mardi 14 avril 2026

Rabbi

 



Rabbi, je t’en prie, reviens : le monde va si mal !

Jadis, tu chassas les marchands du Temple, courroucé de voir le commerce supplanter les prières et détourner le regard des hommes de la spiritualité pour s’attacher au veau d’or dénoncé par Moïse dans l’ Ancien Testament.

Rabbi, reviens, les femmes laveront tes pieds poussiéreux et les parfumeront pour les essuyer ensuite de leurs longs cheveux.

Nous te suivrons dans la montagne où tu prononceras un discours de paix parmi les innocentes créatures des fourrés et les chants d’oiseaux.

Rabbi, reviens nous apporter la paix et le chant divin des colombes.

Petit lotus d'or

 

 


 


« Maman, y a un petit garçon chauve avec une longue robe orange qui est sur la place près de l’église. Je peux aller jouer avec lui » ?
Jeanine, couturière de métier, abandonna sa vieille Singer à pédales et regarda par la fenêtre ce petit homme à l’air grave.
Jacky reçut son autorisation et il se dirigea, balle au pied, vers cet enfant au regard d’homme et il fut presque étonné de le voir lui renvoyer la balle avec naturel.
Ils jouèrent de longs moments puis il arriva que l’enfant venu d’ailleurs se fatiguât.
Jacky lui proposa alors de prendre un goûter chez lui, ce que Jeanine approuva.
Elle prépara un bon chocolat crémeux, beurra de belles tartines de pain et se félicita de voir les enfants se délecter de cette nourriture simple.
L’enfant dit s’appeler Petit Lotus d’Or.
Il était venu à Fleur-Lez-Lys à la suite d’un songe qui s’était emparé de lui au monastère où il vivait.
Il avait réalisé un beau mantra à base de fleurs et de turquoises et lorsqu’il s’était endormi, il avait rêvé de mandragores et de fleurs étoilées, jasmins, marguerites et tournesols.
C’est sans étonnement qu’il s’était ensuite retrouvé sur les pavés cloutés de la place d’un village, près d’une église monumentale qui incitait à la méditation et à la prière.
« Où sont les chevaliers » ? demanda Petit Lotus.
Jacky lui expliqua qu’ils avaient disparu de la terre, emportés par un grand vent tourbillonnant qui avait eu raison de leurs armures, de leurs chevaux et même de leurs dames qui les attendaient en brodant dans leurs jardins d’amour.
« Comme c’est étrange dit Petit Lotus. Ils ont dû renaître sous une autre forme et je les chercherai au bord de l’étang où voguent les cygnes ».
Jeanine interrogea l’enfant pour savoir si quelqu’un l’attendait dans ce bourg.
Comme il répondait par la négative, elle lui prépara une chambre près de celle de Jacky.
« Vous pourrez bavarder un peu, ce soir, avant de dormir et regarder des livres, dit-elle.
Super ! Connais-tu Tintin au Tibet ? C’est ma BD préférée. Tu y verras un beau monastère. C’est peut-être le tien » !
Les deux enfants disparurent dans la chambre pour y découvrir cette belle aventure, au pays du Dalaï Lama.
Jacky revivait la belle histoire d’amitié qui liait Tchang et Tintin.
Ils lurent à tour de rôle cet épisode palpitant.
Soudain, Petit Lotus se figea. Il sembla flotter dans la pièce, semblable à un personnage en situation de lévitation.
Impressionné, Jacky quitta la chambre pour informer sa mère de l’étrange situation.
« Il faut que je prévienne Max » dit Jeanine et elle partit chercher celui qui avait résolu tant d’énigmes !

lundi 13 avril 2026

Cerise dans les bois

 

 


Lors de ses promenades matinales dans les bois environnants, Cerise faisait maintes rencontres, des lapins, des chevreuils, des hérissons et surtout des baies, des champignons et des fleurs dont elle faisait bon usage . Des compositions florales jaillissaient de ses mains expertes ; mises en vente dans sa boutique, elles trouvaient rapidement preneur.

