mercredi 16 septembre 2026

La conteuse aux mains d'or

 

 



Dans une contrée boisée vivait une jeune fille prénommée Muguet dont l’art consistait à alterner le temps de l’écriture et celui du récit lors des veillées.

Au village, on l’avait surnommée la conteuse aux mains d’or car ceux qui avaient eu la chance de l’observer dans ses travaux d’écriture croyaient voir une virtuose du stylo tant la plume courait avec rapidité sur le parchemin à base de papyrus, de roses et de jasmin.

La quintessence florale du parchemin imprégnait la plume en or de la conteuse, conférant aux mots employés le parfum subtil de sa substance.

Comme ils étaient beaux les princes nés de sa plume ! Ils galopaient sur leurs destriers pour délivrer une princesse détenue par un dragon ou un être malfaisant pétri de haine.

Dans le meilleur des cas, le geôlier souffrait de troubles de l’âme et finissait par libérer sa prisonnière, honteux de ses actes de prédateur.

Mais ce cas restait une exception.

Un jour, une biche apparut près de la fenêtre de la pièce principale, semblant présenter un signe à Muguet.

Muguet jeta un châle sur ses épaules, mit quelques provisions dans un panier et suivit la biche qui l’entraîna dans un petit bois pour faire une halte près d’une fontaine. Elle disparut sous les arbres, laissant la jeune fille affronter son destin.

Muguet se souvint de la symbolique attribuée à la biche ; représentant la pureté, la grâce, l’harmonie avec la nature, la biche accompagnait Artémis, la déesse lunaire dans la représentation des divinités antiques.

L’avoir rencontrée et suivie signifiait assurément que Muguet était dans la bonne voie en magnifiant la nature dans ses écrits et qu’elle allait certainement voir une inflexion positive dans son destin.

De fait, un jeune chasseur armé d’un arc et de flèches la rejoignit près de la fontaine.

Pas de biche à ses côtés ; par contre ses beaux yeux noisette avaient l’éclat de la parure principale de cet animal gracieux.

Il se présenta, Hubert de la Renaudière :

«  Cet arc et ces flèches sont un cadeau du dieu Apollon et je n’ai nulle envie de m’en servir pour tuer un hôte de ce bois à moins qu’il ne soit redoutable, dangereux et offensif à notre égard ».

Il s’assit auprès de la jeune femme et s’enquit de sa présence en ce lieu consacré. Muguet répondit qu’elle avait suivi un signe et qu’elle se trouvait en ce lieu avec la croyance que sa vie allait subir une inflexion.

Elle se présenta à son tour, Muguet, conteuse pour assurer le bonheur du jour à ses compatriotes.

«  Puis-je vous enlever, charmante Muguet ? Nous apprendrons à mieux nous connaître en mon palais dont vous serez l’invitée d’honneur »
Un carrosse volant apparut dans la clairière. Les jeunes gens y prirent place et ce fut le départ pour le royaume de Mondésir où régnait Hubert de la Renaudière.

Un prince vénitien

 






Plus conquérant que le Prince Noir, plus romantique que Bernard de Ventadour, aussi émouvant que le Prince des Poètes, Georges Brassens et aussi mystérieux que Jacques Douai et son étang chimérique, Johnny nous a enchantés tant de fois que nous lui sommes redevables d’heures enchanteresses et pathétiques.
Fervents admirateurs de son talent et de son personnage à multiples facettes, nous l’avons suivi sur les routes de l’hexagone pour devenir des incontournables fans de ses tournées magiques où il avait le souci d’apparaître sous un jour nouveau en arborant toujours le masque vénitien de l’amour.

mardi 15 septembre 2026

Les compagnons de la pluie

 

 

 


Ils sont venus de partout, à la recherche de la perle rare en forme de goutte de pluie, irisée et limpide, les compagnons, arborant une larme de cristal sur leur écu et ils ont chevauché à vive allure, s’arrêtant parfois chez des villageois ou des châtelains, reprenant la route à l’aube pour obtenir le graal des chevaliers nordistes.

Les compagnons de la pluie, groupés et unis ont parcouru mille lieues et ils sont enfin arrivés dans une forêt profonde, sauvage où, selon les conteurs, les sages et les géographes, ils étaient assurés de trouver la perle de pluie.

