mardi 19 mai 2026

Hommage à Dany

 



Dany, alias Daniel Cordier, alias Alain, le philosophe, alias Caracalla, je te voue une immense admiration.

À 19 ans, tu pars sans hésiter à Londres pour répondre à l’appel du Général de Gaulle, toi qui vis dans un milieu bourgeois où il fait bon vivre et après avoir rêvé un instant à un baroud d’honneur avec tes copains face aux Allemands pour venger l’honneur de la France, tu suis un entraînement intensif Outre-Manche et lorsqu’on te propose de revenir sur le sol natal, tu emportes avec toi une ampoule de cyanure pour le cas où tu serais pris par la, gestapo !

Choisi par Jean Moulin dont tu ne connais que le nom de code, Rex, tu es son secrétaire et l’administrateur de toutes les besognes conçues par ce chef dont tu admires la vive intelligence et le sens patriotique porté à l’extrême.

Après avoir lu mille page qui décrivent par le menu les tâches ingrates et difficiles que tu exécutes sans broncher, allant de çi, de là, d’un extrême de grande ville à un autre, risquant à tout instant une arrestation, je garde de toi un portrait en creux, celui de Jean Moulin dont tu crains l’issue fatale tant les divisions des réseaux étaient fortes.

Restant des heures aux aguets, guettant la lueur de la lampe dans la chambre obstinément vouée au noir, tu ne te soucies pas de ton confort et lorsque la silhouette de Rex se découpe sous le porche d’une rue peut-être transformée en souricière, tu respires, heureux de le voir encore soustrait à l’arrestation qui ne manquera pas d’arriver.

Quant à toi, Dany, sauf par dénonciation d’un Judas de groupe, tu ne risques rien. Tu t’es toujours demandé pourquoi Rex t’avait choisi et la réponse apparaît en filigrane avec une éblouissante clarté, mais parce que tu étais un charmant jeune homme, je dirais presque un enfant et que personne ne peut soupçonner que tu manies un révolver comme personne et que tous les sports de combat te sont familiers.

Avec l’écharpe bleue offerte un jour par Rex et que tu as gardée encore aujourd’hui, la portant parfois, tu erres dans notre imaginaire et nous savons, Dany, que si une dizaine de jeunes gens à ton image avaient entouré et veillé le grand Rex, jamais il n’aurait été pris car tu étais son double et qu’à vous deux vous aviez la même âme d’enfant.

Merci Dany d’avoir existé, de nous avoir laissé ces précieux souvenirs et de vivre encore avec l’étincelle de la jeunesse dans ton regard vif de nonagénaire !       

lundi 18 mai 2026

Dentelles et cotriades

 



Au fil des jours, Aurore sentait poindre en son cœur une véritable coiffe d’amour pour ce terroir en granit rose.

Chaque matin, elle assistait au retour des pêcheurs, admirant ce qu’ils avaient pris dans leurs filets, daurades et coquilles Saint Jacques notamment.

Elle apprit à cuisiner la cotriade, achetant le bonheur du marché, maquereaux, grondins, vieilles, moules, coques, crevettes et langoustines. Elle n’oubliait ni les tranches de pain beurré ni le vin blanc sec qui donnaient une touche gourmande à ce plat traditionnel. Le muscadet eut sa préférence ; elle en buvait peu pour respecter l’harmonie des équilibres.

Elle aimait regarder les dentellières et décora chaque pièce de son cottage de napperons et de chemins de table. Elle portait une mantille et envisageait de choisir une coiffe .

«  Elle vous irait à ravir. Puis-je me permettre de vous l’offrir » dit une voix masculine alors qu’elle examinait une coiffe de sa main gantée.

Elle découvrit un jeune homme vêtu d’un costume de velours noir portant le traditionnel chapeau à rubans breton. Il souriait et Aurore apprécia sa charmante proposition.

Coiffée de dentelle, elle se sentait bretonne et brûlait de retrouver le Johnnie qui avait éveillé sa sensibilité de jeune fille.

Son admirateur se nommait Gilles Le Guen et il était peintre. Ils fêtèrent leur rencontre en savourant une cotriade à La Marée Bleue, restaurant réputé pour la qualité de ses plats et l’excellence de son service. Gilles lui parla de son art et souhaita sa présence dans son atelier.

