dimanche 10 août 2025

Pavés d'or et chemins de roses

 

 

 


De retour de croisade, le chevalier Godefroy de Crécy et son porte-oriflamme Jean du Hainaut avançaient, lance baissée pour signifier qu’ils n’avaient aucune intention belliqueuse. Ils avaient dû tant guerroyer, tant donner de coups et en recevoir pour finalement se demander quel était l’enjeu de tous ces combats ; ils aspiraient à la paix !

Godefroy imaginait sa belle Mathilde courant à sa rencontre, voile du Hénin flottant au vent, pour se jeter dans ses bras, ivre de parfum et d’amour.

Jean, de son côté, n’avait pas eu le temps de convoler et il passait en revue de manière mémorielle les plus jolies filles du village qui lui avaient donné des gages jadis, un mouchoir brodé habilement perdu pour qu’il s’imprègne de leur chiffre, danse du ruban pour mettre en valeur leur silhouette et leur adresse.

La pensée occupée par des rêves, les deux hommes ne virent pas une faille qui se dessinait sur le chemin et ils tombèrent dans une trouée qui allait en s’élargissant, leurs chevaux se débattant avec vigueur.

Les destriers retombèrent sur leurs sabots ferrés et les deux chevaliers découvrirent un paysage riant qui les changeaient de terres brulées qu’ils avaient foulées.

Les pavés étaient couverts d’or et des roses s’effeuillaient au fur et à mesure de leur progression.

Avisant une maison où courait une glycine, Godefroy du Crécy mit pied à terre, imité par son enseigne et il activa le heurtoir, décidé à demander l’hospitalité pour passer une bonne nuit.

Une hôtesse aux tresses blondes ornées de bleuets, en bliaut turquoise, les accueillit en souriant :

« Entrez, Messires ! Vous venez de loin et avez besoin de repos. Ma demeure est la vôtre ».

Le palefrenier se chargea des chevaux et les deux hommes ôtèrent leur armure avec soulagement.

Après un bon bain, ils apprécièrent un repas rustique et savoureux ; chou farci, gigot d’agneau aux haricots blancs et crème au sirop de rose, le tout arrosé d’un vin de pays et de limonade.

Bien restaurés, ils s’endormirent, rêvant qu’un vol de gerfauts leur ouvrait la route et les conduisait au manoir, leur but final.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire