jeudi 22 octobre 2026

Ma fleur de lune aux longs cheveux de soie

 


«  Ma fleur de lune aux longs cheveux de soie, je te veux toute à moi » écrivait un poète en mal d’amour. Il rêvait de cette belle au déshabillé de fleurs qui fondrait dans ses bras, appelant des caresses et des baisers.

Soudain revenu à la réalité par une faim tenace, il sortit acheter quelques denrées. Son choix se porta sur des œufs, de la salade et des légumes variés. Chez le boucher il se procura des ris de veau et de la langue qu’il cuirait au court bouillon avant de la servir avec une sauce piquante ou au Madère.

Je ne sais pas si ma Fleur de Lune aimerait ces plats rustiques pensa-t-il puis il se dit que ce n’était guère important dans la mesure où la belle n’existait que dans son imagination.

Il déposa les provisions dans sa cuisine puis il sortit de nouveau, espérant rencontrer la femme de sa vie qu’il servirait avec amour.

Il entra dans un café populaire dont le nom lui semblait prometteur. Le Liberty Bar était pimpant. Les serveuses en robes à fleurs prenaient prestement les commandes tandis qu’un pianiste égrenait les notes lancinantes de chansons mélodramatiques où l’amour rimait avec toujours.

Une jeune femme, seule à sa table, semblait n’attendre personne. Sans être particulièrement belle, bien loin du rêve de sa Fleur de Lune, elle avait un certain charme mais ne paraissait pas s’en soucier. Son chocolat chaud refroidissait sans qu’elle y prenne garde. Elle écrivait sur un carnet, noircissant les pages avec ardeur.

S’enhardissant, Clément le poète s’approcha d’elle et lui demanda s’il pouvait lui tenir compagnie. Clara, la jeune inconnue, lui sourit pour toute réponse, ne lâchant pas son stylo comme s’il était sa raison de vivre. Commandant à son tour un chocolat chaud, Clément écrivit quelques lignes dans son carnet de moleskine noir qui ne le quittait jamais pour poursuivre sa rêverie Fleur de Lune.

Se prenant au jeu, il noircit à nouveau son carnet et lorsque le patron vint lui demander de régler sa note, il constata que la jeune femme s’était éclipsée sans qu’il s’en rende compte.

Lisant sa déception dans son regard, le patron lui dit en lui rendant la monnaie : «  Ne vous en faites pas ; si vous voulez revoir la jeune demoiselle, je peux vous dire qu’elle vient tous les jours à la même heure. Elle écrit tant qu’elle oublie toujours de boire son chocolat, comme vous. Vous êtes vraiment faits l’un pour l’autre » : Sur ces mots, le patron regagna son comptoir en riant.

Clément rentra chez lui, cuisina pour oublier sa déconvenue, savoura des ris de veau tandis que la langue cuisait à petit feu.

Demain elle sera parfaite se dit-il. C’est un plat trop copieux pour une personne seule. Il faudra que je lance des invitations ou mieux, que je propose sur le net des parts à l’achat.

Réconforté par le plat délicieux issu de ses mains, il lava la vaisselle en sifflotant, but un thé au jasmin et rêva de lendemains où la Fleur de Lune aux longs cheveux de soie avait une place éminemment florale, féerique et un rien érotique.

 

Fleur de lune

 

 

 


Dans un pays où affleuraient des cratères, des mégalithes et des pierres de lune vivait une jeune fille que ses voisins avaient surnommée Fleur de lune tant elle offrait des similitudes avec le satellite couleur safran.

Elle aimait collecter les pierres de lune pour en faire des bijoux de prix et l’on venait de loin lui acheter des parures destinées à une dame de cœur.

Un prince venu d’orient prénommé Abdallah ( serviteur de Dieu) vint frapper à sa porte.

Chargé de présents, il proposa en outre une somme considérable pour acheter tous les bijoux créés par la jeune fille :

«  Ces bijoux seront mis en valeur par la beauté de l’épouse à qui je les destine, se justifia-t-il. Ils figureront en bonne place sur la liste de cadeaux qui deviendront, selon notre contrat de mariage, sa propriété ».

Fleur de lune se déclara honorée et elle prépara une chambre pour l’ami venu de loin. Abdallah ne se fit pas prier ; il était rompu par son long voyage, de sorte qu’il se retira tout de suite dans l’espace réservé après avoir bu du lait et mangé des dattes, sa provision de bouche.

Le lendemain, fidèle aux caractéristiques de son prénom, la passion, la soif de découverte et aussi l’amour de la méditation et de la justice, le prince exprima le vœu d’excursionner dans les environs.

«  J’espère trouver des pierres de lune pour vous les apporter, gente dame » dit-il à son hôtesse. Fleur de lune esquissa une révérence et se promit de concocter un repas digne de la qualité de son invité.

