mardi 8 septembre 2026

La mystérieuse fée des bois

 



Dans sa petite maison située à l’orée d’une forêt, Wendy songeait à la manière de tirer parti du  bel héritage dont elle avait été la bénéficiaire lorsqu’elle reçut un mystérieux appel :

«  Venez à moi, Wendy, vous serez couronnée fée des bois et recevrez le sceptre en bois d’olivier célébrant les fées des sources ».

Sous forme de ruban enluminé, le message fut déployé par des tourterelles qui déposèrent l’appel manuscrit avant de disparaître dans une envolée céleste.

Wendy revêtit une tenue adaptée à la marche, se chaussa en conséquence et partit en forêt, une besace sur l’épaule pour engranger les trésors des sous-bois collectés.

Elle marcha plusieurs heures, cueillant et ramassant çà et là les produits-phares des bois, champignons, baies, fleurs et plantes qu’elle ensachait consciencieusement pour les conserver en bon état.

Les parfums chatouillaient ses narines et le chant des oiseaux stimulait son désir d’aller de l’avant. Elle arriva dans une clairière où chantait un ruisseau. Elle délaça ses chaussures et trempa ses pieds endoloris dans l’eau. Elle sécha ensuite ses pieds revigorés et les enduisit d’un baume à la rose.

Elle s’assit ensuite sur un banc de pierre et fut à peine étonnée de voir se présenter une fée.

«  Tu as suivi scrupuleusement les consignes, Wendy, sois-en remerciée » !

La fée disparut dans un éclair d’argent. Wendy s’aperçut alors qu’un énorme changement s’était produit dans la clairière. Elle s’était considérablement élargie et un Riad, à la mode orientale, avait surgi, promettant les splendeurs des Mille et Une Nuits.

Elle pénétra dans le Riad en robe de soie. Une dame d’honneur emporta sa tenue de marche et sa besace, promettant de mettre au menu la collecte du jour.

La pièce réservée à l’accueil des invités, richement meublée et décorée, ornée d’une volière où évoluaient des oiseaux exotiques, lui permit de se reposer en toute quiétude.

On la pria ensuite de passer à table et elle put savourer une omelette aux champignons, des abats en sauce servis avec de jeunes pousses en salade, du fromage de brebis et une tarte aux fruits rouges.

Cet excellent repas terminé, elle se retira dans la chambre que l’on avait préparée pour elle.

Alcôve de princesse, bergère, secrétaire, table de nuit où s’empilaient les ouvrages de ses auteurs préférés, Honoré de Balzac, Marcel Proust, Fédor Dostoïevski, Léon Tolstoï et Leila Slimani.

Après un bain parfumé, elle revêtit une chemise de nuit en lin, brodée et s’allongea dans le lit en se calant haut sur les coussins et lut quelques pages de La Nuit des Temps de René Barjavel, livre culte dont elle ne se séparait jamais et finit par s’endormir, couronnée virtuellement en fée des bois.

Doigts de fée




Dans une rue commerçante d’Athènes on remarquait une très jolie boutique aux volets bleus dont l’enseigne Apollonia attirait le regard.

La vitrine témoignait d’un goût artistique indéniable : un mannequin portait un péplum en lin blanc brodé de lyres et de roses. Un sautoir en perles donnait un cachet particulier à la robe sobre dédiée au dieu Apollon par le symbole de la lyre. Des bijoux artisanaux de belle facture étaient disposés en éventail autour de la jeune élégante et des miroirs incrustés de coquillages sur leur pourtour reflétaient la lumière.

L’intérieur de la boutique recélait de nombreux trésors dont un présentoir destiné aux messieurs avec des tuniques brodées et des pantalons de soie.

Apollonia était assise derrière un comptoir, un carnet à dessins à portée de main.

Quelques livres placés sur une étagère rappelaient que la Grèce avait enfanté un monde à son image, aspirant à la paix et à la beauté.

Deux statuettes de discoboles servant de serre-livres marquaient la création des Jeux Olympiques qui avaient traversé les siècles en s’enrichissant de sports nouveaux.

Au nombre des ouvrages, il y avait naturellement des exemplaires de L’ Iliade et L’Odyssée, les œuvres complètes de Platon, des pièces de théâtre de Sophocle, Euripide et Aristophane. Les ouvrages récents comptaient La Liberté ou la Mort de Nikos Kazantzakis et son Odyssée de facture moderne.

