samedi 18 juillet 2026

Madelon aux longs jupons

 


Dans son village, Madelon était connue pour ses longs jupons qui lui donnaient une démarche chaloupée au son de doux frous-frous.

Un jour, on ne la vit pas rentrer au village à la nuit tombée et chacun s’inquiéta. Que lui était-il arrivé ?

Comme d’habitude, elle s’était rendue dans un petit bois dont elle connaissait chaque coin. Elle aimait récolter les fruits de saison et composait de magnifiques bouquets qu’elle vendait le soir même pour embellir l’intérieur des ménagères.

Elle occupait ses soirées à confectionner des bijoux artisanaux avec les trouvailles collectées dans les sous-bois ou à filer la laine, tisser la soie et broder.

Ce jour-là, en apercevant une orchidée, elle ne vit pas une ombre l’envelopper et la prendre pour l’emporter, aveuglée, ficelée sur la selle d’un cheval ou d’une monture inhabituelle.

Les yeux bandés, elle ne vit pas son point de chute. Une poigne solide la souleva et la déposa dans une pièce où elle découvrit, à tâtons, un sofa confortable.

Elle s’y installa, guettant le retour de celui qui l’avait enlevée.

C’est une jeune femme aux gestes doux qui détacha son bandeau ; la pièce qui lui était réservée était charmante. Lit à baldaquins, armoire contenant de jolies toilettes, secrétaire en bois de rose garni de parchemins et de stylos, piano,  meublaient la pièce ; un cabinet de toilette jouxtait la pièce avec le nécessaire hygiène et beauté.

La servante qui se prénommait Angélique lui apporta un repas sur une desserte. Chaud-froid de volaille, salade composée, crèmes à l’eau de rose et fondant au caramel ravirent les sens de la jeune fille qui en oublia, l’espace d’un instant, l’étrange situation dans laquelle elle se trouvait. De l’hydromel et de l’eau parfumée à l’orange facilitèrent sa digestion.

Angélique lui proposa une promenade dans les jardins, ce qu’elle accepta avec joie.

Elles traversèrent de longs corridors, descendirent les marches du perron et marchèrent dans des allées bien entretenues, séparant des carrés potagers ou fleuris.

Avisant un chêne centenaire, Madelon souhaita s’en approcher. Parvenue au pied de l’arbre royal, elle eut la surprise de découvrir une orchidée toute semblable à celle qu’elle avait vue avant son enlèvement.

«  Serai-je en train de vivre une aventure d’Alice Outre-Miroir » se demanda-t-elle. Pour ne pas abîmer la fleur, elle sortit un petit sac qu’elle détenait dans ses jupons ainsi qu’un matériel à dessins.

Elle croqua l’orchidée sous tous les angles, se promettant d’en réaliser une aquarelle.

Ce travail achevé, le soir tombant, les deux femmes rentrèrent au manoir.

Angélique lui prépara un bain, l’aida à revêtir une magnifique chemise de nuit brodée d’un semis de boutons d’or et lui souhaita une bonne nuit.

Madelon trouva l’alcôve confortable et s’endormit, espérant que le lendemain verrait sa délivrance.

vendredi 17 juillet 2026

L'étang mystérieux

 

 



Aurore, renonçant à son titre de « Dame » qui établissait une barrière entre son miroir profond et son apparence, décida de tourner la page une fois pour toutes.

Personne ne se souvenait d’elle, personne ne l’avait reconnue, petite fille, tenant une poupée dans ses bras pour toute protection contre le monde extérieur, qu’importait après tout ?

Vêtue d’une robe de lin brodée de bleuets et de coquelicots entrelacés dans des épis couleur or, elle se dirigea vers l’étang mystérieux, baptisé «  Mer »  par les habitants de Fleur-Lez-Lys.

Elle redoutait un peu d’y rencontrer Pierre Dubois car, au vu des croquis réalisés par Florian, il n’était plus l’enchanteur qu’elle avait connu.

Faute d’enchanteur, je verrai peut-être la vouivre, cette fantasque créature légendaire, affiliée à cet elficologue distingué, comme il s’est lui-même qualifié face à Bernard pivot dans Apostrophes.

Elle le voyait en souvenir, une canne à la main.

Précurseur de Patrick Hernandez lors de l’interprétation mythique de Born to be alive, la chanson qui le mit à l’abri du besoin sa vie durant, il aimait faire des moulinets et jouer de sa cape, s’en enveloppant, à la manière d’un torero.

Mis à part une sarcelle et quelques canards, il n’y avait âme qui vive lorsqu’Aurore s’avança sur les bords de l’étang.

Elle tira de son sac un plaid qu’elle étendit sur l’herbe.

