Nadir et Dahlia procédèrent par étapes pour révéler aux
enfants élevés dans le même amour qu’ils n’étaient pas frère et sœur et qu’un
destin différent les attendait au lendemain de leur septième année.
Loin de se décourager, Fleur et Jour redoublaient de gestes
affectueux et juraient de rester liés à jamais.
Il fallut cependant exaucer le vœu du père de Fleur et un
triste matin, Fleur de Lune prit la route dans un palanquin princier.
Dahlia avait préparé un trousseau complet pour la petite
fille et lui avait légué le couffin brodé par sa mère avec amour. Fleur de Lune
y avait installé sa poupée de porcelaine Philaé.
Bonheur du Jour qui aimait dessiner avait peint un tableau
les représentant jouant dans le jardin sous les yeux de Philaé installée dans
un petit fauteuil. L’enfant princier offrit le tableau soigneusement emballé
dans un étui de soie et Fleur de Lune jura qu’il aurait la place d’honneur dans
sa chambre.
L’escorte se mit en route. Bonheur du Jour galopa sur son
poney Framboise jusqu’à la limite du domaine, envoyant des baisers à celle
qu’il aimait tendrement.
De retour au palais, il se comporta avec dignité, redoublant
d’ardeur pour parfaire son éducation.
Il porta un intérêt nouveau à la poésie, trouvant chez les
poètes les accents de son cœur déchiré.
De son côté, Fleur de Lune offrit un visage souriant à ses
parents. Ophélie avait décoré sa chambre avec goût.
Philaé trouva sa place dans un berceau qui avait été conçu
pour la venue de Fleur de Lune.
La petite maman de sept ans et sa poupée apprécièrent le
charme de la pièce où elles trouveraient le bonheur du jour et de la nuit.
Alban avait pêché une magnifique daurade qu’Ophélie avait
cuite au four, enduite de miel et parsemée d’amandes.
La petite fille fit honneur au plat et elle apprécia
particulièrement la part d’un gâteau parfumé à la rose décoré d’un cœur en pâte
d’amande.
Les jours suivants, Fleur de Lune se plia à de nouvelles
disciplines. Elle apprit l’art de la cuisine. Clarifier les œufs fut bientôt
son exercice favori. En participant à l’élaboration d’un cake, elle ne put
s’empêcher de penser au cake d’amour de Peau d’Ane.
Elle souhaita grandir au plus vite pour confectionner un
semblable gâteau pour l’envoyer à Bonheur du Jour, toujours présent dans son
cœur.
Par ailleurs, il lui arrivait d’accompagner son père et de
manier la canne à pêche avec dextérité ? Elle eut la joie de ferrer une
lamproie. Ce poisson au goût délicat rejoignit d’autres merveilles océanes
qu’Ophélie présenta fièrement sous forme de cotriade, délice du pêcheur.
Elle prenait également des cours élémentaires en compagnie
d’autres enfants dans une grande maison qui faisait office d’école.
Elle aimait particulièrement la botanique et pratiquait
également des arts variés, danse, musique, dessin et poésie.
La poésie occupa une grande place dans son cœur car dans les
soupirs de dames pleurant l’absence d’un bien aimé elle retrouvait une
situation similaire à la sienne.
Ainsi la séparation des deux enfants décupla l’intérêt que
chacun portait à l’autre par le biais de la poésie qu’ils chérirent tous deux
dans un même élan d’amour enfantin, pur, noble, s’épanouissant comme une fleur
immortelle.