lundi 15 novembre 2021

Les fleurs bleues de l'amour



Dans le jardin d’Éden, des fleurs bleues ont surgi, couleur pervenche comme les yeux de Johnny.

Johnny les a cueillies et elles sont devenues des partitions. Des chansons nouvelles ont jailli de ses lèvres et un bandonéon a souligné l’aspect mélodramatique de ces immortelles ritournelles destinées à l’amour.

Bottines, foulards de soie, châles de cachemire, robes de satin et de madras ont habillé et chaussé une farandole de dames qui se sont précipitées au-devant de leur chevalier à l’âme ardente, au cœur palpitant comme les lèvres de Vénus.

Née d’un coquillage et de l’écume des vagues, la déesse s’est réjouie du choix de Saint-Barthélemy pour dernière demeure, près des dauphins et des tortues.

Nous irons dans les bois chercher des pervenches pour en faire des couronnes et ainsi coiffées, nous prendrons la mer pour saluer le chanteur de l’amour fou.

Accompagnées par nos amis ardents, nous fendrons les vagues au rythme de Quand on n’a que l’amour aussi cher à Johnny qu’à son magnifique créateur, Jacques Brel, ce défricheur de l’âme et de ses angoisses.

dimanche 14 novembre 2021

Pétales de cerisier

 



Venus tout droit des îles nippones, des pétales de cerisier ont envahi mon cœur, meublant mon imaginaire d’éventails, de kimonos et de sabres de samouraï.

L’un de ces combattants légendaires, à l’âme bien trempée dans l’acier, est venu au secours d’une geisha emprisonnée  dans un jardin impérial, près d’un étang où les carpes koï se transforment parfois en sirènes du levant.

La princesse Pivoine rencontra un jour le prince Chrysanthème, vêtu d’or et de pourpre.

Se promenant à petits pas, son livre préféré à la main, Le  Rêve dans le Pavillon Rouge, il cherchait celle qui ferait battre son cœur et envahirait son âme pour mettre l’azur en cage.

Il ne douta pas d’avoir trouvé la perle rare en apercevant la princesse Pivoine au détour d’une allée.

Tout de rose vêtue, auréolée de délicats pétales de cerisier, elle marchait telle une fleur vivante.

Mettant un genou à terre et déposant son livre fétiche aux pieds menus et fins de la princesse, il attendit qu’elle s’empare de ce présent subtil et réponde à sa flamme.

Ce geste accompli, les deux amants se prirent par la main et cheminèrent jusqu’au palais impérial où ils déclarèrent leurs fiançailles sous une pluie de pétales de cerisier qui comblèrent chacun d’un bonheur absolu.

jeudi 11 novembre 2021

Le ranch endormi

 



Dans un ranch endormi, une guitare protégée par un étui de velours pourpre attend que Johnny revienne à ses amours d’adolescent.

Mèches folles savamment laquées et passées au peigne à la mode des cow-boys, bottes cirées et lustrées de beurre frais, pantalons bleus et chemise à fleurs Liberty, il sourit de toutes ses dents éblouissantes ; son regard d’acier percutant et royal fait mouche sur les jeunes filles de son choix et le chanteur redevient un enfant à la recherche d’une étoile.

Il entoure la belle de ses bras caressants et imagine pour elle un destin de rêve et de star, bâtit des châteaux en Louisiane, emmène sa conquête dans son pied à terre sobrement meublé de ce qui convient à un homme solitaire, au cœur débordant d’amour et fissuré de mille manières à la suite d’innombrables ruptures.

Dans ce ranch oublié, une ombre s’est emparée de la guitare et en a sorti des sons interstellaires pleins de charme et de nostalgie, à la manière de Johnny.

lundi 8 novembre 2021

Djamila aux doigts de fée

 



Elle a quitté son oued, Djamila, ma Djamila aux doigts de fée et elle a surgi dans ma vie pour me réconforter.

En dépit de la douleur qui me taraude, j’ai saisi mon tambourin, j’ai enfilé ma djellaba et je t’ai accompagnée pour danser, des larmes plein les yeux.

La danse de l’oiseau de feu a imprimé notre corps, faisant de nous les prêtresses de l’amour et du soleil réunis.

Djamila, ma Djamila aux jolis yeux soulignés par le khôl ancestral, tu m’as donné la main et nous avons fléchi le genou, offrant au dieu de la rivière les diamants de la passion.

