dimanche 16 août 2026

La chanson du chevalier

 

 

 


Ma reine, ma douce, mon aimée, je souffre mille morts à l’idée de vous quitter mais il y va de la sûreté du royaume.

Je dois partir sans me retourner sur mon fidèle destrier. Le seigneur se doit de donner l’exemple et ne pas verser la moindre larme devant son écuyer et sa troupe aguerris à tous les combats.

Jurez-moi que vous m’attendrez car, sur ma vie, si je reviens vivant de votre croisade et que j’apprends que vous êtes à un autre, je ne survivrai pas à cette douleur et à ce déshonneur.

Ayant ainsi parlé, le comte de Saint Leu s’en fut, sans un regard pour sa mie. Elle réprima un cri puis quitta les remparts du château, décidée à survivre pour le retour de son aimé et s’employa désormais à conserver sa beauté.

Le benjoin, le lait d’ânesse, l’eau de rose et mille onguents de la reine de Saba furent sa principale recherche.

Afin d’étoffer sa chevelure, elle fit couper les plus belles tresses de paysannes pour en orner sa tête.

De temps à autre, un message lui parvenait mais au fil des années il lui sembla que les mots d’amour fou faisaient place à des expressions convenues puis vinrent de simples notes concernant la gestion du domaine.

Enfin le jour tant espéré arriva. Le comte revint avec quelques blessures qui semblaient anodines mais la belle Enguerrande qui était apparue dans ses plus beaux atours attendit en vain d’être appelée dans la couche de son seigneur.

Pire encore, le comte qui n’avait jamais prêté attention à une autre femme que la sienne, se livra à des orgies barbares avec la domesticité du château.

Comme cette guerre qui devait être d’ordre spirituel l’a changé ! pensa Enguerrande avec amertume.

Alors elle revêtit un costume de paysanne et s’en fut par une porte dérobée dans la campagne.

Elle n’avait pris que quelques pièces d’or et sa croix occitane.

Elle se réfugia dans une chaumière et passa des jours heureux en se nourrissant d’œufs, de cresson et de tourtes farcies d’oiseaux qu’elle piégeait pour se nourrir.

Elle fut connue de tous. On venait la consulter car chacun connaissait son histoire, et on pouvait se fier à son expérience sur l’amour.

Le comte mourut quelques mois plus tard car son âme était restée dans cet orient fabuleux qui lui avait volé jusqu’au souvenir de sa dame.

Parfois on entend gémir le vent dans les grands chênes et les buissons de houx.
Chacun se signe pour que son seigneur trouve enfin la paix après avoir tant guerroyé 

samedi 15 août 2026

Le Phénix

 


Renaissant de ses cendres, Johnny est apparu, une rose d’orient à la main.

Les accents de sa guitare deviennent mélopées et voluptés venues du fond des âges.

Il nous a tant aimés qu’il ne peut pas nous oublier.

Bondissant de nuage en nuage, il a fait une entrée spectaculaire, la pourpre des roses métamorphosée en carrosse tiré par ses chevaux camarguais.

Une fois de plus, ce fut une apothéose de chants rythmés par un orchestre de rêve où se mêlaient la flûte de Pan, l’harmonica et les guitares, le tout dominé par une batterie aux cuivres étincelant sous les spots lumineux.

Comme souvent, Johnny a terminé son tour de chant, à genoux, son poing ganté à la manière des fauconniers, pointé vers le ciel.

Un jeté de roses a libéré les émotions et nous sommes partis, heureux d’avoir vu, une fois de plus, renaître le Phénix.

vendredi 14 août 2026

Dernière danse

 



«  Je remue le ciel, le jour, la nuit

Je danse avec le vent, la pluie

Un peu d’amour, un peu de miel

Et je danse, danse, danse… »

Calquant ses pas sur ceux de la belle Indila, Vincent dansa avec le vent, la pluie, la lune et le soleil, ajoutant une touche céleste à ce pas de deux désespéré.

Des fleurs surgirent de tous côtés et la bruine devint rosée, le vent se transforma en brise d’amour et le miel jaillit des ruches avec l’aval de la reine des abeilles.

La reine se vêtit de tournesols, devint femme désirable et accompagna Vincent dans une danse langoureuse au son d’une mélopée orientale et ce fut la danse du renouveau, la première d’une série amoureuse aux quatre vents.