mercredi 28 octobre 2020

S'il ne me reste...

 



S’il ne me reste qu’un souffle, il sera pour toi, public aimé, toi qui ne m’as jamais déçu, toi qui m’as toujours payé de retour au centuple !

Ainsi chantait ou murmurait Johnny, de sa voix de ténor qui se faisait si douce que chacun ressentait une vive émotion monter en lui comme un vin de champagne ou une bière brune prise avec les copains dans un bistrot d’antan.

Le souffle s’est amenuisé mais le peu qu’il lui restait, il l’a utilisé pour toutes ses amours éparpillées aux quatre vents, gardant une réserve pour ses joyaux vivants, Jade et Joy ainsi que leur maman Laeticia, parfois controversée mais toujours à ses côtés, à Laura aux yeux de louve, en attente d’un petit Léo qui finira par venir après le départ du rocker vers des cieux où on lui rendra sa voix de jeune homme, au temps mythique du Golfe Drouot, à David, son fils avec qui il avait échangé son sang, à la mode indienne, pour pérenniser leur amour.

S’il ne me reste qu’un souffle, je le prolongerai et je l’utiliserai avec l’aide de Greg Zlap, divin accompagnateur à l’harmonica puis je partirai à la manière des cow-boys dans les westerns d’autrefois après une dernière mélodie et un dernier coup de peigne qui nous donneront le désir de poursuivre la route qui s’est arrêtée pour lui, comme pour le petit prince dans le désert, nous laissant l’amour de Gabrielle et toutes ses magnifiques chansons en guise de renard !

mardi 27 octobre 2020

Les larmes du dragon

 



Ruisselant sur les joues de Johnny, bondissant sur sa guitare, mise au clou pour éviter les court-circuit, les larmes du dragon se sont emparées de son âme, comme dans la chanson Le Cœur en Deux, prémonitoire et irréelle.

Irréelle car nous n’imaginons pas Johnny sans une moto.

Prémonitoire pour la projection amoureuse de son être, tiraillé entre deux rocs noirs, la passion et le désir d’aller au-delà de l’amour.

Sans doute la tentation d’un impossible éternel retour prend-elle racine dans ce berceau repoussé du pied par un père indigne, celui de Johnny, lui donnant ainsi une enfance de baladin.

Cet amour impossible, refusé et écarté avec violence, le public le lui a donné et c’est ce cœur meurtri que nous avons capté et renvoyé dans un geste d’amour passionnel, éperdu, chancelant, lourd de rêves et de désespoirs brûlant en notre âme comme un brasier ardent !

Dame Pervenche

 



Pivoines, pervenches, perles, bouquets de violettes et de pensées tapissaient le pavillon où Jehan attendait sa dame d’amour pour la demander en mariage et lui offrir ainsi le titre de suzeraine qu’elle méritait plus qu’aucune autre.

Des roses ornaient des vases précieux et un immense plateau d’argent installé sur un trépied contenait mille et une friandises, des tasses en porcelaine et une théière emplie d’un breuvage parfumé attendait que l’on veuille y tendre les lèvres.

Dame Pervenche fit son entrée dans le pavillon et elle comprit d’emblée ce que Jehan des Roselières attendait d’elle : le langage des fleurs, des perles et de la collation gourmande était suffisamment éloquent.

Les tourments d’amour étaient naturellement présents sur le plateau d’argent : Josépha y avait mis tout son cœur et son talent pour les rendre encore plus appétissants et savoureux que de coutume.

Jehan des Roselières prit les mains de sa dame et les emprisonna dans les siennes.

Il lui demanda courtoisement d’accepter de devenir son épouse, vœu qui lui était le plus cher.

