samedi 2 mai 2026

Le quadrille des anges

 

 

 


Sous la voûte céleste, d’un nuage rose à un nuage bleu, les anges ont entamé un quadrille, grâce aux archanges musiciens.

Le concert est devenu un véritable opéra et des idylles platoniques se sont nouées.

Un ange aux yeux bleus et aux ailes turquoise est devenu la star de la danse et toutes les âmes se sont groupées pour l’applaudir.

Un nuage noir a menacé l’ensemble vocal et chorégraphique, vite chassé par les diablotins des bas-fonds, pour une fois appréciés.

Entre deux quadrilles, les anges burent de l’hydromel et grignotèrent de petites galettes parfumées à la rose.

Cette pause leur permit de s’entretenir avec le sérieux qui convenait à la situation dangereuse régnant sur terre.

Un ange tribun fit un état des lieux : la planète redevenait bleue mais les morts se comptaient par milliers.

Les enfants que l’on croyait épargnés par le fléau connurent une étrange maladie qui s’empara de leur petit corps, effrayant les mamans qui constataient sur le corps de leur chérubin la présence de plaques urticantes et parfois une étrange coloration rouge framboise sur leur langue.

Envoyons des anges guérisseurs suggéra l’archange qui veillait sur le mont Saint Michel et sauvons ces innocents ! Nous nous sommes si souvent reproché le massacre des saints innocents que cette triste hécatombe nous a semblé devoir être la dernière !

Nous avons un peu trop fermé les yeux récemment sur le décès par noyade d’enfants qui accompagnaient des parents désespérés, sur la mer lie de vin, chantée par Homère !

C’est assez mes amis ! Sauvons ces pauvres petits êtres qui n’ont rien demandé à personne et qui frapperont bientôt à la porte de l’antichambre de Dieu !

Décidés à agir, les anges entamèrent leur dernier quadrille pour se donner le courage de revenir sur une terre ingrate qui abandonnait ses enfants, pour sauver les justes et les innocents !    

La femme aux papillons

 

 

 


Elle est descendue d’une liane parfumée de fleurs, la femme aux papillons et elle nous a enchantés par sa beauté !

Les papillons, délicatement posés sur sa robe de soie, décolletée dans le dos, se sont alors envolés lorsqu’elle a posé le pied sur terre.

Prénommée Lilwenn, la jeune beauté s’est dirigée, de son pas aérien, vers la fontaine de jouvence où elle s’est abreuvée puis elle s’est tournée vers le miroir aux fées, rêvant d’y croiser un chevalier échappé des geôles de Morgane, à qui elle rendrait le goût de vivre et d’aimer.

C’est un barde, chantant en langue gaélique, et s’accompagnant d’une harpe qu’elle a rencontré.

Elle s’est assise sur un banc de pierre pour écouter ce concert improvisé.

Des oiseaux se sont mis à chanter à l’unisson et les papillons, partis butiner, sont revenus se poser sur les épaules blanches de la belle portant le nom de la fleur de lis.

Un nuage rose, ourlé d’azur les enveloppa pour les emmener dans un royaume lointain, céleste et profondément baigné par les rives du fleuve Amour dont le lit est pavé de cristaux de quartz et d’émeraudes.

Lilwenn, la jeune beauté aux papillons et Perceval, fier descendant de celui qui aperçut le Graal, dans un château perdu, vécurent une éternité passionnée sous les orgues celtiques des chevaliers de la Table Ronde !

vendredi 1 mai 2026

Le seigneur du beffroi

 


Astrid s’en allait gaiement chercher les fleurs dont elle ornerait la statue de la Vierge Marie qui était la sculpture principale de l’église Saint- Michel. Elle n’oublierait pas d’offrir du muguet à Florian qui était son mentor en matière artistique.

Soudain, elle se sentit enlacée par des bras puissants. Elle voulut crier mais la personne maléfique lui appliqua un mouchoir imbibé de chloroforme sur le visage et elle perdit connaissance.

Lorsqu’elle se réveilla, elle était allongée, nue, entre deux épaisseurs de fourrure dans une salle obscure.

Un homme s’approcha d’elle, demi-nu, juste couvert d’un pagne couleur soleil et il portait un loup de velours sur le visage.

Il effleura son corps avec insistance et murmura :

«  Belle du Seigneur, tu es à moi, tu es mon Ariane, mon étoile polaire, ma beauté.

Tu resteras ici jusqu’à ce que tu consentes à devenir mon épouse.

Je t’ai choisie entre mille et pour cette raison, tu me dois obéissance et amour ».

Pensant qu’elle avait malheureusement affaire à un aliéné, Astrid préféra demeurer silencieuse mais comme le forcené introduisait un doigt dans la conque veloutée de son être, elle protesta :

«  Tout beau, mon prince ! Si vous me voulez toute à vous, consentante, respectez mon intimité, je vous en  prie ».

L’homme se rétracta et quitta la pièce, laissant la jeune fille soulagée mais inquiète de son devenir.

Il revint souvent la voir, lui apportant à manger, la lavant et lui brossant les cheveux.

Il lui apporta enfin un caftan lumineux et des sous-vêtements en dentelle et en soie et l’aida à s’en vêtir.

Il lui prit la main et l’emmena, en empruntant un escalier, dans une jolie chambre princière.

«  Ma princesse, ma poupée d’amour, vous voici chez vous mais n’oubliez pas que vous êtes à moi.

Je suis votre prince, le seigneur du beffroi et comme Quasimodo dont je n’ai heureusement pas la laideur, je vous garderai jusqu’à mon dernier souffle. Votre seul salut consistera à me donner votre consentement pour une union vouée à l’éternité ».

L’étrange personnage, toujours masqué mais vêtu avec élégance, quitta la pièce, la fermant soigneusement à clef.

Astrid explora la chambre qui était dotée d’objets et de meubles précieux, le plus souvent en merisier.

Un lit à baldaquins occupait une grande partie de la pièce et il était flanqué d’un joli secrétaire et d’une coiffeuse garnie de savons exquis, de produits de maquillage et de crèmes odorantes et de parfums.

Dans une petite pièce contiguë, il y avait une baignoire sophistiquée et dans un autre petit salon, il y avait une bibliothèque, un fauteuil Récamier incitant à la lecture et à la rêverie et surtout un chevalet, des toiles, des pinceaux et toutes sortes de tubes de couleur, ce qui prouvait que le ravisseur ne l’avait pas choisie au hasard et qu’il connaissait ses aptitudes artistiques.

Son apparence, masquée pour le visage, en partie, ne lui rappelait personne et son langage ne semblait pas correspondre à la façon de parler des hommes qu’elle connaissait.

Il n’avait pas l’accent du nord et le badinage amoureux, précieux et livresque qui le caractérisait semblait appartenir à une langue étrangère, composée pour mieux la tromper.

Lasse de réfléchir en vain, Astrid prit un bain, revêtit une jolie chemise de nuit jetée artistiquement sur le couvre-lit et s’endormit en espérant que ses amis, Florian notamment, trouveraient une piste pour venir la délivrer.