Ils se séparèrent sur cette promesse et Aurore revint chez elle, le cœur léger, délivrée de l’obsession de problématiques retrouvailles avec l’élu de son cœur d’adolescente.

 

 

 

dimanche 17 mai 2026

Breizh nid d'amour





«  J’aime Paimpol et sa falaise

Son église et son grand Pardon

J’aime surtout la Paimpolaise

Qui m’attend au pays breton ».

Les Johnnies revinrent sans l’objet des pensées d’ Aurore mais cette fois, un barde les accompagnait.

Les chansons de Théodore Botrel fleurirent en Cornouaille, ravivant les émotions de la duchesse.

Rose affréta un voilier qu’elle garnit de coffres au contenu précieux : les denrées alternaient avec la lingerie, les toilettes élégantes, des articles de toilette et de parfumerie sans oublier les cadeaux à offrir pour trouver le chemin menant à Jehan de Roscoff.

Elle pressa son amie de prendre la mer et d’aller à la rencontre de celui qui lui avait fait chavirer le cœur.

«  J’espère qu’il vous apportera le bonheur » dit Dorian et il insista pour que la jeune fille accepte une parure ducale pour sublimer une tenue de voyage.

Aurore prit congé de ses amis en leur promettant de leur donner des nouvelles.

Le capitaine leva l’ancre et le voilier Perle d’amour fendit les flots, emportant la jeune fille et ses rêves.

Le barde accompagnait Aurore et il avait juré au duc de Cornouaille qu’il prendrait soin de la duchesse.

Ils arrivèrent sans encombre à Roscoff. Le barde Yvon de Trégastel fit décharger les coffres après avoir retenu une maison de pêcheur confortable pour permettre à Aurore d’avancer dans la recherche du grand amour.

vendredi 15 mai 2026

La petite duchesse

 




Aurore du Hainaut, orpheline à l’âge de six ans, fut confiée à une nourrice qui l’emmena dans sa modeste maison pour l’élever selon ses critères ancestraux.

Il y avait un beau jardin et la petite fille aimait regarder les papillons et respirer les parfums de la roseraie.

Son château fut vendu et son tuteur, grand-duc de Mortefontaine déposa le montant de la vente sous forme de lingots d’or chez le notaire afin de constituer une dot pour la petite duchesse.

Aurore entreprit des études dans un pensionnat où les orphelines étaient nombreuses.

De petits groupes se formèrent par affinités et Aurore se rapprocha de Rose du Quesnoy dont le teint frais et les tresses blondes semblaient être le symbole de sa belle province d’origine.

Rose et Aurore devinrent inséparables et lorsque l’on vint chercher Rose pour la marier à un lord anglais, amateur de vin français, de littérature et d’art, la jeune fille mit une condition à son mariage, la présence à ses côtés de son amie Aurore.

Aurore franchit la Manche à contre-cœur ; en amie fidèle, elle ne voulait pas laisser Rose voguer seule vers l’inconnu.

Dorian de Cornouailles, le prétendant ducal, était un gentilhomme accompli. Sa prestance et sa beauté n’avaient d’égales que sa culture et sa pratique de la langue française.

Rose se laissa conquérir en franchissant les étapes de la Carte du Tendre par inclination.

Aurore aimait arpenter les plages et guettait la venue des Johnnies, ces jeunes bretons venus vendre les beaux oignons de Roscoff.

Les cuisiniers du château faisaient honneur à ces produits en les sublimant sous forme de tourtes où le cheddar offrait une note british.

Les soupes à l’oignon flattaient le palais des convives qui se félicitaient de cet apport de qualité.

Aurore apprit à manier la langue celtique au contact des vendeurs qui avaient pris la mer avec témérité.

L’un d’eux, Jehan de Paimpol aux beaux yeux bleus, vêtu élégamment d’un costume breton brodé l’émut par sa courtoisie et son art de converser.

Elle attendait sa venue, le cœur battant et l’année où il ne vint pas, elle sombra dans une profonde mélancolie.