lundi 21 mai 2018

Excalibur



Beau chevalier à l’armure turquoise veinée de pourpre, je te supplie de revenir parmi nous car notre monde court à sa ruine.
Le petit peuple des elfes a ressenti les effets d’une corrosion qui court en s’infiltrant dans les failles du temps.
Il s’en faut de peu pour que de gigantesques feux ne s’allument çà et là, à la manière de volcans.
La recherche d’un Graal des temps modernes s’impose sinon il en sera fini de notre civilisation qui s’est écartée des valeurs sans lesquelles il n’y a pas de raison d’être dans l’équilibre des mondes.
Beau chevalier, quitte l’île où tu te reposes, reprends ton épée, la belle Excalibur, gardée par les Dames du Lac et repars à l’aventure pour que revienne l’époque des Chevaliers de la Table Ronde.
Gauvain, Perceval, Lancelot, reprenez votre rang, installez-vous à nouveau dans vos domaines mais évitez de croiser les fées, même si elles vous semblent avenantes et amicales.
Ne cherchez pas à séduire des dames à la beauté hors du commun car ce sont précisément ces beautés à nulles autres pareilles qui vous conduiront à la ruine.
Prenez-les, charmantes et raisonnables et ne leur promettez pas d’aller au bout du monde leur chercher une fleur inestimable ou une pierre précieuse rarissime car sur cette route, vous trouverez fatalement un désastre annoncé.
Engendrez des enfants et faites leur donner une éducation soignée qui les éloigne de la brutalité et du mensonge.
Qu’ils apprennent à jouer d’un instrument, la harpe celtique de préférence ou le violon !
Ainsi construirons-nous l’abbaye de Thélème dont Rabelais avait tant rêvé !
Beau chevalier à l’armure qui étincelle sous la lune, je t’en prie, reviens –nous et entraîne à ta suite les poètes sans qui la vie ne peut avoir d’attraits !
Que les fleurs du désir et de la passion exhalent leur parfum dans un vertige rose et parsèment les pages d’un livre qui sera le sésame de l’amour !

