samedi 25 avril 2026

La princesse aux yeux d'or

 

 

 

 


Dans une île gardée par des dauphins, naquit une petite princesse dont les yeux verts étaient pailletés d’or. On la surnomma la princesse aux yeux d’or.

Doria, de son nom de baptême, vécut dans un environnement empreint de beauté et de naturel.

Elle aimait jouer avec les coquillages du bord de mer et en faisait des poupées dont elle eut bientôt une véritable collection.

De nombreuses petites filles voulurent posséder l’une de ces poupées et, en l’apprenant, Doria se fit un plaisir de leur faire livrer l’objet de leurs rêves.

Un jour, un prince, à bord d’un voilier blanc, accosta dans une crique.

En abordant sur le rivage, il fut fasciné par la beauté d’une jeune fille qui était absorbée par la collecte de coquillages qu’elle choisissait avec soin.

Il se présenta, Prince Louis de Hurlevent et lui demanda la raison de ce tri.

Doria lui expliqua qu’elle confectionnait des poupées et que le choix des coquillages impliquait leur facilité à s’emboiter.

Ce n’est certes pas usuel, lui dit aimablement le prince mais c’est une occupation charmante.

Et il se mit à sélectionner  lui aussi des coquillages, dans le but de façonner l’ébauche d’un prince qui demanderait la main de la plus belle des poupées.

Ils furent si absorbés par leur tâche qu’ils furent surpris par le soleil couchant.

Doria invita Louis à se joindre à elle pour une soirée en son palais.

Tous deux cheminèrent comme de vieux amis et ils prirent du plaisir à goûter les mets préparés dans les cuisines, vol-au-vent de volaille, loup de mer grillé aux légumes fondants et îles flottantes en guise de dessert.

Les violonistes du palais jouèrent Les Yeux Noirs et Princesse Csardas alors qu’ils savouraient de délicates préparations au miel, parfumées à la rose.

Le prince fut ensuite conduit dans ses appartements.

On lui fit couler un bain à la lavande et il en apprécia la douceur.

Sa nuit fut peuplée de rêves où dansaient des poupées de coquillages.

Le lendemain et les jours suivants, Doria et Louis passèrent le plus clair de leur temps à confectionner des poupées.

Ils décidèrent, d’un commun accord, de créer un atelier afin de ne pas encombrer les boudoirs et les antichambres de leurs objets artisanaux.

Le prince fit une escapade pour annoncer à son équipage qu’il ne fallait pas l’attendre. Il chargea le capitaine d’apporter une missive explicative à ses parents ainsi que des cadeaux offerts par la princesse.

La goélette prit le large, le laissant à son destin.

Ravis de s’être trouvé une occupation jumelée et passionnante, les deux amants se marièrent entre deux créations. Le gâteau de la mariée s’orna de ravissantes figurines de coquillages à leur image.

Ils vécurent heureux et Doria mit au monde de charmants bambins qui se passionnèrent également pour les coquillages.

Le petit prince Edouard conçut une maison de poupées si jolie que bon nombre d’enfants voulurent en posséder une pour y installer des poupées dans un décor fait pour elles.

La princesse Aline rompit avec la tradition familiale en créant des poupées de porcelaine qu’elle habilla dans un style Haute Couture qui lui était propre, ce qui provoqua un véritable engouement tant le charme était prenant.  

La vie s’écoula paisiblement et artistiquement dans le plus beau des petits royaumes insulaires où flottait l’étendard étoilé de la princesse aux yeux d’or.

 

vendredi 24 avril 2026

La Balance


Jamais plus on ne verra son sourire féerique sur le petit écran de nos jours, en direct comme se plaisent à dire les journalistes.

On ne la reverra qu’à travers les nombreux films où elle a marqué sa présence avec solidité et légèreté, inoubliable star du quotidien, allant de la prostituée au commissaire de police avec un tel naturel que chaque fois, on y croit.

Mystérieuse et présente, elle offre à ses personnages cette touche d’originalité qui jouxte l’éternel féminin dans toute sa complexité.

jeudi 23 avril 2026

Les Bleuets

 

 

 


En poussant la porte du jardin de sa grand-mère, Ophélie était loin de se douter qu’un mystère planait sur le village de son enfance et qu’elle y serait mêlée.

Après avoir plusieurs fois fait le tour du monde en chantant et en dansant pour des publics variés, sur de petites scènes rurales et dans des théâtres, Ophélie avait éprouvé le besoin de se ressourcer dans son pays natal.

En consultant son courrier, elle distingua une enveloppe portant le cachet d’un tabellion et c’est ainsi qu’elle apprit le décès de sa grand-mère chérie, la magnifique Roxane qui l’avait élevée à la suite du décès accidentel de ses parents.

Le notaire lui certifia qu’elle était l’unique légataire de sa grand-mère : elle lui léguait une somme conséquente, le fruit de ses économies et l’acte de propriété de sa maison Les Bleuets, située à Maroilles, petite cité bénie où l’on respire le bon air herbager.

Avant d’emménager aux Bleuets, Ophélie prit contact avec Françoise, personne de confiance pour redonner à la maison son air pimpant d’antan.

Ophélie se demandait si les plantations florales de sa grand-mère, capucines, pavots, bleuets, pervenches et rosiers avaient gardé leur vivacité.

En arrivant chez elle, elle fut reçue par Françoise qui lui avait préparé un bon repas aux couleurs du pays : gougères au Maroilles, ce délicieux fromage à pâte molle qui avait assuré la renommée du village, poule au pot avec les légumes du jardin et tarte à la crème de pruneaux réservée, à l’origine, pour les repas de Ducasse, le tout accompagné d’un vin de fleurs et de limonade.

Françoise conduisit Ophélie à sa chambre, lui prépara un bain et l’aida à revêtir ensuite une chemise de nuit en batiste que Roxane aimait par-dessus tout.

Après avoir bassiné le lit, elle l’aida à prendre place dans un moelleux cocon de draps fins et d’édredons fleurant bon la lavande.

Françoise se retira ensuite discrètement pour se reposer à son tour afin de préparer le petit déjeuner du lendemain au chant du coq.