mardi 20 octobre 2026

Le bal des débutantes




Charlotte sauta de joie à la réception d’une invitation à participer au bal des débutantes.

Certes, elle était baronne et à ce titre elle pouvait prétendre à l’honneur de paraître en robe blanche à cet événement annuel.

Cependant sa mère était totalement ruinée et pour paraître à ce bal, il fallait impérativement se doter d’une somme rondelette pour acheter la toilette complète et se donner, l’espace d’un soir, l’apparence d’une jeune fille de la noblesse.

Charlotte multiplia les petits boulots et lorsque, enfin, elle réunit l’argent nécessaire, elle se prépara à connaître l’effet Cendrillon.

Ongles vernis, cheveux en boucles anglaises sagement nouées par un ruban, diadème de sa mère, escarpins, cape élégante, taxi somptueux ; rien ne fut laissé au hasard et lorsque Charlotte se présenta à la réception du palace où le bal devait se dérouler, elle se vit remettre un carnet.

On lui conseilla de suivre les directives à la lettre et on la conduisit dans une loge.

Collation, coiffure et maquillage se succédèrent.

Durant les moments de pause, Charlotte lut quelques pages d’ Un amour de Swann, son livre préféré qui avait l’avantage de pouvoir se glisser dans le sac élégant qui complétait sa toilette.

Enfin l’heure du bal arriva ; la jeune fille se vit remettre un carton qui portait le nom de son cavalier choisi par la direction : Amaury de Rochenoire.

Le couple se forma et s’apprêta à exécuter la valse de l’ Empereur.

Amaury de Rochenoire avait belle apparence et il se montra parfait en tous points. Excellent danseur, il fit de sa partenaire une étoile, le sourire aux lèvres et le geste précis.

Le bal se déroula comme un enchantement.

Craignant de faire un faux pas, Charlotte dosa ses propos si bien qu’à la fin de la soirée, elle ne connaissait de son partenaire qu’un signalement succinct.

Descendant d’un chevalier qui avait participé aux croisades pour soutenir son suzerain, il appartenait à une noblesse idéale mais désargentée.

Son château était en ruines et il vivait modestement, exploitant un vignoble qui produisait un vin de bonne facture, le Rouge Gorge.

Ce nom plut beaucoup à Charlotte qui se promit d’en acheter un carton afin de prolonger l’effet festif de ce bal unique en sa vie de jeune fille.

Elle revint dans son studio, se dévêtit et plongea dans un sommeil où flottait le visage d’ Amaury de Rochenoire dont elle espérait le retour.

 

L'amour du rossignol


Ma fleur de lune, mon asphodèle, tu glisses dans mes bras comme une rivière perdue qui chante sur les galets, tu te réfugies contre ma poitrine dorée et je chante l'amour du rossignol qui se love la nuit dans le cœur des belles.
Et toi, mon infante, ma princesse, mon ingénue, je veux que tu sois mienne à jamais alors je parfume mes lèvres d'un baume oriental et j'active le tambourin pour que tu danses uniquement pour moi, ornée de voiles aux couleurs du temps et c'est ainsi, mon aimée, que nous prendrons la barque des amants qui nous emmènera dans le pays des rêves où vivent ceux qui ont été choisis par les muses et nous y resterons une éternié de jade et de perles de lune ..

Le combat des chevaliers

 

 

 


Le jour du tournoi, dames d’amour et personnalités au nombre desquelles figuraient les fils de Lancelot, sous la présidence de Jehan des Roselières, prirent place dans la tribune d’honneur.

Les chevaliers s’inclinèrent devant leur dame et enroulèrent leur ruban au bout de leur lance, leur promettant la victoire.

Les combats se déroulèrent selon les codes habituels tandis que le public, venu de tous les horizons, se massait derrière les barrières de bois, gardées par des hommes en armes appartenant au château.

Benoît des Forges, galvanisé par la perspective de s’incliner en vainqueur devant son Hélène de légende, tint longtemps la dragée haute aux chevaliers qui l’affrontaient  par tirage au sort mais il fut finalement défait par Norbert du Hainaut qui arborait fièrement un morceau du voile rose de Soraya qui avait été placée dans la tribune aux côtés de Marguerite de Brocéliande.

La féerie était ainsi royalement représentée et les deux créatures de rêve frémissaient en espérant que leur poulain finisse par triompher, redoutant par ailleurs une blessure profonde contractée dans le choc frontal des épées.

Jehan des Roselières fit une annonce, déclarant qu’il n’était pas nécessaire de pourfendre son adversaire en affirmant qu’il s’agissait surtout d’un concours d’adresse et de bravoure.

La Table Ronde ne pourrait accueillir un infirme voire un moribond et c’est dans la perspective d’y paraître et de se préparer à la quête du Graal qu’il fallait frapper d’estoc et de taille !

Les combats y gagnèrent en élégance et en adresse et chaque chevalier eut à cœur de triompher de son adversaire sans verser trop de sang.

Alors que les derniers chevaliers livraient d’ultimes assauts pour se démarquer, chacun rêvant d’être le héros s’inclinant devant sa dame en lui rendant son ruban comme gage d’amour, un chevalier inconnu se présenta.

Tout de noir vêtu, masqué, il entra en lice sans s’incliner devant une dame et combattit avec tant d’adresse que Jehan des Roselières arrêta les combats, demandant une pause pour revêtir son armure et combattre ainsi le chevalier inconnu.

