mercredi 29 juillet 2026

La mystérieuse fée des bois

 

 



Dans sa petite maison située à l’orée d’une forêt, Wendy songeait à la manière de tirer parti du  bel héritage dont elle avait été la bénéficiaire lorsqu’elle reçut un mystérieux appel :

«  Venez à moi, Wendy, vous serez couronnée fée des bois et recevrez le sceptre en bois d’olivier célébrant les fées des sources ».

Sous forme de ruban enluminé, le message fut déployé par des tourterelles qui déposèrent l’appel manuscrit avant de disparaître dans une envolée céleste.

Wendy revêtit une tenue adaptée à la marche, se chaussa en conséquence et partit en forêt, une besace sur l’épaule pour engranger les trésors des sous-bois collectés.

Elle marcha plusieurs heures, cueillant et ramassant çà et là les produits-phares des bois, champignons, baies, fleurs et plantes qu’elle ensachait consciencieusement pour les conserver en bon état.

Les parfums chatouillaient ses narines et le chant des oiseaux stimulait son désir d’aller de l’avant. Elle arriva dans une clairière où chantait un ruisseau. Elle délaça ses chaussures et trempa ses pieds endoloris dans l’eau. Elle sécha ensuite ses pieds revigorés et les enduisit d’un baume à la rose.

Elle s’assit ensuite sur un banc de pierre et fut à peine étonnée de voir se présenter une fée.

«  Tu as suivi scrupuleusement les consignes, Wendy, sois-en remerciée » !

La fée disparut dans un éclair d’argent. Wendy s’aperçut alors qu’un énorme changement s’était produit dans la clairière. Elle s’était considérablement élargie et un Riad, à la mode orientale, avait surgi, promettant les splendeurs des Mille et Une Nuits.

Elle pénétra dans le Riad en robe de soie. Une dame d’honneur emporta sa tenue de marche et sa besace, promettant de mettre au menu la collecte du jour.

La pièce réservée à l’accueil des invités, richement meublée et décorée, ornée d’une volière où évoluaient des oiseaux exotiques, lui permit de se reposer en toute quiétude.

On la pria ensuite de passer à table et elle put savourer une omelette aux champignons, des abats en sauce servis avec de jeunes pousses en salade, du fromage de brebis et une tarte aux fruits rouges.

Cet excellent repas terminé, elle se retira dans la chambre que l’on avait préparée pour elle.

Alcôve de princesse, bergère, secrétaire, table de nuit où s’empilaient les ouvrages de ses auteurs préférés, Honoré de Balzac, Marcel Proust, Fédor Dostoïevski, Léon Tolstoï et Leila Slimani.

Après un bain parfumé, elle revêtit une chemise de nuit en lin, brodée et s’allongea dans le lit en se calant haut sur les coussins et lut quelques pages de La Nuit des Temps de René Barjavel, livre culte dont elle ne se séparait jamais et finit par s’endormir, couronnée virtuellement en fée des bois.

La fée du bois d'amour

 

 

 


Dans sa robe gorge de pigeon, la fée Rubis du bois d’amour rama sur l’étang des chimères afin de proclamer à tous les riverains un concours de poésie à la gloire de l’automne.

Au son du tambour, les crieurs lancèrent un appel à la candidature moyennant des trésors d’automne pour financer la participation, gelée et pâte de coings, gâteau aux noix, confiture de lait, flan de butternut et autres préparations gourmandes.

Marion hésita à se lancer dans la compétition mais le challenge l’intéressait. Elle venait justement de confire des pastèques et elle avait l’appoint nécessaire pour concourir.

Côté poésie, un thème était imposé, celui du bois d’amour.

La jeune fille s’installa à son écritoire et chercha l’inspiration en puisant dans ses souvenirs littéraires, L’Astrée notamment, et ses promenades dans les bois.

«  Au bois d’amour, la muse de la poésie danse, drapée dans ses voiles de soie, espérant toucher le cœur du dieu Apollon ou d’un mortel aux yeux d’azur.

Henri de Châteauneuf-du-Faou se promenait justement dans le bois et il était si beau que les pervenches se hissaient sur leur tige dans l’espoir de se faire remarquer par le prince des bois charmants.

