mercredi 4 février 2026

Joailleries et dentelles

 

 


Renonçant à toute aventure romanesque, Bianca loua un pas-de-porte dont elle fit son royaume.

Elle fit aménager la pièce principale en unité commerciale séduisante, la vitrine annonçant les couleurs avec un décor de poupées en costume breton, de coiffes et de bijoux artisanaux.

La boutique eut du succès et les élégantes arborèrent la coiffe lors de leurs réceptions.

Certaines adolescentes,  férues d’originalité, portèrent la coiffe à tout propos, se heurtant parfois à la discipline scolaire hostile à toute marque distinctive . Les principaux et les proviseurs, conscients du fait que l’on ne pouvait pas ôter une coiffe et la remettre facilement, compte tenu de l’absence politique ou religieuse de l’ornement valorisant leur patrimoine culturel, autorisèrent, par le biais d’une note au règlement intérieur, les jeunes filles à porter la coiffe en cours.

Bianca devint ainsi la coqueluche des jeunes féministes. Elle-même porta la coiffe, variant chaque jour afin d’honorer tous les terroirs de la belle Bretagne. Elle osa les couleurs, privilégiant le spectre de l’arc-en-ciel qu’elle associait à l’harmonie universelle.

Un jour, un jeune homme de belle prestance, entra dans son magasin, acheta quelques bijoux et sujets décoratifs.

«  Je ne porte pas la coiffe ! Par contre, j’ai conçu un jeu d’échecs où la reine est coiffée à la mode de Fouesnant ».

Sur ces mots, il déposa sur le comptoir son jeu d’échecs. Cette fabrication artisanale séduisit Bianca et elle demanda à son créateur l’autorisation de l’exposer dans sa vitrine.

«  J’en serai heureux » dit le jeune homme et il se retira pour concevoir de nouveaux échiquiers, cet article devant nécessairement plaire à la population investie par le souvenir d’une Bretagne ardente, vouée à l’âme celtique.

Rue de la poésie

 

 


Rue de la poésie, des amants se cherchent, Aragon cherche son Elsa, Ronsard, son Hélène et Victor Hugo, sa Juliette.

Quant à moi, si j’ai trouvé un poète, je l’ai aussitôt perdu pour m’appuyer sur l’épaule d’un mari fidèle et aimant.

La poésie a ceci de particulier qu’elle magnifie les attraits de l’être cher avec des mots.

J’ai longtemps cru qu’il me suffirait d’appliquer les préceptes d’André Breton pour trouver l’amour fou mais je suis allée de déconvenues en désespoirs solitaires, déçue de n’attirer, en fait d’amour fou, que des voyous en mal de romantisme des rues.

J’ai parfois joué le jeu, pensant que mon destin était ainsi tracé mais j’ai du fuir car, sous la chemise à jabots, le cœur ne battait que par intermittence et le regard qui se voulait doux se voilait d’éclairs fauves.

Je n’ai pas l’âme d’une dompteuse et il m’est arrivé de perdre un être cher pour n’avoir pas voulu lutter.

Et c’est ainsi que j’ai jeté par brassées, toutes les roses fanées de mon cœur dans mes contes et légendes en leur redonnant leur éclat initial.

Rue de la poésie, Pierrot aime Colombine mais Arlequin veille à récolter les fruits de cet amour volatile comme les pivoines de mon enfance, au parfum subtil et ensorcelant.

mardi 3 février 2026

La belle qui venait de nulle part

 

 



Elle semblait ne venir de nulle part la belle Bianca vêtue de gris perle et rose soleil sous une cape de laine noire lorsqu’elle arriva au village de Paimpont.

Elle loua une chambre à l’ hôtel Le Relais de Brocéliande si bien nommé que l’on s’attendait à croiser des descendants de La Table Ronde dans les couloirs de l’auberge éclairés par des flambeaux.

Bianca fit honneur à la crêperie incorporée au Relais, mangea une délicieuse galette de sarrasin garnie et une crêpe Suzette, le tout arrosé par du cidre au bon goût de pomme, le Coat Albret.

Ensuite, on ne la vit plus guère car elle partait de bonne heure en tenue de randonnée avec un petit sac pour collecter les trésors de la forêt.

Près de la fontaine où la fée Viviane et l’enchanteur Merlin s’étaient rencontrés, elle trouva des cristaux étoilés, de véritables cristaux d’amour dont elle se promit de faire un collier.

Elle eut également la chance de découvrir sous un monticule de feuilles mortes le gobelet d’or qui servait à alerter le chevalier noir, gardien du lieu, d’un danger. Il accourait aussitôt, lance baissée, pour défaire l’intrus.

Le gobelet portait une inscription en langue celtique que Bianca traduisit sans peine vu qu’elle avait été élevée par une nourrice bretonne qui ne maîtrisait le Français que pour les besoins de sa fonction.

Bercée par les chansons de sa nourrice, Bianca s’endormait au rythme des bagads et des romances insulaires. Elle aimait les coiffes de sa nounou et en réclama une pour l’anniversaire de ses cinq ans.

Soizic lui confectionna une coiffe papillon qu’elle adorait porter. Le brossage de ses cheveux lui semblait moins pénible à présent car elle savait qu’une coiffe ne valait que par la mise en valeur d’une chevelure ordonnée et lissée.

Après ses longues excursions, Bianca rentrait directement dans sa chambre et commandait un repas souvent composé de bouillon et d’une crêpe avant de s’endormir en rêvant d’une rencontre féerique.