mardi 15 septembre 2026

La princesse Nour

 


 

Les années passaient au château rebaptisé le château de la tulipe d’or avec une noria incessante de chevaliers qui venaient suivre une formation dans l’art de combattre en suivant les règles de l’honneur chevaleresque.

Bethsabée s’éteignit, laissant un grand vide car tout le monde s’était accoutumé à sa présence douce, généreuse et active dans de nombreux domaines, notamment dans l’art culinaire.

Elle laissa derrière elle des ouvrages consacrés à la broderie incluant des schémas précieux et des livres de cuisine, abondamment illustrés avec une notation précise du dosage des ingrédients et des étapes factuelles.

Salomé était une belle jeune fille, très courtisée lors des fêtes qui se donnaient çà et là, dans de nombreux fiefs et son frère Aymery avait hérité des belles qualités de son père et de son grand-père.

Les nouvelles d’orient parvenaient parfois au château par vol de colombes ou escortes de chevaliers, porteurs de messages aux armoiries de la tulipe d’or.

Or, un jour, une troupe plus importante s’approcha des murailles du château. Un jouvenceau qui avait le regard bleu de Blanchefleur, demanda à être reçu et il vint, accompagné par une jouvencelle dont la beauté éclipsait celle de la lune et du soleil.

Elle se présenta en faisant la révérence à Ornella : «  Je suis la princesse Nour, la fille de Blanchefleur et du prince, cadeau inespéré des dieux et voici mon frère, le prince Flor qui sollicite du comte Louis la préparation au noble métier des armes qui protège les honnêtes gens et leur assure la paix.

Nour était si belle, irradiant la lumière dont son prénom était porteur que d’aucuns crurent voir voler des anges près d’elle et que l’archange Gabriel lui-même sembla annoncer des temps nouveaux.

La salle de réception du château fut inondée de soleil et Ornella serra cette déesse dans ses bras.

Chacun reprit ses esprits et l’on organisa l’accueil de tous les invités, ce qui rappela à bien des chevaliers et à leurs dames les temps où l’on avait à cœur d’offrir une hospitalité méditerranéenne, fleurie et médiévale aux héros qui se lanceraient dans la quête de la tulipe d’or.

Un nouvel arrivant, Kylian de Concoret oublia instantanément la fée Viviane qu’il poursuivait de ses rêves en forêt de Brocéliande pour devenir l’amant éperdu de la belle Nour, lumineuse et désirable au point de le rendre fou.

Il se rendit dans sa chambre pour y composer un chant d’amour qu’il confierait ensuite aux rossignols de la nuit.

« Nour, ô Nour, si lumineuse et si ardente, tu as éveillé en moi la passion des chemins secrets qui conduisent aux arcanes de ton âme.

Je te veux passionnément et je souhaite simplement que tu ne m’imposes pas une chasteté prolongée car je n’y survivrai pas et devrai me perdre dans les landes où errent les amants éperdus, partis sans succès, à la recherche de leur bien-aimée.

Je veux te chérir jour et nuit ; c’est pourquoi j’ai l’audace de m’offrir pour des fiançailles si tu le veux bien. Je mets à ta disposition le manoir de mes ancêtres, plein de charmes que je décrypterai pour toi, mon aimée, si Dieu le veut ».

Ce chant d’amour terminé, Kylian commanda un bain aux dames qui étaient attachées à son service, revêtit une chemise de lin et s’endormit en rêvant que Nour la divine lui accordait sa main qu’il couvrait de baisers.

Le lendemain, il s’éveilla d’humeur folâtre et descendit en salle d’armes pour saluer les chevaliers de la tulipe d’or, corps d’excellence auquel il appartenait.

C’est ainsi qu’il apprit que la princesse Nour avait décidé de partir dans le palais que son père avait fait construire pour la belle Blanchefleur, sa mère tant aimée.

Le prince Flor restait au château pour parfaire sa formation de chevalier.

