mardi 23 juin 2026

La diseuse de bonne aventure

 




« Alors, mon prince, on veut connaître son avenir » ? Max fut tiré de sa rêverie par la voix rauque d’une créature à la beauté patinée et mystérieuse.

Elle agitait un semainier d’argent en parlant et son visage maquillé aux nuances rubis était mis en valeur par une coiffe surprenante, en dentelle de Caudry, insérée dans un beau madras qui s’harmonisait avec sa tenue de gitane.

«  Moi, c’est plutôt le passé qui m’intéresse » répondit Max.

L’étrange femme s’assit sur la banquette en face de lui, commanda du café et un verre de genièvre avec désinvolture, sortit une boule de cristal d’une élégante sacoche en cuir et la fixa sur la table avec infiniment de soin et de minutie.

« Un mot » ? demanda-t-elle à Max qui répondit « Elisabeth » sans la moindre hésitation.

La gitane se concentra, esquissa des figures en forme d’arabesque au-dessus de la boule et entonna, à voix basse, une sorte de mélopée.

Elle sortit de ses transes pour inviter Max à regarder la révélation venue de l’au-delà.

Stupéfait, Max vit nettement Elisabeth, au sortir de l’église, éblouissante et fébrile dans sa robe de fée.

Il se vit également, penché pour ramasser les précieux objets, le missel surtout mais il vit également nettement l’une des photos dont il ne se souvenait pas : c’était un homme élégant, en costume quasi princier. Il arborait une perle dans sa cravate Lavallière et il souriait avec charme.

La vision disparut et Max entendit la voix de la gitane qui lui réclamait vingt euros.

Il s’acquitta de la somme demandée sans broncher, paya l’addition en incluant la commande de la gitane et il s’éloigna, à grands pas, ignorant les rappels de la gitane qui souhaitait poursuivre ses fructueuses recherches.

Rentré chez lui, il eut la bonne fortune d’y trouver Angèle qui mettait de l’ordre dans la maison et qui s’apprêtait à lui préparer des asperges à la sauce mousseline, accompagnées d’œufs durs à la russe.

Elle avait également l’intention de lui faire des crêpes Suzette et des gaufres, ce qui lui parut de bon augure pour que la journée se termine au coin du feu avec l’exploitation possible de la révélation du jour.

En attendant, il feuilleta l’album de photographies familiales et découvrit dans l’espace réservé à sa communion solennelle, un homme qui ressemblait étrangement à la vision de la boule de cristal.

Au dos de la photographie, il lut «  l’oncle d’Amérique » avec surprise : c’était la première fois que cette mention, annotée par sa mère, apparaissait dans la saga familiale.

Il renonça à interroger Angèle, de crainte que les veillées au coin du feu ne lui apparaissent comme des interrogatoires déguisés mais c’est elle qui aborda le sujet de l’enquête.

Il lui montra alors la photo et la mention qui l’intriguait.

Angèle lui révéla alors que cet homme, connu sous le nom de Victor, avait séjourné au village à l’époque du crime puis avait mystérieusement disparu après avoir donné dans les familles principales et huppées du village une explication de sa présence à Fleur-Lez-Lys.

Ma mère avait sans doute utilisé ce terme d’oncle d’Amérique d’une manière ironique pensa Max et il se promit d’enquêter sur l’identité réelle de ce personnage puisque sa photographie, de plain-pied, se trouvait dans le missel d’Elisabeth.

Pour terminer la veillée en beauté, Angèle lui chanta Le Petit Quinquin avec tendresse et mélodie.

Pour la première fois, Max passa une bonne nuit, sans rêves et au petit matin, le petit déjeuner pris en compagnie d’Angèle, il partit, déterminé à renouer avec les liens du passé.

Bellissima

 




Bellissima, mon amour, ma beauté, mon églantine des bois, je reste attaché à la liane de volubilis qui entoure notre couple, même si le temps a opéré les ravages décrits par tous les poètes, incriminant parfois les miroirs incapables de capter les soleils parsemant l’ivoire des visages.

Les sourires de roses s’impriment sur tes lèvres, donnant à la moindre de tes paroles la tonalité musicale qui appelle une sonate des soirs perdus.

Sur mon chevalet de peintre ou le parchemin des romans qui courent sur les vagues, je capte ici ou là une larme de perle que j’étire pour en faire un bijou d’éternité.

Les chênes de notre vie se sont courbés pour former le cœur de la déesse Vénus qui nous renvoie aux jours disparus des courses dans les champs ou les pèlerinages vers les étoiles.

Le berceau en olivier de nos fils, doté d’une voile triangulaire devient une nef qu’Ulysse n’aurait pas désavouée lorsque la mer lie de vin ballottait son corps de manière inexorable, cherchant à le meurtrir et lui enlever sa force et sa beauté.

Retrouvant de l’énergie grâce à la déesse Athéna, il pouvait, pauvre naufragé, apparaître dans sa nudité, masquée par du feuillage, avec une allure royale et des propos animés par l’esprit qui lui valait le surnom de l’homme aux mille ruses.

Tels Pénélope et Ulysse, nous dormirons, mon aimée, dans notre lit nuptial, rêvant qu’il prenne un jour la mer pour atteindre son nirvana.

La nuit de Johnny

 




Le cœur brisé en deux comme une grenade mûre éclatant au soleil, Johnny s’est égaré dans la nuit de ses souvenirs, ravivant les morsures cruelles de l’amour passionnel vécu tant de fois !

Sa fidèle amie à la main, sa guitare «  ni tout à fait la même ni tout à fait une autre », il part sur les chemins du désespoir pour que renaissent les pervenches de sa jeunesse enfuie.

Des enfants jalonnent sa route et lui rendent un monde perdu.

Pour eux, il retrouve les grands airs du Far West, se déhanche comme Elvis et réalise des prouesses scéniques, la semelle de ses bottes résonnant à la manière des danseurs de claquettes.

Johnny incarne à jamais la nuit immortelle des amants éperdus, fous d’amour et d’éternité bleue !