lundi 23 février 2026

Fleur de bruyère ( suite )


Drapée dans son fourreau de soie bouton d’or protégé par une cape en satin gorge de pigeon, une loupe à la main et un monocle rivé sur l’œil droit, Fleur de bruyère s’en fut par les chemins à la recherche d’un indice lui permettant de trouver la piste d’un enfant perdu, Emmanuel, dix ans.

Elle aimait apparaître aux yeux de tous sous l’apparence d’une jeune femme excentrique car ainsi, pensait-elle, personne ne lui accorderait trop d’importance et de cette manière, on parlerait sans retenue et il lui suffirait d’octroyer à chaque témoignage la place qui lui revenait.

Fidèle à une tradition littéraire et baroque, elle collecta de précieux indices et pensa qu’en se dépêchant elle aurait des chances de trouver l’enfant vivant.

Elle fit halte dans une chaumière qui lui servait de point de repli, se changea, troquant sa tenue extravagante contre une salopette campagnarde et des chaussures de marche. Les cheveux noués sous un fichu de bergère, elle partit en direction d’un château où devait être retenu l’enfant selon les témoignages recueillis au cours de sa route.

On cherchait une plongeuse en vaisselle fine dans ce château digne de Barbe Bleue. Elle postula, se livra avec excellence à un essai et reçut le tablier adéquat à cette fonction ô combien périlleuse car, dans ses mains, de la porcelaine fine et de l’argenterie sans oublier des verres de cristal devaient retrouver leur éclat.

Comme dans toutes les grandes maisons, la cuisine bruissait comme une ruche, chacun se trouvant à sa place pour parfaire le service gourmand et raffiné élaboré par un grand chef, Alexandre de Malestroit, breton auréolé de prix nationaux, dont celui de l’aumônière garnie qui satisfaisait les gourmets les plus pointilleux régnait  sur des brigades aguerries avec charme, courtoisie et exigence du meilleur.

Lors de sa présentation, Fleur de bruyère avait opté pour le nom de Flora et c’est sous cette identité que l’on s’adressait à elle.

Sa supérieure, grand officier en vaisselle fine lui recommandait sans cesse de faire attention à la vaisselle qu’elle devait rendre étincelante : «  Que rien n’attire l’œil des habitants du château de manière défavorable car je suis habituée aux compliments » lui disait-elle sans relâche.

Un soir, le chef l’enlaça sans autre forme de procès en lui murmurant des mots doux : «  Ma petite Flora, si tu te glisses sous mon édredon de plumes d’oie brodé de canards et de fleurs de nénuphar, tu auras vite de la promotion ». Interdite, Fleur de bruyère ne savait comment se débarrasser de l’importun mais fort heureusement, Dame Angélique, sa supérieure avait oublié son parapluie et elle surgit dans l’office à point nommé.

Le chef bredouilla de vagues excuses et s’en fut, tout contrit.

Dame Angélique n’était pas dupe de son manège, elle adressa un clin d’œil complice à Flora et lui proposa de la raccompagner dans sa chambre.

En chemin, elle lui confia qu’elle avait choisi le prétexte du parapluie, nullement oublié car elle connaissait les petits travers du chef. «  Je l’avais vu traîner dans sa cuisine alors que tout était terminé et rangé, c’est pourquoi je l’ai soupçonné de vouloir courir le guilledou car il n’a de cesse d’accrocher les rubans d’une nouvelle conquête au pommeau de sa canne d’argent ».

Flora remercia sa supérieure avec effusion car on ne chasse pas un grand chef sans y mettre les formes.

«  Dorénavant ne restez jamais seule et si vous n’avez pas terminé votre ouvrage, placez ces porcelaines, cristaux et argenterie dans une petite armoire dont je vous confie la clef » lui dit-elle en guise de conseil .

Flora la remercia avec effusion et lui demanda, à brûle pourpoint, s’il n’y avait pas d’autre  secret qu’elle eût à connaître.

Dame Angélique l’assura qu’il n’en était rien et Flora s’enhardit jusqu’à lui demander s’il n’y avait pas d’enfant au château.

Sa supérieure hésita puis lui confia sous le sceau de la confidence qu’un petit garçon était arrivé récemment au château et qu’il logeait auprès du régisseur du domaine.

