vendredi 31 juillet 2026

La bataille du Fao

 

 

 


Ce fut Harold le sanguinaire qui déclencha les hostilités en décochant des flèches enflammées sur les tentes des chevaliers de Brocéliande.

Wilfried, Mark, Quentin et William, ses âmes damnées, firent de même et le camp entier flamba, risquant de mettre le feu à la forêt voisine.

Le souci premier des chevaliers consista à vouloir épargner la forêt, ce qui les rendit vulnérables.

Tandis qu’ils se précipitaient pour éteindre le feu, les assaillants s’en donnaient à cœur joie, les prenant pour cibles en lançant leurs haches de guerre et leurs javelots, faisant souvent mouche.

Quelques corps gisaient à terre et l’on eut du mal à évacuer les blessés.

De nombreux valets d’épée rendirent l’âme car ils protégeaient leurs seigneurs, faisant un rempart de leurs corps.

La rivière Fao, nommée rivière d’argent devint pourpre, reléguant sa légendaire beauté dans les livres d’histoires.

Le corps à corps finit par s’engager sur ses rives et l’on put admirer les exploits du chevalier de Ponthus, aguerri par sa coutumière défense farouche de la fontaine de Barenton.

Jehan de La Bruyère montra également qu’il méritait son récent adoubement et il en fut quitte pour un coup d’épée qui lui zébra la joue.

Louis de Barenton fit preuve d’ingéniosité. Dissimulé dans des bosquets de roses trémières, il usait d’une sarbacane sur l’ennemi, usant ses forces déployées avec brutalité.

Le comte de Prunelé ne fut pas en reste, haranguant et regroupant les chevaliers éparpillés.

Des cris de guerre fusaient de partout et bientôt ils furent relayés par des hurrahs victorieux car les chevaliers de l’île de Malte lâchèrent prise.

Harold comptait de nombreuses blessures car on l’avait privilégié comme cible, étant donné qu’il était, de loin, le plus belliqueux du groupe.

Sans demander leur reste, ils repartirent vers la côte, déterminés à rejoindre leur île natale avec les richesses qu’ils avaient collectées dans les églises.

Personne ne les regretta et l’on brûla des cierges pour que semblable bataille ne se reproduise de sitôt.

On enterra les défunts avec dévotion et un prêtre promit de veiller à ce que leur sommeil ne soit jamais perturbé.

Le comte de Prunelé ne ménagea pas sa bourse et il promit de faire édifier un monastère où chacun pourrait se recueillir ainsi qu’une école où l’on raconterait la bataille du Fao en magnifiant les exploits des chevaliers de Brocéliande.

Erwan le valeureux

 

 


Un matin, Fleur de lune aperçut un voilier s’approchant de la crique pour y mouiller. Elle fut frappée par la principale voile du navire qui arborait en son centre un énorme triskel, ce symbole celtique reposant sur les trois positions du soleil, le lever, le zénith et le coucher.

S’attendant à recevoir de la visite, elle prépara des bocaux de soupe à l’oignon rosé de Roscoff, un plat d’agneau cuit à la broche et des flans à la noix de coco.

Elle avait à peine terminé ses préparatifs qu’Erwan le valeureux pêcheur qui avait échappé à la tempête heurta le marteau en forme de main fixé sur sa porte pour signifier son amitié.

Fleur de lune découvrit avec bonheur le pêcheur qui avait une seconde fois franchi la barrière océane pour lui rendre visite.

C’était un homme de belle apparence. Ses cheveux bouclés étaient attachés derrière la tête par un ruban. Ce catogan lui allait à merveille, encadrant un visage aux traits réguliers ; il avait de beaux yeux bleus.

Il portait une vareuse blanche, un pantalon corsaire et des bottes.

Se débarrassant de ses bottes il chaussa des sabots finement décorés et entra chez celle dont chacun vantait les talents culinaires et artistiques dans le monde marin.

Il fit honneur au délicieux repas servi par son hôtesse puis lui exposa la raison de sa venue.

Il voulait tout d’abord la remercier d’avoir sauvé sa cargaison d’oignons en les valorisant de belle manière. Il rapportait une autre caisse ainsi que des denrées typiquement bretonnes congelées : kig ha farz, cotriade, galettes de sarrasin, crêpes fines, kouing amann de Douarnenez, gâteau breton. Il avait ajouté à ce pack gourmand de la vaisselle de Quimper dont les motifs variés et stylisés mettaient en valeur les scènes de vie paysanne.

