jeudi 30 juillet 2026

La fée des enfants perdus

 

 


Dans une perle sculptée en un palais de nacre orné de peignes de Vénus, de bénitiers colossaux et de conques marines, vivait la fée Ondine.

Les dauphins la saluaient, les sirènes lui décernaient leurs plus beaux chants et sur un tapis de coquillages adouci par une poudre de roche, les enfants égarés du monde entier, enveloppés dans des manteaux de laine doublés de soie, attendent patiemment que leurs parents viennent les réclamer.

Pour rendre ces instants plus heureux, la fée Ondine dépêche sur la plage des brigades d’elfes et de lutins pour assouplir les conditions imposées à tous ces orphelins de la mer.

Des vagues les ont arrachés à leurs parents embarqués sur des radeaux de fortune. Echoués sur la grève, seuls, grelottants, ils ont été heureux de voir se dérouler, pour eux, des tapis de bonheur.

Réchauffés, ils ont goûté des plats fabuleux, de la pastilla aux pigeonneaux et aux mandes, des gâteaux de riz et de semoule, des mille-feuilles à la crème et aux fraises, des brioches à la fleur d’oranger ainsi que des breuvages onctueux à base de lait, de miel et d’amandes effilées.

Le goût âcre et dur de l’eau de mer qu’ils avaient ingéré à leur corps défendant s’estompait grâce à tous ces mets et ces boissons vitaminés.

Une tente abrite les enfants à la tombée de la nuit.

Le lendemain, tous les enfants confectionnent des messages qu’ils confient à l’océan en les lestant de pièces d’or enfermées dans une bouteille sculptée en forme de voilier.

Pirogues, radeaux de balsa, felouques, barques vendéennes, voiliers aux fiers haubans sillonnent la mer pour que des parents retrouvent leurs enfants.

Les retrouvailles sont chaleureuses.

La fée Ondine ordonne que l’on prépare un banquet pour célébrer le bonheur des familles enfin réunies après des jours et des nuits d’angoisse.

Les orphelins qui restent essuient une larme mais après le départ des familles, la fée attribue à chaque enfant restant sur la grève une fée maternelle qui épanchera leurs larmes de chagrin.

Puis elle fait construire un palais à côté du sien.

Chaque enfant y aura sa chambre et il sera veillé par sa fée personnelle.

Une salle d’études, une salle de jeux, une bibliothèque et une salle de spectacle où les arts majeurs sont représentés, musique, danse, poésie, théâtre occupent un vaste espace où les enfants s’épanouissent, encadrés par des professeurs émérites.

Au fil des jours, des mois, des années, les enfants dont les parents n’avaient donné aucun signe de vie se résignèrent à vivre dans ce royaume dont la fée Ondine, pleine de bienveillance, assurait l’ordre et la sérénité.

Les dauphins et les sirènes veillaient scrupuleusement  à ce que leurs jeux, au cœur de l’océan, se déroulent sans incident.

Les premiers mariés de l’océan, Ambre et Aman optèrent pour une vie de pêcheur de perles et de dentellière.

Ils firent construire une jolie maison avec les matériaux locaux, du bambou, des roseaux et des coquillages.

D’autres couples se formèrent.

Des artistes, chanteurs, musiciens, danseurs, poètes et romanciers enrichirent la communauté pour la grande joie de la fée Ondine qui scruta l’horizon, chaque jour, dans l’espoir de ne plus jamais voir s’échouer sur la grève le moindre enfant perdu.

 

 

Folie

 


 

L’iris et l’ancolie ont bleui mon regard d’azur

et de source mêlés,

tandis que dans tes yeux l’émeraude a pâli

en s’étoilant de points d’or.

Et c’est ainsi que nous sommes partis,

mon amour,

vers le pays du non-retour

où chantent le rossignol et l’alouette,

et c’est ainsi que,

Toi et Moi,

nos deux ombres mêlées,

avons parcouru la terre

au pas d’amble de nos chevaux fous,

 

et c’est ainsi que,

Toi et Moi,

d’amour mêlés,

nous ne sommes jamais arrivés …

mercredi 29 juillet 2026

La mystérieuse fée des bois

 

 



Dans sa petite maison située à l’orée d’une forêt, Wendy songeait à la manière de tirer parti du  bel héritage dont elle avait été la bénéficiaire lorsqu’elle reçut un mystérieux appel :

«  Venez à moi, Wendy, vous serez couronnée fée des bois et recevrez le sceptre en bois d’olivier célébrant les fées des sources ».

Sous forme de ruban enluminé, le message fut déployé par des tourterelles qui déposèrent l’appel manuscrit avant de disparaître dans une envolée céleste.

Wendy revêtit une tenue adaptée à la marche, se chaussa en conséquence et partit en forêt, une besace sur l’épaule pour engranger les trésors des sous-bois collectés.

Elle marcha plusieurs heures, cueillant et ramassant çà et là les produits-phares des bois, champignons, baies, fleurs et plantes qu’elle ensachait consciencieusement pour les conserver en bon état.

Les parfums chatouillaient ses narines et le chant des oiseaux stimulait son désir d’aller de l’avant. Elle arriva dans une clairière où chantait un ruisseau. Elle délaça ses chaussures et trempa ses pieds endoloris dans l’eau. Elle sécha ensuite ses pieds revigorés et les enduisit d’un baume à la rose.

Elle s’assit ensuite sur un banc de pierre et fut à peine étonnée de voir se présenter une fée.

«  Tu as suivi scrupuleusement les consignes, Wendy, sois-en remerciée » !

La fée disparut dans un éclair d’argent. Wendy s’aperçut alors qu’un énorme changement s’était produit dans la clairière. Elle s’était considérablement élargie et un Riad, à la mode orientale, avait surgi, promettant les splendeurs des Mille et Une Nuits.

Elle pénétra dans le Riad en robe de soie. Une dame d’honneur emporta sa tenue de marche et sa besace, promettant de mettre au menu la collecte du jour.

La pièce réservée à l’accueil des invités, richement meublée et décorée, ornée d’une volière où évoluaient des oiseaux exotiques, lui permit de se reposer en toute quiétude.

On la pria ensuite de passer à table et elle put savourer une omelette aux champignons, des abats en sauce servis avec de jeunes pousses en salade, du fromage de brebis et une tarte aux fruits rouges.

Cet excellent repas terminé, elle se retira dans la chambre que l’on avait préparée pour elle.

Alcôve de princesse, bergère, secrétaire, table de nuit où s’empilaient les ouvrages de ses auteurs préférés, Honoré de Balzac, Marcel Proust, Fédor Dostoïevski, Léon Tolstoï et Leila Slimani.

Après un bain parfumé, elle revêtit une chemise de nuit en lin, brodée et s’allongea dans le lit en se calant haut sur les coussins et lut quelques pages de La Nuit des Temps de René Barjavel, livre culte dont elle ne se séparait jamais et finit par s’endormir, couronnée virtuellement en fée des bois.