dimanche 25 juillet 2021

La fée des enfants perdus

 


La fée des enfants perdus

Dans une perle sculptée en un palais de nacre orné de peignes de Vénus, de bénitiers colossaux et de conques marines, vivait la fée Ondine.

Les dauphins la saluaient, les sirènes lui décernaient leurs plus beaux chants et sur un tapis de coquillages adouci par une poudre de roche, les enfants égarés du monde entier, enveloppés dans des manteaux de laine doublés de soie, attendent patiemment que leurs parents viennent les réclamer.

Pour rendre ces instants plus heureux, la fée Ondine dépêche sur la plage des brigades d’elfes et de lutins pour assouplir les conditions imposées à tous ces orphelins de la mer.

Des vagues les ont arrachés à leurs parents embarqués sur des radeaux de fortune. Echoués sur la grève, seuls, grelottants, ils ont été heureux de voir se dérouler, pour eux, des tapis de bonheur.

Réchauffés, ils ont goûté des plats fabuleux, de la pastilla aux pigeonneaux et aux mandes, des gâteaux de riz et de semoule, des mille-feuilles à la crème et aux fraises, des brioches à la fleur d’oranger ainsi que des breuvages onctueux à base de lait, de miel et d’amandes effilées.

Le goût âcre et dur de l’eau de mer qu’ils avaient ingéré à leur corps défendant s’estompait grâce à tous ces mets et ces boissons vitaminés.

Une tente abrite les enfants à la tombée de la nuit.

Le lendemain, tous les enfants confectionnent des messages qu’ils confient à l’océan en les lestant de pièces d’or enfermées dans une bouteille sculptée en forme de voilier.

Pirogues, radeaux de balsa, felouques, barques vendéennes, voiliers aux fiers haubans sillonnent la mer pour que des parents retrouvent leurs enfants.

Les retrouvailles sont chaleureuses.

La fée Ondine ordonne que l’on prépare un banquet pour célébrer le bonheur des familles enfin réunies après des jours et des nuits d’angoisse.

Les orphelins qui restent essuient une larme mais après le départ des familles, la fée attribue à chaque enfant restant sur la grève une fée maternelle qui épanchera leurs larmes de chagrin.

Puis elle fait construire un palais à côté du sien.

Chaque enfant y aura sa chambre et il sera veillé par sa fée personnelle.

Une salle d’études, une salle de jeux, une bibliothèque et une salle de spectacle où les arts majeurs sont représentés, musique, danse, poésie, théâtre occupent un vaste espace où les enfants s’épanouissent, encadrés par des professeurs émérites.

Au fil des jours, des mois, des années, les enfants dont les parents n’avaient donné aucun signe de vie se résignèrent à vivre dans ce royaume dont la fée Ondine, pleine de bienveillance, assurait l’ordre et la sérénité.

Les dauphins et les sirènes veillaient scrupuleusement  à ce que leurs jeux, au cœur de l’océan, se déroulent sans incident.

Les premiers mariés de l’océan, Ambre et Aman optèrent pour une vie de pêcheur de perles et de dentellière.

Ils firent construire une jolie maison avec les matériaux locaux, du bambou, des roseaux et des coquillages.

D’autres couples se formèrent.

Des artistes, chanteurs, musiciens, danseurs, poètes et romanciers enrichirent la communauté pour la grande joie de la fée Ondine qui scruta l’horizon, chaque jour, dans l’espoir de ne plus jamais voir s’échouer sur la grève le moindre enfant perdu.

 

 

samedi 24 juillet 2021

A l'ombre des cerisiers en fleurs


 A l'ombre des cerisiers en fleur Du Chat botté à Peter Pan, de Clochette à la gentille Marraine, mais aussi de Mira, la petite goutte de rosée à Capucine, la princesse Étoile, ils nous invitent tous à partager leur tristesse et leurs aventures, leur bonheur éclatant et leurs joies étincelantes. A l’ombre des cerisiers en fleurs, on voyage de pages en pages, de fleurs en fleurs, de pays en pays. On butine, on virevolte, on se laisse porter, sachant toujours que notre prochain refuge sera encore plus beau, plus riche en aventures et en sentiments que le précédent ! Chaque conte est une ballade dans un monde enchanteur, un moment d’évasion, une parenthèse merveilleuse qui nous ramène aux temps de notre enfance, où l’impossible, l’inimaginable était à portée de main. C’est ce que parvient à faire Marguerite-Marie Roze avec beaucoup de délicatesse et de talent : elle recrée des souvenirs, réinvente des personnages avec lesquels nous avons grandi, et forge le futur de nos propres enfants. Le tout grâce à des histoires toujours pleines de magie, d’amour, de risques, de dépassements de soi et de passion. De quoi donner naissance à de nouveaux rêves…

