lundi 28 septembre 2026

La reine des roses

 

 

 



Mystérieuse et majestueuse, la Reine des Roses vit dans un palais de marbre où se mire le soleil. Sa robe est faite de nuages où les nages ont cousu de minuscules cœurs de pourpre.

Parfois elle se promène dans son domaine, suivie par une escorte de dames d’atour et de pages brillants. Des poèmes naissent sur ses lèvres et son poète de cour les met en forme, glissant çà et là, soit une rose oubliée, soit une pierre précieuse rare, la pierre philosophale mais soudain apparaît un jeune homme richement vêtu de velours et de satin, arborant des bijoux étincelants qui mettent en valeur le jabot de sa chemise ornée de poignets en dentelle vénitienne.

« L’Amour, ô ma Reine, avez-vous oublié la seule valeur qui apporte à la poésie un peu de chaleur ? Les mots sont enfermés dans les pages comme les grillons dans leurs cages. J’aimerais les libérer et leur rendre le ciel et la terre ! »

Ainsi interpellée, la reine sourit, tend la main au bel inconnu et à ce contact, naissent des roses inconnues à visage humain.

Les roses se dotent d’ailes et s’envolent dans le ciel en décrivant des arabesques où se bousculent les anges.

Certaine d’avoir rencontré le prince qui l’aidera à apporter un équilibre à son royaume en lui offrant de beaux enfants à leur image, la reine pose sa jolie tête sur l’épaule du prince et lui murmure des mots de tendresse. Ces phrases inédites jaillissent en rosiers buissons et le couple royal se dirige vers le palais de marbre où des fêtes somptueuses sont programmées pour les amours nuptiales de la Reine des Roses et de son Prince charmant.    

 

dimanche 27 septembre 2026

Oriane de nos amours

 


Comme on l’aimait la belle Oriane de nos amours ! Princesse de Guermantes, vêtue de somptueux déshabillés à la mode japonaise chez elle ou flamboyante dans son attelage au Bois de Boulogne, elle jouait de l’éventail avec une grâce infinie, ses doigts aux ongles peints avec délicatesse, protégés par des gants en dentelle.

La belle Oriane brisait les cœurs dans un éclat de rire et elle aimait s’entourer de jeunes gens, fins lettrés à qui elle accordait une matinée.

L’élite de la capitale ne se rendait à l’opéra qu’à l’heure du troisième acte dont les compositeurs soignaient l’habillage.

Que de rêves évanouis, balayés par les feuilles d’or de l’ automne !

La princesse endormie

 

 

 


Il était une fois une princesse endormie dans un livre de contes. Une pluie d’étoiles la réveilla et la belle Marie-Aurore quitta son état d’encre turquoise et de parchemin en feuilles de riz pour s’élancer à la recherche du bonheur.

Elle était vêtue d’un ensemble ancien, chanvre et lin brodé de roses et de pivoines et cette composition, riz, chanvre et lin surbrodé de fleurs qui rappelaient son teint, l’encre turquoise s’étant fixée dans ses beaux yeux, faisait de la princesse la plus belle femme du royaume.

Les hommes qui la croisaient en perdaient presque la raison. Heureux d’avoir pu contempler une telle splendeur, ils rentraient chez eux, trouvaient un prétexte pour s’isoler afin de revoir en pensée, encore et encore les détails de celle qu’ils n’oseraient aimer tant sa beauté la rendait inaccessible.

Tandis que le soir s’apprêtait à tomber, Marie-Aurore aperçut au loin une maison de paille ornée de bouquets de bleuets et de coquelicots.

Il flottait un parfum de blé et de crème légère. La princesse entra dans cette résidence peu commune mais y trouva un décor charmant et un confort inattendu.

Pour s’étendre, il y avait un hamac tissé de roseaux entrelacés. Elle s’y étendit et respira cette odeur qui lui était étrangère, celle d’une demeure qui fleurait bon les fruits de la terre.

Elle s’endormit d’un sommeil léger, ouvrant parfois les yeux à la manière d’un chat car elle craignait de revivre l’hypnose qui l’avait précipitée dans un livre contre son gré.

Bien lui en prit car un filet à papillon s’abattit sur sa frêle personne. D’un mouvement rapide, elle échappa au piège et s’enfuit en se fiant aux lueurs de la lune, des lucioles et aux étoiles qui s’accrochaient dans les feuillages donnant aux arbres l’apparence de flambées lumineuses.

Un carrosse d’or se porta à sa hauteur, la porte s’ouvrit et elle n’eut qu’à se hisser dans l’habitacle parfumé.

Un jeune homme aimable lui tendit une cape de satin rose assorti à son teint. Elle s’y blottit amoureusement et tous deux se laissèrent bercer par ce beau carrosse qui filait comme le vent avec l’aide de licornes dont la crinière tressée reflétait l’opale lunaire, la pierre des amants et ils allèrent au bord d’une mer turquoise où ils vécurent enfin un amour infini auréolé d’écume blonde et d’éclats de soleil.