dimanche 2 août 2026

Féerie oblige !

 

 

 

Les efforts conjugués de la fée Viviane et d’Aladin ne produisant aucun effet on finit par se résigner à l’absence prolongée du prince Amour.

La reine était persuadée que son fils était en vie grâce au cheveu apporté par un rossignol le soir des recherches.

Elle ne sombra pas dans le désespoir et convainquit son époux de prendre patience. Le prince leur serait rendu lorsque la force spirituelle qui le maintenait prisonnier se serait dissipée.

L’exploration de la grotte n’avait donné aucun résultat si ce n’est la présence d’indices prouvant que ce lieu préhistorique avait été habité.

On y trouva une fibule en argent, un peigne en nacre et un collier de perles.

Aladin rapporta ces objets au palais et il lança un avis détaillé dans tous les royaumes connus afin de les remettre à leur propriétaire. Cet avis n’eut aucun retour.

Viviane et sa suite d’elfes et de fées prirent le chemin de Brocéliande. La Dame du Lac promit de rester aux aguets et de collecter tous les indices qui conduiraient sur la piste du prince.

Le temps passa. Soraya mit au monde des jumeaux, un garçon qu’elle prénomma Florian et une fille à qui Aladin donna le joli nom d’Aurore.

Les enfants grandirent. On leur parla peu de leur frère pour ne pas les attrister et on les surveilla étroitement.

Ils apprirent à monter à cheval et lorsqu’ils se promenaient dans le domaine, ils étaient toujours escortés par une demi-douzaine de guerriers.

Pétale de fleurs de cerisiers devint une jolie jeune fille et elle fut courtisée.

N’ayant pas oublié les serments enfantins échangés avec le prince Amour, elle refusa poliment toutes les demandes en mariage et vécut avec l’espoir de voir réapparaître celui à qui elle avait donné son cœur.

Elle lut passionnément tous les livres relevant de la féerie car elle était fermement persuadée que la clef de l’énigme appartenait à une fée.

Ces lectures contribuèrent à lui donner une aura mystique et dans la région on lui attribua un don de voyance.

Elle fit construire une maison accueillante et modeste près de la hutte de pêcheurs où le prince Amour et elle-même avaient joué et s’étaient promis de vivre unis par les liens du mariage une fois devenus grands.

Dans sa demeure baptisée Refuge des fées, elle recevait des personnes en peine.

Refusant tout mode de paiement, elle invoquait la déesse des eaux qui lui était familière et retrouvait l’époux, l’enfant ou l’animal disparus avec une incroyable facilité.

Un soir, alors que la lune se mirait dans l’étang endormi, un homme enveloppé dans une cape de bure se présenta à elle, le visage masqué.

D’une voix mélodieuse, il interpréta une ancienne chanson où les mots « étang chimérique », « amour fou » et « perles d’eau douce » étaient étroitement liés.

Pour lui répondre sur le même ton, Pétale de fleurs de cerisiers se découvrit une voix de soprano et improvisa un chant où les mots « Printemps », « Fleurs de cerisiers », « Pétales » et « Amour » répondaient en écho au chant quasi magique de l’inconnu.

«  ô mon amour, ma bien-aimée, pétale de fleurs de cerisiers que je n’ai jamais oubliée, tu as rompu le charme qui me retenait prisonnier en trouvant l’improbable association de mots que le génie des eaux attendait pour me libérer.

Rejetant sa cape et ôtant son masque, le prince Amour car c’était bien lui apparut, vêtu d’une tenue d’apparat qui lui conférait une incontestable prestance majestueuse.

Ils prirent le chemin du palais et firent le bonheur du roi et de la reine qui avaient toujours rêvé du jour où ils retrouveraient leur enfant.

La veillée fut longue et chacun écouta passionnément le récit de celui qui avait disparu, un jour de promenade, dans sa calèche d’enfant.

