jeudi 28 août 2025

Le palais de Youssef

 



Dans son palais d’or et de lumière, le prince Youssef arpentait toutes les pièces avec une sorte de rage aveugle : où trouvait-on le bonheur ?

Il était puissant, comblé, ses épouses le chérissaient et lui donnaient de beaux enfants ; pourtant il se sentait misérable et nu.

Il décida alors de quitter le palais et il s’en fut par une petite porte dont il était le seul à posséder la clef.

Vêtu d’un qamis noir et chaussé de babouches assorties, Youssef se mêla à la foule qui se pressait dans les souks de la ville. Il passait pour un commerçant ou un maître de maison cherchant la bonne affaire.

Il admira les étals, impressionné par la qualité apparente des produits proposés. Au palais, les denrées et les objets d’usage courant ou précieux étaient stockés au sous-sol où il ne se rendait jamais.

Le ventre du palais vient d’ici pensa-t-il et il se réjouit d’une telle opulence.

Un marchand l’interpella, croyant le reconnaître et le prince ne le détrompa pas. Ils parlèrent de sujets commerciaux et le marchand promit au Commandeur des Croyants qu’il n’avait pas identifié une belle ristourne sur des produits rejetés par l’intendant du palais.

Youssef admira la finesse d’une gandoura en velours rose, songeant qu’elle irait à ravir à sa favorite et sortit sa bourse emplie d’or pour l’acheter. Il ajouta un supplément pour que le vêtement soit livré à la belle Amina au palais.

Le marchand se confondit en remerciements et ajouta qu’il joindrait à la robe d’apparat un service à thé traditionnel en argent.

«  Tout le monde aime le prince mais on regrette de ne pas avoir affaire directement à lui. Les intendants du palais sont très durs en affaire et ils exigent souvent des cadeaux somptueux pour leur propre compte, estimant qu’ils nous faisaient honneur en commerçant avec nous.

Leur comportement est inadmissible dit le pseudo marchand et j’imagine que si le sultan était au courant de telles pratiques il sanctionnerait ces serviteurs indélicats ».

Heureux de cette remarque, le commerçant lui offrit un coffret en ébène garni d’un mouchoir brodé : «  C’est un cadeau modeste mais je pense que vous en aurez l’usage » dit-il avec un beau sourire.

«  Que ne suis-je sorti de mon palais plus tôt » pensa le prince et il poursuivit ses déambulations dans une ville qui lui réservait sans doute d’autres surprises.

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