jeudi 27 août 2026

Un mariage royal

 




La reine apparut dans une fabuleuse robe en dentelle et douze petites demoiselles d’honneur portaient la traîne qui ondulait à la manière d’une oriflamme.

Fidèle à la tradition familiale, Aladin était coiffé d’un turban où étincelait un énorme rubis dont le flamboiement rejaillissait sur son costume pourpre et or.

Leur union fut scellée par l »enchanteur Merlin et à l’issue de la cérémonie, des elfes et des fées lancèrent des pierreries, des nougats et des perles dans la foule recueillie et joyeuse.

Le banquet était somptueux. Des oies rôties, des vol-au-vent farcis de cèpes et de ris de veau poêlés, du boudin aux pommes, des charlottes garnies de gelée de groseille, décorées de pralines et de roses sucrées attendaient les convives.

Ces derniers ne boudèrent pas leur plaisir et chacun se régala selon ses goûts, faisant glisser ces mets savoureux à l’aide de boissons rappelant les dons de la nature, vin de groseille ou de rhubarbe, crus du Sud-Ouest, cervoise, cidre ou carafes d’eau de source.

Ensuite, comme de coutume, on dansa et l’on dit qu’il se murmura des serments d’amour lors d’une mazurka.

Un prince russe, coqueluche de ces dames, dut se résoudre à s’en remettre au sort pour départager les danseuses qui mouraient de désir dans la perspective d’une valse langoureuse.
Admirateur de Fédor Dostoïevski, le prince Volodia rêvait d’être un avatar du prince présent dans le roman L’Idiot. Il croyait revivre, lors de cette soirée, le déchirement éprouvé par le prince Léon Nikolaievitch Muichkine, partagé entre deux passions, Nastasia Philipovna, la jeune femme perdue et l’adolescente Aglaé, jeune fille de bonne famille, qui lui donnait un rendez-vous sur un banc au clair de lune.

Volodia choisit finalement une jeune femme dont la sage beauté  lui apparaissait comme le garde-fou d’une vie aventureuse. Les phrases qu’ils échangèrent lors des mouvements lents imprimés à dessein étaient de qualité et c’est ainsi que Falbala, ex poupée de la Belle Epoque, entra dans la vie du prince pour ne jamais en sortir.

Un feu d’artifice colossal clôtura cette journée mémorable et le couple de mariés s’éclipsa lors d’un clin d’œil lunaire pour connaître les délices de l’amour.

La nuit fut féconde en retrouvailles parmi les danseurs et lorsque les musiciens, l’archet rompu, quittèrent la scène, il y eut un flamboiement de désir qui parcourut l’échine des élus.

Des enfants furent conçus cette nuit-là et c’est ainsi que le prince Amour vit le jour, neuf mois après le mariage de ses parents, la reine Soraya et le prince Aladin.

 

Le domaine du Pas du Houx

 


 

Au Pas du Houx , l’absence de Gwendoline fut remarquée et l’on s’inquiéta d’autant plus que sa barque avait disparu. Aurait-elle voulu rejoindre son mari dans l’île aux cygnes pensait-on sans oser exprimer cette hypothèse à voix haute.

Son fils Ange qui revenait d’un séjour en Polynésie pour étoffer sa thèse sur les fleurs tropicales et le tiaré Tahiti fut interdit en trouvant la maison vide. Il comptait surprendre sa mère avec de jolis colliers de coquillages, des œuvres d’art marines et des parfums inconnus dans leur région.

Il envisageait une expédition dans l’île aux cygnes lorsque sa mère réapparut subitement, souriante et détendue. On l’interrogea pour connaître le contenu de son voyage mais elle demeura interdite ; elle ne se souvenait pas d’être partie, encore moins d’avoir pris sa barque qui était d’ailleurs revenue à son point d’ancrage.

Ange souhaita qu’on ne la tourmente pas avec un flot de questions ; elle avait visiblement subi un choc émotionnel et il était préférable de la laisser reprendre ses esprits et retrouver la mémoire sans lui faire violence.

Gwendoline fut heureuse de mener son train de vie habituel et elle mit un point d’honneur à préparer de jolies assiettes pour participer à sa manière à la finalisation de la thèse de son fils.

Pour fouetter son imaginaire, elle lui servit de la soupe au vin sucré et des plats inédits qui lui avaient été soufflés par un grand cuisinier Edouard Nignon ; elle avait emprunté à la bibliothèque de la commune un recueil de ses recettes intitulé Eloges de la cuisine française.

Elle excella dans son plat phare Le Homard à l’Armoricaine et se lança avec réussite dans sa Beuchelle Tourangelle, plat préparé avec des ris et des rognons de veau, des champignons, morilles, pleurotes, truffes et de la crème fraîche. Ange apprécia particulièrement cette innovation, se promettant, une fois sa thèse terminée, de la faire goûter à sa compagne Maëva dont il était tombé amoureux à Tahiti. Il attendait l’obtention de son diplôme et l’assurance d’un emploi pour lui offrir son billet de voyage et l’épouser avec la bénédiction de sa mère.

Gwendoline ne connaissait pas l’existence de Maëva, Ange préférant ne pas l’inquiéter, espérant que la mémoire lui revienne.

Lorsque sa thèse fut achevée, il prétexta une rencontre avec le doyen de l’université pour se rendre dans l’île aux cygnes qui était au cœur de l’histoire de sa mère.

mercredi 26 août 2026

La mariée portait une robe lilas

 

 


Sur le chemin du Val Sans Retour, Lancelot cueillit une rose pourpre afin de l’offrir à Guenièvre. Mais la rose devint gigantesque et se métamorphosa en une vallée où courait une rivière.

L’or y était apparent et le chevalier descendit de cheval pour admirer ces paillettes qui réfléchissaient le soleil. Un enfant aux cheveux d’un blond ardent, cuirassé d’argent, le défia d’une voix métallique et désagréable.

Il disait avec mépris qu’il était le fils de Morgane et du Roi Arthur et qu’à ce titre, il régnerait sur les chevaliers de la Table Ronde « Cette rose est maléfique » murmura Lancelot mais ces paroles pleines de fiel le troublèrent et il rebroussa chemin, décidé à se retirer dans un ermitage afin d’y méditer sur sa destinée.

Il reprit la rose et l’enferma dans un livre aux fermoirs ciselés.

Chaque soir, dans sa retraite à la lueur d’un chandelier, il ouvrait l’exemplaire mystérieux et un parfum s’exhalait toujours de ses pages, rendant au livre la vérité du grand amour qu’il éprouvait pour Guenièvre.

La rose de Lancelot était en réalité enchantée et elle avait toujours servi d’étoile au fier chevalier !  

Qui est plus beau que les roses ?

 

 



Qui est plus beau que les roses lorsque le matin elles éclosent ?

Qui se cache sous leurs pétales ?

Une fée aux yeux de cristal.

Qui est plus beau que l’amour ?

Nul ne l’égale, même le jour !

Un elfe voletant s’approche et à la fée, tendre, il s’accroche.

Elle se pare de diamants

Pour éblouir son doux amant.

Mais non loin de là, la mort veille.

Elle s’abat sur la rose vermeille.

L’elfe inquiet voit les joues de la fée pâlir.

Il la voit chanceler puis s’évanouir.

Il l’appelle ô reviens ma bien aimée !

Mais elle n’est plus ! Son corps déjà s’est glacé !

 

 

 

C’est mon premier poème ! je l’ai écrit à l’âge de dix ans au lycée de jeunes filles de Douai, un soir de vague à l’âme, en permanence !