lundi 2 novembre 2026

La princesse Chysanthème

 




Dans un royaume triste, hanté par des hérons et des aigles noirs, il y avait un manoir où vivait une jolie princesse, tout de rose et d’or vêtue comme la fleur dont elle portait le nom, Chrysanthème.

Elle était si belle que les jours gris et sombres prenaient des nuances grenat, pourpre et immaculées comme les lys.

Elle aimait se promener dans son royaume, n’hésitant pas à prendre des risques. Dans un petit sac de velours brodé, il y avait une paire de sandales légères pour détendre ses pieds fatigués, un carnet de notes avec des porte-plumes colorés et un album à dessiner et des crayons de couleur.

Chrysanthème s’arrêtait parfois pour écrire, dessiner et réaliser de jolies esquisses qui l’aideraient à composer des tableaux qu’elle finaliserait dans un grand atelier lumineux où elle aimait se trouver, à l’intérieur de son manoir.

Les habitants du royaume s’étaient habitués à la voir et ils la considéraient comme une des leurs plus que comme une princesse.

Ils s’enhardissaient parfois jusqu’à lui parler de leurs soucis quotidiens ou lui présenter suppliques, doléances voire projets d’embellissement pour le royaume.

C’est ainsi que Chrysanthème rencontra un jeune homme prometteur.

Darius, au prénom impérial, était arrivé sur le rivage du royaume en compagnie de personnes en déshérence, chassées de leur pays par des ennemis qui en voulaient à leur vie.

Il était enfant lorsque leur barque de fortune avait fini par accoster dans une crique battue par les vents.

Désespérés et n’ayant pas assez d’argent pour le passeur, les parents de Darius avaient placé l’enfant dans la barque, muni d’un sac avec des effets de rechange, l’avaient embrassé avec effusion et s’en étaient remis au destin pour leur propre survie.

Sa mère lui avait donné le médaillon dont elle ne se séparait jamais et les yeux embués de larmes, s’était enfuie pour ne pas voir la barque s’éloigner avec cet enfant qu’elle chérissait par-dessus tout.

Il arrivait que les barques surchargées coulent en mer et que les personnes à bord se noient par centaines.

Darius avait eu la chance d’échapper à ces périls et lorsqu’il avait mis le pied sur le sol de ce royaume inconnu, si différent de son pays natal, il avait songé à utiliser ses compétences et rester en vie en espérant que ses parents puissent le rejoindre comme ils s’y étaient engagés.

En posant le pied sur la grève, Darius fut frappé par les tons gris de cette terre d’accueil, si différents des colorations lumineuses de son pays d’origine. Mais ce n’était pas le moment de s’apitoyer sur son sort. Trouver de la nourriture était le point crucial.

Il se contenta de coquillages disponibles en cherchant bien, et par la suite, il gagna sa vie en devenant pêcheur.

Il pratiqua la plongée et découvrit des amphores, des monnaies anciennes et des statuettes qui provenaient d’un monde disparu.

Il apprit également à fabriquer des colliers de perles et devint si habile dans cet art qu’il put renoncer à la pêche. Il ouvrit une boutique où se pressaient les élégantes du royaume.

C’est en passant devant cette boutique dont l’étalage de la vitrine était artistement conçu, que la princesse eut un coup de cœur pour ces bijoux artisanaux pleins de charme.

Elle entra dans l’échoppe, choisit quelques bijoux assortis à ses toilettes et dut lutter contre Darius qui tint absolument à lui offrir ces parures, nées de ses doigts agiles.

«  Princesse, vous serez mon ambassadrice. Je serai heureux de savoir que vous portez ces bijoux que j’ai créés en souvenir de ma mère et en pensant à mon pays d’origine ».

Très émue, la princesse proposa à ce jeune homme exceptionnel de vivre à ses côtés.