La chanson des nuages


 La Chanson des Nuages Fils d’une femme délaissée par son mari et qui confectionne des pâtisseries en attendant son retour, enfant d’une banlieue où son tempérament rêveur en fait un être à part, Djibril parvient à améliorer le quotidien en travaillant comme extra lors des soirées que se donnent les sphères nanties, refusant de croire qu’une sortie de son milieu soit encore possible. Un cercle où il croise notamment son volage géniteur et où il se voit pris sous l’aile protectrice de celle qui se fait surnommer la fée des lilas. Une dame affable et avenante, déjà croisée dans les Jardins du Luxembourg, et qui tombe à point nommé puisque Djibril est alors la cible déclarée d’un caïd qui n’apprécie pas son tempérament indépendant. Une bienfaitrice qui se chargera d’éloigner le jeune homme et sa mère des dangers, de les protéger mais aussi de leur construire un avenir… Bien qu’il se déroule dans un cadre réaliste où les humbles côtoient les nantis, bien qu’il prenne pour toile de fond ville et propriétés viticoles, « La Chanson des nuages » développe aussi, souterrainement, des caractères contiques qui en font une œuvre au singulier caractère. Il y a ainsi de la bonne marraine chez Églantine, de la magie dans sa faculté à soustraire un fils et sa mère des menaces qui planent sur eux, une douce et opiniâtre bienveillance dans sa manière de leur assurer un futur plus radieux… Un aspect quasi merveilleux avec lequel est relatée l’irrésistible ascension d’un héros, mais un cadre peut-être trop parfait pour ne pas cacher quelque secret… Accompagné de trois nouvelles qui reprennent à leur tour les codes du conte, « La Chanson des nuages » ravit, captive, intrigue et sait jouer, non sans talent, avec nos âmes d’enfant.

vendredi 23 juillet 2021

Présentation de mes ouvrages


 


Je me présente : je me nomme Marguerite-Marie Roze, née Denimal. Je suis née dans le Nord et j’ai vécu jusqu’à l’âge de 30 ans dans ce pays chti si longtemps décrié, si magnifiquement mis à la mode par Dany Boon aujourd’hui.

Dans mon dernier livre Contes des royaumes oubliés, la nouvelle liminaire porte un nom en langue picarde : L’accordéoneu. J’avais écrit ce texte avant la parution du film. Une petite phrase tournait en moi comme une ritournelle : « On l’appelait ainsi l’accordéoneu…» Il ne me restait plus qu’à écrire la suite. Certes, ce n’est pas la première fois que je donnais à ma région natale « ma préférence à moi ». Dans mon premier livre de contes, Contes du grand ouest où cascadaient les contes inspirés par la région où je vis actuellement, les Landes, je terminais cet ouvrage par une nouvelle intitulée La péniche bleue qui concrétisait les rêveries que j’éprouvais, adolescente, en me promenant sur les berges du canal, seul lieu qui pouvait se référer à la nature dans ce pays minier où mon père avait fini par échouer. C’est cette nouvelle que le journaliste Jean-Louis Le Breton a souhaité que je lise pour clore l’interview qui m’était consacrée sur une station locale au nom évocateur : Radio d’Artagnan.

Dans le recueil À l’ombre des cerisiers en fleurs, je rends hommage aux créations des tullistes qui ont fait la fortune de la petite ville de Caudry, berceau de ma famille.

