dimanche 24 novembre 2019

Horizons nouveaux


Horizons nouveaux
Ophélia grandissait en beauté et en sagesse, suscitant l’admiration de tous.
Elle aimait nager dans les rivières du domaine et sortait de l’onde comme une divinité aquatique.
Un jour, alors qu’elle émergeait des roseaux et revêtait sa tenue vestimentaire de jeune châtelaine, s’enveloppant d’une grande pèlerine de laine pour ne pas subir un refroidissement, elle croisa le regard d’un chevalier qui semblait foudroyé par sa beauté.
Alban de Belletoise descendit de cheval et s’inclina devant elle avec respect et ferveur.
Il confia sa monture Etoile du Nord à son valet et chemina auprès de la jeune fille sous le prétexte que les routes n’étaient pas toujours sûres.
Ils arrivèrent ainsi au château de Beauregard où le chevalier fut présenté à Florian et Ondine, les parents de la jeune fille.
Alban de Belletoise était le fils d’un noble seigneur dont les exploits guerriers faisaient l’objet de chansons de geste tant ils étaient fabuleux. C’est pourquoi il fut reçu avec toute la déférence due à sa parenté.
Par ailleurs c’était un jeune homme charmant dont la conversation était si plaisante que personne ne vit le temps filer.
Florian lui fit préparer une chambre d’hôte et l’on se préoccupa du valet d’épée et des chevaux.
La soirée fut des plus agréables car les cuisinières avaient fait montre de tout leur savoir et des plats savoureux se succédèrent au rythme des heures.
Tandis que se nouait une idylle entre la belle Ophélia et le charmant Alban de Belletoise, Laura, l’une des châtelaines les plus remarquées par les princes et les chevaliers des environs, mit un terme à tous leurs espoirs en faisant savoir haut et fort qu’elle avait décidé de consacrer sa vie au rude métier des armes.
On essaya de l’en dissuader, en vain ! 
« Il faut bien que quelqu’un soit l’âme guerrière du château » dit-elle et elle commanda un équipement complet au forgeron de Brocéliande.
Sa cuirasse impressionnait par sa beauté et que dire de ses armes et de son bouclier si ce n’est qu’ils étaient le reflet de son âme guerrière ?
Elle s’entrainait consciencieusement chaque jour et chacun l’admirait pour son courage et son adresse.
Louis, Armand, Esther et Obin trouvèrent tous leur destin et des mariages se succédèrent au château pour se terminer par celui d’Ophélia et Alban.
Chacun fut soulagé de savoir que le château de Beauregard serait défendu par une reine guerrière, Laura à l’épée étincelante, joliment nommée Gaillarde.
Les jours passèrent et chacun se livra à ses occupations favorites, s’attendant à ce que de nouvelles aventures réveillent le château.

La guitare endormie


La guitare endormie
Dans un bosquet de saules, une guitare attendait le retour de son prince, le Django Reinhardt blond, aux yeux bleus et au sourire étincelant, Johnny, l’âme ardente de celles et ceux qui guettent l’amour fou, en vain.
Il chantait l’amour fou avec ferveur mais en son cœur, il restait l’enfant qui voit s’envoler son ballon rouge, celui que l’on se passe d’un couple à l’autre pour l’élever et qui doit chanter, danser, pour prouver qu’il est digne d’être aimé.
Johnny aux yeux d’azur, tu es l’infatigable chercheur d’or, celui que l’on aime pour toujours puisque tu es à notre image, rejeté et aimé à la fois, à l’aune de la fantaisie de ceux qui cherchent désespérément les portes de l’espoir.

samedi 23 novembre 2019

La reine des mésanges


La reine des mésanges
Blottie dans sa calèche en roseaux tressés, dans son habitacle en duvet de cygnes, drivé par des oies cendrées, la reine des mésanges parcourait des lieues, à la recherche de ses compagnes pour organiser un bal mémorable à l’approche des fêtes de fin d’année.
En observant le paysage qui se déroulait sous ses yeux, elle jeta le dévolu sur une belle clairière bordée de houx.
De retour dans ses domaines, elle mit tout en œuvre pour que l’on fabrique la plus belle salle de bal que l’on n’ait jamais vue.
Un abri de cristal de roche protégea une piste de bal si belle que chacun s’extasia en arrivant.
Les violonistes attaquèrent un air gai et les couples se formèrent pour danser.
Un prince couronné enlaça une danseuse aux yeux de saphir et ouvrit le bal.
La reine était assise dans un fauteuil de jade et aimait regarder le spectacle merveilleux qui se déroulait au son de l’archet magique.
Des couples sirotaient des boissons qui étaient offertes aux danseurs assoiffés.
Les conversations allaient bon train. Parmi les rires étouffés et les anecdotes, des inquiétudes naissaient à l’approche des tempêtes qui laissaient des traces de désolation dans les campagnes.
Des nids avaient été balayés et chacun se demandait ce qui allait advenir avec ces pluies diluviennes qui s’abattaient sans relâche sur les champs et les bois.
« Nous avons un peu de répit grâce à ce bal » dit une fauvette, « profitons de ce bon moment et espérons que les tornades et autres malheurs cesseront de ravager le monde ».
La danse reprit et chacun en profita pour trouver le bon tempo qui contribuerait à enrayer les désastres qui inquiétaient tous les habitants de la terre, conscients de la fragilité de ce monde qui avait été offert sous réserve de bien le gérer et de l’aimer.
Le bal se termina sur une note d’espoir et chacun regagna son foyer, se promettant d’organiser à son tour le plus beau bal de l’amour.
La reine des mésanges félicita l’architecte qui avait conçu l’espace festif et décida de le conserver en souvenir de tous ces bons moments qui avaient été partagés par tous.
Chaque participant reçut une récompense et l’on espéra à nouveau que l’arc-en-ciel du bonheur illumine le ciel de sa féerie.