«  Vous serez mon orfèvre attitré et vous aurez un atelier près du mien, là où je peins. Je serais d’ailleurs ravie de vous avoir pour modèle car votre visage est si lumineux et votre allure si altière que l’on désire immortaliser cette beauté hors du commun.

Je n’ose croire à ce que j’entends, divine princesse ! J’aimerais avoir le talent de peindre tant votre beauté est radieuse. Elle peut être comparée à celle des femmes qui ont conquis le monde.

Eh bien, cher Darius, je vous entends à merveille. Nous conquerrons le monde ensemble, voulez-vous ?

Avant de conquérir le monde, chère princesse, rendons à ce royaume sa beauté primitive car le gris s’est emparé de ce pays, ôtant la joie de vivre.

Vous avez mille fois raison, cher Darius. Ensemble, nous ferons de grandes choses et nous verdirons le royaume qui refleurira.

Il sera enfin digne de la princesse Chrysanthème » dit Darius en souriant et ce sourire devint un gage d’amour.

dimanche 1 novembre 2026

Une impériale fleur de lotus





Lorsqu’elle parvint aux abords de la bambousaie, Brise d’été perçut un parfum et une musique ineffables.

S’attendant à sa venue, Xénia avait préparé une table garnie de gourmandises salées et sucrées et d’une théière en argent avec des verres filés or.

Les deux femmes prirent place et dégustèrent le repas d’amitié. Brise d’été offrit à son hôtesse une bague à l’effigie du royaume avec sa devise : «  Vaincs ou meurs ».

«  Voilà une belle devise digne d’un grand souverain »  dit la gardienne du lotus et elle frappa dans ses mains.

Le dragon déposa sur la table débarrassée de ses reliefs une fleur de lotus en nacre faisant office de boîte à musique. 

«  C’est mon offre dit la guerrière. Si elle vous convient, vous l’emportez mais si vous voulez vous emparer de notre fleur grandeur nature, vous serez obligée de nous combattre, le dragon et moi-même ».

Brise d’été prit le temps de la réflexion puis elle déclara que ce bibelot, aussi charmant fût-il, ne pourrait satisfaire leur souverain.

Elle se prépara donc au combat.

Un nuage pourpre embrasa la clairière, obligeant la jeune femme à user de son sabre à l’aveugle. Elle eut la chance d’atteindre le dragon en plein cœur. Il s’effondra à ses pieds, ses anneaux mourant un à un en rendant un son lugubre.

Xénia apparut, tenant la fleur de lotus dans ses mains passées au henné.

«  Je m’incline devant ta vaillance, Brise d’été ! Je renonce à te combattre et t’offre le lotus de la victoire ; tu pourras le remettre à ton souverain et je te donne également sa reproduction miniature. Conserve la à ton chevet et elle te portera bonheur ».

Sur ces mots, elle disparut.

Brise d’été, nantie du lotus sacré, le sien reposant dans une bourse contenant des objets personnels, rejoignit ses compagnons qui la félicitèrent chaudement.

Ossian donna le signal du retour.

On préserva le lotus qui rayonnait en lançant des flammes roses en le plaçant sous une cloche de cristal et en le confiant à Brise d’été.

Lorsqu’ils parvinrent à la hauteur du monastère, Tenshi fut dépêché pour les informer de leur victoire. Ange, féru en arts plastiques avait reproduit la fleur sur une feuille à dessin. Ce fut le cadeau destiné au monastère. Brise d’été avait préparé des crêpes lors d’un arrêt dans un domaine opulent où on les avait reçus chaleureusement.

Les compagnons, suivis à distance par Tenshi auréolé du bonheur donné aux moines, firent un retour triomphal à la cour du roi Akira.

Ce dernier plaça le lotus au milieu de la table ovale et décora Brise d’été de l’ordre du lotus, distinction créée pour la circonstance.

Le soir venu, le prince Séraphin dénoua les cheveux de sa dame d’amour et lui offrit sa tendresse en espérant que son épouse chérie lui donne une lignée digne de sa vaillance, de sa bravoure et de sa beauté.

