dimanche 28 août 2022

Hubert de Hauteville

 


Hubert de Hauteville

Espérant avoir porté un coup fatal à Dorian de Canteleu, le comte Hubert de Hauteville pressait son cheval noir Diable.

Il avait hâte de se retrouver en son manoir hanté par les corbeaux.

Lorsqu’il entra, ses domestiques lui enlevèrent prestement sa houppelande et ses bottes. Un grand feu flamba dans la cheminée.

Les femmes du château, toutes ravies à leurs fiancés ou à leurs époux pour donner un peu de piment aux plaisirs ressentis par le seigneur des lieux, se jetèrent à ses pieds, les enveloppant de la soie de leur chevelure.

Il en choisit trois, repoussa les autres et commanda qu’on leur serve prestement à souper.

Jarret de veau en pot au feu, cochon de lait rôti, gâteaux de semoule aux amandes et crèmes à la fleur d’oranger rassasièrent le comte et ses créatures.

Les restes des plats furent offerts aux dogues et aux valets.

Du vin grec épais rafraîchit le gosier du seigneur. Il était échauffé par les riches nourritures qu’on lui avait servies.

Des danseurs exécutèrent des gigues endiablées.

Des feux de joie jaillirent spontanément dans la pièce, obligeant les danseurs à sauter pour ne pas avoir les pieds brûlés.

Quelques sorcières chevauchant un balai rivalisèrent d’adresse avec des chauves-souris et des grondements gutturaux éclatèrent comme les signaux des enfers.

Empoignant les femmes par leur chevelure, Hubert de Hauteville les jeta sur l’immense lit de sa chambre, les dénuda prestement et leur fit subir maints sévices en riant aux éclats.

Après avoir assouvi ses désirs, il les poignarda et jeta leurs dépouilles par la fenêtre.

Des serviteurs préposés à ce type d’emploi creusèrent une fosse et y ensevelirent les malheureuses sans leur accorder le moindre signe de bénédiction.

Son forfait accompli, le seigneur diabolique fit changer la literie et dormit jusqu’à l’aube.

Dorian, à son tour, activa le heurtoir du manoir sinistre et se fit annoncer.

Hubert de Hauteville lui réserva un accueil courtois et il ordonna que l’on serve à boire et à manger.

Miches de pain, brioches fleurant bon la fleur d’oranger, boissons chaudes revigorantes parfumées à l’alcool de genièvre garnirent une table où les deux chevaliers prirent place.

Un diable passa et lorsque ce temps mort prit fin, Hubert proposa à son hôte une partie d’échecs.

Un jeu de toute beauté avec des pièces d’ivoire et d’ébène remplaça les victuailles prestement enlevées.

Les deux hommes rivalisèrent d’audace et de réflexion.

Considérant que la partie allait être gagnée par son hôte, Hubert fit un faux mouvement qui renversa les pièces de l’échiquier.

Dorian ne laissa paraître aucun signe de mécontentement.

Il avait joué des parties en Orient avec des princes bien éduqués, ce qui n’était pas le cas de son adversaire.

Se tenant sur ses gardes, il accepta d’accompagner le comte dans une visite de ses terres.

Les champs étaient mal entretenus et les villageois croisés en chemin tremblaient de terreur à la vue de leur suzerain.

Apercevant une jolie bergère qui s’enfuyait en direction d’un bosquet d’aulnes, le comte se procura un plaisir malsain en la capturant comme du vulgaire gibier.

Prêt à lui faire subir les sévices dont il avait l’habitude de jouir, il fut stoppé dans sa course au plaisir satanique par la volonté de Dorian.

Le comte de Canteleu eut à cœur de libérer la bergère dont l’innocence et l’intégrité étaient menacées. Il brandit son écu, sortit son épée du fourreau et il intima à Hubert le cruel l’ordre de rendre à la jeune fille sa légitime liberté.

