vendredi 9 octobre 2026

Le violon d'argent

 

 


En arpentant une zone alpestre proche des cimes, Darius trouva près d’un tapis d’edelweiss un violon d’argent de belle facture. L’archet en bois du Brésil était sculpté de petites roses er reposait près de l’instrument.

Darius emporta ce cadeau du ciel et regagna son chalet situé près d’un torrent où il aimait pêcher pour se détendre après ses journées de travail au conservatoire. Il y enseignait l’art du violon.

Il ferma à clef la porte de son chalet et joua ses airs favoris, La Méditation de Thaïs de Jules Massenet et La Czardas de Vittorio Monti en maniant l’archet tombé du ciel. Le son du violon était incomparable et une pluie d’edelweiss tomba sur le parquet.

L’une de ces fleurs se développa pour devenir une jeune beauté à la robe de velours couleur du jour.

«  Bonjour, Darius ! Je suis Alizé pour vous servir. La fée des montagnes m’a créée pour que je concoure à votre bonheur ».

La délicieuse apparition se précipita dans la cuisine pour en sortir avec des plats empreints de poésie et de délicatesse.

Les fleurs soulignaient le velouté d’un potage, le moelleux d’une tarte aux légumes et la douceur d’un sablé au beurre frais.

Darius rangea le violon dans un écrin légué par son grand-père pour conserver un Stradivarius et se laissa tenter par les créations gourmandes d’Alizé.

Ce bon repas achevé, il ressentit le contrecoup des émotions de la journée, remercia vivement la charmante Alizé et s’excusa auprès d’elle du besoin de sommeil qui s’était emparé de sa personne.

Alizé le pria de prendre du repos :

«  Un maestro de votre envergure doit se ménager » conclut-elle avec son beau sourire et Darius, reconnaissant, lui baisa la main avant de regagner sa chambre pour voguer au pays des rêves.

 

jeudi 8 octobre 2026

Rodrigue, Prince de l'amour

 



«  Rodrigue, as-tu du cœur » ? Tout le monde se souvient de cette apostrophe et oublie que, dans le contexte du siècle voué  au théâtre, « cœur » signifie courage et qu’il s’agit, en l’occurrence d’une invitation au duel.

«  Beau comme le Cid » ! Un ange violoniste prononça ces derniers mots et Rodrigue s’éveilla.

Il se rassura en pensant que personne ne l’envoyait sur le sentier de la guerre mais il éprouva un pincement au cœur en se rappelant également que personne ne l’aimait.

Sa mère était partie pour d’autres cieux après lui avoir fait le cadeau de ce prénom sonnant comme les éperons d’un fier cavalier parti conquérir une belle inaccessible.

 Rodrigue cependant était un prince timide, capable de se métamorphoser en Cyrano ardent à la lecture d’un roman passionnant, La Chartreuse de Parme de Stendhal ou Guerre et Paix de Tolstoï ou encore à l’audition d’une pièce de Racine, Bérénice ou Andromaque.

Désireux de presser sur sa poitrine une jeune beauté capable de susciter passion et douceur, Rodrigue partit à la conquête du bonheur.

Il prit un sentier de randonnée, écouta le chant des oiseaux, admira les fleurs des champs qui formaient une ronde enchanteresse et, au détour d’un chemin pierreux, rencontra une belle jeune fille qui semblait poursuivre le même but que le sien.

Ils prirent place dans un oratoire bien entretenu et fleuri.

Sans mot dire, ils laissèrent leur esprit divaguer par-delà l’horizon du rêve.

Après cette pause votive, ils cheminèrent côte à côte, décidés à faire plus ample connaissance.

La maison de la grand-mère de Delphine étant toute proche, Rodrigue accepta d’y faire  une halte.

La grand-mère de la jeune fille, prénommée Céleste, portait l’azur dans ses beaux yeux. Elle était encore alerte et se mit en devoir d’honorer la visite de sa petite fille et de son chevalier servant qui avait belle allure.

Elle leur servit orangeades et citronnades et gâteaux sablés agrémentés de confiture d’airelles et de chocolat blanc, ce qui enchanta ses invités.

De plus, ils eurent le loisir, durant cette collation, de se sentir proches l’un de l’autre.

Ils n’avaient pas besoin de parler pour ressentir une tendresse réciproque et lorsqu’ils prirent congé de Céleste, ce fut avec des effusions attendries de la part de Delphine et une infinie reconnaissance de Rodrigue envers la septuagénaire hospitalière.

Ils se quittèrent en se donnant rendez-vous le dimanche suivant.

Delphine mit ces quelques jours  à profit pour confectionner une robe pimpante et Rodrigue écrivit une ode à sa bien- aimée.

Ils se promenèrent dans un jardin public, admirèrent les fleurs d’une serre et c’est près d’un olivier centenaire que Rodrigue déclara son amour à la jeune fille, l’enlaça et la couvrit de baisers fougueux.

Delphine sentait son cœur battre follement dans sa poitrine et elle s’abandonna, sans difficulté, à ce bel amour prodigué par le ciel et sa céleste grand-mère !

Rodrigue adressa une muette supplique à sa mère qui finalement, lui avait choisi le plus beau des prénoms !

 

Une rose d'automne en un blanc jardinet

 



 

Une rose d’automne en un blanc jardinet

Et puis toi, mon amour,

Et puis toi…

Dans ta robe de dentelle avec des pervenches

Dans les yeux…

Je t’aime tant que je m’en vais criant,

Par les rues noires,

Que je t’aime à la folie.

Une rose d’automne en un blanc jardinet

Et puis toi, mon amour,

Et puis toi…

Dans ta belle robe chaude tricotée cet hiver

Et dans tes bras, notre petite Élodie, si belle

Que je m’en vais par les rues noires,

Chercher l’impossible travail.

Las ! les ramasseurs de feuilles mortes n’existent plus

Dans notre vieux Denain ;

La grande usine a fermé ses grilles mangées de rouille,

Et toi, mon amour, et toi…

J’hésite à te dire la vérité, alors je chante,

Je danse comme un Pierrot fou.

Musique, s’il vous plaît…

Notre ville refuse de mourir…

Sur les marches du théâtre,

Les vieux mineurs pleurent

Et les métallurgistes tordent leurs mains brûlées,

Mon amour, mon amour,

Je suis comme la ville :

Je ne veux pas mourir

Mais, dans la ville morte,

Notre si bel amour n’est qu’un fantasme d’or,

Mon amour, mon amour,

J’ai vendu ta robe de dentelle ;

 Faudra-t-il que j’offre mon cœur

À la banque des riches ?

Mon amour, dans la ville fantôme,

Il ne reste que nous

Et notre bel amour.

Les pavés sonnent une valse d’épousailles

Et, dans les rues si noires, notre mort fusera

Comme une note de lumière.

Une rose d’automne en un blanc jardinet

Et puis toi, mon amour,

Et puis toi…