dimanche 29 mars 2026

Le dauphin

 



«  Je suis le dauphin de la place Dauphine

Et la place Blanche a mauvaise mine

Les camions sont pleins de lait

Les balayeurs sont pleins de balais

Il est cinq heures

Paris s’éveille

Paris s’éveille ».

Sautant à cloche-pied  dans les rues de Paris, Vincent croisa des dames blanches qui voulurent garder secret leur destin, des romanciers en mal d’écriture  et des mondains stigmatisés par des libations généreuses.

«  Les banlieusards sont dans les gares

A la Villette on tranche le lard

Paris by Night, regagne les cars

Les boulangers font des bâtards

Il est cinq heures

Paris s’éveille

Paris s’éveille”.

En fredonnant la chute de la chanson

«  Je n’ai pas sommeil »

Vincent invita une belle rêveuse à l’accompagner dans un bar de nuit où ils dégustèrent les délices gourmands de la maison autour d’une cervoise Lancelot et commencèrent une journée romancée.

Amour Jungle

 

 


Dans la jungle de ses amours défuntes, Johnny, escorté par sa louve favorite et son aigle royal, progresse au rythme d’une chanson :

«  Retiens la nuit

Pour nous deux jusqu’à la fin du monde

Retiens la nuit

Pour nos cœurs, dans sa course vagabonde

Serre-moi fort

Contre ton corps

Il faut qu’à l’heure des folies

Le grand amour

Raye le jour

Et nous fasse oublier la vie ».

C’est à ce moment crucial que l’aigle aperçut, dans un buisson, une créature en haillons qui tâchait de passer inaperçue.

Johnny se pencha vers la pauvre enfant effrayée par la nuit, appela à son secours la fée Lumière qui transforma la pauvrette en beauté blonde du Danube.

Le couple dansa sous la lune et lorsque Johnny remarqua sur l’épaule de sa cavalière le tatouage d’un dragon, il sut que l’aigle avait trouvé l’amour jungle dont il avait besoin et lui envoya un baiser du bout des doigts.

Amour jungle quand tu nous tiens, tu ne nous lâches plus murmura-t-il en embrassant son elfe des bois et le dragon tatoué s’enfuit en poussant des cris sauvages, laissant le couple à ses amours.

Max reprend du service

 

 


«  Mieux valent les arpèges de Chopin que le bruit sec des balles sifflant dans le désert » dit Max à la ronde, dans le café «  Chez Marius », redevenu, pour la circonstance, son Q.G.

Arthur se mettant au piano et jouant comme un virtuose, c’était le grand sujet du jour.

«  La musique n’a jamais fait partie de sa vie, disait-on à la ronde.

On le connaissait plutôt comme un adepte des arts martiaux et pêcheur de grenouilles dans son enfance.

Quel changement !

Il a peut-être rencontré une geisha qui lui a fait virer sa cuti dit un plaisantin et tout le monde se mit à rire.

Tout de même, c’est bien étrange dit le vieux Léon, une figure du village et sa mémoire vivante. Je crois même qu’il chantait faux et apparemment, à présent, il lui arrive d’entonner de grands airs d’opéra avec beaucoup de justesse et d’émotion.

A moins qu’on ne lui ait enseigné, mais j’en doute, la musique au Prytanée de La Flèche où il a fait ses classes, je ne vois pas comment il aurait pu opérer un tel virage ».

Max prit note du nom de l’établissement fréquenté par le lieutenant, projetant de demander à Romuald, son fidèle second, de conduire des investigations dans ce chapitre.

«  On l’a très peu vu, ces derniers temps renchérit Lilian, un pilier du café. Il aimait m’affronter au bras de fer lorsque nous étions adolescents et j’espérais qu’il viendrait me défier avant de partir pour le Mali. Mais il est resté chez lui, ne parlant à personne et rêvant de vendre une maison qui représentait beaucoup pour lui.

Il l’a quasiment bradée, à ce que l’on dit. C’est bien pour la brave dame qui l’a achetée et qui n’aurait pas pu mettre plus mais quel gâchis tout de même !

La voilà maintenant avec cet homme sur les bras et deux militaires pour lui prêter assistance. C’est un effet de boomerang ou je ne m’y connais pas ».

Chacun se tut et Marius en profita pour faire le service. Cafés et pousse-cafés, bières, thé au jasmin circulèrent à la ronde et le silence des assoiffés persista un bon quart d’heure avant que les conversations ne reprennent.

Cette fois, lassés de cette énigme, les hommes parlèrent football et autres sujets qui leur étaient familiers.

Jade, la journaliste de Nord Matin, fit une entrée remarquée. Elle commanda un cappuccino et des cannelés, sortit son petit carnet et s’apprêta à prendre des notes.

«  Vous arrivez trop tard lui dit Max, les sujets qui vous intéressent ont été traités, vous n’aurez pas grand-chose à vous mettre sous la dent. Mais je compte sur votre imagination pour broder.

Qu’allez-vous écrire en titre cette fois : Max Lambert reprend du service ?

Ma foi, c’est un excellent titre et je le note » répondit Jade, ignorant ostensiblement le caractère ironique de la remarque.

Persuadé, pour sa part, d’avoir fait une moisson d’éléments fondamentaux, Max salua tout le monde, offrit une tournée générale et s’en alla, pressé d’imbriquer les éléments dont il disposait dans un échafaudage où tout s’emboiterait avec précision.