lundi 10 août 2026

La Mer de Fleur-les -Lys

 

 



De retour dans son village natal des Hauts de France, Fleur-Lez-Lys, Max Lambert respira le parfum des lilas en fleurs qui ornaient la cour de sa maison d’antan, rénovée à grands renforts de travaux visant à perfectionner le confort et l’élégance des pièces.

Un poêle  Godin lui rappelait l’unique témoin de luxe dont sa grand-mère s’était permis l’octroi.

Le chat Pompon ronronnait avec bonheur sur son coussin moelleux.

Max avait souhaité que l’on ajoute une aile à la maison de briques rouges dont l’architecture modeste s’harmonisait avec l’environnement façonné par le voisinage tumultueux de familles et représentants uniques d’une vie brisée.

Cette aile moderne comprenait une cuisine flamboyante où tout avait été conçu pour réaliser les bons plats traditionnels, Langue de Lucullus, Andouille de Cambrai, Waterzoi de poulet ou de poisson , Tartes des Ducasses, gâteaux porte-bonheur comme le Moka ou le Baba au Rhum.

Une cuisinière Rosières attirait le regard de même qu’une batterie de cuisine en cuivre.

Des robots de toutes sortes aideraient la personne prédisposée aux petits plats à réaliser mille et une merveilles dont Max comptait bien se régaler.

La petite fille d’Yvonne, l’aide-ménagère de sa mère, Angèle, avait accepté de se charger de l’entretien de la maison et l’ordonnance des menus.

Elle avait hérité des vertus de sa grand-mère, ce dont Max se félicitait comme d’un véritable bonheur.

Pour son arrivée, elle avait préparé un pâté de lapin aux noisettes qui plongea notre homme dans les délices de son enfance.

Un four alsacien permettait de réaliser pains de ménage et spécialités du Nord, pain d’épices, gaufrettes, palets de dames et mignardises de toutes sortes.

Par la suite, Max fit honneur à tous les plats préparés par Angèle, blanquette de veau, feuilletés de filets mignons, vol-au vent et saumon sous toutes ses formes.

Un jour, Angèle lui apporta triomphalement une carpe farcie aux champignons des bois.

La chair délicate de ce poisson rarement présenté ravit le pensionnaire de la maison de son enfance.

Angèle lui révéla que la carpe provenait de leur « mer » et qu’un pêcheur de ses amis la lui avait offerte pour rappeler des souvenirs à la personne qu’elle servait.

Un tourbillon d’images s’empara de Max et il se promit de courir, dès le lendemain, sur les lieux privilégiés de son enfance.

De même que le cheval d’orgueil piaffait dans une écurie imaginaire, de même, la mer était ainsi nommée pour évoquer un inconnu et une évasion maritime dans un pays ancré en un entourage de champs de blé.

La lointaine histoire de la commune, riche en combats et en illustrations littéraires et prestigieuses, s’était éteinte et le livre aux fermoirs d’argent qui contenait ses souvenirs s’était refermé à tout jamais.

Fleur-de-Bitume

 




La déesse aux grands yeux s’habille de lumière et sème au vent graines et fleurs séchées dont elle attend la magnificence estivale. Brebis et chamois l’escortent et creusent dans le roc un sentier escarpé qui la conduira jusqu’aux edelweiss, tapis sacré, prometteur de neiges éternelles.

Elle s’assied, la déesse, vêtue de doux angora, elle tient une lyre et chante une ode à la nature dont elle est le garant.

Si belle est la chanson qu’elle va, par-delà les montagnes et tombe dans l’oreille d’une jeune citadine bottée de cuir et enroulée dans un lainage vaporeux qui la rend fragile et attirante.

Fleur-de-Bitume, la jeune fille s’installe à un carrefour, danse comme Esméralda et chante une mélopée qui attire les passants.

On lui donne quelques pièces qui l’aideront à vivre et à nourrir son enfant.

