La venue de Gildas causa un vif émoi dans la gent féminine de Paimpont. On ne parlait que de lui en se réfugiant derrière un éventail, ornement qui connut un regain d’intérêt. Derrière cet accessoire des bals d’antan, les mots glissaient, exprimant un rêve secret.
Ignorant ce remue-ménage, le prince partageait son temps entre randonnées lacustres et méditations.
Il eut la chance de rencontrer une artiste-peintre, Gisèle Jan Simon, qui exposait à la manière d’un ancêtre son chef d’œuvre en douze tableaux représentant la geste des Chevaliers de la Table Ronde.
Chaque détail était étudié et pesé au trébuchet pour que l’harmonie soit totale.
Il conversa avec l’artiste et promit de l’accompagner, une nuit, dans une réunion de druides en un lieu consacré. Mais lorsque vint la nuit du rendez-vous, il ne put s’y rendre car il fut saisi par une forte fièvre.
Le médecin appelé à son chevet ne put établir un diagnostic clair et il recommanda des infusions à la mode des grands-mères pour faire tomber la fièvre.
Inquiet, Frère Benoît eut l’idée de recourir aux services de Brigitte dont on louait les connaissances en herboristerie.
Brigitte mit en œuvre son savoir-faire et le prince se rétablit.
« Ai-je rêvé se demanda-t-il, j’ai cru qu’un ange était à mon chevet ».
Frère Benoît lui donna l’adresse de Brigitte, suggérant qu’il lui envoie des fleurs pour la remercier car elle avait refusé l’offre du prieuré, acceptant juste un morceau de fromage apporté par le prince.
Gildas décida de lui rendre visite et laissa passer quelques jours avant de se faire annoncer. Il arriva dans un bel équipage, sa calèche débordant de fleurs somptueuses.
Outre les fleurs, il pria Brigitte d’accepter une bague qu’il tenait de sa mère, destinée à sa future épouse :
« Permettez-moi, Dame Brigitte, de vous faire une cour délicate et romancée car en me rendant la vie, vous m’avez emprisonné dans votre cœur ».
Brigitte sourit, acceptant la proposition courtoise tout en se gardant de la prendre au mot.
« Je veux bien porter la bague de votre mère par amour de vous mais je m’engage à vous la rendre si d’aventure, cette demande en mariage n’était pas née de la confusion illusoire entre la gratitude et la fin amor des poètes courtois ».
Soit dit le prince et il invita Brigitte à l’accompagner dans ses promenades au bord de l’étang du monastère.
« Nous apprendrons ainsi à mieux nous connaître » conclut-il et ils prirent le thé avant son retour à l’abbaye.

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