samedi 30 mai 2026

Les lys de la vallée

 

 



Les lys de la vallée ont fleuri sur les rives du souvenir et les jeunes filles se sont empressées d’en cueillir pour faire des bouquets.

Jadis on les dédiait aux rois et à la reine céleste, Marie dont le mois s’achève sans qu’il y ait eu de processions ou de messes sacrées en sa mémoire.

Côté processions, on peut noter que des cinéastes ont filmé des scènes où l’on exécute un parrain de la mafia au plus fort des alléluias.

Eclaboussés de sang, les lys sont piétinés, formant un tapis végétal où subsiste encore le pistil solaire dont raffolent les abeilles.

Les lys fraîchement cueillis sont disposés dans des vases et jettent leur note de lumière.

«  J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans » écrivait Charles Baudelaire et sans oser me comparer à cet immense poète, je peux dire que je fais mien ce vers merveilleux et si parlant.

Dans la commode de mon âme, il y a de multiples tiroirs et j’en tire parfois un au hasard.

Tantôt c’est un tiroir qui mène à l’ivresse du vin, tantôt c’est la boite à souvenirs qui nous oblige à faire un retour vers l’enfance ou encore à l’amour voué à une servante disparue, plus rarement à une rêverie érotique «  La très chère était nue » bref les tiroirs de nos âmes sont innombrables et en ce qui me concerne, il y en a un, inédit, qui encense l’amour des lys grâce à un support romantique, Le Lys dans la vallée d’Honoré de Balzac et mes souvenirs d’enfance liés aux processions somptueuses, organisées pour le mois de Marie dont il reste une trace dans les chansons populaires et le cœur des officiants.

Les lys de la vallée ont fleuri sur les rives du souvenir et ont embaumé mon cœur, m’entraînant dans une valse qui me conduit au Cantique des cantiques, les tableaux de Greuze, Poussin ou Vermeer de Delft, à l’image de La jeune fille à la perle à qui un amoureux me compara jadis, allant jusqu’à orner le manteau de cheminée d’une reproduction, placée en guise d’ex- voto.

C’est seulement à présent que je mesure la qualité de ce geste car si j’ai toujours aimé les tableaux de Vermeer de Delft, notamment La Dame au chapeau Rouge dont un fac-similé patiné orne mon salon, jeune fille, je détestais toute allusion à ma supposée beauté, refusant que l’on fasse des femmes des objets de désir.

Aujourd’hui, je me promène dans les jardins du souvenir et je respire le parfum enivrant des lys, dernier rempart de la virginale douceur…

 

 

Rose Tango

 

 



«  Moi je suis tango tango

J’en fais toujours un peu trop

Moi je suis tango tango

Je n’connais que des rimes en o

Moi je suis tango tango

J’ai cette musique dans la peau ».

Emporté par la musique d’une chanson de Guy Marchand, Vincent se mit en devoir de trouver une partenaire pour danser un mémorable tango.

« Je danse ou je me bats

J’n’sais pas, je n’sais pas

Tango mi amor ».

Chanta une gitane qui accepta la rose qu’il avait entre les dents comme une promesse de passion aux couleurs de la rose tango.

Sur les traces du dieu Apollon

 

 

 


Gilles Le Guen arpentait l’île de Délos consacrée à l’amour et à la beauté pour y trouver son Tristan.

Dans cette attente, il réalisait parfois des portraits en installant son chevalet face à la mer pour en saisir l’émeraude de strates nuancées.

Il finit par devenir une figure familière de l’île. Les touristes voyaient en lui une attraction et les pêcheurs insulaires admiraient sa manière de transcender leur quotidien. Il revenait souvent dans la maison d’hôtes où il avait élu domicile avec des cagettes de poissons généreusement offertes par les travailleurs de la mer.

Son hôtesse transformait cette offrande en poissons grillés ou en soupes qui rappelaient au peintre les cotriades chères à son Yseult.

Alors qu’il peignait une marine, il vit venir à lui dans un nimbe solaire un éphèbe en qui il vit Tristan.

Craignant de l’effaroucher avec une offre directe, il posa ses pinceaux pour converser et en apprendre plus sur ce personnage qui ne semblait pas avoir conscience de sa beauté.

Le jeune Ambroise était poète et il cherchait l’inspiration dans cette île dédiée à l’amour.

Les deux artistes firent plus ample connaissance à la terrasse d’un café où on leur servit de l’ouzo, des olives et des petits pains au sésame.

L’ouzo produisit son effet ; chacun se livra à l’autre, révélant l’essentiel de sa quête.

Ambroise se passionna pour cette Yseult à qui Gilles cherchait un Tristan digne de sa beauté.

Quant à lui, il était en quête de l’amour fou en se référant à son poète préféré André Breton.

Comme il se montrait intéressé par la représentation d’ Yseult, Gilles lui proposa de l’accompagner dans sa maison d’hôtes car il avait emporté quelques représentations de sa toile fétiche afin de s’en inspirer pour créer son pendant masculin de l’éternel amour.

Après un léger repos, les deux artistes mangèrent de la rascasse. Cuite au four, agrémentée d’une sauce onctueuse aux plantes aromatiques, cette merveille typiquement méditerranéenne  les ravit.

Moussaka, féta et yaourts grecs clôturèrent cet excellent repas qui resta dans les annales de la maison.

Ambroise admira les reproductions de la toile représentant Yseult et souhaita en réserver une mais Gilles la lui offrit en gage de leur amitié naissante.

Le lendemain, ils se donnèrent rendez-vous sous huitaine pour prendre la mer en direction de Roscoff car Ambroise brûlait de connaître le modèle du fabuleux tableau dont il découvrirait l’original dans la salle étoilée de La Marée Bleue.

Quant à Gilles, il gardait pour lui la découverte du Tristan qui naîtrait de ses pinceaux.