Mais pourquoi tous ces contes, me direz-vous ? Pourquoi avoir privilégié ce mode d’expression ? C’est sans doute parce qu’il permet d’aborder par un biais qui se veut plaisant tous les thèmes variés que l’on rencontre dans la vie. Il y a, bien sûr, la réactivation des contes célèbres. Le domaine du chat botté dans À l’ombre des cerisiers en fleurs est une suite du fameux chat botté de Perrault. Dans certains contes, les animaux ont une place prépondérante. Je me suis référée à la thèse de Bruno Bettelheim qui donne un sens à cette présence animale. Lorsque les jeunes filles ne sont pas prêtes à rencontrer l’amour, il est bon que l’écrivain mette sur son chemin un animal qui l’aidera à comprendre les méandres de l’amour.

Dans mes contes, on voit des chats, des oiseaux, des loups et chaque fois, cet animal n’est pas présent pour le décor mais bien pour apporter une touche à l’édifice qui est en train de se construire.

Les contes du temps présent offrent une perspective différente. Je m’inspire de la réalité de notre temps, parfois de celle qui fait mal, parfois de l’engouement pour le football décuplé depuis la coupe du monde gagnée en 1998, le siècle dernier ! Cette pirouette pour expliquer que certains joueurs sont entrés dans la légende. Dans le conte Le Talisman, un joueur est nommé l’idole. Il n’est pas nécessaire de préciser son nom. Dans ce recueil, je fais la partie belle à la chanteuse Diams dont j’admire le talent et la fougue.

Il arrive également que certains contes fassent référence à la haute gastronomie française. De grands noms sont prononcés, notamment celui de Bernard Loiseau. Quelques cartes sont proposées, dont celle de Francis Chauveau au restaurant les Pêcheurs à Antibes. C’est avec leur permission que j’ai reproduit les plats, entrées et desserts proposés sur leur carte. Si certains plats vous intéressent, vous les trouverez réellement en déjeunant chez eux ! Sinon, faites comme moi, contentez-vous de rêver !

Certains contes me sont inspirés par une image, un mot, une scène. Ainsi dans La Princesse Etoile qui aura de nombreuses suites, la trame de l’histoire m’a été donnée par l’observation d’un tableau charmant. A la fin de l’été, une pluie bénéfique avait creusé près du rideau de bambous qui ornent mon jardin un jacuzzi improvisé et j’ai pu me délecter d’une scène charmante : un oiseau s’élançait dans ce bain et s’ébrouait avec ravissement. Je livre la première phrase du conte : « C’est en voyant un chardonneret s’ébrouer dans un jacuzzi improvisé dans le rideau de bambous que Clémentine prit la décision de partir au-delà de la colline pour découvrir le monde. » À l’auteur de jouer ensuite pour prendre le relais. Heureusement une brave fée erre dans mes livres, elle est parfois nommée, la fée des lilas, mais elle aime apparaître sous les traits d’une vieille dame, comme dans Les fées ne meurent jamais, conte qui ouvre À l’ombre des cerisiers en fleurs. Elle n’abandonne ni les mignonnes jeunes filles harcelées par un prince méchant ou la dureté des temps ni l’auteur qui risquerait de connaître la panne.

Un rien peut me servir de déclic. Ainsi ai-je écrit Le prince au torque d’or à partir d’une simple pancarte à l’entrée de Mont-de-Marsan située dans les Landes : La ville aux trois rivières. La phrase initiale du conte est très simple : « En ces temps-là, les rivières allaient par trois ». Puis il fallait créer un personnage à la hauteur du cadre : « Un prince venu du Nord chevauchait avec une redoutable efficacité ». Quant à ses aventures, elles m’ont été inspirées par le souvenir de l’engouement de mon plus jeune fils pour les jeux vidéo. A la recherche d’indices qui doivent lui permettre de trouver la princesse, il franchit les portes de plusieurs palais et en retire soit un joyau soit une déconvenue en forme de retour à la case départ. Cependant je n’écris pas de conte qui privilégie uniquement l’aventure. Même si elle est constamment présente, je lui associe les valeurs humanistes universelles, l’amour des êtres humains, la lutte contre les fléaux, la guerre, l’importance donnée aux enfants, à leur éducation, aux activités artistiques, à la poésie qui illumine le monde.

