vendredi 2 octobre 2026

Le papillon d'or

 



Dans une île volcanique, venu d’un ailleurs légendaire, apparut un papillon d’or.

Chacun s’empressa d’admirer le prodige. Semblant doté d’une seconde vue, le papillon prodigieux se cachait dans l’anfractuosité d’un rocher.

Un jour, une enfant, Margaux dont on vantait la perspicacité l’aperçut, jouant dans un rayon de soleil.

Elle lui sourit, lui envoya un baiser et devant ses yeux éblouis, le papillon se métamorphosa en garçonnet de son âge. Il n’avait gardé de l’or que sa blonde chevelure bouclée.

Il était si beau, si semblable au Petit Prince de Saint Exupéry que Margaux pensa qu’il en était une réincarnation.

Le hasard se mêlant de la partie, un agneau bondit à ses côtés tandis qu’un renard au regard mélancolique apparaissait dans le lointain.

Margaux et le petit prince se prirent par la main et ils se promenèrent dans les rocailles fleuries de cactus et de plantes vivaces.

La fée des origines, vêtue d’une robe Liberty, fit jaillir d’un rocher une demeure en cristal puis elle s’éclipsa dans une envolée de papillons voletant près des roses en un tableau révélant le décor du tissu anglais qui lui donnait une apparence dansante.

Margaux et Volodia, le petit prince, entrèrent dans la maison de la fée.

Une grande pièce contenait toutes sortes de jouets, train électrique, maison de poupée et leurs hôtesses en costume d’époque 1900, jeux de société, échecs, dames, juke-box, ours géants et autres merveilles.

Les deux enfants furent invités à se restaurer par une jeune femme habillée comme Alice du conte Alice au pays des Merveilles.

Une jolie table était dressée et l’on pouvait voir sur la table toutes sortes de délices, crêpes, confiture, cakes et gâteaux mousseline ou aux noix.

Alice leur servit un chocolat mousseux qui s’harmonisait avec les propositions délicates de la table.

Des musiciens interprétèrent des airs de la Renaissance, ce qui ravit les enfants et provoqua le retour d’Aimée, la fée des origines.

Un génie fluvial, Séraphin, lui donnait le bras.

Ils dansèrent une volte, danse qui plaisait tant à la reine Elisabeth 1ère.

Cette danse musclée, avec passage de la danseuse par-dessus l’épaule de son cavalier, plut beaucoup aux enfants qui voulurent s’y frotter.

Prévoyante, la fée fit tapisser le sol de coussins et d’édredons pour amortir d’éventuelles chutes mais Volodia avait une musculature appropriée à ce type de danse et il parvint à faire voler sa cavalière qui retrouva le sol, rouge de plaisir.

Les danseurs revinrent à la table et burent des eaux fruitées pour se rafraîchir.

Les musiciens interprétèrent des airs tsiganes, Les yeux noirs notamment.

Des danseurs professionnels enchaînèrent des figures tour à tour endiablées et langoureuses.

Margaux était aux anges et elle laissa Volodia lui prendre la main tendrement.

Ce beau rêve eut une fin car un éclair balaya la salle et Margaux se retrouva seule, près du volcan éteint où volait un papillon d’or, merveilleux et porteur d’amour dans ses ocelles miraculeux.

Les lys de la vallée

 

 

 


Les lys de la vallée ont fleuri sur les rives du souvenir et les jeunes filles se sont empressées d’en cueillir pour faire des bouquets.

Jadis on les dédiait aux rois et à la reine céleste, Marie dont le mois s’achève sans qu’il y ait eu de processions ou de messes sacrées en sa mémoire.

Côté processions, on peut noter que des cinéastes ont filmé des scènes où l’on exécute un parrain de la mafia au plus fort des alléluias.

Eclaboussés de sang, les lys sont piétinés, formant un tapis végétal où subsiste encore le pistil solaire dont raffolent les abeilles.

Les lys fraîchement cueillis sont disposés dans des vases et jettent leur note de lumière.

«  J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans » écrivait Charles Baudelaire et sans oser me comparer à cet immense poète, je peux dire que je fais mien ce vers merveilleux et si parlant.

Dans la commode de mon âme, il y a de multiples tiroirs et j’en tire parfois un au hasard.

Tantôt c’est un tiroir qui mène à l’ivresse du vin, tantôt c’est la boite à souvenirs qui nous oblige à faire un retour vers l’enfance ou encore à l’amour voué à une servante disparue, plus rarement à une rêverie érotique «  La très chère était nue » bref les tiroirs de nos âmes sont innombrables et en ce qui me concerne, il y en a un, inédit, qui encense l’amour des lys grâce à un support romantique, Le Lys dans la vallée d’Honoré de Balzac et mes souvenirs d’enfance liés aux processions somptueuses, organisées pour le mois de Marie dont il reste une trace dans les chansons populaires et le cœur des officiants.

Les lys de la vallée ont fleuri sur les rives du souvenir et ont embaumé mon cœur, m’entraînant dans une valse qui me conduit au Cantique des cantiques, les tableaux de Greuze, Poussin ou Vermeer de Delft, à l’image de La jeune fille à la perle à qui un amoureux me compara jadis, allant jusqu’à orner le manteau de cheminée d’une reproduction, placée en guise d’ex- voto.

C’est seulement à présent que je mesure la qualité de ce geste car si j’ai toujours aimé les tableaux de Vermeer de Delft, notamment La Dame au chapeau Rouge dont un fac-similé patiné orne mon salon, jeune fille, je détestais toute allusion à ma supposée beauté, refusant que l’on fasse des femmes des objets de désir.

Aujourd’hui, je me promène dans les jardins du souvenir et je respire le parfum enivrant des lys, dernier rempart de la virginale douceur…

 

 

jeudi 1 octobre 2026

Cueillez des roses ou mangez des pommes

 

 

 


Cueillez des roses ou mangez des pommes … Ronsard ou Horace ?

Nos dirigeants ont pris l’habitude de s’adresser à nous comme si nous étions des enfants à qui l’on doit raconter une histoire.

La surenchère est de mise aujourd’hui. On s’attend à des slogans tels que Arrachons les orties  Mangeons du couscous Donnez votre or Ligne Bleu Horizon, la liste pourrait s’allonger.

Pourquoi ne pas nous parler avec clarté et simplicité tout en restant profond ?

Le Pape Léon XIV a donné le ton. Il n’a jamais plaqué ses déclarations en fonction d’un bénéfice médiatique. Il est resté authentique d’un bout à l’autre de ses pérégrinations dans notre pays dont il a rappelé chaque facette instructive de son Histoire.

Prenez-en de la graine, apprentis Présidents et cessez de chercher la phrase ou l’image qui fera mouche car elle ne sera que le fallacieux reflet d’un pays imaginaire.