samedi 11 avril 2026

Alice et le miroir vénitien

 



En poursuivant le lapin blanc qui se plaignait toujours d’être en retard, Alice se trouva dans une petite pièce qui était illuminée par la présence de nombreux miroirs.

Elle en choisit un qui portait en son cœur une rose dont les tons étaient du plus bel effet. C’était en fait un poudrier qui faisait office de miroir par la même occasion.

Sa sœur Adèle refusait toujours de lui laisser regarder de près son poudrier c’est pourquoi Alice fut aux anges de pouvoir ainsi s’approcher d’un objet qui lui était interdit à la maison et qui semblait si beau et si pratique à en juger par l’habitude répétée d’Adèle de lui rendre une visite pour s’assurer de l’état de sa beauté.

Alice fut enchantée de découvrir à l’intérieur du poudrier magique une décoration qui reprenait ses traits en lui donnant une finesse inaccoutumée.

Elle activa la houppette qui était jointe au poudrier et se poudra avec délices : elle était enfin une jeune fille certifiée et reconnue.

Un nuage de poudre ocre et rose se développa dans la pièce, mettant en relief un magnifique miroir vénitien qui avait échappé à sa vue.

Elle le prit avec délicatesse et vit son visage se transformer d’une seconde à l’autre.

Un tapis de fleurs, roses, jasmin et réséda, orchidées, déroula une traîne royale qui l’incita à ôter ses souliers vernis et à se déplacer avec précaution sur cet accessoire magique qui se mit à onduler pour devenir une véritable mer fleurie où nageaient des dauphins.

Sautant de nénuphars en lotus, elle finit par arriver dans une prairie où elle retrouva, sans en être surprise,  le chapelier fou et le lièvre de Mars qui prenaient le thé de manière chaotique et charmante.

Le lapin blanc arriva tout essoufflé ; il s’épongea le front avec un mouchoir brodé à l’effigie de la reine de cœur puis but avec délices le contenu d’une tasse de thé venu des Indes.

Alice accepta également une tasse, se poudra ensuite le visage d’un geste machinal et se retrouva, de ce fait, dans sa chambre, une poupée sur les genoux.

«  Qui a encore pris mon poudrier » ? dit Adèle avec une colère qui n’était pas feinte mais Alice put répondre qu’elle n’était pas la coupable.

Elle décida de faire la demande d’un poudrier ou d’un miroir à la bonne fée, sa marraine et se replongea dans la lecture de son livre favori A l’ombre des cerisiers en fleurs qui lui apporta, comme d’habitude, le plaisir de vivre les aventures d’un descendant du chat botté ou le voyage inédit d’une jeune femme sur les routes de Saint Jacques de Compostelle.

Le chant d’un oiseau interrompit sa lecture et elle se promena dans le jardin en rêvant à une prochaine expédition dans le monde féerique imaginé par un mathématicien britannique, Lewis Carroll !

vendredi 10 avril 2026

Le château du Fol Espoir

 

 

Grâce au trésor découvert sous les ruines du château, le nouveau castelet prit forme rapidement. Le prince fit venir des blocs de granit rose pour que le château ait une belle allure et soit perçu comme une merveille architecturale. Des sculpteurs ornèrent les tourelles de personnalités légendaires rappelant les figures de proue des vaisseaux.

Des ébénistes, des peintres, des décorateurs, des verriers et des miroitiers, des experts en tissu d’ameublement et des tapissiers de haute lice mirent leur art au service de chaque pièce pour en proposer un esthétisme remarquable.

On s’affaira dans les cuisines pour que la technique serve l’antre du goût.

Lingères, couturiers, brodeuses et argentiers offrirent leur touche délicate réservée aux grandes maisons.

Le prince fit appel à des jardiniers pour que les potagers, les vergers, les roseraies et les massifs de fleurs fournissent la base florale des cuisines et de l’ornement.

Enfin, un pavillon d’amour, une volière, une fontaine et un kiosque à musique parachevèrent le charme inédit de Fol Espoir.

Guillemette arriva en carrosse pour célébrer l’inauguration d’un château voué à l’amour.

Elle portait une robe d’inspiration second empire pour représenter dignement la vallée des cœurs perdus dont elle avait eu la charge.

Des valses romantiques permirent au couple retrouvé d’ouvrir le bal sur la note définitive d’un Fol Espoir.

