samedi 4 juillet 2026

La rose d'or de Yasmina

 

 



Yasmina piqua deux roses célestes dans ses cheveux puis couverte d’un voile léger brodé, elle marcha dans les ruelles à la recherche d’une rose d’or promise en rêve.

Cette rose fabuleuse devait apporter le bonheur à sa famille selon une voix féerique émanant d’un nuage bleu aux franges dorées.

Des petites filles s’enfuirent à sa vue car elle leur semblait irréelle par son élégance si rare dans l’univers ocre et poussiéreux où elles vivaient.

Yasmina regretta de ne pas avoir emporté un sac de dragées et de douceurs sucrées aux amandes puis elle se dit que ce serait pour une prochaine fois, la rose d’or devant se dérober à chaque détour du chemin. Or, elle apparut sur le heurtoir d’une porte gardant l’accès d’un palais ancien où chuchotait l’eau d’une fontaine.

Elle activa le heurtoir et la rose d’or prit place sur son caftan côté cœur.

La porte s’ouvrit et une ravissante jeune fille l’invita à prendre place dans le jardin d’intérieur près d’un oranger et d’un citronnier.

Yasmina ferma les yeux pour écouter le murmure de la fontaine et le chant des oiseaux puis un parfum subtil et boisé lui révéla une présence masculine. Un homme souriant vêtu d’une gandoura de belle facture turquoise et or lui souhaita de connaître des heures agréables en sa compagnie.

Jawat, généreux comme son prénom l’indiquait, lui proposa de partager son repas du soir. Yasmina accepta avec la retenue polie requise en bonne société.

Un serviteur apporta du lait et des dattes ; après cette entrée prometteuse, ils lièrent connaissance en abordant des sujets de circonstance.

Cette étape amicale achevée, Yasmina se laissa conduire dans une pièce destinée au repos. Les murs étaient en faïence et un divan capitonné lui permit de s’étendre et de laisser son esprit vagabonder.

Elle somnola jusqu’à ce que Horia l’aide à se rafraichir et revêtir un caftan de cérémonie.

Ainsi vêtue, elle avait le charme d’une princesse orientale. Jawad la félicita pour sa magnificence et lui prit délicatement la main pour la conduire à la table de réception.

Après des ablutions à l’eau de rose, on leur servit la chorba dans de jolis bols de porcelaine, des bricks de viande hachée à la coriandre, un couscous prestigieux, une pastilla au lait et des cornes de gazelle.

Un joueur d’oud les aidait à patienter entre chaque plat.

Unis par ce repas de fête, Jawad et Yasmina laissèrent leurs idées se métamorphoser en phrases poétiques et furent à peine surpris de voir un voile d’or les envelopper de sa douceur langoureuse.

Ils purent ainsi échanger un baiser à l’abri des regards indiscrets et se mirer dans un miroir d’eau rosée présenté par des angelots annonciateurs de l’amour.

 

 

vendredi 3 juillet 2026

L'étang chimérique

 

 



«  Nos plus beaux souvenirs fleurissent sur l’étang

Dans le lointain château d’une lointaine Espagne

Ils nous disent le temps perdu ô ma compagne

Et ce blanc nénuphar c’est ton cœur de vingt ans ».

Une colombe provenant de l’étang chimérique des poètes apporta à Vincent le lotus sacré de l’amour éternel.

Du cœur de la fleur surgit une danseuse vêtue de pétales de roses tourbillonnant au vent léger.

Vincent s’inclina devant elle et ils dansèrent au son des tambourins et du violon.

«  Un jour nous nous embarquerons

Sur l’étang de nos souvenirs

Et referons pour le plaisir

Le voyage doux de la vie ».

Le couple d’amoureux unis par l’ardente flamme de la passion s’éclipsa dans une roselière pour y connaître les moments uniques réservés aux âmes sensibles et musicales nés pour se rencontrer.

jeudi 2 juillet 2026

La princesse Jacinthe

 



Conçue dans l’île aux fleurs, la princesse Jacinthe naquit au château de Tournebride et suscita l’admiration de tous par sa beauté, sa vivacité et sa faculté à faire siennes toutes les formes de l’art.

Elle dansait à merveille, jouait du piano, cousait et brodait, peignait des paysages et des portraits avec délicatesse et précision.

Jacinthe aimait beaucoup ses parents, la princesse Aurore et le prince Amour mais elle adorait sa nourrice cajun, la belle Réjane venue de Louisiane pour rappeler aux heureux parents l’origine de la conception de leur fille.

Pour chaque anniversaire, un repas cajun était privilégié. L’un des plats préférés de Jacinthe était le jambon clouté de girofle et quadrillé de cubes d’ananas caramélisés. Accompagné  d’une purée de patates douces, ce plat était souvent au menu du château.

Dans les cuisines il y avait un emplacement réservé à Réjane. Des flans à la noix de coco, du blanc-manger, des tourments d’amour, des gaufres étaient en préparation ou sur le feu, cuisant doucement avec des gousses de vanille.

Réjane cousait de jolis costumes créoles à celle qu’elle chérissait comme si elle était sa propre fille. Des jupons brodés en percale mettaient en valeur le coloris des jupes et des tabliers en madras. Des chemisiers blancs à trou-trou où passaient de beaux rubans jetaient une note fraîche et amidonnée.

Jacinthe était aimée de tous et semblait être la fée du bonheur.

Or, un jour, elle demeura introuvable. On la chercha partout, en vain. On interrogea le personnel du château, les villageois des alentours, sans résultat. Elle semblait s’être volatilisée.

Réjane avait l’impression de voir ses cheveux blanchir en se regardant dans l’eau du ruisseau que Jacinthe aimait peindre.

«  Elle aura peut-être voulu saisir du bout de son pinceau les reflets du soleil dans les fleurs de nénuphar » se disait-elle pour que s’épanouisse la rose de l’espérance qui battait dans son cœur.

Elle n’avait pas tort, du reste, car le génie de la rivière s’était emparé de la princesse alors qu’elle reproduisait sur la toile les remous du courant.

Silver, le dieu de la rivière endormit Jacinthe en lui faisant respirer un parfum envoûtant à base de passiflores et d’aubépines. Il la déposa dans une grotte aménagée en luxueux abri, véritable nid d’amour.

En ouvrant les yeux, Jacinthe découvrit un univers marin plein de charme. De petites ondines lui présentèrent des jus de fruits et des mignardises à base d’algues. Jacinthe n’était pas habituée à ce type de nourriture mais elle reconnut que leur saveur était douce au palais.

Les naïades  s’efforcèrent de lui être agréables. Bains de fleurs, chants accompagnés de la lyre, danses se succédèrent et on la vêtit d’une robe ample aux motifs marins.

Silver lui rendit visite. Il s’excusa de l’avoir enlevée et la rassura en lui disant qu’il avait fait parvenir au château un message apaisant.

Selon les dires du génie, Jacinthe explorait un territoire fascinant et serait bientôt de retour.

«  Qu’il en soit ainsi » dit-elle à son geôlier et elle s’efforça de se montrer avenante dans l’espoir qu’il exécute à la lettre les termes du message.

Elle ferma un instant les yeux et se vit, de retour à Tournebride, les bras chargés de cadeaux aux couleurs océanes.