dimanche 30 août 2026

Moi je suis tango

 



«  Moi je suis tango tango

Toutes les femmes sont des roseaux

Moi je suis tango tango

Que je plie dans un sanglot ».

La voix de Guy Marchand susurra ces mots dansants à Vincent pour l’aider à fêter l’an nouveau.

L’année 2026 ! L’année de l’espérance folle émergeant des catastrophes naturelles et guerrières !

La danse et le chant nous sauveront dit Vincent en laçant ses chaussures et il partit à la conquête du génie du bonheur.

«  J’aime

Dire je vous aime

Même

Si c’est un blasphème

J’aime dire

Je t’aimerai toujours

Même si

Ça ne dure qu’un jour ».

Un an, un jour, que vive 2026 !

Le chevalier de la rose noire



Penché sur une enluminure du XVème siècle, Darius songeait au prochain chapitre de son roman, Le chevalier de la rose noire. L’idée séquentielle lui était venue alors qu’il se promenait dans une roseraie. Une rose pourpre veinée de noir lui avait donné l’idée d’un conte ésotérique dont il se délectait à l’avance dans la mesure où il écrivait au hasard de l’inspiration.

En lisant Nord Matin, il crut avoir une hallucination en découvrant un article signé par Jade.

Elle avait fait un récit sobre de la découverte d’une jeune fille morte, reposant dans un lit de roseaux.

Sans dévoiler le détail de la rose incrustée dans les parties intimes de la défunte, geste post mortem porteur d’une morbide signature, Jade avait inclus dans son article la reproduction d’une esquisse de la rose noire faite par Florian.

Comparant le croquis avec sa propre observation dans la roseraie et l’enluminure d’un écrit médiéval, Darius se sentit pousser des ailes. Son roman allait sans doute prendre une tournure nouvelle. Comme dans Au nom de la Rose d’Umberto Ecco, son récit orienté sur une voie ésotérique pourrait se teinter des draperies sombres de la criminalité.

Il fourra son manuscrit dans la serviette d’école en cuir fauve qu’il chérissait depuis son enfance, prépara une valise avec du linge de rechange et une trousse de toilette puis il se dirigea vers le garage où l’attendait sa partenaire chérie, une Buick Bouton d’Or décapotable.

Il partit, cheveux au vent, rêvant de cerisiers en fleurs pour arriver, par le chemin des écoliers, à Fleur-Lez-Lys où il tremperait sa plume dans l’encrier sombre de la mort.

Son arrivée, dans le bourg, ne passa pas inaperçue.

La Buick Bouton d’Or rappelait aux anciens l’amour fou éprouvé dans les années cinquante pour ce totem de l’Amérique triomphante et libératrice, négligeant le massacre des Indiens et la ségrégation raciale comme quantités négligeables.

Darius demanda à une passante de lui indiquer un hôtel ou une maison d’hôtes et la dame lui suggéra de se présenter à la maison des contes.

«  Ce n’est pas une maison d’hôtes à proprement parler mais la propriétaire acceptera de vous héberger car elle est toujours prête à accueillir des personnes de qualité » lui dit Jeanne, une habituée de «  Chez Marius ».

Elle lui conseilla d’aller se rafraîchir dans l’estaminet qui était, selon ses dires, le poumon du village.

«  On est au courant de tout quand on est un habitué et j’imagine, à vous voir, que vous venez ici, attiré par le mystère de la mort d’une pauvre jeune fille, inconnue dans le village et porteuse d’une marque étrange, la rose noire ».

Darius remercia la villageoise avertie, confia Bouton d’Or à un jeune homme amoureux des belles voitures et fit une entrée triomphale chez Marius.

«  Que puis-je vous servir, beau prince dit Marius avec enjouement.

Auriez-vous de la cervoise ? J’aime la marque Lancelot ou Duchesse Anne.

Et avec cela, compléta Marius, croque-monsieur, nems, samossas, pizza ou hamburger maison » ?

Darius se laissa tenter par un hamburger maison, garni d’un mince steak haché, de feuilles de laitue, de rondelles de tomates et de languettes de Maroilles.

«  Fameux » commenta-t-il tout en caressant sa serviette d’écolier en cuir fauve.

«  Vous êtes écrivain, lança Jade venue savourer son cappuccino quotidien.

Pour vous servir, gente dame. Je suis accouru dans ce charmant village pour y trouver un regain d’inspiration.

Notre église Saint Michel a du charme concéda la journaliste.

Certes, j’apprécie son élégance et son ancienneté mais je suis venu ici pour offrir à mon chevalier de la rose noire, mon héros, une occasion de rebondir dans sa quête spirituelle.

Comme c’est intéressant, s’émut Jade. Avez-vous lu mon article paru dans Nord Matin ?

Vous êtes la célèbre Jade ? Je rêvais justement de vous rencontrer ».

Sur ce, Darius proposa à la journaliste de le rejoindre. Il serait plus agréable de converser en tête à tête plutôt que d’échanger des phrases à la volée de table en table.