Surgissant de l’onde, la taille ceinte par un pagne de perles d’eau, le génie de la rivière s’avance vers toi, Djamila et avec ton consentement il t’emmène dans le lit du fleuve de l’éternité.

Il t’installe comme une diva dans une grotte de nacre.

Un lit à baldaquin t’y attend ainsi qu’un canapé rose brodé de perles et de corail.

Demeurée sur la rive, j’écris, à l’encre de seiche, sur un parchemin grège et or l’histoire de Djamila aux doigts de fée, partie vivre une fabuleuse page d’amour en compagnie d’un amant divin.

dimanche 7 novembre 2021

La Fureur de vivre

Salut, c’est Johnny ! Vous ne me connaissez pas puisque votre univers est celui du Rap.

Informez-vous, les Dalton car vos rodéos et vos frasques vous conduiront peut-être dans le pénitencier dont j’ai chanté la triste réalité.

«  Pour moi ma mère a donné sa robe de mariée »…Pensez à votre mère qui viendra vous voir au parloir après une fouille déshonorante.

Elle viendra parce qu’elle vous aime mais il serait bon de stopper ces folles aventures qui vous conduiront, au mieux, derrière des murs épais, infranchissables et humides.

J’ai connu ces frissons de l’aventure et de l’extrême, conduisant parfois avec l’imprudence de la jeunesse des bolides qui auraient pu me tuer.

J’ai été bercé par la Fureur de vivre, ce film magique où apparaissait un acteur légendaire, James Dean.

Une scène mythique, une course vertigineuse où la finalité consistait à côtoyer la mort en freinant au bord d’un précipice le plus tard possible, a plongé toute une génération dans la recherche frénétique d’un désespoir savamment construit.

Avec Eddie et plus tard, Jacques Dutronc, on a voulu rendre aux jeunes le goût de vivre sans ignorer les problèmes de notre époque.

Requiem pour un fou, en ce qui me concerne, en est le plus bel exemple, jumelé aux Portes du Pénitencier et Noir c’est noir.

J’ai chanté l’amour, Gabrielle, Laura, L’hymne à l’amour alors les Dalton, écoutez mes albums et rangez votre déguisement dans le coffre des trésors d’Halloween, retournez à l’école et pensez à l’avenir qui vous réserve forcément de belles surprises.

Adieu ! C’était Johnny !

samedi 6 novembre 2021

Splendeurs automnales

Pour la première fois, Bernard, tu ne seras pas là pour goûter les fruits savoureux de l’automne.

Jamais le jardin n’a été aussi beau et aussi fourni en légumes et fruits resplendissants.

Pâtissons, butternut, courges, potimarrons, citrouilles et autres cucurbitacées affriolantes ont surgi dans des carrés entretenus avec le plus grand soin, succédant aux tomates, haricots et fèves dont tu te faisais un régal avant que la maladie ne te frappe cruellement, t’ôtant même le plaisir de savourer les fruits de la terre, si bien travaillée et entretenue avec amour et constance, donnant ainsi l’exemple pour tes fils reconnaissants.

Le roi de la châtaigne ne sera pas présent dans son domaine pour régaler sa famille de ces délices fondants, accompagnés de bolées de cidre, du Coat Albret si possible, le meilleur de tous selon notre appréciation puisqu’il nous rappelle le terroir de notre quarantaine épanouie.

Ah le cidre ! Même excellent, il n’aura plus pour nous la même saveur puisque tu ne seras pas là pour le savourer !

Eloan, ton petit-fils, le cœur lourd de chagrin, s’efforce de goûter les magnifiques produits qui t’ont plu afin de te garder au sein de la famille.

Il emmène à présent son ours en peluche, un joli Koala dans ses randonnées pour ne plus sentir aussi fort la cruelle morsure de ton absence.

Comme tu aimais partager ses jeux, Bernard !

Tu resteras pour lui le meilleur des grands-pères, le cœur débordant d’amour et de générosité !

jeudi 4 novembre 2021

La fontaine enchantée

 

Près de la fontaine aux lions d’argent, deux âmes esseulées se sont trouvées et ont échangé un doux baiser sous un dais de fleurs d’or.

Chrysanthèmes, fleurs de bruyère épanouies et feuilles de houx ont formé des couronnes sous les doigts agiles de jeunes filles, émules de la déesse Flore.