Alexandre venait lui rendre visite chaque jour et il lui apportait parfois un trésor inattendu, un vêtement ancien déniché dans la malle d’un vide-greniers dont Apollonia s’inspirait pour créer une pièce élégante et agréable au porter, des livres, des poupées de collection et des éléments naturels collectés en bord de mer ou en forêt qui serviraient de matière première à la création d’une œuvre d’art.

Ils avaient pris l’habitude de dîner ensemble le soir. Grâce à son commerce florissant, Apollonia avait embauché une cuisinière qui préparait des plats ensoleillés, beignets de calamars, feuilles de vigne farcies, rouleaux de poulet, plats de poissons et bien entendu l’incontournable moussaka, les baklavas et autres pâtisseries locales.

Alexandre, de son côté, avait une activité professionnelle qui lui permettait de se hisser au niveau de son amie : Guide professionnel patenté, pratiquant de nombreuses langues étrangères dont le Mandarin et l’ Arabe Classique, il était recherché et bien rémunéré par des offices de tourisme mettant l’accent sur la qualité.

Les jours se succédaient harmonieusement, resserrant les liens noués par les deux amis au fil du temps.

lundi 7 septembre 2026

L'oiseau des nuits de Chine

 





Heureuse de découvrir les cadeaux de Louis de Flandre restitués par les guerriers d’ Éric le Rouge, vaisselle d’or, bijoux et brocart, la reine de la Rose Bleue remercia vivement le prince et ajouta une parure de roses turquoise pour le panier de la future mariée.

Nantis de victuailles pour le retour, les guerriers se mirent en route. L’oiseleur de la reine et le bijoutier capable de réaliser des créations à base de roses bleues et de pierreries étaient dans leur rang.

Promettant de se revoir très rapidement, les souverains se séparèrent dans un climat amical et chaleureux.

L’oiseleur prit du champ pour enchanter l’oiseau rare de son pipeau.

Il revint bientôt, arborant fièrement l’oiseau des contes de fées : une cage d’or le mettait à l’abri des oiseaux de proie et autres nuisibles. L’oiseleur reprit place dans les rangs, juste derrière le seigneur pour marquer sa condition honorifique.

La route se déroula sans incident, les haltes se multipliant pour permettre à l’oiseau de goûter des moments de liberté sous la surveillance de l’oiseleur.

Lorsque le château fut en vue, l’oiseleur ouvrit la cage et rendit sa liberté à l’oiseau des Nuits de Chine. L’oiseau se réfugia dans le jardin d’amour destiné à la future épouse de Louis de Flandre.

Peu de temps après, la rose d’argent s’échappa de son coffret et se présenta au prince sous sa forme définitive de dame d’amour.

«  Vous cherchiez une dame de cœur, me voici, cher prince. Un enchantement m’avait condamnée à vivre sous la forme d’une fleur jusqu’à ce qu’un prince réunisse trois valeurs suprêmes, des boutons de roses bleues, un oiseau des Nuits de Chine et moi-même sous la forme d’une rose d’argent. Ignorant l’histoire de ma métamorphose, la reine de la Rose Bleue vous a offert ce qu’elle avait de plus précieux en remerciement de la délivrance du tyran Éric le Rouge. Ces trois conditions réunies m’ont permis de retrouver ma forme première qui, je l’espère, vous séduira ».

Alba, la reine d’argent était si belle que la petite troupe guerrière crut voir une apparition lumineuse. Sa robe couleur du jour, blanc nacré zébrée d’éclairs bleus était une pure merveille. Elle portait de petites bottines à lacets ; un joli diadème maintenait les vagues de sa chevelure en ondes claires. Le prince lui baisa la main et après avoir invité ses guerriers, l’oiseleur et le bijoutier à prendre du repos, il emmena la belle Alba dans le jardin d’amour où l’oiseau des Nuits de Chine fit entendre son chant paradisiaque.

Les amants apprirent à se connaître dans le Riad aménagé selon la tradition orientale avec un espace clos pour l’intimité et un jardin ouvert où chantait une fontaine près des orangers, des citronniers et des buissons de jasmin.

Pendant ce temps, les guerriers participèrent à un festin bien mérité. L’oiseleur mangea peu, fidèle à ses habitudes car son art exigeait la sobriété. Il fut le premier à se retirer dans ses appartements pour recouvrer des forces.