La déesse aux grands yeux la protège de son aile et l’emmène dans un paradis où elle téléporte un petit cœur d’ange, une fille venue d’une mauvaise rencontre mais qui est pour sa mère un véritable trésor.

Marbre, bois et verre sont les matières qui forment le logement chaleureux et orné de miroirs peints de liserons, de glycines et aussi de lilas.

Les fleurs embaument les pièces, la cuisine a des saveurs épicées et chocolatées.

Sa bonne action accomplie, la déesse aux yeux de lumière, sœur d’Athéna reprend le chemin de l’Olympe et laisse dans son sillage des edelweiss de nacre aux reflets d’argent.

dimanche 9 août 2026

Pauline aux doigts de fée





S’inspirant du Facteur Cheval qui avait construit un palais et une ville à partir d’une pierre étrange trouvée sur sa tournée, Pauline à qui l’on attribua, dans son village, un surnom féerique, Fantastic Lady, conçut un château digne de La Belle au Bois Dormant puis, satisfaite de son œuvre, elle ajouta des manoirs et des chaumières pour illustrer les contes de fées les plus célèbres.

La maison de l’Ogre du Petit Poucet eut un vif succès auprès des enfants. Ils y retrouvaient les frissons éprouvés à la lecture des mangas dont ils étaient friands.

Pauline poursuivit sur ce thème en créant une tour gardée par des dragons crachant le feu, si proche de l’univers enfantin que les petits admirateurs plébiscitèrent ce monument, se bousculant pour l’examiner de près. L’institutrice se félicita des créations de Pauline qui eurent un bénéfique impact, celui de ramener les enfants à la fréquentation des livres. Elle organisa des rencontres avec l’artiste. Trois fois par semaine, Pauline recevait une classe et se prêtait au jeu des questions. Elle racontait les histoires se rapportant aux thèmes abordés lors de la discussion.

Par la suite, la demande étant forte pour l’univers du monde des dragons, des samouraïs  et des princesses aux allures de geishas, elle se mit à l’écriture, créant un monde inconnu en Europe et fascinant aux yeux des enfants. Outre la lecture des mangas, ils aimaient surfer sur les jeux des consoles où invariablement le héros devait délivrer une princesse en franchissant des cercles fréquentés par des créatures monstrueuses et en venant à bout de labyrinthes complexes hantés par des fantômes belliqueux.

Elle se prit au jeu et put rapidement présenter à un éditeur un manuscrit agrémenté d’illustrations de son univers.

La tout gardée par les dragons et le contenu de l’œuvre plurent au comité de lecture de la maison d’édition qui inscrivit le livre sous le titre de Dragons, lagons et perles, contes fantastiques.

Lorsque le recueil fut publié, la commune, l’école et la bibliothèque s’en portèrent acquéreurs et ces exemplaires furent bientôt connus dans tout le village.

Le nom de Pauline devint célèbre mais elle ne se monta pas la tête avec ce succès qu’elle attribua aux enfants : «  Ce sont eux qu’il faut féliciter car sans leurs questions et leur intérêt vivace pour le monde fantastique, je n’aurais pas eu l’idée et le ressort nécessaires pour l’écriture de ces contes.

Soit, dit la journaliste qui l’interviewait pour le journal régional, ils vous ont inspiré ces contes mais c’est vous qui les avez écrits. Vous en avez donc le mérite » et elle titra Modestie d’une conteuse.

Pauline oublia vite le succès médiatique et la célébrité qu’elle jugea temporaire et elle continua à créer des modules fantastiques, choisissant un nouveau thème qu’elle dota de dragons particuliers et de labyrinthes périlleux.

Une nuit, elle rêva qu’un dragon l’emportait sur son dos d’écailles turquoise et la déposait dans un palais de marbre très différent de ses créations.

Lorsqu’elle s’éveilla, elle se trouvait effectivement dans la chambre luxueuse d’un fabuleux palais. En ouvrant les fenêtres, elle vit des dragons volant dans le ciel. Protecteurs du royaume, ces êtres fantastiques dépassaient en beauté ceux qu’elle avait créés pour distraire les enfants.

