mercredi 1 avril 2026

De Ronsard à Colette

 

 

En relisant les poèmes de Ronsard, j’ai trouvé une perle rare intitulée tout simplement

 LA SALADE

«  Lave ta main, qu’elle soit belle et nette,

Réveille-toi, apporte une serviette ;

Une salade amassons et faisons

Part à nos ans des fruits de la saison. »

Bien mieux que Jean-Pierre Coffe, Ronsard  offre en une centaine de vers les conseils avisés d’un écologiste du XVIème siècle : aller dans les champs chercher « la boursette touffue, la pâquerette à la feuille menue, la pimprenelle heureuse pour le sang, la responsette à la racine douce …. »

Magnifiant la qualité du produit et sa cueillette au sein d’une nature généreuse liée à l’amour, Ronsard, se référant à Ovide et à Virgile, nous conduit en musardant trois siècles plus tard à Colette qui découvre, enfant, l’inouïe profusion des cadeaux de l’Aube.

On déguste à chaque ligne la vie de l’écrivain intimement liée à toutes les saveurs, on rêve à sa propre enfance.

Un jeune prolétaire déplorait de ne pouvoir entrer dans l’univers de Marcel Proust, pensant qu’il fallait obligatoirement boire du thé pour comprendre la métamorphose de la madeleine … jusqu’au jour où il associa un petit beurre à une tasse de chocolat. Il lui suffisait alors de transposer un univers bourgeois dans le sien, empreint de coutumes ouvrières.

Colette Gourmande foisonne de détails culinaires et magnifie le travail quotidien de la femme au foyer. Parlant de sa mère Sido qu’elle adulait, elle la décrit ainsi : « Ses bras emmanchés de toile blanche disaient qu’elle venait de pétrir la pâte à galette, ou le pudding saucé d’un brûlant velours de rhum et de confiture ».

Au fil des pages, on s’aperçoit que la gourmandise, l’art de la table, l’histoire d’un produit relèvent pour Colette de la poésie la plus pure.

On suit l’auteur pas à pas, engrangeant des parfums et des phrases cristallines.

Les recettes favorites de Colette sont présentées en bouquet final.

Si je devais n’en choisir qu’une, ce serait La boule de poulet qui semble si aérienne.

La tourte de pain bis accompagnée de photos somptueuses nous laisse rêveur.

Il y a au moins pour un an de bonheur dans ce livre qu’on déguste comme un grand vin, à petites doses.

Les illustrations relèvent de l’art pictural.

Personnellement j’ai un faible pour la photographie où l’on voit Colette tenir deux chats contre elle (page 139). L’alignement de leurs yeux est saisissant. Nous nous sentons regardés.

La grande prêtresse du verbe nous incite à relire son œuvre. C’est bien ce que j’ai l’intention de faire.

Promesse princière

 


En se promenant dans les jardins de son palais, le prince Haruto crut être victime d’une hallucination : de petites voix cristallines et inquiètes murmuraient «  Qui va sauver la princesse Perle » ?

Il avait beau regarder partout, il ne voyait aucun être humain pour s’exprimer de la sorte. C’est en s’asseyant sur le rebord d’un bassin où s’ébattaient des carpes Koï aux couleurs vives qu’il découvrit l’origine des propos entendus : faisant mentir l’adage « muet comme une carpe », ces poissons d’ornement parlaient à bâtons rompus sans se soucier de leur avenir ; apparemment leur but était d’alerter le prince et l’inciter à s’enquérir du devenir de la princesse Perle, inconnue au palais jusqu’à présent.

Pensif, le prince revint au palais et sans parler de l’étrange conversation captée dans ses jardins, il entreprit des recherches en interrogeant son entourage.

Un serviteur à l’âge avancé se souvint qu’une personne portant ce nom avait disparu, laissant ses parents dans le désarroi. Il avait cru qu’il s’agissait d’une légende, ce titre de princesse portant à confusion.

Le prince Haruto remercia Kenshi le serviteur zélé à la longue mémoire et le pria de l’accompagner chez les supposés parents.

«  Foi de Haruto, si cette princesse Perle existe et si elle a été enlevée, je me dois de la délivrer » promit-il avec emphase et il alla droit au bassin où les carpes avaient révélé leur inquiétude :

«  J’ai entendu votre message et je prête serment devant vous : je ne trouverai le repos qu’après la délivrance de la princesse Perle » !

Les carpes exécutèrent des cabrioles pour manifester leur satisfaction.

Avec une escorte composée de guerriers et de serviteurs aguerris en domaines divers, dessin , peinture, cuisine, chasse et cueillette de produits terrestres, le prince Haruto, précédé de son porte-oriflamme Akiro chevaucha allègrement, Kenshi le suivant à distance respectueuse pour poursuivre un rêve .

La carpe d'or

 

 


En admirant les évolutions en forme d’arabesques d’un martin-pêcheur, Dorian eut l’intuition d’avoir découvert le passage mythique vers le palais englouti au fond des eaux de son étang d’enfance, aux trois sources selon la légende.

Il plongea et explora les lieux lacustres jusqu’à ce qu’une ouverture s’ouvre à lui car il était bel et bien présent, le palais dont tous rêvaient.

Tout de marbre rose, il attendait la venue de celui qui le ferait revenir au jour.

Heureux d’être ce héros, Dorian s’aventura dans un dédale mordoré et atteignit enfin une immense salle, luxueusement meublée, où évoluait une carpe d’or.

La carpe cessa ses mouvements aquatiques à son arrivée et se mua en une ravissante jeune fille aux grands yeux d’or.

Dorian prit place à ses côtés et tous deux murmurèrent une romance où les chants des bateliers de la Volga se mêlaient aux ritournelles de son enfance évoquant les marches du palais.

Le couple se retira dans des appartements confortables et romantiques et tandis qu’un orchestre interprétait des valses de Chopin et des mazurkas, les deux amoureux se livrèrent à des danses langoureuses qui ne prirent fin qu’à l’aube.

Alors qu’il formulait une demande en mariage à la charmante Oriane, Dorian se réveilla au bord de l’eau qui chantait sur les pierres comme à l’accoutumée.

Ce n’était donc qu’un rêve se dit-il mais il songea qu’il retournerait bientôt au fond de l’étang pour y retrouver le grand amour de sa vie et il reprit le chemin du retour vers sa chaumière, la poitrine gonflée de chants d’amour qu’il s’empresserait d’écrire et de chanter.