dimanche 13 novembre 2022

Quatrième de couverture de Les Roses du Moucharabieh


« Accusée, levez-vous !

Cette terrible phrase, elle m’a poursuivie longtemps car, en l’occurrence, l’accusée, c’était moi, une enfant de dix ans ! Je me revois, blême, debout, les yeux de mes soixante camarades braqués sur ma personne, face à la terrible Madame Malinowsky, outrageusement fardée, les cheveux rouges qu’elle agitait comme la crinière d’un lion, notre professeur de Latin !

Mon crime ? J’avais emprunté la blouse de mon amie Annette car je ne trouvais pas la mienne dans le tas des blouses restantes amoncelées dans le placard où nous devions les ranger, le soir. ».

 

Dans ce livre, l’auteur raconte les éléments marquants de son enfance, relatant surtout les événements vécus au lycée dans les années cinquante et mettant en exergue l’environnement social d’une petite fille, élevée selon les critères campagnards de son village et s’élevant, à la force du poignet et surtout de la beauté des langues classiques jusqu’au professorat, avec des méandres dus à une maladie que l’on ne sait pas combattre de nos jours encore !

La chanson de Lilwen


Les larmes de la nuit m’ont nimbée de lumière et je suis partie à la recherche des sources perdues. J’ai suivi le chemin des lucioles, marchant sur la mousse pour ne pas déranger le rossignol. Lorsqu’enfin je suis arrivée au bord de la rivière, j’ai écarté les roseaux et les jacinthes sauvages pour offrir à la terre le filet d’eau pure qu’elle attendait pour renaitre et voir refleurir les vergers.

Jadis la fée Viviane m’offrit tous ses secrets. J’ai traversé les âges avec la mission d’aider les hommes à préserver le don précieux qui leur a été fait à la mort des mammouths. Mais hélas ! toute la magie de ma marraine a été impuissante face à la cupidité croissante des ingrats qu’elle avait comblés.

J’ai encore en mémoire l’odeur des blés et de la vigne ; la laine des agneaux couvre mon corps d’une cape neigeuse, chaude comme les braises où brulent les marrons. Je veux que ce monde perdu renaisse de ses cendres et que l’on retrouve la douceur des soirs d’automne, les grappes de raisin, les couleurs enfiévrées des feuilles qui tourbillonnent en annonçant les soirs de fête où l’on vibrera au son de la cornemuse.

Moi, Lilwen, la belle, celle que tout le monde vénérait pour sa beauté, je suis prête à quitter ces rives mais auparavant, je me dois de former celle qui me succèdera pour veiller sur les terriens.

Ensuite je partirai dans la barque du Roi Arthur et je rejoindrai le bel aréopage au royaume d’Avallon.

Quatrième de couverture de Les Roses rouges de Fleur-Lez-Lys

 

« Alors, mon prince, on veut connaître son avenir » ? Max fut tiré de sa rêverie par la voix rauque d’une créature à la beauté patinée et mystérieuse.
Elle agitait un semainier d’argent en parlant et son visage maquillé aux nuances rubis était mis en valeur par une coiffe surprenante, en dentelle de Caudry, insérée dans un beau madras qui s’harmonisait avec sa tenue de gitane.
« Moi, c’est plutôt le passé qui m’intéresse » répondit Max. »
Max Lambert, de retour dans son village natal de Fleur-Lez-Lys qui comprend un étang mystérieux baptisé « Mer » et une église médiévale classée, entreprend de résoudre une énigme qu’il a connue dans son enfance, l’assassinat de sa camarade de parade lors de leur communion solennelle, Élisabeth
, dont le dossier a été curieusement refermé sans que l’on appréhende la vérité ou même entreprenne  un début d’enquête.

vendredi 11 novembre 2022

Grand-Mère, héroine du quotidien durant la Première Guerre Mondiale

 


Pensée toute particulière pour ma grand mère qui dut affronter les vicissitudes de la vie, en sa qualité de femme de prisonnier. Son mari retenu en Allemagne pour gérer la ferme d'un allemand honni par les siens parce que, infirme, il n'avait pu combattre ,revint des années plus tard, au grand dam de mon père, le bambin de la photo pour qui ces années furent une parenthèse enchantée.
Grand mère quitta son village du Nord pour chercher de l'aide auprès des marraines de guerre de son mari qui résidaient à Auxerre. Après un voyage en train rocambolesque et éprouvant elle fut reçue par Suzanne et Madeleine qui l'aidèrent à trouver un logement et du travail. Grand mère qui avait obtenu tous les premiers prix à l'orphelinat où elle avait été placée qui s'exprimait et écrivait dans un Français parfait s'engagea dans une usine dite de camouflage pour nourrir ses enfants. J'imagine que pour elle ce fut une dure épreuve mais son seul amour était celui de ses enfants; Victoire, Marie ( qui mourut à près de 108 ans) et Eugène qu'elle gâta peut-être un peu trop mais qui éprouva pour sa mère un amour flamboyant.

jeudi 10 novembre 2022

La maison de poupées

 


Léa marchait à petits pas, se baissait pour éviter les buissons épineux. Elle regrettait d’avoir désobéi et de s’échapper vers le petit bois de chênes en suivant un vol d’oies sauvages.

