Dans un petit village situé au cœur de Brocéliande, la légendaire forêt fréquentée par les fées, l’enchanteur Merlin et les korrigans, vivait une jeune fille prénommée Lise dont le talent et la beauté faisaient rêver les jeunes gens du domaine forestier.
Chacun se voyait en Tristan ou en Lancelot avec une destinée plus souriante mais Lise semblait insensible au charme masculin.
En vérité, elle baignait dans un imaginaire Arthurien qu’elle transposait dans ses tableaux, ses romans et ses créations en orfèvrerie ainsi que dans des tenues d’apparat cousues main.
Sa plus belle réalisation était une coiffe en dentelle semblable à un papillon posé sur une rose éclatante de blancheur.
Ne voulant pas attendre le jour de la Sainte Catherine pour arborer une capeline ouvragée et fleurie, Lise décida de porter sa coiffe, signifiant ainsi sa volonté d’isolement passionné.
Or, un jour, alors qu’elle collectait les fruits des bois et des fleurs dont elle reproduisait les méandres soyeux dans ses créations artistiques, elle entendit, près du Miroir aux Fées et de l’Arbre d’Or, un air de harpe celtique qu’elle trouva merveilleux.
Elle aurait voulu passer inaperçue mais Yvan, le joueur de harpe, fut attiré par la délicatesse de sa coiffe.
Il s’interrompit pour la saluer et tous deux restèrent un instant sans mot dire, observant passionnément un vol de libellules célébrant sans doute un événement exceptionnel pour se déplacer en nombre.
Ils décidèrent, à la fin de la cérémonie nuptiale, de faire plus ample connaissance autour d’une bolée de cidre et d’une galette de sarrasin coiffée d’un œuf miroir.
Ils prirent place à l’ Auberge du Val sans Retour et dégustèrent ce plat typiquement breton.
Après une part de kouign amann, un petit verre de liqueur locale nommée Bouchinot et un café serré, le couple s’apprêtait à quitter l’auberge lorsque des touristes amateurs de photos leur demandèrent l’autorisation de les filmer.
L’un des portraits réalisés était si extraordinaire, reflétant l’âme de la Bretagne, que les reproducteurs connurent un succès prodigieux.
L’aubergiste la mit à la place d’honneur, attirant ainsi de nouveaux clients. On vint du Japon et de l’ Amérique, de la Chine et des pays d’Europe pour connaître l’écrin d’une telle beauté. L’Afrique et la Polynésie conclurent le cortège des admirateurs.
Chacun voulait rencontrer la jeune fille à la coiffe et le joueur de harpe celtique mais le couple avait préféré quitter un lieu sacré pour échapper à une notoriété gênante.
Ils partirent sur les chemins inédits de leur pays d’amour.
Yvan donnait un récital lors de leurs haltes dans un bourg où ils étaient inconnus.
Lise brodait au tambour et maniait les fuseaux de dentellière pour créer de nouvelles coiffes qui obtenaient un vif succès commercial.
Ils vécurent longtemps de cette manière puis, l’âge venant, ils se retirèrent dans la maison de Lise, l’engouement pour la beauté de leur couple s’étant estompé au fil du temps et ils y vécurent, tels Philémon et Baucis, jusqu’à leur départ vers les célestes sphères de Brocéliande.

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