Les deux écrivains, le romancier et la journaliste, confrontèrent leur vision de la rose noire puis ils se dirigèrent vers la maison des contes où ils pourraient poursuivre  leurs recherches dans une atmosphère amicale et lumineuse.

Un cri dans les roseaux

 

 


Ce sont les oies sauvages hibernant sur les rives de l’étang chimérique qui ont propagé la grande nouvelle : un nouvel album de Johnny !

Imaginez la ruée des fans sur les bords de l’étang aménagés en fauteuils d’orchestre !

Johnny allait forcément donner un concert du feu de Dieu !

Le cri a explosé et il a atteint les rives du Mississippi.

Fabrice, le grand ordonnateur des fêtes du rock a envoyé des invitations dans le monde musical.

Tout le monde s’est donc retrouvé sur les rives de l’étang et lorsque Johnny est apparu, vêtu avec magnificence, le sourire aux lèvres, quelques fans se sont évanouis. Cependant le cri les a tout de suite revigorés et chacun d’écouter la chanson inédite venue de la nuit des temps pour nous émerveiller !

Coeur de loup



On m’a souvent attribué un cœur de loup solitaire dit Johnny aux angelots venus l’écouter ; sachez que si un loup vibrait en moi, ce n’était pas mon choix. Cet animal indépendant et solitaire m’a volontairement envahi, me prenant par surprise.

Bien souvent, alors que je croyais vivre une belle histoire d’amour, le loup faisait fuir l’élue de mon cœur et je me retrouvais seul dans un univers connu des Amérindiens auxquels j’avais fini par ressembler, plumes, aigle et loup blanc sur les rives du Mississippi ou dans les déserts semés de roches et de cactus.

Cœur de loup et cœur de pirate se sont joints pour embraser ma poitrine, alternant le feu éternel de l’amant éperdu plongé dans les méandres de mon enfance perdue.

La ronde des poupées

 



Elles sont venues dans la clairière ombragée, les poupées d’autrefois et elles se sont mises à danser au son d’un orchestre de campagne, composé de violonistes, d’accordéonistes et de joueurs de flûte de Pan.

A minuit, elles se sont toutes transformées en princesses, à l’exception de l’une d’entre elles ; elle s’est éclipsée en costume de bohémienne, emportant un jeu de cartes, une boule de cristal et des cahiers d’écolière pour noter les apparitions des magiciennes aux mains d’argent.

Esméralda, la reine des poupées, devenue gitane, part à la recherche d’une roulotte qui l’emmènera faire le tour de l’Europe, pour retrouver les racines du peuple bohémien.

En bohème, ils se sont attardés et ont récolté tant de souvenirs que les cahiers d’écolier ont tous été écrits jusqu’à la dernière ligne.

Mais le plus important et le plus émouvant aussi, ce furent les danses, le soir, près du feu, et les chants venus de toutes les sensibilités nomades de ce peuple qui jamais ne renonça à son identité, malgré les outrages et les attaques parfois meurtrières dont il était l’objet.

Un prince de la guitare, Flor, s’est uni à la belle Esméralda et tous deux sont partis dans une roulotte pimpante et fleurie pour retrouver les poupées devenues princesses dans la clairière illuminée par d’innombrables candélabres.

Quelques princesses ont trouvé des princes pour les épouser et d’autres se sont ingéniées à faire construire d’agréables habitations de bois, pleines de charme et confortables.

Un chalet nouveau fut commandé pour Esméralda et son prince et pour célébrer cette demeure future, Flor a composé une romance qu’il a accompagnée à la guitare et tous les rossignols de la forêt se sont joints à cette merveilleuse harmonie de la voix et de l’instrument des gitans par excellence.

La fête fut si belle que chacun regagna son chalet à regret et des amours splendides retrouvèrent un regain d’ardeur et de passion.

On fit de ce jour une date anniversaire et l’on se jura de renouveler une si belle fête.

En attendant que le chalet soit terminé, Flor et Esméralda sillonnèrent les routes et chaque soir, Flor enchanta un auditoire captif de sa belle voix et de son art de guitariste.

L’après-midi, Esméralda fit dresser une tente sous laquelle elle dit la bonne aventure en s’aidant de la boule de cristal et des cartes. Son art de la psychologie faisait le reste et les personnes qui étaient à la recherche d’une personne disparue ou d’un accomplissement de leur nirvana repartaient, soulagées et heureuses.

Lorsqu’ils revinrent dans la clairière, ils avaient gagné de belles pièces d’or qui leur permirent de commander le plus beau des festins pour inaugurer le chalet merveilleux, vaste à souhait pour qu’une salle de spectacle figure au palmarès avec, bien évidemment, un cabinet charmant pour la diseuse de bonne aventure.

La roulotte fut remisée et l’on prit grand soin des chevaux car, naturellement, l’amour de la route les gagnerait un jour !