Pour s’être attardé au bord du ruisselet afin d’y faire boire son cheval, Aymeri des Embruns, chevalier du Hainaut, s’est trouvé isolé et la nuit venue, il a eu le bonheur de découvrir sur son chemin un ermitage déserté. Il s’y installa, décidé à retrouver ses compagnons le lendemain.

Il eut la bonne fortune de découvrir des aliments, du fromage et du pain, de la charcuterie artisanale et un pichet de bon vin ambré.

Rassasié, il s’allongea  sur la couche de paille  après avoir bouchonné son cheval Boréal.

Il rêva qu’une fée s’approchait de lui pour tracer sur son front une croix d’argent, destinée à le protéger des projectiles ennemis qui pouvaient l’atteindre en chemin.

Au réveil, il fut sensible à une bonne odeur de café chaud et de brioche. L’hôte des lieux, un ermite à la barbe impressionnante lui souriait, le servant avec célérité.

Il était parti à la recherche d’aliments frais lui dit-il en guise d’explication et il était heureux d’avoir pu rendre service à son prochain.

Il s’était occupé du cheval.

Bertrand de Solesmes, l’ermite content d’avoir auprès de lui quelqu’un qui élargissait son horizon, proposa à son hôte de passer quelques jours en sa compagnie.

«  Votre quête de la perle de pluie se terminera tôt ou tard dans quelques mois car je n’ai jamais entendu parler de cette merveille ajouta-t-il ».

Quoique séduit par la proposition amicale car la clairière où se situait l’ermitage était lumineuse et accueillante, Aymeri des Embruns déclina l’offre, déposa quelques louis d’or dans un ciboire à l’insu de cet hôte généreux et reprit sa route, espérant retrouver ses compagnons.

Il finit par les rejoindre aux abords d’un château aux murailles crénelées et aux tours majestueuses.

Personne ne leur ayant ouvert la lourde porte de chêne de l’entrée, ils avaient campé près des douves, s’abritant dans le cercle constitué par leurs destriers.

Irrités de ne pas avoir été accueillis  selon les lois hospitalières traditionnelles, les chevaliers retrouvèrent le sourire lorsque, après avoir chevauché durant quelques lieues, ils virent une table dressée en leur honneur à l’entrée d’un village.

On leur servit d’excellents plats de viande et de poisson, des légumes savoureux qui avaient mijoté dans la crémaillère, des petits pains au raisin et des gâteaux moulés en cassolettes sucrées au miel de lavande et de violettes parachevant le tout.

Des hanaps de cervoise et de vin aromatisé aux fleurs circulèrent à la ronde et une cohorte de jeunes gens servit et débarrassa prestement la table, ouvrant le village et proposant un temps de repos avant qu’ils ne reprennent la route.

Quelques chevaliers se laissèrent tenter mais le plus grand nombre remercia, paya son écot et partit non sans avoir demandé si quelqu’un savait où l’on pouvait trouver la lumineuse larme de pluie.

Aymeri des Embruns faisait partie de ce groupe pressé d’aller de l’avant.

Ils galopèrent toute la journée, interrogeant çà et là les personnes de rencontre au détour du chemin sur le fabuleux graal dont ils rêvaient.

Les compagnons durent cependant faire face à une embuscade à un moment où ils s’y attendaient le moins.

Alors qu’ils devisaient, s’interrogeant sur le haut lieu qui contenait l’objet sacré qui les rendrait maîtres de la pluie, grande ordonnatrice des cultures vivrières et des sources de vie, ils reçurent une volée de flèches venues de nulle part.

Bon nombre de compagnons tombèrent de cheval, morts, blessés, avec plus ou moins de gravité.

Aymeri reçut une flèche en plein front, à l’endroit précis où la fée de son rêve avait tracé une croix et c’est de cette manière qu’il fut épargné.

Après avoir enseveli leurs morts et pansé les blessés, les compagnons reprirent leur chemin, restant sur leurs gardes et envoyant une escorte à l’avant, éclaireurs destinés à leur ouvrir une route sécurisée.

Ils n’attendirent pas la tombée de la nuit pour jeter leur dévolu sur un gîte digne de leur rang.

Ils se répartirent quelques castelets et demandèrent l’hospitalité, moyennant de belles pièces d’or.

