jeudi 11 juin 2020

Belle d'amour


Belle d’amour
Fleurant bon la rose et le jasmin, Belle d’amour, ainsi nommée pour l’attirance qu’elle exerçait auprès des hommes d’un seul de ses regards, de son prénom de baptême Ninon, règne sur le cœur de son amant sans partage.
Modeste malgré cette beauté fatale dont elle aimerait se défaire, elle travaille, brode et lit sans devenir pour autant une Madame Bovary qui prendrait les romans pour la réalité et elle se réfugie dans les bras de son époux comme dans un berceau azuré où naissent les roses.
Chaque jour est marqué pour elle d’une pierre de lune mais il arriva un soir que l’époux ne rentre pas.
Elle l’attendit toute la nuit, en vain. Les jours suivants furent marqués par la même incertitude et Belle d’amour commença à avoir des gestes mécaniques, comme les marionnettes de la foire du trône.
Son travail de blanchisseuse s’en ressentit. Elle brûla quelques pièces de lingerie délicate et perdit sa place.
Comme Gervaise dans L’Assommoir, mais pour d’autres motifs, elle perdit un à un presque tous ses charmes et il ne resta bientôt de sa fabuleuse beauté qu’un souvenir accroché à l’azur de son regard.
Devenir une beauté au passé peut être difficile.
On apprend peu à peu que les sourires que l’on vous décernait n’étaient pas gratuits et qu’un abandon d’amour était demandé en retour.
Ninon était taraudée par l’incompréhensible disparition de son époux.
Elle entreprit mille et une démarches, lança même un appel désespéré dans une émission destinée au grand public mais son Édouard demeura introuvable.
Ils étaient pourtant si heureux croyait-elle.
Un jour cependant, alors qu’elle désespérait d’obtenir la moindre réponse, elle reçut une carte postée de Miami.
Édouard s’excusait mais il disait avoir rencontré le grand amour. Par ailleurs il lui souhaitait tout le bonheur qu’elle méritait.
Alors Belle d’amour au nom si mal porté à présent, se dirigea vers son village natal, Audencourt, fit faire des embellissements à la maison familiale qu’elle occupa.
Elle avait été abandonnée et Ninon se servit de ses économies pour procéder à des travaux utiles puis elle fit savoir dans le village qu’elle se tenait à la disposition de chacun pour rendre de menus services, moyennant quelques pièces ou des produits locaux en échange.
La belle Ninon devint Ninon tout court mais sa maison devint bientôt le lieu incontournable où se nouaient des amitiés et des amours naissantes.
Ninon retrouva le goût de la couture, de la broderie, de la gastronomie et elle devint même la jolie fée d’un jardin qui provoquait l’admiration de tous.
Ses chrysanthèmes, ses lys et ses rosiers étaient d’une extraordinaire beauté.
C’était un peu comme si elle avait transféré à ses plantes le charme qui s’exhalait autrefois de sa personne.
Pas une fête sans que l’on ne fasse appel à ses créations aussi bien florales que gustatives.
Puis un jour, un certain Amédée frappa à sa porte. Jeune homme, il l’avait aimée en secret mais le choix d’Édouard avait éteint ses velléités amoureuses.
Il la retrouvait enfin, libre apparemment et son amour s’était reconstitué à l’instar d’une pivoine, parfumée et radieuse.
Ninon lui fit remarquer que sa prétendue beauté s’était évanouie mais Amédée lui prouva en la prenant dans ses bras qu’il existait de multiples formes de beauté et que la plus merveilleuse venait du cœur.

mercredi 10 juin 2020

La perle noire

La perle noire
Tu es ma perle noire, ô mon bien aimé !
Lorsque je me love dans tes bras, j’ai l’impression d’être enrobée dans une douce flottaison de soie et je me laisse aller au voyage passionné qui conduit dans les vallées paradisiaques dont sont exclus les semeurs de haine.
Tu resplendis et tu illumines la mansarde dans laquelle nous nous sommes réfugiés, à la manière des héros de La Bohême.
Ton parfum d’ambre, de miel et de cannelle m’envahit et fait de moi ta poupée d’amour, la belle de tes rêves dans un paradis blanc et nous voguons sur la rivière du non-retour turquoise des amants.
Tu es ma perle noire, ô mon amour et pour toi, j’irai chercher les diamants de la rose éternelle qui s’épanouit au cœur de nos rêves.