Hubert de Hauteville n’était pas d’humeur à se battre c’est pourquoi il laissa la bergère s’enfuir, se promettant de la reconquérir par la suite.

Devinant ses sombres pensées, Dorian prit congé de ce dangereux partenaire et il suivit discrètement la jeune fille pour lui porter secours si d’aventure elle encourrait un nouveau danger.

Colombe entra dans sa chaumière et se mit en devoir de préparer la soupe du soir.

La crémaillère attendait que l’on y jette légumes, herbes odorantes et morceaux de volaille.

Elle accueillit son sauveur avec joie et lui offrit des brioches et du lait au miel et à la fleur d’oranger.

Dorian goûta cet en-cas avec appétit puis il parla à la jeune fille pour l’assurer de ses bons sentiments à son égard.

«  Il serait préférable, gente demoiselle, que vous quittiez cette chaumière. Si vous acceptez mon offre, je vous propose une place de demoiselle d’honneur auprès de ma femme, l’honorable Dame Cassandre qui vous traitera avec bonté ».

Colombe remercia le chevalier avec effusion et elle lui proposa le gîte pour la nuit avant qu’ils ne prennent la route pour le domaine de Canteleu.

Dorian accepta la proposition de son hôtesse d’un soir et il sortit couper du bois pour laisser la jeune femme libre de ses mouvements.

La journée fila rapidement, chacun s’activant de son côté.

Dorian fit une belle réserve de bois, faucha les herbes folles, bouchonna son cheval et le mit à l’abri pour la nuit après lui avoir donné du foin et de l’eau fraîche.

Le repas lui procura un grand plaisir qui le plongea dans ses souvenirs d’enfance.

La soupe était d’une finesse inouïe.

L’écuelle ôtée, une omelette crémeuse ravit le palais du chevalier.

Salades et plats de langues à la Lucullus vinrent ensuite réveiller un appétit en berne.

Puis ce furent des crêpes Suzette et des coupes de crème double aromatisées à la violette.

Dorian remercia Colombe avec effusion puis il se retira dans la chambre proposée par son hôtesse.

La nuit aurait été paisible si Hubert de Hauteville n’avait pas voulu gagner la dernière manche.

Furieux de ne pas avoir pu assouvir ses désirs frénétiques, il avait décidé de réserver une surprise à celui qu’il considérait comme son principal ennemi.

Il dépêcha des serviteurs en leur commandant de mettre le feu à la chaumière de la jeune bergère.

Alerté par des odeurs de bois brûlé et des visions de flammes ardentes, Dorian se leva prestement, réveilla Colombe.

Il jeta une pèlerine sur son vêtement de nuit, avisa une fenêtre qui donnait sur l’arrière-cour et le jardin.

Il fit monter la jeune fille sur son destrier Phénix et prit place, à son tour, sur le large dos de sa fidèle monture.

Ils furent bientôt loin de la maison en flammes.

Phénix galopa tant et si bien qu’il parvint rapidement près des murailles du château de Canteleu.

Dame Cassandre embrassa son époux et installa la jeune Colombe dans une chambre proche de la sienne.

Dorian fit un récit circonstancié de son équipée en terrain ennemi.

Il vanta les talents culinaires de Colombe qui rosit de plaisir.

Chacun se félicita de vivre dans un château qui respirait le bonheur et l’on décida de chasser définitivement de sa mémoire le souvenir du maléfique Hubert de Hauteville.

 

 

vendredi 19 août 2022

Dorian, le chevalier de l'extrême

 


Brandissant son épée en faisant des moulinets au-dessus de sa tête, Dorian, le chevalier de Canteleu, le domaine de l’extrême, revint des entrailles de la terre pour porter secours aux habitants de son comté, menacés par le feu.

Hénin soulevé par le vent, Dame Cassandre, sa douce moitié, l’attendait du haut des murailles de son château, Casteldor.