Elle prépara une tête d’agneau à la sauce ravigote et un poulet rôti aux tubercules cuits au four. Elle s’appliqua ensuite à réaliser des pâtisseries riches en beurre, en crème aux amandes et aux fruits frais.

Satisfaite de la réalisation de ces plats, elle attendit le retour du prince en s’apprêtant avec soin.

Parfaitement vêtue et coiffée, parée de bijoux en cristal de roche, elle reçut du prince une belle collecte de pierres de lune. De plus, Abdallah avait acheté à un pêcheur de beaux poissons dont Fleur de lune pourrait faire une cotriade et des carpaccios savoureux pour le soir et les jours suivants.

«  C’est une table étoilée » dit-il à son hôtesse en se régalant de son menu.

L’après-midi , après une courte sieste, il repartit vers les bords de mer, espérant revenir chargé de denrées, la marée s’avérant prometteuse.

Fleur de lune prépara la cotriade, l’agrémentant de petits pains à la fleur de sarrasin et s’occupa à la réalisation d’une marinade épicée pour baigner les filets de poisson frais.

Cette tâche terminée, elle examina les pierres de lune et dessina des études en arabesques pour des bijoux de princesse.

Fleur des genêts

 

 

 


Lassé de n’être que le double de Jehan des Roselières, son frère jumeau qui régnait en souverain dans le château de Fol Espoir et sur les terres attenantes au royaume, Fleur des Genêts décida de partir , à son tour, sans ordre de mission précise, sur la trace de tous les voiles noirs qui assombrissaient les derniers jours du Roi Arthur et de ses vassaux.

Il se dirigea dans les landes de Brocéliande vers un mystérieux triangle qui allait du château de Comper au Val-sans –Retour, le tombeau de Merlin et la fontaine de Barenton formant un éperon granitique où cascadait une source vivifiante gardée par un terrible chevalier noir

Fleur des Genêts avait jadis choisi ces couleurs pour défier son frère dans un tournoi mais aujourd’hui, pour complaire à son suzerain, il arborait des couleurs arc-en-ciel qui mettaient en valeur ses beaux yeux bleus.

Près du château de Comper, il vit un bel étang où s’ébattaient colverts, cygnes et sarcelles.

Un castelet en briques rouges, caché dans un bosquet, n’échappa pas à sa vue et il eut envie de faire connaissance avec ses habitants.

Un palefrenier s’occupa de son cheval tandis qu’un écuyer l’introduisait auprès de Dame Aude de Barenton, la maîtresse des lieux.

L’entrevue fut chaleureuse.

Dame Aude félicita son hôte d’appartenir au cercle de la Table Ronde du renouveau.

Elle lui apprit son veuvage : son époux, le dernier protecteur de la fontaine de Barenton, Gilles le Téméraire, était mort dans des circonstances mal définies.

Lorsqu’un inconscient s’emparait du gobelet d’or attaché à la pierre principale de la fontaine et répandait l’eau de la source, une terrible tempête se déchaînait. Alors, son époux, vêtu de noir défiait l’étourdi en un combat singulier qu’il gagnait toujours.

Cependant il arriva un imprévisible drame.

Gilles le Téméraire fut défait dans un combat et on lui rapporta son corps sur une civière drapée de noir.

Le nom de son adversaire ne fut jamais révélé.

Une bien douloureuse énigme dit Fleur des Genêts et si vous me le permettez, gente dame, j’ajouterai une mission, venger la mémoire de votre époux, à celle que pourrait me confier mon frère et mon suzerain.

Je n’aurai de cesse de retrouver le meurtrier de votre époux et de l’occire.

N’en faites rien, mon ami, lui répondit la dame. Je serais triste de vous perdre également : cet homme doit certainement combattre sans respecter les lois de la chevalerie sinon mon mari serait encore en vie.

Fleur des Genêts prit note du choix de sa dame de cœur car il sentait naître en lui les prémices d’un grand amour.

De plus, il lui semblait que Dame Aude éprouvait des sentiments pour sa personne.

Cette attirance justifiait le fait qu’elle ne désirait pas être vengée, ce qui était contraire à l’éthique chevaleresque.

Les futurs amants se retirèrent dans leur suite, chacun rêvant, à sa manière, à l’autre.

Le lendemain, Fleur des Genêts quitta sa dame en lui promettant d’éviter les dangers inutiles et de rester concentré sur la quête du Graal, la noble tâche si complexe qui incombait à tous les chevaliers.

Dame Aude se retira dans son oratoire, priant pour que cette promesse d’amour ne lui fût pas ôtée.

Quel bonheur ce serait d’être unie à un si beau chevalier, capable de m’offrir l’amour dont je suis actuellement sevrée, pensait-elle entre deux «  Je vous salue, Marie » !

Ses prières eurent une certaine efficacité car Fleur des Genêts put mener son enquête personnelle sans encombre et il revint au château de Fol Espoir, amoureux et décidé à demander officiellement la main de la femme qui avait bouleversé son cœur.