vendredi 27 février 2026

Sublimation de Violette

 


Soraya revint un jour de sa promenade matinale dans les jardins du manoir en grand trouble ; elle croyait être en proie à des hallucinations car alors qu’elle se penchait pour humer le parfum délicat des violettes, elle avait vu se dresser devant elle une femme d’une grande beauté aux yeux de violette, vêtue avec simplicité et distinction.

Elle avait appris à peindre et à dessiner ; elle se mit à faire le portrait de l’apparition.

Gildas reconnut sa chère Violette ; son trouble n’échappa pas à Soraya qui le pria de lui donner la clef de ce mystère.

«  Très chère amie, je vous donnerai toutes les explications demandées mais il me faut du temps ».

Goldas fixa un jour pour la révélation et il organisa une soirée orientale pour offrir une ambiance amicale à son hôtesse.

Tajine d’agneau, soupe Harira et pâtisseries délicates, cornes de gazelle et gâteaux au miel figureraient au menu.

Il mit à profit le temps de répit pour se remettre en mémoire les charmes de Violette qu’il croyait avoir oubliée.

Elle lui apparaissait sublimée, un ange floral offert à la terre pour un temps limité.

« Comment ai-je pu croire que je l’effacerais facilement de ma mémoire » se demandait-il, au comble de la détresse.

Le lendemain, il eut la surprise de voir Violette en personne, arrivée au manoir dans un bel équipage.

Elle apportait des bocaux de sa composition, les plats préférés du prince et de magnifiques gerbes de fleurs où triomphait la timide violette en plein cœur.

«  Je vous ai vu en songe un peu triste et j’ai eu l’impression que ma présence vous apporterait du réconfort. Pardonnez-moi si ma visite est incongrue : je repartirai sur le champ » dit-elle à Gildas au comble de l’émotion.

Soraya arriva sur les entrefaites et elle félicita le couple de cette union voulue par les dieux de l’amour. Elle s’éclipsa dans son palais, laissant derrière elle les fragrances de son parfum où se mêlaient le santal, la rose, le benjoin et le patchouli.

«  Mon aimée dit Gildas je suis si heureux qu’il me semble que mon cœur va s’échapper de sa cage comme un oiseau pour vous rejoindre dans un univers onirique où nous serions seuls et heureux.

Je reconnais bien là cette douce folie qui m’enchante » répondit Violette et les amants s’unirent enfin pour connaître les délices de l’amour.

Les jardins de Violette

 


Gildas se sentit si heureux chez Violette qu’il reporta sans cesse le jour de son départ. Non seulement Violette avait la fraîcheur de la fleur dont elle portait le nom mais encore elle excellait dans l’art culinaire, avait l’esprit ouvert, aimait la poésie. De plus, il cultivait un jardin avec amour. Les fleurs les plus humbles, jacinthes, myosotis, violettes, primevères, perce-neige et muguet occupaient une place de choix sur un petit muret. Sa roseraie était une splendeur et des carrés cultivés et bordés de buissons mettaient à l’honneur des cultures royales, lys, glaïeuls, dahlias et reines marguerites.

Gildas aimait se promener dans les jardins et des poèmes lui venaient aux lèvres. Il les murmurait puis, de retour dans sa chambre, les écrivait, travaillant ensuite leur forme comme le sculpteur affine son œuvre.

«  Violette des bois, charmante, fragile et parfumée, tes racines ont pris place dans mon cœur et déploient les pétales cristallins de sa splendide dédicace au jour.

J’aimerais que tu te blottisses dans mes bras jusqu’à la nuit des temps.

Violette des bois, devenue femme, sois mienne à jamais ».

Il déposa ce cri d’amour à l’aube avant de s’éclipser, décidé à repartir chez lui pour remettre de l’ordre dans son cœur tumultueux et ses pensées.

En son manoir, il retrouva la quiétude, s’efforça de ne plus penser aux femmes qui avaient bouleversé sa vie.

Il était temps que le seigneur revienne car le laisser-aller avait eu raison de la beauté du domaine.

Il remit de l’ordre dans les terres, fit cultiver un carré de violettes et créa un jardin d’amour avec roseraie, patio, fontaine et volière pour qu’une dame vienne rêver à ses côtés.

Plusieurs printemps s’écoulèrent puis un jour, une princesse orientale, Soraya, se présenta au manoir, munie d’une lettre émanant d’un prince qu’il avait côtoyé dans son enfance.

«  Je suis sa sœur dit-elle. Mon frère Azur a été assassiné par des espions à la solde d’un ennemi et avant de mourir, il m’a fait jurer de me réfugier auprès de vous. J’espère ne pas vous importuner ».

Gildas rassura la jeune femme en lui disant que désormais son manoir serait le sien. Il lui donna la plus belle chambre, la sienne en l’occurrence, se contentant, pour sa part d’une pièce réservée à la contemplation de la voute céleste, ce qui lui rappela ses méditations de jeunesse.

Brigitte et Violette s’effacèrent de sa mémoire et il cessa de livrer un combat perdu d’avance pour savoir qui l’emporterait.

Il commandita la création d’un palais oriental qu’il voulait offrir à Soraya pour qu’elle se sente chez elle en cette terre de granit et de vent.

La librairie des fées

 

 

En activant le heurtoir de la porte d’entrée de la librairie des fées, Océane déclencha un carillon qui la transporta dans un univers merveilleux.

Pas le moindre livre mais une prairie émaillée de fleurs des champs.

Océane prit place sur un tronc d’arbre taillé en forme de siège et observa le paysage.

Boutons d’or, jacinthes et tulipes offraient une note de fraîcheur et de rêve.

Une tulipe pourpre et or se métamorphosa en prince charmant qui déposa sur les genoux d’ Océane une corbeille parfumée au bois de santal. Des flacons précieux portant une étiquette à l’encre de Chine, gardénia, rose, violette, mimosa, fleur de Tiaré.

Des sucreries renommées, bonbons de Cambrai, nougats et papillotes au cœur coulant fruité complétaient ce cadeau.

Des recueils de contes de fées aux images en relief déployaient leur splendide beauté.

Oriane relut avec émotion La Belle et la Bête, Peau d’Ane et Les six cygnes. Le prince respecta ce moment d’évasion puis il déploya une nappe brodée de lys et sortit d’un panier un assortiment de mets délicats et de boissons aux fruits des bois.

Aumônières farcies, sushis, fougasse aux figues et délicates bouchées gourmandes ravirent le couple.

Ils regardèrent le ciel, cherchant des nuages polymorphes. Ils virent un arc-en-ciel, firent un vœu en suivant du regard une étoile filante et s’endormirent dans les bras l’un de l’autre, amoureusement enlacés.

Au réveil, Océane était seule et elle avait en mains un livre au titre printanier A l’ombre des cerisiers en fleurs.

Elle acheta trois exemplaires, un pour elle et les deux autres destinés à des amis.

Le libraire fit deux jolis paquets enrubannés et lui souhaita une bonne journée, espérant la revoir bientôt.