Nul ne l’avait vu et des serviteurs triés sur le volet s’occupaient de son train de vie : il était nourri et logé comme un prince si bien que l’on se demandait s’il n’en était pas un.

Flora, heureuse de voir sa piste se confirmer et ravie de savoir que l’enfant était encore en vie, parla de la douceur du soir pour ne pas paraître trop curieuse puis les deux dames se quittèrent en s’adressant des adieux chaleureux.

Les jours suivants, Flora prit garde à ne pas rester en tête à tête avec le chef mais un soir, ce dernier lui donna un ordre auquel elle ne put se soustraire : «  Ma petite Flora, demain soir j’aurai besoin de votre service exclusif car je dois cuisiner pour un hôte peu ordinaire, en l’occurrence, un enfant et vos conseils me seront utiles dans la mesure où vous êtes ici la représentante du monde de l’innocence et de l’enfance par votre jeunesse et votre beauté. Demain dans la matinée, vous laisserez votre poste à la vaisselle fine et vous me rejoindrez dans mon laboratoire de cuisine pour choisir et cuisiner les plats appropriés ».

Le cœur battant, après avoir sollicité de Dame Angélique l’autorisation de quitter son poste habituel, ce qui lui fut accordé, Flora se dirigea vers le laboratoire personnel d’Alexandre de Malestroit.

Ce dernier était plongé dans un livre de recettes illustrées et cochait celles qui lui semblaient les plus gourmandes et les plus audacieuses.

Un Vol au vent de crevettes à la nage baignant dans une sauce Aurore avec un émincé de champignons ouvrait la marche de subtiles préparations dont chacune était un enchantement des yeux et certainement des papilles.

Flora retint une farandole de légumes joliment taillés, poire de terre, potimarron, chou rouge ou panais fleurant bon la noisette 

Agnès aux mains de velours

 

 


 

Filant la laine au milieu des brebis, Agnès aux mains de velours adresse un message à Dame Nature, symbolisée par ses pommiers et son ruisselet qui court sur les galets.

Un orage survient, emportant les fleurs dans son sillage.

Jetant sa cape sur ses épaules, Agnès rentra chez elle et alluma le feu pour retrouver sa vigueur.

Elle cassa quelques œufs dans une terrine, lui ajouta du lait crémeux et une pincée d’herbes odorantes pour en faire une belle omelette.

Puis elle enfourna un mélange quatre-quarts dans la cuisinière et se retrouva face à ses pensées et ses méditations.

S’échappant des cendres du foyer, des grillons chantèrent une romance tout en mettant de l’ordre dans la maison.

Lorsque la jeune fille s’éveilla, elle trouva une maison bien entretenue, des écheveaux de laine et une tapisserie de style médiéval qui attendait les derniers points.

Agnès se mit à l’ouvrage en chantant et personne ne s’étonnera d’apprendre qu’un prince, égaré lors d’une chasse, frappe à la porte de la chaumière.

Séduit par la beauté de la jeune fille, sa douceur et son charme, le prince Valentin lui demanda l’autorisation de venir lui faire la cour selon les codes de l’amour courtois.

Rougissant de bonheur, Agnès aux mains de velours reçut le premier baiser du prince avec ferveur et dans la pénombre, les grillons exécutèrent une danse festive, annonciatrice de fiançailles dédiées à l’amour.

Les adieux d'un prince à une Reine

 



L’éventail de Kaori se referma en signe de clap de fin et elle reçut un hommage inattendu, celui de notre prince, Vincent à la voix d’or.

«  Les mains des p’tites femmes sont admirables

Et toutes semblables à des oiseaux

Elles agitent leurs petits doigts mignons et frêles

Comme des ailes

De passereaux.

Quand elles jouent de l’éventail

Ou d’leurs yeux avivent l’émail

Quand elles pianotent

Quand sur leur minois joli

Elles mettent la poudre de riz

Je le proclame

Les mains de femmes

Sont des bijoux

Dont je suis fou ».

La reine des neiges éternelles reçut l’hommage du prince avec un bonheur infini.

Libre d’aimer et de chanter, Kaori Sakamoto repartit vers le Levant, les chansons d’ Edith Piaf aux lèvres et en plein cœur la célébration rendue à sa valeur artistique par un ténor dont elle se promit de suivre les récitals pour le seul plaisir d’aimer.

