mardi 20 janvier 2026

Le violon rouge

 

 

 


«  Mon cœur est un violon

Sur lequel mon archet joue

Et qui vibre tout du long

Appuyé contre ta joue

Tantôt l’air est vif et gai

Comme un refrain de folie

Tantôt le son fatigué

Trône avec mélancolie ».

Eveillé par la voix amoureuse qui l’incitait à venir sur scène faire écho aux accents langoureux de la chanson d’autrefois, Vincent décida de répliquer avec une czardas triomphante.

«  Je suis fou de toi

Ma belle aux yeux noirs

Même si je ne sais pas

Où va notre histoire

C’est pour ma passion

Les yeux noirs que j’ai

Fait cette chanson ».

Une colombe venue des îles lointaines où l’amour régnait en force déposa sur la scène une rose noire qui, en s’effeuillant, libéra une ravissante ballerine qui depuis valse sur le cœur de Vincent.

La fée des élégances

 

 


Camélia, la fée des élégances fut conviée pour une fête donnée en un magnifique château. Il s’agissait du château d’Ussé qui servit de modèle à la demeure imposante et mystérieuse du conte La Belle au Bois Dormant. Un heureux propriétaire en a fait un bijou avec un escalier monumental intérieur qui se prête à la valorisation d’une toilette élégante.

Lorsque Camélia fit une entrée remarquée  au château dans une robe prune à la mode impériale, le défilé avait commencé.

Ce fut un festival féerique, chaque modèle étant accompagné par une mascotte issue des contes de Charles Perrault et autres auteurs véhiculant la tradition orale par leurs écrits brillants et immortels ; il y avait ainsi La Bête en duo avec une belle en robe à frou-frou, une élégante Bouton d’Or avec un Riquet à la houppe richement vêtu pour faire oublier sa disgrâce, une autre en robe cœur et lilas  pour évoquer Cendrillon avec un prince charmant portant sa pantoufle de verre sur un coussin pourpre et tant d’autres figures qu’il serait fastidieux de les énumérer dans leur totalité.

Soudain, au milieu de ce flamboyant défilé voué à la beauté sous toutes ses formes, apparut une jeune fille en haillons rapiécés, pieds nus et cornés, cheveux épars, l’air égaré. Les vigiles s’apprêtaient à l’évacuer mais l’ordonnatrice de la fête, la comtesse Clélia de Chenonceaux les arrêta.

Elle accueillit l’étrange créature au bas des marches, la confia à son invitée de prestige, Camélia, la fée des élégances pour qu’elle remédie à cet extravagant étalage de pauvreté.

Avant de la métamorphoser en jeune beauté d’un coup de baguette magique, Camélia lui demanda ce qu’elle représentait.

«  Je suis le symbole vivace et réel de votre pays. Vous vivez dans le luxe et l’opulence mais nous qui travaillons la terre et extrayons les minerais, orpailleurs et extracteurs de métaux rares, élevons du bétail pour son lait ou sa viande, nous vivons dans la pauvreté.

Nous sommes en proie aux aléas météorologiques de plus  en plus fréquents, orages, grêles, incendies, mise à mal des vignobles et mévente de nos vins : nous n’en pouvons plus de toute cette misère c’est pourquoi on m’a envoyée dans ce magnifique château, modèle de celui qui abrita La Belle au Bois Dormant pour vous dire que nous vivons depuis cent ans dans un froid glacial, mal nourris et mal vêtus ».

Camélia, la duchesse et tous les top-models qui participaient à la fête furent sensibles à ce discours. Camélia promit d’user de ses pouvoirs au bénéfice de la province profonde pour rendre au travail sa beauté primitive. Ensuite elle transforma Liseron, la porte-parole d’un pays opprimé par la misère en jeune beauté.

Tout son art éclata lorsque Liseron apparut au haut des marches, portant une robe arc-en-ciel ,une tiare de diamants sur ses cheveux savamment coiffés et bouclés. De jolies ballerines de satin chaussaient ses pieds manucurés et soignés. Un tonnerre d’applaudissements salua sa descente d’escalier.

On lui attribua  le titre de Reine du Jour. Elle porta une écharpe mentionnant cette distinction et la fée Camélia posa sur sa tête la couronne royale soulignant ce titre.

Il y eut ensuite un feu d’artifice et un banquet somptueux.

Pour rendre hommage aux travailleurs, la comtesse invita, par roulements, les équipes de service, cuisine et décoration.

Enchantés de participer à la fête, ces ouvriers du rêve se mêlèrent aux élégants et il y eut de belles rencontres.

Lorsque la fête prit fin, Camélia, la fée des élégances, regagna son palais de nuages, satisfaite d’avoir fait des heureux.

 

lundi 19 janvier 2026

Le voile de l'amour

 

 

 


Le voile de l’amour, blanc nacré, brodé de roses d’or, vaporeux comme les rêves, a enveloppé ma bien-aimée d’une brume légère qu’ont accompagnée des accords de harpe, de flûte et de violon.

C’est après cette aubade que j’ai ôté le voile frémissant de nos désirs unis et enlacés en triskèle passionné et nos lèvres se sont jointes en un doux baiser.

Nos deux vies, forgées comme dans le rubis étincelant de notre destinée, se sont embrasées en suivant un accord martelé par le dieu forgeron.

«  Deux étions et n’avions qu’un cœur » disait le poète François Villon.

Puisse cet adage se décliner en suivant les courbes du voile que l’on range soigneusement dans le coffre contenant des symboles précieux de l’amour éternel, doux et délicat comme l’aurore de nos jours.