Ornées de ces parures végétales, les dames d’atour de la gardienne de la fontaine sacrée ont apporté au couple des hanaps de breuvage aromatisé au miel et aux épices orientales puis de jeunes serviteurs ont servi des feuilletés aux saveurs originales, en forme de cœur.

Des musiciens sont ensuite apparus et la clairière du Bois des Charmes s’est illuminée de lampions et de lanternes bleues.

Les danseurs ont improvisé une subtile chorégraphie et nos deux belles âmes se sont jointes au branle médiéval, mimant la gestuelle des amours graciles.

Sur la margelle de la fontaine, un poète a versé le contenu du gobelet d’or mis à la disposition du pèlerin et le chevalier noir est apparu dans un bruit de tempête.

Des cris d’oiseaux effarouchés ont jailli des buissons et un tas de plumes a amorti le martèlement des pas de danse.

Des grues ont accompagné les airs de valse, volant bas pour annoncer les frimas.

La reine de la nuit a perdu un à un  les longs voiles sombres étoilés d’or qui moulent son corps parfait puis elle est partie vers l’orient à la recherche de perles et de rubis.

Près de la fontaine aux lions d’argent, le couple s’est formé pour l’éternité et il a rêvé d’un avenir radieux, toujours plus bleu, toujours plus beau, parfait en un mot et il s’est endormi dans une chaude lumière voilée d’amour.

mercredi 3 novembre 2021

Papa

 



Tu es parti si vite que je n’ai pas eu le temps de te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi, de mes premiers pas jusqu’à mes quarante ans.

Tu as toujours été à mes côtés, m’aidant de toutes les manières pour que je trouve le bon chemin.

Tu as suivi tous mes matchs de tennis, te dissimulant parfois dans un buisson, à la de Funès, pour me prodiguer des conseils.

Tu es même devenu juge-arbitre afin d’être à nos côtés de manière constante, Jean-Noël et moi.

Par la suite, tu as été fier de moi au Lycée Notre-Dame de Saint-Méen-Le-Grand et lorsque je suis devenu sommelier, tu m’as accompagné à Paris, au Georges V pour mon entrée au Louis XV à Monaco.

Tu as franchi la mer pour m’apporter en Irlande la voiture dont j’avais besoin, conduisant pour la première fois à l’anglaise, en compagnie de Maman.

Tu as toujours été vigilant quant à l’entretien des véhicules que j’ai eus en ma possession, de ma première Renault 5 aux suivantes, revêtant la tenue de mécanicien pour assurer les vidanges et veiller à la bonne marche de la mécanique.

Bref, ma vie aurait été bien difficile si tu n’avais pas toujours été là pour m’apporter ton précieux concours.

C’est avec joie que je vous ai servis à La Ville Blanche de Lannion chez les frères Jaguin lors du réveillon de l’an 2000.

Maman et toi en aviez gardé un souvenir impérissable.

L’âge et la maladie se sont ensuite emparés de toi mais tu as toujours gardé, à mes yeux, le panache de la modestie qui était le tien.

Repose-toi, Papa, tu l’as bien mérité.

Tes fils et leur mère ne t’oublieront pas.

samedi 30 octobre 2021

Chanson oubliée

 



S’échappant d’une boite à musique oubliée dans les roseaux des rives du Léthé, une chanson retentit, Souvenirs, Souvenirs, soulignée à la flûte de Pan par un jeune berger et interprétée par un Johnny en costume bleu souligné par un collier de perles blanches, aux mains frémissant sur les cordes de sa guitare.

Toute notre jeunesse surgit de ces rives enchanteresses et des airs entraînants nous propulsèrent dans des boites de jazz, à la suite de nos chanteurs préférés dont les refrains jaillirent sur toutes les lèvres.

Oubliant soucis, maladies et douleurs de l’âme, nous avons retrouvé, le temps d’une chanson, nos vingt ans lumineux avec une kyrielle d’angoisses, de stress, d’amours parfois pernicieuses et d’espoirs enfantins.

Johnny a enchaîné les airs entraînants puis est devenu, un instant, mélancolique avec un blues célèbre puis il a terminé son mini récital d’automne par un vibrant Gabrielle et Les Portes du Pénitencier, se drapant de noir pour la circonstance.

Les anges compatissants sont venus le chercher et nous sommes repartis en emportant les notes oubliées qui ont été reprises par le grillon du foyer.

Au revoir, Johnny, nous guettons ton retour et nous t’apportons les chrysanthèmes blancs de notre amour.