lundi 7 septembre 2020

La forêt disparue

 



Chevauchant son bel étalon Basileus, Florian, poète et conteur lors de haltes villageoises, se trouva soudain dans une forêt qui ne figurait sur aucune carte géographique connue.

Prudent, il mit pied à terre et observa les arbres en tenant son cheval par la longe.

Des oiseaux chantaient, ce qui lui sembla être un signe de paix.

Bientôt, il perçut le bruit d’un ruisseau. Il s’y dirigea et découvrit un charmant endroit qui se prêtait à la poésie.

Cascadant sur des galets parfois apparents, érigés en monticules, des eaux vives apportaient une fraîcheur apaisante et découvraient des rives fleuries.

Florian but cette eau avec prudence puis il incita Basileus à l’imiter.

Avisant un petit promontoire, avec un arbre à proximité, un magnifique saule qui déployait ses chatons, il s’y installa après avoir attaché de manière souple son bel étalon.

Il avait sorti d’une sacoche un nécessaire à écrire et se mit en devoir de composer une ode à la nature en s’imprégnant de la splendeur insolite des lieux.

 

«  Génie de la rivière, ondines, sirènes, venez auprès de moi pour me souffler les mots de perles qui cascaderont sur les cœurs et enchanteront les âmes villageoises qui m’hébergent afin que je leur apporte du réconfort et l’ouverture céleste vers le bonheur »

 A ce moment de la composition, un roitelet vint se poser sur son épaule et une jeune fille, éblouissante de beauté, apparut à l’horizon.

Elle sembla marcher sur l’eau bleue et s’approcha du jeune homme, dans un tourbillon de parfums floraux.

On me nomme Aurore dit-elle à Florian et sans attendre sa réponse, elle s’assit tout près de lui et se mit à chanter.

Les arbres bruissaient, esquissant une danse subliminale et devant tant de beauté, Florian ferma les yeux, craignant de perdre la vue comme Homère.

Basileus réclama un peu de liberté, ce que lui accorda le cavalier, ivre d’amour et de sensualité.

Comme il aimerait emprisonner dans le berceau de ses bras caressants la splendide créature joliment nommée Aurore mais il n’osait pas interrompre le récital quoique le désir s’emparât de son corps enfiévré avec force et passion sublimée.

Aurore mit un terme à son supplice en lançant ses derniers trilles et en posant ensuite sa jolie tête couronnée de fleurs sur l’épaule du jeune homme éperdu et enamouré à l’extrême.

Il ferma les yeux et lorsqu’il les rouvrit, Aurore avait disparu de même que la rivière enchanteresse et l’étrange forêt inconnue.

Il était assis sur la selle fleurdelisée de Basileus et ils allaient au trot.

Lors d’une halte dans un village plein de charme, il sortit son écritoire et découvrit un ajout à sa composition.

L’écriture était belle, fine et racée et les mots ailés s’inscrivirent dans son cœur comme une magnifique déclaration d’amour.

 

«  Amour de ma vie, je te donne rendez-vous sous les grands chênes du désir de la forêt disparue.

J’ai bien senti ton émoi et, j’en fais le serment, je m’abandonnerai dans tes bras lors de notre prochaine rencontre, dans la clairière des amants et de ses eaux vives.

Je viendrai à toi, couronnée de fleurs et magnifiquement parfumée, dans une robe longue que tu pourras froisser à volonté.

Mon amour, mon aimé, je t’ai attendu depuis tant d’années que j’ai hâte de connaître la douceur soyeuse de tes étreintes.

Dans cette attente, je t’offre la clef de mon chant et te supplie de ne pas trop tarder » .

 Très ému après cette lecture, Florian baisa la petite clef d’or qui ornait le manuscrit et devant un auditoire enchanté, il commença un nouveau conte, celui de la forêt disparue mais il se garda bien de révéler son active participation, créant un personnage masculin plein de charme certes mais éloigné de sa personne, aussi brun qu’il était blond, au regard d’aigle et aux mains de pianiste.

