Tous les habitants de la commune de Fleur-lez-Lys, bien
connue des habitués des enquêtes de Max, furent en émoi lorsque l’on annonça
officiellement l’inquiétante disparition d’ Astrid, une adolescente sans
histoire qui vivait avec sa mère dans une maison proche de l’étang célèbre du
village nommé pompeusement « mer » .
Selon les dires de sa mère, Astrid avait eu l’intention de se
rendre à Douai pour y acheter une poupée dont elle faisait la collection et un
livre qui la projetterait dans l’univers fantastique qu’elle affectionnait.
Pour ce faire, elle devait prendre l’autobus mais aux dires
de quelques passants, personne ne l’avait vue prendre place dans ce véhicule
usuel, ce que confirma le chauffeur.
Que lui était-il arrivé sur ce tronçon de route qui menait de
sa maison à l’arrêt de bus ?
Des investigations furent menées mais on ne trouva pas le
moindre ruban dont Astrid aimait orner ses beaux cheveux.
Son amoureux, Tristan le bien nommé, lui disait souvent
qu’elle aurait pu servir de modèle à un peintre de la Renaissance tant sa
beauté était éclatante.
Tristan était étudiant aux Beaux-Arts à Lille et il aimait
ses études au point de les confondre avec l’amour de sa vie, la belle Astrid
dont il était épris.
Naturellement Tristan fut interrogé. On consulta sa
messagerie, on releva ses appels téléphoniques, ses interventions sur les
réseaux sociaux plutôt sobres et relatives au monde de l’art mais on ne put
noter aucun élément susceptible de nourrir l’enquête.
Alors le lieutenant de police ordonna des investigations
concernant le passage éventuel de véhicules personnels de la commune ainsi que
des recherches dans la ville de Douai, notamment le magasin « Chez Boucle
d’or » spécialisé dans la vente de poupées et la librairie « Au
royaume des elfes » prolixe en ouvrages riches en féerie.
Personne n’avait vu la jeune fille à Douai.
Les recherches concernant le mouvement de véhicules à
Fleur-lez-Lys prenant du temps, les gendarmes interrogèrent Tristan une seconde
fois.
On s’informa auprès des Beaux-Arts et l’on apprit qu’il était
considéré comme un élève sérieux et travailleur.
Par ailleurs, comme il lui arrivait de jouer comme figurant
au théâtre Sébastopol pour payer, disait-il, ses toiles, ses fusains, ses
couleurs et ses pinceaux, un jeune gendarme en civil se fit engager comme
postulant et il put mener une enquête discrète.
Interprétant un petit rôle dans une pièce d’Eugène Labiche,
il croisa Tristan sur scène et dans les coulisses. Il fut frappé par son
sérieux et sa volonté de quitter le théâtre, une fois sa tâche terminée.
« Chez Marius », l’estaminet de Fleur-lez-Lys situé
face à l’église médiévale du village, les langues allaient bon train.
Les petits verres de genièvre, l’alcool régional, les tasses
de café, les bocks de bière et parfois du thé à l’anglaise pour les délicats
aidaient à émettre des idées ou à remuer des souvenirs enfouis dans les
mémoires.
« Qui a vu quelque chose de singulier » ? dit
Max, inspecteur à la retraite et détective privé à l’occasion.
Il fit une entrée remarquée et on l’applaudit chaleureusement
car il lui était souvent arrivé, dans le passé, de dénouer les nœuds
d’intrigues qui semblaient impossibles à décrypter.
Il avait encore des contacts avec la PJ de Paris et pouvait
parfois disposer de renseignements inaccessibles dans une gendarmerie de
province.
Max commençait toujours par la collecte des observations
locales puis il rendait visite aux proches des victimes supposées et terminait
sa moisson d’indices en se rendant chez son ami Florian, artiste peintre qui
apportait souvent une touche artistique appréciable car elle parlait aux âmes
sensibles.
De plus, il lui arrivait d’avoir des rêves prémonitoires
envoyés par Elisabeth, la première victime du village.
Laissons Max mener son enquête et retirons-nous du village où
une disparition inquiétante s’était produite.
Partons vers l’inconnu pour trouver ce qui nous échappe en
restant sur des lieux qui ne nous apportent aucune piste fiable.