samedi 5 septembre 2026

Le roman de Jasmin

 

 



En s’éveillant un jour de Mai, le prince Jasmin éprouva le désir de conquérir la princesse lointaine qui l’attendait dans un château caché par des buissons touffus d’églantines ou dans une grotte marine gardée par un génie des eaux.

En compagnie de Soprano, son chat siamois qu’il tenait au chaud dans une sous-ventrière aménagée dans son armure, il mit le cap sur le rêve au pas mesuré de sa monture Sindbad achetée dans une vente de yearlings.

Il chevaucha longtemps, s’arrêtant au premier coup de griffe léger administré par Soprano à titre de rappel à la réalité.

Il établit un feu de camp, déploya sa tente de campagne, mangea du pain et du pâté qu’il gardait dans ses fontes, nourrit et abreuva Soprano qui se mit à ronronner d’aise.

Ils passèrent une bonne nuit et reprirent la route après un repas succinct de fromage et de croquettes pour Soprano.

La route devenait sinueuse et au détour d’un chemin, Jasmin aperçut un château niché dans un environnement fleuri et épineux.

En prenant garde aux épines, Jasmin défricha les buissons et heurta la porte qui s’ouvrit aussitôt.

Une douairière vêtue de noir le pria d’entrer. Elle le précéda dans un long corridor pour parvenir à une salle éclairée par des chandeliers en or massif.

On leur servit un bouillon de volaille, des vol-au-vent délicieux, un filet de bœuf en croûte. Compotes et salades de fruits agrémentaient des financiers et des quatre-quarts au citron.

Soprano mangea quelques bouchées avec délicatesse, remercia l’hôtesse d’une queue en éventail et reprit sa place sur le corps de son ami.

Le repas achevé, la princesse Rosemonde raconta à son invité qu’un dragon avait surgi dans le château et enlevé la jolie Océane dont elle avait la charge après la mort accidentelle de ses parents.

«  Voilà donc ma mission bien tracée » pensa Jasmin et il ajouta à voix haute qu’il ramènerait Océane en son château.

Soprano m’aidera à venir à bout des ruses du dragon cracheur de feu précisa-t-il et il demanda la permission de se retirer dans sa chambre afin de passer une bonne nuit pour partir dès l’aube délivrer Océane recluse par un odieux geôlier.

vendredi 4 septembre 2026

Le prince au teint de lys

 

 

 


Il était une fois un prince au teint de lys et de rose et aux cheveux blonds comme les blés. On le prénomma Daniel.

Il grandit avec la force du héros dont il portait le nom et nul ne pouvait lui résister.

Un jour, il décida de partir au loin afin de mettre à l’épreuve ce don qu’on lui attribuait.

Il sella son cheval Sabot d’écume et partit en direction des forêts avoisinantes.

Il chevaucha longuement et finit par arriver dans une clairière habitée par un ermite qui avait fait vœu de mutisme.

Il lui confia son cheval et marcha à l’aventure.

Un lion se profila à l’horizon et alors que Daniel envisageait de l’affronter à mains nues, un chevalier à la cotte de mailles usagée apparut. Il prit ainsi la parole :

«  Je suis Yvain, celui que l’on nomme le chevalier au lion. J’errais dans la forêt, prêt à mettre fin à mes jours car la dame de mon cœur m’avait chassé pour avoir oublié la date de nos épousailles quand ce lion est apparu.

Loin de se jeter sur moi pour me déchirer à belles dents, il s’est couché à mes pieds et j’ai pu constater qu’il souffrait à cause d’une épine qu’il avait dans le pied.

Je la lui enlevai et lui passai un onguent qui le soulagea.

Depuis ce jour, il ne m’a pas quitté et nous sommes amis, soudés par une compréhension réciproque : il me garde et je lui évite les inconvénients de sa condition animale.

Daniel fut enchanté par cette rencontre et lui conta que son prénom était prédestiné à l’amitié vouée aux lions puisque le héros éponyme, jeté dans une fosse habitée par les lions avait été épargné par ces bêtes que l’on disait féroces, grâce à l’intervention d’un ange.

Tout en devisant, Yvain et son ami Daniel, suivis par le lion arrivèrent aux portes d’un château.

« Il me faut te quitter dit Yvain car j’ai fait vœu de vivre en ermite ».

La séparation se fit instantanément et lorsque les deux silhouettes ne furent plus qu’un point à l’horizon, Daniel activa le heurtoir.

Une hôtesse lui apparut, vêtue de longs voiles brodés d’or.

Elle lui accorda l’hospitalité  et ils entrèrent dans un boudoir où on leur apporta les rafraichissements d’usage.

Daniel accepta de passer quelques jours au château et ce fut une suite de jours enchanteurs où la qualité des repas fut à la hauteur des aubades charmantes, données sous de multiples formes.

Daniel se rendit compte que les arts avaient été un peu délaissés dans son éducation.

