lundi 1 juin 2026

Il suffit de passer le pont

 

 

 


«  Il suffit de passer le pont

C’est tout de suite l’aventure

Laisse-moi tenir ton jupon

J’t’amène visiter la nature

Il suffit de trois petits bonds

C’est tout de suite la tarentelle

Laisse-moi tenir ton jupon

J’saurai ménager tes dentelles ».

Guilleret, Vincent partit sur les chemins pour trouver le pont de l’amour et du bonheur.

Il revêtit un costume traditionnel écossais, un kilt, une chemise et un gilet. Grâce à sa cornemuse, il lança un appel à la ronde et fut bientôt rejoint par des partisans de la danse et de l’ode à la liberté.

Un vent de passion souffla sur la plaine et de jeunes femmes se profilèrent de l’autre côté du pont comme une onde d’espérance.

  

 

La duchesse de porcelaine

 

 


Dans un pays nordique où le blanc et le bleu était de mise, une duchesse Anastasia de Wallonie,  fut surnommée la duchesse de porcelaine tant son teint nacré rappelait la douceur du kaolin.

Souvent vêtue de bleu, elle parcourait son domaine sous le regard admiratif des passants.

Un jour, au bord d’un lac, elle vit apparaître une vouivre qui tenta de l’emmener au fond des eaux en dardant sur elle ses yeux émeraude flamboyants.

L’un de ses admirateurs, Jean des Merveilles, ainsi nommé pour son art de conter les légendes, plongea sa dague dans le cœur de la vouivre qui ne laissa de sa malfaisance qu’une dépouille impressionnante.

«  Je vous en ferai faire des escarpins de bal pour que votre étoile brille d’un nouvel éclat » dit Jean. Il s’inclina devant sa souveraine et disparut discrètement après lui avoir recommandé de ne pas toucher à la dépouille.

«  Cet être est si malfaisant qu’il peut renaître de ses cendres. Je ferai passer la dépouille à la flamme avant de l’emprisonner dans un bloc de cristal. Le tanneur pourra l’utiliser au bout de quelques mois » précisa-t-il.

Rêveuse devant la dépouille  du dragon lacustre, la duchesse reprit sa promenade mais l’abrégea pour éviter une autre rencontre dangereuse.

dimanche 31 mai 2026

Dans l'eau de la claire fontaine





«  Dans l’eau de la claire fontaine

Elle se baignait toute nue

Une saute de vent soudaine

Jeta ses habits dans les nues ».

La voix magique de Georges Brassens incita Vincent à chercher la fontaine où se baignait une jeune beauté dans le plus simple appareil.

Tel Adam à la recherche de son Eve dans les jardins d’ Eden en toute innocence, Vincent espérait habiller cette nymphe des parures de la forêt, feuilles de vignes, fleurs de lys et fleurs d’orangers.

« Avec des pétales de roses

Un bout de cotillon lui fis

La belle n’était pas bien grosse

Une seule rose a suffi ».

L’oiseau des origines lui ayant montré le chemin, Vincent put vêtir sa nymphe d’amour de roses, de feuilles et de fleurs parfumées.

Ils firent halte dans un ermitage et remercièrent les divinités bienveillantes de les avoir réunis.

Hommage à Servane

 

 

 


Elle était si belle, notre Servane, que lorsqu’elle entrait dans la salle des professeurs, on croyait apercevoir les ailes d’un ange et elle était aussi talentueuse, maîtrisant la langue de Shakespeare avec une aisance et un accent parfaits. Elle cuisinait comme une reine après avoir vécu en compagnie de son mari dans un camp palestinien. À Beyrouth où ils échappèrent plus d’une fois à la mort, elle était au service de sa belle-mère, utilisant les rares moments du couvre-feu pour se procurer à la hâte les denrées disponibles afin de les transformer en plats appréciables.

L’exil en France leur fut salutaire. Salah obtint l’asile politique et Servane retrouva sa Bretagne natale. Le doctorat de Salah fut assimilé à un CAPES et il enseigna dans un lycée Rennais tandis que sa femme évoluait dans la sphère des lycées professionnels.

Je les ai connus tous les deux successivement sans établir de lien tant Salah paraissait libre de toute attache. C’est auprès de moi qu’il se réfugiait le plus souvent, dissertant avec sa voix chantante au sujet des Croisades et fustigeant nos chevaliers qui passaient, il est vrai, pour incultes et grossiers face au monde arabe cultivé du XIIIème siècle.

Lorsque je les vis ensemble, il me sembla que ce couple avait une fêlure. J’appris, petit à petit, après le drame que cet homme si charmant, prêt à conter fleurette à toute personne féminine naïve, une sorte d’exercice de style, nourrissait une jalousie féroce en son cœur.

Et c’est ainsi qu’un terrible lundi, on apprit au lycée la mort de Servane poignardée à treize reprises, un coup par année de mariage dirent les avocats de la malheureuse, par un inconnu dont on soupçonna vite l’identité, en la personne du mari, Servane s’étant résignée après tant de déboires à demander le divorce. Après avoir entendu du bruit, son fils Marouane 12 ans trouva Maman dans la cuisine baignant dans son sang, la petite Bahia, 5 ans, dormant comme un ange.

C’était à 4 heures du matin !

L’enterrement de Servane eut lieu le mercredi matin et une délégation dont je faisais partie assista aux obsèques. Mon mari et mes fils tinrent à m’accompagner et ce fut une terrible cérémonie où l’on entendit au cimetière la belle voix de Fayrouz, la chanteuse libanaise dont Servane aimait les mélodies et les interprétations d’un grand classicisme. Servane parlait l’arabe ; c’était encore l’une de ses qualités.

On jeta une rose sur son cercueil et je ne pouvais pas m’empêcher de songer aux fameux treize coups de couteau dans un si joli corps épargné par les maternités.

Une élève déclama un compliment en anglais, de sa plume, et éclata en sanglots, se réfugiant sur mon épaule tandis que mes jeunes fils restaient interdits devant tant de douleur !  Le lendemain, un professeur d’anglais arriva au lycée pour remplacer Servane. La direction ne lui ayant rien dit, il m’appartint de la mettre au courant de la terrible tragédie. Mais était-ce vraiment un hasard si j’étais la seule à me trouver dans la salle des professeurs au moment où la secrétaire me passa le relais ?