mardi 4 août 2026

Dorian de Brocéliande

 

 

 


Lorsque le comte Louis de Barenton rendit son âme à Dieu, son fils aîné Dorian prit la suite de son duché et songea instantanément à réunir les chevaliers bretons pour qu’une belle unité les préserve de toute invasion possible ou de toute révolte inopinée qui mettrait l’ordre établi en question.

Il se recueillait souvent dans l’église de Tréhorenteuc car son père lui avait confié un soir l’extraordinaire révélation qu’il avait eue en comparant la figure centrale d’un vitrail avec la silhouette et le visage de sa mère, la belle Gwendoline, retirée dans son village natal avec son dernier enfant, la petite Cordélia qu’elle voulait soustraire au poids du chagrin éprouvé par toute la maisonnée du Pas du Houx, jadis son refuge.

Un jour, au retour de l’une de ses méditations, Dorian vit apparaître, au détour du chemin, l’extraordinaire cerf blanc, suivi par une biche et son faon.

Cet animal fabuleux semblait l’attendre car il s’éloigna à petites foulées, se retournant parfois pour s’assurer que le jeune chevalier le suivait bien.

Dorian aperçut une jolie clairière et il distingua nettement une jolie maison de briques roses qui s’illumina spontanément à son approche. Le cerf, la biche et le faon ayant disparu, Dorian pensa qu’il était au terme du voyage.

Après avoir activé le heurtoir il s’entendit dire par une voix féminine mélodieuse qu’il pouvait entrer.

L’apparition, car c’en était une, par son incomparable beauté et la splendeur de son sourire, lui offrit un siège orné d’une tapisserie qui lui rappela les travaux de sa mère, brodeuse hors pair.

Il s’y lova avec bonheur et une collation de crêpes, de confiture et un pichet de cidre apparurent  sur un guéridon, pour son plus grand bonheur.

Il but à longues gorgées ce cidre artisanal qui le rafraîchit instantanément.

Les crêpes lui semblèrent délicieuses, fines et légères à souhait.

Lorsqu’il voulut remercier son aimable hôtesse, il se retrouva sur le chemin qui le conduisait au Pas du Houx.

La maison et cette femme radieuse avaient disparu, le laissant songeur et enamouré.

Par la suite, il refit mille et une fois le trajet qui l’avait conduit sur la route du rêve, sans succès.

Plus de cerf blanc ni de biche, encore moins de faon !

Il demanda à un peintre de réaliser un tableau conforme à sa vision : la maison fut si proche de la réalité qu’on ne douta pas de la trouver en optimisant des recherches approfondies.

Quant au tableau représentant la jeune beauté, il fut si beau, de retouches en retouches, que le pinceau échappa aux mains du jeune artiste :

« Si une telle beauté existe sur terre, je veux bien croire à toutes les divinités du monde celtique » dit Virgile, le jeune artiste peintre qui sombra ensuite dans une langueur proche de l’extase.

« Je ne connais même pas son prénom », soupirait le jeune chevalier et il lui en prêtait, parmi les plus beaux mais aucun ne lui semblait être à la hauteur de sa beauté.

Iris, Ophélia, Célia, Cressida, Eléonore moururent sur ses lèvres.

Il parcourut sans cesse l’itinéraire supposé à partir de l’église mais aucun domicile n’apparut dans la circonférence étudiée.

De guerre lasse, il en vint à conclure qu’il avait été sujet à une hallucination et il tenta de chasser ce souvenir merveilleux dans le palais de sa mémoire.

D’ailleurs, le temps n’était plus à la rêverie car on lui rapporta que des tambours de guerre frémissaient sur l’île de Man et que les descendants d’ Harold le Sanguinaire et autres sbires songeaient à prendre leur revanche sur les chevaliers bretons.

La belle inconnue vécut dans le miroir de son âme tandis qu’il mettait sur pied une armée capable de repousser les agresseurs.

«  Il faut les prendre de vitesse et ne plus les laisser s’avancer près de nos rivières et de nos forêts » dit-il à ses partenaires.

Ils arrivèrent juste au moment où les ennemis s’apprêtaient à débarquer.

Force flèches enflammées et jets de javelots eurent raison de ces enragés qui firent demi-tour en les maudissant.

Ce souci majeur écarté, Dorian reçut l’hommage de ses troupes qui lui décernèrent le titre de Dorian de Brocéliande tant il avait porté haut les couleurs de la terre légendaire et c’est en revenant chez lui que la belle Clélia apparut dans son champ de mire, un bouquet de lys dans les bras.

Il se pencha vers la belle de ses rêves, l’enlaça tendrement et ils s’en allèrent tous deux vers le château du seigneur qui ordonna l’élaboration d’une suite princière pour sa future femme.

Clélia lui confia que sa marraine, une fée bienveillante, avait situé sa demeure dans un halo introuvable afin que des êtres malveillants ne puissent pas s’emparer de sa personne.

Des recherches positives ayant confirmé que le jeune Dorian méritait qu’on lui accorde toute sa confiance, la fée avait consenti à la faire réapparaître sur le chemin victorieux du Pas du Houx où la jeune femme résiderait dorénavant en épouse digne de louanges et promise à l’amour.