C’est alors qu’il aperçut, au cœur de l’auditoire, la belle Aurore vêtue de bleu, au sourire ensorcelant.

N’y tenant plus, il fendit la foule, serra l’énigmatique jeune fille dans ses bras, s’enivra de son parfum et posa délicatement ses lèvres sur les siennes, palpitantes comme un bel oiselet tandis que disparaissaient le village et ses habitants.

De retour dans la forêt, Aurore et Florian connurent des heures passionnées, dans une jolie chaumière.

 Les fenêtres vitrées révélaient la présence de la rivière aux eaux bleues, ce qui n’était pas le moindre de ses charmes.

Quant à Basileus, il n’était pas de reste : une jument aux sabots d’or, Ambre de feu s’accoutumait à le suivre dans un magnifique pas d’amble, celui des coursiers de l’amour !

 

Bottes, guitares et harmonica

 



Dans un jaillissement prodigieux de gerbes d’or et de danses réveillant en nous l’atmosphère des grands films d’autrefois, ouverts à l’aventure, la passion et les rêveries nocturnes, Johnny se campe face à un public fasciné et conquis, parle comme s’il était dans son salon, avec douceur, gentillesse et une aimable connivence qui passe par un regard caressant puis il impose une cadence en détachant un titre, Gabrielle, Laura, Requiem pour un fou , Sang pour sang, Le pénitencier, Noir c’est noir et chacun se laisse emporter dans ces tableaux de style appuyés par l’orchestre, les guitares et , au loin, comme le souvenir d’un grand frère ardent, les sanglots haletants de l’harmonica.

Emules de Jane Fonda, de jeunes Barbarellas sillonnent la scène en arrière-plan du maître de scène, de la danse et de l’art musical qui s’est incarné en lui, de Louis Armstrong à Michel Berger.

Sa voix se module en raison de chaque incarnation musicale, fauve ou agneau et la foule, en émoi, se laisse bercer, emporter par les notes justes et cristallines qui s’égrènent afin de suspendre le temps, cet ennemi qui nous guette et tâche de nous emporter dans le roulis du blues, du rock et de l’éternelle romance qui coule dans nos veines.

Nous envoyons l’image de nos cœurs en joignant les mains et Johnny nous entraîne dans un festival d’art nouveau qui nous enroule d’une vague d’amour, à la japonaise, et qui nous engloutit éternellement, à jamais !  

dimanche 6 septembre 2020

Perles d'Orient

 



En feuilletant le livre de leurs souvenirs, des amants ont découvert des perles d’orient, un trésor inouï dont ils ont admiré les reflets fascinants, évoquant les villes disparues, apparaissant comme les mirages d’amours défuntes.

Du haut d’un minaret, le muezzin appelle à la prière et chacun de respecter les rites des croyants.

Leila, la belle, regarda les évolutions des familiers de la maison comprenant, à la mode romaine, un patio à ciel ouvert d’où tombe parfois une pluie revigorante qui donne aux citronniers et aux orangers une couleur intense et active leur parfum.

Assise sur le sofa, elle lit, écrit, médite, brode et elle espère que son époux lui reviendra avec de bonnes nouvelles et une délicate fragrance de jasmin et de bonheur.

L’ambre et l’encens flottent dans la pièce et dans son caftan de soie, la belle hôtesse se parfume les mains, commande aux cuisines du thé à la menthe et des gâteaux au miel et recommande aux jeunes serviteurs de se tenir prêts pour procéder aux ablutions à l’eau de rose.

Un léger bruit atteste l’arrivée de l’époux.

Souriant, il dépose sur les genoux de son aimée des parures de perles et une ceinture d’argent.

Puis, après les ablutions rituelles, le cérémonial du thé se déroule tandis qu’une alouette, cachée dans le feuillage d’un oranger, égrène les notes de son chant.

Le temps est suspendu et les perles d’orient, rangées dans la boite à bijoux,  jettent leur note d’indéfectible amour !

