Déterminée à exécuter son plan établi depuis plusieurs mois,
Magdalena avait pris docilement le chemin de l’école, prenant soin de saluer
les personnes rencontrées afin qu’elles puissent témoigner de son passage puis
elle s’était engouffrée, à l’abri des regards, dans une impasse découverte par
hasard un soir de tristesse.
Au bout de l’impasse il y avait une porte fermée à clef.
Magdalena avait pris les empreintes de la serrure et avait mis à profit les
connaissances acquises au cours de technologie pour fabriquer une clef.
De l’autre côté de la porte qu’elle verrouilla soigneusement,
s’étendait une lande parsemée de genêts, d’ajoncs et de bruyère.
Elle marcha longtemps, s’arrêta près d’une fontaine pour s’y
désaltérer puis s’assit au pied d’un chêne pour reprendre son souffle.
Frappée par un rayon de soleil, elle s’endormit, rêvant qu’un
aigle s’emparait de la médaille de Sainte-Thérèse dont elle ne se séparait
jamais.
Elle s’éveilla en sursaut, constata l’absence de sa médaille
mais découvrit également que sa jupe était relevée et froissée et que sa petite
culotte était tachée.
Un ignoble individu l’avait violée pendant son sommeil et lui
avait dérobé l’objet précieux auquel elle tenait tant.
Angoissée et endolorie, elle regarda autour d’elle, ne vit
rien de suspect, se remit difficilement debout. Elle se rafraîchit au ruisseau
et reprit sa route, jetant des regards inquiets à chaque détour du chemin.
La belle aventure prenait une tournure dramatique. Cependant
Magdalena sentait qu’un retour en arrière lui était désormais interdit.
On la rendrait forcément responsable du dommage subi à la
maison et on lui ferait d’éternelles remontrances.
Une chaumière se profilait à l’horizon.
Fervente lectrice de contes de fées, Magdalena songea à la
maison en pain d’épices d’Hansel et Gretel. Néanmoins elle activa le heurtoir.
Personne ne lui ouvrit mais la porte n’étant pas fermée à
clef, elle pénétra dans la pièce principale où flambait un bon feu de bois.
Elle s’assit auprès de la cheminée, délaça ses chaussures,
massa ses pieds endoloris et s’endormit en dépit des efforts fournis pour
demeurer éveillée.
Elle fut tirée de son sommeil par une suave odeur de potage
aux perles du Japon, son plat préféré.
Une jeune femme avenante en caftan bleu nuit filé or se
tenait près de la table où trônait une soupière prometteuse de réconfort.
« Je me nomme Cordélia et c’est avec plaisir que je
t’accueille en ma demeure. Asseyons-nous et mangeons. Ensuite, nous
parlerons » dit l’aimable personne.
Le potage aux perles du Japon était exquis. Vint ensuite un
dos de saumon cuit en papillote avec une sauce aux airelles. Un assortiment de
pâtisseries orientales terminait en beauté ce repas délicieux.
Cordélia servit le thé et prit à nouveau la parole.
« Je sais ce qui t’est arrivé car je connais ton
agresseur et j’ai hâte qu’on le mette hors d’état de nuire. Il s’en prend
toujours aux très jeunes filles.
Demain, après une bonne nuit, j’examinerai tes blessures et
te soignerai car j’ai une formation d’infirmière. Dors sans souci mon
enfant ».
Soulagée à la perspective d’être soignée sans qu’on l’accuse
de légèreté, Magdalena se laissa guider par son hôtesse, découvrit une chambre
pimpante avec un lit prometteur de rêves. Cordélia la doucha avec délicatesse,
pansa son entrejambe et la vêtit d’une jolie chemise de nuit brodée.
Elle la mit au lit sans plus de façon, déposa un baiser sur
son front et partit en lui laissant le chandelier allumé.
Se sentant en sécurité, Magdalena s’endormit et rêva qu’une
fée veillait sur son sommeil.