Aux abords de son château, le prince Pervenche aperçut des nuages de fumées incandescentes, ce qui l’inquiéta au plus haut point.
Son château flambait littéralement. Le messager qui l’avait supplié de revenir n’avait pas exagéré la situation : elle était effectivement dramatique.
Le prince mit tout en œuvre pour sauver ce qui pouvait l’être, tableaux, œuvres d’art diverses, objets précieux. Un joli bric à brac déposé sur l’herbe offrait un triste spectacle.
On s’ingénia à les restaurer, les débarrasser de la suie et en attendant que renaisse un château digne de ses ancêtres, le prince s’installa dans une dépendance qui lui servait d’observatoire pour les oiseaux.
Il envoya un message à Guillemette par pigeon voyageur où il relatait brièvement l’étendue du désastre.
Guillemette espéra que la fée Lilas qui se voulait sa protectrice lui vienne en aide. Elle adressa un message de retour pour dire à son ami de cœur combien elle souffrait de le savoir dans la peine. Ce billet mit de l’espérance dans l’âme meurtrie de Pervenche et il crut de nouveau à son destin.
Après le déblaiement des ruines, on aplanit le terrain. En creusant le sol pour déterrer le moindre objet susceptible de provoquer un nouvel incendie, les ouvriers mirent à jour un coffre . Seul, le prince pouvait l’ouvrir car la serrure portait un code connu du seigneur.
Le coffre contenait des trésors royaux, des pièces d’or à l’effigie de Saint Louis, des bijoux de prix, de la vaisselle précieuse et des objets du culte en or massif, ciboires, croix et autres sculptures votives. Une toile représentant Sainte Radegonde était enroulée de manière à préserver le tableau de toute agression.
Des anges en ivoire sculpté et des statues représentant la Vierge Marie, Jésus et ses apôtres complétaient cette collection extraordinaire.
Le prince, très ému, fit convoyer le coffre dans sa demeure provisoire puis il envoya des pièces d’or et des bijoux à Guillemette par l’intermédiaire d’un messager qui se chargea de lui raconter la découverte du trésor.
Guillemette proposa son hospitalité au messager pour la nuit. Afin de fêter dignement la découverte inattendue du trésor, elle servit au jardin des plats de circonstance, cuissot de chevreuil aux airelles, saumon farci et pyramide de choux à la crème caramélisés.
Le griffon se régala et remercia l’hôtesse à sa façon en proposant un spectacle inédit. Jonglant avec des pommes, il les transformait en fruits déguisés recouverts de poudre d’or.
Guillemette apprécia le spectacle et promit au griffon de faire bon usage de ses pommes d’or.
Le lendemain, après un solide petit déjeuner, le messager reprit la route sans oublier de remercier l’hôtesse de sa réception princière.
Demeurée seule, Guillemette se mit à coudre une robe de bal, espérant que l’inauguration du château en cours de construction lui permettrait de faire une entrée digne du prince Pervenche à qui elle pensait avec tendresse.