jeudi 14 novembre 2019

À la grâce de Dieu


Immortel comme son âme, éblouissant, authentique et chaleureux, le sourire d’Anne-Marie flotte en notre cœur, répandant les pétales parfumés du souvenir.
Jamais prénom ne fut aussi bien porté, associant les noms de la filiation divine du Christ.
Elle aimait ce qui était juste, déterminée et efficace dans ses actions toujours réfléchies.
Son élégance était à l’aune de sa pensée et elle allait de l’avant, surmontant les difficultés avec l’assurance d’une combattante, décidée à venir à bout de l’adversité.
Nous t’accompagnons avec toute la force de notre amour jusqu’aux portes de l’éternité, chère âme et nous conservons l’éclat de ton sourire qui illuminera les dernières roses de nos vies.

dimanche 10 novembre 2019

La légende noire


La légende noire
La naissance d’Ophélia fut saluée comme un événement quasi merveilleux. Florian était très fier d’avoir pu engendrer une telle beauté et son épouse Ondine frémissait de bonheur, retrouvant ainsi une seconde jeunesse.
Aubépin s’extasiait devant sa petite sœur et il se jura de la protéger jusqu’à son dernier souffle. C’est pourquoi il commanda au forgeron de Brocéliande des armes capables de défier tout ennemi qui voudrait s’en prendre au château et à ses habitants.
Il lui demanda d’incorporer à l’acier de l’épée quelques orchidées cueillies dans la clairière où ses parents s’étaient rencontrés afin de lui donner des pouvoirs supérieurs qui devraient contribuer à terrasser  l’ennemi et surtout le dissuader de livrer un inutile combat.
L’épée était si belle que chacun se recueillit devant une telle arme digne d’un prince.
Ondine fit incruster des rubis sur la garde de l’épée qui renvoya de tels éclats qu’on la nomma Précieuse sans hésiter.
Quant au bouclier, il était de belle facture et s’ornait de fleurs sculptées entrelacées.
Espérant ne pas avoir à utiliser ces armes, Aubépin reprit ses études florales avec assiduité et enthousiasme.
Cependant, dans les environs, une rumeur se propagea, devenant légende, légende noire pour la préciser tant la terreur régnait parmi les habitants.
Un certain Dragan était à la tête d’une colonne de pillards aguerris qui ne reculaient devant aucun combat, préférant avant tout, s’en prendre aux plus démunis sur le plan guerrier.
Aubépin réfléchissait à l’action qu’il convenait de mener pour éradiquer ce mal venu du diable quand une troupe osa se présenter au château avec un meneur qui harangua les habitants en les défiant de se présenter face à elle.
Il ne faut pas écouter ces beaux parleurs dit Aubépin : ils songent à nous attirer dans un traquenard.
Chacun s’efforça de vivre comme à l’accoutumée et l’on fit le compte des vivres qui permettaient de subsister jusqu’au printemps.
Le dénouement fut inattendu car des émissaires venus de la cour arrivèrent au château et prirent les brigands à revers.
Dragan fut arrêté. Il eut droit à un procès et ne trouva rien à dire pour sa défense si ce n’est qu’il trouvait inadmissible que des personnes vivent bien tandis qu’ailleurs il fallait lutter pour vivre.
On lui rétorqua qu’il s’en était pris à de pauvres gens sans sourciller.
Piteux et déconfit, Dragan écouta la sentence : il échappait à la mort en dépit du sang qu’il avait sur les mains mais il fut envoyé dans des mines où il utiliserait sa force au service du royaume.
Heureux d’une issue qui convenait à ses principes, Aubépin reprit ses chères études et la vie au château redevint douce, comme à l’accoutumée.
On se raconta les épisodes de la légende noire dans les chaumières et les enfants se couchèrent après avoir promis de ne pas vouloir ressembler à l’abominable Dragan qui avait semé la terreur dans leur terroir où régnait la paix, symbolisée par les fleurs.