Aurore du Hainaut, orpheline à l’âge de six ans, fut confiée à une nourrice qui l’emmena dans sa modeste maison pour l’élever selon ses critères ancestraux.
Il y avait un beau jardin et la petite fille aimait regarder les papillons et respirer les parfums de la roseraie.
Son château fut vendu et son tuteur, grand-duc de Mortefontaine déposa le montant de la vente sous forme de lingots d’or chez le notaire afin de constituer une dot pour la petite duchesse.
Aurore entreprit des études dans un pensionnat où les orphelines étaient nombreuses.
De petits groupes se formèrent par affinités et Aurore se rapprocha de Rose du Quesnoy dont le teint frais et les tresses blondes semblaient être le symbole de sa belle province d’origine.
Rose et Aurore devinrent inséparables et lorsque l’on vint chercher Rose pour la marier à un lord anglais, amateur de vin français, de littérature et d’art, la jeune fille mit une condition à son mariage, la présence à ses côtés de son amie Aurore.
Aurore franchit la Manche à contre-cœur ; en amie fidèle, elle ne voulait pas laisser Rose voguer seule vers l’inconnu.
Dorian de Cornouailles, le prétendant ducal, était un gentilhomme accompli. Sa prestance et sa beauté n’avaient d’égales que sa culture et sa pratique de la langue française.
Rose se laissa conquérir en franchissant les étapes de la Carte du Tendre par inclination.
Aurore aimait arpenter les plages et guettait la venue des Johnnies, ces jeunes bretons venus vendre les beaux oignons de Roscoff.
Les cuisiniers du château faisaient honneur à ces produits en les sublimant sous forme de tourtes où le cheddar offrait une note british.
Les soupes à l’oignon flattaient le palais des convives qui se félicitaient de cet apport de qualité.
Aurore apprit à manier la langue celtique au contact des vendeurs qui avaient pris la mer avec témérité.
L’un d’eux, Jehan de Paimpol aux beaux yeux bleus, vêtu élégamment d’un costume breton brodé l’émut par sa courtoisie et son art de converser.
Elle attendait sa venue, le cœur battant et l’année où il ne vint pas, elle sombra dans une profonde mélancolie.


