lundi 7 novembre 2022

Extrait de roman

 


Malforza aurait pu être le plus heureux des princes si ce maudit Roitelet, charmeur à l’harmonica, n’avait pas regardé sa princesse, l’incomparable Diamant, d’un œil énamouré. La vallée qui s’étendait à l’infini recelait mille trésors. Des arbres fruitiers croulaient sous le poids de merveilles juteuses. Des arbres  à pain présageaient des jours heureux. Sur le bord de mares où circulaient poules d’eau, sarcelles et canards, des nids offraient la possibilité de se régaler de belles omelettes joufflues. Diamant était aux anges, son chevalier servant également. Cependant Malforza sentait monter en lui une haine qui promettait de ne prendre fin qu’après la mise à mort de l’insolent amoureux.

Fort heureusement, la présence inopinée d’une colline aux grottes apparentes offrit un soulagement à la douleur viscérale qui ravageait le prince. Il ordonna à ses fils qui étaient aussi des guerriers aguerris de scruter une à une ces grottes car elles pouvaient cacher des ennemis potentiels. Roitelet proposa de se joindre à l’expédition, ce qui ravit le tyran. Il prétexta les règles de la bienséance pour le placer à la tête de la colonne, se réjouissant à l’avance d’une mort rapide. De plus, Roitelet attaqua à l’harmonica un air entraînant, focalisant ainsi sur sa personne l’éventualité d’une charge guerrière. La troupe arriva sans encombre au pied de la colline et chacun se fit fort d’explorer sa grotte, respectant à la lettre les ordres du prince.

dimanche 6 novembre 2022

Richesse et pauvreté en agriculture


 Comment se situent la richesse et la pauvreté en agriculture au regard de ce qu'elles sont dans l'ensemble de la société française ? Si la moyenne du revenu total des ménages agricoles rejoint dorénavant la moyenne générale, voire la dépasse tout récemment, des mécanismes générateurs de fortes inégalités individuelles ne restent-ils pas toujours à l'œuvre ? Ou bien les problèmes de faible niveau relatif des revenus des agriculteurs sont-ils désormais derrière nous compte tenu de la diversification des activités, de l'extension des revenus du patrimoine et des transferts sociaux ? Les auteurs font le point des connaissances actuelles sur ces questions. Quelques éléments de comparaison sont donnés avec d'autres pays d'Europe ou les Etats-Unis. Tandis que la richesse d'une fraction des agriculteurs se consolide, la pauvreté agricole est encore relativement fréquente. Elle recule néanmoins, pour une large part du fait de la disparition accélérée des petites exploitations, et reste moins sévère que la pauvreté non agricole. Compte tenu de l'importance des transferts publics agricoles, ceux-ci continuent à soulever trois questions, en terme d'efficacité et de justice : celle de la fréquence, encore exceptionnellement forte, des bas revenus d'origine agricole, qui contribue à freiner l'entrée des jeunes dans la profession et oblige la collectivité à subventionner fortement l'agriculture, celle de la répartition des concours publics entre exploitations agricoles, celle de l'aide de l'Etat au financement du régime social agricole.

jeudi 3 novembre 2022

Une voiture vouée à l'immobilité

 



C’était notre voiture fétiche, celle de nos derniers beaux jours : elle devait nous servir à nos ultimes déplacements et j’aimais beaucoup m’asseoir à tes côtés pour une virée dans la campagne, sous prétexte de courses ou encore de démarches administratives ou examens médicaux.

Et puis, petit à petit, le volant t’a échappé et les yeux sérieusement endommagés, tu as dû oublier la conduite de notre carrosse d’amoureux pour t’en remettre aux chauffeurs de taxis préposés aux voyages médicaux.

Je t’ai vu revenir, les yeux protégés par des lunettes noires, pas pour « frimer » mais parce que tu subissais des pointes au laser dans tes beaux yeux émeraude étoilés de points d’or.

Aujourd’hui, après ton départ définitif de cette terre, la voiture d’amour est dehors, soigneusement lavée par tes fils et protégée par une housse.

Je peux toujours fermer les yeux et rêver que tu t’installes au volant, me priant de t’accompagner pour un dernier voyage, celui que nous rêvions de faire ensemble !

mercredi 2 novembre 2022

Un héros balzacien

 


Dans la maison du peuple qui ressemblait de plus en plus à un marigot tant les grenouilles qui s’y pressaient à l’occasion portaient toutes les couleurs, on voyait une grande diversité. De gauche à droite, les rainettes étaient rouges, vertes, roses, bleues et deux grenouilles se singularisaient en arborant une tunique bleu-marine. Et ça croassait à perte de vue, des hérons noirs apportant des nouvelles croquantes. Parfois certains s’endormaient sur les nénuphars et gobaient les mouches. C’est alors qu’apparut un héros romantique qui réveilla tout le monde et chacun reprit figure humaine et fut tenté de suivre à nouveau discours et projets.

