samedi 5 septembre 2026

Douce Eglantine

 

 

 


«  Ma belle églantine aux yeux violets, je voudrais te serrer contre mon cœur qui bat au rythme de tes pas. Joli roseau flexible, je ferais frémir la harpe de ton corps si tu me permettais d’en obtenir la clef. Tel un oiseau exotique que l’on n’ose mettre en cage de peur d’en altérer les vives couleurs, tu enchanterais mes jours en devenant mienne ».

Ainsi chantait un jeune poète en se promenant le long d’une rivière aux éclats argentés.

C’est alors que la Vouivre lui apparut dans le plus simple appareil, aguichante au possible.

Léandre, le jeune homme amoureux, ne résista pas à la tentation.

Il serra très fort ce corps ardent qui s’ouvrait à son désir mais au moment où il s’apprêtait à connaître l’extase, une guirlande de vipères lui enserra le cou et le précipita dans une mort subite.

Douce Aimée, pensa-t-il très fort avant de rendre son dernier soupir et la jeune fille de ses rêves apparut, en robe d’organdi et portant une ombrelle blanche.

En chemin, elle trouva un recueil de poèmes d’Alphonse de Lamartine.

Elle le feuilleta et lut quelques poèmes marqués d’une fleur bleue, un myosotis lumineux.

«  Où se trouve le jeune homme romantique » pensa Viviane aux yeux de source. La réponse lui vint de la Vouivre qui émergea de la rivière, portant au doigt la chevalière de Léandre.

«  Ne le regrettez pas, jeune fille, il n’avait dans le cœur que des bribes de poèmes et il vous aurait trompée avec la première danseuse venue.

Avant de disparaître, la Vouivre lui lança la chevalière.

Viviane la confia à la Vierge Marie dans la chapelle des anges où elle se rendait pour prier.

Douce Aimée vécut ainsi, gardant le secret d’un bel amour perdu.

 

Paris-Londres

 

 

 


Un soir, en sortant de la boutique Tout pour la Femme où elle travaillait en qualité de créatrice de mode, Angèle eut la surprise de trouver Paul, un bouquet de roses à la main, sous la porte cochère du fiacre qui l’emmenait chez elle, à Montmartre. Majeure, elle avait usé de sa liberté pour louer un studio et y vivre à sa guise.

Paul la raccompagna chez elle et l’invita à passer la journée du dimanche en sa compagnie.

«  Angèle aux yeux de myosotis, je n’ai pas cessé de penser à vous dans les rues de Shangaï et je souhaiterais vous épouser ».

Cette déclaration ravit la jeune femme et son sourire parla pour elle.

Elle mit à profit ses heures de liberté pour coudre une jolie robe en percale et confectionner un chapeau discret et raffiné.

Ainsi parée elle faisait honneur à son prétendant qui arborait une tenue élégante.

Ils dînèrent dans une guinguette au bord de l’eau. Rougets et goujons, moules persillées furent servis promptement avec un vin de Touraine.

Un gâteau Opéra et des fruits rafraîchis clôturèrent cet excellent repas.

Paul loua une barque et rama activement. Angèle était au comble du bonheur.

Ils se quittèrent sur un baiser d’amour et Paul l’assura de sa volonté à l’épouser.

C’était sans compter sur les préjugés bourgeois de ses parents. Paul eut beau vanter les mérites de sa promise, son père, approuvé par son épouse, refusa net cette mésalliance déshonorante pour la famille.

Incapable de résister au véto parental, Paul eut la désagréable surprise de se voir désavoué par sa sœur Virginie :

«  Qui voudra m’épouser si une femme déshonorée à la naissance devient ma belle-sœur » dit-elle vertement à son frère.

Paul, penaud et contrit, fit part de ce refus à Angèle qui sentit son cœur se glacer.

On cherchait une modiste talentueuse à Londres. Angèle brigua le poste, l’obtint au vu de la qualité de ses créations et elle partit sans laisser d’adresse.

Le roman de Jasmin

 

 



En s’éveillant un jour de Mai, le prince Jasmin éprouva le désir de conquérir la princesse lointaine qui l’attendait dans un château caché par des buissons touffus d’églantines ou dans une grotte marine gardée par un génie des eaux.

En compagnie de Soprano, son chat siamois qu’il tenait au chaud dans une sous-ventrière aménagée dans son armure, il mit le cap sur le rêve au pas mesuré de sa monture Sindbad achetée dans une vente de yearlings.

Il chevaucha longtemps, s’arrêtant au premier coup de griffe léger administré par Soprano à titre de rappel à la réalité.

Il établit un feu de camp, déploya sa tente de campagne, mangea du pain et du pâté qu’il gardait dans ses fontes, nourrit et abreuva Soprano qui se mit à ronronner d’aise.

Ils passèrent une bonne nuit et reprirent la route après un repas succinct de fromage et de croquettes pour Soprano.

La route devenait sinueuse et au détour d’un chemin, Jasmin aperçut un château niché dans un environnement fleuri et épineux.

En prenant garde aux épines, Jasmin défricha les buissons et heurta la porte qui s’ouvrit aussitôt.

Une douairière vêtue de noir le pria d’entrer. Elle le précéda dans un long corridor pour parvenir à une salle éclairée par des chandeliers en or massif.

On leur servit un bouillon de volaille, des vol-au-vent délicieux, un filet de bœuf en croûte. Compotes et salades de fruits agrémentaient des financiers et des quatre-quarts au citron.

Soprano mangea quelques bouchées avec délicatesse, remercia l’hôtesse d’une queue en éventail et reprit sa place sur le corps de son ami.

Le repas achevé, la princesse Rosemonde raconta à son invité qu’un dragon avait surgi dans le château et enlevé la jolie Océane dont elle avait la charge après la mort accidentelle de ses parents.

«  Voilà donc ma mission bien tracée » pensa Jasmin et il ajouta à voix haute qu’il ramènerait Océane en son château.

Soprano m’aidera à venir à bout des ruses du dragon cracheur de feu précisa-t-il et il demanda la permission de se retirer dans sa chambre afin de passer une bonne nuit pour partir dès l’aube délivrer Océane recluse par un odieux geôlier.