samedi 21 février 2026

Fille de la rue

 

 



Je suis née sur le pavé, je suis une fille de la rue. Je me nomme Lola, Nikita, Salima ou Leila et je n’appartiens à personne.

Pour moi, un mec reste un mec, qu’il soit banquier, voyou, député ou poète. J’aime beaucoup Patricia Kaas mais je ne chanterai jamais Mon mec à moi car je suis souveraine.

Avatar de la Reine Diamant, je suis prête à refouler un assaillant.

Mes bottines de cuir fauve sonnent sur les pavés et j’affiche mes couleurs dans ma chevelure soleil, des mèches bleues et rouges de lionne.

Je suis la fille de la rue et je passe comme un rêve dans le monde barbare où nous vivons.

vendredi 20 février 2026

Le secret de Florian

 

 


Constatant que l’enquête était dans une impasse, Florian se résolut à confier à Max la révélation d’Elisabeth, apparue lors d’un songe.

Afin de ne pas aborder le sujet de but en blanc, il prit prétexte du portrait de Max pour le faire venir.

Il demanda à Angèle de préparer un repas de fête et il lança son invitation.

Max arriva gaiement et offrit à son ami le cadeau réservé aux grands moments. C’était un magnifique service à café qu’il avait acheté à Bruges. Il y ajouta un paquet de cassonade, des spéculoos et des gaufres savoureuses qui venaient d’une boutique bicentenaire de Lille.

Florian se montra enchanté par toutes ces attentions et il servit tout de suite l’apéritif, un kir-cassis au champagne qu’il réservait pour les grandes occasions.

Le repas se déroula dans la bonne humeur et un silence de bon aloi car Angèle s’était surpassée.

Tourte feuilletée aux pigeonneaux, dinde farcie aux marrons et aux champignons avec des pommes duchesse et une salade de printemps, omelette norvégienne, tous ces plats se succédèrent dans une ambiance gourmande.

Max et Florian avaient l’impression de naviguer dans un univers où abondaient les bonbons et autres sucreries fabuleuses.

Après le café, les deux amis se dirigèrent spontanément vers l’atelier du peintre.

Max fut subjugué par une toile tout à fait extraordinaire.

Elisabeth, peinte avec une rare délicatesse, pointait du doigt l’énorme silhouette crènelée et dentelée du Beffroi de Douai.

Subjugué par ce tableau dont il fallait décrypter la signification, Max attendit que Florian prenne la parole pour révéler le contenu secret de la toile.

Florian lui raconta son rêve et loin d’exercer le moindre scepticisme, Max prit très au sérieux la piste qui conduisait au beffroi de Douai.

« Nous nous relayerons, cher ami, en ce point précis et j’en profiterai pour donner cet appât à mon ami Romuald qui passera au peigne fin ce que révèlent les réseaux sociaux et autres pistes virtuelles ».

Pleins d’espoir, les deux amis se quittèrent après avoir mis au point le calendrier de leurs relais autour du beffroi, Florian installant son chevalet pour peindre le magistral monument et Max s’installant à la terrasse du café le plus proche, un carnet de poète à la main pour donner le change !

Château hanté

 

 



Dans la lande bretonne, un château abrite un esprit, celui de la Dame Blanche, ainsi nommée depuis qu’un braconnier a dit avoir vu une jeune femme en robe de mariée se laisser ensevelir vivante dans une fosse creusée près des douves par quatre hommes bien vêtus venus en calèche avec la suppliciée.

Hésitant à alerter le châtelain du fait de l’illégalité de sa présence, le braconnier s’était enfin résolu à relater les faits au seigneur du château.

Hélas, trop tard ! On déterra la malheureuse qui rendit le dernier soupir sans avoir pu parler.

On garda sa couronne de fleurs d’oranger dans la salle d’apparat du château, sous globe comme à l’accoutumée et l’on tenta de découvrir l’identité de la malheureuse mais les recherches furent vaines.

Toutefois, un elfe de la forêt voisine a révélé à une jeune fille venue chercher des fruits et des champignons que cette jeune femme avait été mariée contre son gré à un seigneur puissant épris de sa beauté.

La nuit de noces tourna au drame lorsque le marié se rendit compte qu’il n’était pas le premier amant de son épouse.

Fou de rage, il ordonna à quatre vassaux d’enterrer vive l’immonde créature qui s’était laissée conduire à l’autel sans parler.

Par la suite, il chercha l’auteur du forfait mais en dépit des récompenses ou des châtiments proposés à tour de rôle, personne n’apporta de réponse.

Le criminel et ses vassaux moururent paisiblement sans s’être repentis.

Fort émue par le récit de l’elfe, la jeune fille, Violaine, rentra chez elle, décidée à en savoir plus sur la Dame Blanche.

Les jours suivants, elle consulta les archives du domaine pour trouver un indice de poids : son portrait !

Un dessinateur avait réalisé un croquis de son beau visage assorti de  l’esquisse de sa silhouette.

Une couturière du village avait conservé la robe de mariée de la défunte et en avait fait une copie en utilisant des lais de dentelle de Valenciennes dont les motifs en forme de roses épanouies étaient ravissants.

La haine du mari trompé était à la hauteur de la passion qu’il avait éprouvée pour celle qu’il ferait mettre à mort sans remords.

Violaine, à force de recherches, découvrit enfin l’identité de la jeune femme rapportée par un marchand ambulant.

Elle se nommait Angélique Letellier et appartenait à la petite noblesse.

Selon un chanteur de rue qui avait une version romanesque de son histoire, elle avait rencontré fortuitement un prince russe venu en Bretagne pour en connaître les légendes.

Follement épris de la belle Angélique venue chercher des fleurs dans la forêt, il n’avait pu résister à son charme et tous deux s’étaient donné rendez-vous dans une grotte où ils avaient connu une passion réciproque.

Rappelé à ses devoirs par le tsar, le prince était reparti dans son empire, promettant à son amante éplorée de revenir pour l’épouser.

Il n’avait pu tenir sa promesse dans la mesure où il avait été tué dans un combat.

Angélique avait mis au monde une jolie petite fille à qui elle avait donné le prénom d’Oksana.

Le bébé fut confié à une nourrice qui regagna son village pour y élever l’enfant en toute quiétude.

Nantie d’une bourse de louis d’or offerte par Angélique pour subvenir à ses besoins et à ceux de l’enfant, elle présenta le nourrisson comme sa propre fille.

Grâce au pécule légué par Angélique, elle trouva un mari et vécut paisiblement en donnant à Oksana une éducation digne de ses origines.

Oksana se maria sans avoir rien su du supplice infligé à sa mère biologique : pour elle, la nourrice Marianne était sa mère, cette dernière ayant tu le secret de sa naissance.

Passionnée par cette histoire, Violaine multiplia les recherches, établit un arbre généalogique et s’aperçut, au terme de son étude qu’Oksana n’était autre que l’une de ses aïeules.

Très émue, elle fit des préparatifs pour se rendre au château afin de se recueillir sur la tombe de la mystérieuse Dame Blanche dont elle avait dénoué les fils du mystère.