Fleurs de bruyère, de genêt, d’ajonc jaillissant sous les sabots des montures du comte et de ses écuyers, la lande se couvrait d’un tapis odorant.

L’escorte de Dame Cassandre vint à leur rencontre, la bannière du seigneur fièrement déployée par des jouvenceaux.

La table était dressée dans la grande salle du château pour fêter dignement le retour du seigneur.

Poule au pot, dés de veau en gelée, pâtés de volaille en croûte et un amoncellement de pâtisseries régionales, palets de dame, cannelés, gâteau cuit à la broche attendaient le moment de fondre sous la dent des combattants de l’extrême avant qu’ils ne relèvent leur dernier défi.

Et il était de taille, ce défi, puisqu’il s’agissait d’affronter et de vaincre la descendance des dragons de toutes sortes issus d’innombrables légendes qui leur avaient assuré la pérennité.

Des escadrons de chevaliers démoniaques tentèrent de s’interposer entre l’escorte de Dame Cassandre et les combattants de l’extrême.

Les plus maléfiques s’ingénièrent à capturer Dorian et Cassandre mais ils ne purent y parvenir car Dorian joua de son épée Hautecler avec maestria puis il franchit la zone intermédiaire et se porta au secours de sa dame qu’il étreignit fougueusement avant de faire de son corps un rempart.

Satanor, le chef des diaboliques, sonna la retraite, préférant remettre à plus tard la capture convoitée.

Les deux groupes n’en firent plus qu’un et c’est le couple de seigneurs qui ouvrit la marche pour entrer dans le château.

Cassandre souhaita se retirer dans la chambre conjugale et son époux l’y suivit.

Des étreintes passionnées leur apprirent que le langage des corps avait ses clés et sa plénitude.

Dames d’atour et compagnons d’armes firent ensuite leur entrée pour aider les seigneurs à revêtir des tenues d’apparat.

Le chambellan donna le signal des agapes et chacun se dirigea vers la grande salle où un festin attendait les hôtes du château.

Le suzerain et sa dame prirent place côte à côte et le ballet du service commença.

Entre deux plats fusaient les anecdotes, tantôt mélancoliques, tantôt joyeuses, parfois drôles au fil des thèmes évoqués.

Jongleurs, troubadours et musiciens firent leur entrée après que la magnifique pièce montée de choux à la crème caramel ait été honorée.

Un troubadour émut les assistants en psalmodiant une dramatique histoire d’amour.

Des larmes furent essuyées furtivement et c’est dans cette atmosphère romanesque que le heurtoir de la porte fut activé par une main impérieuse.

Un homme de haute taille, vêtu de pourpre et d’or demanda l’hospitalité.

Son escorte avait subi les ravages d’une tempête. Séparé de ses écuyers et de ses hommes d’armes, le seigneur de Hauteville, ainsi se présenta-t-il, avait longtemps erré dans la lande avant d’apercevoir la lueur des flambeaux qui illuminaient la salle d’apparat du château.

Dorian l’invita à prendre place à ses côtés et il commanda pour son hôte de fortune quelques plats raffinés, salmis de palombes, galette de sarrasin garnie d’œufs mollets et d’échine de porc braisée, de l’agneau rôti au miel et pour finir, les pâtisseries les plus délicates de la brigade préposée aux desserts.

Un pichet de vin de Cahors agrémenta le repas et l’on peut dire que le seigneur de Hauteville y fit honneur.

Dorian l’observait à la dérobée car, en guerrier averti, il savait qu’un loup cruel pouvait se dissimuler dans un être de noble lignée et de fière apparence.

Il redoutait surtout que cet homme vigoureux, au beau visage brun et au corps sculptural ne produise un effet poignant sur sa douce aimée, la belle Cassandre à la chevelure bouclée et au doux visage harmonieux.

Mais il avait tort d’éprouver l’aiguillon de la jalousie car, en vérité, Dame Cassandre n’avait d’yeux que pour son époux qu’elle chérissait tendrement et ardemment.