dimanche 20 mai 2018

Un mariage princier


Un mariage princier
Alors que les moindres gestes du couple élyséen étaient scrutés à la loupe, le tic aristocratique étant particulièrement banni pour être le contresens d’une république reposant sur des principes d’égalité, certaines personnes se félicitaient du déploiement d’un faste princier outre-manche.
Ce pays était pourtant le premier à avoir inscrit le Habeas Corpus dans ses principes législatifs et avait donné le la au monde sur le plan de la démocratie.
Si l’on en croit les images de la liesse populaire constatée à Windsor, devenu en ce jour le centre du monde, il n’y avait aucune place laissée à des contestataires, tous les Britanniques se ralliant à leur hymne, God save the king, et les valeurs intrinsèques à ce peuple qui avait dominé le monde.
On attendait la calèche princière avec fébrilité.
La robe de mariée, son élégance, ses symboles étaient au cœur de toutes les hypothèses et chacun de retenir son souffle pour décrypter, en temps voulu, ce morceau d’anthologie.
La robe de Kate Middleton, sobre et d’une rare élégance avait marqué les esprits.
Curieusement, le royaume de France était associé à cette robe de princesse. En effet, les ouvrières d’une manufacture des Hauts de France située à Caudry dont les métiers Jacquard produisaient un tulle apprécié de par le monde, avaient travaillé à une gigantesque pièce dans le plus grand secret, cette dernière étant achetée par une couturière anglaise qui coupa la robe et la traîne ainsi que le voile dans cette matière aérienne à nulle autre pareille, la rendant typiquement anglaise, ce qui était une véritable performance et témoignait d’un art consommé.
Selon l’étiquette royale, Meghan, se devait de ne pas éclipser sa belle-sœur afin de respecter la hiérarchie dynastique mais par ailleurs, on attendait de la star venue d’Amérique et des états révoltés pour avoir refusé de payer une taxe excessive sur le thé, une flamboyance particulière et l’expression d’une personnalité hors du commun.
Dans cette attente, les badauds, triés sur le volet, arborant l’ Union Jack sous toutes ses formes en hommage à leur patrie, se contentaient d’admirer la procession des invités habilités à assister à la cérémonie dans l’abbaye millénaire.
Queue de pie ou kilt pour les hommes, robe et chapeau pour les dames, tout était somptueux et le soleil, de plus, était de la partie, reléguant le fog à la légende.
L’aristocratie britannique se mêlant aux stars du show-bizz, on ne distinguait aucune figure du monde politique, catégorie pourtant essentielle à la marche des états étant curieusement ostracisée.
Dans cette foule huppée, présentant un large spectre de la société vivant dans une aisance notoire, comptant également des représentants d’associations visant à adoucir douleurs, blessures, handicaps relevant de la guerre, de la pauvreté ou d’une particularité génétique, on ne voyait aucun représentant d’un pays voisin , le nôtre, réputé pour manger des cuisses de grenouille et des escargots.
Il y a pourtant, chez nous, des acteurs célèbres, alliant même parfois la baronnie à un talent reconnu.
On pouvait noter également l’absence des chevaliers d’industrie pourtant nécessaires à la conquête de ces fabuleuses tenues de cérémonie, sans parler des joailliers qui avaient exercé leur savoir-faire dans la création de bijoux et d’accessoires de toilette, les perles et les diamants se mêlant souvent  aux soieries et aux voilages, voire aux voilettes vaporeuses.
Après un ballet de rolls amenant les notabilités princières et royales, la mariée fit son entrée dans la chapelle Saint George de l’abbaye, répondant à toutes les attentes les plus enfiévrées, sa traîne portée par les enfants princiers.
Rayonnante après avoir ôté son voile soutenu par un diadème étincelant, Meghan la belle apparut dans tout son éclat, aux côtés de son époux après l’échange des serments. Le prince Harry si longtemps perçu comme un prince turbulent et rebelle, toujours pardonné car chacun le revoyait, enfant, derrière le cercueil de sa mère, tragiquement disparue, fut ce jour-là, mémorable, un homme heureux.
La robe était à la fois somptueuse et simple, d’une élégance toute en retenue, la maison Givenchy, privilégiée jadis par Audrey Hepburn, ayant travaillé à la réussite de ce jour, la French Touch ! On pouvait citer également à notre fierté cocardière la maison Cartier pour la création des bijoux !
Le diadème, plus exactement la tiare, avait appartenu à la Reine Mary, arrière-grand-mère du  prince et le voile de la mariée avait été subtilement brodé de symboles floraux relatifs au Commonwealth, ce qui ne s’était encore jamais vu.
Quelque chose de neuf, quelque chose de vieux, emprunté, et quelque chose de bleu de par la présence de myosotis dans le bouquet de la mariée, les usages étaient respectés. De plus la fleur de myosotis appelée Forget me Not en langue anglaise était le clin d’œil subtil adressé à Diana, jamais oubliée par deux fils aimants.
L’homélie du chef de l’église anglicane américaine, Michael Bruce Curry fut remarquable. Il n’oublia rien, ni l’esclavage indigne consenti par une partie du monde aux dépens de l’autre, au nom de l’argent ni surtout, en opposition, l’amour sacrificiel du Christ qui s’offrit pour que rayonne la paix dans le cœur des hommes, dans tous les territoires.
Très passionné et convaincant, cet homme de Dieu termina sa tirade enflammée par une allusion au sacrifice de Martin Luther King incluant une citation du prédicateur. Cet apôtre des temps modernes apparut comme le lien de deux mondes que tout semblait opposer pour une simple couleur de peau !
Pour faire écho à ce rappel utile des anomalies passées, un chœur de femmes noires entonna un chant d’amour, sous la donneuse de rythme, également noire.
Ces symboles visibles dans la chair scella ce magnifique mariage, faisant de cet événement, en apparence futile, un ancrage futuriste pour que le monde ancien perclus de vicissitudes injustes éclate au profit d’un ordre nouveau dont la modernité s’illuminera d’amour et d’espérance.