La force brute, même ciselée par l’art chevaleresque, était en quelque sorte éloignée des centres primordiaux de la vie.

Lorsqu’il quitta ses hôtes, Daniel prit la décision de se retirer dans un ermitage pour y méditer.

Il reprit Sabot d’écume, son fidèle cheval, et s’en retourna à son château pour le laisser en bonne compagnie.

Il se fit construire un ermitage où il se retira, priant sa famille de venir le chercher si besoin était ;

Il vécut ainsi quelques années et lorsqu’il connut les livres saints et qu’il joua correctement de plusieurs instruments de musique, composant des mélodies et des romans, il décida de sortir de sa retraite.

Devenu sage, Daniel désira de fonder une famille et il chercha parmi les damoiselles des alentours, celle qui aurait eu l’éducation nécessaire pour donner à leurs enfants le goût des belles lettres et du savoir.

Elodie fut choisie pour sa connaissance des langues anciennes et sa pratique de l’enluminure, de la broderie, de la peinture et de l’écriture de romances que Daniel prit plaisir à mettre en musique.

Ils vieillirent auprès de leurs enfants et une heureuse destinée les préserva de guerres meurtrières.

Yvain qui avait été convié à leurs noces eut la chance d’obtenir le pardon de sa dame.

Quant au lion, il vécut encore des jours de bonheur auprès de son ami et se contenta de promenades dans le parc, sans souci des horizons lointains et du gibier.

Daniel et Yvain devinrent des amis inséparables et l’on dit que parfois, dans la forêt, les fées se racontent leur histoire, se félicitant d’avoir assisté à l’éclosion des arts au détriment de la force, fût-elle chevaleresque, et des instincts brutaux des bêtes que l’on dit sauvages et qui manquent tout simplement d’amour.

Point d'orgue

 



Perle de feu prenait plaisir à se fondre dans l’univers breton. Elle avait opté pour la coiffe de Fouesnant et ressemblait à un joli papillon volant de fleur en fleur dans les landes.

Au fil des semaines, des liens d’amitié se nouaient entre la princesse et la souveraine Maheut de Brabant.

Les deux grandes dames aimaient prendre le thé à l’anglaise avec un assortiment de far breton et de tarte aux pruneaux au cours de l’après midi puis elles se promenaient dans les jardins en parlant de leurs lectures et de leurs écrits.

En lisant Cœur de perle, Maheut comprit qu’elle devait se tourner vers un autre chevalier pour trouver l’amant idéal : l’amour liant la princesse et son champion était trop évident !

Quant à Gwendal, il menait des travaux de terrassement et de fortification autour de son domaine pour éviter une intrusion de Méléagant et de guerriers à son image.

On se retrouvait le soir autour d’un bon repas, Rozenn et Maeva s’ingéniant à varier les plaisirs gourmands.

Tarte au maroilles, colombo de poulet, boudin noir à la créole, flan coco antillais alternaient avec des plats traditionnels bretons, notamment la cotriade, le kig ha fars et le kouign Aman.

«  Avec ces somptueuses agapes, je ne vais plus pouvoir lacer mon corselet de perles » dit la princesse. Maheut y alla de son couplet de sorte que les cuisinières allégèrent les menus, donnant la préférence à des veloutés de légumes et à des salades aux noix et aux noisettes avec des cubes de fromage frais.

Moins soucieux de leur ligne, les guerriers faisaient honneur aux plats de poissons et de viandes dont le fumet chatouillait délicieusement leurs narines.

La princesse et la reine, suivies par des marins aguerris, se lancèrent  dans des activités lacustres, promenades en barque à la rame et descente de rapides en canoé.

Elles revenaient de ces escapades, les joues rosies et l’appétit aiguisé.

Le thé et les gâteaux leur apportaient du réconfort tout en apportant aux brigades cuisinières la satisfaction d’avoir procuré un plaisir gourmand.

Maheut se vit contrainte d’abréger son séjour car les affaires du royaume nécessitaient sa présence.

Elle partit, les larmes aux yeux. Escortée par les meilleurs guerriers de Gwendal, elle regagna son château.

Perle de feu reçut, par pigeon voyageur, des nouvelles de son royaume.

Un prince qu’elle avait connu adolescent nommé Saphir, de la couleur de ses yeux, exprima le souhait de gouverner.

Ce souhait soulagea la princesse qui ne voulait plus quitter Gwendal.

Cette décision enchanta le chevalier qui présenta officiellement sa demande en mariage.

«  Je n’ai pas de perles à vous offrir dit-il en souriant mais mon cœur ne battra que pour vous, tel un rubis flamboyant. Et puis, ma douce, vous êtes devenue la plus belle perle bretonne qui se puisse concevoir ».

Un mariage se prépara et chacun contribua à la réussite des noces.

Les papillons et les roses furent de la partie.

Dans la lande profonde, une légende se propagea, celle d’une princesse venue de loin pour trouver sur la côte de granit rose la clef d’or du bonheur.