dimanche 24 août 2025

Colombine et son geôlier

 

 



Se morfondant dans sa chambre fermée à clef par son geôlier, Colombine espérait que son appel au secours soit entendu.

Certes, elle était bien traitée ; l’espace qui lui était réservé était bien meublé dans un style victorien tout à fait charmant. Elle aimait particulièrement son bureau pourvu d’écritoire et de parchemins. C’est là qu’elle avait écrit sa supplique avant de la confier à une colombe venue réconforter celle qui portait joliment son nom.

Une soubrette avenante l’aidait à prendre ses bains, la coiffait et la secondait pour sa toilette finale, choisissant avec goût une robe élégante ou une chemise destinée aux nocturnes dans un dressing bien fourni.

Les repas servis étaient bons et Colombine y faisait honneur ; elle aimait les petits déjeuners à l’anglaise, le Fish and Chips, le crumble aux pommes, le thé à la crème et naturellement le pudding et sa crème anglaise.

Un jour, elle reçut la visite de l’homme qui l’avait enlevée et séquestrée.

Sir William avait été anobli par la reine en récompense des nombreux galions chargés d’or qu’il avait arraisonnés pour sa patrie.

Passant au large de Saint Malo, l’imprenable cité corsaire, il avait aperçu Colombine se promenant sur les remparts et s’en était épris.

Habitué à capturer ce dont il avait envie, il n’avait pas hésité à en faire sa prisonnière, espérant qu’à force de bons traitements, elle accepterait de l’épouser.

«  Ma chère, vous ferez fureur à la cour. Aucune dame ne vous arrivera à la cheville côté beauté. Couverte d’or et de perles, vous serez la coqueluche des bals ».

Colombine ne pipait mot pour ne pas contrarier cet homme farouche à la carrure imposante. Il ne ressemblait en rien à son doux Pierrot et au facétieux Arlequin toujours prêt à jouer de la mandoline pour l’aguicher et l’entraîner dans les bosquets.

Certes, elle pourrait vivre des moments grandioses au bras de Sir William mais elle savait qu’elle ne pourrait s’offrir aucune fantaisie.

Il lui faisait un peu peur et elle n’osait pas le regarder dans les yeux.

Tête baissée, soumise et presque tremblante, elle avançait les pièces d’échiquier en ivoire pour complaire à son seigneur.

Un soir, cependant, Sir William ne vint pas la voir.

Inquiet à la vue d’un voilier d’or et plein de concupiscence à la perspective de l’arraisonner pour s’emparer de ses richesses, il conçut un plan pour agrandir son trésor.

La suite lui prouva que le maître à bord du Salammbô, le voilier féerique de la princesse Cristal ne se laisserait pas prendre à ses habituelles ruses guerrières.

 

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