Les fêtes et les banquets se succédèrent à Hauterive pour célébrer le retour du seigneur. C’était une suite de plats succulents réservés aux grandes occasions. Le sanglier payait de sa personne. Chassé pour éviter les ravages des cultures, il symbolisait la force du vainqueur. On l’apprêtait de diverses manières, la hure et la venaison, rôti aromatisé au vin épicé ayant la préférence des palais masculins. Les femmes préféraient la soupe d’orties, les gaufres au fromage, la cretonnée de pois ou de fèves, du potiron en gratin et des champignons sautés aux épices.
Les dames et les messieurs se retrouvaient pour déguster la tourte poulet, porc au fromage, herbes et épices. La tarte bourbonnaise sucrée et le pudding constituaient un dessert prisé de tous.
Après quelques jours de diète, chacun reprit un cours de vie paisible, les dames se livrant à la broderie et à la tapisserie et les hommes jouant aux échecs.
Le duc cependant voulut renouer avec l’art équestre et le maniement des armes. En conséquence, il organisa un tournoi qui ferait venir la fine fleur de la chevalerie.
Les dames redoublèrent d’activités artisanales, cousant, brodant sans relâche les robes d’apparat pour être le joyau vivant de la loge surplombant le champ des Lices.
Outre les robes, les voiles, les mouchoirs, les jupons brodés, les dames attachaient un soin particulier à des étoles de soie portant leur chiffre car chaque chevalier se réclamerait de sa dame en portant cet accessoire. En outre, elles confectionnaient des pourpoints de cérémonie pour les messieurs qui, de leur côté, rompaient des lances pour briller lors de la compétition.
Enfin le grand jour arriva. Le champ des Lices était net et attendait les champions qui s’affronteraient après avoir été tirés au sort. Avant de combattre, ils s’inclineraient face à leur dame, réclamant l’honneur de porter ses couleurs. Ruban ou écharpe noués à leur lance, ils s’élanceraient , le cœur léger, pour affronter leur destin.
Les villageois venus de tous côtés avaient revêtu leurs plus beaux atours et se tenaient sur un terrain proche du champ pour applaudir le vainqueur.
Chaque chevalier arborait son blason. On vit arriver un combattant dont personne ne connaissait les armes. C’étaient trois lys entrelacés dans une rose d’un rouge ardent.
Le chevalier portait une armure dont la couleur vermeille étincelait au soleil, l’auréolant d’un halo lumineux.
Le sort voulut qu’il affronte le maître des lieux, Godefroy de Crécy.
Le duc s’inclina face à son épouse, réclamant l’honneur de porter ses couleurs. Mathilde noua son écharpe sur le heaume de son époux, heureuse de l’effet produit par son ouvrage qui était un véritable don d’amour.
Le chevalier vermeil rompit avec la tradition et s’inclina face à une villageoise qui lui offrit l’écharpe dont elle couvrait ses épaules.
Au signal donné, les chevaliers s’élancèrent et le fracas de leurs lances s’entrechoquant avec force retentit tandis que le public, le cœur battant, retenait son souffle.

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