Il était une
fois une couturière dont chacun, au village, se plaisait à dire qu'elle avait
des doigts de fée tant ses ouvrages délicats étaient originaux, précis et
conformes à la personnalité de celle qui avait passé commande.
Elle
confectionnait également des chapeaux et toutes sortes d'accessoires et l'on
murmurait que toutes ses créations étaient dignes d'une reine.
Un jour, on
lui apporta un pli scellé. Il contenait un dé ouvragé et ciselé ainsi qu'une
commande mystérieuse ainsi libellée : Tenue royale d'apparat.
Pas la
moindre mesure et aucune signalétique !
Sans doute
faudrait-il attendre les consignes suivantes !
Effectivement,
quelques jours plus tard, un carrosse s'arrêta à sa porte et une ravissante
créature, vêtue de moire ornée de roses en descendit.
" J'ai
besoin d'une robe extraordinaire" dit l'apparition en s'éventant avec
délicatesse et un laquais apporta des rouleaux de soie et de velours ainsi
qu'un assortiment de fils, de boutons, agrafes et perles.
Une paire de
ciseaux, du strass et de la laine à broder complétaient la magnifique panoplie.
Pauline prit
les mesures de la princesse avec une infinie déférence et lui demanda quelques
informations complémentaires pour que l'ouvrage corresponde à ses attentes.
La princesse
lui laissait carte blanche mais elle précisa qu'une traîne serait la bienvenue
de même qu'un mantelet, des gants et une capeline assortis.
Concernant
les broderies, elle lui laissait le soin de de donner libre cours à son
imagination, s'attendant à un chef d'oeuvre.
Elles
convinrent d'un jour pour le premier essayage et la princesse reprit la route,
non sans avoir offert à la jeune femme une bourse de pièces d'or et un coffret
de mignardises, de pâtés en croute et de feuilletés qu'il suffirait de
réchauffer pour en goûter les délicates saveurs.
Tout
étourdie par le souvenir de cette apparition, Pauline dégusta les mets
princiers et ferma sa porte afin de prendre un repos nécessaire à la réflexion
créatrice.
Le
lendemain, elle élabora mille et un croquis, cherchant en vain la ligne royale
dont elle rêvait.
De guerre
lasse, elle choisit une pièce de percale qui restait d'un trousseau, mit le dé
qu'on lui avait confié avec la commande et s'apprêta à coudre une robe d'enfant
ou de poupée afin de trouver un dérivatif.
Et c'est
alors que le dé donna une inflexion à son doigt qui lui ouvrit un chemin de
rêve. La robe d'enfant était une pure merveille.
Alors
Pauline s'empara des ciseaux et coupa dans la soie et la dentelle des morceaux
de choix dont elle fit ensuite un assemblage magique.C'est bien une tenue de
rêve qu'elle cousit et elle ne s'arrêta que lorsque l'ouvrage serait achevé
dans ses grandes lignes.
Jamais robe
ne fut plus proche de la perfection.
Les jours
suivants, elle conçut la traîne, le manteau d'apparat et la capeline qu'elle
orna de roses de soie.
Le jour de
l'essayage, la princesse revêtit la tenue de rêve et elle en fut si heureuse
qu'elle offrit en retour un petit coffre ouvragé empli de louis d'or et de
bijoux précieux. Une nouvelle fois, elle tint à récompenser l'artiste par un
don de mets savoureux.
Pauline
n'aurait plus qu'à en terminer avec des broderies et des entrelacs de perles et
de pierres colorées.
C'est un
laquais qui vint chercher la parure complète. Des cadeaux somptueux furent à
nouveau offerts mais ce qui causa le plus grand plaisir à la talentueuse
couturière fut une invitation à participer au mariage de la princesse Rose
Amour.
Ce qu'elle
trouva dans une enveloppe la remplit d'allégresse car elle apprit par un décret
que dorénavant, elle serait au service de sa dame et qu'un avenir brillant lui
était réservé.
La reine
l'anoblit et l'incita à porter son dé en sautoir car il était digne de son
talent.
" D'or
et d'argent, dé de fée, tu assembleras les nuages pour en faire de magiques
créations" telle fut la devise de la comtesse Pauline à qui on destina un
chevalier digne de sa beauté et de son éclat.
C'est ainsi
que le dé et la devise devinrent l'apanage de sa descendance.
Ainsi finit
le conte du dé enchanté et gageons que nous retrouverons ses héros dans
d'autres histoires car les conteuses aiment à embellir les souvenirs légués par
la tradition et l'amour des beaux ouvrages qui ont fait la gloire des dames à
travers le temps.