Dans son village de Fontaine aux Perles, Rosine passait pour avoir des dons prophétiques. On aimait la consulter quand on avait des chagrins d’amour, des soucis financiers ou si l’on cherchait la porte de son destin.
Rosine se recueillait après les confidences de son interlocuteur, méditait de manière plus ou moins soutenue selon la difficulté du cas puis entrait dans une phase angélique dont elle sortait transfigurée.
Son obligé croyait voir une paire d’ailes dans le dos de la prophétesse qui proférait alors une phrase sibylline digne de la Pythie.
« L’essence du mimosa te rendra l’amour perdu…Jette une pièce d’argent dans le courant du torrent bleu et la fortune te sourira ».
Ces étranges prophéties émises, Rosine retrouvait sa douceur d’adolescente.
Elle aimait passionnément lire et écrire. De ce fait, elle s’était établie Ecrivain Public, rédigeant toutes sortes de lettres, démarches administratives, lettres de motivation pour une embauche, missives amoureuses et témoignages d’amitié. Elle aidait également une romancière réputée pour la qualité de ses récits de vie à finaliser ses manuscrits pour les soumettre à une maison d’édition.
L’enseigne de son échoppe La Plume d’Or attirait le regard par sa brillance et son joli dessin représentant Colombine écrivant sur un parchemin avec une plume d’oie.
Rosine aimait beaucoup recevoir ses clients ; elle les écoutait sans mot dire et ce qu’elle appréciait le plus, c’étaient les moments d’écriture où cherchant le mot adéquat, elle finissait par le trouver comme l’orpailleur sa pépite.
Le jeune homme qui l’avait sollicitée pour faire fortune prit le contenu de sa phrase au pied de la lettre et se mit en mesure de trouver le torrent bleu où il suffirait de jeter une pièce d’argent pour devenir millionnaire.
Il s’équipa d’une tenue de randonnée et partit, sac au dos, à la recherche de la fortune.
Il marcha longtemps, faillit mourir plusieurs fois, par une piqure de serpent, la rencontre d’un lion et une fièvre galopante contractée lors d’une halte dans un village infecté.
Une paysanne lui appliqua un onguent après avoir aspiré le venin à l’aide de ventouses. Face au lion, il garda son sang-froid, feignant la totale quiétude et le roi fauve passa en le considérant comme l’un de ses sujets.
La fièvre fut difficile à dompter mais là encore la providence joua en sa faveur. Un herboriste le contraignit à s’allonger plusieurs jours à l’écart et le soigna en lui faisant boire des décoctions de sa composition.
Le chercheur d’or, Thomas, s’ouvrit à son sauveur du but de son voyage.
« Si un tel torrent existait lui dit l’herboriste, tout le monde y courrait » et il lui conseilla de n’interroger personne à ce sujet faute de quoi on le prendrait pour un dément.
« On croira que vous faites une rechute fiévreuse et on vous placera dans un asile en quarantaine » conclut-il.
Cependant le jeune homme avait foi en Rosine. Elle ne parlait jamais inconsidérément et toutes ses prophéties s’étaient réalisées.
Prenant en compte la mise en garde de l’herboriste, il n’interrogea plus personne, prétendant être un herboriste à la recherche d’une plante rare poussant près d’un torrent.
Loin de se douter des difficultés rencontrées par Thomas à la suite de sa prédiction, Rosine menait des jours heureux dans son beau village de Fontaine aux Perles.

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