dimanche 7 juin 2026

Nous au village aussi on a ...

 

 


«  C’est pas seulement à Paris

Que le crime fleurit

Nous au village aussi on a

De beaux assassinats ».

La chanson de Georges Brassens résonne en nous comme un gong oriental alertant le peuple : nul n’est à l’abri des violences, des exactions et du crime parfois gratuit.

Le temps des Apaches armés de couteaux, de bâtons ferrés, de cannes-épées et chaussés de savates de combat est révolu, l’outillage est plus sophistiqué, plus précis comme s’il y avait une surenchère dans l’art de tuer.

«  Il avait la tête chenue

Et le cœur ingénu

Il eut un retour de printemps

Pour une de vingt ans

Mais la chair fraîch’, la tendre chair

Mon vieux ça coûte cher

Au bout de cinq à six baisers

Son or fut épuisé ».

Tant de villes rasées, tant d’innocents assassinés pour de l’or et du poivre s’indignait déjà Michel de Montaigne dénonçant la conquête cruelle des Conquistadores.

Aujourd’hui, pour une montre, un bijou, une liasse de billets, une carte bancaire dont on fait dire le code par le supplice, on n’hésite pas à tuer.

«  Quand sa menotte elle a tendu, triste il a répondu

Qu’il était pauvre comme Job

Elle a remis sa rob’ ».

La suite, tout le monde la connaît, la mignonne fait venir son coquin et à eux deux, ils lui font subir maints sévices avant de le tuer sauvagement.

Qui a dit que les fauves étaient dans la jungle ? Ils sont chez nous, au cœur des cités tranquilles où les fontaines, les oiseaux et les cloches d’églises distillent un chant de paix et d’amour.

Les amours insolites

 

 

 


Émergeant de sa conque de nacre, la déesse Vénus marche à petits pas sur le sable mouillé et elle dépose dans son sillage des roses et des coquillages.

S’ouvrant comme une fleur, elle choisit un amant et tous deux se dirigent vers un abri couvert de larges feuilles et de mousse.

Sur un lit de duvet de cygne et de pivoines, ils s’aiment puis le jeune pêcheur s’endort, rêve d’amour et au réveil, il se retrouve seul, habillé de perles et de ducats.

La déesse a repris la mer pour rejoindre son époux qui forge un bouclier dans son antre de feu.

Déçue d’avoir perdu son amant au corps noueux comme l’olivier, la belle Calypso guette le prochain naufragé suffisamment attirant pour qu’elle l’emmène dans sa grotte enchantée et y vivre une passion dévorante.

De son côté la belle Hélène qui a été choyée et caressée des nuits durant par le beau Pâris après l’avoir enlevée à son mari dans un élan fougueux et irréfléchi, provoquant ainsi une guerre meurtrière, est ramenée triomphalement à Sparte par son époux Ménélas après la destruction de Troie et la mort de Pâris.

Mais celle dont tout le monde se souvient, c’est Pénélope, l’épouse d’Ulysse et mère de Télémaque qui attendit le retour de son époux pendant vingt ans et qui ne lui ouvrit les bras qu’après s’être assuré qu’il s’agissait bien de lui !

samedi 6 juin 2026

La valse du dragon

 




«  Tu as cru m’échapper, ô ma divine mais sache que rien n’arrête une vouivre enflammée par l’amour. Tu portes des escarpins taillés dans ma peau mais ils ne pourront pas se dérober à ma volonté. Je suis ton seigneur et maître » murmura le singulier danseur à l’oreille de celle qu’il prétendait aimer.

Un nuage doré les enveloppa et ils valsèrent de manière éperdue au rythme des violons qui semblaient ensorcelés.

Le Grand Louvetier du château mit un terme à cette folie et il enleva d’autorité la duchesse à ce danseur qu’il assimilait à un loup diabolique genre Bête du Gévaudan.

Lancelot de La Forêt Noire se contenta de sourire et il enlaça derechef la belle Amélia qui ne put se défaire de la poigne autoritaire de son cavalier.

«  Vous avez essayé les escarpins taillés dans ma peau, la belle ! Vous me suivrez dans mon palais lacustre et me servirez nuit et jour ».

Effrayée par ces paroles, Amélia s’évanouit.

Le démon la déposa sur un banc et empoigna une cavalière dont le charme évident métamorphosait chacun en amant potentiel.

Ils valsèrent éperdument   sous le regard admiratif des participants à la fête.

Remise de ses émotions, Amélia se retira dans une chambre sous bonne garde.

Victor des Bruyères, le grand louvetier mit un terme à cette folle emprise du diable sur les jolies femmes de l’assemblée.

Feignant un malaise, il s’accrocha au supposé Lancelot de la Forêt Noire et l’empoigna d’une main ferme protégée par un gantelet en mailles d’acier.

La croix qui brillait sur sa poitrine « teignit l’ardeur du fier danseur qui se laissa emmener par le représentant de l’ordre habile à déjouer toutes sortes de diableries.

Et c’est ainsi que le dragon, définitivement vaincu, quitta l’étang du domaine de la duchesse et porta ses maléfices dans d’autres lieux.