Dans un royaume insulaire baigné par des eaux propices aux
ébats des dauphins, vivait une princesse nommée Olympe.
Ses yeux myosotis et caressants semblaient refléter les
mystères du ciel et chacun rêvait d’avoir le droit de s’y plonger.
En guise de couronne, elle portait une coiffe de jacinthes
dont le subtil parfum enivrait quiconque l’approchait.
Elle aimait danser et plaisanter avec ses dames d’honneur et
elle se plaisait à entendre les poèmes d’amour chantés par les troubadours.
Elle en composait elle-même, destinés à un prince imaginaire
à qui elle prêtait toutes les vertus.
« D’où qu’il vienne, il sera le bienvenu pourvu qu’il
m’aime » disait-elle à l’encan.
Ce fut un prince noir qui activa le heurtoir de son manoir.
Noire était son âme même si son visage était beau.
« Quelle étrange alliance » pensa la princesse mais
elle n’en dit mot et fit semblant de prêter l’oreille favorablement aux propos
amoureux du prince.
Ce dernier ne visait en réalité que les trésors du royaume,
ses coffres de perles, d’or et de pierres précieuses.
Alors que le prince Volodia entreprenait de séduire la
princesse lors d’une promenade dans les jardins, une tourterelle se posa sur
l’épaule d’Olympe et déposa délicatement dans ses mains formant une coupe une
petite clef d’or puis elle disparut en laissant dans son sillage des plumes
arc-en-ciel.
« Voilà qui est singulier, Madame ! Avez-vous l’idée de ce qui peut correspondre
à cette clef ouvragée demanda le prince, dissimulant son avidité à grand-peine.
Je l’ignore mais je prends ce cadeau avec tout le bonheur
qu’il sous-tend et je demanderai à ma dame d’atour d’attacher la clef à un
ruban que je porterai sur mon cœur ».
Le prince s’assombrit en constatant qu’il n’était pas associé
à cette merveille et il souhaita se retirer dans ses appartements en prétextant
un refroidissement.
Il échafauda un plan qui lui permettrait de s’emparer de la
clef.
Il fit parvenir à la dame d’atour de la princesse, Roxane la
bien nommée, des présents fastueux et lui fit une cour pressante, rêvant de
mettre la main sur la clef au moment où elle attacherait cet objet à un ruban
selon les désirs de la princesse.
Fine mouche, Roxane évita les approches du prince, trouvant
bien étrange qu’il s’intéresse subitement à sa personne.
Soupçonnant qu’il souhaitait s’emparer de la clef d’or et ne
pouvant s’en ouvrir à la princesse du fait de son statut de servante, elle
décida de ne jamais quitter la princesse sous quelque prétexte que ce fût.
Dès que cette dernière lui eut remis la clef d’or, elle
envoya une femme de chambre chercher un nécessaire à couture ainsi qu’un
échantillon de rubans.
Le choix de la princesse se porta sur un ruban couleur de feu
et Roxane se mit immédiatement au travail.
L’ouvrage terminé, elle attacha elle-même le précieux ruban
au cou de la princesse et se retira dans ses appartements.
Olympe parcourut son palais à la recherche de la serrure qui
correspondrait à la clef mais c’est dans le jardin qu’elle eut une révélation :
elle se souvint d’une petite porte qui lui rappelait l’histoire d’Alice au pays
des merveilles et que nul n’avait pu ouvrir, faute de clef.
C’est effectivement cette petite porte qui s’ouvrit,
découvrant un jardin magnifique qu’elle parcourut avec ravissement.
Près d’une fontaine, il y avait un petit banc de pierre qui
incitait à la rêverie.
Elle s’y assit et attendit la révélation suivante.
C’est alors qu’un charmant prince, l’exacte réplique du
prince noir aux intentions sournoises, lui demanda avec le plus beau des
sourires la permission de s’asseoir à ses côtés.
Elle accepta cette chaleureuse présence avec bonheur et le
prince lui conta le sortilège dont il avait été l’objet.
Il avait fait la connaissance, lors d’un bal, d’une jeune
personne qui avait jeté son dévolu sur lui. Comme il n’éprouvait aucun
sentiment amoureux en dépit de sa beauté, il la raccompagna à sa place, la
danse achevée et fit semblant de ne pas comprendre les messages muets qu’elle
lui envoyait, sourires, soupirs et battements de cils entre autres.
Dépitée, la jeune personne qui avait les dons d’une fée lui
jeta un sort en l’enfermant dans ce jardin que nul ne connaissait et elle créa
un avatar de sa personne, le dotant d’une âme maléfique.
Au comble de l’émotion, Olympe posa délicatement sa tête sur
l’épaule du jeune homme et à cet instant on entendit un grand bruit de tonnerre :
l’avatar maléfique du prince Volodia disparut dans un orage de grêlons tandis
que le prince délivré embrassait sa promise, la belle Olympe aux yeux myosotis
qui désormais ne brilleraient plus que pour lui !