Dans tous mes ouvrages, j’ouvre la porte à cette poésie qui m’a donné le goût de l’écriture. A l’âge de dix ans, j’ai écrit mon premier poème lors d’une étude du soir à l’internat que je vivais très mal. A l’époque mon unique ami était un arbre que j’apercevais au dortoir. J’aurais voulu quitter cet univers cruel et enviais Peter Pan. Pas étonnant qu’on retrouve ce merveilleux personnage dans À l’ombre des cerisiers en fleurs !

Que n’aurais-je pas donné pour fuir le latin que j’ai enseigné pourtant avec bonheur durant les premières années de ma vie professionnelle !

Quant à la poésie, je ne l’ai jamais oubliée et je lui accorde une place prépondérante dans Les nuits bleues du rossignol, lui offrant l’amour pour unique compagnon. J’ai également privilégié les textes courts à portée poétique, parfois historique. Ces textes forment la traîne des féeriques personnes qui évoluent dans mes ouvrages, rencontrant parfois des êtres voués au malheur. Chez Boucle d’or dans Contes du grand ouest présente un personnage qui m’a été inspiré par Patrick Diils et sa terrible histoire. De même Eveil au monde dans Contes du temps présent propose une petite fille à tête d’ange, au grand cœur. Elle souhaite aider tous les enfants malheureux puisqu’elle a la chance d’être riche, belle et en bonne santé. Ce sont les filles de Jean-Pierre Papin qui m’ont inspiré cette histoire car s’il a des filles qui ressemblent à « la fée de 10 ans » qualifiée ainsi par le comité de lecture de Publibook, il a aussi une fille qui souffre et pour qui toute la famille, y compris « les petits anges » se dévoue soir et matin.

Au lycée de Douai où je souffrais terriblement, les contes de fées m’apportaient du réconfort. De plus, j’ai fait la connaissance en classe de cinquième du monde de la chevalerie et je me suis trouvé un relais culturel. Les légendes de Brocéliande, la geste Arthurienne m’ont fortement impressionnée et l’on retrouve tout naturellement cette source d’inspiration dans bon nombre de mes contes, les plus étoffés étant La rose noire dans Contes du temps présent et Les compagnons de la rose noire dans À l’ombre des cerisiers en fleurs.

Toutefois je leur donne une dimension universelle qui n’existait pas dans les textes originels. J’aimerais que cette lutte sourde entre les deux mondes révélés à l’époque des croisades, le monde oriental et le monde occidental avec le choc des croyances et des coutumes prenne fin. Tout serait si simple si nous nous acceptions tels que nous sommes, avec notre histoire, en toute fraternité. Je milite donc à mon niveau pour que cessent ces querelles. De nombreux contes portent cette empreinte de tentative de bonheur universel.

Mais je crois, à présent, qu’il est temps que je m’efface et que je vous souhaite bonne lecture de ces contes et nouvelles que j’ai écrits, pour ma part, avec beaucoup de bonheur. J’attends à présent les remarques des lecteurs, leurs dessins peut-être. Peu douée pour le dessin, j’éprouve une grande admiration pour ceux qui maîtrisent cet art. Il en va de même pour les couturiers, les brodeuses que l’on rencontre souvent dans mes livres et tous les artistes de manière générale.

Mais chut, retirons-nous sur la pointe des pieds….

 

mercredi 21 juillet 2021

Le prince des sables et la rose des amours

 



Enveloppé dans son burnous bleu étoilé de diamants étincelants, le prince Nadir prit la route des sables.

La route de la soie puis celle des perles et enfin la route des roses offraient encore un peu de rêve et d’aventures à ceux qui attendaient le chemin de la voie lactée pour connaître des sensations conquérantes, à la manière de José Maria de Heredia.

Nadir était suivi, à bonne distance, par une escorte prête à passer à l’action si sa vie était en danger.

Mis à part les scorpions dont la piqure était instantanée et quasi mortelle, les périls s’avéraient minimes et le prince allait bon train.

Pour se distraire, il murmurait des bribes de poèmes, ceux qui s’étaient inscrits en lettres d’or dans sa mémoire et son amour d’une rose prodigieuse, destinée à provoquer une passion hors du commun, devenait une obsession langoureuse si bien qu’il s’endormait dans un état voisin de l’extase lors des haltes salutaires.