Fleur de lune, subjuguée par ces œuvres d’art jura qu’elle s’en servirait au quotidien : «  Présentées dans ces merveilleuses soupières, les veloutés d’oignons rosés de Roscoff et la cotriade de Douarnenez n’en auront que plus de saveur et que dire des crêpes et du kouign amann valorisant les plats à gâteaux ? Grâce à cette vaisselle de toute beauté, la Bretagne sera au cœur de cette terre jadis vouée aux cratères et aux rocs ».

Les remerciements de la jeune femme étaient d’une telle authenticité qu’Erwan empoigna sa harpe celtique pour interpréter un Tri Martelod convaincant :

«  Trois jeunes marins, tra la la la

Trois jeunes marins s’en allant voyager

Conduits par le vent tra la la la

Conduits par le vent jusqu’à Terre Neuve

Près des pierres du moulin tra la la la

Près des pierres du moulin ils ont mouillé l’ancre ».

Sur cette romance évoquant l’histoire bretonne dans son essence profonde, Fleur de lune servit un merveilleux café en utilisant l’un des services venus de cette terre généreuse habitée par des personnes à l’âme noble.

 

Le faucon d'or

 

 

 



Après le départ d’Erwan et un temps de repos nécessaire à la remise en marche de son horloge interne, Fleur de lune reprit ses activités.

Elle explorait méthodiquement le bord de mer, ne laissant filer aucune source exploitable sur un plan gastronomique ou artistique.

Un jour, alors qu’elle traquait impitoyablement un crabe dissimulé sous une roche, un oiseau aux reflets dorés, un faucon, se posa sur sa main.

Le crabe eut la vie sauve car Fleur de lune se releva, le faucon d’or au poing, pour regagner sa demeure.

Le faucon trouva sa place sur un pouf en cuir fauve, cadeau du prince Abdallah.

Ce choix fit sourire Fleur de lune avec un brin de mélancolie car elle n’avait aucune nouvelle du prince, disparu mystérieusement lors d’une chasse au faucon. Melchior n’avait pas donné signe de vie, ce qui ne lui ressemblait pas. Le faucon prit alors la parole :

« Ne t’inquiète pas ; le prince n’est pas à une ruse près pour briser la monotonie des jours. En ce moment, il est peut-être en train de voguer sur les mers pour te rendre visite ».

Sur ces mots, le faucon se volatilisa, laissant une pépite d’or sur le pouf.

C’est un curieux sortilège pensa Fleur de lune puis elle prépara une cotriade avec les poissons du jour achetés à un pêcheur et les coquillages ramassés sur la grève. Elle fit également une tombée d’oignons rosés de Roscoff, prête à parfumer une omelette pour le cas où un visiteur se présenterait.

Ce travail achevé, elle dessina de mémoire le faucon d’or, le croquant sous divers profils. L’effet était si saisissant qu’elle voulut fixer ce souvenir fantastique sur une toile.

Le lendemain, elle aperçut au loin la voile d’un navire s’apparentant à une felouque. Un faucon se détachait sur le lin de la voile blanche, noir avec des flammes rouges.

Elle put enfin distinguer la silhouette du prince Abdallah portant fièrement un burnous de prix qui le protégeait des embruns.

Lorsqu’il mit pied à terre, il étreignit Fleur de lune sans plus de façon :

«  Comme je suis heureux de vous revoir, ma mie. Je n’ai pas cessé de penser à vous. J’ai simulé mon propre enlèvement pour échapper à un mariage que mes conseillers avaient organisé. Je me suis rendu compte que je n’éprouvais aucune inclination pour l’épouse que l’on me destinait malgré ses nombreuses qualités, ses titres de noblesse et sa grande beauté. Votre gentil visage s’imposait à moi et je croyais vous voir dans chaque nuage ourlé de rose passant dans le ciel. Me voici donc et je serai enchanté de goûter l’un de vos plats. Mes serviteurs déballeront tout à l’heure les cadeaux que je vous réserve ».

Fleur de lune se réjouit d’avoir eu l’idée de préparer un repas de sorte qu’ils purent se régaler des produits de la mer et de la Bretagne réunis.

Une pyramide de dattes et de gâteaux au miel venus du navire conclurent ce repas de fort belle manière.

Danseuses et musiciens appartenant à la suite du prince offrirent un spectacle auquel Fleur de lune prit un plaisir immense.

Lorsque la fête fut terminée, le prince présenta un coffret empli de bijoux somptueux qu’il remit à sa dame d’amour, ajoutant la touche finale, une bague en or ciselé portant ses initiales et sa couronne princière.

Fleur de lune s’éclipsa et revint peu après pour donner à son prince l’anneau de jade qu’elle destinait à son époux.

Un nuage les enveloppa et ils s’endormirent en rêvant qu’un faucon d’or veillait sur eux.