Avant le combat, il s’inclina devant Pervenche, revêtue de ses plus beaux atours et parée comme une reine, le page personnel du seigneur lui ayant apporté le trésor étincelant, la surprise annoncée, puis il entra fièrement en lice, décidé à briser l’orgueil de ce chevalier sans nom en le jetant à terre.

Le combat fut terrible et incertain.

Pervenche et d’autres dames retenaient leur souffle, rêvant, pour la plupart, de se trouver ailleurs, en train de broder ou de préparer des plats destinés à offrir un peu de bonheur à autrui.

Ces combats ne les passionnaient guère et elles avaient hâte que le seigneur en finisse rapidement et qu’il fasse rendre gorge à ce chevalier noir, plein de vergogne et de courroux.

Finalement, Jehan des Roselières prouva à tous qu’il était digne de siéger en maître à la Table Ronde car il mit à terre le chevalier noir dont il ôta la visière.

Quelle ne fut sa surprise de se voir en miroir : ce chevalier noir n’était qu’un autre lui-même !

Lorsque le vaincu eut repris ses esprits, Jehan demanda à son écuyer de lui remettre sa visière pour préserver cette étrange similitude et de l’emmener dans ses appartements, sous bonne garde.

Ces dispositions prises, il s’inclina devant la reine du tournoi, l’incomparable Pervenche et lui remit solennellement le ruban de la victoire.

Il décerna ensuite des récompenses honorifiques à des chevaliers qui avaient fait preuve de vaillance puis il donna le signal du retour au château où chacun mena amours et repos selon son désir.

lundi 19 octobre 2026

Voyage au pays des beffrois

 

 

 


Pour parfaire l’ouverture de l’école sur le monde, la directrice, Fée des Lumières décida d’organiser un séjour dans les terres du nord, réputées pour leur bonheur de vivre, leurs riches terres agricoles et leurs industries qui témoignaient d’une rare inventivité, notamment dans le monde de la dentelle, allant du tulle pratiqué sur le métier à tisser de Caudry jusqu’à la dentelle de Valenciennes, réputée pour sa finesse et l’originalité de ses motifs.

Les arts de la table étaient également mémorables et les tablées gourmandes réunissaient des amateurs de cervoise, de tartes fabuleuses, aux fruits, avec une préférence pour le pruneau, à la cassonade, à la crème et autres appareils qui en faisaient des délices assurés.

Mais c’est surtout le carillon des beffrois qui méritait d’être entendu car ces prouesses musicales faisaient de ces merveilles de pierre une exception ouvragée et artistique.

On venait de loin pour les contempler et lors de fêtes populaires, les ducasses où l’on aimait les manèges d’enfants, les amusements bon enfant, la musique céleste de ces beaux témoins de l’ingéniosité des ingénieurs de la région accompagnait gaiment les amateurs de danse et de joie.

Les géants que l’on promenait lors de festivités liées aux fêtes locales amusaient petits et grands et l’on appréciait également les récits d’aventures burlesques d’un personnage malicieux créé pour plaire et témoigner de l’auto dérision de ce peuple qui aimait la galéjade sous toutes ses formes.

Cafougnette puisqu’il faut le nommer déclenchait rires et sourires et l’on peut déplorer qu’il ne soit pas suffisamment à la mode, dans la mesure où il ne faisait rire qu’à ses dépens et jamais à l’encontre d’autrui.

La fée des Lumières dut se montrer drastique dans ses choix car les préposés au stage d’immersion dans le nord étaient nombreux. Elle promit aux déçus qu’il y aurait une seconde session et qu’ils auraient la préférence.

Maxellende, originaire de la région et élève méritoire des cours de cuisine, fut heureuse d’avoir été sélectionnée car elle avait hâte de confronter le savoir et la pratique acquis dans les cours aux savoirs ancestraux dont elle savourait, enfant, les gourmandises, les gaufres, gaufrettes du jour de l’an et tant de merveilles dont elle gardait le goût sucré sur les lèvres.

Julia et Noëlle, élèves en art de la dentelle furent enchantées d’avoir la chance de pénétrer dans les ateliers du métier jacquard où l’on sortait des pièces de tulle mémorables et aériennes.

Alban qui pratiquait la lutte se réjouit de pouvoir rencontrer des athlètes dont la force était remarquée dans les fêtes de village.

C’est ainsi que le petit groupe d’adeptes des arts pratiqués dans le nord arriva à Maroilles, joli petit village dont le fromage était renommé.

Gageons qu’ils connaîtront de belles aventures et qu’ils s’enrichiront des connaissances de ce terroir où l’on aime fraternellement ceux qui viennent d’ailleurs, avec le sourire et les charmes de l’hospitalité.

dimanche 18 octobre 2026

Automne ardent

 

 


Les roses se meurent, mon aimé et je m’effeuille dans tes bras, poussée par l’ardent désir de ta passion renouvelée.

Bientôt les oies sauvages passeront au-dessus de nos têtes et leur formation en triangle nous rappellera que le temps du retrait en terre hospitalière est arrivé.

Enveloppée dans un duvet nacré, ourlé de pourpre, j’attendrai  que revienne le temps des rivières blondes, charriant des pépites d’or dans leur sillage.

Nous serons les orpailleurs de demain et tamiserons la poudre dorée qui nous permettra de vivre un amour de feu et de lumière.

Les roses se meurent, mon aimé mais moi, je suis toujours là pour chanter les amours folles des couples enchanteurs et éternels.