Retiré dans sa tente, il vit soudain apparaître une rose à taille humaine. Au fur et à mesure qu’elle s’approchait de lui, elle se défaisait de ses pétales et lorsqu’elle apparut, nue, à sa vue éblouie, il ressentit la morsure d’un amour si gigantesque qu’il faillit s’évanouir.

«  Je suis la rose des amours, lui dit l’étrange et fascinante apparition, je suis à la recherche du prince qui saura révéler au monde la puissance de ce monde onirique, parallèle, si éloigné des lamentations habituelles qu’il en paraît étranger alors qu’il est le seul qui vaille la peine d’être exploré ».

Revenu à lui, le prince trouva une preuve de la véracité de l’apparition en une rose de cristal, translucide et rutilante, posée délicatement à l’emplacement de son cœur.

Son fidèle serviteur la fit enchâsser dans un coffret d’ébène et muni de ce précieux trésor, le prince poursuivit sa route dans le désert, affrontant des collines de sable et des oueds pleins de charme où des ondines apparaissaient pour lui servir les trésors de la terre, naturels ou cuisinés avec délicatesse : tajines, méchouis, dattes fourrées aux amandes, pastillas aériennes et fruits fabuleux se succédèrent en une ronde magique et gourmande.

Lors d’une halte dans un oued plein de ressources, un génie lui apparut et il lui demanda, comme un service, de faire jaillir des sources d’eau vive à la place du pétrole qui défigurait les paysages et diffusait des nuisances porteuses de maladies terribles qui s’en prenaient aux habitants de la terre , riches et pauvres sans distinction.

«  j’aimerais obtenir ces pouvoirs mais hélas je ne suis qu’un prince et depuis que les perles se sont raréfiées et que la soie a été supplantée par des textiles nouveaux, le pétrole qui se raréfie d’ailleurs, est la ressource principale de pays qui n’ont pas connu les richesses industrielles fondées sur le charbon, l’acier et la métallurgie triomphante qui a régné sur le monde occidental ».

Le génie disparut dans un nuage couleur safran et la rose magique quitta son écrin d’ébène pour apparaître à nouveau, vêtue de voiles qui soulignaient sa beauté.

«  Mon prince, allons de ce pas, délivrer le monde. Je serai toujours à tes côtés, invisible aux yeux étrangers et nous dispenserons les effluves de l’amour prodigieux qui unit les peuples au lieu de les diviser ».

Le prince Nadir, délivré d’un grand poids, fit volte-face, sa rose sur le cœur et il rentra en son palais pour prendre des dispositions efficaces destinées à retarder les effets nuisibles de l’industrialisation et rendre au monde une part de sa beauté initiale, à l’image du jardin d’Eden !

 

 

lundi 19 juillet 2021

La route des perles



Pour atteindre la crique menant à la route des perles, la comtesse Isabeau du Hainaut renonça au hennin et aux jupes de brocart.

Elle revêtit une tunique en daim et chaussa des bottines légères en écorce de bouleau.

D’un pas léger et dansant, elle parcourut des lieues, faisant halte le soir dans des monastères.

Heureuse de renouer avec la quiétude spirituelle, Isabeau pria avec ferveur pour que le monde soit baigné d’une lumière bleue propice à la ronde des heures et à leur course vers la paix.

Aux Saintes Maries de la Mer, elle embarqua à bord d’une goélette portant le pavillon de sa province.

Escortée par des dauphins, la goélette Cynthia, toutes voiles gonflées par la brise de mer, a pris la direction des îles lointaines où l’on trouve des perles de toutes tailles et de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, nacrées ou colorées de rose comme la déesse de l’amour, Vénus à la chevelure étoilée de diamants.

Lors de la première escale, la comtesse suivit, le cœur battant, la recherche des perles, exercice périlleux entrepris par de jeunes hommes au souffle puissant.

Conques, bouquets de corail, huitres perlières, éponges, bénitiers colossaux et coquillages nacrés que des mains habiles transformaient en colliers et diverses parures,  étaient remontés des profondeurs océanes pour éblouir les admirateurs et chercheurs de trésors naturels.

