jeudi 5 février 2026

Eugène, le dernier seigneur d' Audencourt

 


Lorsque mon grand-père paternel, Eugène Denimal, vint s’établir à Audencourt, petit village et dernière seigneurie du Cambrésis à conduire une guerre victorieuse, ce fut pour convoler et faire le bonheur d’une épouse, Marie Haury, orpheline et soumise par la tradition à la volonté de son frère François.

Après des études brillantes à l’orphelinat, ma grand-mère se vit contrainte d’accepter une place de femme de chambre à Paris chez une bourgeoise qui la traita fort bien en récompense de son travail soigné.

La dernière année d’étude de Grand-mère se termina par un fait d’une injustice notoire. Alors que Grand-mère avait obtenu tous les premiers prix, le jour de la distribution des prix, ce fut une élève médiocre mais fille d’un riche agriculteur qui offrait au couvent outre une somme substantielle, des œufs, du beurre, du lait, des volailles et autres victuailles, qui récolta les jolis livres à tranche dorée remis aux lauréates pour la circonstance.

Peu de jours avant sa mort, Grand-mère évoqua ce souvenir douloureux, le pire de sa vie qui ne lui avait cependant pas déroulé un chemin de roses.

Mon père qui adorait sa mère garda une dent contre les religieuses et la religion de manière générale, ce qui m’obligea à déployer des trésors d’éloquence pour obtenir du curé de sa paroisse une messe solennelle lors de ses funérailles.

Mais revenons aux premiers beaux jours du mariage de ma grand-mère.

Son frère craignait qu’elle ne se perde à Paris et ne déshonore leur nom c’est pourquoi il la contraignit à un mariage arrangé.

Grand-mère était fine, délicate, intelligente, cultivée, elle écrivait sans faute et de jolie manière, elle savait compter et plus tard lorsque son mari s’installa à son compte, elle tint les registres de main de maître.

Eugène, son mari, avait fière allure et il en imposait à tous par sa prestance et son autorité naturelle.

Il n’était pas éloquent mais plaçait ses phrases au moment où il le fallait et compensait ses lacunes par une série de proverbes et de maximes incontestables.

Je le soupçonne d’avoir éprouvé une violente passion pour sa femme, sans démonstration, à la manière des rudes paysans dont il était le descendant.

Il obligea Grand-mère à se défaire de colifichets et de chemisiers brodés qui figuraient à son trousseau.

D’un naturel jaloux, il n’hésitait pas à infliger une correction à sa femme si un homme lui avait adressé, à son corps défendant, un regard appuyé.

Il encouragea son épouse à se défaire de son Français élégant et lui suggéra fortement d’opter pour le patois du village qu’il maniait avec aisance.

Mes souvenirs d’enfant m’ont laissé l’image d’un grand-père qui se voulait débonnaire mais qui me procurait un sentiment mitigé de peur et d’attrait.

Après avoir franchi le rocher de Gibraltar que représentait Grand-père, assis pour se raser au « coupe-chou », un rasoir qui nécessitait de la dextérité, je me précipitais vers ma grand-mère, ma bonne fée.

Elle me tendait des louis d’or, en l’occurrence des centimes couleur or qu’elle me réservait, jouant le jeu des contes de fée.

J’étais ravie et j’empochais mes louis d’or, certaine d’être une héroïne de conte.

Grand-mère rassemblait ses cheveux argentés en un chignon et ses joues rosies par la couperose lui donnaient un air de pomme d’Api.

Elle souriait naturellement et répondait à mes babillages sur le même ton.

Loin d’être simple, sa vie avait été semée d’embuches et son courage lui avait permis de résoudre maints problèmes.

L'homme aux mocassins bleus

 

 



Lorsqu’il entra dans la salle de réception de la maison bourgeoise où il avait retenu une chambre , Philippe de Cassel eut l’impression de devenir aux yeux des autres pensionnaires l’homme aux mocassins bleus.

Contraint de prendre soin de ses pieds du fait de leur fragilité, Philippe avait trouvé les chaussures idéales, une paire de mocassins bleus qui avait appartenu à un légendaire chef sioux.

Après des recherches minutieuses sur la culture amérindienne, Philippe de Cassel avait décidé de s’établir à Paris pour s’y faire un nom.

Amoureux de l’univers balzacien, il avait tenu à vivre dans une pension de famille. Il avait trouvé une adresse et avait mis toute son énergie et son entregent pour se faire admettre dans La maison des écrivains.

Brodant un peu en digne émule d’Eugène de Rastignac, il avait prétendu écrire un roman retraçant l’itinéraire d’un gamin de Paris.

L’hôtesse, une sémillante quinquagénaire qui se piquait de littérature avait accepté sa candidature à condition qu’il lui lise des extraits de son roman.

La présentation terminée et le coup d’œil à sa chambre donné, Philippe rejoignit ses commensaux à la table de la salle à manger où les attendait un bon souper digne des grandes tables bourgeoises.

Nappe de lin, chemin de table brodé de pivoines et de paons, porcelaine fine, argenterie, cristal étincelant sous les lustres d’argent, Dame Flore, l’hôtesse apporta une soupière au contenu parfumé et servit chaque convive avec dextérité.

On mangea en silence puis avec l’arrivée du deuxième plat, un osso bucco généreux, les langues se délièrent.

Philippe échangea quelques généralités avec sa voisine, une jeune fille timide qui portait bien son prénom, Violette.

Violette était puéricultrice. Philippe songea qu’elle devait être plus à l’aise auprès des bébés et des jeunes enfants qu’avec les adultes.

Plateau de fromage et îles flottantes clôturèrent  ce bon repas où des eaux minérales et des vins de qualité avaient rafraîchi les gosiers échauffés.

Dame Flore proposa au choix café, thé ou tisane et des liqueurs puis chacun regagna sa chambre après un au revoir amical.

Satisfait de sa première soirée, Philippe fit une toilette sommaire et plongea rapidement dans un sommeil réparateur.

Sa nuit fut agrémentée par de fugitives apparitions féériques. Il crut reconnaître le doux visage de Violette dans un nuage doré où apparaissaient, au milieu de langues de feu, les visages des chefs sioux qui émaillaient sa thèse.

Il prit son petit déjeuner dans sa chambre, se vêtit soigneusement et partit à la conquête de Paris pour trouver le fil d’Ariane du roman qu’il était censé écrire et dont il devrait livrer quelques pages à Dame Flore, l’hôtesse de la Maison des écrivains.

Quatrième de couverture de Mystère à Maroilles

 

 

« Un photographe d’art réalisa post mortem un cliché de la malheureuse. Grâce à d’habiles retouches, il effaça les stigmates de la douleur et donna à la femme l’apparence d’une personne en vie.

De cette manière, on put proposer aux habitants de Maroilles une photographie convenable voire attrayante.

Un homme la reconnut : «  C’est la créature des bois » ! On lui demanda de préciser le sens de la métaphore.

Selon ses dires, cette femme connue sous l’appellation « créature des bois » était une aubaine pour les hommes en quête de proies faciles ».

 

Qui est cette « créature des bois » et quel lien l’unit-elle avec une petite fille trouvée en forêt de Mormal près de Maroilles ?  Voilà l’énigme que doivent résoudre la gendarmerie du village et Ophélie, habitant aux Bleuets, dans la maison léguée par sa grand-mère au passé étonnant ! En cherchant des champignons et des fleurs pour ses compositions artistiques, Ophélie a trouvé une enfant errant dans la forêt …