mercredi 20 mai 2026

L'atelier de Gilles

 

 

 


Aurore se rendit à l’atelier de Gilles en char à bancs conduit par Hervé du Trégor, disciple de Per Jakez Hélias célèbre pour son amour de la Bretagne magnifiée dans  Le cheval d’orgueil.

Cet attelage était nécessaire car le peintre avait choisi un promontoire face à la mer pour avoir sous les yeux les multiples facettes des paysages au fil des heures.

Gilles accueillit Aurore avec sa courtoisie innée, invita le conducteur du char à bancs à se désaltérer d’un excellent cidre de marque Coat Albret et conduisit son invitée dans la salle d’exposition de ses toiles. Les marines étaient nombreuses et l’on avait l’impression en les contemplant de se trouver sur le pont d’un navire, croyant même sentir la fraîcheur des embruns et entendre les cris des goélands présents sur de nombreux tableaux.

«  Comme vous le voyez, j’ai peint peu de portraits mais je compte bien remédier à ce manque en vous choisissant comme modèle. Vous serez mon Yseult et je réaliserai ainsi comme Garlonn dont les toiles respirent la légende le portrait idéal de cette figure mythique qui hante les amants ».

Sur ces mots, Gilles invita la jeune femme dans un boudoir joliment décoré garni de coupes de fruits et de gâteaux juste sortis du four.

«  La pâtisserie est mon violon d’ Ingres » ajouta-t-il.

Ils savourèrent des tranches de cake qu’Aurore assimila au gâteau confectionné par Peau d’Ane dans le célèbre conte.

Ils burent du sirop maison confectionné à partir des fruits du verger qu’il fallait disputer aux oiseaux.

Au terme de cet intermède, Gilles installa sa muse sur le char à bancs et il recommanda l’élue de son âme au conducteur. Ils convinrent d’un rendez-vous pour une séance de pose et l’artiste vit s’éloigner celle qui comblait son âme et son cœur au-delà de ses espérances.

Blanchefleur

 

 


La belle Blanchefleur, sur son blanc palefroi, chevauche dans les prairies et sourit aux hirondelles qui volent autour d’elle et lui servent d’ombrelle, s’inscrivant dans la mouvance solaire en forme de cortège.

Des chevaliers tentent de s’emparer de sa personne mais Blanchefleur s’isole dans une bulle turquoise qui la met hors de portée des mains gantées de cuir des prédateurs.

Son cheval déploie ses ailes et nouveau Pégase emmène sa princesse dans le ciel des Poètes occupés à jouter comme dans les cours royales au temps de l’amour courtois.

Lais, rondeaux, ballades, sonnets se succèdent au rythme de la musique des mots. Des noms sont scandés, ceux des villes mythiques, Florence, Rome, Constantinople, Toulouse, Albi et Chartres, ceux des belles de toujours, Hélène, Béatrice, Héloïse, Blanchefleur et Yseult, ceux des royaumes où vivent les poètes et suit alors une litanie de noms, allant de la France au Burundi en passant par les royaumes oubliés enfouis sous les sables du Temps.

Heureuse d’avoir été citée, Blanchefleur se lève et entre dans l’arène pour chanter, de sa belle voix de soprano, un hymne à la Poésie. Le chœur des anges l’accompagne et c’est dans cette ambiance céleste que la belle Blanchefleur se pare des nuages comme d’un manteau royal et peut redescendre dans le monde quotidien sur son cheval ailé. C’est avec bonheur qu’elle retrouve son cortège d’hirondelles, trait d’union entre la terre et le ciel 

mardi 19 mai 2026

Hommage à Dany

 



Dany, alias Daniel Cordier, alias Alain, le philosophe, alias Caracalla, je te voue une immense admiration.

À 19 ans, tu pars sans hésiter à Londres pour répondre à l’appel du Général de Gaulle, toi qui vis dans un milieu bourgeois où il fait bon vivre et après avoir rêvé un instant à un baroud d’honneur avec tes copains face aux Allemands pour venger l’honneur de la France, tu suis un entraînement intensif Outre-Manche et lorsqu’on te propose de revenir sur le sol natal, tu emportes avec toi une ampoule de cyanure pour le cas où tu serais pris par la, gestapo !

Choisi par Jean Moulin dont tu ne connais que le nom de code, Rex, tu es son secrétaire et l’administrateur de toutes les besognes conçues par ce chef dont tu admires la vive intelligence et le sens patriotique porté à l’extrême.

Après avoir lu mille page qui décrivent par le menu les tâches ingrates et difficiles que tu exécutes sans broncher, allant de çi, de là, d’un extrême de grande ville à un autre, risquant à tout instant une arrestation, je garde de toi un portrait en creux, celui de Jean Moulin dont tu crains l’issue fatale tant les divisions des réseaux étaient fortes.

Restant des heures aux aguets, guettant la lueur de la lampe dans la chambre obstinément vouée au noir, tu ne te soucies pas de ton confort et lorsque la silhouette de Rex se découpe sous le porche d’une rue peut-être transformée en souricière, tu respires, heureux de le voir encore soustrait à l’arrestation qui ne manquera pas d’arriver.

Quant à toi, Dany, sauf par dénonciation d’un Judas de groupe, tu ne risques rien. Tu t’es toujours demandé pourquoi Rex t’avait choisi et la réponse apparaît en filigrane avec une éblouissante clarté, mais parce que tu étais un charmant jeune homme, je dirais presque un enfant et que personne ne peut soupçonner que tu manies un révolver comme personne et que tous les sports de combat te sont familiers.

Avec l’écharpe bleue offerte un jour par Rex et que tu as gardée encore aujourd’hui, la portant parfois, tu erres dans notre imaginaire et nous savons, Dany, que si une dizaine de jeunes gens à ton image avaient entouré et veillé le grand Rex, jamais il n’aurait été pris car tu étais son double et qu’à vous deux vous aviez la même âme d’enfant.

Merci Dany d’avoir existé, de nous avoir laissé ces précieux souvenirs et de vivre encore avec l’étincelle de la jeunesse dans ton regard vif de nonagénaire !