samedi 22 novembre 2014

Roses de Cristal





Sous la grande arche du temps, j’ai cueilli des fleurs de lune et des roses soleil mais en revenant au jour, elles se sont cristallisées en roses bijoux irradiant le bonheur d’aimer.
« Aimons encore, aimons toujours » disait le Poète et sa voix magnifique résonne toujours en nous !
Petite fleur des champs, j’aime de loin, à des années-lumière du poète universel et je sers de relais dans l’éternelle prairie bleue des songes oubliés.
Je recueille religieusement tous les pétales des roses déchues un soir de grand vent et d’orage et je les trempe dans un bain magique qui les transforme en bouquets pour les amants éperdus qui marchent enlacés ou main dans la main sur les berges d’un canal du Nord où le ciel s’emballe pour offrir les carrosses d’or de l’Amour !

La Reine combattante





Si l’on m’avait dit que je devrais à nouveau porter la cuirasse de ma jeunesse pour chasser l’ennemi infiltré dans notre royaume, je ne l’aurais pas cru.
Mais hélas ! les vents mauvais poussent dans nos villes, nos villages et nos forêts des miasmes porteurs des germes de la guerre et nous voici, comme au temps des croisades, en partance vers la reconquête d’un idéal perdu, celui de nos rêves cristallisés dans un semis de roses.
Pour mettre toutes les chances de son côté, la reine combattante fait un pèlerinage à la forêt de Brocéliande où l’esprit des chevaliers flotte dans la brume nocturne. Elle plonge son bouclier dans le miroir aux fées et la fontaine de Barenton, se dirige ensuite vers le château de Ponthus qui, uniquement pour elle, renaît de ses pierres éparses auprès du vieux hêtre, l’âme de la forêt. Elle demande au maître forgeron qui vit dans les dépendances du château d’enduire son bouclier d’une pellicule magique à base de pétales de roses d’orient et d’une glace en provenance de Russie, près du lac Baïkal.
Ainsi enduit, son bouclier reflètera l’âme de l’ennemi et les mauvais génies qui se nichent dans les replis de barbes à l’imitation des écorcheurs d’un peuple ancien adorateur des forces telluriques tomberont comme autant de serpents et de dragons dont il suffira de trancher la tête pour s’en débarrasser à tout jamais.
La reine accepte ensuite l’invitation du chevalier de Ponthus, à l’armure noire comme le jais.
Ils devisent aimablement autour d’une ronde de tourtes variées, de préparations gélifiées et de quenelles rondes cuites au bouillon.
Puis un intermède musical s’offre à eux, chants de Gérard Lomenech et harpe celtique de Nolwenn.
Ce moment de grâce passé, les desserts arrivent, portés par de jolies jeunes filles en toilettes bretonnes, des ananas surprise d’où s’échappent grains de grenades et dés de mangues avec une farandole d’amandes ou caramélisés au sucre roux.
Des hanaps de cervoise circulent à la ronde car de nombreux jeunes gens, les futurs chevaliers de la reine se sont joints à leur seigneur. Des jeunes filles de haut lignage sont également présentes à ces festivités et c’est pour elles que l’on sert en carafes des boissons aux mures, aux framboises et à l’orgeat.
La soirée se termine en un bal de bonne tenue au son des binious et de la cornemuse.
La nuit fut excellente pour la reine et les habitants du château.
Son séjour se prolongea jusqu’à ce que le maître de forge ait terminé l’ouvrage. Le bouclier resplendissait de mille feux et son revêtement inédit permettrait de distinguer l’ennemi du royaume d’un ermite à la longue barbe aux intentions pures.
Après avoir conclu un arrangement avec le seigneur de Ponthus, la reine s’en retourna dans son palais et envoya des émissaires dans tout le royaume afin qu’on lui envoie la fine fleur des guerriers. Elle exigeait notamment qu’ils soient également de fins lettrés car ce n’est pas de brutes sanguinaires dont elle avait besoin mais de nobles chevaliers capables de les combattre.
Un afflux de jeunes gens, beaux, habiles à manier les armes et compétents dans l’art des Belles Lettres renouvela les environs du palais.
Prévoyant ces arrivées, la reine avait fait construire des pavillons dotés d’écuries car la reconquête des terres perdues du royaume se ferait à cheval.
Des maîtres d’armes furent réquisitionnés et donnèrent des leçons à en perdre le souffle.
Enfin lorsque tout fut en bonne voie, la reine commanda à tous les forgerons du royaume des boucliers sur le modèle exclusif du sien et ce ne fut que martèlement, souffle de forge et coulées de lave dans un bain de roses d’orient, l’ingrédient magique qui opèrerait à la manière du bouclier de la Méduse.
Les colonnes se déployèrent alors dans tout le territoire et dès qu’un individu portant longue barbe ou arborant un regard et un sourire fuyants était en vue, l’un des soldats de la reine, après l’avoir distrait en fichant une lance au-dessus de sa tête, lui infligeait le test du bouclier. L’un de ces misérables fut vite démasqué car une nichée de vipères et de reptiles répugnants sortit de la barbe de l’ennemi du royaume. L’agresseur en devenir fut mis en cage sans ménagement, un barbier se faisant fort de raser impérativement tout système pileux en développement.
Quant aux personnes qui arboraient la barbe par coquetterie ou souci d’allégeance à Dieu, elles n’eurent aucun souci et passèrent leur chemin avec une pièce d’or octroyée par la reine pour récompenser leur loyauté.
Cette épreuve dura plusieurs mois et fut si efficace que les derniers ennemis du royaume préférèrent s’enfuir plutôt que de terminer leurs jours dans une cage.
Les félons étaient nombreux c’est pourquoi la reine, la mort dans l’âme, prit la décision de mettre fin à leurs jours car il restait à chacun, au coin de l’œil, la brillance du fanatisme.
Heureuse d’avoir rendu à son royaume toute sa beauté et son éclat, la reine rentra dans son palais et avant de se séparer de ses loyaux chevaliers, elle ordonna de grandes fêtes qui restèrent dans les mémoires comme les signes avant-coureurs de belles noces. De nombreux couples se formèrent en effet à cette occasion et ce furent des noces qui renouvelèrent la génération Brocéliande aux couleurs de la reine !     

