dimanche 20 septembre 2026

Une enquête complexe

 

 



Rien n’obligeait le commandant de gendarmerie d’Avesnes à diligenter une enquête pour l’étrange disparition d’ Angèle Manet, cependant il ne put s’empêcher d’établir une coïncidence entre le décès de Lydie Herlem et l’évaporation subite d’Angèle.

Certes personne n’avait porté plainte ou signalé une disparition inquiétante néanmoins Florent Delambre, le commandant de gendarmerie enquêta sur l’absence non justifiée d’une habitante de la commune.

Il explora la maison entièrement vidée de son contenu et ne trouva sur un appui de fenêtre qu’un exemplaire d’un livre traduit par Cassandre Delobelle. Le livre fut mis sous scellés et le commandant espéra qu’il avait été feuilleté, livrant ainsi des indices précieux.

Je ne mentionnerai pas l’ouvrage à son auteur car elle pourrait être chagrinée d’apprendre que le fruit de son travail était l’unique objet abandonné dans la maison.

Le commandant alla tout naturellement frapper à la porte de Cassandre et nota scrupuleusement tous les renseignements qu’elle put lui donner y compris ses impressions et l’histoire du lapin posé. Elle lui montra les cadeaux reçus lors de sa visite, kimono, éventail ,sandales et bijoux.

Le commandant prit des photos et promit à Cassandre de l’informer s’il avait des nouvelles positives du sort de sa voisine.

De retour à la gendarmerie, il étudia toutes les données de l’affaire.
L’étrangleur de Lydie Herlem ne pouvait pas être incriminé puisqu’il était emprisonné.

Néanmoins Florent Delambre décida de lui rendre visite dans sa cellule. En compagnie d’un gardien, l’individu étant considéré dangereux, il interrogea le prisonnier après avoir pris connaissance de son dossier.

Louis Bracq, surnommé l’homme au Borsalino, avait le profil du malfaiteur que Victor Hugo jugeait irrécupérable. Comme le personnage de Montparnasse des Misérables, Louis s’était servi de son élégance et de son charme pour piéger d’innocentes victimes.

C’est ainsi qu’il avait étranglé la pauvre Lydie Herlem qui l’aimait comme le fils qu’elle n’avait pas eu.

Louis Bracq s’était intéressé aux recherches qu’elle entreprenait maladroitement dans le cybercafé qu’ils fréquentaient tous les deux. La chère dame possédait des louis d’or, un héritage légué par une parente et elle cherchait à en connaitre la valeur marchande. Louis l’avait aidée dans ses recherches, apprenant ainsi par ricochets qu’elle possédait un véritable trésor.

Il l’avait accompagnée chez elle un soir prétextant la dangerosité de la rue et étranglée après avoir vu le monceau d’or qu’elle lui avait naïvement montré.

Ne laissant aucune trace derrière lui, il avait fait disparaître les recherches entreprises par la vieille dame au cybercafé de sorte que si on l’avait arrêté et traduit en justice, on ignorait sa motivation.

On avait conclu qu’il avait agi en répondant à une pulsion criminelle et il recevait des soins adaptés.

Il jouait la comédie de l’homme malade avec talent, espérant sortir plus vite de prison et profiter du pécule qu’il avait dissimulé.

Il ne révéla rien au commandant, se montra affable et courtois et resta sur la posture de l’homme agité par des troubles nerveux en voie de guérison.

Florent Delambre eut une impression mitigée mais ne pouvant relier aucun élément à la disparition de la jeune femme recherchée, il referma provisoirement la lucarne Louis Bracq en ayant conscience que des découvertes postérieures pourraient lui offrir un éclairage.

Le retour de Blanchefleur

 

 



Après avoir tendrement embrassé son époux qui lui fit promettre de veiller à sa sécurité, Blanchefleur prit la route, sous bonne escorte, ralliant les caravaniers de la route de la soie.

Ainsi protégés, ils auraient juste à surveiller leur chargement : or, pierres précieuses, ouvrages brodés, ballots de soie, de mousseline et de satin constituaient l’essentiel des bagages.

