mercredi 6 mai 2015

Un cœur pour deux





Nous n'avions qu'un cœur mais nous ne le savions pas. Un jour,un oiseau bleu nous emporta au-delà de la mer dans un palais de marbre blanc.
Je marchais pieds nus sur les dalles et j'embrassais les mains de mon aimé lorsque je le croisais au détour d'une salle.
Assise face à la grève, j'observais le ballet des oiseaux blancs puis j'écrivais des textes que je plaçais ensuite dans des bateaux de verre pour les confier aux flots.
Certaine de l'éternité de notre amour, je brodais mille et un rêves à la manière de Shéhérazade. Vêtue de dentelles et de soie, je désirais ne plus jamais me rendre dans une rue animée car je savais que la mort m'y attendait, tapie dans l'ombre d'une boutique aux merveilles tentatrices.
Cependant un message me parvint pour me dire que l'élu de mon cœur me donnait un rendez-vous dans un célèbre palace. Nous devions écouter des chanteurs qui vous emportaient l'âme.
Mais c'était un guet-apens et seul, un enfant me sauva en m'attirant dans une maison délabrée où la poussière s'était amoncelée. Il utilisait le langage des signes et me fit comprendre que je courrais un grand danger si je sortais à nouveau.
Lorsque la nuit fut bien noire, il me reconduisit au palais où mon bel amant m'attendait avec inquiétude.
Cette nuit là fut magique et je me promis de ne plus croire à un seul message puisque notre cœur s'était trouvé à un point de rupture.
Bel ami, tu ravives la mémoire de ces vers venus du Moyen-Âge:
" Que souffle le vent, que ploie la ramée:
Ceux qui s'entr'aiment dorment en paix".

La Reine du Muguet





Avec sa jupe et son corselet de soie noire, elle m’est apparue comme la prêtresse d’un monde disparu.
Des imprimeurs, des forgerons, des orfèvres l’escortent tandis qu’elle jette des roses et du muguet aux spectateurs venus l’admirer.
Elle prend place dans une calèche tractée par un quadrige, porte une capeline ornée de clochettes parfumées et telle une reine, envoie des baisers à la foule qui grossit pour l’applaudir.
La calèche s’arrête devant un hôtel particulier à la façade sculptée de dieux et de nymphes et s’engouffre sous la porte cochère après avoir offert des bouquets de muguet et de roses miniatures. Je m’élance sur les ailes d’un gigantesque papillon et m’introduis dans une pièce à colonnades par une vitre semi-ouverte. Allongée, les yeux mi-clos, sur un fauteuil Récamier, la reine du muguet attend que sa femme de chambre lui serve du thé à la rose et des biscuits aux pavots.
Elle prend place à la table où l’on a déposé le contenu d’un plateau gourmand et boit le thé à petites gorgées.
Puis un bel homme romantique portant une chemise à jabots et des manchettes garnies de volants s’installe au piano et enchaîne des nocturnes.
La nuit tombe. Je prends place dans la chambre de la reine, sur un fauteuil réservé aux intimes et lorsqu’elle arrive, dans un déshabillé de soie brodé de roses d’or, je sens mon cœur battre à tout rompre et digne fils de Peynet, je dépose sur ses mains blanches des brassées de lilas tandis que les tourterelles forment notre cortège nuptial.

dimanche 3 mai 2015

Le caftan bleu




 
J'ai mis mon caftan de rêve et j'ai attendu la venue de mon bien-aimé mais il a tant tardé à venir que mes cheveux sont devenus gris et que mon caftan a pris la couleur des murailles.
Me fiant à l'éternelle jeunesse de mon cœur, je me suis mirée dans l'étang des chimères et je me suis vue, avec mon cortège de royaumes perdus.
Cette immense richesse m'a redonné l'espoir et je suis repartie, sur les chemins d'un itinéraire parallèle à celui de Saint Jacques de Compostelle, le pèlerinage des amants, fière de mes mains étoilées et des diamants inscrits au fil des pages, sur l'enluminure de mes chants d'amour.

dimanche 19 avril 2015

La nuit des rossignols



Une nuit, tous les rossignols se mirent à chanter et leurs merveilleux trilles allèrent si loin qu’une jeune fille prénommée Cerise les entendit.
Elle vivait en recluse dans un somptueux pavillon où abondaient des objets précieux. Il y avait des paravents, des éventails, des tables en bois précieux, des tapis d’Orient, des fauteuils capitonnés de velours, des sofas, un lit à baldaquin et surtout une gigantesque cuisine où s’affairaient des brigades talentueuses formées par la mère des compagnons du Val des Cygnes. Cerise avait appris l’histoire de son destin de cette femme admirable dont les lèvres semblaient faites pour goûter les produits cuisinés. On avait trouvé Cerise dans un berceau d’églantines. Le bébé était somptueusement vêtu et était protégé par un flot de dentelles et de soieries, bien calé dans un berceau d’osier entrelacé de roses.
Un simple mot : je me nomme Cerise. On avait apporté ce trésor à la propriétaire du pavillon, une femme mi- ange, mi- fée et cette femme lui avait inculqué tout son savoir avant de partir vers un autre monde, plus bleu, plus intense où les poèmes s’incarnaient. Cerise vécut alors dans l’attente d’un fait exceptionnel qui la rendrait au monde lumineux qui l’attendait. Et cela arriva, grâce au chant des rossignols. Décidée à conquérir une raison de vivre, Cerise se vêtit de laine, se chaussa de bottines fourrées et suivit la route du chant céleste.
Après plusieurs jours de marche, ses provisions étant épuisées, elle pénétra dans un bois et se nourrit des fruits de la nature. Elle demanda le gîte et le couvert en découvrant enfin une maison de briques roses incrustées de pierres précieuses qui flamboyaient au soleil. L’hôtesse des lieux semblait une divinité tant sa beauté était hors du temps. Des fleurs ornaient ses cheveux et tous ses mouvements étaient gracieux et empreints de poésie.
On servit à Cerise un excellent repas, une tourte aux champignons, des rouelles de veau à la crème et un Saint Honoré magistral.
Puis Cerise fut conduite dans ses appartements spacieux et dotés d’un superbe mobilier.
Une dame d’atour l’aida à préparer sa toilette de nuit et elle revêtit une somptueuse chemise si ouvragée qu’elle semblait être une œuvre d’art.
Elle s’endormit et ne vit pas un rossignol s’introduire dans la chambre et se poser délicatement sur l’oreiller, près de ses boucles.
Le lendemain, on lui présenta un visiteur, le prince Nightingale. Il s’agissait naturellement du roi des rossignols et il était venu du bout du monde pour trouver sa princesse, Cerise la bien nommée car ses lèvres en forme de cœur attendaient ses baisers.

samedi 11 avril 2015

Apparition






Je t'ai cherché sur les chemins de pluie, sur les rives des canaux de mon enfance mais je ne t'ai pas trouvé.
Alors je suis partie à la recherche de la rose bleue de mes nuits, j'ai adressé une lettre au prince du soleil éclatant dans le désert où meurt le petit prince mais c'est en vain que j'ai erré d'une oasis à une autre et c'est alors, au moment même où je m’apprêtais à fermer les yeux pour toujours que tu es apparu, souriant, affable et j'ai su que ma quête d'absolu était terminée.