Très émue, Pervenche s’assit près de son futur époux sur un sofa, posa sa jolie tête sur son épaule et retenant son souffle, lui demanda s’il était bien certain de son choix :

«  Vous pourriez prétendre à une dame de haute lignée, ce que je ne suis pas » dit-elle mais Jehan l’enlaça, l’embrassa ardemment et entre deux étreintes, lui jura qu’il l’avait aimée au premier regard et qu’aucune autre jeune femme ne pourrait lui donner l’amour qu’il était en droit d’attendre en sa qualité de suzerain.

« Soyez certaine, ma mie, que vous recevrez plus d’amour que vous pourriez en attendre d’un amant passionné et fougueux tant l’ardeur  que je vous porte est aiguillonnée par le désir ».

Ils goûtèrent les délices préparés pour leur rencontre officielle et ils se quittèrent, le corps embrasé par des flammèches prêtes à devenir un brûlot d’amour.

Ils s’unirent le lendemain dans la chapelle du château, participèrent à un repas de noces, simple et bon.

Capucine, Doria, Alexandra de Jésus et Josépha du Gosier avaient tout mis en œuvre pour que le souvenir de ces agapes soit mémorable.

Fricassée de volaille flambée à l’armagnac, blinis au foie gras d’oie et à la gelée de roses,vol-au-vent de salmis de palombes, gigot d’agneau rôti aux fèves, purée de butternut et choux farcis à la paysanne, filets de soles et dos de saumon à la royale ravirent tous les convives.

Des plateaux de fromage circulèrent à la ronde puis les fameux tourments d’amour et la pastilla à la crème aromatisée à la rose enchantèrent les gourmands.

Vint ensuite une pyramide de choux caramélisés fourrés à la crème d’amandes et aux pralines, des fruits confits et des bols de crème mousseuse aromatisée à la bergamote et à l’angélique clôturèrent le repas avec magnificence.

Les mariés s’éclipsèrent tandis que les convives regagnaient leur chambre, par décence ou prenaient l’air dans les jardins, badinant ou rêvant selon les circonstances.

Jehan fit preuve d’une infinie délicatesse pour s’unir charnellement à la dame de son cœur et lorsqu’ils s’éveillèrent, à l’aube, ils eurent l’impression de ne plus faire qu’un.

Après un dernier baiser fougueux et passionné, les époux se préparèrent à affronter le jour.

Jehan devait cependant préparer son bagage armé pour se rendre à l’île d’Avallon afin d’en rapporter la fabuleuse Excalibur.

Quant à Dame Pervenche, le corps et l’âme apaisés, elle reprit ses fonctions auprès de ses compagnes, rêvant du bel enfant qu’elle ne manquerait pas d’avoir tant leur nuit d’amour avait été digne des Mille et Une Nuits !

 

lundi 26 octobre 2020

La légende

 



Une guitare en prolongation de son corps magnifique,  sculpté dans le nuage des amours, Johnny poursuit sa route, ignorant la peur, la maladie et les rêves déçus ...

Toujours debout, campé comme un flibustier de l’amour, il chante et danse, son corps retrouvant le rythme des anciens amants du Mississippi, ce fleuve magique qui a vu naître les chants de l’émancipation et du désir de vivre.

Prêt à affronter la mort mais décidé à jouer sa partie jusqu’au bout, il imagine sans cesse le prochain spectacle, celui qui lui permettra de retrouver son public, ardent et généreux, prêt à aller jusqu’au bout du monde pour écouter les dernières chansons de celui qui les fait vibrer depuis tant d’années.

Sa guitare lui offre le moyen de se décupler et de revivre les premières années enchanteresses et tragiques à la fois de son enfance et de son adolescence dorée, avec la lucidité de celui qui sait, depuis ses premiers pas,  que la vie offre et retire les joyaux de l’existence et que celui qui a obtenu tant de dons et de beauté peut se les faire retirer en un claquement de doigts de la déesse qui veille à ce que le destin soit respecté à la lettre.

Devenu une légende immortelle, Johnny veille sur nous et nous envoie, par la grâce de son entourage, les dernières chansons qui courent dans nos cœurs, appelant les prochaines et les rythmes actifs de son éternelle jeunesse.

