Pleurant la mort d’Icare, le soleil laissa tomber une larme
au large de la Méditerranée et fertilisa le sol, favorisant le jaillissement
d’un arbre fruitier qui produisit d’extraordinaires représentations du citron
aux formes extravagantes que l’on nomme Main de Bouddha.
Une autre larme fut à l’origine d’une princesse plus belle
encore que Néfertiti ou Cléopâtre et ses
parents lui donnèrent le nom d’Esméralda, en souvenir de la belle héroïne de
Notre Dame de Paris.
Une larme cristalline, en heurtant une terre volcanique et
désolée donna naissance à des fleurs miraculeuses qui formèrent un tapis
soyeux, les cyclamens.
Enfin, rencontrant un nuage couleur aurore, une minuscule
gouttelette solaire provoqua la naissance d’un prince si beau qu’il éclipsa les
Tristan et les Lancelot de la légende.
Pour célébrer la venue de ce merveilleux enfant, ses parents
le prénommèrent Rodrigue en souvenir du dicton qui courait dans Paris au temps
du Roi Soleil : « Beau comme Le Cid » !
Ces deux enfants issus des larmes du soleil étaient destinés
à se rencontrer.
C’est pourquoi Rodrigue ne manqua pas d’être ébloui par la
lumineuse apparition d’une divine personne, occupée prosaïquement à récolter de beaux fruits étranges dont elle ferait des
compotées et des confitures qui s’étaleraient sur des couches de sucre, de
beurre en pommade et d’amandes tapissant
des pâtes sablées précuites.
Ignorant ces préparations royales et gourmandes, Rodrigue
supposa que cette récolte était nécessaire et il aida la jeune fille à remplir
son panier de fruits solaires puis il porta le précieux couffin, escortant
Esméralda jusqu’à sa demeure, une magnifique maison de briques pourpres
décorées d’une feuille d’or pour rappeler l’appartenance au dieu Soleil.
Rodrigue fut accueilli comme un hôte de marque, un véritable
héros solaire car les parents de la jeune fille notèrent que dans ses beaux
yeux couleur noisette, des paillettes d’or
signaient ses origines.
On lui servit de la citronnade, délicieuse et parfumée à
souhait, provenant des fruits qui avaient échappé au décor de la cavalcade lors
du carnaval de Menton et pour accompagner cette boisson savoureuse, de petits
gâteaux sablés, couronnés d’une crème dont la couleur jaune vif ne laissait
aucun doute sur sa composition, se laissèrent manger comme une véritable
gourmandise.
Lorsque Rodrigue prit congé, la famille l’invita à revenir
quand bon lui semblerait et Esméralda lui adressa un sourire si chaleureux
qu’il ne douta pas d’une séduction réciproque qui s’ancrerait au fil du temps
pour une adhésion parfaite et la création d’un couple lumineux.
En voyant ce beau couple digne de sa splendeur, le soleil
laissa échapper une dernière larme qui devint le berceau du futur enfant qui
naîtrait de l’union du couple fabuleux.