Près du château de la reine Éléonore, un cerisier suscitait l’admiration
de tous.
Son ample frondaison s’ornait de pétales satinés au printemps
puis venait le temps de la récolte des cerises rouges et sucrées à souhait.
On servait des cerises à la table de la reine sous diverses
formes, nature après un bon repas ou au goûter, en gelées ou confitures, en
tartes ou encore sous forme d’ingrédient surprise dans la composition de sauces
accompagnant le gibier.
Un jour, un pastoureau s’étendit à l’ombre de l’arbre
prodigieux et il joua un air mélodieux à la flûte de Pan taillée dans les
roseaux.
Des nymphes et des faunes dansèrent sous la lune en déroulant
des rubans de soie.
Ce spectacle enchanta la reine qui se prit à rêver de la
conquête d’un amant. Elle était en âge de se marier mais jusqu’à présent, elle
n’en avait pas éprouvé le besoin.
L’air enchanteur de la flûte la transporta bien loin, au-delà
des mers lointaines où surgissent des îles emplies d’oiseaux et de fleurs
sauvages.
Éléonore se drapa dans sa cape et partit explorer la première
île tenue loin de cet itinéraire féerique.
Escortée par des colibris et des perroquets, la reine
progressait à petits pas dans un univers luxuriant.
Elle parvint dans une clairière ombragée par des cerisiers en
fleurs.
Une charmante demeure semblait attendre sa venue.
Après avoir activé le heurtoir décoré de fleurs ciselées,
elle vit s’ouvrir la porte de chêne. Elle emprunta un couloir dont les murs
étaient ornés de magnifiques faïences pour entrer dans une grande pièce où
flambait un bon feu de cheminée.
Elle s’assit dans une bergère et attendit patiemment qu’un
hôte se présentât. Une gouvernante portant un plateau gourmand déposa un pot de
lait, des mignardises et des gâteaux au miel sur un guéridon. Elle servit la
reine avec grâce.
Éléonore prit plaisir à cet en-cas et laissa vagabonder son
esprit dans le monde du rêve.
Un air de flûte se répandit dans la pièce, précédant le
pastoureau qui s’était distingué dans son royaume à l’ombre du cerisier
magique.
Le jeune homme s’inclina devant la reine et lui présenta ses
hommages.
« Douce reine joie, j’ai composé pour vous mes plus
belles chansons d’amour. La magie du cerisier aidant, mes notes de musique ont
formé autant de cœurs battants au simple énoncé de votre nom, Éléonore à la
voix d’or ».
Le pastoureau se tut et un ange aux pieds ailés mus par des
grelots vola dans la pièce, répandant des sucreries, des roses d’argent et des livres
enluminés de miniatures médiévales.
Éléonore ouvrit l’un de ces livres et se plongea dans la
lecture d’un roman de chevalerie.
Elle ne vit pas passer le temps et se retrouva subitement
assise à l’ombre de son cerisier, une déclaration d’amour à la main, sous forme
de parchemin.
Elle ne fut pas étonnée d’entendre un air de flûte puis de
voir apparaître le prince Lilian qui avait choisi l’apparence d’un simple
pastoureau pour entreprendre sa démarche de fiançailles.
Le jour du mariage d’Éléonore et de Lilian, une pluie de
pétales de cerisiers embauma la cérémonie, devenant le symbole du bonheur.