 

 

 

 

Don de la fée Nymphéa

 



Venue des profondeurs nacrées de l’océan, la fée Nymphéa attira Johnny, le rocker sacré des paradis perdus, en battant des ailes aux ocelles azurés.

Ce battement donna un rythme composé qui permit au chanteur de revenir sur scène, l’espace d’un concert.

Accompagné par ses musiciens fétiches, Zlap, à l’harmonica, Yvan au piano et à la clarinette, des guitaristes aux doigts d’airain, Johnny interpréta des chansons de son répertoire varié allant de l’amour à la quête des enfers.

Bondissant sur sa moto fétiche, du bleu intense de ses yeux, il disparut dans un cercle d’or, rejoignant la fée Sequana sur son destrier d’argent.

Doublant ainsi l’apparition magique d’un soir de grand spectacle, Johnny interpréta des airs magiques, Allumer le feu, Que je t’aime, Retiens la nuit, Gabrielle et imprima sur les vagues du fleuve à l’origine de Paris, les soupirs pleins d’amour de la ville mythique.

Sa présence ainsi marquée pour une Olympiade hors norme, il se laissa emporter par une licorne immaculée, dernier cadeau de Nymphéa et regagna son nuage doré ourlé de pourpre pour méditer un retour triomphal prochain.

Roxane


Roxane, ma belle, mon asphodèle, je te découvre dans ta splendide nudité et je t'embrasse et t'enlace en souhaitant que ce désir de toi jamais ne meure !
Pour toi, ma reine, j'accomplirai mille et un exploits, je t'aimerai tant qu'il ne restera de ton âme que le reflet de mon amour et j'attendrai patiemment qu'il nous vienne un enfant !
Roxane, ma tourterelle, je te sens toute frémissante, enracinée en ma force d'amant éperdu et je redouble mes baisers, profonds et pleins de rêves inédits.
Roxane, ma fraise des bois, je t'aime à la folie et j'imagine que nos étreintes jamais ne prendront fin.
Mais un aigle venu du crépuscule emporta la belle Roxane, à la chair d'enfant blond et aux yeux de diamant et le chevalier mourut de désespoir d'avoir perdu l'unique désir de sa vie !

lundi 3 août 2026

La forêt de Mormal

 

 

 

 



Les jours suivants, Ophélie arpenta les rues de Maroilles tout en songeant au legs épistolaire de sa grand-mère.

Elle se revoyait, chantant d’incroyables compositions qu’elle croyait originales et qui n’étaient, en fait, que la réminiscence de la bulle-souvenir attachée à Soraya, sa grand-mère chérie.

Lors de ses déambulations dans le petit village, elle n’apprit rien de notable à part le fait que sa grand-mère était très estimée : on parlait de ses dessins, ses dentelles, ses broderies et surtout de sa grandeur d’âme et sa générosité.

Pour opérer un parfait retour aux sources, Ophélie programma une excursion dans la forêt de Mormal où sa grand-mère aimait se rendre afin de collecter les champignons, les fleurs et les plantes dont elle ferait bon usage sur le plan artistique ou gastronomique.

Elle demanda à Françoise de lui préparer un pique-nique et fit appel à un cocher ami de sa famille pour qu’il l’emmène, en calèche, dans la forêt profonde où les chevreuils, les sangliers et les cerfs apparaissaient aux élus des Dryades.

Ils firent halte dans une clairière. Ophélie explora les alentours, cueillit quelques pervenches et du muguet.

Soudain, alors qu’elle s’apprêtait à rebrousser chemin, une fillette de cinq ans lui apparut, pieds nus, cheveux épars et chemise longue, vaporeuse, déchirée par les ronces. Elle pleurait et semblait perdue dans cet univers hostile aux yeux d’une enfant.

Ophélie l’emmena jusqu’à la clairière et disposa les préparations de Françoise sur un tapis d’orient ramené de ses voyages au pas de danse.

La petite choisit sans hésiter un sandwich au fromage et l’engloutit sans faire de manières. Elle but le contenu d’une gourde au sirop de cassis-maison puis s’endormit, les bras en croix.

Emue par ce spectacle, Ophélie s’empara de son calepin et dessina l’enfant. Puis elle composa un chant :

« Colombes du Djurdjura, coiffez cette enfant d’une couronne de roses car elle est la reine de vos montagnes. Un souffle de vent l’a emportée dans la forêt de Mormal où le destin m’a conduite pour que je l’élève selon nos ancestrales traditions ».

 Ensuite, Ophélie, pieds nus à son tour, se mit à danser au son d’un tambourin.

Un cerf apparut puis un chevreuil et enfin des sangliers pleins de vitalité se bousculèrent sur les bords des fossés.

Ophélie enveloppa l’enfant dans un manteau de laine qu’elle emportait toujours et elles parvinrent aux Bleuets.

Elle coucha l’enfant dans un petit lit près du sien et toutes deux firent des rêves où elles se rejoignaient comme deux âmes perdues du Djurdjura.