jeudi 10 mai 2018

Le prince oublié


Dans la folle beauté d'un feu de bois auprès duquel se pressent des artistes jouant de la guitare sur des airs endiablés, la silhouette du prince Django se profile, merveilleuse dans son authenticité.
Encouragées à accompagner ces accords par des danses appropriées, des femmes de tout âge se mettent à danser et parfois il leur semble que le prince leur sourit et leur jette des roses.
Sa cigarette rougeoie, au diapason des flammes qui s'élancent vers le ciel, en forme de prières.
L'énigmatique prince à la divine main atrophiée, joue encore et toujours pour que vive éternellement la beauté de la route et ses rêves diffus, semés comme les cailloux du petit poucet vers un royaume dont le prince est un dieu de la guitare, beau et éternel Dom Juan de ces notes qui s'égrènent à l'infini pour nous emmener vers les nuages !

mercredi 9 mai 2018

Une lumineuse fée


Dans la corolle d'un pavot d'or, une fée se reposait, attendant qu'un cri de détresse l'interpelle et lui impose d'intervenir, ce qui ne manqua pas d'arriver, la solitude de princesses de banlieues étant si profonde que nul ne peut parvenir à la guérir.
Songe à ôter ce voile qui t'enveloppe et cache ton beau visage et tes cheveux dorés, dit la fée à une jeune fille éplorée mais cette dernière baissa tristement la tête et lui donna une réponse étrange, si éloignée des notions de liberté que la fée la laissa assumer son destin.
Pourquoi la beauté féminine offenserait-elle une divinité ? C'est une idée baroque que nul ne peut adopter, surtout si la personne a reçu une éducation héritée de l' Antiquité Gréco-romaine où les notions de bel et bon étaient indissociables et entrelacées comme les bagues celtiques qui comprennent l'harmonie des contraires.
La fée regagna son palais de cristal et rêva que les hommes se libèrent enfin de préjugés à contre-courant de la bonne marche du temps.

Le jardin de mes rêves


Dans un jardin d'amour, la dame des lieux lit le Roman de la Rose ou La Princesse de Clèves ou plus récemment Un été avec Homère de Sylvain Tesson, le grand marcheur et écumeur de toits, brisé en tombant des hauteurs de la demeure d'un ami, et elle rêve parfois qu'un destin singulier l'attend au détour d'une allée.
Un chevalier égaré dans les couloirs des temps essaie de la rejoindre mais perdue dans ses pensées qui s'étirent comme les nuages, elle ne perçoit pas sa présence et tresse amoureusement, de manière enfantine, des couronnes de fleurs dont elle ornera tables et guéridons à son retour.
Sa modeste maison devient le carrefour de joutes littéraires et elle se plaît à broder de petits carrés de lin dont elle dotera les champions en poésie.
Dans ce jardin d'amour, la dame trompe la mort qui ne manquera pas de venir la saisir, dans un dernier essai de galop vers la liberté d'écrire et de participer au grand livre de la vie, éternelle, qui cascade dans les vertes vallées de l'espérance.

mardi 8 mai 2018

Cantilène pour l'aimée



Dis-moi, mon cœur, sens-tu l’odeur du jasmin ? Ne crois-tu pas qu’il est temps de faire venir les musiciens pour nos accordailles ?
Il me tarde de pouvoir te serrer dans mes bras et de t’embrasser à bouche que veux-tu …
Pardonne moi cette fougue mais il me semble que la période de mise à l’épreuve a suffisamment duré : je t’ai écrit maints poèmes, je t’ai offert des bijoux de prix et je t’ai fait le serment d’être toujours fidèle à nos promesses d’amour. Que puis-je faire de plus ?
Mon aimé, mon cœur, il me semble aussi que ces longues fiançailles doivent se terminer par des noces éclatantes de beauté. Mais il paraît qu’il faut encore attendre pour être sûr que nous sommes bien au diapason, alors attendons encore un peu, mon amour !
J’ai terminé les broderies de mon linge d’apparat et sans me vanter, je crois qu’il n’en est pas de plus beau !
Pour que le temps s’écoule plus vite, je vais commencer un nouvel ouvrage afin d’être la mariée la mieux dotée !
Mon amour, mon aimé, patiente encore un peu, je t’en prie !
Mais l’inconstant amant sella son cheval et s’en fut chercher l’aventure, plus loin, encore plus loin, laissant sa belle meurtrie et pantelante !
Méfiez-vous, jeunes filles, des amants trop pressés car souvent ils cachent une impatience de mauvais aloi et vous laisseront éplorées et désespérées !

