mardi 7 avril 2026

La princesse des roselières

 


Dans un royaume protégé par des roselières , Ninon aimait se lever avec le chant des oiseaux. Toilette et repas achevés, elle se promenait  abritée par une ombrelle et une voilette pour éviter des piqures d’insectes parfois douloureuses.

Elle occupait volontiers une cabane de pêcheur le plus souvent délaissée par son principal occupant qui relevait des filets poissonneux pour vendre les produits frais au marché.

Ninon aimait dessiner, lire et écrire. Ces occupations l’éloignaient de la fuite du temps et des réalités quotidiennes assurées par Dame Agnès, son attachée personnelle.

Connaissant les habitudes de la princesse, Dame Agnès dépêchait à midi des serviteurs pour disposer les éléments d’un pique-nique à base de fruits, de céréales et de miel et de breuvages légers pour réconforter sa souveraine.

Un jour, alors qu’elle écrivait un chapitre magnifiant la nature qui l’entourait, Ninon sentit une ombre voiler son regard. Elle aperçut un jeune homme qui la contemplait en souriant :

«  Je ne voulais pas vous déranger mais à vrai dire, vous étiez si belle, votre stylo courant sur les pages comme une jument alezane frappant de ses sabots un sol glacé que je n’ai pu détacher mon regard de votre personne. On me nomme Tadej et je viens d’une contrée lointaine où courent les chevaux. J’ai entrepris un voyage pour découvrir de nouveaux paysages. Les roselières et leur monde charmant m’ont attiré puis je vous ai découverte, fleur éclose dans un marais à la manière d’une beauté orientale illuminant par sa seule présence les murs épais d’un palais. Si vous le voulez bien, je serai votre prince ».

L’apparition se tut, attendant la réponse de sa dame d’amour :

«  Il ne vous manque qu’un luth pour être le parfait troubadour répondit Ninon en souriant. Je vous invite à partager ma collation ».

Ils se régalèrent de salades composées et de tartes aux fruits, buvant les préparations fleuries de Dame Agnès experte en cocktails inédits.

Observant les nuages, ils perçurent les prémices d’un orage.

Ninon proposa au prince de l’accompagner au palais afin de se mettre à l’abri. Ils firent bien car au moment où ils franchissaient le perron de la belle demeure, un violent orage éclata libérant des trombes d’eau qui envahirent les roselières, emportant la cabane de pêcheur où Ninon aimait se réfugier pour être au cœur de la nature.

Dame Agnès proposa une pâtisserie de bienvenue, un tourment d’amour à la mode antillaise et le couple princier savoura en silence ce symbole gourmand.

Le prince Tadej prit ses quartiers dans une aile du palais. De son côté, brisée par les émotions, Ninon se retira dans sa chambre et s’endormit en rêvant qu’un oiseau bleu se métamorphosait en prince pour lui conter fleurette.

 

Le Prince Amour

 

 


Un jour de beau froid, le prince Amour reçut un étrange message. Il était ainsi libellé : « Vous qui êtes mon amour et mon amant de rêve, j’aimerais goûter le miel de vos lèvres et m’ouvrir à vous comme les rubis d’une grenade ».  Au moment où il achevait la lecture du parchemin orné pour tout indice de reconnaissance d’une rose nacrée, il entendit le heurtoir de sa porte d’entrée. Se précipitant dans l’espoir de rencontrer la belle du message, il ne vit qu’un nuage ocre ourlé de pourpre et de turquoise.

À ses pieds, une corbeille de fruits lumineux, noix et dattes enrobées de pâte d’amande colorée, d’ananas, grenades et mangues mûres et d’une rare beauté lui apprit qu’il y avait connivence harmonieuse entre le message et l’offrande, les grenades en étant l’éclatante preuve.

Le prince se retira dans son jardin d’hiver où brillaient les oranges et les citronniers tandis que la fontaine murmurait des mots d’amour. Il resta ainsi des heures durant, mangeant tour à tour fruits et sucreries et au moment où la lune se refléta dans l’eau bleue de la fontaine, apparut une femme d’une grande beauté, l’émissaire merveilleux du serment d’amour alors leurs lèvres s’unirent et ils connurent une nuit de miel et d’étoiles filantes.

