lundi 8 juin 2026

Les limiers de la maréchaussée

 



Le brigadier Aimé de Tours, informé de la disparition de l’enfant, eut à cœur de la retrouver rapidement. Il prit note du récit de Cerise, s’abstint de lui reprocher son silence lors de la découverte de Célia et mit une partie de son équipe à l’identification de la victime présumée.

Le bouquet informatif lui apprit que la petite disparue était orpheline et qu’elle avait échappé à la mort grâce à la protection de la forêt. Ensuite, elle avait été recueillie par Cerise qui avait tout mis en œuvre pour assurer sa sécurité. Néanmoins, un ravisseur inconnu avait franchi le cercle sécuritaire mis en place par la jeune femme et selon son témoignage, des chiens pisteurs auraient suivi sa trace jusqu’à un ruisseau au cœur de la forêt.

Aimé de Tours réunit une équipe chevronnée et ils allèrent au-delà du ruisseau pour découvrir des indices qui ne manqueraient pas de jalonner leur route : ici un ruban accroché à un buisson, là une ballerine oubliée en chemin. Cette piste les conduisit jusqu’aux murailles d’une forteresse.

L’évaluation du château fortifié pesant dans la balance du jugement, le brigadier ordonna le repli.

De retour à la gendarmerie, il mit tout en œuvre pour connaître la situation du propriétaire des lieux où était sans aucun doute retenue l’enfant.

L’histoire de Loup des Ardennes le réconforta : cet homme désespéré avait misé sur la présence de  Célia pour surmonter sa douleur et son deuil ; il ne serait sans doute fait aucun mal à l’enfant mais par ailleurs il serait difficile de persuader le ravisseur de se séparer de celle qui lui rendait la vie.

Le brigadier convoqua son conseil des sages et ils étudièrent la situation afin de délivrer l’enfant sans brutaliser son ravisseur , prenant en compte l’étendue de son désespoir.

Bouton d'or

 



Bottines lacées sur des bas résille, la bouche en accroche-cœur, les yeux soulignés de bleu, sa couleur fétiche, Bouton d’Or surgit du pavé, son sac de perles à la main.

Coiffée d’un chapeau orné de roses, elle affiche ses couleurs, amour, fleur et rêve assuré pour les désespérés qui pensent qu’une liasse de billets peut acheter une âme rivée à un corps.

Leurs désirs refoulés font de toi, belle Bouton d’Or, une pauvre chose parfois brutalisée et lorsque tu réajustes tes parures, le devoir accompli, tu vacilles un peu avec l’espoir de ne pas être battue lorsque ton souteneur comptera les billets, le sourcil froncé et la main prête à frapper si le compte n’y est pas selon son bon plaisir.

Que la fée des fleurs vienne à ton secours, Bouton d’Or et qu’elle t’emmène dans les verts paradis où l’on peut enfin respirer un air pur et boire un verre de lait ou de jus de pomme.

C’est dans cette vallée perdue et riante que viennent tôt ou tard les belles exploitées, mortes de façon violente par le geste fou d’un client sadique, confondant l’amour avec la blessure qui s’ensuit, profanation totale d’un corps qu’il aurait voulu posséder de manière exclusive et vengeresse.

Belle Bouton d’Or, l’éternité te rendra ta dignité et ta beauté à nulle autre pareille et nous irons nous recueillir sur ta tombe où un ange sculpté veillera sur toi !

dimanche 7 juin 2026

Nous au village aussi on a ...

 

 


«  C’est pas seulement à Paris

Que le crime fleurit

Nous au village aussi on a

De beaux assassinats ».

La chanson de Georges Brassens résonne en nous comme un gong oriental alertant le peuple : nul n’est à l’abri des violences, des exactions et du crime parfois gratuit.

Le temps des Apaches armés de couteaux, de bâtons ferrés, de cannes-épées et chaussés de savates de combat est révolu, l’outillage est plus sophistiqué, plus précis comme s’il y avait une surenchère dans l’art de tuer.

«  Il avait la tête chenue

Et le cœur ingénu

Il eut un retour de printemps

Pour une de vingt ans

Mais la chair fraîch’, la tendre chair

Mon vieux ça coûte cher

Au bout de cinq à six baisers

Son or fut épuisé ».

Tant de villes rasées, tant d’innocents assassinés pour de l’or et du poivre s’indignait déjà Michel de Montaigne dénonçant la conquête cruelle des Conquistadores.

Aujourd’hui, pour une montre, un bijou, une liasse de billets, une carte bancaire dont on fait dire le code par le supplice, on n’hésite pas à tuer.

«  Quand sa menotte elle a tendu, triste il a répondu

Qu’il était pauvre comme Job

Elle a remis sa rob’ ».

La suite, tout le monde la connaît, la mignonne fait venir son coquin et à eux deux, ils lui font subir maints sévices avant de le tuer sauvagement.

Qui a dit que les fauves étaient dans la jungle ? Ils sont chez nous, au cœur des cités tranquilles où les fontaines, les oiseaux et les cloches d’églises distillent un chant de paix et d’amour.