mardi 10 mars 2026

Myrtille aux bras blancs

 


Ses bras étaient si blancs, ivoire et nacre, qu’ils faisaient penser à la belle Nausicaa, princesse phénicienne, envoyée par un songe en bord de mer pour accueillir Ulysse, couvert d’écume et nu, contraint de masquer sa virilité avec des feuillages, telle était Myrtille, jeune beauté dont les ressources provenaient des fruits des bois et d’un pécule laissé par sa grand-mère.

Chaque semaine, Myrtille vendait au marché ses produits-phares.

Elle s’ingéniait à produire une nouveauté à chaque fois pour ne pas lasser les habitués qui lui accordaient leur confiance.

Un jour, c’était un lapin aromatisé au thym et à la moutarde, une autre fois, une broche enchâssée dans une rose pourpre.

Dans le sous-bois qui lui livrait ses trésors, Myrtille découvrit un carré de tulipes aux couleurs de l’arc-en-ciel. Elle en préleva avec parcimonie et revint chez elle promptement pour tirer profit de cette splendeur à valeur d’offrande.

Elle créa une coiffe en entrelaçant les calices de la fleur avec des roses d’or. Complétant cette couronne inédite avec un voile de mariée miniature, elle enferma ce trésor dans un globe à l’ancienne décoré de fleurs d’oranger.

Cet article charmant obtint tous les suffrages et chaque jeune fille eut à cœur de s’inscrire sur une liste de commandes.

On jalousa Océane pour son achat du jour puis on la félicita pour sa rapidité et sa volonté d’acquérir un véritable trésor qui lui apporterait le bonheur le jour de ses noces.

Le Roi a fait battre tambour

 

 

 


«  Le Roi a fait battre tambour

Pour voir toutes ces dames

Mais la première qu’il a vue

Lui a ravi son âme »

Un vent de fleurs apporta la romance à Vincent qui vibra de toute son âme.

« Marquis dis-moi la connais -tu

Qui est cette jolie dame ?

Et le marquis lui a répondu

Sire Roi c’est ma femme ».

Vincent mit tout son cœur dans l’interprétation de cette chanson intemporelle qui parcourut les siècles jusqu’à la note tragique de la fin

«  La reine a fait faire un bouquet

De jolies fleurs de lys

Et la senteur de ce bouquet

A fait mourir Marquise ».

Lorsque la chanson mourut sur ses lèvres en même temps que la trop belle marquise, Vincent reçut une ovation et une brassée de fleurs.

La main sur le cœur, il jura de toujours défendre les femmes et de les arracher à un tragique destin.

lundi 9 mars 2026

La reine des coquelicots

 



Dans un royaume de brume vivait la reine des coquelicots. Son palais resplendissait de ses mille tourelles en forme de pavots.

Elle aimait s’entourer de musiciens et de poètes, d’artistes de toutes sortes, peintres, aquarellistes, romanciers ou artisans si merveilleux que des ouvrages quasi féeriques naissaient de leurs doigts experts.

Les cuisines retentissaient de bruits de casseroles et de chaudrons et des arômes puissants ou subtils s’échappaient des pianos où s’activaient pâtissiers, experts en poissons ou en viandes et sauciers.

Une jeune fille au nom charmant de Pervenche était recherchée pour ses qualités gustatives et gastronomiques. D’une recette ancienne, elle faisait une nouveauté en ajoutant un ingrédient peu commun, du gingembre à la place de citron par exemple.

Le coquelicot entrait dans toutes ses préparations car, disait-elle, ce produit guérissait la toux la plus violente. L’angélique qui avait préservé une ville de la peste entrait également dans son panthéon floral.

Les maladies anciennes reviennent par le biais de négligences et de mauvaise nourriture disait Pervenche et elle incitait toutes les brigades à renouveler leurs efforts pour éradiquer les pestes de tout genre qui menaçaient le royaume.

Heureuse de ce déploiement de sauvegarde, la reine des coquelicots honora la jeune Pervenche en la décorant du coquelicot d’or, la plus haute distinction du royaume et c’est ainsi que le royaume des coquelicots sortit de la brume néfaste qui l’entourait avec tous ses maléfices et resplendit enfin de tous ses feux, illuminant la flore de tout son éclat.