Le lendemain le prince Amour, eut la surprise de se retrouver seul. De la corbeille de fruits, plus traces, le mot d’amour n’était plus que des cendres mais un parfum de réséda flottait dans le jardin et le prince sut alors qu’il n’avait pas rêvé et que bientôt un bel enfant blond aux yeux d’amande claire frapperait à la porte du château, son fils et il le prénomma Azur et éleva des poulains pour fêter le bel événement ! 

lundi 6 avril 2026

La fête des vendanges

 

 


Blanchefleur crut revivre une troisième fois dans cette terre aux mille parfums.

Vêtue de percale ou de parures artisanales, chaussée d’espadrilles et chapeautée de capelines ornée de roses, elle se glissait avec délices dans les sillons verdoyants des vignes où abondaient les grappes blondes gorgées de soleil.

Jehan ne craignait plus de la laisser seule et il partait de plus en plus souvent au château de la tulipe d’or car il en était l’un des chevaliers.

Il arrivait qu’ils soient obligés de repousser des assaillants car il se disait, non sans raison, que le château recelait de nombreux trésors.

Le chevalier commanda à un peintre talentueux un portrait en pied de sa dame d’amour ainsi qu’une miniature qu’il enfermerait dans un médaillon porté près de son cœur.

Il profita, entre deux séjours, d’un moment où Blanchefleur rayonnait de bonheur pour lui révéler le décès de son époux.

Une étreinte tendre et passionnée mit un terme à l’immense chagrin qui s’empara de sa bien-aimée et il étouffa, un à un, les cris qui s’emparaient de son être en les neutralisant par des baisers.

Enlacés toute la nuit comme au premier jour, ils dormirent en paix et au petit matin, les mains caressantes de l’amant épris calmèrent les soubresauts douloureux de l’aimée.

Ils passèrent la journée entière dans la chambre, se baignant, se restaurant et se caressant mille et une fois.

Jehan apaisa le chagrin de sa belle en brossant ses longs cheveux.

Ils parlèrent peu mais ce qui fut dit revêtit une certaine solennité et constitua une charte d’amour courtois gravée dans l’éternité du marbre.

Blanchefleur dut vaincre sa timidité naturelle pour donner des preuves de sa passion à son amant fougueux.

Elle prodigua des gestes innovants et murmura un chant d’amour à la fois solennel et primesautier qui envoya le chevalier au firmament de l’épanouissement sublimé et total.

Entre deux étreintes, galvanisé par la participation insolite et passionnée de Blanchefleur, Jehan fit sa demande en mariage à l’amour de sa vie.

Honorée et rassurée par ce bel hommage, Blanchefleur donna son accord sous la forme de baisers qui papillonnèrent sur le corps de son amant et elle improvisa un chant d’amour :

« J’étais morte et tu m’as rendue à la vie, ô mon aimé !

Dans tes bras vigoureux, je sens mon corps et mon âme fondre comme un lingot de cet or miraculeux que l’on trouve au fond des rivières qui chantent sur des galets précieux.

Je suis à la fois ta mère, ton enfant, ton amante passionnée et je me meurs d’amour lorsque je suis loin de toi, ô mon amour !

J’aime laisser mes doigts errer à l’aveugle sur ton beau corps sculpté par des anges et je veux te couvrir de baisers pour que, jamais, tu ne te sentes mal aimé ».

Retrouvant vigueur et énergie grâce à ces paroles touchantes, le chevalier étreignit à nouveau sa dame d’amour puis il la pria de se reposer tandis qu’il s’adonnerait activement aux préparatifs de leur mariage qui viendrait comme un point d’orgue et une divine bénédiction, à la clôture de la fête des vendanges qui allait bientôt se profiler à l’ombre des vignobles.

Floc, folle blanche seraient les divins nectars de ces noces qui seraient paysannes, ducales et princières à la fois.

La fée des vendanges baisa le front de la belle endormie, offrant sa touche majestueuse aux fêtes qui se profilaient dans l’éclat lumineux des grappes aux raisins d’or.