Mais il n’eut d’yeux que pour la muse et se saisissant de sa lyre, il interpréta un air médiéval qui fit jaillir une fontaine d’amour.

Ils burent de l’eau fraîche qui les galvanisa, agissant sur leurs corps en mal d’amour comme un vin de Champagne.

Henri enlaça la muse et ils dansèrent une valse lente sur la mousse du bois.

Le bois d’amour était illuminé de lampions orientaux et des vagues de parfums de lys, de roses et de jasmin se mêlaient aux senteurs fauves du bois.

Une bulle de cristal abrita leurs amours et au petit matin, ils furent réveillés par des écureuils joueurs et des lapins malicieux.

Les amants se séparèrent, enrichis par leur passion fugitive et quittèrent le bois qui vit fleurir une rose nouvelle si délicate et si parfumée qu’on la nomma rose d’amour ».

Marion posa son stylo et décida de lancer ce brûlot d’amour dans la compétition.

Peut-être serait-elle détrônée par un poète classique, maître du sonnet !

Son cri d’amour navigua sur une barque fleurie et elle attendit patiemment le verdict de la fée Rubis.

mardi 28 juillet 2026

Le songe de la fée Viviane

 

 


C’est un rossignol qui annonça la naissance des deux enfants de Blanchefleur, Amour et Aurore, ainsi que leur filiation avec Merlin.

Ressentant cette nouvelle comme une offense, Viviane en prit ombrage.

Inconsolable depuis le départ et la mort de celui qu’elle considérait comme son fils, Lancelot du Lac, la fée se sentait abandonnée de tous.

Elle prit la route en direction du château de Ponthus, en fort bel équipage.

Se présentant comme une voisine du chevalier, elle fut introduite auprès de Blanchefleur et admira les deux enfants auxquels elle offrit des cadeaux somptueux.

Blanchefleur fit servir des rafraîchissements et des gâteaux cuits au four, à base de miel et de fruits confits et de beurre frais. Toutes deux parlèrent à bâtons rompus de mille riens qui seraient difficiles à rapporter.

Enfin la fée Viviane qui s’était présentée sous le nom de Dame des Landes prit congé, promettant de revenir avec de nouveaux cadeaux pour les enfants.

De retour en son palais lacustre, elle fit un songe. Lancelot, son bel enfant, le plus beau chevalier de la Table Ronde, était de retour à ses côtés et il avait les traits du prince Amour.

Cette vision était si vivace qu’au réveil, elle faillit aller voir l’enfant dans sa chambre.

Réalisant qu’il s’agissait d’un rêve, elle se mit à penser que cette vision était prémonitoire et que l’enfant ne tarderait pas à venir auprès d’elle.

Cette fois, se disait-elle, je me garderai bien de l’envoyer à un roi, fût-il le plus merveilleux de tous.

Cependant Merlin veillait et lorsqu’il eut vent des desseins de la fée qui avait réussi à l’ensorceler, il n’eut de cesse de faire échouer ses plans.

Lorsque la fée prit le chemin du château de Ponthus pour une visite au cours de laquelle elle s’emparerait de l’enfant afin de l’emmener en son lac, Merlin déploya un nuage noir qui fit se cabrer  les chevaux de l’attelage.

La fée fut propulsée à la fontaine de Barenton et ce fut, pour elle, une énorme surprise de se retrouver face à face avec celui qu’elle croyait avoir enfermé à tout jamais.

Merlin se mit à chanter et dans le refrain il y avait une ritournelle magique qui délia l’anneau de son envoutement, le retournant contre la fée qui prit sa place dans sa prison de verre.

« Viviane, tu ne causeras plus le malheur de personne et tes maléfices se sont évaporés à tout jamais.

Que ton palais disparaisse et que tout souvenir rappelant ta personne s’évanouisse comme une bulle d’eau ! » prononça doctement Merlin et il s’en fut se reposer dans le château de la belle Enora en se promettant de toujours avoir l’œil sur le devenir de Blanchefleur et de ses enfants.