Sofia s’était beaucoup confiée à Raphaël, son soupirant d’un soir mais elle avait omis de lui parler de son métier, le tissage de la soie. Elle avait apprécié le don du manteau de soie comme un signal du destin.
« Toujours draps de soie tisserons
Jamais n’en serons mieux vêtues
Toujours serons pauvres et nues
Et toujours faim et soif aurons ».
Certes la complainte des tisseuses de soie de Chrétien de Troyes n’était plus de mise chez le fabricant qui prenait soin de ses ouvrières, la qualité de la main d’œuvre se faisant rare.
Certes Sofia ne roulait pas sur l’or mais elle bénéficiait de quelques avantages notamment l’usage de chutes de rouleaux ; elle avait pu réaliser de jolies robes, se les réservant pour une grande occasion.
Elle avait également confectionné de jolies cravates et des écharpes délicatement colorées.
Profitant d’une semaine de congé due à la réfection de quelques métiers, elle avait occupé sa première soirée de liberté en allant danser. Le hasard, certains diront le destin, avait mis Raphaël sur sa route.
Comme convenu, elle se dirigea le soir vers le café où ils avaient été si bien reçus. Elle avait mis l’une de ses robes en soie et avait enfilé le manteau de soie de son ami. Elle avait aussi préparé une jolie boite où elle avait placé une magnifique cravate en soie, cadeau qu’elle pensait faire en remerciement du manteau. Cette fois, elle était décidée à parler de son métier, sa passion.
Raphaël était déjà là. Il fut enchanté par la cravate, la noua savamment et fut heureux de connaître le métier de son amie.
Quant à lui, le violon et ses prestations n’étaient pas l’essentiel de sa profession ; il opérait quotidiennement en qualité de commercial dans une grande surface.
« Soyons fiers de notre profession car elle nous garantit la stabilité de l’emploi : les jolies dames de la haute société auront toujours besoin de toilettes élégantes et chacun éprouve la nécessité d’un ravitaillement constant.
Et moi j’ai besoin de vous, clients exceptionnels car vous êtes l’ornement de mon bar de nuit » dit Emilio en apportant le chef d’œuvre promis, un palais de sucre cristallisé dont chaque pièce était garnie de mignardises.
Les amants du soir goûtèrent ces merveilles et burent de la liqueur de sureau et du vin aux cerises. Ils parlèrent peu, s’étant déjà tout dit.
Pour relancer les amours naissantes, Emilio mit un disque des succès de Joséphine Baker sur son électrophone et n’y tenant plus, Raphaël et Sofia se lancèrent dans un charleston endiablé.
Leur complémentarité était si évidente qu’Emilio les applaudit, heureux d’avoir contribué à l’éclosion de leur amour.
En quittant le brave barman, Raphaël déclara qu’il ne serait pas de la fête le lendemain car il était retenu à La Cave Andalouse pour une prestation orchestrale mais qu’il serait bien là le soir suivant.
Sofia dit qu’elle se reposerait et ferait quelques travaux de couture. Elle ne voulait pas aller danser pour accompagner Raphaël car cela signifierait qu’elle aurait un cavalier et elle ne voulait pas infliger cette peine à son doux amant. Raphaël lui pressa la main en signe de remerciement et la raccompagna jusqu’à son domicile.
Il la quitta sur un baiser plus appuyé que la veille, la serra tendrement contre lui et ils se dirent au revoir jusqu’au surlendemain.

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