La trouée d’une belle clairière ensoleillée lui apporta un espoir. Marchant en toute liberté, elle aperçut une jolie maison aux volets rouges ornées de cœurs en pointillés blancs. La porte était ovale et décorée de coquillages. Léa actionna le heurtoir, n’entendit pas de réponse et tourna la poignée en demandant d’une voix claire s’il y avait quelqu’un. La porte tourna sur ses gonds et s’ouvrit, découvrant une jolie pièce meublée de canapés aux couleurs gaies et fleuries et de tables rondes portant en son centre bouquets de fleurs et drageoirs de sucreries et de gâteaux miniature.

Assises çà et là, sur les divans, sur les chaises, il y avait de splendides poupées qu’on s’attendait à voir marcher et parler.

Léa en prit une avec infiniment de soin. Elle déposa un baiser sur la porcelaine froide de sa joue et ô surprise ! la poupée devint une ravissante fillette de son âge.

« Mon nom est Yasmina dit la fillette. Viens, on va jouer ! » et elle entraîna Léa près d’une boite à musique qu’elle activa. Des boules en verre mettaient en relief des danseurs et des reines dans une pluie de roses et de flocons de neige.

Un majordome quitta sa forme de pantin pour leur servir un goûter à base de crème d’amandes et de fleurs d’oranger ainsi que de petits cakes aux fruits confits. Les deux amies se régalèrent et burent de la limonade à la fraise.

Soudain un coucou sortit d’une horloge en bois et poussa cinq joyeux cris. Léa réalisa qu’il était cinq heures et qu’il était grand temps de partir. Sinon Maman serait très inquiète. Elle serra la main potelée de son amie et lui dit au revoir. Quittant la maison prestement, elle ne vit pas qu’elle était suivie par une ombre.

« Mais où étais-tu ? lui dit Maman, j’étais folle d’inquiétude. Si je te le disais, tu ne me croirais pas » répondit prudemment la petite fille.

La soirée se passa comme dans un rêve. Léa sentit le sommeil la gagner. Elle embrassa Maman et se mit prestement au lit.

Au réveil, une bonne odeur de crêpes et de gaufres flottait dans la cuisine.

Léa se précipita joyeusement pour participer au festin.

Elle fit honneur à cet excellent petit déjeuner et but du chocolat chaud à la vanille.

Lorsqu’elle eut terminé, Maman lui réserva une surprise en sortant d’une boite la poupée des Mille et une Nuits avec qui elle avait joué dans la petite maison de la clairière. Elle crut voir un clin d’œil amical sur le visage frais de la poupée. Elle courut l’installer sur le fauteuil de son enfance et décida qu’elle serait l’amie du monde féerique à qui elle raconterait les événements de sa vie.

mercredi 9 novembre 2022

La Tulipe d'or


" Après de longues années de silence et de retrait au coeur de son palais de cristal inconnu de tous, la fée Viviane se décida à se promener sur les berges du lac pour y cueillir des fleurs blanches miraculeuses qui avaient vu le jour. Ces mêmes fleurs attirèrent le regard de Kylian et il se vêtit promptement pour en faire la surprise à Nour, la dame de ses pensées. C'est ainsi qu'ils mirent la main tous les deux sur la même fleur. " Amour, aventure et légendes tissent le fil d'une tapisserie médiévale semblable à celle de la Dame à la Licorne, terreau légendaire et artistique incomparable. L'auteur a fait sienne une maxime héritée d'une idéologue qui se plongea dans l'origine des légendes épiques : " au commencement était la route ". C'est ainsi que l'on se déplace dans ce recueil mi-chevaleresque, mi-courtois, à la façon des troubadours. Si les voyages ont le plus souvent une portée onirique, le livre s'achève dans l'évocation du terroir où vit l'auteure, l'Armagnac !

mardi 8 novembre 2022

L'Accordéoneu

 

On l’appelait ainsi, l’Accordéoneu[1], depuis son arrivée à Combourg, près du château. Il venait du Nord, là où l’on prononce les mots comme s’ils étaient voilés de brume. Il était parti comme l’un de ses aïeux qui avait embarqué pour le Nouveau Monde, mais lui, Paul-Marie n’était jamais arrivé au port. Sans connaître Chateaubriand, il avait senti que c’était là qu’on l’attendait. Il avait posé son instrument à terre, un bel accordéon, et s’était mis à jouer. Bientôt il fit partie de la ville et sembla se confondre avec les hautes murailles du château. De temps à autre, il se laissait aller à conter des histoires venues tout droit de la terre pavée de son village. Il y était question d’un haut lieu des merveilles, une mare que les habitants avaient baptisée la mer. Curieuse mer, cette mare aux grenouilles où se pressaient les garnements du village avec leurs arcs et leurs flèches sculptées dans le bois souple des saules. On se bagarrait pour une bille, les yeux d’une belle ou un secret de famille.