Lorsque la nuit fut tombée et que le chevalier de Hauteville eut été conduit dans ses appartements, Dorian fit doubler la garde de sa porte nuptiale et il ordonna que la vigilance soit de mise vis-à-vis du nouveau venu.

La nuit fut paisible et l’on se retrouva gaiement pour prendre la collation du matin.

Cependant le chevalier de Hauteville avait disparu. Les serviteurs notèrent même que son lit n’avait pas été défait.

Il s’était évaporé comme un rêve, ne laissant derrière lui, sur la table de chevet, un collier de rubis avec ce simple mot : «  à la dame de mes pensées, la sublime Cassandre, à nulle autre pareille » !

Dorian se félicita de sa vigilance : Qui connaissait le but réel de ce seigneur inconnu ?

Dame Cassandre offrit le bijou à sa dame de compagnie car elle ne voulait pas voir s’assombrir le doux visage de son époux en le portant.

Aude aux joues de lys et de roses attacha le collier à son cou, ravie de ce présent princier.

Hélas, un feu brûlant jaillit du collier et il s’en fallut de peu que la dame ne périsse par les flammes.

Cassandre portait toujours sur elle une fiole contenant une eau miraculeuse rapportée de Compostelle ; elle aspergea prestement sa dame de compagnie qui tomba dans ses bras en pleurant de joie.

Elle avait échappé à un destin cruel et chacun trembla en pensant que ce feu dévorant était en fait destiné à la maîtresse des lieux.

Dorian jura de pourfendre le meurtrier et, en dépit des pleurs de sa dame, il fit sonner le branle-bas. Son escouade sortit du château pour aller châtier le chevalier criminel, suppôt de Satan, vraisemblablement.

 

dimanche 14 août 2022

La rose des sables magique


En se penchant sur une rose des sables de couleur rose, le prince Abdallah déclencha une tempête qui le propulsa bien loin de son royaume.

Lorsqu’il reprit ses esprits, il gisait sur le sable d’une crique qu’il ne connaissait pas et il assista avec surprise et bonheur à un ballet aquatique entre dauphins et sirènes.

Il se décida ensuite à explorer les lieux de son amerrissage et il partit, pieds nus dans le sable fin qui s’étendait à perte de vue.

Un palais rose et bleu lui apparut à l’horizon d’une ligne de roches aplanies.

Pour faciliter son approche, un tapis épais de velours grenat s’offrit à sa vue et il marcha jusqu’au perron du palais avec intérêt.

Un majordome lui enjoignit de le suivre et ce fut alors le plus magnifique palais qui se déroula, pièce après pièce, sous ses yeux éblouis.

Des laquais le conduisirent dans ses appartements et on lui envoya de charmantes demoiselles pour lui faire couler un bain et s’occuper ensuite de sa toilette.

Frais et dispos, il se mit en demeure de descendre faire la connaissance du maître des lieux.

La salle d’apparat où flambait un bon feu croulait sous les roses, les lys et les orchidées. La magnificence des tentures et de l’argenterie lui sauta aux yeux et il prit place comme on le lui enjoignait dans un fauteuil proche d’une table où un festin semblait devoir se dérouler au vu de la vaisselle dorée et du cristal.

Des musiciens lui donnèrent une aubade, une danseuse exécuta pour lui la danse des sept voiles et c’est alors qu’apparut la plus belle princesse qu’il eût jamais vue.

Toute vêtue de rose, éblouissante de clarté, la princesse portait avec élégance un diadème d’or serti de diamants.

Drapée dans un voile de soie, elle semblait être le symbole vivant de la perfection.

Jouant d’un éventail, elle s’approcha du prince, s’inclina devant lui en joignant les mains.

Une fleur jaillit de l’arabesque de ses doigts fins et orna spontanément la boutonnière brodée de la veste du prince.

