mercredi 27 août 2025

Eudes de Valois

 

 


Tandis que Mathilde d’Artois espérait le retour de son époux, les duchés voisins, dépourvus de leurs seigneurs, connaissaient des troubles profonds. Les duchesses peinaient à maintenir l’ordre et les jacqueries se multipliaient.

Par chance, il n’y avait rien de tel au duché d’Anjou car le sénéchal Eudes de Valois veillait à ce que le calme règne. Il parcourait le duché à cheval, parlant aux paysans, les secourant en cas de grêle ou de mauvaises récoltes. Le soir, il mangeait avec les guerriers restés au château et se tenait respectueusement à l’écart de la duchesse.

Or, un jour, un émissaire vêtu de noir, vint annoncer à la duchesse la mort de son mari. Après de magnifiques actes de bravoure, il avait succombé à une épidémie de choléra qui avait balayé de nombreux chevaliers. Le roi lui-même avait été atteint par ce fléau et il avait échappé d’un cheveu à la mort. L’armée royale défaite par la fatalité s’était repliée et les survivants s’apprêtaient à regagner leurs fiefs.

Mathilde versa des larmes, prit le deuil et prévint ses joyaux, Ambre et Andréa que le Seigneur suprême avait rappelé leur père dans les cieux.

Un an plus tard, alors que le duché continuait à prospérer grâce à l’action du sénéchal, Mathilde envisagea d’épouser celui qui avait assuré la stabilité de son fief.

Il n’était pas coutumier que les femmes gouvernent c’est pourquoi il était bon qu’une figure virile s’impose dans la gouvernance.

Eudes de Valois était le prétendant idéal. Il était noble et s’il n’était pas à la tête de son fief c’est qu’un ancêtre avait dilapidé son bien au jeu.

Il avait endossé le statut de sénéchal avec courage et détermination.

De plus, il admirait secrètement la duchesse, la trouvant si attirante qu’il s’en éloignait prudemment, redoutant un débordement qu’il ne pourrait pas maîtriser.

C’est pourquoi, lorsque Mathilde lui présenta timidement un projet de mariage pour le bonheur de leurs sujets, il réprima un mouvement de tendresse et répondit à sa dame qu’il en irait selon son désir.

Les noces furent sobres. Il n’y eut pas de repas fastueux et la chaise de Philibert d’Anjou demeura consacrée.

La nuit de noces fut très particulière. Mathilde avait gardé le souvenir des étreintes fougueuses de Philibert et elle éprouvait une sorte d’appréhension.

Eudes la mit à l’aise en faisant preuve d’une telle tendresse qu’elle se fondit en lui dans un mouvement proche de l’extase.

Les nuits se succédèrent de la même manière si bien que le résultat ne se fit pas attendre. Mathilde eut la conviction de porter un enfant.

Eudes la choya et la dorlota, respectant son repos. Il apportait ses repas, veillant à ce qu’ils respectent un équilibre tout en satisfaisant ses désirs gourmands.

Il avait fait installer un lit de camp près de l’alcôve et après avoir caressé et embrassé sa magnifique épouse, il dormait à ses côtés de manière spartiate pour le repos de la future mère.

Comme la première fois, deux beaux enfants naquirent de cette union.

La petite fille était si belle, si dorée qu’on la prénomma Melyne, ce qui signifie abeille. «  Comme l’insecte d’or dont elle porte le nom, elle apportera le bonheur et la lumière » dit son père inondé de tendresse et il embrassa la mère en remerciement de ce cadeau inestimable.

Ange fut le prénom choisi pour le petit garçon, doux, romantique et avide d’affection.

Eudes se félicita de la perfection de ses traits et de la robustesse de son petit corps agile.

«  Il a hérité de votre beauté, ma tendre amie et si je ne me retenais pas, je le couvrirais de baisers » dit-il avec une infinie tendresse à Mathilde et pour la première fois depuis de longs mois d’abstinence, il l’étreignit avec ferveur, heureux de sentir le corps de son adorée se fondre en lui comme la première fois.

On fêta l’heureux événement et une belle table fut dressée pour accueillir les représentants de chaque famille.

Les jumeaux de l’amour fou, Ambre et Andréa félicitèrent leur mère d’avoir mis au monde de si beaux enfants prometteurs d’avenir puis ils demandèrent l’autorisation de partir vivre dans le duché provençal de leur tante paternelle Charlotte de Vienne.

Veuve et sans enfant, elle souhaitait la présence de ses neveux pour l’aider à gouverner.

«  Nous ne vous oublierons pas, Mère mais il est sage que nous trouvions un autre foyer pour que vous vous épanouissiez totalement dans votre nouveau rôle de mère et d’éducatrice » dit posément Andréa et chacun admira sa sagesse.

Demeuré seul maître à bord, Eudes de Valois ne changea pas d’un iota et le couple vogua dans un nuage de bonheur qui semblait devoir durer tout le reste de leurs jours.

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