Au moment des enchères, la comtesse ouvrit sa bourse sans hésiter et troqua de belles pièces d’or contre perles,  coraux et autres splendeurs océanes.

Elle fut bientôt rejointe et contrée par un amateur de beautés sous-marines, le prince Saphir.

Heureux de se trouver en galante compagnie, le prince eut l’élégance de ne pas surenchérir sur de belles pièces afin de permettre une échappée courtoise.

La comtesse, de son côté, n’abusa pas de la liberté qui lui était accordée et elle laissa partir, volontairement, quelques belles parures pour que l’équité soit de mise.

Le marché terminé, les amoureux des perles décidèrent de marcher au pas d’amble de leurs chevaux.

Chemin faisant, parlant peu pour se réserver de meilleurs moments propices au dialogue, les nouveaux amis décidèrent, d’un commun accord, de faire une halte dans le monastère le plus proche afin d’y prendre un peu de repos.

Le père Aurélien les accueillit chaleureusement.

Un menu à base de laitages dont un fromage préparé par les moines, de fruits, de légumes frais ou de crudités et de pâtisseries légères fleurant bon l’oranger, enchanta les hôtes d’un soir.

Après un excellent repas, ils rendirent grâce à Dieu et se recueillirent.

Des chants retentirent et les deux compagnons de route s’émurent de la ferveur et de la valeur artistique de la chorale.

Il s’ensuivit une veillée au cours de laquelle des récits hagiographiques fleurirent.

Ravi de l’évocation des saints qui avaient proclamé leur foi jusqu’au martyre, le prince Saphir offrit la plus belle de ses perles. La comtesse, ne voulant pas être en reste, insista pour que l’on pare la statue de la Vierge Marie du plus beau de ses colliers.

Après une nuit réparatrice, un bon bol de lait chaud et des tranches de pain frais, les deux amis reprirent la route, non sans avoir remercié une dernière fois ces hôtes charmants.

Ils laissèrent un message sur le livre d’or et ils déposèrent discrètement une bourse de perles pour exprimer leur amour et leur dévotion au créateur céleste.

Leur route les conduisit à Jérusalem, la cité divine par excellence.

Ils furent émerveillés par la richesse des étals.

Une foule cosmopolite se pressait dans les rues bien entretenues.

Ils passèrent inaperçus et pourtant, ils avaient revêtu leurs plus beaux atours.

Sur une place, des danseurs exécutèrent une chorégraphie enlevée et charmante.

Mis de bonne humeur, les deux amis cherchèrent un toit hospitalier et la chance se présenta à eux sous la forme d’une princesse orientale qui possédait un palais à l’extérieur de la ville.

Le somptueux palais de marbre rose orné de sculptures d’inspiration marine incrustées de perles aux couleurs de l’arc-en-ciel, s’offrit à leurs yeux éblouis.

La princesse Ornella avait envoyé des cavaliers prévenir de son arrivée en compagnie d’hôtes de marque.

Ils entrèrent dans un patio réservé aux invités et on leur servit des plats de rêve, pastilla aux amandes et aux pigeonneaux, couscous royal, tajine de légumes savamment épicés.

Une kyrielle de gâteaux  destinés à tenter les plus gourmands, avec des coupelles de crèmes ou de gelées de fruits sans oublier un merveilleux gâteau cuit à la broche à la mode des Pyrénées, enchanta les gourmets.

Cet intermède festif achevé, ils se promenèrent dans les jardins, admirant les cerisiers, les pêchers, les pommiers de la Saint Jean, les amandiers, les orangers et les citronniers dont les fruits seraient transformés en confitures, gelées, fruits déguisés et autres merveilles.

Le cuisinier et sa brigade les suivaient à bonne distance, prêts à cueillir les fruits parvenus à maturité.

Dans la roseraie, la princesse et ses hôtes firent une halte sous une tonnelle et assis sur une balancelle, ils savourèrent la brise du soir.

Les parfums s’exhalaient avec douceur, ivres de la présence de papillons et d’abeilles qui voletaient dans une ronde enchanteresse.

Les journées passèrent comme autant de rêves dans ce palais merveilleux.

