vendredi 1 mai 2026

Les mains de feu

 


Des langues de feu investissent Johnny. Inspiré, il tend les mains vers le ciel, implorant la puissance divine pour que cessent les guerres et triomphe l’amour :

«  Il suffira d’une étincelle

D’un rien, d’un geste

Il suffira d’une étincelle

D’un mot d’amour pour

Allumer le feu

Allumer le feu

Et voir grandir la flamme dans vos yeux ».

La flamme se développa, devint mille paires de mains tournées vers les cieux et la réponse vint sous forme de pétales de roses qui tourbillonnèrent dans le vent avant de se déposer en cœurs fleuris pour célébrer l’amour.

«  J’entends des pas à la porte

J’entends les cris de la foule

Les battements de cœur emportent

Mes forces et mon sang qui s’écoulent ».

L’amour secret de Lady Lucille explosa comme une grenade mûre. La plante venue de Jéricho, symbole de la passion et du partage, offrit ses fruits en guise de pommes d’amour et ce don oriental nimba Johnny d’une lumière rubis qui inonda la scène de son cri sauvage et langoureux.

Dans les lignes de ta main

 

 

 


«  Dans les lignes de ta main, je vois la destinée d’une princesse en sabots, filant la laine et brodant de grandes pièces de lin » dit une gitane à la belle Sarah qui vivait à la périphérie d’une cité fleurant bon les pâtisseries au beurre et les roses.

Au village de Locronan, tout le monde connaissait Sarah dont les prestations de conteuse étaient appréciées.

Savourer une part de kouign-amann ou gâteau de beurre en écoutant une histoire narrée par Sarah faisait partie des plaisirs des villageois et des amoureux de  la cité de caractère construite pour honorer la légende d’un saint irlandais Saint Ronan, venu en Bretagne pour y rencontrer le lieu idéal de culte marial.

Assise sur la margelle de la fontaine située au cœur de la grand place du village, sa jupe et son tablier savamment étalés en corolle sur ses jolies jambes, Sarah dispensait le rêve, sourire aux lèvres.

Une boite laquée disposait d’une fente dans laquelle on pouvait glisser discrètement des pièces de monnaie ou des billets. Les auditeurs se montraient généralement généreux ; sa prestation achevée, comptait sa recette à l’intérieur d’un café où le patron lui apportait une collation généreusement offerte : «  Tes histoires passionnent et attirent un public qui prolonge le plaisir partagé en s’attablant chez moi. Je te dois des remerciements »

Les jours de marché, les recettes doublaient et la réputation de la jeune conteuse s’étendait au-delà des collines avoisinantes.

Les paroles de la gitane faisaient  néanmoins leur chemin dans l’esprit de Sarah.

Était-ce un signe du destin ? N’était-il pas temps, pour elle, de renoncer à cette vie hasardeuse et d’apprendre un métier artisanal qui lui permettrait d’avoir une vie équilibrée ?

Songeuse, Sarah prit le chemin de Locronan sans écrit dans les poches, un panier au bras pour signifier sa volonté d’être une simple promeneuse, cliente potentielle.

Elle entra chez un tisserand et regarda des pièces de lin brodées avec intérêt.

«  Cherches-tu du travail, ma belle enfant  ? lui dit le propriétaire de la boutique , ma dernière apprentie est partie tenter sa chance à la ville et ma meilleure brodeuse nous a quittés pour les cieux ».

«  Je n’ai pas appris à broder mais si je suis guidée, j’accepte votre proposition »

Hervé Le Guen établit un contrat d’apprentissage et se mit en devoir de donner sa première leçon à la brodeuse déclarée.

Sarah suivit scrupuleusement les conseils du maître brodeur et la journée fila si vite qu’elle rentra chez elle à la nuit tombée, heureuse de lendemains correspondant aux prédictions de la gitane.

Après avoir mangé une omelette, elle se plongea dans la lecture des poèmes de Guillaume Apollinaire. L’un d’eux, La Tsigane, s’harmonisait avec le monde qui s’ouvrait à elle :

«  La tsigane savait d’avance

Nos deux vies barrées par les nuits

Nous lui dîmes adieu et puis

De ce puits sortit l’Espérance ».

Ce poème l’avait toujours fascinée par sa mélodie et son mystère.

Ce jour-là, elle décida de retenir le mot Espérance et c’est sur cette ligne du rêve qu’elle s’endormit, heureuse de l’inflexion de sa vie.

Marguerite

 

 

 


«  Surtout ne m’en voulez pas trop

Si ce soir je rentre chez moi

J’ai tellement de choses à faire

Avant que le jour se lève

Et pendant qu’elle dormira

Moi, je lui construirai des rêves

Pour que jamais au réveil

Elle ne se lève les yeux en pleurs ».

Emu par les accents passionnés de Richard Cocciante, Vincent partit dans la campagne chercher cette Marguerite que l’on n’effeuille pas et que l’on garde au chaud au fond de son cœur.

«  Nous irons dans la campagne

Pour cueillir les fleurs des champs

Pour en faire un grand lit blanc

Où l’on s’aime tendrement ».

De fleur en fleur Vincent finit par la trouver cette merveilleuse Marguerite parfumée par les lys blancs.

«  Marguerite est ma passion

Mon lendemain, mon idéal

Marguerite est tout pour moi ».

Cette déclaration chantée, Vincent prit sa Marguerite par la main et l’emmena dans son paradis gardé par les anges pour lui offrir la quintessence de son chant divin.