Les baies et les champignons agrémentaient des préparations gourmandes qui fleuraient bon les sous-bois d’origine.

Un jour, Cerise fit une rencontre inattendue : une petite fille d’environ cinq ans buvait l’eau d’une fontaine. Nullement effarouchée et semblant avoir fait de la forêt son habitat naturel, la petite Célia n’apprit rien à Cerise concernant ses origines. Elle était vêtue sobrement mais chaque élément de sa toilette semblait être de qualité. Elle portait de jolies boucles d’oreille en or, un bracelet en saphirs et un médaillon consacré à la reine Anne de Bretagne.

Cerise proposa à l’enfant son hospitalité jusqu’à ce que ses parents viennent la chercher. Célia battit des mains et lui emboita le pas jusqu’à la maison dont elle apprécia le confort après tant de jours passés dans le bois.

Elle savoura un repas léger, bouillon de volaille, œuf en gelée et cœurs de laitue, fit sa toilette avec l’aide de Cerise, enfila une chemise de nuit brodée que son hôtesse avait gardée de son enfance et s’endormit rapidement dans un lit douillet.

En pliant les vêtements de la petite fille, Cerise trouva dans une poche une lettre ainsi libellée :

«  Prenez soin de notre fille. Nous lui avons demandé de s’enfuir dans la forêt à l’approche de brigands qui veulent sans doute nous séquestrer. Que Dieu vous garde » !

Cerise rangea le précieux document dans son secrétaire et se promit de tout mettre en œuvre pour que Célia retrouve ses parents.

Les violons du désespoir

 





Ils ont vibré toute la nuit, les violons du désespoir, pour chasser les ombres et les fantômes.
Les couples ont dansé un quadrille avec entrain et ont attendu la mazurka qui n’est pas venue car les rossignols de la nuit ont remplacé les musiciens qui se sont éclipsés dans un halo de lune.
La reine des gitans est alors apparue, dans sa roulotte, avec ses musiciens et ses danseuses et l’air des Yeux noirs a retenti dans la clairière, ponctué parfois par le hennissement des chevaux.
Giovanna s’est élancée dans sa belle robe à froufrou, et elle a dansé en jetant parfois un œillet rouge à un beau jeune homme au regard pénétrant.
Ramon, Rodrigue et Manuel se sont succédés pour lui servir de partenaire et le bruit saccadé de leurs chaussures a accompagné ses virevoltes et ses contorsions en appel de l’amour et du désir.
D’un geste, la reine des gitans a mis un terme à la fête et tout ce monde s’est évanoui dans la nuit, afin de laisser la place à des musiciens de haute lige, Renaud Capuçon en tête, pour interpréter un aria ou un air mélancolique et beau.
Les violons du désespoir se sont transformés en violons magiques afin de rendre à chacun un peu de cette âme qui avait disparu de notre royaume.

dimanche 12 avril 2026

Bribes

 


 

Je me suis enfoncée dans une forêt pour y chercher mes origines.

De charme en hêtre, de houx en chêne, de buissons d’églantiers en tapis de bruyère, j’ai progressé, l’œil en émoi, cherchant la biche des bois.

Mais le choc fut rude lorsque je me retrouvai sur l’asphalte des villes. Pour oublier cet environnement ingrat, j’ai porté des gants en dentelle et me suis promenée le long des canaux tristes avec pour seule ligne de fuite le ballet de péniches disparates, tantôt pimpantes, tantôt proches de la grisaille du ciel couvert.

J’ai recherché l’amour mais il a fui ou plutôt il ne s’est manifesté que sous sa forme la plus rebutante. Alors j’ai pris un petit carnet pour y noter mes pensées vagabondes et pour y faire sécher boutons d’or et pensées.

C’est avec bonheur que j’ai accueilli la solitude, ma plus fidèle amie et j’ai attendu le moment où mes rêves s’incarneraient enfin. Cette joie m’a été donnée si tardivement que je ne pouvais plus marcher pour la savourer. Mais il me restait encore l’essentiel, l’infaillible jeunesse de mon cœur et l’art de tresser les mots pour en faire des couronnes.