vendredi 21 novembre 2014

Les perles de la Reine





Pour surprendre la reine au soir de Noël, les fées ont confectionné un collier très original. S’y chevauchent comme les poulains blonds de la Camargue, des boules de gui, « mimosa nordique », des larmes de rosée gélifiées, des sphères de Lalique et des perles venues des rivières oubliées dans les grottes de fées.
Puis, ce travail achevé, les fées ont eu à cœur de créer à travers le royaume des écoles d’artisanat et elles ont dispensé leur savoir pour que le génie de faire de mille riens des chefs d’œuvre authentiques ne soit pas perdu dans les méandres du temps.
Ce travail bien lancé, elles se sont ensuite attachées à la création de parfums, mêlant des senteurs épicées comme la cannelle et le safran aux fragrances de rose, de muguet et de jasmin.
Les oiseaux ont voulu être de la partie et ont apporté de tous les buissons, des écharpes de brume et des éclats de soleil. Les petites mains du royaume ont travaillé sur ces matériaux étranges, y ajoutant soie, organdi et cuir souple.
Une écharpe de dentelle épousait délicatement la décolleté et offrait à la robe ce petit rien délicat sur lequel glissait le collier qui, aux premières lueurs du jour, présenta une couleur irisée dans l’attente de l’étoile des Bergers !

jeudi 20 novembre 2014

Le message des oiseaux





Des oiseaux sont venus en délégation jusqu’à moi pour me porter un ineffable message, celui de ton amour éternel et je l’ai serré sur mon cœur jusqu’à ce qu’il s’imprime dans chaque battement d’ailes pour y former la rose de la passion.
Je brode ta chemise de soie de soleils éclatant dans les grappes de mimosas qui me donnent la force d’affronter le grand jour, moi qui vis en recluse dans mon pavillon de verre et de bois, près des bambous où bruissent étourneaux, mésanges et rossignols.
Je rêve et t’idéalise tant que tu finis par m’apparaître dans un galop de soleils nouveaux, clairs et limpides comme les clairières de notre enfance.
Je quitte enfin mon ermitage et nous partons, main dans la main vers les royaumes oubliés où règnent la beauté et l’amour. 

mardi 18 novembre 2014

Les chrysanthèmes de l'Empereur






Incité à la promenade solitaire en son jardin, vêtu de pourpre, couleur qui lui était réservée, l’Empereur de Chine s’en fut à petits pas, suivi à distance réglementaire par son fidèle eunuque.
Il respirait les parfums floraux mêlés aux nuages filés de gingembres et de miel. Il aperçut, au détour d’une allée, des chrysanthèmes qui resplendissaient dans les corolles du soleil couchant.
S’approchant de ces fleurs à la beauté magique, l’empereur fut à peine surpris de voir surgir de ces bouquets une magnifique jeune femme dont la beauté avait ce rien d’ineffable et de divin qui sépare les femmes destinées à la passion, des autres, aussi jolies et désirables qu’elles puissent être !
C’est avec désespoir que le gardien de son corps et de son âme, le vit disparaître dans un nuage bleu veiné d’or.
Un maléfice à n’en point douter ! Ignorant les tourments de celui qui n’était plus que son ombre, l’empereur allait de surprise en surprise dans un paysage d’outre-miroir qu’il ne connaissait pas ! Il arriva avec la reine de son cœur dans une pagode de bois où s’affairaient domestiques en robe de soie et jeunes femmes ravissantes dans leur kimono fleuri de branches de cerisier.
L’empereur prit place dans un fauteuil moelleux et la divine beauté commanda musique, danses et enfin une régalade de mignardises aux parfums si divers que l’hôte impérial dut réfréner sa gourmandise.
Il attendait surtout le tête à tête avec la femme de tous les rêves. Elle accepta, en guise de baiser, de lui offrir son nom, Fleur d’Or !
Réalisant que c’était la traduction du mot chrysanthème, l’empereur se demanda s’il n’était pas en danger, une renarde s’étant glissée dans cette enveloppe soyeuse au sourire charmeur et c’est alors qu’apparut son fidèle eunuque. Il alla droit à la belle et passa son sabre effilé au travers de son corps.
Puis le serviteur, garant de la sécurité et de l’âme de l’empereur emmena ce dernier et ne souffla que lorsqu’il il fut entré dans son palais.
Mais à dater de ce jour, les jardiniers reçurent l’ordre de couper tous les chrysanthèmes et de ne jamais en montrer un à l’empereur, fût-ce sous la forme d’une toile.
Et l’on dit que les soirs d’orage, des gémissements poignants se font entendre dans les jardins et ces nuits-là, l’empereur s’endort avec une courtisane poudrée d’or et embaumée de roses qu’il effeuille, les unes après les autres, en une passion effrénée de la soie et le velours des fleurs sensuelles de la passion sans fin !