samedi 12 février 2022

Fleur de bruyère ( suite 3 )

 



Drapée dans son fourreau de soie bouton d’or protégé par une cape en satin gorge de pigeon, une loupe à la main et un monocle rivé sur l’œil droit, Fleur de bruyère s’en fut par les chemins à la recherche d’un indice lui permettant de trouver la piste d’un enfant perdu, Emmanuel, dix ans.

Elle aimait apparaître aux yeux de tous sous l’apparence d’une jeune femme excentrique car ainsi, pensait-elle, personne ne lui accorderait trop d’importance et de cette manière, on parlerait sans retenue et il lui suffirait d’octroyer à chaque témoignage la place qui lui revenait.

Fidèle à une tradition littéraire et baroque, elle collecta de précieux indices et pensa qu’en se dépêchant elle aurait des chances de trouver l’enfant vivant.

Elle fit halte dans une chaumière qui lui servait de point de repli, se changea, troquant sa tenue extravagante contre une salopette campagnarde et des chaussures de marche. Les cheveux noués sous un fichu de bergère, elle partit en direction d’un château où devait être retenu l’enfant selon les témoignages recueillis au cours de sa route.

On cherchait une plongeuse en vaisselle fine dans ce château digne de Barbe Bleue. Elle postula, se livra avec excellence à un essai et reçut le tablier adéquat à cette fonction ô combien périlleuse car, dans ses mains, de la porcelaine fine et de l’argenterie sans oublier des verres de cristal devaient retrouver leur éclat.

Comme dans toutes les grandes maisons, la cuisine bruissait comme une ruche, chacun se trouvant à sa place pour parfaire le service gourmand et raffiné élaboré par un grand chef, Alexandre de Malestroit, breton auréolé de prix nationaux, dont celui de l’aumônière garnie qui satisfaisait les gourmets les plus pointilleux régnait  sur des brigades aguerries avec charme, courtoisie et exigence du meilleur.

Lors de sa présentation, Fleur de bruyère avait opté pour le nom de Flora et c’est sous cette identité que l’on s’adressait à elle.

Sa supérieure, grand officier en vaisselle fine lui recommandait sans cesse de faire attention à la vaisselle qu’elle devait rendre étincelante : «  Que rien n’attire l’œil des habitants du château de manière défavorable car je suis habituée aux compliments » lui disait-elle sans relâche.

Un soir, le chef l’enlaça sans autre forme de procès en lui murmurant des mots doux : «  Ma petite Flora, si tu te glisses sous mon édredon de plumes d’oie brodé de canards et de fleurs de nénuphar, tu auras vite de la promotion ». Interdite, Fleur de bruyère ne savait comment se débarrasser de l’importun mais fort heureusement, Dame Angélique, sa supérieure avait oublié son parapluie et elle surgit dans l’office à point nommé.

Le chef bredouilla de vagues excuses et s’en fut, tout contrit.

Dame Angélique n’était pas dupe de son manège, elle adressa un clin d’œil complice à Flora et lui proposa de la raccompagner dans sa chambre.

En chemin, elle lui confia qu’elle avait choisi le prétexte du parapluie, nullement oublié car elle connaissait les petits travers du chef. «  Je l’avais vu traîner dans sa cuisine alors que tout était terminé et rangé, c’est pourquoi je l’ai soupçonné de vouloir courir le guilledou car il n’a de cesse d’accrocher les rubans d’une nouvelle conquête au pommeau de sa canne d’argent ».

Flora remercia sa supérieure avec effusion car on ne chasse pas un grand chef sans y mettre les formes.

«  Dorénavant ne restez jamais seule et si vous n’avez pas terminé votre ouvrage, placez ces porcelaines, cristaux et argenterie dans une petite armoire dont je vous confie la clef » lui dit-elle en guise de conseil .

Flora la remercia avec effusion et lui demanda, à brûle pourpoint, s’il n’y avait pas d’autre  secret qu’elle eût à connaître.

Dame Angélique l’assura qu’il n’en était rien et Flora s’enhardit jusqu’à lui demander s’il n’y avait pas d’enfant au château.

Sa supérieure hésita puis lui confia sous le sceau de la confidence qu’un petit garçon était arrivé récemment au château et qu’il logeait auprès du régisseur du domaine.

Nul ne l’avait vu et des serviteurs triés sur le volet s’occupaient de son train de vie : il était nourri et logé comme un prince si bien que l’on se demandait s’il n’en était pas un.

Flora, heureuse de voir sa piste se confirmer et ravie de savoir que l’enfant était encore en vie, parla de la douceur du soir pour ne pas paraître trop curieuse puis les deux dames se quittèrent en s’adressant des adieux chaleureux.