Le prince Turquoise

 


Dans son palais de cristal, le prince Turquoise méditait sur les beautés de la nature et il tentait d’exprimer ses émotions et ses pensées sur des parchemins dont la première lettre était une enluminure savamment dessinée et décorée.

Il crut apercevoir l’ange du matin se promenant dans ses jardins.

Pour avoir l’honneur de cheminer à ses côtés, il rangea son écritoire, mit sa houppelande et chaussa ses bottines.

Il avait beau hâter le pas, il ne voyait de l’ange que le dos, apparemment pressé.

Fort heureusement pour le prince, l’ange s’arrêta devant la roseraie et respira le parfum des roses, délicat en cette saison printanière.

Tenant des distances respectueuses, le prince se rapprocha de l’ange et attendit qu’il soit prêt à lui parler.

Il n’en eut pas le loisir car une tempête s’abattit brusquement sur le domaine princier.

L’ange disparut, emporté par une tornade virulente.

Retrouvant sa vigueur et sa volonté de dominer la situation, le prince rentra au palais et se vêtit en conséquence.

La pluie tomba sans relâche et il fallut attendre encore pour voler au secours de l’ange si besoin était.

Quand le rideau de perles d’eau devint plus léger, le prince fit seller son cheval Perle et partit à la recherche de l’ange.

Lorsqu’il croisait des paysans qui remédiaient aux dégâts causés par la tempête, il demandait s’ils avaient vu passer un ange mais la réponse était toujours négative.

Il fit ainsi le tour du monde et finalement, de guerre lasse, il revint dans son domaine, fourbu et quelque peu désabusé.

Dès qu’il fut reposé, il reprit ses habitudes et se mit en devoir de fixer toutes les merveilles qu’il avait pu contempler en chemin, à commencer par le Taj Mahal qui l’avait vivement impressionné et lorsqu’il releva la tête, sa tâche achevée, il eut la joie d’apercevoir, cheminant dans ses jardins, l’ange du matin qu’il avait cherché en vain sur la surface de la terre.

Il se rendit à son appel et tous deux échangèrent des propos passionnés car leur but était le même, à savoir la préservation d’un monde merveilleux en danger.

Fleur de bruyère



Drapée dans son fourreau de soie bouton d’or protégé par une cape en satin gorge de pigeon, une loupe à la main et un monocle rivé sur l’œil droit, Fleur de bruyère s’en fut par les chemins à la recherche d’un indice lui permettant de trouver la piste d’un enfant perdu, Emmanuel, dix ans.

Elle aimait apparaître aux yeux de tous sous l’apparence d’une jeune femme excentrique car ainsi, pensait-elle, personne ne lui accorderait trop d’importance et de cette manière, on parlerait sans retenue et il lui suffirait d’octroyer à chaque témoignage la place qui lui revenait.

Fidèle à une tradition littéraire et baroque, elle collecta de précieux indices et pensa qu’en se dépêchant elle aurait des chances de trouver l’enfant vivant.

Elle fit halte dans une chaumière qui lui servait de point de repli, se changea, troquant sa tenue extravagante contre une salopette campagnarde et des chaussures de marche. Les cheveux noués sous un fichu de bergère, elle partit en direction d’un château où devait être retenu l’enfant selon les témoignages recueillis au cours de sa route.

On cherchait une plongeuse en vaisselle fine dans ce château digne de Barbe Bleue. Elle postula, se livra avec excellence à un essai et reçut le tablier adéquat à cette fonction ô combien périlleuse car, dans ses mains, de la porcelaine fine et de l’argenterie sans oublier des verres de cristal devaient retrouver leur éclat.

Comme dans toutes les grandes maisons, la cuisine bruissait comme une ruche, chacun se trouvant à sa place pour parfaire le service gourmand et raffiné élaboré par un grand chef, Alexandre de Malestroit, breton auréolé de prix nationaux, dont celui de l’aumônière garnie qui satisfaisait les gourmets les plus pointilleux régnait  sur des brigades aguerries avec charme, courtoisie et exigence du meilleur.

Lors de sa présentation, Fleur de bruyère avait opté pour le nom de Flora et c’est sous cette identité que l’on s’adressait à elle.

Sa supérieure, grand officier en vaisselle fine lui recommandait sans cesse de faire attention à la vaisselle qu’elle devait rendre étincelante : «  Que rien n’attire l’œil des habitants du château de manière défavorable car je suis habituée aux compliments » lui disait-elle sans relâche.

