samedi 7 février 2026

La princesse Anémone

 


Dans un royaume insulaire naquit une petite princesse à qui l’on donna le nom d’Anémone tant elle était fraîche et rose.

Elle aimait jouer dans les allées du parc qui offrait au palais les parfums de ses essences rares.

Un petit prince Zéphyr vint bientôt lui tenir compagnie et tous deux, inséparables, jouaient au croquet et se délectaient des histoires mimées dans un théâtre d’ombres et orchestrées par les serviteurs inventifs qui veillaient à leur bien-être.

Un jour, Zéphyr disparut.

Les aventures de Peter Pan les tenaient en haleine mais lorsque le rideau tomba et que l’on alluma les chandeliers, on ne put que constater l’absence du petit prince.

On le chercha partout, on interrogea Anémone mais la petite fille fut incapable de donner le moindre indice. La main de Zéphyr était imprimée sur son bras et elle assura qu’à aucun moment, elle n’avait ressenti la sensation de son absence.

Elle se joignit, éplorée, aux recherches, supplia Zéphyr de sortir de sa cachette s’il avait voulu faire une farce.

Finalement, elle s’endormit dans les bras de sa gouvernante.

On la coucha avec délicatesse car des larmes avaient coulé sur ses jolies joues et le lendemain, elle crut avoir eu un cauchemar. Il lui fallut hélas se rendre à l’évidence, son petit frère, le prince de son cœur semblait avoir été enlevé par un mauvais génie.

Les fouilles reprirent de plus belle : aucun arbrisseau ne resta inexploré mais toutes ces investigations se soldèrent par un cuisant échec.

Non seulement le petit prince demeura introuvable mais encore, on ne releva aucune trace de pas sur les jolies allées sablées du parc  et l’on ne vit aucun lambeau du tissu de sa tunique dans un buisson.

Anémone connut des jours bien sombres mais elle se jura de retrouver son frère.

Elle insista auprès de ses parents pour apprendre à monter à cheval et elle devint une si parfaite écuyère qu’elle eut d’abord un poney Vent du Sud puis une jument Souffle d’Alizé qui devint son inséparable amie.

Elle prit des cours de dessin, de musique et de chant et tout naturellement, elle se tourna vers la philosophie, la poésie et les mathématiques.

Elle devint une princesse accomplie et ses charmes étaient si ensorcelants que de nombreux prétendants se manifestèrent, souhaitant s’unir à la plus merveilleuse jeune fille des royaumes environnants.

Anémone déclina toutes les demandes en mariage et elle fit savoir qu’elle ne souhaitait rien d’autre que le retour de son frère bien aimé.

Enfin, pressée de toutes parts, elle déclara qu’elle épouserait celui qui l’aiderait à retrouver Zéphyr.

Chacun s’ingénia à entreprendre des recherches et si toutes se soldèrent par un échec, un mince espoir arriva en provenance d’un royaume réputé pour ses perles et ses diamants.

Un vieux sage prétendait avoir été le précepteur d’un prince qui ressemblait à Zéphyr s’il pouvait en juger par les esquisses réalisées par Anémone.

Son talent de dessinatrice était extrêmement développé et les portraits qu’elle fit de son frère étaient si ressemblants qu’on croyait que l’enfant allait se détacher de la page blanche pour courir dans le parc en riant aux éclats.

Réconfortée par cette lueur d’espoir venue d’un pays de rêve, Anémone envoya dans ce royaume une délégation de jeunes guerriers de noble naissance et elle les chargea de rencontrer ce prince mystérieux.

Ils prirent la mer à bord d’un voilier en emportant des cadeaux précieux destinés à leur ouvrir les portes du palais.

Ils furent bientôt de retour en compagnie du prince mais bien qu’il eût une étrange ressemblance avec Zéphyr, ce n’était pas lui !

Le prince Zahir offrit à Anémone un collier de perles fabuleuses. On aurait juré que des larmes d’amour s’étaient figées en un cristal de rêve.

Anémone fut touchée par ce cadeau somptueux, à l’image de son désespoir tenace mais elle ne put retenir des larmes de tristesse car, encore une fois, Zéphyr se dérobait à sa vue.

Zahir lui promit de chercher le disparu à ses côtés et de n’avoir de cesse de l’avoir retrouvé.

Il eut l’idée de s’adresser à la fée qui avait suggéré de nommer le prince Zéphyr. Ce prénom était prédestiné à cette étrange évaporation.