Une rose sur un grimoire

 



Une rose sur un grimoire portant le nom de La légende de Johnny et notre idole, notre boss, notre bien-aimé chanteur à la voix inimitable surgit des limbes du souvenir pour nous revenir, éclatante de beauté, avec le sceau de l’éternelle jeunesse.

Méphistophélès n’a pas eu besoin de passer un pacte avec lui car la beauté du diable et de l’ange aussi, il l’a portée avec élégance, rendant même ses rides et ses faiblesses corporelles comme autant d’atouts de charme et de fascinante émulation.

Oui, Johnny, nous avons été jeunes avec toi, nous nous sommes déhanchés et avons cherché l’amour mais nous avons également vieilli et comme toi, nous avons porté haut les couleurs des rivières grises qui s’écoulent au fil des ans !

Nous avons enregistré les chants d’amour, de désespoir et d’éternelle croyance envers le dieu créateur qui s’est penché sur le berceau de chacun de nous et, fidèles à l’étoile qui brille à Compostelle, nous avons commencé notre pèlerinage pour que perdure la rose de Johnny, parfumée comme l’éternité !

samedi 5 septembre 2020

La princesse Anémone



Dans un royaume insulaire naquit une petite princesse à qui l’on donna le nom d’Anémone tant elle était fraîche et rose.

Elle aimait jouer dans les allées du parc qui offrait au palais les parfums de ses essences rares.

Un petit prince Zéphyr vint bientôt lui tenir compagnie et tous deux, inséparables, jouaient au croquet et se délectaient des histoires mimées dans un théâtre d’ombres et orchestrées par les serviteurs inventifs qui veillaient à leur bien-être.

Un jour, Zéphyr disparut.

Les aventures de Peter Pan les tenaient en haleine mais lorsque le rideau tomba et que l’on alluma les chandeliers, on ne put que constater l’absence du petit prince.

On le chercha partout, on interrogea Anémone mais la petite fille fut incapable de donner le moindre indice. La main de Zéphyr était imprimée sur son bras et elle assura qu’à aucun moment, elle n’avait ressenti la sensation de son absence.

Elle se joignit, éplorée, aux recherches, supplia Zéphyr de sortir de sa cachette s’il avait voulu faire une farce.

Finalement, elle s’endormit dans les bras de sa gouvernante.

On la coucha avec délicatesse car des larmes avaient coulé sur ses jolies joues et le lendemain, elle crut avoir eu un cauchemar. Il lui fallut hélas se rendre à l’évidence, son petit frère, le prince de son cœur semblait avoir été enlevé par un mauvais génie.

Les fouilles reprirent de plus belle : aucun arbrisseau ne resta inexploré mais toutes ces investigations se soldèrent par un cuisant échec.

Non seulement le petit prince demeura introuvable mais encore, on ne releva aucune trace de pas sur les jolies allées sablées du parc  et l’on ne vit aucun lambeau du tissu de sa tunique dans un buisson.

Anémone connut des jours bien sombres mais elle se jura de retrouver son frère.

Elle insista auprès de ses parents pour apprendre à monter à cheval et elle devint une si parfaite écuyère qu’elle eut d’abord un poney Vent du Sud puis une jument Souffle d’Alizé qui devint son inséparable amie.

Elle prit des cours de dessin, de musique et de chant et tout naturellement, elle se tourna vers la philosophie, la poésie et les mathématiques.

Elle devint une princesse accomplie et ses charmes étaient si ensorcelants que de nombreux prétendants se manifestèrent, souhaitant s’unir à la plus merveilleuse jeune fille des royaumes environnants.

Anémone déclina toutes les demandes en mariage et elle fit savoir qu’elle ne souhaitait rien d’autre que le retour de son frère bien aimé.

Enfin, pressée de toutes parts, elle déclara qu’elle épouserait celui qui l’aiderait à retrouver Zéphyr.

Chacun s’ingénia à entreprendre des recherches et si toutes se soldèrent par un échec, un mince espoir arriva en provenance d’un royaume réputé pour ses perles et ses diamants.

