mercredi 27 mai 2026

Et pendant ce temps-là

 

 



Le monde était devenu un brasier. Les héros de l’ Iliade, de Roncevaux avec leurs braves et leur traître, de la Table Ronde et sa recherche du Graal renaissaient sous nos yeux ébahis, s’échappant des pages où ils étaient prisonniers.

Or, pendant ce temps-là, celui qui croyait être le roi du monde jouait au golf dans son havre ruisselant d’or.

Il revendiquait son appartenance à Dieu en dépit des sermons émanant du Vatican par la voix d’un pape né dans son pays.

C’est alors que surgit celui dont on se moquait pour sa profession relevant du show-biz. Il montra une telle détermination face à un prédateur, défendant sa patrie avec tant d’opiniâtreté  que chacun portant la bannière de la liberté et de l’honneur emprunta son chemin.

Chez nous il existe un émule du prince Poucet, ses racines plongeant dans Odessa, port célèbre pour être la porte du grenier à blé de l’ Europe, cité dans l’ Antiquité et repris par Balzac dans Le Père Goriot.

Cet homme, je n’ai pas besoin de le nommer, vous l’avez reconnu !

La mélodie du vent

 



Ma sœur, mon rêve, ma douce-aimée, entends-tu la romance du vent ?

Il te demande de renoncer aux tons gris et de te vêtir d’un rose ardent pour renaître au jour.

Las, ma mie, mon amie de cœur, telle la rose du petit prince déracinée et jetée aux quatre vents, j’erre comme une âme en peine et il m’est difficile de vivre dans un univers où mon époux, fauché par l’ Ankou, n’est plus à mes côtés pour m’aider à affronter les tourbillons du temps.

Résiste aux vents mauvais, pour lui car il n’aimerait pas te voir ainsi recroquevillée dans ta robe couleur de misère. Ouvre les fenêtres et laisse le vent t’envelopper de sa douce mélopée !

Le vent se tut et l’amante éperdue retrouva l’amour de vivre l’espace d’un instant !

mardi 26 mai 2026

La forêt de Mormal

 

 



Les jours suivants, Ophélie arpenta les rues de Maroilles tout en songeant au legs épistolaire de sa grand-mère.

Elle se revoyait, chantant d’incroyables compositions qu’elle croyait originales et qui n’étaient, en fait, que la réminiscence de la bulle-souvenir attachée à Soraya, sa grand-mère chérie.

Lors de ses déambulations dans le petit village, elle n’apprit rien de notable à part le fait que sa grand-mère était très estimée : on parlait de ses dessins, ses dentelles, ses broderies et surtout de sa grandeur d’âme et sa générosité.

Pour opérer un parfait retour aux sources, Ophélie programma une excursion dans la forêt de Mormal où sa grand-mère aimait se rendre afin de collecter les champignons, les fleurs et les plantes dont elle ferait bon usage sur le plan artistique ou gastronomique.

Elle demanda à Françoise de lui préparer un pique-nique et fit appel à un cocher ami de sa famille pour qu’il l’emmène, en calèche, dans la forêt profonde où les chevreuils, les sangliers et les cerfs apparaissaient aux élus des Dryades.

Ils firent halte dans une clairière. Ophélie explora les alentours, cueillit quelques pervenches et du muguet.

Soudain, alors qu’elle s’apprêtait à rebrousser chemin, une fillette de cinq ans lui apparut, pieds nus, cheveux épars et chemise longue, vaporeuse, déchirée par les ronces. Elle pleurait et semblait perdue dans cet univers hostile aux yeux d’une enfant.

Ophélie l’emmena jusqu’à la clairière et disposa les préparations de Françoise sur un tapis d’orient ramené de ses voyages au pas de danse.

La petite choisit sans hésiter un sandwich au fromage et l’engloutit sans faire de manières. Elle but le contenu d’une gourde au sirop de cassis-maison puis s’endormit, les bras en croix.

Emue par ce spectacle, Ophélie s’empara de son calepin et dessina l’enfant. Puis elle composa un chant :

« Colombes du Djurdjura, coiffez cette enfant d’une couronne de roses car elle est la reine de vos montagnes. Un souffle de vent l’a emportée dans la forêt de Mormal où le destin m’a conduite pour que je l’élève selon nos ancestrales traditions ».

 Ensuite, Ophélie, pieds nus à son tour, se mit à danser au son d’un tambourin.

Un cerf apparut puis un chevreuil et enfin des sangliers pleins de vitalité se bousculèrent sur les bords des fossés.

Ophélie enveloppa l’enfant dans un manteau de laine qu’elle emportait toujours et elles parvinrent aux Bleuets.

Elle coucha l’enfant dans un petit lit près du sien et toutes deux firent des rêves où elles se rejoignaient comme deux âmes perdues du Djurdjura.