La fée joua les étonnées mais sa feinte tristesse ne trompa personne.

Le prince Zahir fit semblant de la croire et il partit après l’avoir saluée de manière courtoise.

Cependant, il se cacha derrière un saule pleureur et lorsque la nuit fut tombée, il se déplaça à la manière des princes du désert, avec souplesse et ruse.

Son attente ne fut pas vaine car il vit apparaître la fée Magnolia auprès d’un jeune homme qu’il identifia sans peine pour être Zéphyr tant il ressemblait aux portraits réalisés par sa sœur.

Le prince Zéphyr supposé marchait à la manière d’un automate et Zahir eut l’impression qu’il était envoûté.

Jouant le tout pour le tout, il lança aux pieds de la fée une cascade de perles et tandis qu’elle s’affairait pour recueillir ces merveilleux trésors, Zahir s’empara du prince qui semblait sous le coup d’une hypnose, siffla son cheval Ange du désert et l’enfourcha en serrant contre lui le prince chéri par sa sœur.

Prise au dépourvu, la fée ne retrouva ses esprits que lorsque le prince eut disparu à l’horizon.

Lorsqu’ils arrivèrent au palais, Zéphyr qui n’était plus sous le charme pervers de la fée, retrouva ses esprits et tomba dans les bras de sa sœur.

Seul un sortilège pouvait être la cause de sa disparition dit Anémone en versant des larmes de reconnaissance puis la princesse remercia chaleureusement le prince Zahir qui avait mené avec une rare intelligence de triomphales investigations.

Je vous laisse imaginer le faste des festivités qui se déroulèrent au palais pour la joie de tous.

Le prince Zéphyr reprit sa place de futur gouvernant au palais et sa sœur, la belle Anémone succomba aux charmes du beau prince Zahir aussi intelligent que beau et lorsque tous deux furent certains que le prince Zéphyr pourrait régner en son royaume, ils partirent vers le royaume des perles et des pierreries.

Ils eurent des enfants qu’ils prénommèrent Nadia, Nour, Zohra, Aziz et Noureddine et ils se  gardèrent bien d’inviter une fée pour célébrer les baptêmes car même les fées, lorsqu’elles sont en mal de maternité, peuvent perdre l’esprit et enlever un enfant en le privant d’une enfance heureuse et en attristant sa famille.

Chacun d’eux reçut son poids de perles et leurs parents vécurent un parfait roman d’amour.

Ophélie mène l'enquête

 


Heureuse de garder Lola aux Bleuets, Ophélie décida cependant de mener une enquête dans l’intérêt de l’enfant.

Lola se contentait la plupart du temps de mimiques en signe d’approbation ou de refus. Sa maîtrise du langage n’étant pas assurée, Ophélie eut l’idée de recourir au chant et à la danse comme mode d’expression.

Elle dansa, pieds nus en s’accompagnant de sa flûte de Pan et elle eut la surprise de voir Lola la rejoindre en respectant le tempo. Son petit visage était illuminé par la joie et elle dansa jusqu’à en perdre le souffle.

Le lendemain, Ophélie chanta a cappella et c’est avec plaisir qu’elle vit le bonheur envahir le visage de la petite fille. Elle composa un refrain qui lui était destiné :

«  Colombes du Djurdjura, venez jusqu’à moi pour enchanter Lola ». Cette phrase lui avait plu car elle la chanta en esquissant un pas de danse.

Par la suite, Ophélie engagea une conversation sur le mode chanté et elle obtint une réponse : «  Lola est partie pour ne pas être punie ».

Au fil des chansons et des danses, Ophélie finit par se faire une idée du mode de vie de Lola. Apparemment, sa famille avait une maison isolée dans la campagne. Sa fuite avait été provoquée par un drame qui semblait effrayer l’enfant à sa seule évocation.

Ophélie mit un terme à ces investigations déguisées, craignant que la petite fille ne revive l’épisode douloureux de sa vie.

Elle opta pour les danses joyeuses et les chants magnifiant la beauté de la nature.

Elle enseigna à petites doses la lecture, l’écriture, le solfège et le dessin à la petite fille qui progressa avec une étonnante facilité.

Pour l’initier de manière ludique aux Fables de La Fontaine, Ophélie les lui fit apprendre en s’appuyant sur la version chantée de Patrick Topaloff.

L’air de la fable Le loup et l’agneau était si entraînant que Lola l’interpréta avec forces mimiques en courant dans le jardin.

