Soraya revint un jour de sa promenade matinale dans les jardins du manoir en grand trouble ; elle croyait être en proie à des hallucinations car alors qu’elle se penchait pour humer le parfum délicat des violettes, elle avait vu se dresser devant elle une femme d’une grande beauté aux yeux de violette, vêtue avec simplicité et distinction.
Elle avait appris à peindre et à dessiner ; elle se mit à faire le portrait de l’apparition.
Gildas reconnut sa chère Violette ; son trouble n’échappa pas à Soraya qui le pria de lui donner la clef de ce mystère.
« Très chère amie, je vous donnerai toutes les explications demandées mais il me faut du temps ».
Goldas fixa un jour pour la révélation et il organisa une soirée orientale pour offrir une ambiance amicale à son hôtesse.
Tajine d’agneau, soupe Harira et pâtisseries délicates, cornes de gazelle et gâteaux au miel figureraient au menu.
Il mit à profit le temps de répit pour se remettre en mémoire les charmes de Violette qu’il croyait avoir oubliée.
Elle lui apparaissait sublimée, un ange floral offert à la terre pour un temps limité.
« Comment ai-je pu croire que je l’effacerais facilement de ma mémoire » se demandait-il, au comble de la détresse.
Le lendemain, il eut la surprise de voir Violette en personne, arrivée au manoir dans un bel équipage.
Elle apportait des bocaux de sa composition, les plats préférés du prince et de magnifiques gerbes de fleurs où triomphait la timide violette en plein cœur.
« Je vous ai vu en songe un peu triste et j’ai eu l’impression que ma présence vous apporterait du réconfort. Pardonnez-moi si ma visite est incongrue : je repartirai sur le champ » dit-elle à Gildas au comble de l’émotion.
Soraya arriva sur les entrefaites et elle félicita le couple de cette union voulue par les dieux de l’amour. Elle s’éclipsa dans son palais, laissant derrière elle les fragrances de son parfum où se mêlaient le santal, la rose, le benjoin et le patchouli.
« Mon aimée dit Gildas je suis si heureux qu’il me semble que mon cœur va s’échapper de sa cage comme un oiseau pour vous rejoindre dans un univers onirique où nous serions seuls et heureux.
Je reconnais bien là cette douce folie qui m’enchante » répondit Violette et les amants s’unirent enfin pour connaître les délices de l’amour.


