Poussé par les vents alizés, un voilier croisait dans son sillage des dauphins qui l’escortaient joyeusement.
En route vers Saint-Jacques-de-Compostelle, les voyageurs, des pèlerins psalmodiaient des prières, dans l’attente de la grande rencontre avec l’esprit divin.
Soudain, une île qui n’était pas répertoriée sur les cartes maritimes faillit surprendre le timonier qui esquiva de justesse un récif non signalé sur son guide de navigation.
Le capitaine jugea prudent de mouiller au large et il envoya des volontaires, matelots et pèlerins pour moitié, partir en reconnaissance.
En accostant, les expéditionnaires qui comptaient deux femmes, Madeleine et Flore, spécialisées dans la botanique, découvrirent un univers insulaire riche en couleurs. Oiseaux, papillons, arbres-fleurs et étendues d’eau douce offraient des beautés à couper le souffle.
L’un des pèlerins, fin cuisinier, mit à cuire sur un feu de bois mort improvisé des mets récoltés sur la plage, coquillages divers, crabes que chacun savoura en buvant de l’eau emportée et stockée dans un tonnelet.
Les matelots montèrent des tentes et après avoir observé les étoiles, chacun s’endormit, attendant le lendemain pour explorer l’île en profondeur.
De bon matin, la petite troupe se mit en marche, découvrant peu à peu les trésors de l’île.
Licornes, oiseaux de feu, biches et fleurs cristallisées s’offraient à eux.
Madeleine et Flore mirent les fleurs en sachets pour les observer à loisir à l’aide de leur microscope dans le bateau.
On laissa de côté des fruits et des champignons inconnus de crainte d’un empoisonnement.
Les deux herboristes mirent des gants pour prélever des échantillons.
Pendant ce temps, le commandant de bord du voilier fit mettre une chaloupe à la mer pour envoyer dans l’île des experts en bois précieux et des guerriers pouvant défendre les compagnons si besoin était.
Le premier commando découvrit au terme d’une longue marche une maison de verre au cœur d’une clairière où chantait une fontaine en coquillages. Il n’y avait personne pour les accueillir et les explorateurs franchirent une porte de cristal pour recevoir la caresse d’un univers lumineux.
Un mobilier féerique donnait à cet intérieur élégant une touche fantastique tout à fait hors du temps.
« Prenez place dit une voix, on va vous servir les rafraîchissements d’usage. Vous avez tant marché que vous avez besoin de vous ressourcer ».
Des mains ailées posèrent des bols et des carafes ainsi que des timbales sur une table biseautée. Riz au crabe, salades composées aux œufs de caille, poisson cru cuit au citron et servi avec du lait de coco, porc au caramel offraient un large éventail de plats pour satisfaire tous les goûts.
Quatre paires de mains ailées disposèrent des coupelles de riz nature et versèrent du lait de coco et des jus de fruits dans des gobelets d’argent.
Chacun mangea et but à satiété, appréciant la qualité et la diversité des produits proposés.
« Nous demanderons quelques recettes » dit Madeleine à la fin du repas et cette proposition plut à tous.
« Qu’à cela ne tienne : je vais vous les imprimer sur le champ » répondit une jolie voix et comme par enchantement, alors que les petites mains avaient débarrassé et nettoyé la table, des parchemins en papier de riz portant les recettes calligraphiées à l’encre de Chine tombèrent en pluie devant chaque invité.
Puis la jolie voix cristalline leur enjoignit de se reposer dans leur chambre après s’être détendus dans un bain parfumé.
Chaque personne fut guidée par des mains gantées et prit possession d’un magnifique havre de paix, clair, joliment meublé et habité par une musique divine.
Madeleine et Flore partagèrent la même chambre, attention que les jeunes filles apprécièrent.
« Si ce n’est pas une dérive satanique destinée à nous écarter du pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, alors c’est un avant-goût paradisiaque dit Flore, ce à quoi la voix cristalline répondit
Ne craignez aucun maléfice ; cette île a été mise sur votre route pour vous aider à vaincre les difficultés qui vous attendent ».
Rassurées par ces propos tout en gardant une réserve imposée par la prudence, les jeunes filles s’endormirent après avoir prié.
Le deuxième commando établit un feu de camp à l’abri des cocotiers, mangea des victuailles emportées dans ses bagages et dormit sous une tente solidement ancrée.
« Demain nous irons à la rencontre de nos camarades et nous ne manquerons pas de couper quelques arbres en bois précieux car c’est aussi le but de notre mission » dit le chef de l’expédition, Pierre de Paimpol, réputé pour sa sagesse et ses connaissances forestières.
La lune éclaira l’île, la nimbant d’une lumière où flottaient des créatures fantastiques qui n’avaient pas encore été vues dans le monde d’où venaient les pèlerins.

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