Un vieux sage prétendait avoir été le précepteur d’un prince qui ressemblait à Zéphyr s’il pouvait en juger par les esquisses réalisées par Anémone.

Son talent de dessinatrice était extrêmement développé et les portraits qu’elle fit de son frère étaient si ressemblants qu’on croyait que l’enfant allait se détacher de la page blanche pour courir dans le parc en riant aux éclats.

Réconfortée par cette lueur d’espoir venue d’un pays de rêve, Anémone envoya dans ce royaume une délégation de jeunes guerriers de noble naissance et elle les chargea de rencontrer ce prince mystérieux.

Ils prirent la mer à bord d’un voilier en emportant des cadeaux précieux destinés à leur ouvrir les portes du palais.

Ils furent bientôt de retour en compagnie du prince mais bien qu’il eût une étrange ressemblance avec Zéphyr, ce n’était pas lui !

Le prince Zahir offrit à Anémone un collier de perles fabuleuses. On aurait juré que des larmes d’amour s’étaient figées en un cristal de rêve.

Anémone fut touchée par ce cadeau somptueux, à l’image de son désespoir tenace mais elle ne put retenir des larmes de tristesse car, encore une fois, Zéphyr se dérobait à sa vue.

Zahir lui promit de chercher le disparu à ses côtés et de n’avoir de cesse de l’avoir retrouvé.

Il eut l’idée de s’adresser à la fée qui avait suggéré de nommer le prince Zéphyr. Ce prénom était prédestiné à cette étrange évaporation.

La fée joua les étonnées mais sa feinte tristesse ne trompa personne.

Le prince Zahir fit semblant de la croire et il partit après l’avoir saluée de manière courtoise.

Cependant, il se cacha derrière un saule pleureur et lorsque la nuit fut tombée, il se déplaça à la manière des princes du désert, avec souplesse et ruse.

Son attente ne fut pas vaine car il vit apparaître la fée Magnolia auprès d’un jeune homme qu’il identifia sans peine pour être Zéphyr tant il ressemblait aux portraits réalisés par sa sœur.

Le prince Zéphyr supposé marchait à la manière d’un automate et Zahir eut l’impression qu’il était envoûté.

Jouant le tout pour le tout, il lança aux pieds de la fée une cascade de perles et tandis qu’elle s’affairait pour recueillir ces merveilleux trésors, Zahir s’empara du prince qui semblait sous le coup d’une hypnose, siffla son cheval Ange du déset et l’enfourcha en serrant contre lui le prince chéri par sa sœur.

Prise au dépourvu, la fée ne retrouva ses esprits que lorsque le prince eut disparu à l’horizon.

Lorsqu’ils arrivèrent au palais, Zéphyr qui n’était plus sous le charme pervers de la fée, retrouva ses esprits et tomba dans les bras de sa sœur.

Seul un sortilège pouvait être la cause de sa disparition dit Anémone en versant des larmes de reconnaissance puis la princesse remercia chaleureusement le prince Zahir qui avait mené avec une rare intelligence de triomphales investigations.

Je vous laisse imaginer le faste des festivités qui se déroulèrent au palais pour la joie de tous.

Le prince Zéphyr reprit sa place de futur gouvernant au palais et sa sœur, la belle Anémone succomba aux charmes du beau prince Zahir aussi intelligent que beau et lorsque tous deux furent certains que le prince Zéphyr pourrait régner en son royaume, ils partirent vers le royaume des perles et des pierreries.

Ils eurent des enfants qu’ils prénommèrent Nadia, Nour, Zohra, Aziz et Noureddine et ils se  gardèrent bien d’inviter une fée pour célébrer les baptêmes car même les fées, lorsqu’elles sont en mal de maternité, peuvent perdre l’esprit et enlever un enfant en le privant d’une enfance heureuse et en attristant sa famille.

Chacun d’eux reçut son poids de perles et leurs parents vécurent un parfait roman d’amour.