mercredi 29 avril 2026

Les moulins de mon coeur

 

 


Sur les chemins de pluie, Vincent croisa une charmante meunière qui lui ouvrit les vannes de son cœur.

«  Comme une pierre que l’on jette dans l’eau vive d’un ruisseau

Qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l’eau

Comme un manège de lune avec ses cheveux d’étoiles

Comme un anneau de Saturne, un ballon de Carnaval

Comme le chemin de ronde que font sans cesse les heures

Le voyage autour du monde d’un tournesol dans sa fleur

Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon cœur ».

Interpellée par la portée lyrique d’une si belle chanson, la déesse de l’amour s’offrit à Vincent qui dansa au clair de lune la valse des amants.

«  Au vent des quatre saisons, tu fais tourner de ton nom

Tous les moulins de mon cœur ».

Adieu Lycée !

 

 



De même que Mamie, en changeant de tenue, modifiait son humeur et modulait sa pensée, de même Poucette en décrochant son Baccalauréat avec la mention Très Bien, rangea définitivement son enfance liée au pseudonyme féerique de Poucette pour devenir Emmanuelle.

Peu importait sa petite taille ! Grandie par le savoir et l’amour de la rhétorique, Emmanuelle opta pour l’étude de Philosophie, marchant ainsi sur les brisées des auteurs favoris de Mamie.

Le lycée l’avait protégée des agressions extérieures à l’aide de ses grands murs et des hautes fenêtres doublées de grillage.

La jeune fille quitta ce lieu privilégié dédié au savoir pour se lancer dans l’aventure en s’inscrivant dans l’université de la tête de région, Lille.

Une question cruciale se posait : que deviendrait Mamie en son absence vouée à la conquête du savoir des temps nouveaux ?

Pas question de l’envoyer dans un EPHAD où elle serait bien traitée mais où elle risquait de se perdre moralement dans un anonymat éloigné de sa personnalité !

Mamie avait travaillé dans sa jeunesse au Maroc et elle avait gardé un souvenir ému de ce beau pays de contrastes et d’amour.

Une amie de lycée, Myriam qui aimait particulièrement les causeries de Mamie, suggéra qu’elle pourrait vivre à Rabat chez sa tante Fadela qui se ferait un plaisir d’accueillir la vieille dame en la traitant comme une parente.

«  Ma tante veillera à ce qu’elle ne manque de rien. Les femmes de la maison se chargeront de sa toilette, de son entretien et de sa prise en charge par le médecin de la famille. Puisqu’elle aime les caftans, elle aura une garde-robe élégante et pratique.

Elle participera aux activités de la maison par le seul regard si elle ne se sent pas apte à apporter son aide.

Nous faisons le pain à l’ancienne. Nos tajines, couscous, bouillons, gâteaux au miel et aux amandes sont notre lot quotidien.

Elle entendra des chants au rythme du pétrissage de la pâte et des autres activités culinaires. Nous l’écouterons égrener ses souvenirs et nous l’entourerons d’affection et d’amour ».

Mamie accueillit cette proposition avec reconnaissance, souhaitant seulement qu’ Emmanuelle et Myriam entreprennent le voyage à ses côtés.

Ainsi fut fait. Une jolie paire de babouches en cuir souple surbrodé de perles chaussa les pieds de Mamie qui revêtit le caftan brodé de ses rêves.

Une semaine de festivités s’ensuivit et lorsque les deux universitaires quittèrent la capitale, elles surent que Mamie Marguerite rebaptisée Latifa serait heureuse dans le royaume chérifien où elle aurait pu naître.

Elles promirent de venir passer des vacances à ses côtés et s’envolèrent vers Lille où elles ouvrirent les ouvrages philosophiques de Kant, Kierkegaard, Descartes, Bergson, Rousseau cher à Mamie, André Comte Sponville qui étaient au programme.

Adieu lycée de notre jeunesse insouciante et bonjour université au magnifique éventail de savoirs qui nous attend !

Nous n’oublierons jamais Mamie Marguerite dit Myriam car elle nous a tous aidés à pousser les murailles de notre lycée et ouvrir les fenêtres pour appréhender le monde.

Les deux amies se promirent de réussir pour apporter leur diplôme à la chère vieille dame qui coulait des jours heureux dans un univers protégé par un nuage d’amour.

lundi 27 avril 2026

La révolte des sirènes

 

 

 


Arborant un drapeau de soie brodé de perles, une délégation de sirènes fit irruption dans un détroit pris en otage par des guerriers sans foi ni loi, peu respectueux de la flore et de la faune.

Surgissant parmi les pétroliers, les bateaux moustiques, les porte-avions et les frégates, les reines océanes menacèrent d’envoûtements ceux qui les détruiraient pour le plaisir de régner en maître.

«  Notre chant déroutera les navires et nous surgirons des flots, le corps couvert d’huile d’ Argan aux vertus ancestrales.

Escortées par les lamantins et les dragons, espèces siréniennes menacées, nous userons de tous nos charmes pour que cesse l’ivresse barbare des combattants nuisibles à l’équilibre du monde ».

Ainsi parla Perle d’Azur, représentante du peuple de la mer puis elle disparut dans un jaillissement d’écume au son du chant des volutes musicales de l’harmonie des mondes.