C’était une fleur de jasmin et son parfum subtil flotta un instant dans la pièce, donnant ainsi le signal du début des agapes.

Le prince et la princesse prirent place à la table dressée selon une étiquette royale et ils furent bientôt rejoints par des courtisans vêtus d’or et d’argent.

Des libations florales et fruitées ouvrirent l’appétit des convives et ce fut ensuite une farandole de plats exquis qui enchantèrent les gourmets.

Vol-au-vent de volaille, agneau rôti en croûte de miel et légumes ciselés emportèrent tous les suffrages.

Des plats composés de légumes, de fruits et de fleurs comestibles accompagnant des salades finement assaisonnées, permirent à chacun de retrouver de l’allant pour affronter ensuite les fromages et les desserts subtilement présentés, jouant avec toutes les variations de la rose.

Des hanaps de cervoise blonde et de sirop d’orgeat circulaient à la ronde, rafraîchissant les gosiers échauffés par toutes les victuailles de qualité qui avaient été servies.

Tandis que le thé au jasmin remplissait des verres filés or, les musiciens firent leur entrée, suivis par des danseuses qui exécutèrent des chorégraphies raffinées.

La princesse Yasmina invita le prince à la suivre dans son jardin d’amour et ce fut, sous le dais des étoiles, qu’ils se dirent mille et un mots destinés à sceller leur union.

Une pluie de roses des sables joncha le sol et il s’ensuivit une guirlande d’amour qui unit les corps et les âmes.

Dans ce royaume enchanté, marqué par le charme inégalé de fleurs issues de la terre et du sable blond, l’amour trouva son apogée sous les larmes d’un soleil ardent.

samedi 13 août 2022

Les fées oubliées

 


Elles sont revenues de bien loin, de l’île d’Avalon et d’autres lieux mythiques, les fées que l’on avait oubliées et rangées dans des grimoires.

Les flammes du dragon ont embrasé les arbres tant de fois replantés, après des incendies sacrilèges.

L’arbre d’or lui-même est menacé. Situé  près du miroir aux fées, proche de l’église de Tréhorenteuc dédiée aux légendes de Brocéliande, il s’en faut de peu que l’or enrobant un arbre calciné, symbole de la renaissance de la forêt, ne fonde sous les flammes vives crachées par le dragon.

Drapée dans sa robe écarlate, la fée Morgane esquisse un pas de danse vengeur.

Elle le savait, elle finirait par trouver son heure et triompher.

Foi de Morgane, elle chasserait la fée Viviane et l’enchanteur Merlin.

Quant à Arthur, son demi-frère et le père de son fils, son âme damnée, Mordred, venu au monde pour poignarder l’auteur de ses jours, il ne pourrait jamais franchir la barrière lacustre de l’île-refuge du roi.

Alors, les dames d’Avalon ont repris la barge magique et ont mis le cap sur la grève d’or fin, proche de la forêt.

Escortées par Lancelot, Perceval, Gauvain et une poignée de chevaliers légendaires , elles mettront un terme aux maléfices de Morgane, de sa descendance néfaste et du dragon incandescent qui dort sous la terre et se réveille pour cracher des flammes, dévastant la forêt des enchanteurs, Brocéliande la belle, l’inoubliable refuge des chevaliers de la Table Ronde.

vendredi 12 août 2022

Les roses bleues de la nuit

 


Elles ont fleuri en une nuit les roses bleues de l’amour : leur parfum a flotté un instant dans la chambre pour se fixer en lettres passionnées.

Les femmes aimées ont reçu leur message et les tourterelles ont surgi pour se poser sur le dais du lit de repos.

Des pages d’écriture se sont déroulées, emportant dans les parchemins des battements de cœur palpitant à l’évocation du moindre souvenir et les paysages environnants se sont imprégnés de la présence de l’être cher, rendant leur évocation multiple à la manière d’un tableau de Picasso.

