivain faisait face à la fenêtre afin de garder le contact avec la nature.

Une bibliothèque proposait des ouvrages divers, des contes, des romans, des études florales, des intrigues policières et des récits d’aventure ainsi que des ouvrages historiques.

Une dame de compagnie prépara un bain parfumé dans une pièce réservée aux soins corporels, baigna Muguet, la massa et la revêtit d’une élégante tenue d’intérieur.

Dans un cabinet réservé à la restauration, elle lui présenta le menu du soir : une terrine de légumes, une crème aux pétales de roses et une coupe de fruits. Sirops de mûre, de fraise et d’orgeat parfumaient une eau pétillante au choix.

Cet excellent repas procura à la jeune femme une immense sensation de fraîcheur.

Hubert de la Renaudière vint lui présenter ses hommages du soir, s’assura qu’elle ne manquait de rien et lui conseilla de se mettre au lit après son départ.

Il lui promettait une belle journée de découverte le lendemain et il tenait à ce qu’elle soit au mieux de sa forme car son domaine était vaste.

En quittant la dame de ses pensées, le maître des lieux lui offrit un bijou symbolique, un bracelet dont les pierreries évoquaient la douceur d’une biche, symbole de l’espoir.