jeudi 10 septembre 2026

L'enchanteur



Sur les sentiers de Brocéliande, j'ai croisé l'enchanteur Merlin et je lui ai demandé s'il nous réservait la renaissance de la chevalerie celtique chère à nos cœurs.

Nous reviendra-t-il, Arthur Roi du Monde avec l’œil, porte du monde, placé au centre de son bouclier?

Où est Lancelot, ce chevalier mythique dont le seul vainqueur fut le regard d'une femme?

Où sont Perceval, Galahad et tant de braves qui partirent chercher le Graal au bout du monde?

S'ils nous reviennent, nous leur demanderons juste de cimenter les pierres de nos édifices car ils menacent de s'écrouler à chaque instant sous les coups de butoir de barbares d'un genre nouveau.

Ils s'apparentent à la canaille qui hante les romans chinois, misérables voleurs assoiffés de sang.

Pour finir en beauté selon un code misérable, ils n'hésitent pas à engager leur dernier souffle de vie pour que périssent des centaines d'innocents.

Victimes de leurs délires meurtriers, ils meurent après avoir proféré un dernier cri de haine qu'ils dédient à un dieu barbare que nul ne reconnaît, fors leurs semblables, nouveaux fils de Lucifer, l'ange déchu qui souhaite la mort d'un univers divin dont il est indigne.

Pour adoucir ma peine, Merlin m'immergea dans la fontaine sacrée et fit renaître le chevalier de Ponthus dans un soleil d'or, muni du bouclier d'Achille et de la lance sacrée.

Heureuse de ce beau dénouement, je repartis d'un pas léger tandis que Merlin regagnait l'éternel paradis de sa forêt magique et bleutée

mercredi 9 septembre 2026

Butterfly

 

 

 


Dans un royaume bleu vivait une princesse que chacun aimait appeler Butterfly tant sa grâce faisait penser à un papillon turquoise, le Morpho bleu.

Alya, tel était le prénom de la princesse, cueillant et ramassant çà et là des trésors dont elle tirait profit à son retour.

Œufs de caille, champignons, coriandre, basilic et autres herbes, jacinthes, lys, orchidées et coquillages divers étaient distribués à son retour dans les offices qui en tireraient le meilleur profit.

Alya aimait aussi dessiner ; une fois restaurée, elle sortait son carnet de croquis, tâchant d’insérer une fleur, un oiseau ou un arbre dans une toile où le fantastique tutoyait le réel.

Elle aurait pu continuer à vivre paisiblement si un appel au secours ne lui était pas parvenu grâce à une bouteille échouée sur la plage.

La bouteille en verre de Murano contenait un message ainsi libellé : «  Détenu dans une île par des dragons. Prince Nadir ».

Alya rêva de ce prince au joli nom puis elle le relia à un opéra célèbre Les Pêcheurs de Perles de Georges Bizet.

La romance de Nadir l’enchanta particulièrement et désormais le prince détenu par les dragons et Nadir pêcheur de perles furent indissociés dans son esprit.

« Je crois entendre encore

Caché sous les palmiers

Sa voix tendre et sonore

Comme un chant de ramier ».

Tandis qu’elle écoutait cet air en boucle en chantonnant cette divine romance, Alya consultait les cartes géographiques dont elle disposait, espérant localiser cette île où régnaient des dragons.

Ses efforts  répétés furent enfin récompensés. Alya finit par repérer une zone placée sous des turbulences susceptibles de cacher une île gardée par des dragons.

Elle fit armer son voilier de guerre, fit embarquer des tonneaux de poisons séchés et des amphores d’eau de source et de vin clairet, des citrons pour lutter contre le scorbut, des oranges et des pommes ainsi que des conserves diverses en bocaux.

Elle sélectionna ses meilleurs guerriers, choisit des professionnels en cuisine, service, couture, broderie et dessin puis elle revêtit son armure turquoise.

Parée pour l’aventure, elle fit larguer les voiles et mit le cap sur l’île, œil de turbulences vraisemblablement entretenues par des dragons pour libérer le prince Nadir qui l’appelait à son secours.

 

mardi 8 septembre 2026

La mystérieuse fée des bois

 



Dans sa petite maison située à l’orée d’une forêt, Wendy songeait à la manière de tirer parti du  bel héritage dont elle avait été la bénéficiaire lorsqu’elle reçut un mystérieux appel :

«  Venez à moi, Wendy, vous serez couronnée fée des bois et recevrez le sceptre en bois d’olivier célébrant les fées des sources ».

Sous forme de ruban enluminé, le message fut déployé par des tourterelles qui déposèrent l’appel manuscrit avant de disparaître dans une envolée céleste.

Wendy revêtit une tenue adaptée à la marche, se chaussa en conséquence et partit en forêt, une besace sur l’épaule pour engranger les trésors des sous-bois collectés.

Elle marcha plusieurs heures, cueillant et ramassant çà et là les produits-phares des bois, champignons, baies, fleurs et plantes qu’elle ensachait consciencieusement pour les conserver en bon état.

Les parfums chatouillaient ses narines et le chant des oiseaux stimulait son désir d’aller de l’avant. Elle arriva dans une clairière où chantait un ruisseau. Elle délaça ses chaussures et trempa ses pieds endoloris dans l’eau. Elle sécha ensuite ses pieds revigorés et les enduisit d’un baume à la rose.

Elle s’assit ensuite sur un banc de pierre et fut à peine étonnée de voir se présenter une fée.

«  Tu as suivi scrupuleusement les consignes, Wendy, sois-en remerciée » !

La fée disparut dans un éclair d’argent. Wendy s’aperçut alors qu’un énorme changement s’était produit dans la clairière. Elle s’était considérablement élargie et un Riad, à la mode orientale, avait surgi, promettant les splendeurs des Mille et Une Nuits.

Elle pénétra dans le Riad en robe de soie. Une dame d’honneur emporta sa tenue de marche et sa besace, promettant de mettre au menu la collecte du jour.

La pièce réservée à l’accueil des invités, richement meublée et décorée, ornée d’une volière où évoluaient des oiseaux exotiques, lui permit de se reposer en toute quiétude.

On la pria ensuite de passer à table et elle put savourer une omelette aux champignons, des abats en sauce servis avec de jeunes pousses en salade, du fromage de brebis et une tarte aux fruits rouges.

Cet excellent repas terminé, elle se retira dans la chambre que l’on avait préparée pour elle.

Alcôve de princesse, bergère, secrétaire, table de nuit où s’empilaient les ouvrages de ses auteurs préférés, Honoré de Balzac, Marcel Proust, Fédor Dostoïevski, Léon Tolstoï et Leila Slimani.

Après un bain parfumé, elle revêtit une chemise de nuit en lin, brodée et s’allongea dans le lit en se calant haut sur les coussins et lut quelques pages de La Nuit des Temps de René Barjavel, livre culte dont elle ne se séparait jamais et finit par s’endormir, couronnée virtuellement en fée des bois.