Aymeri activa le heurtoir d’un monastère et fut reçu par une confrérie de moines qui tiraient bénéfice de leurs productions, salaisons diverses, compotes et confitures des fruits du verger ou bon fromage en provenance de la laiterie jouxtant une étable où de belles vaches laitières étaient soignées.

Un vin de qualité provenait d’un vignoble entretenu par des moines viticulteurs sensibles à la culture Rabelaisienne magnifiant tous les produits de la terre pour y découvrir un sens universel.

Aymeri se régala de tout ce qui lui fut servi puis il se retira dans sa cellule, heureux d’y trouver la paix.

La même fée lui apparut dans un songe. Elle lui désignait une chapelle. Une niche en encorbellement contenait une statue représentant la Vierge Marie.

Vêtue de bleu et souriante, elle berçait un bel enfant qui tenait dans ses menottes une boule lumineuse.

A l’intérieur de la bulle, on distinguait clairement la fameuse larme de pluie tant désirée.

Au réveil, Aymeri dessina de mémoire la chapelle qui lui avait été dévoilée dans un songe et interrogea les moines en leur présentant les dessins.

Ces derniers reconnurent l’édifice sans hésiter et tandis qu’ Aymeri prenait des forces en buvant un grand bol de chicorée au lait et en mangeant de belles tartines beurrées et agrémentées de confiture, un moine dessinateur établit un itinéraire détaillé, destiné à conduire le chevalier à son but.

Cette larme, lui expliqua-t-on , doit protéger un territoire, lui évitant diverses calamités naturelles.

« Encore faut-il l’utiliser à bon escient ! » ajouta le père fondateur du monastère.

Après avoir remercié les bons pères de leur accueil si chaleureux et leur avoir remis d’autorité quelques louis d’or destinés à des achats judicieux, Aymeri reprit la route. Avant de partir, il assura à ses hôtes qu’il ne s’emparerait pas de la larme de pluie, si précieuse puisqu’elle était gardée par le divin enfant.

En suivant scrupuleusement l’itinéraire qui lui avait été confié, il arriva à la chapelle, découvrit la statue de la Vierge dans sa niche en encorbellement et contempla le graal nordique avec émotion.

Il sortit un carnet d’esquisses et dessina la chapelle sous tous ses angles, la niche, la statue, l’enfant divin et bien entendu, la larme sacrée.

Après des heures de travail, il posa crayons et esquisses et se mit en devoir de trouver un gîte pour la nuit.

Une chaumière lui parut accueillante. Il demanda donc l’autorisation de manger et dormir moyennant rétribution à la dame des lieux, une jolie hôtesse fraîche comme l’églantine des bois.

Elle lui servit un grand bol de soupe, si savoureuse qu’il en redemanda, se régalant ensuite d’une saucisse fumée, cuite sur l’âtre et accompagnée de champignons des bois.

Une tarte aux myrtilles lui rappela celle que lui servait sa mère lorsqu’il était enfant et il écrasa une larme à son souvenir.

Avec stupéfaction, il vit cette larme se cristalliser et devenir le pendant de celle qu’il avait vue dans la boule de cristal du divin enfant.

Il plaça cet objet magnifique dans une bourse en velours que lui avait brodée sa mère et où il rangeait ses objets précieux, sa croix de chevalier entre autres.

Il passa une excellente nuit, remercia chaleureusement son hôtesse, mangea de bon appétit œufs à la coque, pain , fromage, confiture et il but un grand bol de lait chaud au miel.

Après lui avoir donné pour  sa peine de beaux louis d’or, il partit, heureux d’avoir trouvé le graal nordique que ses compagnons étaient allés chercher, avec toute la foi dont ils étaient capables.

De retour dans son château, il enferma soigneusement dans un coffret qu’il fit sceller, les esquisses qu’il avait réalisées de la chapelle, de la statue et de de l’objet sacré ainsi que le plan des lieux qui menaient du monastère au but sacré destiné à ne pas être divulgué.

Il fit savoir, à la ronde, qu’il avait trouvé la larme de pluie et il la fit enchâsser dans un reliquaire en or massif incrusté de pierreries.

A ceux qui lui demandaient comment il l’avait trouvée, il répondait : «  Interrogez les tourterelles des bois et elles vous le diront ! ».

La princesse Nour

 


 

Les années passaient au château rebaptisé le château de la tulipe d’or avec une noria incessante de chevaliers qui venaient suivre une formation dans l’art de combattre en suivant les règles de l’honneur chevaleresque.