Butterfly

 




Dans un royaume bleu vivait une princesse que chacun aimait appeler Butterfly tant sa grâce faisait penser à un papillon turquoise, le Morpho bleu.
Alya, tel était le prénom de la princesse, cueillant et ramassant çà et là des trésors dont elle tirait profit à son retour.
Œufs de caille, champignons, coriandre, basilic et autres herbes, jacinthes, lys, orchidées et coquillages divers étaient distribués à son retour dans les offices qui en tireraient le meilleur profit.
Alya aimait aussi dessiner ; une fois restaurée, elle sortait son carnet de croquis, tâchant d’insérer une fleur, un oiseau ou un arbre dans une toile où le fantastique tutoyait le réel.
Elle aurait pu continuer à vivre paisiblement si un appel au secours ne lui était pas parvenu grâce à une bouteille échouée sur la plage.
La bouteille en verre de Murano contenait un message ainsi libellé : « Détenu dans une île par des dragons. Prince Nadir ».
Alya rêva de ce prince au joli nom puis elle le relia à un opéra célèbre Les Pêcheurs de Perles de Georges Bizet.
La romance de Nadir l’enchanta particulièrement et désormais le prince détenu par les dragons et Nadir pêcheur de perles furent indissociés dans son esprit.
« Je crois entendre encore
Caché sous les palmiers
Sa voix tendre et sonore
Comme un chant de ramier ».
Tandis qu’elle écoutait cet air en boucle en chantonnant cette divine romance, Alya consultait les cartes géographiques dont elle disposait, espérant localiser cette île où régnaient des dragons.
Ses efforts répétés furent enfin récompensés. Alya finit par repérer une zone placée sous des turbulences susceptibles de cacher une île gardée par des dragons.
Elle fit armer son voilier de guerre, fit embarquer des tonneaux de poisons séchés et des amphores d’eau de source et de vin clairet, des citrons pour lutter contre le scorbut, des oranges et des pommes ainsi que des conserves diverses en bocaux.
Elle sélectionna ses meilleurs guerriers, choisit des professionnels en cuisine, service, couture, broderie et dessin puis elle revêtit son armure turquoise.
Parée pour l’aventure, elle fit larguer les voiles et mit le cap sur l’île, œil de turbulences vraisemblablement entretenues par des dragons pour libérer le prince Nadir qui l’appelait à son secours.

mercredi 8 avril 2026

Ma fleur de lune aux longs cheveux de soie

 

 


«  Ma fleur de lune aux longs cheveux de soie, je te veux toute à moi » écrivait un poète en mal d’amour. Il rêvait de cette belle au déshabillé de fleurs qui fondrait dans ses bras, appelant des caresses et des baisers.

Soudain revenu à la réalité par une faim tenace, il sortit acheter quelques denrées. Son choix se porta sur des œufs, de la salade et des légumes variés. Chez le boucher il se procura des ris de veau et de la langue qu’il cuirait au court bouillon avant de la servir avec une sauce piquante ou au Madère.

Je ne sais pas si ma Fleur de Lune aimerait ces plats rustiques pensa-t-il puis il se dit que ce n’était guère important dans la mesure où la belle n’existait que dans son imagination.

Il déposa les provisions dans sa cuisine puis il sortit de nouveau, espérant rencontrer la femme de sa vie qu’il servirait avec amour.

Il entra dans un café populaire dont le nom lui semblait prometteur. Le Liberty Bar était pimpant. Les serveuses en robes à fleurs prenaient prestement les commandes tandis qu’un pianiste égrenait les notes lancinantes de chansons mélodramatiques où l’amour rimait avec toujours.

Une jeune femme, seule à sa table, semblait n’attendre personne. Sans être particulièrement belle, bien loin du rêve de sa Fleur de Lune, elle avait un certain charme mais ne paraissait pas s’en soucier. Son chocolat chaud refroidissait sans qu’elle y prenne garde. Elle écrivait sur un carnet, noircissant les pages avec ardeur.

S’enhardissant, Clément le poète s’approcha d’elle et lui demanda s’il pouvait lui tenir compagnie. Clara, la jeune inconnue, lui sourit pour toute réponse, ne lâchant pas son stylo comme s’il était sa raison de vivre. Commandant à son tour un chocolat chaud, Clément écrivit quelques lignes dans son carnet de moleskine noir qui ne le quittait jamais pour poursuivre sa rêverie Fleur de Lune.

Se prenant au jeu, il noircit à nouveau son carnet et lorsque le patron vint lui demander de régler sa note, il constata que la jeune femme s’était éclipsée sans qu’il s’en rende compte.

Lisant sa déception dans son regard, le patron lui dit en lui rendant la monnaie : «  Ne vous en faites pas ; si vous voulez revoir la jeune demoiselle, je peux vous dire qu’elle vient tous les jours à la même heure. Elle écrit tant qu’elle oublie toujours de boire son chocolat, comme vous. Vous êtes vraiment faits l’un pour l’autre » : Sur ces mots, le patron regagna son comptoir en riant.

Clément rentra chez lui, cuisina pour oublier sa déconvenue, savoura des ris de veau tandis que la langue cuisait à petit feu.

Demain elle sera parfaite se dit-il. C’est un plat trop copieux pour une personne seule. Il faudra que je lance des invitations ou mieux, que je propose sur le net des parts à l’achat.

Réconforté par le plat délicieux issu de ses mains, il lava la vaisselle en sifflotant, but un thé au jasmin et rêva de lendemains où la Fleur de Lune aux longs cheveux de soie avait une place éminemment florale, féerique et un rien érotique.