mardi 3 février 2026

La belle qui venait de nulle part

 

 



Elle semblait ne venir de nulle part la belle Bianca vêtue de gris perle et rose soleil sous une cape de laine noire lorsqu’elle arriva au village de Paimpont.

Elle loua une chambre à l’ hôtel Le Relais de Brocéliande si bien nommé que l’on s’attendait à croiser des descendants de La Table Ronde dans les couloirs de l’auberge éclairés par des flambeaux.

Bianca fit honneur à la crêperie incorporée au Relais, mangea une délicieuse galette de sarrasin garnie et une crêpe Suzette, le tout arrosé par du cidre au bon goût de pomme, le Coat Albret.

Ensuite, on ne la vit plus guère car elle partait de bonne heure en tenue de randonnée avec un petit sac pour collecter les trésors de la forêt.

Près de la fontaine où la fée Viviane et l’enchanteur Merlin s’étaient rencontrés, elle trouva des cristaux étoilés, de véritables cristaux d’amour dont elle se promit de faire un collier.

Elle eut également la chance de découvrir sous un monticule de feuilles mortes le gobelet d’or qui servait à alerter le chevalier noir, gardien du lieu, d’un danger. Il accourait aussitôt, lance baissée, pour défaire l’intrus.

Le gobelet portait une inscription en langue celtique que Bianca traduisit sans peine vu qu’elle avait été élevée par une nourrice bretonne qui ne maîtrisait le Français que pour les besoins de sa fonction.

Bercée par les chansons de sa nourrice, Bianca s’endormait au rythme des bagads et des romances insulaires. Elle aimait les coiffes de sa nounou et en réclama une pour l’anniversaire de ses cinq ans.

Soizic lui confectionna une coiffe papillon qu’elle adorait porter. Le brossage de ses cheveux lui semblait moins pénible à présent car elle savait qu’une coiffe ne valait que par la mise en valeur d’une chevelure ordonnée et lissée.

Après ses longues excursions, Bianca rentrait directement dans sa chambre et commandait un repas souvent composé de bouillon et d’une crêpe avant de s’endormir en rêvant d’une rencontre féerique.

lundi 2 février 2026

Le cheval fée

 

 



Julien enfourcha Etoile du Sud, sa jument blonde et galopa vers la mer, prenant garde à ne pas impulser à sa monture l’allure de Crin Blanc.

Ses cheveux volaient au vent et lui offraient un rythme musical proche des sons de la lyre d’Orphée.

Julien était à la recherche de la chanson qui ferait revenir toutes les Eurydice des Enfers.

Le vent murmurait des bribes de poèmes et faisait jaillir sur son passage des roses au cœur de perle.

Parvenu près d’un ruisseau, Julien ralentit le pas de sa monture, mit pied à terre et se mit à rêver.

Son cheval broutait sagement à ses côtés.

Une rabouilleuse sortit du ruisseau, exhibant triomphalement de belles écrevisses couleur de feu.

La jeune fille portait une tunique courte et ses jambes musclées lui donnaient l’apparence d’une déesse antique.

Julien lui sourit, se rafraîchit dans le ruisseau et improvisa une chanson qu’il dédia à Apollon.

Le cheval-fée lui rappela son devoir et il reprit son chemin, pressé d’écrire le texte de la chanson inspirée par une adolescente sortie d’un roman de Balzac.

Le royaume des nénuphars

 

 

 

 


Blottie dans le cœur d’une immense fleur de lotus, la fée des sources se reposait en rêvant. Soudain une tempête s’éleva et emporta la fleur dans un tourbillon de pluie.

Lorsque la fée reprit ses sens, elle se trouvait sur la rive d’un gigantesque lac rose où flottaient des nénuphars.

Avisant une barque, elle s’y lova et dormit quelques heures. Puis elle largua les amarres et traversa le lac en se servant des rames flexibles de l’esquif.

De l’autre côté du lac, le sable de la rive était d’un beau jaune d’or. Elle s’engagea sur ce chemin digne d’une fée et découvrit bientôt un palais en forme de rose gigantesque.

On lui ouvrit la porte et elle découvrit un bien étrange palais tout en corridors et grandes salles décorées avec harmonie.

Un prince était au piano et faisait des gammes. Lorsqu’il découvrit la présence de la fée, il interpréta une sonate pleine de charme et de poésie.

La fée s’endormit dans une bergère brodée de paysages champêtres et à son réveil, le palais avait disparu et elle se trouvait dans sa barque.

Elle reprit le chemin du retour mais sur l’autre rive, le même sable doré s’offrait à elle.

Je suis sans doute victime d’un sortilège se dit-elle et elle rêva de son lotus originel.

Il apparut alors à ses yeux étonnés et ô surprise, le prince s’y trouvait déjà.

Cherchons un piano dit la fée vous en jouez si bien !

Je ne tiens pas à épouser la belle au bois dormant lui répondit le prince avec humour et il posa ses lèvres sur celles de la fée en la suppliant de ne pas s’évanouir ou s’endormir.

Ils partirent tous deux à la recherche d’un domicile qui leur permettrait d’abriter leur amour et lorsqu’ils le trouvèrent ils fermèrent les fenêtres et se laissèrent aller au gré de leur passion si magnifiquement partagée !