jeudi 2 avril 2026

L'éternel retour du printemps

 


«  Les filles sont jolies

Dès que le printemps est là

Mais les serments s’oublient

Dès que le printemps s’en va ».

Se jurant de faire mentir l’adage chanté par Hugues Aufray, Vincent s’entoura des plus jolies filles du moment, fit appel à l’une des plus belles voix du monde, Céline Dion et tous deux entonnèrent un refrain prenant :

«  Là-bas dans la prairie

J’attends toujours mais en vain

Une fille en organdi

Dès que le printemps revient

Je repense à ses yeux

Dès que le printemps est là ».

L’éternelle beauté du regard féminin prêt à offrir les clés du paradis de l’amour étincela dans la prairie et les fleurs se mirent à danser au rythme d’un Flamenco.

«  Et son image rôde

Au détour de mon chemin

Quand les soirées se font chaudes

Dès que le printemps revient ».

Céline reprit la route pour peaufiner son tour de chant parisien tandis que Vincent dansa avec les femmes-fleurs qui lui donnèrent la magnificence du Roman de la Rose.

La forêt disparue

 


Chevauchant son bel étalon Basileus, Florian, poète et conteur lors de haltes villageoises, se trouva soudain dans une forêt qui ne figurait sur aucune carte géographique connue.

Prudent, il mit pied à terre et observa les arbres en tenant son cheval par la longe.

Des oiseaux chantaient, ce qui lui sembla être un signe de paix.

Bientôt, il perçut le bruit d’un ruisseau. Il s’y dirigea et découvrit un charmant endroit qui se prêtait à la poésie.

Cascadant sur des galets parfois apparents, érigés en monticules, des eaux vives apportaient une fraîcheur apaisante et découvraient des rives fleuries.

Florian but cette eau avec prudence puis il incita Basileus à l’imiter.

Avisant un petit promontoire, avec un arbre à proximité, un magnifique saule qui déployait ses chatons, il s’y installa après avoir attaché de manière souple son bel étalon.

Il avait sorti d’une sacoche un nécessaire à écrire et se mit en devoir de composer une ode à la nature en s’imprégnant de la splendeur insolite des lieux.

 

«  Génie de la rivière, ondines, sirènes, venez auprès de moi pour me souffler les mots de perles qui cascaderont sur les cœurs et enchanteront les âmes villageoises qui m’hébergent afin que je leur apporte du réconfort et l’ouverture céleste vers le bonheur »

 A ce moment de la composition, un roitelet vint se poser sur son épaule et une jeune fille, éblouissante de beauté, apparut à l’horizon.

Elle sembla marcher sur l’eau bleue et s’approcha du jeune homme, dans un tourbillon de parfums floraux.

On me nomme Aurore dit-elle à Florian et sans attendre sa réponse, elle s’assit tout près de lui et se mit à chanter.

Les arbres bruissaient, esquissant une danse subliminale et devant tant de beauté, Florian ferma les yeux, craignant de perdre la vue comme Homère.

Basileus réclama un peu de liberté, ce que lui accorda le cavalier, ivre d’amour et de sensualité.

Comme il aimerait emprisonner dans le berceau de ses bras caressants la splendide créature joliment nommée Aurore mais il n’osait pas interrompre le récital quoique le désir s’emparât de son corps enfiévré avec force et passion sublimée.

Aurore mit un terme à son supplice en lançant ses derniers trilles et en posant ensuite sa jolie tête couronnée de fleurs sur l’épaule du jeune homme éperdu et enamouré à l’extrême.

Il ferma les yeux et lorsqu’il les rouvrit, Aurore avait disparu de même que la rivière enchanteresse et l’étrange forêt inconnue.

Il était assis sur la selle fleurdelisée de Basileus et ils allaient au trot.

Lors d’une halte dans un village plein de charme, il sortit son écritoire et découvrit un ajout à sa composition.

L’écriture était belle, fine et racée et les mots ailés s’inscrivirent dans son cœur comme une magnifique déclaration d’amour.

 

«  Amour de ma vie, je te donne rendez-vous sous les grands chênes du désir de la forêt disparue.

J’ai bien senti ton émoi et, j’en fais le serment, je m’abandonnerai dans tes bras lors de notre prochaine rencontre, dans la clairière des amants et de ses eaux vives.

Je viendrai à toi, couronnée de fleurs et magnifiquement parfumée, dans une robe longue que tu pourras froisser à volonté.

Mon amour, mon aimé, je t’ai attendu depuis tant d’années que j’ai hâte de connaître la douceur soyeuse de tes étreintes.

Dans cette attente, je t’offre la clef de mon chant et te supplie de ne pas trop tarder » .

 Très ému après cette lecture, Florian baisa la petite clef d’or qui ornait le manuscrit et devant un auditoire enchanté, il commença un nouveau conte, celui de la forêt disparue mais il se garda bien de révéler son active participation, créant un personnage masculin plein de charme certes mais éloigné de sa personne, aussi brun qu’il était blond, au regard d’aigle et aux mains de pianiste.

C’est alors qu’il aperçut, au cœur de l’auditoire, la belle Aurore vêtue de bleu, au sourire ensorcelant.

N’y tenant plus, il fendit la foule, serra l’énigmatique jeune fille dans ses bras, s’enivra de son parfum et posa délicatement ses lèvres sur les siennes, palpitantes comme un bel oiselet tandis que disparaissaient le village et ses habitants.

De retour dans la forêt, Aurore et Florian connurent des heures passionnées, dans une jolie chaumière.

 Les fenêtres vitrées révélaient la présence de la rivière aux eaux bleues, ce qui n’était pas le moindre de ses charmes.

Quant à Basileus, il n’était pas de reste : une jument aux sabots d’or, Ambre de feu s’accoutumait à le suivre dans un magnifique pas d’amble, celui des coursiers de l’amour !

 

Liseron, la fiancée de la forêt

 



En écrivant son dernier commentaire et en mettant la note appropriée à la pile de copies du Baccalauréat, Liseron eut l’impression qu’elle en avait terminé avec ce métier de professeur mangeur d’énergie et de temps.

En se promenant dans la forêt durant ses congés, Liseron avait ressenti un appel profond, intime et magique.

Un cerf blanc s’était approché d’elle pour la couronner d’un entrelacs de houx, d’églantines et de roses d’or.

Près de la fontaine de Barenton, un chevalier lui avait rendu hommage en lui offrant un bliaut brodé et une houppelande longue garnie de perles et de fourrure pour lui épargner la morsure glaciale de l’hiver.

Liseron rougit de plaisir et elle baisa la main de son généreux donateur en gage de fidélité.

Elle se promit d’écrire un roman de chevalerie où cet homme courtois aurait une place de premier plan.

Heureuse de sa décision, elle rentra chez elle, fit mijoter une soupe avec des racines et des fruits de la forêt puis elle commença un roman courtois sous le titre de La Fiancée de la Forêt.