mercredi 3 juin 2026

Quête de l'orient

 

 


Cette quête de l’Orient menait bon train. Selon les données du carnet, Lola était remontée jusqu’aux croisades où un ancêtre de son père s’était illustré.

« Se pourrait-il qu’en fouillant le passé et en dialoguant avec un descendant de la Terre Sainte, elle ait ravivé les plaies de ceux qui avaient perdu une épouse chérie ou des enfants » ? se disaient-ils à mots couverts tant ce sujet était sensible.

Un nom revenait souvent, c’était celui du prince Abdallah. Il vivait dans un royaume situé en bord de mer, riche en perles et en or noir.

«  Je devrais peut-être m’y rendre et tâcher de savoir quels liens s’étaient noués entre Lola et le prince » dit Bertrand mais il avait à peine terminé sa phrase qu’un bruit singulier se fit entendre : c’était celui d’un cavalier.

Ce dernier attacha sa monture à la clôture des Bleuets et activa le heurtoir.

«  Je suis le prince Abdallah dit-il à son arrivée et je m’inquiète au sujet de la comtesse des Marches car elle m’a laissé sans nouvelle et sans explication. Elle m’a beaucoup parlé de vous, Dame Ophélie, c’est pourquoi j’ai pris la liberté de venir directement chez vous plutôt que de me rendre en son manoir » expliqua-t-il.

Le général Dutilleul se présenta et autour d’un thé à la menthe, il mit le prince au courant de leurs investigations.

Une délégation appartenant au prince apporta de jolis présents, colliers de perles, coffrets en nacre et bijoux artisanaux. Une tiare en diamants et une ceinture en or complétaient ce don oriental.

Ophélie remercia le prince de sa générosité et lui dit que le plus merveilleux des cadeaux serait le retour de Lola, saine et sauve.

Les deux hommes en convinrent et ils se rendirent au cimetière où tout avait commencé.

Ils notèrent que des fleurs fraîches avaient été déposées sur la tombe ce qui était sans nul doute le signe d’une Lola, vivante et cachée pour des raisons qu’ils ignoraient.

Ragaillardis par cette présence florale, le prince et le général convinrent que les recherches devaient se focaliser sur Maroilles où Lola se trouvait peut-être.

La route du jasmin

 

 



S’enfonçant dans le maquis bleuté des collines lointaines, la route du jasmin, scandée par les youyous des femmes du cortège, tremble au son des tambours et finit par aboutir, en pleine lumière, à la tente mariale dressée pour les amants.

Les étoiles du jasmin jonchent le sol et embaument l’azur tandis que l’on s’affaire, de part et d’autre, aux préparatifs du festin.

Méchoui, tajines de poulet aux amandes, pastilla poudrée de sucre glace pour voiler le feuilletage où se cachent les pigeons caramélisés, pâtisseries où abondent le miel, les dattes et les fruits confits au sein de jolis moulages de pâte fine comme le voile de la mariée, tentent les gourmets qui s’abreuvent de moka, de thé et de boissons pétillantes aromatisées à la réglisse, la rose et l’hibiscus.

Les mariés goûtent aux plats par souci de bienséance car ils savent à quel point cuisiniers et cuisinières se sont impliqués dans ce repas dédié à l’amour puis ils s’éclipsent après avoir remercié tous leurs amis et se dirigent vers la bulle cristalline qu’on leur a préparée pour abriter les élans de leur passion.

Le lendemain, toute la noce reprend la route du jasmin et s’en retourne à la ville où les attend la trépidante vie des activités techniques inventées par les hommes, désireux de voir progresser l’humanité.

Alanguis et heureux, les mariés s’endorment en se promettant de reprendre bientôt en guise de pèlerinage, la route du jasmin.

Le phénix

 

 



Renaissant de ses cendres, Johnny est apparu, une rose d’orient à la main.

Les accents de sa guitare deviennent mélopées et voluptés venues du fond des âges.

Il nous a tant aimés qu’il ne peut pas nous oublier.

Bondissant de nuage en nuage, il a fait une entrée spectaculaire, la pourpre des roses métamorphosée en carrosse tiré par ses chevaux camarguais.

Une fois de plus, ce fut une apothéose de chants rythmés par un orchestre de rêve où se mêlaient la flûte de Pan, l’harmonica et les guitares, le tout dominé par une batterie aux cuivres étincelant sous les spots lumineux.

Comme souvent, Johnny a terminé son tour de chant, à genoux, son poing ganté à la manière des fauconniers, pointé vers le ciel.

Un jeté de roses a libéré les émotions et nous sommes partis, heureux d’avoir vu, une fois de plus, renaître le Phénix.