L'oie cendrée

 



Ambroise Lamarque, chef de L’oie cendrée, n’eut de cesse de peaufiner ses menus pour que le repas de noces de Manuel et Mona soit inoubliable.

Comme l’indiquait le nom de son établissement, l’oie déclinait toutes les saveurs de cette volaille de choix revisitées au fil du temps, foie gras d’oie at rillettes, filets en papillotes, oie complète farcie aux raisins de Corinthe avec une farce composée de mie de pain trempée dans du lait, d’abats hachés menu avec un œuf et des épices puis passée plusieurs heures à feu doux.

Pour marquer le nom donné aux habitants des Landes, Croques-Maïs, l’épi de maïs doux était présenté de différentes manières, en velouté, en papillotes, en grains, en hachis, en crème dessert et en gâteaux sans oublier le pain incluant cette plante solaire.

Afin de réaliser d’autres merveilles, Ambroise se plongea dans les livres consacrés aux créations de grands chefs de renommée mondiale, notamment Marie-Antoine Carême et Auguste Escoffier.

Le résultat fut saisissant et chacun garda en mémoire ce repas fabuleux.

Tout le village était là et l’on applaudit les mariés qui apparurent dans une tenue de cérémonie tout à fait remarquable. Ils étaient très émus et semblaient étonnés de connaître un tel bonheur. Ils avaient toujours eu à l’esprit la satisfaction de leurs clients ce qui les éloignait d’un épicurisme personnel.

On mangea, on but modérément du vin de fleurs, des grands crus du Tursan et pour le dessert, accompagnant la croustade et la pièce montée, de l’Armagnac pour les messieurs et pour les dames, des cerises ou des pruneaux macérés dans la Folle Blanche.

On dansa et enfin, à la nuit tombée, on conduisit les mariés à leur nouvelle demeure croulant sous les fleurs. C’était une maison à colombages entièrement restaurée et meublée avec goût : le marié, ignorant alors qu’il en serait le bénéficiaire, s’était surpassé pour que le couple gagnant se sente heureux en partie pour son talent d’ébéniste.

La mariée était très émue et admirative ; son regard envers son époux était si éloquent que les Festayres ( nom des fêtards gascons) s’éclipsèrent pour respecter leur intimité.

Demeurés seuls, Mona et Manuel prirent place sur un canapé et se prirent la main, si heureux qu’ils n’osaient croire à leur bonheur.

La fête se poursuivit à L’Oie Cendrée jusqu’à ce que le chef, sa brigade, les sommeliers et les serveurs demandent grâce.

Il y eut des chants, des danses sur la place du village puis chacun rentra chez soi, espérant qu’un autre mariage succède au premier.

On remercia le Maire pour son fabuleux projet et le rideau de la nuit tomba sur le village au comble du bonheur.

 

samedi 1 août 2026

Paroles de fée

 


 

Vêtue de perles, de roses et de la soie de mes cheveux, je me promène dans un bel appartement arts déco. Je me présente : on me nomme la fée des lilas. J’erre dans les livres d’un auteur de contes, très branchée Belle Époque. Mais ne vous y fiez pas, elle vous emmènera, l’air de rien, dans les ruelles obscures des villes que l’on cherche à fuir parce qu’elles sont inhumaines voire barbares.

De temps à autre ,  je fais des incursions dans les squares, travestie en vieille dame et je tâche de rencontrer des personnes avec qui je puisse parler. C’est difficile mais j’y parviens car j’ai toujours aimé les contacts, même les plus improbables. Parfois des êtres humains sont incapables de parler tant la souffrance les taraude. Je leur glisse furtivement une perle dans la main et j’attends qu’elle se transforme en pivoines ou en soleils. Lorsqu’un sourire flotte sur les lèvres du désespéré, je pars, de mon pas lent et libéré puis je regagne mon royaume où je retrouve mes attributs féeriques et le goût de la beauté pour le bonheur des êtres humains.