samedi 31 janvier 2026

Dentellières en guenilles

 




Dans les vastes ateliers vides, les ouvrières, abattues, se tordent les mains de désespoir.

La passementerie à la française, finie, les dentellières regardent leurs doigts qui, dorénavant, resteront au repos.

Un monde finit et un autre s’installe, noir, inquiétant, plein d’inquiétudes et de rancœurs.

Le bouclier d’Achille fut la dernière œuvre du dieu Héphaïstos.

Quel sera le chef d’œuvre final de la France qui a engendré tant de génies, de Bernard Palissy à Louis Renault et André Citroën ?

Les capitaines d’industrie s’en sont allés, laissant la place à des financiers qui manipulent les actions en se servant de marionnettes dont ils tirent les fils, à distance, pour ne pas se salir les mains.

Les bottiers, les chapeliers, les modistes, les tullistes, les petites mains des grands couturiers ont été renvoyés ou délocalisés pour le bénéfice de pays indifférents à la souffrance ouvrière.

Un Victor Hugo ne vendrait plus ses livres, on lui préfèrerait un romancier maniant l’intrigue avec maestria.

La pensée s’est enfuie, chassée par la multiplication de boites à succès.

Seule fleurit la chanson, poussant sur les pavés en se mêlant au chiendent.

L’ombre de ma tante Marie qui voua toute sa vie à la dentelle vogue dans les ateliers désertés. Elle pose sa main amoureusement sur un métier Jacquard et le remet en marche, mettant à jour la dentelle d’amour qui sublima tant de personnalités, la dernière n’étant autre que la princesse Kate lors de son mariage avec le prince William.

Peuple laborieux, réveille-toi, révolte-toi, ne laisse pas partir les joyaux du patrimoine, rends-nous la fierté du devoir accompli.

Rose Java

 

 



«  Il est au bal musette

Un air rempli de douceur

Qui fait tourner les têtes

Qui fait chavirer les cœurs

Quand on la danse à petits pas

Serrant celle qu’on aime dans ses bras

On les murmure dans un frisson

En écoutant chanter l’accordéon »

Serrant dans ses bras une beauté semblable à l’inoubliable Fréhel, Vincent, ténor et danseur né, provoqua un émoi inouï à sa cavalière en interprétant le refrain de La Java bleue :

«  C’est la java bleue

La java la plus belle

Celle qui ensorcelle

Quand on la danse les yeux dans les yeux

Au rythme joyeux

Quand les corps se confondent

Comme elle au monde

Il n’y en a pas deux

C’est la java bleue ».

Les oiseaux, les sirènes et les dauphins se joignirent à la fête et dans une formidable valse d’amour, la java triompha !

Rêve d'amour

 

 

 



La belle en son jardin d’amour lit Le Roman de la Rose et les romans de Chrétien de Troyes.
Son esprit vagabonde. Son âme s’envole sous la forme d’une mésange qui va à tire d’aile se poser sur la margelle de la fontaine de Barenton. Viviane et le chevalier noir forment un duo qui valse sur un tapis de fougères et de roses d’automne, les plus belles puisque ce sont les dernières.
Dans ce flamboiement végétal, les sons d’une harpe s’égrènent comme le poème éternel et Inachevé de l’amour.
Gorgée de cette sève, la mésange rejoint le giron de la belle endormie dans son jardin.
Émue, elle range ses livres et rejoint son mari, en proie aux noirs tourments du croisé vaincu qui a tué tant de supposés infidèles avant de revenir en son fief abandonné.
La belle pose sa main fraîche sur celle de son époux, striée de rides, de crevasses et de blessures mais son âme s’égare auprès des sources qui chantent l’amour en roulant les galets et les pépites qui appartiennent aux amants.

vendredi 30 janvier 2026

Les bottes de Johnny

 



Johnny a chaussé ses bottes de rêve, fait craquer les jointures de ses longs doigts et s’en est allé, guitare à la main, vers l’étang chimérique chanté par Léo Ferré et Jacques Douai.

Sur les berges habitées par les fées, ses fidèles l’attendent sous la lune.

Éric, Guylène, Françoise, Christine, Laurent, Jacqueline, Emmanuelle  fredonnent les grands airs des chansons qui ont façonné et accompagné leur vie, faisant parfois éclore d’immortelles amours.

Des anges distribuent des pétales de cerisier, signes annonciateurs du printemps, des cristaux d’amour et des cœurs en pâte d’amande pour faire patienter les adeptes du rock éternel.

Johnny arrive sur un char fluvial tracté par des cygnes blancs et noirs et il entonne, à son arrivée, Noir c’est noir dans un halo de confettis et de roses d’or.

Comme toujours, le concert fut fabuleux et lorsque la dernière note éclata au milieu de lance-flammes orange, chacun essuya une larme qui devint une perle irisée, gage de passion et d’éternité.

Les fervents amis de Johnny se dispersèrent après avoir chanté en chœur les plus belles chansons de leur jeunesse ardente, emportant avec la perle, l’étoile dorée de l’amour.