dimanche 4 octobre 2026

La forêt disparue

 

 


Chevauchant son bel étalon Basileus, Florian, poète et conteur lors de haltes villageoises, se trouva soudain dans une forêt qui ne figurait sur aucune carte géographique connue.

Prudent, il mit pied à terre et observa les arbres en tenant son cheval par la longe.

Des oiseaux chantaient, ce qui lui sembla être un signe de paix.

Bientôt, il perçut le bruit d’un ruisseau. Il s’y dirigea et découvrit un charmant endroit qui se prêtait à la poésie.

Cascadant sur des galets parfois apparents, érigés en monticules, des eaux vives apportaient une fraîcheur apaisante et découvraient des rives fleuries.

Florian but cette eau avec prudence puis il incita Basileus à l’imiter.

Avisant un petit promontoire, avec un arbre à proximité, un magnifique saule qui déployait ses chatons, il s’y installa après avoir attaché de manière souple son bel étalon.

Il avait sorti d’une sacoche un nécessaire à écrire et se mit en devoir de composer une ode à la nature en s’imprégnant de la splendeur insolite des lieux.

 

«  Génie de la rivière, ondines, sirènes, venez auprès de moi pour me souffler les mots de perles qui cascaderont sur les cœurs et enchanteront les âmes villageoises qui m’hébergent afin que je leur apporte du réconfort et l’ouverture céleste vers le bonheur »

 A ce moment de la composition, un roitelet vint se poser sur son épaule et une jeune fille, éblouissante de beauté, apparut à l’horizon.

Elle sembla marcher sur l’eau bleue et s’approcha du jeune homme, dans un tourbillon de parfums floraux.

On me nomme Aurore dit-elle à Florian et sans attendre sa réponse, elle s’assit tout près de lui et se mit à chanter.

Les arbres bruissaient, esquissant une danse subliminale et devant tant de beauté, Florian ferma les yeux, craignant de perdre la vue comme Homère.

Basileus réclama un peu de liberté, ce que lui accorda le cavalier, ivre d’amour et de sensualité.

Comme il aimerait emprisonner dans le berceau de ses bras caressants la splendide créature joliment nommée Aurore mais il n’osait pas interrompre le récital quoique le désir s’emparât de son corps enfiévré avec force et passion sublimée.

Aurore mit un terme à son supplice en lançant ses derniers trilles et en posant ensuite sa jolie tête couronnée de fleurs sur l’épaule du jeune homme éperdu et enamouré à l’extrême.

Il ferma les yeux et lorsqu’il les rouvrit, Aurore avait disparu de même que la rivière enchanteresse et l’étrange forêt inconnue.

Il était assis sur la selle fleurdelisée de Basileus et ils allaient au trot.

Lors d’une halte dans un village plein de charme, il sortit son écritoire et découvrit un ajout à sa composition.

L’écriture était belle, fine et racée et les mots ailés s’inscrivirent dans son cœur comme une magnifique déclaration d’amour.

 

«  Amour de ma vie, je te donne rendez-vous sous les grands chênes du désir de la forêt disparue.

J’ai bien senti ton émoi et, j’en fais le serment, je m’abandonnerai dans tes bras lors de notre prochaine rencontre, dans la clairière des amants et de ses eaux vives.

Je viendrai à toi, couronnée de fleurs et magnifiquement parfumée, dans une robe longue que tu pourras froisser à volonté.

Mon amour, mon aimé, je t’ai attendu depuis tant d’années que j’ai hâte de connaître la douceur soyeuse de tes étreintes.

Dans cette attente, je t’offre la clef de mon chant et te supplie de ne pas trop tarder » .

 Très ému après cette lecture, Florian baisa la petite clef d’or qui ornait le manuscrit et devant un auditoire enchanté, il commença un nouveau conte, celui de la forêt disparue mais il se garda bien de révéler son active participation, créant un personnage masculin plein de charme certes mais éloigné de sa personne, aussi brun qu’il était blond, au regard d’aigle et aux mains de pianiste.

C’est alors qu’il aperçut, au cœur de l’auditoire, la belle Aurore vêtue de bleu, au sourire ensorcelant.

N’y tenant plus, il fendit la foule, serra l’énigmatique jeune fille dans ses bras, s’enivra de son parfum et posa délicatement ses lèvres sur les siennes, palpitantes comme un bel oiselet tandis que disparaissaient le village et ses habitants.

De retour dans la forêt, Aurore et Florian connurent des heures passionnées, dans une jolie chaumière.

 Les fenêtres vitrées révélaient la présence de la rivière aux eaux bleues, ce qui n’était pas le moindre de ses charmes.

Quant à Basileus, il n’était pas de reste : une jument aux sabots d’or, Ambre de feu s’accoutumait à le suivre dans un magnifique pas d’amble, celui des coursiers de l’amour !

 

La petite fille de la forêt

 




Lors d’une battue aux sangliers, des chasseurs découvrirent une enfant endormie dans un fourré.

Touché par la beauté séraphique de l’enfant, Aurélien l’emporta pour la présenter à son épouse.

La petite fille ouvrit de grands yeux en voyant une pièce bien meublée où flambaient des bûches aux senteurs forestières.

