Les pisteurs de la police eurent de grandes difficultés à
cerner les étapes d’ Angelo Lingini. Ils se présentèrent dans les fermes, vêtus
comme des ouvriers agricoles et postulèrent pour un travail.
Ils se faisaient embaucher, se pliaient au rythme accéléré
des tâches et le soir, à la soupe, ils discutaient avec des camarades de
travail, s’efforçant de glaner des renseignements sur le ravisseur d’enfants.
L’un des policiers, d’origine italienne, parlait couramment
la langue de ses parents. Luigi Zampa, ainsi se présenta-t-il à un compagnon de
peine, italien ; il s’adressa à Lorenzo dans sa langue, évoquant la beauté
de la baie de Naples. Mis en confiance, Lorenzo lui confia que la saison
précédente, un autre napolitain, Angelo Lingi avait tissé des liens d’amitié
avec lui puis avait disparu Dieu sait où !
« Je le regrette dit Lorenzo ; il aimait les
blagues et jouait aux cartes.
On m’a dit qu’il était devenu berger ».
Le policier masqua sa joie. Le lendemain, il annonça qu’il
devait rentrer chez lui pour des raisons familiales, salua tout le monde et
promit à Lorenzo de lui donner des nouvelles.
De retour au commissariat, il informa Maximilien de la
reconversion d’ Angelo et l’on établit une carte de la transhumance.
Maximilien recruta des bergers ; il leur promit une
belle récompense s’ils pouvaient dénicher un homme soupçonné de violences
criminelles.
« Soyez prudents. N’essayez pas de l’appréhender, ce
sera à nous de jouer. Envoyez un message par pigeon voyageur. Nous nous
chargerons de l’interpellation car l’individu est dangereux ».
Sur ces mots, Maximilien confia à chaque berger un volatile dressé
à la messagerie en renouvelant sa promesse de forte récompense.
Chaque berger partit d’un bon pas se félicitant d’avoir
trouvé le moyen de s’offrir un beau troupeau.
Quelques messages parvinrent. Le fameux Angelo semblait
insaisissable. On le disait dans les landes gasconnes et quand on parvenait au
lieu- dit de la bergerie, il était déjà parti pour une destination inconnue.
Habitués à être patients, les bergers poursuivaient
consciencieusement leur travail, aidant à la tonte, à la traite des brebis et à
la confection de fromages.
Il arriva cependant que le berger itinérant finisse par
rentrer chez lui. Il posa sur la table une meule de fromage, réclama son plat
préféré, une saltimbocca. Il avait apporté pour ce faire de fines tranches de
veau et du vin blanc.
Il déposa également un énorme ballot de linge sale, exigeant
qu’il soit lavé, séché et repassé rapidement.
Grâce au système d’écoutes, Maximilien ne perdit pas un mot
de la conversation. Il prépara une équipe de combat mais attendit que le
sommeil s’empare d’ Angelo pour le surprendre.
Menotté et ficelé, le prédateur fut rapidement interrogé au
commissariat tandis qu’une jeune fonctionnaire de police aidait Marianne à remettre de l’ordre dans la maison
qui portait les stigmates de l’interpellation ; même endormi, le coquin
avait de la ressource et il avait fallu lui opposer des poignes de fer pour
venir à bout de sa résistance.
La jeune lieutenant Clémence Dubois resta auprès de Marianne,
encore étourdie par les événements.
Angelo resta muet, ce qui ne surprit pas l’inspecteur chargé
de l’interrogatoire, la lâcheté faisant partie des attributs criminels.
Il se contenta du relevé de faits identitaires et d’empreintes
diverses notamment génétiques.
On plaça Angelo parmi des hommes, anonymes et policiers
confondus.
On demanda alors à Marjorie de désigner son ravisseur
derrière une vitrine sans tain, ce qu’elle fit sans hésiter. Cette preuve
finale était irréfutable.
On déféra alors le triste sire au juge de l’application des
peines qui le fit incarcérer en attendant son procès.
Le petit village de Haute Rive retrouva la sérénité. Marjorie
se remit peu à peu du choc provoqué par sa capture, le prêtre ordonna une
procession dédiée à la Vierge Marie pour la remercier de son concours
salvateur.
Quant à la malheureuse épouse, elle obtint l’autorisation de
porter une autre identité. Elle mit en vente sa maison qui fit le bonheur d’un
touriste amoureux du village et de ses paysages.
Elle partit vivre dans les Hauts de France et mena une vie
tranquille à Cassel qui fut élu village préféré des français.
Elle fut embauchée dans sa fromagerie et coula des jours
paisibles, loin, bien loin d’un individu qui avait parfois la main leste si
elle ne le servait pas promptement et ne lui avait apporté que la honte et des
déboires.