jeudi 16 avril 2026

La belle au miroir


De ses jolies mains de poète, la belle Elsa tient un miroir pour observer le reflet de son âme.

Des lianes de fleurs s’échappent de ses beaux yeux. Elsa se regarde et rêve. Où se trouve celui qui posera la main sur son épaule ?

Elle l’appelle de ses vœux. Il devrait être grand, svelte, avoir des yeux d’émeraude et une bouche finement dessinée d’où fleuriraient des mots dignes de Ronsard.

Les ruisseaux d’Avril charrient des pépites d’or qu’un orpailleur récolte à l’aide d’un tamis. Un joaillier se chargera de les transformer en parures de noces.

Elsa rêve tant face à son miroir qu’il finit par se briser, laissant échapper une coulée d’argent qui vagabonde avant de former un cœur de vermeil qui battra à jamais dans la poitrine de la belle Elsa à la recherche de son destin.

mercredi 15 avril 2026

Le petit oiseau de toutes les couleurs

 


«  Ce matin je sors de chez moi

Il m’attendait, il était là

Il sautillait sur le trottoir

Mon Dieu qu’il était drôle à voir

Le petit oiseau de toutes les couleurs ».

Eveillé par l’oiseau de toutes les couleurs qui frappait à sa vitre, Vincent mit des chaussures destinées à fouler les fougères et il suivit le petit oiseau du paradis jusque dans le bois où il avait construit son nid.

Enchanté par la découverte du symbole amoureux, Vincent chanta l’hymne à la poésie célébrant l’alliance du mouvement, de la danse et de la liberté

«  Les baladins qui serpentent les routes

Viennent de loin parmi les champs de blé

Les bonnes gens regardent et les écoutent

Et les étoiles leur parlent de danser ».

Une belle gitane au corselet de velours noir, à la robe rouge lui offrit une rose en gage d’amour et ils dansèrent au son des guitares et des chants d’oiseaux jusqu’à l’aube.

 

 





Comme j’aurais aimé hésiter entre une jolie cravate en soie, une belle chemise confortable ou un objet fonctionnel pour ton anniversaire, Mimi ! Pas de bijou, tu n’en portais pas, à l’exception de ton alliance où mon prénom était gravé. Hélas ! depuis ton décès si triste et si terrible tant la maladie s’était acharnée sur ton corps robuste, apte à toutes sortes de travaux, je ne peux donner mon avis que pour le choix d’une composition florale destinée à orner ta tombe entretenue avec soin par tes fils.
Je me souviens de la première cravate en soie achetée dans l’enthousiasme par moi : elle était peinte par une artiste du Huelgoat venue à Valenciennes, l’ Athènes du Nord, ma ville d’études, pour participer à un concours artistique. Cette magnifique cravate, j’ai tout de suite pensé qu’elle était pour toi et je l’ai achetée sans hésiter, apprenant, à la fin de la journée, après mon achat, qu’elle avait obtenu le premier prix !
Tu l’as portée pour notre mariage et ensuite, elle fut réservée pour les grandes occasions. J’aimais te voir ainsi paré car tu avais une élégance naturelle, maniant les couverts avec distinction, en milieu recherché.
Je me souviens d’un épisode cocasse ; mon amie Anne-Marie avait épousé un vietnamien et lors d’une réception, à quatre, elle nous avait réservé une surprise : un menu vietnamien où les nouilles étaient à l’honneur, délicieux pour qui savait manier les baguettes. Eh oui, Anne-Marie avait poussé la perfection jusqu’à inclure des baguettes en supprimant les couverts introduits à la cour du roi de France par Catherine de Médicis et toujours en usage dans notre pays. Je te regardais manier les baguettes avec dextérité, me demandant si j’allais parvenir à manger quand le salut vint du mari qui dit soudain à sa femme « Anne-Marie, apporte-moi une cuiller » ! L’honneur était sauf et je réclamai des couverts à l’européenne, à mon tour.
Nous avons bien ri ce soir-là et tu as été félicité pour ta dextérité.
Lorsque tu étais si malade, j’exhumais les souvenirs heureux et quand tu m’as prévenue des avancées de la mort, j’ai réfuté cette perspective, arguant du fait que tu ne pouvais pas partir sans avoir exaucé tes promesses, le retour dans la petite auberge où nous avions échangé des serments notamment. « Nous reviendrons » m’avais-tu dit mais le tourbillon des jours nous en avait empêchés.
Aujourd’hui, je compte les anniversaires où tu n’es pas présent concrètement, sous ton enveloppe corporelle et je sais, à l’évidence, que lorsque j’arriverai, à mon tour, dans les terroirs inconnus où tu existes, tu seras là pour m’accueillir et me dire : « N’aie pas peur, je suis là » !

mardi 14 avril 2026

Rabbi

 



Rabbi, je t’en prie, reviens : le monde va si mal !

Jadis, tu chassas les marchands du Temple, courroucé de voir le commerce supplanter les prières et détourner le regard des hommes de la spiritualité pour s’attacher au veau d’or dénoncé par Moïse dans l’ Ancien Testament.

Rabbi, reviens, les femmes laveront tes pieds poussiéreux et les parfumeront pour les essuyer ensuite de leurs longs cheveux.

Nous te suivrons dans la montagne où tu prononceras un discours de paix parmi les innocentes créatures des fourrés et les chants d’oiseaux.

Rabbi, reviens nous apporter la paix et le chant divin des colombes.