L'épée mythique



La délégation de Christian de Ploërmel et de Bertrand des Lices croisa celle qui, menée par Gwendal de Fréhel, répondait à l’appel au secours des habitants de Guerlédan.

Jehan des Roselières les reçut avec tout l’apparat qu’ils méritaient.

Des rafraîchissements et des amuse-bouche leur furent servis : Naturellement les fameux tourments d’amour de Josépha étaient présents.

Les chevaliers savourèrent ces délices gourmands tandis qu’un banquet était offert aux hommes de troupe qui avaient beaucoup œuvré à la réussite de l’expédition.

Lors de leur progression dans les terres vastes de Brocéliande, les chevaliers avaient récolté de nombreux renseignements dont ils firent état auprès de leur suzerain.

L’île d’Avallon, protégée par une brume consistante  gardait de nombreux secrets mais la veuve d’un pêcheur, parti en mer pour s’emparer d’un poisson féerique portant une couronne d’or, raconta que son époux avait accosté dans une crique. Là, une mystérieuse dame blanche lui était apparue.

Elle brandissait une épée que les chevaliers, le cœur battant, reconnurent pour être Excalibur, grâce à la description de la veuve.

De retour dans son foyer sans avoir pu prendre le poisson miraculeux, le pêcheur avait raconté ce qu’il avait vu à sa femme avant qu’un mal étrange le frappe soudainement.

Il s’était alité et son état de santé s’était dégradé, le conduisant finalement à la mort.

Excalibur se trouvait bien dans l’île d’Avallon mais apparemment ceux qui s’en approchaient connaissaient une mort certaine.

C’est un risque à courir se dit Jehan des Roselières mais seule Excalibur pourra me donner la légitimité pour conquérir le Graal.

Par ailleurs, les chevaliers firent état de ce qu’ils avaient appris concernant les points obscurs des lendemains de la dernière bataille du Roi Arthur.

Selon certaines sources, Lancelot, blessé mais vivant et Guenièvre âgée certes mais toujours passionnément éprise du chevalier mythique, s’étaient enfin réunis et avaient chevauché de concert vers un pays nordique dont la reine Guenièvre était l’exceptionnelle représentante.

Ils nous ont donné la vie mais ils ont mérité de connaître un peu de bonheur intime et il serait malséant, même pour un fils, d’interrompre un tête à tête rudement gagné pensa Jehan et il se réjouit de savoir que leurs parents vivaient dans une bulle rose de douceur.

Il fallait donc en revenir à Excalibur et il lui incombait de mener l’expédition en personne, accompagné par ses frères, Fleur des Genêts excepté puisqu’il était devenu le gardien attitré de la fontaine de Barenton.

Une troupe d’hommes d’armes aguerris au combat et fournie les appuierait.

Avant de partir pour la reconquête de l’épée magique, Jehan des Roselières devait régler les modalités de la gouvernance du château en son absence.

Il confia l’intérim de la suzeraineté à son ami François de Malestroit.

Il lui incomberait en particulier de réceptionner les renseignements que rapporteraient sans nul doute Jocelyn de Rohan, Perceval d’Audierne et Benoît des Forges, chargés de rapporter des éléments susceptibles de rendre au Saint Graal sa place centrale et sacrée sur la Table Ronde du renouveau.

En outre, avant de partir pour une expédition dont il ne reviendrait peut-être pas, Jehan des Roselières voulut donner à Pervenche le rang de suzeraine qui lui revenait.

Le cœur léger, il lui donna un rendez-vous dans le pavillon d’amour et attendit qu’elle veuille bien lui donner son consentement.

Dans cette perspective, il fit préparer la chapelle pour qu’une cérémonie de mariage soit célébrée au petit matin et il invita un ermite qui vivait en terre de Brocéliande, à se rendre sur le champ au château pour leur donner, au nom de Dieu, sa bénédiction.