mardi 9 juin 2020

L'oiseau de paradis


L’oiseau de paradis
En voulant éblouir la belle et volage Colombine qui, sans cesse se dérobe, prête à suivre le futile Arlequin, Pierrot part à la recherche de l’oiseau de paradis pour se munir de plumes qui l’aideront à conquérir définitivement le cœur de sa princesse aux cheveux d’or.
Il marche longtemps et de bosquets en landes fleuries ou de dunes sauvages, il finit par arriver dans une vallée peuplée d’oiseaux qui s’abreuvent dans les eaux fraîches d’une rivière argentée formant des boucles et des figures géométriques ainsi que des spirales en forme courbe qui lui rappellent le corps magistral de Colombine.
En suivant le cours de la rivière, il ramasse des plumes qu’il range soigneusement dans un sac de lin qu’il porte en bandoulière.
Soudain ; il arrive, l’oiseau de paradis, il resplendit, il orne de lumière l’azur du ciel où Pierrot se promène constamment.
On l’a surnommé Jean de la lune mais il n’en a cure puisque la conquête de Colombine est son unique objet.
Il préfère s’en remettre à l’oiseau de paradis qui semble savoir où il va.
L’oiseau est plus rapide que Pierrot mais il semble l’attendre et, à la tombée de la nuit, il le rejoint dans une hutte de roseaux.
Pierrot aimerait déguster une omelette mousseuse provenant d’œufs entrevus dans des nids mais il ne veut pas peiner son compagnon et il sort de sa besace un morceau de pain bis et un peu de fromage que l’oiseau goûtera avec délicatesse.
Des feuilles formant un bol ont reçu l’eau du ciel et ils boivent à leur soif.
Ils s’endorment et, la nuit devenant profonde, des étoiles jaillissent et se transforment en notes musicales que Pierrot aura beau jeu de déchiffrer à son retour.
Estimant, le lendemain, que sa quête est achevée, il quitte son compagnon de paradis et regagne son modeste logis pour écrire la plus belle des chansons d’amour destinée à Colombine.
Qu’importe si elle le fuit ! Il s’en trouvera bien une, jeune, jolie et douce qui aimera les romances car, en fidèle poète, il ne doute pas de son talent et sait qu’un jour, il sera heureux !

lundi 8 juin 2020

Le sourire des anges


Le sourire des anges
Venu du ciel en une arabesque divine, le sourire des anges réchauffe notre cœur.
Il est sculpté dans la pierre, peint avec délicatesse par le pinceau d’un peintre, comme le sourire ultime de la beauté du jour ou murmuré du bout de la plume du poète et lorsqu’on le regarde sous toutes ses formes, on voit s’ouvrir le paradis. L’on se prend à rêver de cet au-delà mystérieux qui n’est peut-être pas si effrayant qu’on se l’imagine.
Le sourire des anges flotte sous la voûte céleste et s’unit à la rose sublime qui jaillit de la fontaine des dieux.
La fleur souveraine jeta mille feux et devint une source lumineuse qui se répandit sur la terre, magnifiant le sourire de l’ange qui se multiplia, pulvérisant sans coup férir les ténèbres qui avaient commencé à assombrir le berceau de nos pères !

La chanson des boutons d'or


La chanson des boutons d’or
Un jour, dans un vallon, des boutons d’or formèrent une ronde et devinrent de petites fées qui dansèrent au clair de lune, offrant leur cœur éclatant à l’astre de la nuit.
Un poète passa par là et s’empara de cette beauté pour écrire une ode à la nature.
Le lendemain, le poète qui se prénommait Lawrence se réveilla aux côtés d’une jeune femme enveloppée d’un long voile de soie blanche, brodé de lys d’or.
Elle s’abandonna dans les bras du poète en lui murmurant son nom, Astrid.
Quel joli nom, ma fée, Astrid ! Tu me viens d’outre-lune et tu attends de moi que je te renvoie vers les astres qui gravitent dans le ciel, n’est-ce pas ?
Mais à part la plume que je tiens de Pierrot, je ne possède rien et je ne pourrai te satisfaire en aucune manière. Les poètes sont riches de leurs mots mais c’est là que s’arrête le prodige de leur âme.
Veux-tu que je te chante la romance des boutons d’or lui répondit la délicieuse jeune femme-fleur et sans attendre son consentement, elle chanta ces paroles de miel et de jasmin.
«  Dans le paradis éclatant où se meurent les roses, les boutons d’or parsèment la robe des élégantes de cœurs solaires et s’accrochent à la pochette des hommes en smoking qui rentrent chez eux, une femme à chaque bras.
La beauté des boutons d’or, modeste et pleine de gloire intérieure rejaillit sur les vêtements des hôtes dans les bals mondains.
Les fleurs embellissent les nattes des jeunes filles, entrelaçant les perles et les diamants de leur parure royale.
Prêtes pour le bal, les jeunes filles se chaussent d’escarpins et tâchent de ressembler à Cendrillon dans leur robe de princesse, en rêvant de rencontrer le prince de leur vie.
Les boutons d’or leur murmurent à l’oreille les paroles d’un poème échappé des Fleurs du Mal ou d’Alcools et elles en font de jolies énigmes qui s’apparentent à celles qu’aimait André Breton dans L’amour fou ou Nadja.
Alors un beau jeune homme passa par là et emporta les boutons d’or qui se mirent à swinguer en rêvant et depuis ce temps, ces jolies fleurs printanières attendent que des enfants les cueillent et les mettent sous le menton d’un ami pour lui demander : aimes-tu le beurre … »
C’est alors que Lawrence enlaça la belle Astrid et lui dit : «  J’aime le beurre ma chérie mais vois-tu j’imagine une jolie motte palpitant au cœur de ton âme pour me rendre l’amour que je te porte ».
Et les deux amants partirent à la recherche des pierres de lune qui leur donneraient l’amour éternel et ils marchèrent longtemps, jusqu’à les trouver, dans un champ fleuri de boutons d’or qui chantèrent sous la brise un hymne à l’amour victorieux.