vendredi 29 mai 2026

Diva malgré elle

 



Devenue sans l’avoir voulu le symbole divinisé de la Bretagne, Aurore tâchait de se consacrer au quotidien avec simplicité.

Comprenant son besoin d’échapper à la figure tutélaire de la belle Yseult qu’elle incarnait désormais, les habitués des marchés qu’elle fréquentait s’efforçaient de rester naturels.

Aurore ne pouvait s’empêcher de penser que si elle était l’amante éperdue aux yeux de tous, Yseult aux cheveux d’or, son Tristan n’était plus qu’un rêve entrevu en Cornouaille. Jehan de Roscoff semblait s’être évaporé littéralement.

Lorsque les Johnnies embarquaient avec leur précieuse cargaison, Aurore, escortée par le fidèle barde Yvon de Trégastel, parcourait du regard la foule des jeunes hommes en partance pour l’ Angleterre.

Un jour cependant, alors qu’elle s’y attendait le moins, un homme baisa sa robe et leva vers elle des yeux pleins de fièvre. C’était un vagabond, un faible d’esprit lui dit-on et l’on chassa le mendiant qui osait importuner une diva.

L’espace d’un instant, Aurore crut reconnaître l’objet de ses pensées et le but de son voyage, Jehan de Roscoff métamorphosé en suppliant par un sortilège.

Elle pria Yvon de porter une bourse de pièces d’or au vagabond et de veiller sur lui. Yvon s’acquitta de la tâche avec délicatesse. Il confia le malheureux à un institut médical, offrant une somme conséquente pour qu’on le rende présentable et qu’on le soigne.

Il contacta un médecin qui diagnostiqua une démence précoce due à un choc dont les origines pouvaient être diverses, agression physique ou désarroi moral.

Après une remise en forme a minima, le vagabond fut soigné dans un établissement thermal sous la garde d’une infirmière.

Gilles Le Guen, le peintre qui avait sublimé Aurore en la peignant sous les traits d’ Yseult était en voyage afin de trouver une nouvelle source d’inspiration.

Lors d’une halte dans les Cyclades, il choisit de s’installer à Délos, l’île du dieu Apollon, rêvant de trouver un modèle au Tristan qu’il rêvait de peindre.

Chaque pièce du puzzle d’amour se mettait en place pour parvenir au tableau final espéré, la réunion d’un couple fait et défait par la houle des vagues qui emportaient les hommes dont le but consiste à vaincre un destin cahotant.

La danseuse aux pieds nus

 

 

 


Stella, la danseuse aux pieds nus, s’éveilla d’un songe un beau matin et partit sur les chemins, à la conquête de son destin.

Les oiseaux lui servaient d’escorte princière et les personnes croisées dans les bosquets s’inclinaient à son passage.

Sur les rives d’un lac, cachés dans des roseaux, des cygnes attendaient leur reine. Ils accueillirent Stella avec une immense espérance et chacun rêva d’un royaume où les cygnes seraient rois.

Stella se sentit chez elle dans cet environnement royal et elle se mit à danser pour célébrer la beauté du moment.

C’est alors qu’un prince apparut, tandis qu’elle interprétait avec beaucoup de ferveur et d’émotion un extrait du lac des cygnes.

Il avait appris à se méfier des danseuses et des cygnes car il avait été élevé dans une culture classique et pouvait lire des romans russes dans le texte.

Cependant il eut l’impression que rien de nocif ne pouvait provenir de cette jolie danseuse au talent si éminent.

Il mit pied à terre, libéra sa monture et s’assit dans l’herbe pour admirer le spectacle.

Sa prestation terminée, Stella salua son public avec grâce et baisa la main du prince qui s’empressa de l’envelopper dans sa cape.

Ils devisèrent aimablement et pour la remercier d’avoir si bien dansé, le prince coupa des roseaux avec l’autorisation des cygnes, tressa les ajoncs obtenus et fabriqua d’adorables chaussons qu’il fourra de duvet provenant du berceau des cygnes qui venaient d’éclore.

« Vous devez prendre grand soin de vos pieds car ils vous confèrent un titre royal » dit-il à Stella.

Des cavaliers apparurent à l’horizon : ils appartenaient à la garde princière.

Ils n’osaient pas s’approcher, craignant d’interrompre une idylle naissante mais le prince Florian leur fit un signe et ils arrivèrent pour exécuter ses ordres.

En l’occurrence, il s’agissait de faire venir du palais un carrosse attelé et de rapporter une collation qui pourrait être dégustée sur l’herbe.

C’était bien le meilleur des ordres qu’ils pouvaient recevoir et ils s’acquittèrent promptement de la tâche assignée.

Le déjeuner sur l’herbe fut des plus charmants. De la brioche moelleuse fut distribuée aux cygnes qui remercièrent à leur façon ce geste d’amitié en exécutant une parade des plus réussies aux abords du lac.

Lorsque les amants furent rassasiés, ils prirent place dans le carrosse et s’en allèrent vers ce palais qui attendait sa princesse.

Stella et Florian devinrent inséparables et l’on annonça leurs noces avec beaucoup de fierté.

Néanmoins Stella dut jurer à son futur époux de ne plus jamais se promener pieds nus, ce qu’elle fit solennellement.

« Vos pantoufles tressées sont si merveilleuses : je n’en porterai plus d’autres » dit-elle et c’est ainsi qu’une mode fut lancée et que désormais, les jeunes filles qui espèrent trouver un fiancé se promènent près du lac, chaussées de pantoufles où affleure le duvet de cygnes !

 

Andalousie

 



«  Andalucia mia, , pays d’amour

Andalucia mia vers toi toujours

S’envolera mon cœur car mon ciel en fleur

Contient tout mon bonheur

Que de fois j’ai songé au parfum léger

De ses doux orangers ».

Plongé dans une ambiance flamenco, Vincent, une rose précieuse à la boutonnière, s’avança vers une magnifique danseuse dont les cheveux ondulaient sur ses hanches.

En jouant de l’éventail, la belle danseuse lança un appel tacite à l’amour, accompagnée au bandonéon par son fidèle collaborateur.

Vincent se perdit dans les volutes des jupons de la belle frémissant au rythme de son déhanché.

«  ô divin paradis que l’on dit frivole

Tu m’as appris le prix d’une parole

Quand on jura chez moi de s’aimer d’amour

Andalucia mia c’est pour toujours ».

Lorsque Vincent s’éveilla, deux roses se parlaient d’amour et un éventail bruissait à la fenêtre pour rappeler l’amour.