«  Cette petite a le don du théâtre » se dit Ophélie et elle en vint à la conclusion suivante : certes, elle n’avait pas progressé dans son enquête de manière formelle cependant elle était certaine que Lola avait une intelligence supérieure à la moyenne.

Dans le milieu où elle avait vécu, on avait étouffé ses facultés mentales. Elle se tenait correctement à table, avait le sens de l’hygiène et appréciait les jolies robes et les beaux décors.

Par ailleurs, pour une raison inconnue, elle avait été privée de contacts avec le monde extérieur et son esprit était resté en friche.

« Quelle est la clef de ce mystère ? à nous de le découvrir » conclut Ophélie en se promettant d’atteindre son objectif.

La fée des glaces

 


Dans son palais de glace, la fée Gladys préparait des aménagements qui pourraient contribuer au bonheur de ses sujets.

Son royaume était voisin de la Laponie où séjournait régulièrement le Père Noël, dirigeant d’immenses ateliers où s’affairaient des lutins qui croulaient sous le poids des commandes destinées aux enfants et aux personnes privilégiées, capables de conserver leur âme d’enfant.

La fée Gladys ne souhaitait rivaliser en aucune manière avec l’action bienfaisante du père Noel qui souhaitait apporter le bonheur à tous les enfants du monde, y compris les plus fragilisés par une vie précaire.

Une pluie de bonbons acidulés et vitaminés accompagnerait les jouets récréatifs, d’un ludisme opérant sur les connaissances du monde, fées volant à la manière d’un drone pour sauver une filleule en détresse, robot précepteur et briquettes facilitant le sens de l’architecture et de la construction inventive.

Des jouets anciens qui avaient néanmoins fait leurs preuves, poupées, voitures miniaturisées, jeux de société ne seraient pas oubliés.

Gladys, quant à elle, avait fait construire une patinoire où chacun pourrait chausser les patins d’argent des contes de fée pour évoluer sur la glace avec grâce, souplesse, sens artistique ou devenir un compétiteur en vitesse et poursuite.

Par ailleurs, elle remit à la mode les traineaux qui avaient tant contribué à magnifier la littérature russe, Le docteur Jivago, Guerre et Paix, Anna Karénine, Les Ames Mortes ainsi que des livres destinés à la jeunesse, tels Maroussia ou Michel Strogoff.

La fée des glaces songea aussi à créer des ateliers récréatifs où l’on apprendrait à construire des igloos et à réaliser de belles sculptures en glace.

Des poètes chanteraient la beauté des prismes bleutés et des chanteurs s’exerceraient à interpréter des hymnes si puissants qu’ils pourraient briser des flûtes de cristal réalisées dans les ateliers des maîtres du verre soufflé.

Par ailleurs, la fée de glace au cœur ardent créa une ligne haute couture pour tous les âges.

Les vêtements seraient confortables, doux, chauds sans que la fourrure des animaux soit mise à mal.

La fée déplorait la mise à mort de visons sous prétexte de virus susceptible de développer et de propager une maladie mortelle causée par les amateurs de manteaux de fourrure.

Les amoureux de la nature avaient beau protester contre ces pratiques mortifères, le désir de fourrure demeurait vivace, visant à l’élevage d’animaux que l’on supprimait ensuite sans remords à la moindre alerte.

Plutôt que de multiplier des interdits, Gladys promit une récompense pour chaque achat de fourrure synthétique, un manchon, un sac en imitation zibeline ou un livre de Sylvain Tesson, grand amoureux de la panthère des neiges.

Elle invita ce brillant écrivain à passer quelques jours en son palais, lui promettant un séjour riche en émotions et une chambre particulièrement douillette et décorée de paysages himalayens pour faciliter la course de sa plume sur une page immaculée.

Il vint, renouant ainsi avec les habitudes prises par les écrivains des siècles passés, Barbey d’Aurévilly à Labastide d’Armagnac, Honoré de Balzac en Touraine pour écrire Le Lys dans la Vallée et autres chefs d’œuvre, Chateaubriand en Amérique pour Atala, inscrivant leurs rêves dans la réalité d’un nid douillet favorisant l’éclosion de leur dramaturgie.

La fée des glaces songea enfin un peu à elle, elle se mira dans la brume gelée de sa coiffeuse, se coiffa avec art et elle se décida à partir vers les oueds charmants des oasis perdues de ses rêves.