«  Ma douce Brise d’été, ma victoire, mon chant d’amour perpétuel, je suis si heureux que mon cœur risque d’éclater » murmura-t-il à sa douce aimée qui s’endormit dans ses bras au son de la musique du lotus placé à leur chevet.

 

samedi 31 octobre 2026

Salmis de palombes



4. Flamber à l’Armagnac et mijoter
Verser les 5 cl d’Armagnac dans la cocotte et flamber avec précaution : couper la hotte, éloigner la bouteille et
ne jamais verser l’alcool directement depuis la bouteille au-dessus de la flamme. Laisser réduire. Ajouter le vin
rouge, le fond de veau et le bouquet garni. Porter à petite ébullition puis laisser mijoter doucement environ 45
minutes pour que les carcasses libèrent leurs arômes.
5. Filtrer et réduire
Retirer les carcasses et le bouquet garni. Passer la sauce au chinois ou dans une passoire fine. Presser
doucement les légumes et les carcasses pour récupérer les sucs, sans forcer les petits débris dans la sauce.
Remettre sur le feu et faire réduire jusqu’à obtenir une texture nappante. Hors du feu ou à feu très doux,
incorporer les 30 g de beurre froid en petits morceaux en fouettant. Goûter et rectifier l’assaisonnement.
Facultatif : ajouter un peu de foie de palombe préalablement bien cuit et finement écrasé.
6. Terminer le salmis
Remettre les cuisses et les ailes dans la sauce pour les réchauffer doucement. Ajouter les filets en dernier afin
de préserver leur tendreté. Réchauffer à feu doux environ 10 à 15 minutes au total, en évitant toute forte
ébullition. Vérifier que toutes les portions sont bien chaudes et que la cuisson à cœur est suffisante (repère de
sécurité : 74 °C). Laisser reposer quelques minutes avant de servir.
Accompagnements
Pommes de terre sarladaises • Cèpes poêlés à l’ail et au persil • Tagliatelles fraîches • Croûtons ou pain de
campagne grillé pour profiter de la sauce.
Salmis de palombes • Façon traditionnelle landaise Page 4
Conseils pour réussir
• Préparer la veille : le salmis peut être préparé à l’avance ; le conserver rapidement au réfrigérateur et le
réchauffer doucement le lendemain.
• Choisir le vin : un Madiran ou un Tursan apporte du caractère à la sauce.
• Ne pas négliger les carcasses : elles donnent profondeur et puissance à la sauce.
• Protéger les filets : les ajouter en dernier et éviter de faire bouillir la sauce après leur ajout.
Astuce : si les palombes sont de belle taille, la durée de rôtissage peut être supérieure. Le temps
indiqué est un repère ; la température à cœur et la tendreté priment toujours.
Bon appétit !

Un amour d'outre-miroir

 



Les jours suivants, Gabriel demeura chez lui, passant des heures à contempler le portrait inspiré par Coralie qu’il avait peint dans une sorte d’ivresse, guettant le moment où elle consentirait à quitter le cadre pour lui offrir son amour.

Il se nourrissait frugalement de pain, de brioche et d’eau.

Heureusement Coralie, son modèle, lui permit de quitter un instant le monde irréel qu’il s’était forgé.

Elle entra, panier au bras, ouvrit les fenêtres, jeta un coup d’œil au tableau mais jugea bon d’éviter le sujet.

Elle déposa sur la table de la cuisine des trésors alimentaires, œufs, légumes de son potager, poulet rôti qu’elle accommoderait avec maîtrise. Les pâtisseries n’étaient pas oubliées et pour la première fois depuis longtemps, Gabriel eut envie de savourer un véritable repas.

Afin de justifier sa venue, Coralie avait confectionné un habit complet comme elle s’y était engagée pour paiement du tableau qui ornait sa demeure.

