jeudi 19 février 2026

La colombe médiatrice

 



Sevré de la présence apaisante de Brigitte, le prince Gildas ne voulut pas quitter brutalement le monastère qui l’avait si bien accueilli mais au terme d’un laps de temps qu’il jugea conséquent, il remercia le prieur de son hospitalité et prit le chemin du retour. Il vivrait désormais comme ses ancêtres et tâcherait de trouver une compagne qui s’accommode de sa personnalité.

Il fit ses adieux à Brigitte par l’intermédiaire d’une colombe qui déposa un billet sur le rebord de la fenêtre de sa dame d’amour :

«  Brigitte, dame de mes pensées, je pars, le cœur en miettes mais je suis heureux de vous avoir connue. Votre dévoué Gildas ».

En prenant connaissance du message, Brigitte se demanda si elle n’avait pas commis une énorme erreur en se séparant d’une si belle âme puis elle jugea que l destin les unirait pour toujours ou les plongerait dans une dérive sentimentale génératrice de souvenirs.

Distrait par son vague à l’âme, le prince ne vit pas l’embuscade tendue par des bandits. Il fut prestement assommé et dépouillé. Lorsqu’il reprit ses esprits, deux grands yeux bleus inquiets l’observaient.

C’était une jolie jeune fille, vêtue comme une paysanne mais dont la beauté servait d’écrin à son prénom, doux et parfumé comme elle, Violette. La jeune fille s’avéra suffisamment robuste pour l’aider à se remettre sur pied et lui proposa l’hospitalité de sa modeste maison :

«  Elle est toute simple mais les brigands ne viendront pas vous y chercher, Messire » dit-elle et cette proposition ravit le prince qui se demanda s’il n’était pas sur les chemins de Tendre-sur -Inclination tant son cœur battait la chamade.

Romancero lacustre

 



Les promenades au bord de l’étang de Gildas et Brigitte furent dignes de figurer dans les appendices des réflexions du philosophe Jean-Jacques Rousseau.

Les idées de ce poète penseur prenaient corps dans le vol d’une aigrette ou le chant d’une alouette.

Brigitte avait un panier d’osier au bras et elle collectait fleurs, plantes et champignons qui figureraient dans son herbier ou la marmite de son chef cuisinier.

Les jours de belles récoltes appelaient un rendez-vous dans sa longère pour goûter les délices du chef.

Tourtes aux champignons, veloutés de potiron aux herbes odorantes, tartes aux fruits des bois se succédaient pour le plaisir des gourmets.

Les rêveries amoureuses s’inscrivaient dans le droit fil de Tendre sur Estime si l’on se réfère à la carte des élans amoureux conçue par les Précieuses du XVII -ème siècle Français.

Est-ce que Tendre -sur-Estime doit l’emporter sur Tendre par Inclination se demandait Brigitte tandis que Gildas se contentait de goûter les moments heureux en lien avec la nature. Il ne savait pas si son amour était véritable et profond mais il croyait que Brigitte était devenue le pivot de sa vie. Il priait et méditait moins dans sa cellule, laissant sa pensée dériver comme un nuage de bonheur.

Brigitte décida un soir de mettre un terme de manière provisoire à ce pas de deux qui n’était pas concluant.

«  Nous aimons aller de concert le long de l’étang et nos conversations témoignent de nos points communs. Cependant, il nous manque ce brin de folie qui maçonne notre amour à la manière de ces fils d’or qui subliment un vase fêlé dans l’art chinois.

Laissons faire la distance et le temps pour cimenter cet amour naissant ».

Le prince accepta la gageure et ils convinrent d’attendre l’événement providentiel qui les précipiterait dans les bras l’un de l’autre ou les séparerait à tout jamais.

mercredi 11 février 2026

Gildas, prince des coeurs

 


La venue de Gildas causa un vif émoi dans la gent féminine de Paimpont. On ne parlait que de lui en se réfugiant derrière un éventail, ornement qui connut un regain d’intérêt. Derrière cet accessoire des bals d’antan, les mots glissaient, exprimant un rêve secret.

Ignorant ce remue-ménage, le prince partageait son temps entre randonnées lacustres et méditations.

Il eut la chance de rencontrer une artiste-peintre, Gisèle Jan Simon, qui exposait à la manière d’un ancêtre son chef d’œuvre en douze tableaux représentant la geste des Chevaliers de la Table Ronde.

Chaque détail était étudié et pesé au trébuchet pour que l’harmonie soit totale.

Il conversa avec l’artiste et promit de l’accompagner, une nuit, dans une réunion de druides en un lieu consacré. Mais lorsque  vint la nuit du rendez-vous, il ne put s’y rendre car il fut saisi par une forte fièvre.

Le médecin appelé à son chevet ne put établir un diagnostic clair et il recommanda des infusions à la mode des grands-mères pour faire tomber la fièvre.

Inquiet, Frère Benoît eut l’idée de recourir aux services de Brigitte dont on louait les connaissances en herboristerie.

Brigitte mit en œuvre son savoir-faire et le prince se rétablit.

«  Ai-je rêvé se demanda-t-il, j’ai cru qu’un ange était à mon chevet ».

Frère Benoît lui donna l’adresse de Brigitte, suggérant qu’il lui envoie des fleurs pour la remercier car elle avait refusé l’offre du prieuré, acceptant juste un morceau de fromage apporté par le prince.

Gildas décida de lui rendre visite et laissa passer quelques jours avant de se faire annoncer. Il arriva dans un bel équipage, sa calèche débordant de fleurs somptueuses.

Outre les fleurs, il pria Brigitte d’accepter une bague qu’il tenait de sa mère, destinée à sa future épouse :

«  Permettez-moi, Dame Brigitte, de vous faire une cour délicate et romancée car en me rendant la vie, vous m’avez emprisonné dans votre cœur ».

Brigitte sourit, acceptant la proposition courtoise tout en se gardant de la prendre au mot.

«  Je veux bien porter la bague de votre mère par amour de vous mais je m’engage à vous la rendre si d’aventure, cette demande en mariage n’était pas née de la confusion illusoire entre la gratitude et la fin amor des poètes courtois ».

Soit dit le prince et il invita Brigitte à l’accompagner dans ses promenades au bord de l’étang du monastère.

«  Nous apprendrons ainsi à mieux nous connaître » conclut-il et ils prirent le thé avant son retour à l’abbaye.