Les roses bleues de la nuit se sont lentement effeuillées pour se transformer ensuite en écharpe flottant en direction des nuages et c’est ainsi que je me suis éveillée, surprise d’être toujours sur terre alors que tu n’étais plus là pour me souhaiter une bonne journée !

jeudi 11 août 2022

La jeune fille et son ombre

En jouant avec son ombre, la jolie Sarah arriva près d’un étang où l’attendaient des amateurs de music country.

Elle prit sa guitare, posa le pied sur un tronc d’arbre moussu et se mit à chanter.

Le répertoire de Johnny lui vint spontanément aux lèvres et elle enchaîna quelques-uns de ses plus beaux succès. Il finit par venir, en personne et il prit place à ses côtés.

Jaillirent alors de grands duos et chacun joua sa partie avec maestria.

La lune envoya des reflets qui se fondirent dans des figures pleines de poésie.

Johnny s’assit dans l’herbe et il murmura des mots d’amour avec tant de ferveur que chacun sentit son  cœur bondir d’allégresse.

Sarah disparut subitement et il ne resta d’elle que ses bottes et sa guitare.

Dans un fondu rose et noir, un halo lumineux éclaira le beau visage de Johnny qui retrouva l’énergie nécessaire pour interpréter des chansons si belles que l’on se demanda pourquoi elles n’avaient pas fait le tour du monde.

Sarah envoya des mots d’amour qui s’inscrivirent dans le ciel en formant une banderole d’espoir puis un feu d’artifice éclata, dessinant dans le ciel des bouquets de fleurs incandescentes.

Les heures s’écoulèrent jusqu’à l’aube et chacun reprit le chemin du retour tandis que Johnny repartait, comme il était venu, sur les ailes d’un ange.

mardi 9 août 2022

Le pont des amours



Il court d’une rive à l’autre, le pont des amours, enjambant la rivière d’argent où roulent les galets, les pépites d’or, où nagent les poissons aux écailles rouges.

D’une rive à l’autre, les facettes du paysage forment un kaléidoscope lumineux où alternent Pierrot et Colombine, les enfants du Paradis.

Dans un fourreau de soie sauvage, la belle Ophélie foule le sol de ses talons aiguille et elle rêve d’un univers où triompherait, sans réserve et sans fin, l’amour sous toutes ses formes, tour à tour passionné et spirituel, romantique et fidèle.

Le pont des amours, nous l’avons emprunté jadis mais une tempête l’a détruit et je suis restée sur la rive sauvage où éclosent les cosmos noirs.

Je les cueille pour en faire des coiffes et des couronnes puis je les immortalise en les poudrant de jade.

Je passerai le reste de mes jours à reconstruire le pont car lorsqu’il sera terminé, j’imagine que tu me reviendras, fidèle à mon souvenir, aimant et souverain.

samedi 6 août 2022

La roseraie

La roseraie

Ce sont les hérissons qui ont donné le signal : le domaine de la Jalousie a retrouvé sa splendeur d’antan.

Les églantiers, les rosiers anciens, les massifs de plantes odorantes et de fleurs offrent leurs parfums aux résidents de la maison de maître tant de fois rénovée et modernisée.

Grand amoureux de la friche environnante, tu as manié la faucille, Bernard, n’hésitant pas à te courber maintes fois pour traquer les herbes folles et tu n’as jamais ménagé ta peine.

Le monde de ton enfance a jailli des profondeurs de cette terre landaise, te rendant la mémoire des gestes précis des journaliers agricoles qui tentaient d’extraire des richesses des dernières pièces de la dot de ta chère maman, si tôt orpheline et mariée à un homme dont l’élégance, la culture et l’autorité naturelle faisaient l’admiration de tous, à commencer, par la suite, par ses gendres.

Mère de quatorze enfants, Bernadette, ta chère maman dont tu portais le prénom, a souffert du décès de deux petites filles, à la suite d’une méningite que l’on ne savait pas encore soignée.