La cervoise, l’hydromel et les sirops d’orgeat, de myrtilles et de roses circulèrent à la ronde. Le ménestrel du château chanta les exploits du prince Louis de Flandre et la beauté de sa bien-aimée, Alba, née d’une rose d’argent.

Madelon aux longs jupons

 


 


Dans son village, Madelon était connue pour ses longs jupons qui lui donnaient une démarche chaloupée au son de doux frous-frous.

Un jour, on ne la vit pas rentrer au village à la nuit tombée et chacun s’inquiéta. Que lui était-il arrivé ?

Comme d’habitude, elle s’était rendue dans un petit bois dont elle connaissait chaque coin. Elle aimait récolter les fruits de saison et composait de magnifiques bouquets qu’elle vendait le soir même pour embellir l’intérieur des ménagères.

Elle occupait ses soirées à confectionner des bijoux artisanaux avec les trouvailles collectées dans les sous-bois ou à filer la laine, tisser la soie et broder.

Ce jour-là, en apercevant une orchidée, elle ne vit pas une ombre l’envelopper et la prendre pour l’emporter, aveuglée, ficelée sur la selle d’un cheval ou d’une monture inhabituelle.

Les yeux bandés, elle ne vit pas son point de chute. Une poigne solide la souleva et la déposa dans une pièce où elle découvrit, à tâtons, un sofa confortable.

Elle s’y installa, guettant le retour de celui qui l’avait enlevée.

C’est une jeune femme aux gestes doux qui détacha son bandeau ; la pièce qui lui était réservée était charmante. Lit à baldaquins, armoire contenant de jolies toilettes, secrétaire en bois de rose garni de parchemins et de stylos, piano,  meublaient la pièce ; un cabinet de toilette jouxtait la pièce avec le nécessaire hygiène et beauté.

La servante qui se prénommait Angélique lui apporta un repas sur une desserte. Chaud-froid de volaille, salade composée, crèmes à l’eau de rose et fondant au caramel ravirent les sens de la jeune fille qui en oublia, l’espace d’un instant, l’étrange situation dans laquelle elle se trouvait. De l’hydromel et de l’eau parfumée à l’orange facilitèrent sa digestion.

Angélique lui proposa une promenade dans les jardins, ce qu’elle accepta avec joie.

Elles traversèrent de longs corridors, descendirent les marches du perron et marchèrent dans des allées bien entretenues, séparant des carrés potagers ou fleuris.

Avisant un chêne centenaire, Madelon souhaita s’en approcher. Parvenue au pied de l’arbre royal, elle eut la surprise de découvrir une orchidée toute semblable à celle qu’elle avait vue avant son enlèvement.

«  Serai-je en train de vivre une aventure d’Alice Outre-Miroir » se demanda-t-elle. Pour ne pas abîmer la fleur, elle sortit un petit sac qu’elle détenait dans ses jupons ainsi qu’un matériel à dessins.

Elle croqua l’orchidée sous tous les angles, se promettant d’en réaliser une aquarelle.

Ce travail achevé, le soir tombant, les deux femmes rentrèrent au manoir.

Angélique lui prépara un bain, l’aida à revêtir une magnifique chemise de nuit brodée d’un semis de boutons d’or et lui souhaita une bonne nuit.

Madelon trouva l’alcôve confortable et s’endormit, espérant que le lendemain verrait sa délivrance.

 

 

dimanche 6 septembre 2026

Liseron, la fiancée de la forêt

 




En écrivant son dernier commentaire et en mettant la note appropriée à la pile de copies du Baccalauréat, Liseron eut l’impression qu’elle en avait terminé avec ce métier de professeur mangeur d’énergie et de temps.

En se promenant dans la forêt durant ses congés, Liseron avait ressenti un appel profond, intime et magique.

Un cerf blanc s’était approché d’elle pour la couronner d’un entrelacs de houx, d’églantines et de roses d’or.

Près de la fontaine de Barenton, un chevalier lui avait rendu hommage en lui offrant un bliaut brodé et une houppelande longue garnie de perles et de fourrure pour lui épargner la morsure glaciale de l’hiver.

Liseron rougit de plaisir et elle baisa la main de son généreux donateur en gage de fidélité.

Elle se promit d’écrire un roman de chevalerie où cet homme courtois aurait une place de premier plan.

Heureuse de sa décision, elle rentra chez elle, fit mijoter une soupe avec des racines et des fruits de la forêt puis elle commença un roman courtois sous le titre de La Fiancée de la Forêt.