jeudi 15 janvier 2026

Une passion

 

 

 


Louis ne souhaitait pas attendre plus longtemps la possession de ce corps désiré, ce que Rose déplora.

Elle aurait aimé prendre un chemin de La Carte du Tendre, fidèle à ses principes littéraires mais cet homme pressé et décidé mit tout en œuvre pour faire d’elle une partie de son être.

Il l’aimait fougueusement et passionnément, ressentant néanmoins une sorte de frustration en dépit des réponses à ses caresses : l’âme de la femme aimée lui échappait !

Il l’emmena à une réunion de beaux esprits zaïrois . Après lui avoir intimé l’ordre de se tenir à ses côtés sans mot dire, il participa au thème du jour, la pensée africaine.

Les participants au colloque provenaient de différents pays, Royaume Uni, Pays Bas, Belgique, Suisse. La qualité de leurs études n’était pas mise en cause. Cependant ces  futurs ténors de la vie politique et commerciale du Zaire se demandaient s’ils n’étaient pas formatés à leur insu par ces anciennes puissances coloniales et coffre-fort du monde.

Rose trouvait ce débat passionnant, partageant les préoccupations de ces jeunes gens car elles lui semblaient justes et appropriées.

Soudain, le ton changea et les débatteurs s’exprimèrent dans leur langue.

Rose se sentit visée car certains regards s’attardaient sur sa personne avec une certaine sévérité.

Elle eut l’impression d’être La Blanche avec tout ce que ce mot pouvait contenir de malveillant. De plus, elle portait un manteau ivoire fermé par des brandebourgs de velours noir confectionné par sa mère, un manteau de parade plus qu’un manteau d’hiver frileux.

Le côté Blanc de sa personne était ainsi accentué, de même que son teint de porcelaine nacrée et ses yeux bleus.

Louis vola à son secours et dit en Français :

«  Ne craignez rien. Elle est ma compagne et je réponds d’elle : aucun de vos propos ne sera répété de son fait, je peux le jurer. D’ailleurs elle est poète et toutes ces conversations ne l’intéressent guère. Chérie ( jamais il ne l’avait appelée ainsi) tu as certainement quelques-uns de tes jolis poèmes : peux-tu nous les lire » ?

Rose n’en revenait pas ; Louis lui reprochait souvent de passer trop de temps à écrire en négligeant ses études. Ce revirement indiquait néanmoins que la situation était critique et que la poésie devenait une échappatoire incontournable . Elle saisit donc la balle au bond et lut quelques poèmes.

Au fil de sa lecture, Rose sentit que le masque vénitien blanc s’estompait pour disparaître définitivement à l’évocation des amours immortelles régnant dans ce monde où les fleurs, les oiseaux et les nuages voguaient de manière royale, intemporelle et universelle.

Les applaudissements fusèrent et les mammas conviées à la fête apportèrent un plat de Fou Fou que chacun savoura avec délices.

 

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