jeudi 7 mai 2026

L'homme aux mille visages

 



Dans un pays bleu gouverné par des licornes, vivait un homme aux mille visages.

Un jour prince, le lendemain palefrenier, tantôt forgeron ou pêcheur, tour à tour explorateur, historien, jardinier, chasseur, il surprenait toujours son entourage par une métamorphose à laquelle on ne s’attendait pas.

Tout le monde s’accordait cependant à le nommer le prince Rodolphe, lui offrant ainsi la primeur du titre de noblesse que lui avaient légué ses ancêtres.

De plus, il vivait dans un palais et même s’il s’en échappait parfois sous l’apparence d’un homme ordinaire, travaillant la terre ou cultivant la roseraie, il bénéficiait néanmoins de la noblesse innée dont on ne se sépare jamais.

Il lui arrivait d’installer son chevalet au bord de la rivière remontée par des saumons qui offraient au ruban argenté l’explosion d’une vivacité appréciée par des artistes, des pêcheurs et des gourmets.

Un jour, il crut voir nager une sirène dont les cheveux s’ornaient d’un diadème royal.

Soucieux de ne pas être son prince maudit, il se contenta de dessiner sa silhouette afin d’intégrer son portrait dans une toile qui était une véritable ode à la rivière et à ses sources vagabondes.

Ses pas le portèrent jusqu’à une grotte où, sans surprise, il découvrit la sirène, occupée à se nourrir de laitances et à boire une eau pétillante dont elle se délectait avec gourmandise.

Elle lui offrit une place à ses côtés et comme il la remerciait de son hospitalité, elle lui répondit en chantant que le dieu de la rivière était naturellement le bienvenu.

Je me connaissais bien des avatars et beaucoup de visages dit le prince mais j’ignorais cet incroyable don divin. Est-ce vraiment possible ?

Je t’invite à me suivre dans le courant de la rivière, répondit la sirène.

Ils nagèrent de concert et le prince dut se rendre à l’évidence : il était bel et bien le génie de la rivière !

C’est à ce titre qu’il enlaça amoureusement la sirène lorsqu’ils regagnèrent la grotte, transformée en nid d’amour pour la circonstance.

De cette union naquirent de jolis princes et des petites princesses avec, naturellement une sirène destinée à accompagner ses parents dans les remous de la rivière qui était l’élément naturel crucial du royaume bleu que l’on peine à localiser sur une carte d’état-major puisqu’il appartient au domaine féerique, ancrage idyllique de notre vie !

mardi 5 mai 2026

Si Brocéliande m'était conté

 

 


Brocéliande, la forêt sacrée, s’est donnée à Nolwenn et à Alan Stivell puis elle s’est endormie au son de la harpe celtique.

Comme la Belle au bois dormant, elle a besoin d’être réveillée par un baiser.

Mais les princes se font rares de nos jours et le retour des animaux dans les bois profonds n’incite pas les audacieux à défricher les broussailles épineuses où se cachent des oiseaux rares et des bêtes venimeuses.

«  Morgane est de retour » disent des villageois en se signant et la fée Viviane joue un peu trop les grandes dames si l’on en croit la conteuse de Tréhorenteuc, vénérable douairière dont la renommée et la sagesse sont reconnues.

J’ai envie d’en avoir le cœur net et j’ai décidé d’emprunter la voie des airs, à la manière du petit prince, avec l’aide des oies sauvages.

Ces aimables volatiles m’ont déposée près du Miroir aux Fées, mon étang préféré et j’ai suivi avec bonheur le ballet des tourterelles des bois.

Installée près du petit pont de bois, je laisse le vent jouer dans mes cheveux et je crois sentir la caresse poétique du roi des aulnes qui règne sur le Val-sans-Retour depuis que l’enchanteur Merlin a été enfermé dans un tombeau de verre par celle à qui il avait enseigné son savoir et ses tours de magie.

Le roi des aulnes s’approche de moi à petits pas mais je préfère m’échapper, craignant d’être ensorcelée à mon tour.

Je me recueille dans l’église mythique du village et j’observe le jeu du soleil couchant sur les vitraux illuminés par le cerf blanc portant la croix du Christ sur son poitrail immaculé.

Cette retraite mystique achevée, je pars d’un pas alerte vers une hôtellerie que j’apprécie près de l’étang de Paimpont.

Dans ma chambre, je sors le petit carnet qui ne me quitte jamais et je note les impressions ressenties dans la journée.

Ces notes deviennent l’ébauche d’un roman que j’intitulerai Si Brocéliande m’était conté et je prie l’enchanteur Merlin enfermé comme moi dans un palais de cristal de venir à mon aide pour que les mots s’enchaînent et deviennent une rivière d’argent dont je suivrai les méandres pas à pas, sur la route du rêve !

L'amour est cerise

 



«  Rebelle et soumise

Paupières baissées

Quitte ta chemise

Belle fiancée

L’amour est cerise

Et le temps passé

C’est partie remise

Pour aller danser » !

Saisi d’une frénésie printanière, Vincent erra dans les vergers, un panier à la main pour y collecter de belles cerises charnues vouées à l’amour, amours enfantines, adolescentes et âge mûr.

La fée Cerise s’offrit à lui et ce fut une belle page d’amour célébrée par les rossignols.

Ce rêve achevé, Vincent trouva sur sa table un bouquet de roses et des pendants d’oreilles savoureux pour renouveler les jeux de l’amour.