Elle pria le jeune homme de le revêtir, ce qu’il fit de bonne grâce, ce costume étant une véritable merveille.

Coralie s’activa dans la cuisine pour célébrer les faits du jour, tableau et costume et elle concocta un dîner à thème, en l’occurrence celui des contes de fées.

Un velouté à la citrouille servi dans sa coque évidée en guise de soupière ouvrait le bal. Volaille rôtie, potimarron et patates douces poursuivirent le rêve incursif dans le royaume de Cendrillon à bord de son carrosse redevenant citrouille après minuit.

Le cake d’amour de Peau d’Ane servi avec une gelée de groseilles de sa composition fermait le bal.

Les jeunes gens firent honneur à ces plats d’exception et évoquèrent l’univers féerique qui s’y apparentait.

Pour la première fois, l’obsession du tableau s’estompa dans l’esprit de Gabriel mais ce fut un bref répit.

Le repas achevé, le portrait vint le hanter et il quitta vivement la table pour contempler son œuvre.

Après avoir libéré la salle à manger, Coralie nettoya les couverts et les ustensiles ayant servi aux agapes du soir.

Lorsqu’elle revint dans la pièce principale, elle chercha en vain son ami peintre : il avait mystérieusement disparu !

Elle regarda enfin le tableau et tout à coup le mystère s’empara d’elle ; elle découvrit, au bas de la toile, assis sur une souche de chêne, son ami, en costume, celui qu’elle avait taillé, cousu et brodé pour lui.

Comme Alice, il était passé de l’autre côté du miroir et vivait désormais auprès de sa représentation en costume de roses pour l’éternité.

Mélancolique, Coralie ferma la porte de la maison du peintre et retourna chez elle afin de panser les blessures de son cœur mis à vif.

Elle regarda son portrait, lui sourit et décida d’oublier cette folle aventure pour n’en garder que la quintessence des moments heureux vécus un jour, dans la colline de roses qu’elle aimait tant !

vendredi 30 octobre 2026

Prise de contact

 

 

 


En pénétrant dans sa chambre médicalisée, fonctionnelle et dénuée du charme baroque de celle qui avait abrité ses rêves, Renée eut un geste de recul puis elle se raccrocha à l’inéluctable réalité en apercevant ses livres préférés sur une étagère placée près de son lit.

Le Cercle des Jours de Ken Follett était à portée de main et elle s’en saisit après avoir déposé sa valise, remettant à plus tard la mise en place de ses effets et de sa trousse de toilette.

Elle se plongea dans la lecture, confortablement installée au fond du fauteuil réservé aux visiteurs et ne vit pas le temps passer.

Une aide-soignante mit un terme à ce moment d’évasion en lui proposant de ranger ses effets dans les placards.

Elles eurent vite fait de procéder au rangement.

La valise fut placée dans un placard : «  Ce sera pour vos prochaines vacances » dit Amélie gaiement puis elle lui suggéra de faire un brin de toilette avant de se rendre dans la salle de restauration pour le repas du soir.

Les administrateurs de l’ EPHAD n’avaient pas souhaité que la pièce destinée à la restauration ne ressemble pas à un réfectoire. Des tables rondes offraient une convivialité de bon aloi.

Renée trouva sa place grâce à un petit carton portant son nom au pied d’un verre en cristal de roche.

Les occupants de la table, trois hommes et deux femmes lui souhaitèrent la bienvenue. Renée leur rendit le salut et fit honneur au menu. Velouté de potimarron, escalope de poulet poêlée au lait de coco, cœur de laitue suivis d’un yaourt à la grecque et d’une compote étaient savoureux et digestes.

Le repas achevé, Renée regagna sa chambre, pressée de retrouver les héros du Cercle des Jours.

A dix heures du soir, on lui signifia qu’il était temps de se mettre au lit, ce qu’elle fit docilement, espérant trouver un sommeil réparateur.