samedi 1 août 2026

L'enchanteur

 

 

Sur les sentiers de Brocéliande, j'ai croisé l'enchanteur Merlin et je lui ai demandé s'il nous réservait la renaissance de la chevalerie celtique chère à nos cœurs.

Nous reviendra-t-il, Arthur Roi du Monde avec l’œil, porte du monde, placé au centre de son bouclier?

Où est Lancelot, ce chevalier mythique dont le seul vainqueur fut le regard d'une femme?

Où sont Perceval, Galahad et tant de braves qui partirent chercher le Graal au bout du monde?

S'ils nous reviennent, nous leur demanderons juste de cimenter les pierres de nos édifices car ils menacent de s'écrouler à chaque instant sous les coups de butoir de barbares d'un genre nouveau.

Ils s'apparentent à la canaille qui hante les romans chinois, misérables voleurs assoiffés de sang.

Pour finir en beauté selon un code misérable, ils n'hésitent pas à engager leur dernier souffle de vie pour que périssent des centaines d'innocents.

Victimes de leurs délires meurtriers, ils meurent après avoir proféré un dernier cri de haine qu'ils dédient à un dieu barbare que nul ne reconnaît, fors leurs semblables, nouveaux fils de Lucifer, l'ange déchu qui souhaite la mort d'un univers divin dont il est indigne.

Pour adoucir ma peine, Merlin m'immergea dans la fontaine sacrée et fit renaître le chevalier de Ponthus dans un soleil d'or, muni du bouclier d'Achille et de la lance sacrée.

Heureuse de ce beau dénouement, je repartis d'un pas léger tandis que Merlin regagnait l'éternel paradis de sa forêt magique et bleutée.

vendredi 31 juillet 2026

La bataille du Fao

 

 

 


Ce fut Harold le sanguinaire qui déclencha les hostilités en décochant des flèches enflammées sur les tentes des chevaliers de Brocéliande.

Wilfried, Mark, Quentin et William, ses âmes damnées, firent de même et le camp entier flamba, risquant de mettre le feu à la forêt voisine.

Le souci premier des chevaliers consista à vouloir épargner la forêt, ce qui les rendit vulnérables.

Tandis qu’ils se précipitaient pour éteindre le feu, les assaillants s’en donnaient à cœur joie, les prenant pour cibles en lançant leurs haches de guerre et leurs javelots, faisant souvent mouche.

Quelques corps gisaient à terre et l’on eut du mal à évacuer les blessés.

De nombreux valets d’épée rendirent l’âme car ils protégeaient leurs seigneurs, faisant un rempart de leurs corps.

La rivière Fao, nommée rivière d’argent devint pourpre, reléguant sa légendaire beauté dans les livres d’histoires.

Le corps à corps finit par s’engager sur ses rives et l’on put admirer les exploits du chevalier de Ponthus, aguerri par sa coutumière défense farouche de la fontaine de Barenton.

Jehan de La Bruyère montra également qu’il méritait son récent adoubement et il en fut quitte pour un coup d’épée qui lui zébra la joue.

Louis de Barenton fit preuve d’ingéniosité. Dissimulé dans des bosquets de roses trémières, il usait d’une sarbacane sur l’ennemi, usant ses forces déployées avec brutalité.

Le comte de Prunelé ne fut pas en reste, haranguant et regroupant les chevaliers éparpillés.

Des cris de guerre fusaient de partout et bientôt ils furent relayés par des hurrahs victorieux car les chevaliers de l’île de Malte lâchèrent prise.

Harold comptait de nombreuses blessures car on l’avait privilégié comme cible, étant donné qu’il était, de loin, le plus belliqueux du groupe.

Sans demander leur reste, ils repartirent vers la côte, déterminés à rejoindre leur île natale avec les richesses qu’ils avaient collectées dans les églises.

Personne ne les regretta et l’on brûla des cierges pour que semblable bataille ne se reproduise de sitôt.

On enterra les défunts avec dévotion et un prêtre promit de veiller à ce que leur sommeil ne soit jamais perturbé.

Le comte de Prunelé ne ménagea pas sa bourse et il promit de faire édifier un monastère où chacun pourrait se recueillir ainsi qu’une école où l’on raconterait la bataille du Fao en magnifiant les exploits des chevaliers de Brocéliande.

Erwan le valeureux

 

 


Un matin, Fleur de lune aperçut un voilier s’approchant de la crique pour y mouiller. Elle fut frappée par la principale voile du navire qui arborait en son centre un énorme triskel, ce symbole celtique reposant sur les trois positions du soleil, le lever, le zénith et le coucher.

S’attendant à recevoir de la visite, elle prépara des bocaux de soupe à l’oignon rosé de Roscoff, un plat d’agneau cuit à la broche et des flans à la noix de coco.

Elle avait à peine terminé ses préparatifs qu’Erwan le valeureux pêcheur qui avait échappé à la tempête heurta le marteau en forme de main fixé sur sa porte pour signifier son amitié.

Fleur de lune découvrit avec bonheur le pêcheur qui avait une seconde fois franchi la barrière océane pour lui rendre visite.

C’était un homme de belle apparence. Ses cheveux bouclés étaient attachés derrière la tête par un ruban. Ce catogan lui allait à merveille, encadrant un visage aux traits réguliers ; il avait de beaux yeux bleus.

Il portait une vareuse blanche, un pantalon corsaire et des bottes.

Se débarrassant de ses bottes il chaussa des sabots finement décorés et entra chez celle dont chacun vantait les talents culinaires et artistiques dans le monde marin.

Il fit honneur au délicieux repas servi par son hôtesse puis lui exposa la raison de sa venue.

Il voulait tout d’abord la remercier d’avoir sauvé sa cargaison d’oignons en les valorisant de belle manière. Il rapportait une autre caisse ainsi que des denrées typiquement bretonnes congelées : kig ha farz, cotriade, galettes de sarrasin, crêpes fines, kouing amann de Douarnenez, gâteau breton. Il avait ajouté à ce pack gourmand de la vaisselle de Quimper dont les motifs variés et stylisés mettaient en valeur les scènes de vie paysanne.

Fleur de lune, subjuguée par ces œuvres d’art jura qu’elle s’en servirait au quotidien : «  Présentées dans ces merveilleuses soupières, les veloutés d’oignons rosés de Roscoff et la cotriade de Douarnenez n’en auront que plus de saveur et que dire des crêpes et du kouign amann valorisant les plats à gâteaux ? Grâce à cette vaisselle de toute beauté, la Bretagne sera au cœur de cette terre jadis vouée aux cratères et aux rocs ».

Les remerciements de la jeune femme étaient d’une telle authenticité qu’Erwan empoigna sa harpe celtique pour interpréter un Tri Martelod convaincant :

«  Trois jeunes marins, tra la la la

Trois jeunes marins s’en allant voyager

Conduits par le vent tra la la la

Conduits par le vent jusqu’à Terre Neuve

Près des pierres du moulin tra la la la

Près des pierres du moulin ils ont mouillé l’ancre ».

Sur cette romance évoquant l’histoire bretonne dans son essence profonde, Fleur de lune servit un merveilleux café en utilisant l’un des services venus de cette terre généreuse habitée par des personnes à l’âme noble.