Kylian décida lui aussi de demeurer au château, espérant ainsi devenir l’ami du prince.

Il vit partir l’escorte de la princesse, plus belle encore que dans ses souvenirs les plus fous. Son entourage comportait la fine fleur de la chevalerie afin qu’elle voyage sans souci.

Flor fut charmé de voir Kylian à ses côtés car sa prestance et son renom illustraient à merveille sa devise : «  Ne suis ni duc ni prince, je suis le sire de Brocéliande ».

Kylian promit à Flor de l’instruire sur toutes les légendes de son patrimoine et le duo commença à fonctionner sous les auspices de la bruyère et des genêts, amarante et or !

lundi 14 septembre 2026

Ce soir, tout est vanille

 




Ce soir, tout est vanille, orchidée et bouton d’or fredonnait Elsa dans sa robe safran ; les murs de sa chambre devinrent des rideaux de pluie qu’elle franchit d’un pas léger, retrouvant les rêves de ses vingt ans.

De l’autre côté des franges de pluie venues des oueds aux senteurs de dattes et de pâtisseries orientales on entendait des mélopées millénaires.

Des liqueurs de roses circulaient pour désaltérer les invités qui se pressaient près d’une source enchanteresse.

Elsa passa des heures charmantes, déchira le voile de la nuit de ses doigts de brodeuse et chanta sous la lune les romances de son enfance, C’était le temps des fleurs  et La java bleue.

Le prince noir lui présenta ses hommages et lorsqu’elle se réveilla, une pluie de roses devint son dernier livre et une fois de plus, elle sourit à la vie.

dimanche 13 septembre 2026

Un palais floral

 

 


Sofia s’extasiait devant chaque pan floral du palais qui s’effeuillait à la façon d’une belle ôtant ses voiles un à un pour attendrir les amoureux de la danse.

Le dragon leur octroya une pièce de repos puis il les invita à sa table, dressée avec faste, rutilant sous l’or des chandeliers et des couverts. Des bouquets de fleurs où dominaient les lys, les iris et les roses jetaient une note lumineuse sur une nappe et des serviettes brodées de boutons d’or et de pavots.

La ronde des mets commença : bouillon impérial aux perles du Japon, chaud-froid de volaille, tranches d’agneau rôti au miel et tajines de légumes fondants, sept fromages variés et bouchées gourmandes aux noix et à la crème d’amande ravirent les palais rafraîchis par des pichets de limonade à la rose et de vin pétillant. L’eau de source avait un goût de violette et Sofia qui aimait les fleurs en but à satiété.

Cet excellent repas terminé, chacun se retira dans sa chambre, le dragon leur promettant de les aider dans leur quête de la fleur Sofia.

«  Ce nom lui va à merveille, divine reine puisqu’il est le vôtre. Sachez que si mon corps n’était pas couvert d’écailles, je vous demanderais  en mariage, rêvant d’avoir des petits princes, dragons ou humanoïdes à votre image ».

Sensible à ce bel hommage la reine lui adressa son plus beau sourire et l’embrassa juste au-dessus de ses yeux flamboyants.

Cet instant de grâce fut décisif : dans un fracas de tonnerre , le dragon enfla et éclata, délivrant son enveloppe humaine frappée par un envoûtement, mettant au jour le prince Ming au regard turquoise.

Fort heureusement, le palais ne disparut pas et son faste se prolongea, permettant au prince de mettre un genou à terre et d’offrir son cœur à sa dame d’amour.

Sofia se sentit si heureuse que des larmes jaillirent de ses yeux, faisant éclore, en tombant sur les dalles de marbre la fleur désirée.

«  C’est le signe du bonheur pour notre couple, ma douce-aimée » dit le prince et il serra sa reine contre son cœur ardent.

Un nuage bleu les enveloppa et ils goûtèrent une nuit d’amour sous le signe de la fleur magique qui vivait en leur âme royale.