mercredi 12 août 2026

Chez Marius




Après le bol rituel de café-chicorée au lait cru et les tartines beurrées à la motte de la ferme voisine, Max se rendit au café « Chez Marius » afin de prendre le pouls du voisinage.

Heureux de revoir son célèbre client, Marius lui apporta un assortiment de macarons, de palets de dame et un chocolat mousseux.

En dégustant toutes ces douceurs, Max attendit que Marius, affairé à servir des bières et des verres de genièvre à ses habitués, soit libre pour venir lui tenir compagnie.

Marius s’assit sans plus de façon avec une théière fleurant bon le jasmin et servit Max qui accepta le breuvage en se disant que le patron lui apporterait peut-être un élément clef qui le conduirait à la jeune disparue. 

« Nous avons reçu la visite d’un journaliste, commença Marius. Il a pris beaucoup de photos du café et il a posé des questions aux clients qui n’ont pu le satisfaire car, en réalité, personne ne sait rien.

Ils ont tout de même réussi, à La Voix du Nord, à broder sur l’affaire qui, je l’espère n’en est pas une, en titrant : La mer de Fleur-Lez-Lys a encore frappé !

Ils nous ont présentés comme des sortes de rustres incapables de raisonner et de parler avec élégance ».

Max convint que ces journalistes n’avaient pas respecté la déontologie professorale qui leur imposait de vérifier leurs dires mais il souligna le bon côté des choses : personne ne savait rien au sujet de la disparition d’Astrid. Toutes les voies, y compris positives, étaient donc ouvertes.

Sur ces entrefaites, une jeune fille à l’éblouissante chevelure blonde pénétra dans le café.

Elle prit place en plein milieu de la salle, laissant un rayon de soleil jouer dans ses cheveux attachés par un joli ruban doré, à l’ancienne, ce qui lui conférait un air princier.

Elle commanda un cappuccino et quelques mignardises, notamment des cannelés qu’elle dégusta avec gourmandise.

Comme elle ne paraissait pas farouche, Max tenta de se rapprocher de cette émule de Vénus et profita du fait qu’elle avait sorti un petit carnet et un stylo plume or pour lui parler ainsi :

«  Rien ne vaut ces plumes, elles courent sur le papier comme si elles étaient dotées d’ailes.

Si vous les aimez, rejoignez-moi, je vous coucherai peut-être sur le papier glacé de mes souvenirs ».

Max saisit la balle au bond, la rejoignit en restant fidèle au thé au jasmin et ils devisèrent gaiement comme deux écoliers en vacances.

Le lendemain, il trouva près de son bol un exemplaire du journal Nord Matin dont un titre retint son attention : L’inspecteur Max Lambert est sur une piste !

L’article signé par une certaine Jade lui arracha un sourire.

Ainsi il avait été piégé à son tour.

Décidément «  Chez Marius » devenait une plaque tournante pour les pigistes de tous bords.

La Voix du Nord puis Nord Matin, à qui le tour à présent, pensa-t-il et en lisant l’article, bien écrit du reste, il découvrit, une fois de plus, que les journalistes se contentaient de broder sur mille riens qui ne menaient nulle part.  

mardi 11 août 2026

Destinée in blue

 

 

 

 



«  Destinée

On était tous les deux destinés

A voir nos chemins se rencontrer

A s’aimer sans demander pourquoi

Toi et Moi » .

Poursuivi par le Toi et Moi musical de Guy Marchand , Vincent effeuilla des roses en chemin, espérant faire naître une Esméralda des pavés de Ménilmontant.

Laurie, Gwendoline et Myriam vinrent à sa rencontre et ils formèrent un chœur destiné aux vendanges de l’amour.

Ce fut une belle journée couleur turquoise et or

«  Destinée

Inutile de fuir ou de lutter

C’est écrit dans notre destinée

Tu ne pourras pas y échapper

C’est gravé ».

Sur l’horloge du temps, marbrée, Vincent grava le nom d’une belle inconnue rencontrée furtivement au petit matin et s’endormit à l’ombre de ses grands yeux.

lundi 10 août 2026

La Mer de Fleur-les -Lys

 

 



De retour dans son village natal des Hauts de France, Fleur-Lez-Lys, Max Lambert respira le parfum des lilas en fleurs qui ornaient la cour de sa maison d’antan, rénovée à grands renforts de travaux visant à perfectionner le confort et l’élégance des pièces.