Les jours suivants, Flora prit garde à ne pas rester en tête à tête avec le chef mais un soir, ce dernier lui donna un ordre auquel elle ne put se soustraire : «  Ma petite Flora, demain soir j’aurai besoin de votre service exclusif car je dois cuisiner pour un hôte peu ordinaire, en l’occurrence, un enfant et vos conseils me seront utiles dans la mesure où vous êtes ici la représentante du monde de l’innocence et de l’enfance par votre jeunesse et votre beauté. Demain dans la matinée, vous laisserez votre poste à la vaisselle fine et vous me rejoindrez dans mon laboratoire de cuisine pour choisir et cuisiner les plats appropriés ».

Le cœur battant, après avoir sollicité de Dame Angélique l’autorisation de quitter son poste habituel, ce qui lui fut accordé, Flora se dirigea vers le laboratoire personnel d’Alexandre de Malestroit.

Ce dernier était plongé dans un livre de recettes illustrées et cochait celles qui lui semblaient les plus gourmandes et les plus audacieuses.

Un Vol au vent de crevettes à la nage baignant dans une sauce Aurore avec un émincé de champignons ouvrait la marche de subtiles préparations dont chacune était un enchantement des yeux et certainement des papilles.

Flora retint une farandole de légumes joliment taillés, poire de terre, potimarron, chou rouge ou panais fleurant bon la noisette ainsi que des suprêmes de poulet.

Elle tailla les légumes, les ciselant avec amour et elle sentait parfois sur sa nuque le souffle chaud du chef qui ressentait un désir charnel à son endroit.

Il s’essuyait du revers de la serviette brodée à ses initiales dont il se servait pour parader à la fin du service et n’y tenant plus, il entraîna celle dont il voulait faire sa dernière conquête dans le garde –manger des mets les plus raffinés qui étaient constamment à sa disposition pour ses hôtes les plus délicats.

 

 

 

 

jeudi 10 février 2022

Fleur de bruyère ( suite)

 



Drapée dans son fourreau de soie bouton d’or protégé par une cape en satin gorge de pigeon, une loupe à la main et un monocle rivé sur l’œil droit, Fleur de bruyère s’en fut par les chemins à la recherche d’un indice lui permettant de trouver la piste d’un enfant perdu, Emmanuel, dix ans.

Elle aimait apparaître aux yeux de tous sous l’apparence d’une jeune femme excentrique car ainsi, pensait-elle, personne ne lui accorderait trop d’importance et de cette manière, on parlerait sans retenue et il lui suffirait d’octroyer à chaque témoignage la place qui lui revenait.

Fidèle à une tradition littéraire et baroque, elle collecta de précieux indices et pensa qu’en se dépêchant elle aurait des chances de trouver l’enfant vivant.

Elle fit halte dans une chaumière qui lui servait de point de repli, se changea, troquant sa tenue extravagante contre une salopette campagnarde et des chaussures de marche. Les cheveux noués sous un fichu de bergère, elle partit en direction d’un château où devait être retenu l’enfant selon les témoignages recueillis au cours de sa route.

On cherchait une plongeuse en vaisselle fine dans ce château digne de Barbe Bleue. Elle postula, se livra avec excellence à un essai et reçut le tablier adéquat à cette fonction ô combien périlleuse car, dans ses mains, de la porcelaine fine et de l’argenterie sans oublier des verres de cristal devaient retrouver leur éclat.

Comme dans toutes les grandes maisons, la cuisine bruissait comme une ruche, chacun se trouvant à sa place pour parfaire le service gourmand et raffiné élaboré par un grand chef, Alexandre de Malestroit, breton auréolé de prix nationaux, dont celui de l’aumônière garnie qui satisfaisait les gourmets les plus pointilleux régnait  sur des brigades aguerries avec charme, courtoisie et exigence du meilleur.

Lors de sa présentation, Fleur de bruyère avait opté pour le nom de Flora et c’est sous cette identité que l’on s’adressait à elle.

Sa supérieure, grand officier en vaisselle fine lui recommandait sans cesse de faire attention à la vaisselle qu’elle devait rendre étincelante : «  Que rien n’attire l’œil des habitants du château de manière défavorable car je suis habituée aux compliments » lui disait-elle sans relâche.

Un soir, le chef l’enlaça sans autre forme de procès en lui murmurant des mots doux : «  Ma petite Flora, si tu te glisses sous mon édredon de plumes d’oie brodé de canards et de fleurs de nénuphar, tu auras vite de la promotion ». Interdite, Fleur de bruyère ne savait comment se débarrasser de l’importun mais fort heureusement, Dame Angélique, sa supérieure avait oublié son parapluie et elle surgit dans l’office à point nommé.

