mardi 6 janvier 2026

La Louve

 




Issue des faubourgs d’une ville connue pour ses tragiques faits divers, Liouba, ainsi nommée par un vagabond décédé à la suite d’une rixe, grandissait en maniant le couteau et les livres avec la même dextérité.

Les livres, elle les trouvait dans une boite communale réservée aux ouvrages que l’on ne souhaitait pas garder et c’est ainsi qu’elle découvrit  des chefs d’œuvre, Guerre et Paix, Les Misérables et Illusions perdues.

Marcellin, gosse des rues, lui avait appris à se servir d’un couteau en déployant la lame sans se blesser.

«  Avec ce Laguiole, tu peux faire le tour du monde » lui dit-il.

Sa seule vue incitait le bourgeois à se fendre d’une pièce ou d’un billet.

Grâce à ce compagnon tranchant, Liouba ne manquait de rien et il lui arrivait d’être invitée dans un Bouillon où elle se régalait de plats fondants et chauds ; elle remerciait son hôte d’un sourire.

Elle cultivait une certaine élégance, celle de la rue et son charme fascinait plus d’un original.

Un peintre lui proposa de faire son portrait. Elle accepta et se dévêtit sans problème pour poser nue dans un atelier inondé de lumière.

Lorsque le tableau fut terminé, elle ne se reconnut pas. Un corps parfait, apparemment le sien, était nimbé d’une lune argentée en présence d’un loup gris aux yeux de flamme.

«  Te voilà devenue Louve » lui dit le peintre en souriant.

Liouba empocha quelques louis d’or et imposa son surnom La Louve dans les quartiers dont elle était la souveraine.

Complainte d'un prince persan

 




Dans son palais de marbre aux éclats de jais, un prince sentait son cœur palpiter à la façon d’un oiseau voulant quitter sa cage.

«  ô ma belle inconnue, tu fais battre mon cœur comme s’il devait quitter sa coque pourpre pour te rejoindre. Si tu viens jusqu’à moi, je te ferai bâtir un Riad où tu vivras des heures enchantées près des fontaines, des citronniers et des dattiers.

Je viendrai te rendre visite et nous écouterons le chant des forêts jusqu’à ce que l’amour éclose comme les fleurs du désir ».

Abdallah ferma les yeux et lorsqu’il les rouvrit, elle était là, sa belle d’amour, vêtue de roses, de jasmin et de voiles tissés d’or.

Le cœur du prince cessa de s’emballer : il avait trouvé l’écrin de l’amour rêvé !

L'étoile bleue

 

 

 


Un prodige se produisit une nuit où les étoiles semblaient s’être donné un rendez-vous pour honorer la venue d’un demi-dieu sur terre.

Et c’est ainsi que naquit Johnny dont tous les éléments corporels portaient la marque bleue d’un astre merveilleux qui donnerait du bonheur aux êtres humains.

Turquoises, lapis-lazuli et autres pierres miraculeuses se glissèrent dans les tréfonds de son âme, jaillissant à chaque concert comme un geyser céleste.

Le rock prenait une dimension sacrée et parcourait le monde pour retourner aux origines sur les rives du Mississippi.

La Louisiane et les chants cajuns se mêlaient aux mélopées afro-américaines pour donner aux différents récitals de Johnny une infinie note bleue qui se propageait à la vitesse de la lumière pour nous rendre l’étoile du berger et le soleil des Rois Mages diffusant la myrrhe et l’encens aux âmes tourmentées.

Etoile bleue de Johnny, je t’appelle, espérant te voir t’éclater sur scène en une myriade de rêves sur un fond de guitares et d’harmonica dans un décor où la flûte de Pan rappellerait l’origine divine et pastorale de la musique, le berceau légué par nos ancêtres.