Un poêle  Godin lui rappelait l’unique témoin de luxe dont sa grand-mère s’était permis l’octroi.

Le chat Pompon ronronnait avec bonheur sur son coussin moelleux.

Max avait souhaité que l’on ajoute une aile à la maison de briques rouges dont l’architecture modeste s’harmonisait avec l’environnement façonné par le voisinage tumultueux de familles et représentants uniques d’une vie brisée.

Cette aile moderne comprenait une cuisine flamboyante où tout avait été conçu pour réaliser les bons plats traditionnels, Langue de Lucullus, Andouille de Cambrai, Waterzoi de poulet ou de poisson , Tartes des Ducasses, gâteaux porte-bonheur comme le Moka ou le Baba au Rhum.

Une cuisinière Rosières attirait le regard de même qu’une batterie de cuisine en cuivre.

Des robots de toutes sortes aideraient la personne prédisposée aux petits plats à réaliser mille et une merveilles dont Max comptait bien se régaler.

La petite fille d’Yvonne, l’aide-ménagère de sa mère, Angèle, avait accepté de se charger de l’entretien de la maison et l’ordonnance des menus.

Elle avait hérité des vertus de sa grand-mère, ce dont Max se félicitait comme d’un véritable bonheur.

Pour son arrivée, elle avait préparé un pâté de lapin aux noisettes qui plongea notre homme dans les délices de son enfance.

Un four alsacien permettait de réaliser pains de ménage et spécialités du Nord, pain d’épices, gaufrettes, palets de dames et mignardises de toutes sortes.

Par la suite, Max fit honneur à tous les plats préparés par Angèle, blanquette de veau, feuilletés de filets mignons, vol-au vent et saumon sous toutes ses formes.

Un jour, Angèle lui apporta triomphalement une carpe farcie aux champignons des bois.

La chair délicate de ce poisson rarement présenté ravit le pensionnaire de la maison de son enfance.

Angèle lui révéla que la carpe provenait de leur « mer » et qu’un pêcheur de ses amis la lui avait offerte pour rappeler des souvenirs à la personne qu’elle servait.

Un tourbillon d’images s’empara de Max et il se promit de courir, dès le lendemain, sur les lieux privilégiés de son enfance.

De même que le cheval d’orgueil piaffait dans une écurie imaginaire, de même, la mer était ainsi nommée pour évoquer un inconnu et une évasion maritime dans un pays ancré en un entourage de champs de blé.

La lointaine histoire de la commune, riche en combats et en illustrations littéraires et prestigieuses, s’était éteinte et le livre aux fermoirs d’argent qui contenait ses souvenirs s’était refermé à tout jamais.

Fleur-de-Bitume

 




La déesse aux grands yeux s’habille de lumière et sème au vent graines et fleurs séchées dont elle attend la magnificence estivale. Brebis et chamois l’escortent et creusent dans le roc un sentier escarpé qui la conduira jusqu’aux edelweiss, tapis sacré, prometteur de neiges éternelles.

Elle s’assied, la déesse, vêtue de doux angora, elle tient une lyre et chante une ode à la nature dont elle est le garant.

Si belle est la chanson qu’elle va, par-delà les montagnes et tombe dans l’oreille d’une jeune citadine bottée de cuir et enroulée dans un lainage vaporeux qui la rend fragile et attirante.

Fleur-de-Bitume, la jeune fille s’installe à un carrefour, danse comme Esméralda et chante une mélopée qui attire les passants.

On lui donne quelques pièces qui l’aideront à vivre et à nourrir son enfant.

La déesse aux grands yeux la protège de son aile et l’emmène dans un paradis où elle téléporte un petit cœur d’ange, une fille venue d’une mauvaise rencontre mais qui est pour sa mère un véritable trésor.

Marbre, bois et verre sont les matières qui forment le logement chaleureux et orné de miroirs peints de liserons, de glycines et aussi de lilas.

Les fleurs embaument les pièces, la cuisine a des saveurs épicées et chocolatées.

Sa bonne action accomplie, la déesse aux yeux de lumière, sœur d’Athéna reprend le chemin de l’Olympe et laisse dans son sillage des edelweiss de nacre aux reflets d’argent.