vendredi 1 août 2025

Le bal des espérances

 





Dans une petite cité de caractère où les naissances faisaient profil bas tandis que les décès s’alignaient inexorablement, le maire eut l’idée d’organiser un grand bal pour faciliter les rencontres.

«  Pourquoi se marier disaient les jeunes filles du village. Tout est beau les premiers mois puis les maris deviennent indifférents voire volages, ne voyant en leur épouse que la mère de leur progéniture et la cuisinière à qui l’on demande des prouesses avec peu de moyens ».

Pour galvaniser les esprits, le maire fit savoir par le crieur patenté de la commune que le premier couple prêt à se marier recevrait une jolie maison implantée dans le bourg, un repas quotidien à l’auberge L’oie cendrée réputée pour la qualité de ses menus. Le couple recevrait également une layette complète et tous les éléments d’une chambre d’enfant pour le premier né. Ces annonces galvanisèrent les esprits et chacun se prépara à l’élégance d’un soir.

Le jour venu, les violonistes attaquèrent une mazurka et l’envolée des jupons suivit le rythme des archets.

La buvette était généreuse et des assiettes garnies promettaient un réconfort immédiat : tartines de rillettes, de foie gras, de gelée de groseilles, petits gâteaux cœur coulant furent engloutis et l’on dut faire appel aux anciennes pour présenter des croustades, des mille-feuilles et des compositions fruitées variées.

On dansa jusqu’à l’aube et l’on remarqua que certains couples éprouvaient le besoin de s’isoler.

«  Tout va pour le mieux » se disait Stéphane Lalanne, le maire de la commune et il se prépara à revêtir prochainement son écharpe pour recevoir dignement le premier couple qui aurait publié ses bans de mariage.

Il y avait dans la cité de nombreuses maisons anciennes à l’abandon et il suffirait d’en rénover une et de lui donner un habillage écologique pour qu’un couple y soit heureux.

Les mamies acceptèrent de tricoter des layettes dans des styles différents et l’on mit les menuisiers à contribution pour fabriquer des berceaux, des lits d’enfants sécurisés, des commodes et des coffres à jouets.

«  Ils auront de la chance, ceux qui gagneront le prix » disait-on à l’auberge L’oie cendrée dont le propriétaire qui était également le chef cuisinier eut à cœur d’améliorer son menu et créa pour la circonstance La corbeille de la mariée, un plat de fête en pâte feuilleté formant le panier. Le panier contenait des ris de veau, la spécialité maison et des roses de veau cuites à point ainsi que des légumes de saison revenus à la poêle.

Tout était prêt ! On attendait la venue du couple gagnant.

Il finit se présenter : il s’agissait de la couturière et du menuisier du village souvent trop affairés pour courir le guilledou et qui trouvèrent, le soir du bal, des affinités concordantes en maints domaines.

Manuel Lasserre et Mona Lamotte firent publier leurs bans.

Les brodeuses du village se félicitèrent d’avoir un doublé d’initiales et ajoutèrent  au trousseau du linge chiffré en guise de porte-bonheur.

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire