samedi 9 mai 2026

Un bouquet d'ancolies

 


«  C’était à la fin Mai quand rougit l’ancolie » , ce vers de Louis Aragon ne m’a plus quittée et pour conjurer le destin, j’ai entretenu un carré de ces fleurs d’amour fou dans mon jardin.

«  La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé » disait Gérard de Nerval dans son poème testamentaire El Desdichado.

Cette fleur, on le devine, ne peut être qu’une ancolie car si elle est le symbole de l’amour pur elle est aussi celui de la folie, ce mal de l’âme qui frappa le poète jusqu’à la mort.

J’ai retrouvé un bouquet d’ancolies dans le dernier roman de Fred Vargas Une unique lueur.

Un criminel ô combien dérangé dépose un bouquet d’ancolies près du corps de ses victimes, des jeunes femmes à l’exceptionnelle beauté, placées avec soin dans des rues évoquant le Prince Noir.

Que signifie ce bouquet ? Est-il la clef de l’énigme qui permettra de démasquer le meurtrier ?

Je progresse dans la lecture du roman, suivant les pas du commissaire Adamsberg dans un dédale frénétique d’errements et de minces indices !

vendredi 8 mai 2026

Les loups gris

 

 

 


Tandis que les réseaux bruissaient des avis de recherche concernant Wolfgang le fauconnier dans les carrefours multiples de l’Europe, ce dernier, tapi dans le nid douillet d’une belle aux bras blancs, prenait goût aux jouissances quotidiennes.

De temps à autre, il recevait un carton noir au message codé. Après avoir vérifié le tranchant de son katana, il partait, à l’aube, sans un regard ou un baiser d’adieu à la femme qui le chérissait.

Les lieux de rendez-vous variaient mais il y avait une constante, un château historique aux hautes tours et au pont-levis.

Les Loups Gris, mouvement révolutionnaire auquel il appartenait, avaient des chefs multiples qui apparaissaient toujours masqués.

Les mots d’ordre relatifs à des émeutes provoquées étaient sans appel.

Wolfgang tenta d’échapper à un rendez-vous parisien en plaidant le fait qu’il pourrait être reconnu et appréhendé mais le donneur d’ordre se montra inflexible : sa présence était nécessaire au cœur des Black Bocs chargés de semer le désordre et générer des actes violents.

«  Pensez à toutes les jouvencelles que vous pourrez déflorer entre deux actes malveillants » dit cyniquement le boss et il ajouta qu’il comptait sur lui pour ne pas tomber vivant aux mains de la police.

«  Avec ce magnifique katana, le Hara Kiri sera votre dernier plaisir » et il le libéra sur ces mots.

De retour dans son nid douillet, Wolfgang multiplia les actes érotiques, exigea des plats raffinés puis, au grand dam de sa belle, partit sans se retourner.

Il se livra à la casse et à la violence dans la capitale des arts et soudain, le hasard mit sur sa route Magdalena qui sortait de la Sorbonne après avoir donné une conférence.

Il la saisit aux poignets, l’entraîna dans une ruelle où il comptait bien prendre son plaisir.

«  Je t’ai reconnue, petite coquine ! J’ai gardé le souvenir de ta chair offerte comme une fleur exotique à mon désir de feu. Tu vas connaître le Nirvana ».

Prise de tremblements, Magdalena mit la main sur sa médaille de Sainte Thérèse, priant sa protectrice  avec ferveur et le miracle se produisit.

Des agents infiltrés dans le groupe de Black Bocs surgirent à point nommé pour se saisir du criminel.

Wolfgang n’eut pas le temps de se servir de son katana qui lui fut tout de suite subtilisé et il connut la geôle à laquelle il s’était toujours dérobé.

Son procès fut acté et Magdalena put enfin respirer librement et vivre paisiblement, loin des turpitudes d’une bête sauvage.

La fugue de Magdalena

 

 


Déterminée à exécuter son plan établi depuis plusieurs mois, Magdalena avait pris docilement le chemin de l’école, prenant soin de saluer les personnes rencontrées afin qu’elles puissent témoigner de son passage puis elle s’était engouffrée, à l’abri des regards, dans une impasse découverte par hasard un soir de tristesse.

Au bout de l’impasse il y avait une porte fermée à clef. Magdalena avait pris les empreintes de la serrure et avait mis à profit les connaissances acquises au cours de technologie pour fabriquer une clef.

De l’autre côté de la porte qu’elle verrouilla soigneusement, s’étendait une lande parsemée de genêts, d’ajoncs et de bruyère.

Elle marcha longtemps, s’arrêta près d’une fontaine pour s’y désaltérer puis s’assit au pied d’un chêne pour reprendre son souffle.

Frappée par un rayon de soleil, elle s’endormit, rêvant qu’un aigle s’emparait de la médaille de Sainte-Thérèse dont elle ne se séparait jamais.

Elle s’éveilla en sursaut, constata l’absence de sa médaille mais découvrit également que sa jupe était relevée et froissée et que sa petite culotte était tachée.

Un ignoble individu l’avait violée pendant son sommeil et lui avait dérobé l’objet précieux auquel elle tenait tant.

Angoissée et endolorie, elle regarda autour d’elle, ne vit rien de suspect, se remit difficilement debout. Elle se rafraîchit au ruisseau et reprit sa route, jetant des regards inquiets à chaque détour du chemin.

La belle aventure prenait une tournure dramatique. Cependant Magdalena sentait qu’un retour en arrière lui était désormais interdit.

On la rendrait forcément responsable du dommage subi à la maison et on lui ferait d’éternelles remontrances.

Une chaumière se profilait à l’horizon.

Fervente lectrice de contes de fées, Magdalena songea à la maison en pain d’épices d’Hansel et Gretel. Néanmoins elle activa le heurtoir.

Personne ne lui ouvrit mais la porte n’étant pas fermée à clef, elle pénétra dans la pièce principale où flambait un bon feu de bois.

Elle s’assit auprès de la cheminée, délaça ses chaussures, massa ses pieds endoloris et s’endormit en dépit des efforts fournis pour demeurer éveillée.

Elle fut tirée de son sommeil par une suave odeur de potage aux perles du Japon, son plat préféré.

Une jeune femme avenante en caftan bleu nuit filé or se tenait près de la table où trônait une soupière prometteuse de réconfort.

«  Je me nomme Cordélia et c’est avec plaisir que je t’accueille en ma demeure. Asseyons-nous et mangeons. Ensuite, nous parlerons » dit l’aimable personne.

Le potage aux perles du Japon était exquis. Vint ensuite un dos de saumon cuit en papillote avec une sauce aux airelles. Un assortiment de pâtisseries orientales terminait en beauté ce repas délicieux.

Cordélia servit le thé et prit à nouveau la parole.

«  Je sais ce qui t’est arrivé car je connais ton agresseur et j’ai hâte qu’on le mette hors d’état de nuire. Il s’en prend toujours aux très jeunes filles.

Demain, après une bonne nuit, j’examinerai tes blessures et te soignerai car j’ai une formation d’infirmière. Dors sans souci mon enfant ».

Soulagée à la perspective d’être soignée sans qu’on l’accuse de légèreté, Magdalena se laissa guider par son hôtesse, découvrit une chambre pimpante avec un lit prometteur de rêves. Cordélia la doucha avec délicatesse, pansa son entrejambe et la vêtit d’une jolie chemise de nuit brodée.

Elle la mit au lit sans plus de façon, déposa un baiser sur son front et partit en lui laissant le chandelier allumé.

Se sentant en sécurité, Magdalena s’endormit et rêva qu’une fée veillait sur son sommeil.