Le chef de l’établissement La Marée Bleue voulait décrocher une étoile auprès du fameux guide qui propulsait au firmament ou détruisait une grande maison. Il revit ses menus en sublimant la plupart de ses plats et voulut un décor féerique pour la salle principale.
Dany Lebeau, le chef, entendit parler d’une toile qui faisait fureur Yseult aux yeux d’or. Il l’acheta, payant sans sourciller la somme demandée. Le tableau illuminait la salle et il dut chercher des éléments décoratifs appropriés pour faire pièce à la merveilleuse représentation d’une légende.
Il créa une pièce montée en forme de nef et plaça l’élixir d’amour en haut de la pyramide.
Pour améliorer la cotriade, le chef ajouta un homard breton cuit sous la braise et des encornets farcis.
Afin de peaufiner sa prestation, Dany s’ingénia à créer un inédit.
En flânant sur le port, il retint des daurades dont il voulut tirer le meilleur profit ; quelque chose qui ferait oublier Le Rouget Cuit de Peur de Stéphanie Le Quellec. Non seulement il fallait cuisiner pour atteindre le nirvana des gourmets mais encore il était nécessaire d’habiller la création d’une appellation que personne n’oublierait.
Cuite au court bouillon, badigeonnée de miel forestier, saupoudré d’épices orientales et passée au four avec du fenouil en quenouille, la daurade s’intitula L’ Or de la Sirène et pulsa sur les tables au rythme argenté de l’écume des vagues.
Satisfait par sa nouvelle carte, le chef résolut de finaliser l’essai auprès de la clientèle.
Il lança des invitations aux notables de la cité et réserva sa meilleure table au couple en vogue, Gilles Le Guen et Aurore du Hainaut en qui l’on voyait à présent la belle Yseult légendaire.
Le repas fut une réussite ; parmi les invités se trouvait un quidam venu de Quimper, cousin du pêcheur de daurades : il était convié pour le remercier de la pêche miraculeuse inspiratrice du plat principal .
Ce cousin n’était autre qu’Armand du Plessis, l’un des goûteurs secrets du fameux guide de la gastronomie.
Il demanda la faveur d’être présenté à la duchesse qui avait servi de modèle au portrait peint, étoile de la scénographie du décor.
Il la salua et félicita le peintre qui avait donné une âme à la légende.
Quelques mois plus tard, Dany Lebeau apprit que son établissement était distingué par une première étoile, la plus difficile à conquérir !