Un soir, le chef l’enlaça sans autre forme de procès en lui murmurant des mots doux : «  Ma petite Flora, si tu te glisses sous mon édredon de plumes d’oie brodé de canards et de fleurs de nénuphar, tu auras vite de la promotion ». Interdite, Fleur de bruyère ne savait comment se débarrasser de l’importun mais fort heureusement, Dame Angélique, sa supérieure avait oublié son parapluie et elle surgit dans l’office à point nommé.

Le chef bredouilla de vagues excuses et s’en fut, tout contrit.

Dame Angélique n’était pas dupe de son manège, elle adressa un clin d’œil complice à Flora et lui proposa de la raccompagner dans sa chambre.

En chemin, elle lui confia qu’elle avait choisi le prétexte du parapluie, nullement oublié car elle connaissait les petits travers du chef. «  Je l’avais vu traîner dans sa cuisine alors que tout était terminé et rangé, c’est pourquoi je l’ai soupçonné de vouloir courir le guilledou car il n’a de cesse d’accrocher les rubans d’une nouvelle conquête au pommeau de sa canne d’argent ».

Flora remercia sa supérieure avec effusion car on ne chasse pas un grand chef sans y mettre les formes.

«  Dorénavant ne restez jamais seule et si vous n’avez pas terminé votre ouvrage, placez ces porcelaines, cristaux et argenterie dans une petite armoire dont je vous confie la clef » lui dit-elle en guise de conseil .

Flora la remercia avec effusion et lui demanda, à brûle pourpoint, s’il n’y avait pas d’autre  secret qu’elle eût à connaître.

Dame Angélique l’assura qu’il n’en était rien et Flora s’enhardit jusqu’à lui demander s’il n’y avait pas d’enfant au château.

Sa supérieure hésita puis lui confia sous le sceau de la confidence qu’un petit garçon était arrivé récemment au château et qu’il logeait auprès du régisseur du domaine.

Nul ne l’avait vu et des serviteurs triés sur le volet s’occupaient de son train de vie : il était nourri et logé comme un prince si bien que l’on se demandait s’il n’en était pas un.

Flora, heureuse de voir sa piste se confirmer et ravie de savoir que l’enfant était encore en vie, parla de la douceur du soir pour ne pas paraître trop curieuse puis les deux dames se quittèrent en s’adressant des adieux chaleureux.

dimanche 22 février 2026

La rose miraculeuse

 


Décidés à rester sur leur garde, le chevalier et son écuyer redoublèrent de prudence sur la route de l’orient.

Escortés par des oiseaux, ils se sentaient protégés par une force miraculeuse et lorsqu’ils aperçurent au loin une rose à taille humaine, ils n’en furent guère surpris.

En s’approchant de l’apparition, ils purent la détailler : c’était une femme-fleur dont la beauté était sans égale.

« Noble dame, j’admire votre incomparable beauté et je vous demande, à genoux, l’autorisation de vous aimer » prononça Gwendal, une main sur le cœur.

Le femme-fleur sourit puis elle invita le prince et son serviteur à pénétrer dans sa demeure.

C’était une jolie maison entourée d’hortensias. Ils entrèrent à sa suite et découvrirent un local charmant où tout semblait avoir été étudié pour connaître le bonheur.

La femme-fleur utilisa une clochette d’argent et commanda un souper à base de végétaux : bouillon aux algues, salade de pousses printanières, gâteau de tubéreuses à la crème et une magnifique pièce montée ornée de roses en sucre et de violettes.

Nos deux voyageurs mangèrent avec appétit, burent modérément et écoutèrent un troubadour qui chanta la romance de Tristan et Yseult avec infiniment de poésie.

Cet intermède musical dénoua les langues et chacun se mit à parler à cœur ouvert.

Leur hôtesse se prénommait Angélique et elle leur confia que cette soirée resterait dans sa mémoire comme un moment privilégié.

Bertrand parla peu car il était conscient de la modestie de son statut et Gwendal livra une partie de sa vie, notamment sa venue à la cour après un passage dans un buisson de roses.

Angélique trouva cette venue au monde de la chevalerie tout à fait remarquable et promit d’aider les deux voyageurs à trouver la rose sublime qu’ils recherchaient.