samedi 7 février 2026

La fée des glaces

 


Dans son palais de glace, la fée Gladys préparait des aménagements qui pourraient contribuer au bonheur de ses sujets.

Son royaume était voisin de la Laponie où séjournait régulièrement le Père Noël, dirigeant d’immenses ateliers où s’affairaient des lutins qui croulaient sous le poids des commandes destinées aux enfants et aux personnes privilégiées, capables de conserver leur âme d’enfant.

La fée Gladys ne souhaitait rivaliser en aucune manière avec l’action bienfaisante du père Noel qui souhaitait apporter le bonheur à tous les enfants du monde, y compris les plus fragilisés par une vie précaire.

Une pluie de bonbons acidulés et vitaminés accompagnerait les jouets récréatifs, d’un ludisme opérant sur les connaissances du monde, fées volant à la manière d’un drone pour sauver une filleule en détresse, robot précepteur et briquettes facilitant le sens de l’architecture et de la construction inventive.

Des jouets anciens qui avaient néanmoins fait leurs preuves, poupées, voitures miniaturisées, jeux de société ne seraient pas oubliés.

Gladys, quant à elle, avait fait construire une patinoire où chacun pourrait chausser les patins d’argent des contes de fée pour évoluer sur la glace avec grâce, souplesse, sens artistique ou devenir un compétiteur en vitesse et poursuite.

Par ailleurs, elle remit à la mode les traineaux qui avaient tant contribué à magnifier la littérature russe, Le docteur Jivago, Guerre et Paix, Anna Karénine, Les Ames Mortes ainsi que des livres destinés à la jeunesse, tels Maroussia ou Michel Strogoff.

La fée des glaces songea aussi à créer des ateliers récréatifs où l’on apprendrait à construire des igloos et à réaliser de belles sculptures en glace.

Des poètes chanteraient la beauté des prismes bleutés et des chanteurs s’exerceraient à interpréter des hymnes si puissants qu’ils pourraient briser des flûtes de cristal réalisées dans les ateliers des maîtres du verre soufflé.

Par ailleurs, la fée de glace au cœur ardent créa une ligne haute couture pour tous les âges.

Les vêtements seraient confortables, doux, chauds sans que la fourrure des animaux soit mise à mal.

La fée déplorait la mise à mort de visons sous prétexte de virus susceptible de développer et de propager une maladie mortelle causée par les amateurs de manteaux de fourrure.

Les amoureux de la nature avaient beau protester contre ces pratiques mortifères, le désir de fourrure demeurait vivace, visant à l’élevage d’animaux que l’on supprimait ensuite sans remords à la moindre alerte.

Plutôt que de multiplier des interdits, Gladys promit une récompense pour chaque achat de fourrure synthétique, un manchon, un sac en imitation zibeline ou un livre de Sylvain Tesson, grand amoureux de la panthère des neiges.

Elle invita ce brillant écrivain à passer quelques jours en son palais, lui promettant un séjour riche en émotions et une chambre particulièrement douillette et décorée de paysages himalayens pour faciliter la course de sa plume sur une page immaculée.

Il vint, renouant ainsi avec les habitudes prises par les écrivains des siècles passés, Barbey d’Aurévilly à Labastide d’Armagnac, Honoré de Balzac en Touraine pour écrire Le Lys dans la Vallée et autres chefs d’œuvre, Chateaubriand en Amérique pour Atala, inscrivant leurs rêves dans la réalité d’un nid douillet favorisant l’éclosion de leur dramaturgie.

La fée des glaces songea enfin un peu à elle, elle se mira dans la brume gelée de sa coiffeuse, se coiffa avec art et elle se décida à partir vers les oueds charmants des oasis perdues de ses rêves.

Un barde inspiré

 



«  Douce dame jolie, je vous offrirai les pépites qui gisent dans les rivières pour que vous en fassiez des merveilles.

Votre beauté n’a d’égale que votre talent ; tous les poètes de Brocéliande chanteront vos louanges, célébrant le côté féerique de votre personne.

Les fées Morgane et Viviane vous ont légué une parcelle de leur pouvoir, vos yeux reflètent l’éclat de votre emprise sur les lieux mythiques foulés par l’enchanteur Merlin. Le magicien m’a fait cadeau de cette harpe dont je joue pour vous séduire ».

Le barde Myrdhin se tut, déposa sa harpe en gage d’union des âmes et repartit dans la forêt  pour trouver une nouvelle source d’inspiration.

Il promit de revenir avec une nouvelle ballade pour enrichir le paysage celtique.

Bianca remercia le barde pour ce don exceptionnel ; de fait, la harpe jetait une note lumineuse dans sa boutique, attendant la venue d’un poète musicien qui pourrait en tirer des accents.

Chacun s’extasia en découvrant l’instrument légué par un disciple de Merlin et la légende trouva un nouvel essor auréolé de l’or pérenne de Brocéliande.

vendredi 6 février 2026

Echec et coiffe

 

 

Les chefs d’établissement se félicitèrent d’avoir autorisé le port de la coiffe dans l’enceinte scolaire. Les professeurs de mathématiques se réjouirent également de constater l’engouement nouveau des élèves pour les clubs de jeux d’échec qu’ils animaient.

La figurine de la reine coiffée eut un tel succès que l’on prit l’habitude de remplacer la formule «  échec et mat » par celle de «  échec et coiffe » !

C’est plutôt réjouissant de voir un mot symbolisant la mort remplacé par celui d’un attribut régional, concept de beauté » dit l’un des participants au club et il fut approuvé par tous.

Alexis redoubla d’ardeur créative pour répondre aux commandes d’échiquiers, chacun voulant son exemplaire «  reine coiffée » ; il recruta un ébéniste spécialiste en orfèvrerie qui apporta sa touche personnelle en concevant une couronne semblable à celle du Roi Arthur pour la pièce représentant le roi.

 

Cette nouveauté plut énormément de sorte que Bianca créa, à son tour, une couronne Roi Arthur pour que les jeunes damoiseaux ne se sentent pas exclus du projet culturel magnifiant l’art celte.

Aucun jouvenceau ne souhaita porter la couronne à l’école ce qui soulagea vivement les chefs d’établissement.

Une couronne n’était pas l’équivalent de la coiffe et pouvait s’inscrire dans l’expression du rejet de la laïcité.

«  Que va porter le cavalier » ? dit malicieusement un proviseur. Cette suggestion vint aux oreilles d’ Alexis qui conçut un béret élégant pour le cavalier en s’inspirant de la représentation du chevalier La Hire au jeu de cartes traditionnel.

«  La Bretagne s’insère dans un ensemble Grand Ouest » dit Alexis et cette nouveauté connut le même succès que les précédentes.

«  Il nous manque un barde à présent » remarqua Bianca et sur ce, elle eut l’agréable surprise d’en voir un pousser sa porte, sa harpe celtique à la main !