dimanche 24 mai 2026

Amour nocturne

 


«  Moi je n’étais rien

Et voilà qu’aujourd’hui

Je suis le gardien

Du sommeil de ses nuits

Je l’aime à mourir »

Rêvant à l’amour fou qui emporte tout sur son passage, semant des cerceaux de roses d’orient, Vincent marcha au hasard dans les rues de Paris.

Une princesse de la nuit surgit, dansant au son d’un violon inspiré par Chagall et le monde nocturne révéla sa présence comme dans un film de Woody Allen.

Toutes les figures qui avaient hanté les bars parisiens, Ernest Hemingway, Paul Verlaine et Edgar Degas offrirent un aspect de leur talent.

Degas peignit Vincent sous les traits d’un danseur du Moulin Rouge, Paul Verlaine écrivit une ode à sa beauté et Ernest Hemingway commença une nouvelle où une chanteuse de Fado s’ingéniait à ensorceler le ténor à la voix d’or.

L’aube chassa ce monde onirique et Vincent, les yeux clos, savoura la rosée du matin.

Johnny roi de l'été

 

 



Cherchant un pendant masculin à la représentation de l’été si souvent honoré par une figure féminine, la muse de l’été jeta son dévolu sur Johnny.

Non seulement il possédait cette fameuse beauté grecque qui inclinait vers une naissance en coquillage nacré comme Vénus, la déesse de l’amour mais, de plus, il attirait spontanément les fleurs de la forêt, Brocéliande notamment, ce qui le faisait apparaître comme le barde de La Table Ronde.

La muse Rose des bois demanda au peintre Alphonse Mucha de représenter Johnny en roi de l’été.

Le prince pictural de La Belle Epoque trouva le fil d’or qui transfigura Johnny, l’envoyant rejoindre le monde de Shakespeare dont il rêvait.

Petit oiseau en cage

 

 



Lorsque Célia sortit de son sommeil comateux, elle crut qu’elle était revenue dans la forêt. On entendait le murmure d’un ruisseau, des chants d’oiseaux et le parfum des jacinthes chassait les miasmes provoqués par la dose de chloroforme administrée par le kidnappeur.

La pièce dans laquelle elle se trouvait était couverte d’herbes et de fleurs ; le mobilier en acajou et en bois blanc rompait la monochromie vert jade du décor.

Un joli secrétaire l’invitait à poursuivre ses activités favorites, coloriages, gommettes et dessins.

Célia dessina les contours de la pièce et se représenta en oiseau captif.

Une nurse posa sur une desserte un bouillon aux aromates royaux, le basilic étant la plante favorite des souverains, du poulet en gelée et de jeunes pousses savoureuses. Un dessert lacté rappela à l’enfant ceux que Cerise lui préparait. De la réglisse, des raisins blonds et des pétales de roses gélifiés ornaient la coupe de crème aromatisée à la vanille.

Célia apprécia ce repas et écouta l’histoire de Boucle d’or et les trois ours racontée par la nurse.

Camélia, la nurse, débarrassa la desserte et disparut après avoir déposé quelques livres illustrés sur le divan où la petite fille prit place.

Célia fut heureuse de retrouver l’ambiance complice de la forêt en lisant l’histoire du Petit Poucet.

Le soir tomba. Camélia revint, prépara le bain de la petite protégée du seigneur.

C’était une baignoire en forme de cygne qui invita Célia à barboter avant le coup d’éponge de la nurse.

Séchée et parfumée, elle revêtit une jolie chemise en coton brodée et se mit au lit, nénuphar géant au duvet de cygne.

Elle s’endormit rapidement, rêvant que Cerise venait la délivrer.