La douleur de Louis de Barenton
De retour dans son domaine, le comte Louis s’étonna de l’absence
de Blanchefleur et lorsqu’il apprit qu’elle s’était rendue à la fontaine de
Barenton, il entra dans un désespoir sans limite.
Elle aura certainement rencontré Merlin se dit-il. Sa beauté
est telle qu’elle irradie dans le monde des légendes et si tel est le cas, il
me sera difficile de la retrouver et surtout de faire renaître la flamme de l’amour
qui avait si bien jailli de nos deux êtres.
La mort dans l’âme, il se rendit à la fontaine de Barenton
où il ne trouva aucun indice, si ce n’est la présence de la mésange attachée à
sa dame d’amour.
Désemparée, elle vint se poser sur l’épaule du comte qui la
caressa avec mélancolie.
Ma belle Blanchefleur a été enlevée, se dit-il, tout comme
mon aïeule, l’extraordinaire Gladys, aux couleur de fleur de lin. Férue de
légendes, elle s’était rendue à la fontaine où elle espérait rencontrer la dame
blanche mais elle n’en était jamais revenue.
Il rentra au château et mit de l’ordre dans la chambre de
son aimée.
Tout fut rassemblé dans un coffre.
Quant aux cadeaux qu’il comptait lui offrir, ils furent
disposés harmonieusement dans le manoir, rappelant au comte son amour
prodigieux.
Après avoir erré dans son domaine, il se décida à entrer, à
son tour, dans le monde des légendes et il partit, en calèche, au
Val-sans-Retour où, pensait-il, il trouverait peut-être une trace de sa belle d’amour.
Consciente du danger ensorcelant de cette terre habitée par
les fées, la mésange avait préféré rester au château, ce que Louis apprécia
comme un geste de fidélité envers la belle Blanchefleur.
Ne l’avait-elle pas guidée jusqu’à lui ? Sans doute
attendait-elle son retour.
Près du val-sans-retour, il y avait une chapelle dans
laquelle il pénétra pour se recueillir.
Un fauteuil réservé à sa famille, orné de la devise « D’azur
au lion d’or rampant contre une fontaine d’argent » était placé près du chœur.
Il l’utilisa avec bonheur et se plongea dans une longue
méditation destinée à chasser la douleur qui ne cessait de l’étreindre.
Son attention fut attirée par un vitrail dont la figure
centrale était une jeune fille couronnée de fleurs.
Elle ressemblait tant à Blanchefleur qu’il crut être victime
d’une hallucination.
La vision se détacha du vitrail et vint vers lui, un sourire
aux lèvres.
Le comte s’évanouit face à cette évocation du bonheur perdu.
Inquiet de voir cette pause se prolonger, le cocher pénétra
dans l’église pour y trouver son maître inanimé, une couronne de fleurs sur les
genoux.
Il le prit dans ses bras et l’installa dans l’habitacle de
la calèche en gardant soigneusement avec lui les fleurs du désir.
Il croisa en chemin le fameux cerf blanc, aussi légendaire
que rare.
Il se signa et reprit sa route, sans encombre, jusqu’au
château.
On emmena le comte Louis dans sa chambre, espérant qu’un
événement heureux lui rendrait le sourire et le goût de vivre.
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