Le chevalier sans nom



Dans les halliers de Brocéliande, erre un chevalier sans nom.
Après avoir reçu un coup de masse sur son heaume qui s’est fendu en deux, il a perdu la mémoire et va, d’une fontaine à l’autre et trouve le repos près du  hêtre de Ponthus dont il se souvient.
Il reconnaît les lieux mais aucune figure féminine ne se dessine dans sa rêverie.
Il a pourtant, sous sa chemise, près du cœur, un ruban pourpre censé proclamer la passion mais hélas, pas une silhouette, pas même un sourire ne se révèlent dans cette faveur.
Il a tout oublié, sauf la configuration de cette terre de légendes, Brocéliande la belle qui est sans doute le berceau de ses aïeux.
Il cherche en vain un ermite qui pourrait peut-être lui donner la clef de l’énigme qu’il est à lui seul.
La hutte est vide et semble si délabrée qu’il doute de la présence possible de celui qui pourrait lui révéler son identité.
Et pendant ce temps, Guenièvre étouffe un cri qui veut jaillir de ses lèvres : «  Lancelot, mon bel amour, m’as-tu oubliée ? »
Le chevalier sans nom, désespéré de ne pas avoir trouvé le révélateur magique de son passé,a repris la route vers l’orient, laissant, loin derrière lui, la carte de sa mémoire.

dimanche 6 mai 2018

Un fil d'or dans tes cheveux



Laisse-moi te brosser les cheveux, mon aimée, je ferai attention à ne point les emmêler et dans la soie de cette mouvance, je glisserai des fils d’or puis sur l’édifice de ta coiffure, je piquerai délicatement des roses mignonnettes pour rappeler symboliquement ton appartenance à ce monde éternel dans son éphémère fugacité.
Le temps des rivières grises ne doit pas interrompre le cours de cette eau fuyant sur les pierres dorées de notre amour. Aimons encore, aimons toujours disait Victor Hugo et j’ai souvent repris cette ritournelle qui s’ajoute aux moulins à vent de notre enfance .
Oui l’amour est  éternel et s’il doit se réincarner dans le cœur battant d’un poète, il n’en est pas moins vivace et réel.
Laisse-moi te brosser les cheveux, mon aimée et en faisant glisser la brosse en soie de ton coffret d’amour, je redirai encore et toujours ma passion pour ma reine car elle n’a point faibli au fil du temps et telle un ruban précieux, elle s’est mêlée à ta chevelure pour en faire une parure royale.
Tes cheveux épars sur mon épaule disent la chanson de mon amour éternel et si vivace que j’entends les tambours de fête rivaliser d’ardente noce nuptiale jusqu’à la fin des temps.

samedi 5 mai 2018

La complainte du roi blessé


Bonsoir, ma reine, me voici à vos pieds, après avoir échappé de peu à l'enfer guerrier qui me conduisait à la mort.
Une lance ennemie a transpercé ma cuirasse pour aller droit au cœur mais par chance,je portais sur moi le talisman d'amour que vous m'aviez brodé sur un coussin de velours miniature et j'en ai été quitte pour une déchirure qui me fait bien souffrir.
Je suis revenu au château par petites étapes, m'arrêtant à Malte pour y reprendre des forces.
Lorsque je vous ai vue, dans votre jolie robe de soie brodée ton sur ton, telle une rose épanouie, mon vieux cœur a battu la chamade et j'ai cru qu'il allait se rompre, ce que n'avaient pu faire nos ennemis.
Je vous jure de ne plus vous quitter car, à vous voir ainsi, encore fraîche malgré le fil du temps qui jamais ne s'arrête, j'ai réalisé à quel point vous m'étiez chère.
Que Dieu nous garde et nous accorde quelques jours paisibles avant que les colombes ne viennent nous avertir des avancées du dernier voyage.
Bonsoir, ma reine, écoutons chanter les rossignols, allongés côte à côte sur la courtepointe de notre lit de mariage et rêvons, s'il se peut, à des heures pleines de charme et de bonheur suave !