Connaissant leur amour pour les perles, leur hôtesse recevait des pêcheurs habitués à la prise de ces beautés océanes. Les tractations commerciales allaient bon train, à l’aune de la richesse des propositions.

Renonçant à aller sur les rivages des mers réputées pour la profusion de ces beautés puisque les perles venaient à eux, les deux amis se laissèrent aller aux épanchements amoureux sous le regard attendri de leur bienfaitrice.

«  Où irons-nous vivre » se demandaient-ils, dans une perspective conjugale.

Alors que la perplexité les inondait d’incertitude, la princesse Ornella leur proposa un petit voyage. Elle l’avait organisé avec soin,  leur dit-elle pour les convaincre.

Les dames seraient confortablement installées dans des palanquins et elles pourraient ainsi deviser en toute quiétude.

Le prince Saphir était invité à prendre la tête d’un groupe de cavaliers prêts à parer toute attaque impromptue du convoi.

Le grand chambellan du palais chevaucherait à ses côtés pour le préserver de tout danger.

De cette manière, le voyage se déroula sans incident.

Les haltes avaient lieu chez des amis de la princesse.

Les amoureux savouraient ces moments de retrouvailles qui les plongeaient dans une sorte d’extase.

Un échange de cadeaux alla bon train.

La princesse finit par faire convoyer de nombreux trésors en direction de son palais afin de ne pas alourdir leurs bagages.

La destination du voyage leur apparut enfin dans toute sa splendeur.

Un palais érigé en bord de mer s’offrit aux yeux éblouis de tous.

Il ruisselait d’or, d’argent et de nacre. Les pièces, aérées et magnifiquement meublées et décorées avec finesse auraient certainement plu à Sardanapale, lui ôtant ses velléités suicidaires.

La princesse remit les clefs du palais à la comtesse Isabeau du Hainaut en ajoutant ces mots :

«  Je vous ai vu vous déchirer pour le lieu où vous pourriez installer votre bonheur. Si ce palais vous convient, il est à vous » et elle ajouta malicieusement «  Ce palais est situé en plein cœur de la richesse océane perlière : vous ajouterez ainsi un bonheur au vôtre et l’on pourra dire que votre quête des perles est achevée ».

Le prince Saphir se joignit à Isabeau pour remercier la princesse de ce don fabuleux.

Il dépêcha des émissaires pour qu’ils rapportent de son royaume ses effets personnels. Il n’oublia pas de leur recommander de choisir ce qui se faisait de mieux sur le plan de l’artisanat, de l’orfèvrerie, de la porcelaine et du tissu pour satisfaire les dames.

Lorsque le convoi revint, chargé de trésors, ce fut un émerveillement.

La princesse reprit la route, laissant les jeunes époux à leur bonheur.

Le mariage avait été célébré selon des rites communs et compris de tous.

La mariée portait une robe fabuleuse, en dentelle et le prince arborait un costume oriental brodé d’or et de pierreries ainsi que de perles.

Les festivités furent à la hauteur de la qualité des invités et lorsque les derniers chants retentirent, chacun reprit la route, celle des perles pour l’éternité, laissant les jeunes mariés à leur amour et à leur bonheur.

 

 

 

 

 

dimanche 18 juillet 2021

Matthias, alias Pierrot le Fou

 



Au Moulin Bleu, Matthias, dit Pierrot le Fou du fait de ses accès de colère, vitupérait contre le départ de son égérie dansante, la belle Marianne auprès de qui il jouait brillamment le rôle de Valentin le Désossé dans un Can Can  endiablé.

« Qu’est-elle allée faire chez cet elficologue du diable criait-il à qui voulait l’entendre. Nous avions tant de belles années devant nous avec des pièces d’or à  donner des crises furieuses à des bourgeois ! Un jour, son écrivain au petit pied ne fera plus recette et même son encyclopédie de prestige ne se vendra plus. Elle sera obligée de venir me manger dans la main et embrasser mes pieds, orphelins de sa beauté. Et moi, pauvre sot, je l’enlacerai de nouveau car je ne puis vivre sans elle ».

Un jour, lassé de n’entendre que l’écho de sa voix, il se décida à entreprendre une tentative d’enlèvement et prit le chemin de l’étang mystérieux.