Le chef bredouilla de vagues excuses et s’en fut, tout contrit.

Dame Angélique n’était pas dupe de son manège, elle adressa un clin d’œil complice à Flora et lui proposa de la raccompagner dans sa chambre.

En chemin, elle lui confia qu’elle avait choisi le prétexte du parapluie, nullement oublié car elle connaissait les petits travers du chef. «  Je l’avais vu traîner dans sa cuisine alors que tout était terminé et rangé, c’est pourquoi je l’ai soupçonné de vouloir courir le guilledou car il n’a de cesse d’accrocher les rubans d’une nouvelle conquête au pommeau de sa canne d’argent ».

Flora remercia sa supérieure avec effusion car on ne chasse pas un grand chef sans y mettre les formes.

«  Dorénavant ne restez jamais seule et si vous n’avez pas terminé votre ouvrage, placez ces porcelaines, cristaux et argenterie dans une petite armoire dont je vous confie la clef » lui dit-elle en guise de conseil .

Flora la remercia avec effusion et lui demanda, à brûle pourpoint, s’il n’y avait pas d’autre  secret qu’elle eût à connaître.

Dame Angélique l’assura qu’il n’en était rien et Flora s’enhardit jusqu’à lui demander s’il n’y avait pas d’enfant au château.

Sa supérieure hésita puis lui confia sous le sceau de la confidence qu’un petit garçon était arrivé récemment au château et qu’il logeait auprès du régisseur du domaine.

Nul ne l’avait vu et des serviteurs triés sur le volet s’occupaient de son train de vie : il était nourri et logé comme un prince si bien que l’on se demandait s’il n’en était pas un.

Flora, heureuse de voir sa piste se confirmer et ravie de savoir que l’enfant était encore en vie, parla de la douceur du soir pour ne pas paraître trop curieuse puis les deux dames se quittèrent en s’adressant des adieux chaleureux.

 

mercredi 9 février 2022

Fleur de bruyère

 



Drapée dans son fourreau de soie bouton d’or protégé par une cape en satin gorge de pigeon, une loupe à la main et un monocle rivé sur l’œil droit, Fleur de bruyère s’en fut par les chemins à la recherche d’un indice lui permettant de trouver la piste d’un enfant perdu, Emmanuel, dix ans.

Elle aimait apparaître aux yeux de tous sous l’apparence d’une jeune femme excentrique car ainsi, pensait-elle, personne ne lui accorderait trop d’importance et de cette manière, on parlerait sans retenue et il lui suffirait d’octroyer à chaque témoignage la place qui lui revenait.

Fidèle à une tradition littéraire et baroque, elle collecta de précieux indices et pensa qu’en se dépêchant elle aurait des chances de trouver l’enfant vivant.

Elle fit halte dans une chaumière qui lui servait de point de repli, se changea, troquant sa tenue extravagante contre une salopette campagnarde et des chaussures de marche. Les cheveux noués sous un fichu de bergère, elle partit en direction d’un château où devait être retenu l’enfant selon les témoignages recueillis au cours de sa route.

On cherchait une plongeuse en vaisselle fine dans ce château digne de Barbe Bleue. Elle postula, se livra avec excellence à un essai et reçut le tablier adéquat à cette fonction ô combien périlleuse car, dans ses mains, de la porcelaine fine et de l’argenterie sans oublier des verres de cristal devaient retrouver leur éclat.

Comme dans toutes les grandes maisons, la cuisine bruissait comme une ruche, chacun se trouvant à sa place pour parfaire le service gourmand et raffiné élaboré par un grand chef, Alexandre de Malestroit, breton auréolé de prix nationaux, dont celui de l’aumônière garnie qui satisfaisait les gourmets les plus pointilleux régnait  sur des brigades aguerries avec charme, courtoisie et exigence du meilleur.

lundi 7 février 2022

Une muse endormie

 



Bottée de cuir souple bois de rose, juchée sur une pimpante Harley bleu turquoise, la muse de Johnny pressait sur son cœur une guitare endormie.

Quand reviendrait-il, le maître de l’amour ?

Celui qui emballait les foules jusqu’aux portes de la mort, déployant une énergie de feu et chantant avec une ferveur jamais égalée, laissait dans son sillage des paillettes d’amour.

Toutes ces paillettes formèrent une chaîne blonde rappelant la couleur des cheveux de Johnny.

Des étoiles d’un bleu profond semblaient être le reflet de ses beaux yeux s’ouvrant avec éclat sur le miroir de son âme prodigieuse, ses fans, formant un cœur de leurs doigts entrelacés.