Bethsabée s’éteignit, laissant un grand vide car tout le monde s’était accoutumé à sa présence douce, généreuse et active dans de nombreux domaines, notamment dans l’art culinaire.

Elle laissa derrière elle des ouvrages consacrés à la broderie incluant des schémas précieux et des livres de cuisine, abondamment illustrés avec une notation précise du dosage des ingrédients et des étapes factuelles.

Salomé était une belle jeune fille, très courtisée lors des fêtes qui se donnaient çà et là, dans de nombreux fiefs et son frère Aymery avait hérité des belles qualités de son père et de son grand-père.

Les nouvelles d’orient parvenaient parfois au château par vol de colombes ou escortes de chevaliers, porteurs de messages aux armoiries de la tulipe d’or.

Or, un jour, une troupe plus importante s’approcha des murailles du château. Un jouvenceau qui avait le regard bleu de Blanchefleur, demanda à être reçu et il vint, accompagné par une jouvencelle dont la beauté éclipsait celle de la lune et du soleil.

Elle se présenta en faisant la révérence à Ornella : «  Je suis la princesse Nour, la fille de Blanchefleur et du prince, cadeau inespéré des dieux et voici mon frère, le prince Flor qui sollicite du comte Louis la préparation au noble métier des armes qui protège les honnêtes gens et leur assure la paix.

Nour était si belle, irradiant la lumière dont son prénom était porteur que d’aucuns crurent voir voler des anges près d’elle et que l’archange Gabriel lui-même sembla annoncer des temps nouveaux.

La salle de réception du château fut inondée de soleil et Ornella serra cette déesse dans ses bras.

Chacun reprit ses esprits et l’on organisa l’accueil de tous les invités, ce qui rappela à bien des chevaliers et à leurs dames les temps où l’on avait à cœur d’offrir une hospitalité méditerranéenne, fleurie et médiévale aux héros qui se lanceraient dans la quête de la tulipe d’or.

Un nouvel arrivant, Kylian de Concoret oublia instantanément la fée Viviane qu’il poursuivait de ses rêves en forêt de Brocéliande pour devenir l’amant éperdu de la belle Nour, lumineuse et désirable au point de le rendre fou.

Il se rendit dans sa chambre pour y composer un chant d’amour qu’il confierait ensuite aux rossignols de la nuit.

« Nour, ô Nour, si lumineuse et si ardente, tu as éveillé en moi la passion des chemins secrets qui conduisent aux arcanes de ton âme.

Je te veux passionnément et je souhaite simplement que tu ne m’imposes pas une chasteté prolongée car je n’y survivrai pas et devrai me perdre dans les landes où errent les amants éperdus, partis sans succès, à la recherche de leur bien-aimée.

Je veux te chérir jour et nuit ; c’est pourquoi j’ai l’audace de m’offrir pour des fiançailles si tu le veux bien. Je mets à ta disposition le manoir de mes ancêtres, plein de charmes que je décrypterai pour toi, mon aimée, si Dieu le veut ».

Ce chant d’amour terminé, Kylian commanda un bain aux dames qui étaient attachées à son service, revêtit une chemise de lin et s’endormit en rêvant que Nour la divine lui accordait sa main qu’il couvrait de baisers.

Le lendemain, il s’éveilla d’humeur folâtre et descendit en salle d’armes pour saluer les chevaliers de la tulipe d’or, corps d’excellence auquel il appartenait.

C’est ainsi qu’il apprit que la princesse Nour avait décidé de partir dans le palais que son père avait fait construire pour la belle Blanchefleur, sa mère tant aimée.

Le prince Flor restait au château pour parfaire sa formation de chevalier.

Kylian décida lui aussi de demeurer au château, espérant ainsi devenir l’ami du prince.

Il vit partir l’escorte de la princesse, plus belle encore que dans ses souvenirs les plus fous. Son entourage comportait la fine fleur de la chevalerie afin qu’elle voyage sans souci.

Flor fut charmé de voir Kylian à ses côtés car sa prestance et son renom illustraient à merveille sa devise : «  Ne suis ni duc ni prince, je suis le sire de Brocéliande ».

Kylian promit à Flor de l’instruire sur toutes les légendes de son patrimoine et le duo commença à fonctionner sous les auspices de la bruyère et des genêts, amarante et or !