vendredi 22 mai 2026

Papa

 





Tu es parti si vite que je n’ai pas eu le temps de te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi, de mes premiers pas jusqu’à mes quarante ans.
Tu as toujours été à mes côtés, m’aidant de toutes les manières pour que je trouve le bon chemin.
Tu as suivi tous mes matchs de tennis, te dissimulant parfois dans un buisson, à la de Funès, pour me prodiguer des conseils.
Tu es même devenu juge-arbitre afin d’être à nos côtés de manière constante, Jean-Noël et moi.
Par la suite, tu as été fier de moi au Lycée Notre-Dame de Saint-Méen-Le-Grand et lorsque je suis devenu sommelier, tu m’as accompagné à Paris, au Georges V pour mon entrée au Louis XV à Monaco.
Tu as franchi la mer pour m’apporter en Irlande la voiture dont j’avais besoin, conduisant pour la première fois à l’anglaise, en compagnie de Maman.
Tu as toujours été vigilant quant à l’entretien des véhicules que j’ai eus en ma possession, de ma première Renault 5 aux suivantes, revêtant la tenue de mécanicien pour assurer les vidanges et veiller à la bonne marche de la mécanique.
Bref, ma vie aurait été bien difficile si tu n’avais pas toujours été là pour m’apporter ton précieux concours.
C’est avec joie que je vous ai servis à La Ville Blanche de Lannion chez les frères Jaguin lors du réveillon de l’an 2000.
Maman et toi en aviez gardé un souvenir impérissable.
L’âge et la maladie se sont ensuite emparés de toi mais tu as toujours gardé, à mes yeux, le panache de la modestie qui était le tien.
Repose-toi, Papa, tu l’as bien mérité.
Tes fils et leur mère ne t’oublieront pas

Si le roi savait ça

 


«  Si le roi savait ça, Isabelle

Isabelle, si le roi savait ça

A la robe de dentelle

Vous n’auriez plus jamais droit

Isabelle, si le roi savait ça ».

Fidèle à la promesse qu’il s’était faite enfant, de venir en aide aux femmes en détresse, Vincent partit consoler la pauvre enfant pleurant la mort d’un détenu.

« Le prisonnier de la tour

S’est tué ce matin

Grand-Mère

Nous n’irons pas à la messe demain

Il s’est jeté de la tour

En me tendant les mains

Grand-Mère

Il m’a semblé que j’avais du chagrin ».

Désireux de consoler la princesse de la chanson, Vincent acheta des robes de dentelle, une pour chaque jour, d’une couleur différente, à l’exception du noir, comptant bien les lui offrir au cas où le roi supprimerait sa garde-robe de princesse.

Il arriva au pied de la tour en chantant «  Rossignol de mes amours » pour que la princesse soit délivrée des oiseaux noirs qui lui rongeaient le cœur.

La princesse fut heureuse de porter une robe bleu azur et elle laissa couler ses larmes qui emportèrent le souvenir douloureux d’un premier amour.

 

 

jeudi 21 mai 2026

Le pays d'où je viens

 




«  Le pays d’où je viens

N’est fait que de silence

Donnez, donnez-moi la main

Bonjour, bonjour Sainte-Chance

Peut-être un jour, demain

Le traîneau des vacances

Vous emmènera enfin

Aux croisées des chemins

Du pays d’où je viens ».

Emboîtant le pas à Monsieur Cent Mille Volts, Gilbert Bécaud entrant dans un conte de Noël, Vincent esquissa des pas de danse, foulant un sentier semé de pétales de roses, de pivoines et de fleurs de cerisiers.

Véritable héros féerique, Vincent fit renaître le pays merveilleux, illustré par un chanteur au faîte de sa gloire, quelque peu oublié aujourd’hui !

Une étrange captivité

 

 

 


Les jours se suivaient au manoir des Tourneux et l’on se demandait qui était le captif de l’autre.

Dahlia ne prenait plus ses repas dans sa chambre, partageant les menus du seigneur à sa table.

Des plats succulents se référant à la nature étaient servis dans un faste maîtrisé de bon aloi.

La porte de sa chambre n’était plus fermée mais elle n’éprouvait plus le besoin de s’enfuir. Traitée avec déférence comme une personne de qualité, elle goûtait le plaisir de vivre, guettant les moments où le comte l’emmenait dans le jardin d’amour qu’il avait conçu pour lui plaire.

De son côté, Philippe se sentait apaisé en présence de son hôtesse. Il galopait de moins en moins dans la campagne et un jour, il entra dans une librairie. Il acheta quelques livres dont les critiques étaient élogieuses et chercha un ouvrage pour lui.

Le Comte de Monte Cristo l’attira ; il en fit l’achat sans savoir que Dahlia avait précisément pensé à ce livre le jour où il lui avait demandé de présenter une liste préférentielle.

Il se lança dans la lecture de ce roman fabuleux et réalisa à quel point l’enfermement pouvait être néfaste.

Edmond Dantès devenait riche mais l’emprisonnement au cachot d’If pesait lourdement sur son âme : après avoir été le captif emmuré, il devenait prisonnier de son désir de vengeance.

Progressant dans sa lecture, il craignit de devenir un oppresseur inconditionnel ; un soir, il finit par proposer à Dahlia de lui rendre sa liberté.

La jeune fille ne sauta pas de joie, elle le regarda intensément et lui fit cette étrange réponse :

«  Est-ce vraiment ce que vous souhaitez de tout votre cœur » ?

Il ne sut quoi répondre car toutes les fibres de son être réclamaient sa présence.

«  Réfléchissez, ma chère ! effectivement, j’aimerais que vous restiez près de moi mais je ne veux pas vous imposer une captivité qui me déshonore. Je vous demande pardon pour mon inqualifiable comportement : je vous ai enlevée avec brutalité, vous ai enfermée dans un cachot et si je me suis racheté par la suite, j’ai la conscience lourde ».

Le comte semblait si sincère que Dahlia posa sa main sur son bras et lui dit d’une voix douce que le passé était oublié :

«  Vous n’êtes plus le prédateur forcené du début et je crois que la maladie vous avait imposé cet incroyable chemin. Si vous le voulez, je serai votre Mercédès ».

Transporté de bonheur, Philippe se jeta au pied de Dahlia, posa sa tête sur ses genoux et fut au septième ciel en sentant la main légère de la jeune femme effleurer ses boucles.

De somptueuses noces furent préparées et les mariés se jurèrent une assistance réciproque.