Elle sortit également un carnet et un stylo, un livre, les contes de fées de la Comtesse de Ségur puis elle ferma un instant les yeux car elle était éblouie par une vive clarté.

Elle s’assoupit sans y prendre garde et lorsqu’elle s’éveilla, un drôle de farfadet la contemplait avec curiosité.

Il lui baisa les paupières et s’allongea auprès d’elle, sur le plaid.

Aurore remarqua qu’ils avaient une taille identique et qu’elle n’était plus qu’une poupée.

Elle s’endormit à nouveau et lorsqu’elle se réveilla, ils voguaient dans une barque en écorce de bouleau sur l’étang des merveilles.

Il n’avait jamais aussi bien porté ce nom car Aurore avait l’impression d’être entrée dans le monde des contes auxquels elle était si attachée.

Contrairement à la légende qui le voulait petit et laid, voire méchant, le farfadet avait un joli visage fin et des cheveux bouclés. Sa taille était harmonieuse et il était élégamment vêtu d’un costume en velours vert.

L’esquif emprunta un petit bras de mer et ils finirent par accoster au bord d’un ponton de bois.

Le farfadet aida Aurore à enjamber le vide et ils marchèrent côte à côte pour arriver dans une ravissante petite maison forestière.

Aurore s’assit dans un fauteuil de rotin tandis que le farfadet donnait des ordres à une myriade de fées et de lutins qui firent flamber un feu de bois tandis qu’à la cuisine, le chant des casseroles et des cassolettes accompagnait le fumet délicieux de bouchées campagnardes.

Le repas fut servi dans une jolie pièce éclairée par des flambeaux.

Les mets étaient délicats et savoureux.

Lorsque ce festin prit fin, le farfadet qui se prénommait Orlando conduisit Aurore dans sa chambre, appela la fée Nénuphar pour qu’elle aide sa maitresse à se déshabiller, prendre un bain parfumé et revêtir une somptueuse tenue de nuit.

Elle invita Aurore à se glisser sous les draps d’un lit dont les longs voiles protégeaient la personne endormie des cauchemars ou des rêves pernicieux.

Aurore s’endormit et lorsque l’aube projeta ses premières lueurs, elle fut à peine étonnée de voir Orlando, assis dans un fauteuil, qui la contemplait.

Tandis qu’un vaudeville charmant se dessinait à l’ombre de l’étang mystérieux, on battait la campagne à la recherche de la disparue car on avait trouvé sur le bord de la « mer » un plaid, un sac contenant un carnet et un stylo, de même qu’un livre de contes.

Si elle était partie de manière rationnelle, disait-on, elle n’aurait jamais laissé ces objets derrière elle.

Florian s’en voulut de lui avoir offert l’encyclopédie des lutins de Pierre Dubois.

Elle aura peut-être voulu explorer le monde des farfadets et comme Abeille, l’héroïne d’un conte d’Anatole France, elle aura été enlevée !

Mais ce n’est pas une petite fille dit Max, c’est une adulte et on ne peut pas l’enlever avec facilité.

Qui sait ? dit Florian

Elle est venue ici pour retrouver le monde de son enfance et elle a peut-être subi les effets d’un charme que nous ne connaissons pas.

Vous êtes un incorrigible rêveur s’exclama Max.

Allons, oubliez toutes ces fadaises et reprenons nos recherches avec méthode.

Le mystère est là, bien réel et nous devons explorer les sentiers afin de trouver un indice qui nous mènera à la résolution de l’énigme qui se présente à nous.

 

 

 

Rêve de Shéhérazade

 


Mon doux aimé à la haute taille, aux yeux d'émeraude et aux lèvres de soie, je voudrais me lover dans tes bras.

Je rêve que tu m'emmènes à travers monts et vallées dans un univers riant où les sources psalmodient des chansons d'amour.

Sous la tente, nous nous livrerons sans retenue à notre passion et liés l'un à l'autre par un invisible philtre d'amour, nous nous endormirons en rêvant que les étoiles nous offrent un ballet divin.

Mon doux aimé, mon amant à la taille flexible, aux mains généreuses et au corps sculpté dans l'ambre, je t'aime follement et je t'embrasse éperdument en honorant une à une les strates érotiques de ton être.

Je suis ton épouse, ton amante, ton esclave et peu importe que ma beauté se fane et que mon pas devienne hésitant, je suis le miroir de tes yeux et je vivrai tant que tu pourras me regarder.

Mon doux aimé, mon amant, mon mari, je t'aimerai jusqu'à ce que le destin m'entraine vers d'autres rivages où je ne te verrai plus, ce qui pourrait s'appeler la mort mais qui est en fait l'autre face de notre éternel amour.