La muse de Johnny s’en alla sur la Harley d’azur profond et s’enfonça dans les nuages pour ramener celui que tout le monde attendait, Johnny au cœur d’or clouté d’amour.

dimanche 30 janvier 2022

Les bottes de Johnny

 



Johnny a chaussé ses bottes de rêve, fait craquer les jointures de ses longs doigts et s’en est allé, guitare à la main, vers l’étang chimérique chanté par Léo Ferré et Jacques Douai.

Sur les berges habitées par les fées, ses fidèles l’attendent sous la lune.

Éric, Guylène, Françoise, Christine, Laurent, Jacqueline, Emmanuelle  fredonnent les grands airs des chansons qui ont façonné et accompagné leur vie, faisant parfois éclore d’immortelles amours.

Des anges distribuent des pétales de cerisier, signes annonciateurs du printemps, des cristaux d’amour et des cœurs en pâte d’amande pour faire patienter les adeptes du rock éternel.

Johnny arrive sur un char fluvial tracté par des cygnes blancs et noirs et il entonne, à son arrivée, Noir c’est noir dans un halo de confettis et de roses d’or.

Comme toujours, le concert fut fabuleux et lorsque la dernière note éclata au milieu de lance-flammes orange, chacun essuya une larme qui devint une perle irisée, gage de passion et d’éternité.

Les fervents amis de Johnny se dispersèrent après avoir chanté en chœur les plus belles chansons de leur jeunesse ardente, emportant avec la perle, l’étoile dorée de l’amour.

samedi 29 janvier 2022

Le royaume des Justes

Je ne doute pas un instant que tu sois à présent dans le royaume des Justes car tu l’as cent fois mérité, trouvant toujours l’énergie nécessaire pour donner à tes proches ce qu’ils souhaitaient le plus, passant de la danse à la poésie et multipliant les actes d’amour envers tes enfants chéris.

Tu ne ménageais pas ta peine et tu accompagnais chacun dans toutes ses démarches, même les plus insensées ou complexes, ignorant en grand Seigneur tes propres intérêts et négligeant ton ascension personnelle au risque d’y laisser un souffle de ta vie, déjà si riche en rebondissements et difficiles Everest.

Je t’imagine dans ce vert paradis où se trouvent les Justes, rajeuni, mobile et dynamique comme au plus beau temps de ton adolescence.

Tu cherches du regard ton Eurydice et tu ne la trouves pas, ce qui projette sur ton bonheur retrouvé une ombre violette.

Sache que ton Eurydice ne t’a pas oublié et qu’elle attend le moment propice pour te retrouver afin que, de nouveau, nous puissions marcher au pas d’amble de nos chevaux des amours éternelles.

dimanche 2 janvier 2022

Concert de Nouvel An à Paris

 

Afin de renouer avec la splendeur du passé, le président ordonna que se tienne à Paris, dans un lieu mythique, l’Olympia, un concert pour fêter le Nouvel An, à la française.

Johnny fit une entrée triomphale, sous forme d’hologramme, entouré de ses enfants, David, Laura, Jade et Joy et il entonna l’hymne à l’amour.

Yvan Cassar dirigeait son orchestre avec son inégalable maestria et ce furent des minutes enchanteresses face à un public fervent auquel s’ajoutaient des personnalités venues du monde entier pour rendre hommage à un monstre sacré du rock et du blues, injustement ignoré.

Gabrielle, Requiem pour un fou, Le Pénitencier, Noir c’est noir, L’idole des jeunes, Allumer le feu se succédèrent avec des décors sublimes inspirés par l’Art Déco et la Belle Epoque.

L’hologramme de Mouloudji fit son apparition pour chanter La Complainte de la Butte.

Des vendeurs de limonade et de sucreries offrirent un moment gourmand à l’entracte.

La seconde partie se déroula dans un décor du Moulin Rouge et elle fit la part belle aux créations de Jacques Offenbach.

Un ballet reconstituant la grande époque de La Goulue, avec des tableaux de Toulouse-Lautrec plongea le public dans un rêve ininterrompu.

Après la prestation applaudie de Valentin le Désossé, Marie-Claude Pietragalla fit une apparition remarquée en dansant sur un menuet de Lulli.

Arborant un costume de Roi Soleil, Johnny clôtura ce spectacle français en interprétant le Rondo Brésilien, si bien chanté jadis par Dario Moreno et jamais repris en solo.

Empli de ferveur et de nostalgie, le public se sépara en chantant un vibrant Adieu Johnny et A l’Année Prochaine sur un air célèbre de Louis Armstrong, Old Man River et chacun se promit de revenir l’année suivante pour un concert magique, à Paris, la ville des merveilles !