En fermant les yeux, il revoyait celle pour qui son cœur battait à tout rompre. Elle se prénommait Annette, avait d’immenses yeux bleus et des mollets ronds. Ses pieds évitaient la corde à sauter maniée par deux camarades qui connaissaient ses penchants amoureux. Il tentait en vain d’oublier la comptine qui faisait ses délices et ses tourments. « Le palais royal est un beau quartier ; toutes les jeunes filles sont à marier. Mademoiselle Annette est la préférée de … Monsieur Christian qui veut l’épouser. Est-ce bien la vérité ? Oui, non, oui, non…. » La corde valsait de plus en plus vite et les deux camarades aux aguets faisaient en sorte qu’Annette marche sur le oui. Toute rougissante, elle donnait un baiser à l’élu qui feignait l’indifférence. Une autre variante était plus cruelle. Paul-Marie était cité en place de Christian et cette fois Annette marchait sur le non. Elle n’accordait aucun regard à celui qui était ainsi rejeté devant tous et Paul-Marie n’avait plus qu’à fuir ces lieux où il n’était pas aimé. Le lendemain, il revenait encore, espérant un miracle : que le oui triomphe et il recevait un baiser. A chaque fois, c’était le dédain et la honte. Quant au beau Christian, il aurait voulu l’étouffer, lui serrer la gorge jusqu’à ce qu’il retombe comme un pantin. Loin de s’imaginer que son fils nourrissait tant de haine, sa mère, Eva la belle le peignait avec amour. Elle le trouvait si beau avec ses boucles brunes qui tombaient en cascades sur sa peau sombre, cadeau d’un gitan de passage car la belle n’était pas regardante pour peu qu’on lui offrît de l’argent et des bijoux. Un jour, l’un de ses amants surnommé Raymond le Sarrasin tant il semblait venir d’un pays solaire, remarqua les yeux noirs désespérés du garçonnet. Il revint le lendemain, non pour sa mère dont il avait reconnu avec le talent la tendance vénale, mais pour le fils. Il lui donna un accordéon et vint chaque jour lui enseigner la manière d’en tirer des accords harmonieux. Il ne manquait pas d’apporter quelques offrandes à la mère, des œufs, des poulets, des objets d’osier dont un magnifique fauteuil où Eva se reposait avec délices.

Ces jours furent pour l’enfant les plus beaux de sa jeune vie. Vint enfin le moment où il put accompagner Raymond qui était de première force au piano du pauvre. Perles de Cristal, Roses de Picardie furent les sommets d’un répertoire qu’il enrichissait chaque jour


[1] Accordéoniste en langue Picarde

lundi 7 novembre 2022

Extrait de Bruit de bottes et Falbalas

 


« Alors mon vieux pays, nous voici encore réunis pour affronter le danger et regarder l'ennemi bien en face pour le faire reculer ! Pas de quartier pour ces félons qui s'en prennent aux enfants ! Le peuple, le peuple, le peuple ! Est-ce qu'il suffit de clamer ces mots pour qu'ils prennent corps et deviennent une entité raisonnable ? Billevesées et chienlit, voilà la triste réalité du moment ! ».

Réveillé par cette voix sépulcrale qui lui rappelait tout ce qu'il avait détesté, l'amour fou de la patrie, l'ordre planifié (comme elle l'avait agacé, sa Reine du Poitou avec son ordre juste), le président épongea son front trempé de sueur et il se rassura aussitôt en constatant qu'il se trouvait bien au château, dans un lit à sa mesure d'homme normal, le précédent aux mesures du général légendaire ayant disparu. De plus, il lui suffisait de mettre en place les diverses pièces du puzzle politique subtil pour que le royaume s'apaise.

D'excellente humeur à présent, il se leva et entama son programme salutaire des mille pas, destiné à lui donner une silhouette convenable pour prétendre à prolonger le bail au château. Il avait tant de projets pour le pays ! Pas de charge héroïque à la manière du Général mais un subtil échiquier où chaque pièce avait sa place.

Il rêvait du Échec et Mat final en sa faveur.