Dans la lande bretonne, un château abrite un esprit, celui de
la Dame Blanche, ainsi nommée depuis qu’un braconnier a dit avoir vu une jeune
femme en robe de mariée se laisser ensevelir vivante dans une fosse creusée
près des douves par quatre hommes bien vêtus venus en calèche avec la
suppliciée.
Hésitant à alerter le châtelain du fait de l’illégalité de sa
présence, le braconnier s’était enfin résolu à relater les faits au seigneur du
château.
Hélas, trop tard ! On déterra la malheureuse qui rendit
le dernier soupir sans avoir pu parler.
On garda sa couronne de fleurs d’oranger dans la salle
d’apparat du château, sous globe comme à l’accoutumée et l’on tenta de
découvrir l’identité de la malheureuse mais les recherches furent vaines.
Toutefois, un elfe de la forêt voisine a révélé à une jeune
fille venue chercher des fruits et des champignons que cette jeune femme avait
été mariée contre son gré à un seigneur puissant épris de sa beauté.
La nuit de noces tourna au drame lorsque le marié se rendit
compte qu’il n’était pas le premier amant de son épouse.
Fou de rage, il ordonna à quatre vassaux d’enterrer vive
l’immonde créature qui s’était laissée conduire à l’autel sans parler.
Par la suite, il chercha l’auteur du forfait mais en dépit
des récompenses ou des châtiments proposés à tour de rôle, personne n’apporta
de réponse.
Le criminel et ses vassaux moururent paisiblement sans s’être
repentis.
Fort émue par le récit de l’elfe, la jeune fille, Violaine,
rentra chez elle, décidée à en savoir plus sur la Dame Blanche.
Les jours suivants, elle consulta les archives du domaine
pour trouver un indice de poids : son portrait !
Un dessinateur avait réalisé un croquis de son beau visage
assorti de l’esquisse de sa silhouette.
Une couturière du village avait conservé la robe de mariée de
la défunte et en avait fait une copie en utilisant des lais de dentelle de
Valenciennes dont les motifs en forme de roses épanouies étaient ravissants.
La haine du mari trompé était à la hauteur de la passion
qu’il avait éprouvée pour celle qu’il ferait mettre à mort sans remords.
Violaine, à force de recherches, découvrit enfin l’identité
de la jeune femme rapportée par un marchand ambulant.
Elle se nommait Angélique Letellier et appartenait à la
petite noblesse.
Selon un chanteur de rue qui avait une version romanesque de
son histoire, elle avait rencontré fortuitement un prince russe venu en
Bretagne pour en connaître les légendes.
Follement épris de la belle Angélique venue chercher des
fleurs dans la forêt, il n’avait pu résister à son charme et tous deux
s’étaient donné rendez-vous dans une grotte où ils avaient connu une passion
réciproque.
Rappelé à ses devoirs par le tsar, le prince était reparti
dans son empire, promettant à son amante éplorée de revenir pour l’épouser.
Il n’avait pu tenir sa promesse dans la mesure où il avait
été tué dans un combat.
Angélique avait mis au monde une jolie petite fille à qui
elle avait donné le prénom d’Oksana.
Le bébé fut confié à une nourrice qui regagna son village
pour y élever l’enfant en toute quiétude.
Nantie d’une bourse de louis d’or offerte par Angélique pour
subvenir à ses besoins et à ceux de l’enfant, elle présenta le nourrisson comme
sa propre fille.
Grâce au pécule légué par Angélique, elle trouva un mari et
vécut paisiblement en donnant à Oksana une éducation digne de ses origines.
Oksana se maria sans avoir rien su du supplice infligé à sa
mère biologique : pour elle, la nourrice Marianne était sa mère, cette
dernière ayant tu le secret de sa naissance.
Passionnée par cette histoire, Violaine multiplia les
recherches, établit un arbre généalogique et s’aperçut, au terme de son étude
qu’Oksana n’était autre que l’une de ses aïeules.
Très émue, elle fit des préparatifs pour se rendre au château
afin de se recueillir sur la tombe de la mystérieuse Dame Blanche dont elle
avait dénoué les fils du mystère.