Tu es né, Bernard, entre deux décès, et cette aura t’a servi longtemps de viatique.

Enceinte, Bernadette partait néanmoins dans les champs pour prêter main forte à toutes les personnes qui œuvraient sur les terres afin de nourrir ta famille, à la sueur de son front.

Henri, ton époux, ne ménageait pas sa peine et bien longtemps, avant notre mariage, il mourut après avoir préparé les poireaux qu’il comptait vendre au marché des lices de Rennes.

C’est toi, Bernard, qui l’as trouvé, gisant sur le sol, près des beaux légumes qu’il s’apprêtait à réunir en bottes pour une vente optimale.

Tous ces souvenirs enfouis dans ta mémoire ont surgi lors de ta retraite en aquitaine.

Loin de songer à faire le tour du monde ou de vivre les délices d’une croisière, tu as manié la faucille sans relâche pour rendre à la terre sa beauté naturelle.

Aujourd’hui, un an après ton décès, ton paradis terrestre est préservé car tes fils n’ont pas ménagé leur peine pour entretenir le domaine que tu leur as légué.

Ce n’est plus à la faucille que Jean-Noel fauche les herbes folles. Outillé à la manière d’un gentleman farmer, Jean-Noel, relayé par son frère Jean-Bernard, a fait du domaine de la Jalousie un petit paradis où les légumes alternent avec les fleurs, les roses en priorité.

La roseraie a retrouvé sa splendeur initiale et chacun aime humer le parfum de ces roses anciennes ainsi que celui du laurier jouxtant la plantation de rosiers divers aux fragrances délicates.

Ton domaine est demeuré intact, Bernard et tes fils ont à cœur de maintenir sa beauté aussi longtemps qu’ils seront en mesure d’y travailler car ils veulent que ta mémoire et celle de tes parents resplendissent dans un havre de paix et de bonheur. Que vive la roseraie ! Fidèles aux préceptes de Voltaire, nous cultivons ce jardin pour y maintenir la félicité qui s’attache les valeurs du travail sans lequel on ne peut réussir. Tu peux venir te promener, la nuit venue, dans ces jardins que tu as tant aimés et qui te survivent pour honorer ta mémoire ! Nous t’attendons près de ces rosiers que tu as entretenus avec amour et de ce laurier gigantesque qui proclame à tous les valeurs éternelles de notre souvenir.

jeudi 4 août 2022

L'ange du mystère

 Dans les champs célestes, un ange veille sur les artistes défunts.

Saphir , l’ange du mystère, s’occupe exclusivement de Johnny car son âme est lourde de toutes les peines endurées par ses fans lors de son passage vers l’au-delà.

Certes, chacun avait conscience du fait que le chanteur n’était pas éternel ; il avait si souvent clamé sa révolte au nom de tous et proclamé son appartenance aux bas-fonds mélodramatiques des amours difficiles !

Cependant, chacun gardait l’infime espoir qu’il se produise une sorte de miracle pour retenir sur terre celui que l’on aimait par-dessus tout.

Le miracle n’eut pas lieu et Johnny s’éteignit comme la flamme d’une bougie qui s’est consumée en sa totalité.

Saphir prend en charge les émotions cristallisées en bouquets, en poèmes ou en compositions merveilleuses et touchantes.

Le soir, au coucher du soleil, tandis que chacun s’apprête à sombrer dans la nuit des rêves, le chanteur apparaît sous diverses formes, tantôt souriant, jeune et vêtu d’or, tantôt drapé de noir au rythme de blues et d’airs mélancoliques, tristes ou révoltés.

Parfois, il se montre caressant, murmurant des mots d’amour et de lumière et les âmes sensibles emportent ces mots dans leurs rêves qui deviennent bleu azur et or.

Saphir, nous te remercions pour ta vigilante présence qui nous aide à faire un pas puis un autre, sur la route du destin.