Ce héros avait un point commun avec le baron de Nucingen, une fréquentation de la banque et on lui jetait à chaque instant cette origine comme une gifle bien qu’il ait décidé de rétablir les finances du royaume dans l’esprit de justice qui animait Tulipe d’Or, son père spirituel. Portant un prénom qui rappelait son appartenance à Dieu, il était jeune et beau et plaisait beaucoup aux habitants du royaume.

C’était un héros balzacien composite : du baron de Nucingen, il possédait l’art de la haute finance, de Lucien de Rubempré  il avait la plume poétique et la beauté et d’Eugène de Rastignac, il avait le goût de la conquête et l’ambition.

Il s’apprêtait à promulguer une loi à son image, afin de moderniser le royaume et de l’asseoir dans une perspective conquérante.

mardi 1 novembre 2022

Extrait du roman La Reine Diamant

 


Flamboyant faisait de courtes promenades aux alentours. Pensif, il lui arrivait de se pencher sur la terre cendreuse. Émiettant les particules entre ses doigts, il eut un jour l’illusion de voir couler du sang sur ses mains terreuses. Il entendit des clameurs, et crut voir l’horizon se tendre de pourpre. Bien plus, il sentit passer sur ses cheveux un vent de terreur car à n’en pas douter, il était au cœur d’une bataille. Formant le carré, une unité combattante faisait un rempart indestructible à leur reine, Diamant cuirassée de blanc. À ses côtés, son fils Ange ne cessait de crier pour la mettre en garde contre le jet ininterrompu de javelots provenant de la meute enragée de soldats à la botte d’un chevalier noir, riant et gesticulant, proférant d’ignobles menaces.  « Tu croyais que la race des Malforza[1]  était éteinte, Diamant, inutile reine vierge. Je te ferai connaître ma sexualité et tu lècheras mes bottes. Quant à l’avorton qui te sert de fils, l’orphelin venu du bout du monde pour satisfaire tes instincts maternels, je ficherai sa tête sur ma lance jusqu’à ce que les oiseaux la réduisent en poudre. À bientôt ma belle ! je te promets maints sévices pour mon grand bonheur ».

Un nuage blanc chassa cette terrible vision, laissant Flamboyant pantelant. Il regagna la chaumière en chancelant et s’empressa de prendre un bain afin de chasser ce délire hallucinatoire.

Il demeura plusieurs jours, le dos tourné à la fenêtre, craignant de revoir ce terrible épisode. Il regarda d’un autre œil ses gardiennes. Peut-être voulaient-elles tout simplement le tenir à l’abri de dangers réels ou supposés ? Il rendait fréquemment visite à Persépolis, heureux de la fraîcheur de son ami. Quand reprendraient-ils la route ? Nul ne pouvait le savoir.

Il se résolut cependant à user d’un stratagème pour se rapprocher du domaine rose. Il écrivit un billet ainsi libellé « Je me nomme Flamboyant. Mon père Griffe d’Argent m’envoie à la recherche de la reine Diamant » et l’enroula soigneusement sur l’une de ses flèches.



[1] Cf. Voir L’étoile des chevaliers

 

Bouquet Royal

 

Toutes les fleurs du monde ne te rendront pas la vie, mon chéri mais des roses fabuleuses, des fleurs d’or à pompons et des créations originales, posés sur le marbre de ta demeure apaisent notre chagrin.

Nous aimons nous recueillir près de ce lieu sacré habité par les oiseaux et les anges.

Nous faisons sonner les cloches, nous brûlons des cierges et nous prions pour que ton âme se déplace en toute liberté dans les cieux.

Tu n’as jamais aimé les attaches ou les amarres.

Tu caressais les chevaux, tu chassais la perdrix avec précision et réussite, permettant à un naturaliste d’immortaliser un faisan ou d’autres pièces de choix.

Toujours en mouvement, un objet à la main, faucille, pioche, stylo ou souris activant les écrits sur le clavier, les miens surtout qui t’ont certainement fait souffrir sans que tu te plaignes jamais.

Aujourd’hui, lorsque j’écris, il me semble que tu es à mes côtés et que tu me souffles le mot introuvable de ma recherche.

Même si de minuscules taches noircissent les pétales des fleurs choisies pour durer une petite éternité, je préfère voir sur les bouquets royaux composés pour toi, les coccinelles de l’espérance et du bon dieu.