On l’appelait ainsi le vagabond de l’amour car il se déplaçait aux quatre coins de la cité avec une réserve de dictons oubliés, de chansons anciennes et de brins de muguet placés dans un nouet de soie en remerciement des pièces ou des billets de banque qui lui permettaient de survivre.
Parfois, il avait suffisamment d’argent pour s’offrir une nuit d’hôtel et un repas chaud. Il sortait l’unique costume en sa possession de son havresac et faisait une toilette approfondie dans les douches de la gare.
Ainsi vêtu, il empruntait à un ami une valise convenable et passait pour un passager ordinaire.
Sur sa carte d’identité on pouvait lire Ange Orsini, né à Bastia, profession écrivain.
Qu’était-il donc arrivé à Ange Orsini pour qu’il quitte le bureau de sa confortable villa en bord de mer et qu’il renonce à l’écriture pour errer d’un pont à l’autre de la ville de Paris où, jadis, on le recevait avec faste pour célébrer son dernier roman ?
Il était tout simplement passé de mode. Ses idées explosaient dans un riche décor fleuri mais elles n’intéressaient plus personne. C’est ainsi que de refus polis en rejets parfois haineux, il s’était retrouvé sur le pavé de la ville des arts.
On ne voulait plus de lui !
Ange en avait pris son parti et fidèle à une chanson qu’il fredonnait autrefois Le marchand de bonheur, il était devenu le vagabond de l’amour, celui qui offre un peu de sérénité en échange d’une petite pièce, voire d’un plat à la date limite de conservation.
Ange ne s’offusquait pas de la modicité des dons, trouvant merveilleux que l’on pallie sa détresse financière.
Il lui restait un exemplaire de son dernier ouvrage La Tulipe d’Or et lorsqu’un enfant lui donna son ours en peluche et un bagel à la viande hachée tout chaud, il lui offrit le livre.
« J’en parlerai à mon professeur » dit l’enfant.
Un jour, Ange eut la surprise de rencontrer une dame avenante qui le conduisit dans un studio tout équipé avec une garde-robe complète.
« Les repas vous seront livrés. J’ai pourvu le secrétaire d’un ordinateur, de cahiers, de carnets de notes et de plumiers garnis. Vous pourrez vous remettre à l’écriture et lorsque vous serez prêt, vous viendrez présenter vos écrits en classe. Les enfants ont besoin de rêve ; on les étouffe sous des plis frustrants et on les empêche de développer leur personnalité.
Si vous avez besoin de quelque chose, n’hésitez pas à m’en faire part » conclut Maria Le Quellec en lui tendant un téléphone portable contenant des adresses utiles.
C’est ainsi qu’Ange Orsini commença son nouveau roman sous le titre de Le vagabond de l’amour.

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