On oublia l’épisode de l’enlèvement de Jacinthe. Désormais,
la vigilance redoubla et on ne laissa
plus la princesse se promener seule le long de la rivière.
De temps à autre, des naïades déposaient des présents sur les
berges. C’étaient des parures de coquillages, des robes en soie de lotus
brodées de jacinthes d’eau et d’iris, des boites à musique en roseaux et autres
merveilles réalisées dans la grotte où la princesse avait vécu.
Silver pensait souvent à sa dame d’amour mais il avait fini par
se faire une raison de son départ.
Le prince Amour et la princesse Aurore songèrent qu’un
mariage était le meilleur moyen pour leur fille de tourner définitivement la
page de son enlèvement aquatique.
Ils organisèrent une fête et lancèrent des invitations dans
les îles et les royaumes voisins.
On voulut proposer aux invités un banquet prestigieux. Soupe aux
algues , plats de fruits de mer
cuisinés, carpaccios de pétoncles, saumons farcis à l’oseille, tourtes de bar,
daurades pochées, agneau rôti en méchoui, pastilla aux pigeons et aux amandes,
tajines de poulet, couscous royal, plateaux de fromages et salades composées
formaient l’essentiel des plats roboratifs.
Venait ensuite une ronde de desserts variés, macarons aux
fruits, tourments d’amour, tartes aux noix de pécan, aux myrtilles et à la
crème de pruneaux, flans à la noix de coco, gâteaux à l’ananas, babas au rhum
et kouign Amann, pouvait satisfaire les gourmets les plus exigeants.
Les invités furent accueillis par le prince Amour et la
princesse Aurore.
Lorsque Jacinthe apparut dans sa robe en soie de lotus, ses
cheveux relevés et ornés de petites roses, un cri d’admiration fusa. C’était la
plus belle princesse que l’on puisse voir et elle se montrait en toute
simplicité. Son carnet de bal fut bientôt complet.
Les danses se déroulèrent au son des violons, de la flûte de
Pan, de la vielle, de l’accordéon et de l’harmonica.
De temps à autre, un musicien à l’orgue de barbarie proposait
un intermède et des chanteurs se
succédaient pour interpréter de belles romances.
Jacinthe s’efforçait de ne favoriser aucun cavalier afin d’éviter
toute rancune. Cependant l’un des jeunes gens, un prince hongrois, discret et
souriant retint son attention.
Le buffet obtint un vif succès. Certains danseurs
délaissèrent la piste pour satisfaire leur gourmandise. La pièce montée de
choux à la crème aux myrtilles pour rappeler la couleur bleue associée au
prénom de la princesse fut littéralement dévalisée.
Le prince hongrois, Gabor, fit preuve de retenue et présenta ses
hommages à la princesse, s’excusant de ne pas s’attarder davantage : une
affaire importante le rappelait au palais de son père.
Il remercia les hôtes et prit la mer après avoir invité le
couple princier et leur fille à séjourner en son royaume.
Marquant ainsi son intérêt pour la jeune fille, il prit la
tête des prétendants potentiels de la princesse.
De son côté, Jacinthe n’était pas insensible au charme slave
du séduisant Gabor aux parfaites manières.