samedi 1 août 2026

Paroles de fée

 


 

Vêtue de perles, de roses et de la soie de mes cheveux, je me promène dans un bel appartement arts déco. Je me présente : on me nomme la fée des lilas. J’erre dans les livres d’un auteur de contes, très branchée Belle Époque. Mais ne vous y fiez pas, elle vous emmènera, l’air de rien, dans les ruelles obscures des villes que l’on cherche à fuir parce qu’elles sont inhumaines voire barbares.

De temps à autre ,  je fais des incursions dans les squares, travestie en vieille dame et je tâche de rencontrer des personnes avec qui je puisse parler. C’est difficile mais j’y parviens car j’ai toujours aimé les contacts, même les plus improbables. Parfois des êtres humains sont incapables de parler tant la souffrance les taraude. Je leur glisse furtivement une perle dans la main et j’attends qu’elle se transforme en pivoines ou en soleils. Lorsqu’un sourire flotte sur les lèvres du désespéré, je pars, de mon pas lent et libéré puis je regagne mon royaume où je retrouve mes attributs féeriques et le goût de la beauté pour le bonheur des êtres humains.        

L'enchanteur

 

 

Sur les sentiers de Brocéliande, j'ai croisé l'enchanteur Merlin et je lui ai demandé s'il nous réservait la renaissance de la chevalerie celtique chère à nos cœurs.

Nous reviendra-t-il, Arthur Roi du Monde avec l’œil, porte du monde, placé au centre de son bouclier?

Où est Lancelot, ce chevalier mythique dont le seul vainqueur fut le regard d'une femme?

Où sont Perceval, Galahad et tant de braves qui partirent chercher le Graal au bout du monde?

S'ils nous reviennent, nous leur demanderons juste de cimenter les pierres de nos édifices car ils menacent de s'écrouler à chaque instant sous les coups de butoir de barbares d'un genre nouveau.

Ils s'apparentent à la canaille qui hante les romans chinois, misérables voleurs assoiffés de sang.

Pour finir en beauté selon un code misérable, ils n'hésitent pas à engager leur dernier souffle de vie pour que périssent des centaines d'innocents.

Victimes de leurs délires meurtriers, ils meurent après avoir proféré un dernier cri de haine qu'ils dédient à un dieu barbare que nul ne reconnaît, fors leurs semblables, nouveaux fils de Lucifer, l'ange déchu qui souhaite la mort d'un univers divin dont il est indigne.

Pour adoucir ma peine, Merlin m'immergea dans la fontaine sacrée et fit renaître le chevalier de Ponthus dans un soleil d'or, muni du bouclier d'Achille et de la lance sacrée.

Heureuse de ce beau dénouement, je repartis d'un pas léger tandis que Merlin regagnait l'éternel paradis de sa forêt magique et bleutée.

vendredi 31 juillet 2026

La bataille du Fao

 

 

 


Ce fut Harold le sanguinaire qui déclencha les hostilités en décochant des flèches enflammées sur les tentes des chevaliers de Brocéliande.

Wilfried, Mark, Quentin et William, ses âmes damnées, firent de même et le camp entier flamba, risquant de mettre le feu à la forêt voisine.

Le souci premier des chevaliers consista à vouloir épargner la forêt, ce qui les rendit vulnérables.

Tandis qu’ils se précipitaient pour éteindre le feu, les assaillants s’en donnaient à cœur joie, les prenant pour cibles en lançant leurs haches de guerre et leurs javelots, faisant souvent mouche.

Quelques corps gisaient à terre et l’on eut du mal à évacuer les blessés.

De nombreux valets d’épée rendirent l’âme car ils protégeaient leurs seigneurs, faisant un rempart de leurs corps.

La rivière Fao, nommée rivière d’argent devint pourpre, reléguant sa légendaire beauté dans les livres d’histoires.

Le corps à corps finit par s’engager sur ses rives et l’on put admirer les exploits du chevalier de Ponthus, aguerri par sa coutumière défense farouche de la fontaine de Barenton.

Jehan de La Bruyère montra également qu’il méritait son récent adoubement et il en fut quitte pour un coup d’épée qui lui zébra la joue.

Louis de Barenton fit preuve d’ingéniosité. Dissimulé dans des bosquets de roses trémières, il usait d’une sarbacane sur l’ennemi, usant ses forces déployées avec brutalité.

Le comte de Prunelé ne fut pas en reste, haranguant et regroupant les chevaliers éparpillés.

Des cris de guerre fusaient de partout et bientôt ils furent relayés par des hurrahs victorieux car les chevaliers de l’île de Malte lâchèrent prise.

Harold comptait de nombreuses blessures car on l’avait privilégié comme cible, étant donné qu’il était, de loin, le plus belliqueux du groupe.

Sans demander leur reste, ils repartirent vers la côte, déterminés à rejoindre leur île natale avec les richesses qu’ils avaient collectées dans les églises.

Personne ne les regretta et l’on brûla des cierges pour que semblable bataille ne se reproduise de sitôt.

On enterra les défunts avec dévotion et un prêtre promit de veiller à ce que leur sommeil ne soit jamais perturbé.

Le comte de Prunelé ne ménagea pas sa bourse et il promit de faire édifier un monastère où chacun pourrait se recueillir ainsi qu’une école où l’on raconterait la bataille du Fao en magnifiant les exploits des chevaliers de Brocéliande.