Pauline s’interrogea sur les raisons de son enlèvement. Voulait-on la remercier ou au contraire la punir de ses extravagances littéraires et artistiques .

Elle attendit une réponse en profitant du bien-être de la vie de palais.

Blandine, la duchesse aux yeux irisés

 

 

 


Est-ce une fille ou une femme se disait-on en voyant Blandine dont la beauté régnait sur le Hainaut à la manière de l’écharpe de la déesse Iris, de la couleur de ses yeux.

Blandine dont l’éducation avait été complète, arts, sciences, danse et musique, éprouvait le même amour que sa mère pour les richesses de la nature, notamment les fleurs.

Elle s’était spécialisée dans la création de parfums dont on se disputait les fioles.

Un jour, alors qu’elle recherchait une variété rare d’orchidée, elle vit apparaître un vieil homme à la longue barbe blanche.

«  Gloria, ma beauté, tu es revenue dans ce monde ! Eurydice échappée des enfers, tu es là pour que je te chérisse et te vénère comme par le passé » ! dit l’étrange apparition.

«  Noble étranger, vous vous méprenez : je suis Blandine, duchesse du Hainaut et ne puis en aucune manière être la personne dont je salue respectueusement la mémoire » répondit Blandine.

La douleur du vieil homme était telle que Blandine renonça à sa recherche de l’orchidée. Elle prit le bras de l’étranger avec délicatesse et l’emmena au château pour qu’on lui propose des rafraîchissements.

Eudes, son père adoptif, ouvrit grands les bras au nouveau venu.

« Roland du Breuil, je vous ai reconnu en dépit de votre barbe blanche. Ainsi donc vous êtes de retour et voulez connaître votre fille Blandine aux yeux d’iris, la perle de ce duché » !

Roland se confondit en excuses auprès de la jeune fille, avouant qu’il l’avait prise pour sa mère.

« Rien d’étonnant, répondit Eudes, elle lui ressemble terriblement et elle possède un don comparable au sien, celui de transformer les fleurs en parfums qui enivrent ma cour et passe les frontières de mon duché » !

«  Père, dit modestement Blandine, je suis heureuse de vous connaître car on m’a conté les péripéties de vos épousailles avec la sublime Gloria, ma mère. Pour honorer votre retour, je composerai un parfum subtil que je nommerai Brise d’Amour ».

Une collation fut servie puis l’ordonnance d’Eudes le Valeureux le conduisit dans ses appartements où on l’installa confortablement.

Songeuse, Blandine se retira dans son laboratoire et réfléchit à la composition de ce parfum inédit qui scellerai le retour d’un père aimant revenu des enfers de la folie.

Ses recherches la conduisirent à l’exploitation du potentiel d’une fleur, l’ancolie dont les poètes vantaient le pouvoir modérateur des troubles de l’âme.

Elle pensa contrebalancer la puissance mélancolique de cette fleur par l’adjonction d’iris dont on se plaisait à dire qu’il était inscrit dans son regard, de jacinthes au parfum puissant et de fleurs de jasmin pour rendre hommage à l’orient qui avait guéri partiellement son père.

Elle travailla sans relâche et pour réaliser le parfum hors norme qui porterait le nom évocateur de Brise d’Amour, elle chercha une rose réputée pour la quintessence de ses effluves, la rose de Damas.

On envoya des émissaires en Orient et ils revinrent promptement chargés de rosiers et de fioles de nectar parfumé utilisable sur le champ.

Lorsque Brise d’Amour vit le jour, Roland du Breuil versa des larmes de bonheur et l’on crut voir voler dans la salle d’apparat du château la silhouette royale de Gloria.

Un vent de fleurs salua la réincarnation de Gloria dans l’âme de sa fille, Blandine aux yeux irisés.