Parvenu sur l’une des rives, il vit une belle jeune femme endormie et il lui vint alors une idée diabolique.

Il inséra dans ses lèvres cerise entrouvertes une pipette d’un breuvage dont il avait le secret. C’était un puissant hallucinogène qui provoquait des rêves fantasmagoriques.

C’est ainsi qu’Aurore eut l’impression d’être devenue une poupée et d’avoir à ses côtés un lutin charmant qui était fasciné par sa beauté et qui l’aimait profondément.

Un champignon hallucinogène qui entrait dans la composition de l’élixir avait établi le lien entre son désir d’enfance, ses souvenirs de petite fille et de sa poupée Boucle d’Or et tous les rêves nés de la lecture de la grande encyclopédie de Pierre Dubois.

Elle devint donc selon la logique des rêves une poupée vivant une extraordinaire histoire d’amour avec un lutin.

La chaumière féerique existait bien mais c’était une petite résidence que Matthias avait achetée pour aimer Marianne à volonté avant qu’elle ne lui échappe pour succomber aux charmes, inexplicables à ses yeux, de l’elficologue distingué.

Après avoir joué la comédie du lutin charmant et romantique, Matthias qui glissait toujours dans les bouillons et autres plats offerts à sa victime quelques gouttes d’élixir pour prolonger les effets de l’enchantement, passa aux actes et fit défaillir de plaisir cette femme qui se prenait toujours pour une poupée.

Pour raviver les flammes du désir, il joua le rôle du lutin blessé, inventant la légende du sac de perles pour se moquer de son rival.

Ce qu’il ignorait, c’est qu’un lutin qui existait bel et bien, avait une aventure amoureuse avec une sylphide et qu’il avait égaré un réticule de perles, ce qui provoqua l’embarras des enquêteurs, dans la mesure où l’étude des empreintes ne mena nulle part, les lutins ne figurant pas sur les fichiers de la police.

Le hasard voulut que Matthias fasse une mauvaise rencontre sur le chemin qui conduisait à Fleur-Lez-Lys où il comptait acheter des plats savoureux pour que se prolongent les étreintes avec cette femme mystifiée dont il appréciait, à présent, les charmes dévoilés.

Il reçut un coup de gourdin à la tête, comme dans le scénario inventé pour pimenter ses amours et il sombra dans un sommeil comateux.

Les enquêteurs qui entreprenaient de nouvelles fouilles le trouvèrent inanimé.

Une ambulance le conduisit à l’hôpital où on lui prodigua des soins diligents.

Il fut identifié et les soupçons se portèrent rapidement sur lui, au sujet de la disparition d’Aurore.

Quant à cette dernière, ne recevant plus d’élixir dopant, elle eut la surprise de retrouver sa taille initiale, ses vêtements d’origine alors que son bel amant avait disparu.

Elle ouvrit la porte de la chaumière et fit quelques pas avant de rencontrer Florian qui avait pris les devants puisqu’il connaissait l’existence de la garçonnière  de Matthias.

Très ému, il lui demanda pardon car il se sentait responsable de ses divagations autour du monde de l’elficologie.

Il l’emmena chez lui, lui servit du thé et des petits pains briochés.

Il téléphona à la gendarmerie pour que tous soient informés de la bonne nouvelle.

Albertine de Montmorency fut dépêchée pour recueillir ses premières déclarations. Elle agit avec tact et alerta l’hôpital pour qu’on réserve une chambre à une personne qui avait subi des outrages, à son corps défendant.

Des soins adaptés à son état furent prodigués à la jeune femme qui avait conscience d’avoir vécu des instants volés à son intimité, pour ne pas en dire davantage.

«  Il sera difficile de faire la part du rêve et du fantasme dit pensivement Albertine mais le rêve et l’irréel ne sont-ils pas le terreau de l’amour ?

Certes dit Florian mais plonger une femme dans un délire pour abuser de ses charmes relève de la criminalité ».

Ils tombèrent d’accord sur ce point et ils se séparèrent en attendant l’issue des investigations médicales et policières pour que chacun, et surtout la victime, retrouvent la sérénité.