Le prince n’avait pas pu accompagner sa douce et tendre épouse qu’il chérissait plus que jamais et qui lui avait donné deux magnifiques enfants, Nour et Flor : une chasse au faucon, en compagnie des notables du royaume était prévue depuis longtemps et ne pouvait être décommandée.

Protégée par les chevaliers de la tulipe d’or, Blanchefleur laissait vagabonder ses rêves et ses pensées.

Au fil des étapes,  elle avait l’impression de remonter le temps et de retrouver la vitalité de ses jeunes années. Ce n’était sans doute pas une illusion car elle voyait briller l’œil de ses chevaliers à sa vue et ils durent à maintes reprises, repousser les assauts d’amoureux qui déclaraient leur flamme en toute bonne foi.

Dès son arrivée au château, l’illusion perdura lorsque Louis se précipita pour l’embrasser.

Elle crut voir Eudes, son premier époux, tant la ressemblance était frappante.

Mettant ces phénomènes hypnotiques sur le compte de la fatigue du voyage, Blanchefleur retrouva avec plaisir la quiétude de sa chambre que l’on avait gardée intacte pour un éventuel retour. Elle était fleurie et dotée de rideaux brodés à la mode bretonne.

Les roses d’amour ornaient les vases en abondance et c’est avec bonheur qu’elle découvrit les fleurs dont on lui avait tant parlé et qui étaient à l’origine de la légende merveilleuse qui entourait désormais Nour et Kylian, les amants extraordinaires, aussi célèbres, à présent, que Tristan et Yseult ou Lancelot et Guenièvre.

Une jeune servante, fraîche comme la rosée du matin, lui apporta un plateau où des mets singuliers étaient disposés, galettes de sarrasin fourrées à l’œuf et à l’andouille de Guémené, crêpes à la confiture d’abricots, pastillas à la rose et boissons fraîches, cidre, cervoise ou sirops.

Blanchefleur goûta ces mets appétissants et les trouva délicieux.

Après un bon bain parfumé à la lavande et au romarin, elle se glissa sous les draps et dormit de longues heures, peuplées de rêves et de chants d’oiseaux.

Le lendemain, vêtue de brocart et d’or, Blanchefleur procéda à la distribution des cadeaux, ce qui enchanta tout le monde : une telle magnificence était si rare !

Ophélia et Henri eurent, entre autres cadeaux somptueux, un burnous fait au crochet, ce qui ramena la comtesse à des années lointaines.

Tout naturellement, après le repas composé de vol-au vent à la volaille et à la crème, de laitues et de fromages frais, Blanchefleur prit la décision de regagner le petit palais d’amour que son prince lui avait destiné jadis, à l’écart du château.

Jehan d’ Armagnac se proposa pour l’y conduire et tous deux allèrent au pas de leur palefroi.

Des servantes du château les avaient devancés pour rafraîchir les pièces principales.

Jehan et Blanchefleur prirent place près d’une fontaine, dans un patio lumineux.

Jadis, ma Dame, lui confia Jehan, j’ai éprouvé une folle passion pour vous et j’ai failli tuer votre prince et me livrer sur vous à mille et un outrages, ce dont j’ai honte à présent.

Un ange s’est interposé pour que je renonce à ces violences et je suis reparti à l’aube, décidé à mener une vie chevaleresque, à la hauteur des serments que j’avais prêtés.

Nous avons tous nos moments de faiblesse, lui dit Blanchefleur en lui prenant la main. Soyons amis, voulez-vous ?

Un grand soupir s’échappa de la poitrine du chevalier et il proposa de dormir au palais, dans une chambre d’ami, pour veiller à la sécurité de sa dame, ce qu’elle accepta avec gratitude tant les aléas de la vie pouvaient receler d’épines noires, transperçant le tissu translucide du bonheur.

La cantilène des amants

 

 



« Blanche comme le lys, fleur royale qui s’épanouit en mon cœur pour prendre l’apparence d’un nénuphar qui vogue sur les lacs de ma mémoire, tu es en moi, ma reine, ma Dame d’amour.

