Même décor
La passante
-allons bon, la lectrice de contes n'est pas là :
j'avais pourtant préparé une réponse inattaquable à sa question sur
l'efficience des faits réels par rapport à l'univers des contes; Je vais
prendre place sur le banc et attendre sa venue.
La lectrice
Réveillez-vous mon amie. Pardonnez-moi ce retard:
j'ai eu des problèmes avec mon vélib
-pardon je m'étais assoupie, faute d'interlocutrice. Avez-vous terminé votre
livre de contes ?
-oui je vous rassure et j'en ai commencé un autre afin de reprendre courage
face aux vagues de tristesse qui balaient notre monde. Et vous ? avez-vous
préparé votre argumentation pour justifier votre amour des romans policiers ?
-J'ai un argument irréfutable en effet inscrit dans notre quotidien. Ouvrez un
journal, vous y trouverez certainement un fait divers dont l'horreur et la
noirceur dépassent le scénario imaginé par un auteur à l'esprit morbide ( je
pense au Dahlia Noir de James Ellroy). Par contre, vous avez peu de chances de
croiser une fée, à moins que l'on considère le loto comme l'instrument magique
de ces dames. Mais pour un ou une heureux (se) , combien de désespérés ?
-Ce n'est pas faux, je le reconnais. Cependant si je vous disais que je suis
une fée et que vous ne m'avez pas reconnue comme telle, que diriez-vous ?
-Je rirais , mon amie, comme il se doit ou alors je vous en conjure, métamorphosez-vous
à l'instant en jeune et jolie princesse.
Le jardinier du Luxembourg:
- Permettez-moi, mesdames, de me joindre à vous et de prendre place sur ce banc
pendant ma pause déjeuner.
La lectrice et la passante en chœur :
- Prenez place mon ami , soyez le bienvenu et départagez nous: pour ou contre
le monde de la féerie ?
- Pour si j'en crois les bases de mon métier. N'y a-t-il pas une certaine
féerie dans l'éclosion des roses et de tous ces plants venus de tous les pays
du monde ? Contre si j'en juge sur l'usage quotidien des pesticides dont on ne
parvient pas à se débarrasser par une interdiction franche et salutaire.
La lectrice:
-Ce point de vue réaliste nous permet d'aborder notre débat sous un aspect
nouveau. Merci pour cet enrichissement. il en va ainsi de toutes les conquêtes
démocratiques : chacun apporte sa pierre à l'édifice de la pensée citoyenne. Et
c'est une fée qui vous le dit !
Un adolescent qui passait par là, entendant la
dernière phrase
-Pardonnez-moi, Madame, si vous êtes une fée, alors je suis Grand Corps Malade
!
La lectrice:
-J'ai les cheveux gris mais parfois il arrive que
les fées se déguisent ou se métamorphosent. Dans un conte célèbre, une fée
apparut sous les traits d'une vieille dame courbée sous les rhumatismes et
vêtue comme une mendiante, à une jeune fille vertueuse qui la servit si bien
qu'elle lui fit don de laisser échapper des roses, des perles précieuses à chaque
parole. Quant à sa demi-sœur, foncièrement méchante, décidée à se montrer
mielleuse auprès de la vieille dame pour obtenir le même don, elle eut la
surprise, à la même fontaine, de voir une jolie femme élégamment vêtue,
réclamant à boire. Ignorant qu'il s'agissait de la même fée qui voulait la
démasquer, la demi-sœur rabroua l'insolente qui lui faisait perdre son temps et
obtint pour sa violence, le don de cracher crapauds et vipères à chaque mot
prononcé.
Mais rassure-toi, je n'ai pas ces pouvoirs
magiques. Lorsque je dis être une fée, c'est une figure de style qui signifie
que je crois à un monde qui peut s'améliorer, préférant ignorer les laideurs
qui l'affublent.
L'adolescent :
-Merci pour ce cours féerique. Je vais tâcher de le
transformer en chanson pour le faire connaître de tous.
Je reviendrai demain pour vous faire entendre ma
composition.
Tous en chœur :
- A demain !

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