lundi 30 mars 2026

Vole, vole, petit oiseau

 

 


Comme il était mignon, notre petit Eloan, lorsqu’il chantait en la mimant une comptine apprise en maternelle «  Vole, vole, petit oiseau » !

Papa, devenu plus tard Papounet d’amour avait la primeur de ce spectacle sans cesse revu puisque mon petit fils avait le souci de la perfection.

Mamie composait des hymnes qu’elle chantait avec ardeur. L’un des refrains était «  Je suis Eloan le magnifique ! Hurrah ». Eloan chantait ce refrain à tue-tête lors de ses balades à bicyclette en compagnie de Papa et ses Hurrah n’avaient rien à envier aux Cosaques, grands seigneurs de guerre.

Il aimait se promener avec Papi et l’une de ses dernières escapades eut lieu à Marquèze.

Ce célèbre musée à ciel ouvert offre aux touristes un aperçu de la vie menée dans les Landes autrefois.

Maison à colombages meublée à l’ancienne, échassiers, chevaux, moulin et four à bois d’où l’on sort du pain et des pastis fleurant bon l’anis ou la fleur d’oranger racontent l’histoire de ce terroir resté longtemps dans son état initial restauré par Napoléon III.

Ce qui passionnait avant tout Eloan, c’est le petit train qui conduisait les amoureux des lieux d’un point à un autre.

Marquèze était son royaume d’où l’on rapportait mille et un trésors comme un tabouret en forme de champignon qui trône dans notre salle à manger.

Malheureusement, dans les contes de fées, il y a souvent une fée Carabosse qui s’acharne sur un prince ou une personne innocente pour le plaisir de jeter un sort maléfique.

Il y en eut une qui s’en prit au maître de maison, Papi, si généreux et prévenant envers son petit-fils.

Une toux diabolique l’emporta et le petit prince de la maison ne revit son Papi que sur son lit de mort.

Vêtu de noir, il assista aux obsèques qui se déroulèrent dans la chapelle de Notre Dame des Cyclistes, à 500 mètres de la maison.

Il accompagna Mamie dans le chœur en disant un texte à deux voix composé pour cette funeste occasion par la conteuse familiale afin de redire une fois de plus à Papi qu’on serait toujours auprès de lui par la pensée.

Le vent a emporté les rêves d’Eloan et sa croyance en la féerie.

Lors de ses promenades, il rapportait une fleur ou une plume d’oiseau trouvés dans les chemins pour Mamie qui les enserrait dans ses carnets d’écriture en guise de porte-bonheur.

Petit à petit, ces gestes ont disparu et dorénavant, il s’enveloppe dans une houppelande pour s’enfermer dans un monde virtuel dont nous sommes exclus.

Espérons que les roses de Noël lui rendront un peu de cette magie nécessaire au bonheur familial !

Le prince Volodia

 


Le panier de Dorothée s’emplissait des trésors de la nature contenus dans le petit bois. Outre les produits habituels, fleurs, champignons et fruits des bois, elle découvrit un parterre de cœurs de feu s’apparentant à des rubis.

Eblouie par tant de beauté, elle fit halte sur un banc de bois près d’une fontaine fréquentée par des oiseaux. Elle ferma les yeux, écoutant la symphonie résultant des murmures de l’eau et du chant des oiseaux.

Elle sentit la caresse du vent et crut à un moment que l’on effleurait son front d’un baiser délicat. Elle ouvrit les yeux et rencontra le saphir d’un regard princier : un jeune homme vêtu de soie bleue et chaussé de mocassins dans la tradition indienne, ses cheveux tressés de perles blondes se tenait devant elle, souriant de manière enjôleuse.

« Permettez-moi de me présenter, belle Dorothée : je suis le prince Volodia et je viens des bords de la Volga pour rencontrer celle que l’on présente dans toute l’ Europe comme la descendante de la Belle chantée par les conteurs.

Je vous demande l’hospitalité car j’ai beaucoup marché ».

Le prince prit le panier de Dorothée, y  glissa une parure en saphirs et emboîta le pas à son hôtesse.

Le feu de cheminée avait été entretenu par Aude, la dame de compagnie de Dorothée. Les deux femmes placèrent dans le chaudron qui pendait à la crémaillère les délices du jour nettoyés et coupés en morceaux, champignons, herbes odorantes, fruits secs, ajoutant à l’ensemble forestier un morceau de viande séchée conservée dans le saloir.

Tandis que la soupe mijotait à petits bouillons, les deux femmes s’éclipsèrent pour revêtir une robe d’apparat digne de leur visiteur.

Volodia s’était assis dans le fauteuil paon et un instant, Dorothée eut l’impression que son paon bien aimé était de retour.

Joliment vêtues de robes de satin turquoise, elles dressèrent la table et préparèrent un entremets pour la conclusion du repas.

Volodia sortit de son sac de voyage un pot de caviar, du saumon fumé et des palets au beurre caramélisés. Dorothée fouetta des œufs pour en faire une omelette fourrée aux dés de fromage et l’on se mit en devoir de goûter ces plats issus des terroirs.

On mangea en silence afin d’apprécier chaque bouchée.

Aude servit les amants qui burent de l’eau aromatisée aux fruits des bois.

Volodia sortit de sa musette une flûte de Pan et il en joua avec tant de dextérité et d’émotion que Dorothée laissa couler ses larmes.

La voix caressante du prince la ramena sur terre :

«  Douce aimée, votre trouble est la réponse à ma question, acceptez-vous de m’épouser ? Je sais que vous avez aimé un paon et que vous avez déposé un baiser sur son aigrette. Ne le pleurez plus car il est devant vous. Par ce baiser, vous avez brisé le sortilège qui me retenait prisonnier sous l’apparence de ce bel oiseau. Vous avez aimé un paon, le voilà devant vous sous la forme initiale et définitive d’un prince qui sera , je l’espère, votre prince charmant ».

Dorothée tomba aux genoux de son prince qui la releva prestement pour l’enlacer tendrement et la couvrir de baisers.

Aude prépara la chambre d’amour et sema la courtepointe de pétales de roses puis elle s’éclipsa, laissant les amants goûter les délices de la passion.

dimanche 29 mars 2026

Le dauphin

 



«  Je suis le dauphin de la place Dauphine

Et la place Blanche a mauvaise mine

Les camions sont pleins de lait

Les balayeurs sont pleins de balais

Il est cinq heures

Paris s’éveille

Paris s’éveille ».

Sautant à cloche-pied  dans les rues de Paris, Vincent croisa des dames blanches qui voulurent garder secret leur destin, des romanciers en mal d’écriture  et des mondains stigmatisés par des libations généreuses.

«  Les banlieusards sont dans les gares

A la Villette on tranche le lard

Paris by Night, regagne les cars

Les boulangers font des bâtards

Il est cinq heures

Paris s’éveille

Paris s’éveille”.

En fredonnant la chute de la chanson

«  Je n’ai pas sommeil »

Vincent invita une belle rêveuse à l’accompagner dans un bar de nuit où ils dégustèrent les délices gourmands de la maison autour d’une cervoise Lancelot et commencèrent une journée romancée.