Les faucons de ma volière, mes rapaces fidèles ont remarqué ton absence et ils semblent inquiets.

Nous formons un rempart et, s’il le faut, nous volerons à ton secours.

Si tu m’apparais, ne serait-ce qu’en rêve, en fâcheuse posture ou simplement menacée par une ombre, je me mettrai en route et je galoperai jusqu’à toi, mon amour, avec , comme d’habitude, des chevaliers fougueux et ardents, des soldats aguerris pour encadrer un carrosse empli de coffres précieux, et un autre attelage, confortable pour abriter des dames d’honneur et des bacheliers pour veiller à ton bien-être, dès mon arrivée, mon ange.

Mon amour aux lèvres douces comme la soie, à la chevelure ensoleillée et au corps de reine, je te parfumerai de santal et de myrte et je t’adorerai, comme toujours, à genoux.

Ton amant fidèle et époux ». 

Le parchemin était lesté par des marguerites en diamant, montées sur un bijou en forme de fleur d’amour et c’est naturellement une colombe qui déposa le précieux message, noué d’une faveur rose, aux pieds de la reine.

Picorant quelques grains de millet et buvant de l’eau fraîche servie dans une coupelle de nacre, la colombe attendait patiemment le message du retour.

Vêtue d’une simple mousseline de soie rose, drapée sur l’épaule et épinglée par une fibule en or, Blanchefleur se rendit dans le patio afin d’y trouver l’inspiration.

« Mon bien-aimé, sache que je me meurs loin de toi et que j’ai hâte de retrouver la chaleur de tes étreintes.

Je ne peux en dire plus, de crainte d’accentuer mon désir et mon besoin d’aimer.

Je t’écris de notre patio d’amour et je joins à ma lettre un mouchoir que j’ai brodé pour toi.

J’ai pris pour modèle les roses d’amour qui ont fleuri au bord du lac de Comper où vit la fée Viviane, dans son palais de cristal.

J’y ajoute aussi une pierre de lune que j’ai trouvée dans notre jardin.

Amoureusement à toi !

Blanchefleur ».

La colombe partit à tire d’aile et la dame d’amour, soudain prise d’un accès de langueur inexplicable, s’allongea sur des coussins et somnola dans un état second.

C’est dans cette position que la trouva Jehan d’ Armagnac.

Se méprenant sur sa posture et sur ses paupières mi-closes, il y vit une invitation à l’amour et il eut vite fait de franchir la barrière de mousseline et d’accéder ainsi au jardin d’amour de celle qu’il n’avait jamais cessé d’aimer.

Ses effusions tendres et passionnées atteignirent sa dame dans ce qu’elle avait de plus noble et de plus secret. Dans une sorte de rêve, elle répondit de tout son corps à cet amour illicite.

Lorsqu’elle ouvrit les yeux, ce fut pour apercevoir dans un rideau de brume, non pas le prince qu’elle aimait mais le chevalier d’ Armagnac qui s’apprêtait , à nouveau, à honorer sa dame d’amour.

« Ne craignez rien, ma bien-aimée, ce secret restera entre nous. Je vais boire à longs traits le calice d’amour qui réside en vous et qui contient des sucs si délicats que je ne pourrai plus désormais m’en priver.

Je suis plus jeune que votre époux et pourrai vous aimer jusqu’à ce que l’ardeur et la force d’aimer se perdent en moi, comme des sources taries qui cherchent une nouvelle vigueur.

Mais en attendant, ma douce toute en soie, je veux vous aimer encore et toujours si vous acceptez de vous abandonner comme vous le fîtes, dans mes bras vigoureux.

Je vous aime à la folie et s’il vous plaît d’être ma Guenièvre, je serai votre Lancelot ».

Puis le comte enlaça à nouveau sa belle, baisa profondément ses lèvres palpitantes de désir et ils s’aimèrent passionnément tandis que les paons faisaient la roue dans ce jardin d’amour si joliment nommé.