L’enfant dit se prénommer Maroussia et elle ajouta qu’une troupe de baladins circulant en roulotte l’avait oubliée sur le bord de la route lors d’une halte destinée à reposer les chevaux. Elle avait beaucoup marché mais n’avait pas retrouvé sa famille gitane.

Cléa lui servit un bol de soupe de légumes agrémentée de dés de fromage et de jambon. Maroussia mangea cette entrée avec appétit et savoura un morceau de veau Orlov aux cèpes.

«  Que faisais-tu dans la troupe demanda Aurélien lorsqu’on aborda le dessert, un flan aux bananes et aux cranberries ?

J’étais danseuse acrobatique et mon numéro spécial était la danse des poignards.

Voilà qui est intéressant petite Maroussia dit Cléa avec admiration. Je vais te conduire à ta chambre, t’aiderai à faire ta toilette car ce long voyage a dû te fatiguer. Demain, quand tu seras prête et si tu le veux bien, tu nous montreras ce fabuleux numéro ».

Maroussia s’endormit, rêvant qu’un ange l’avait conduite dans la maison du bonheur.

samedi 3 octobre 2026

Alerte enlèvement

 

Tous les habitants de la commune de Fleur-lez-Lys, bien connue des habitués des enquêtes de Max, furent en émoi lorsque l’on annonça officiellement l’inquiétante disparition d’ Astrid, une adolescente sans histoire qui vivait avec sa mère dans une maison proche de l’étang célèbre du village nommé pompeusement «  mer » .

Selon les dires de sa mère, Astrid avait eu l’intention de se rendre à Douai pour y acheter une poupée dont elle faisait la collection et un livre qui la projetterait dans l’univers fantastique qu’elle affectionnait.

Pour ce faire, elle devait prendre l’autobus mais aux dires de quelques passants, personne ne l’avait vue prendre place dans ce véhicule usuel, ce que confirma le chauffeur.

Que lui était-il arrivé sur ce tronçon de route qui menait de sa maison à l’arrêt de bus ?

Des investigations furent menées mais on ne trouva pas le moindre ruban dont Astrid aimait orner ses beaux cheveux.

Son amoureux, Tristan le bien nommé, lui disait souvent qu’elle aurait pu servir de modèle à un peintre de la Renaissance tant sa beauté était éclatante.

Tristan était étudiant aux Beaux-Arts à Lille et il aimait ses études au point de les confondre avec l’amour de sa vie, la belle Astrid dont il était épris.

Naturellement Tristan fut interrogé. On consulta sa messagerie, on releva ses appels téléphoniques, ses interventions sur les réseaux sociaux plutôt sobres et relatives au monde de l’art mais on ne put noter aucun élément susceptible de nourrir l’enquête.

Alors le lieutenant de police ordonna des investigations concernant le passage éventuel de véhicules personnels de la commune ainsi que des recherches dans la ville de Douai, notamment le magasin «  Chez Boucle d’or » spécialisé dans la vente de poupées et la librairie «  Au royaume des elfes » prolixe en ouvrages riches en féerie.

Personne n’avait vu la jeune fille à Douai.

Les recherches concernant le mouvement de véhicules à Fleur-lez-Lys prenant du temps, les gendarmes interrogèrent Tristan une seconde fois.

On s’informa auprès des Beaux-Arts et l’on apprit qu’il était considéré comme un élève sérieux et travailleur.

Par ailleurs, comme il lui arrivait de jouer comme figurant au théâtre Sébastopol pour payer, disait-il, ses toiles, ses fusains, ses couleurs et ses pinceaux, un jeune gendarme en civil se fit engager comme postulant et il put mener une enquête discrète.

Interprétant un petit rôle dans une pièce d’Eugène Labiche, il croisa Tristan sur scène et dans les coulisses. Il fut frappé par son sérieux et sa volonté de quitter le théâtre, une fois sa tâche terminée.

« Chez Marius », l’estaminet de Fleur-lez-Lys situé face à l’église médiévale du village, les langues allaient bon train.

Les petits verres de genièvre, l’alcool régional, les tasses de café, les bocks de bière et parfois du thé à l’anglaise pour les délicats aidaient à émettre des idées ou à remuer des souvenirs enfouis dans les mémoires.

« Qui a vu quelque chose de singulier » ? dit Max, inspecteur à la retraite et détective privé à l’occasion.

Il fit une entrée remarquée et on l’applaudit chaleureusement car il lui était souvent arrivé, dans le passé, de dénouer les nœuds d’intrigues qui semblaient impossibles à décrypter.

Il avait encore des contacts avec la PJ de Paris et pouvait parfois disposer de renseignements inaccessibles dans une gendarmerie de province.

Max commençait toujours par la collecte des observations locales puis il rendait visite aux proches des victimes supposées et terminait sa moisson d’indices en se rendant chez son ami Florian, artiste peintre qui apportait souvent une touche artistique appréciable car elle parlait aux âmes sensibles.

De plus, il lui arrivait d’avoir des rêves prémonitoires envoyés par Elisabeth, la première victime du village.

Laissons Max mener son enquête et retirons-nous du village où une disparition inquiétante s’était produite.

Partons vers l’inconnu pour trouver ce qui nous échappe en restant sur des lieux qui ne nous apportent aucune piste fiable.