Sommé par son suzerain de partir guerroyer pour une cause futile cachant un désir de possessions en tout genre, or, femmes, perles, objets précieux et territoires, le duc Philibert d’Anjou étreignit son épouse avec tant de passion qu’il la laissa littéralement prostrée.
Il lui adressa une lettre, s’excusant de s’être comporté avec une telle fougue.
« Mon ange, ma beauté, je regrette ma fureur d’aimer et je vous présente mes doléances d’époux navré d’avoir agi avec cette passion hors norme.
Je pars à la guerre en emportant votre parfum. Votre corps s’est imprimé sur le mien grâce à ces folles étreintes et je pense qu’il sera ma meilleure défense contre l’ennemi qui ne ménagera pas ses coups.
J’ai ceint mon torse de votre étole de soie brodée à la hauteur de mon cœur qui palpite comme un oiseau en cage à ce contact. Empreint de votre splendeur charnelle, envoûté par la beauté de votre âme, je pars au combat en chevalier porteur des valeur féminines de chaque parcelle de votre être. Cette présence intime me servira de garant et sera mon sauf-conduit.
Votre époux qui ne cessera pas de penser à vous, Philibert d’Anjou ».
Lorsqu’elle lut cette lettre, plusieurs mois après ces folles nuits, Mathilde d’Artois constata une future maternité. Le couple se désolait de ne pas avoir de descendance et il avait fallu un appel à la guerre pour qu’il soit exaucé.
Mathilde interpréta le contenu de la lettre comme le témoignage de sa maternité et elle ne pensa plus qu’à sauvegarder cette flamme souveraine qui avait accaparé son énergie vitale.
Elle mit au monde deux enfants, un garçon et une fille et elle remercia le ciel de l’avoir ainsi comblée.
La petite fille fut nommée Ambre et le petit garçon Andréa : la duchesse avait consulté un devin pour le choix des prénoms.
Selon Maximilien, le devin, Ambre évoquait la lumière, la chaleur et la douceur ainsi que sa référence à la résine dorée prisée sur les routes de la soie et conférait à l’enfant une harmonie prodigieuse.
Quant à Andréa, sa référence virile s’imposait pour un futur chevalier porteur des valeurs nécessaires à un futur défenseur du domaine ducal.
Sa consonnance italienne lui donnait un charme Florentin qui ferait de lui le plus séduisant des gentilhommes.
En attendant ce temps de maturité, les deux enfants inséparables, grandissaient dans l’insouciance, s’épanouissant en jouant.
Parties de croquet, de paume, natation dans la rivière sous surveillance étaient le fondement sportif de leur quotidien.
Sylvestre, leur précepteur, leur enseignait les mathématiques, la littérature, le latin et la pratique de la langue italienne et espagnole.
Un peintre leur indiquait la perspective et les canons du dessin pour réaliser un tableau de bonne tenue et un professeur de musique et de chant les entraînait à la pratique des arts musicaux.
Mathilde d’ Artois, leur mère, espérait le retour de son mari, se réjouissant par avance de la joie qu’il éprouverait en découvrant ses joyaux issus des nuits passionnées quasi désespérées d’avant-guerre.
Elle n’avait reçu aucune nouvelle de son époux ni par messager à cheval ni par colombe apprivoisée.
Connaissant les aléas du monde guerrier, elle ne s’inquiétait pas outre mesure, pensant qu’il était difficile de manier en même temps le sabre et la plume ; les rares moments de répit de son mari devaient être consacrés à la maintenance de son âme vaillante par un sommeil réparateur.
Les jours filaient et les enfants s’épanouissaient dans un duché géré par le sénéchal Eudes de Valois, dans l’attente du retour d’un père dont on entretenait le souvenir et qu’ils avaient hâte de connaître.

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