lundi 24 août 2026

L'elfe aux pieds d'argent

 

 



Les lueurs de l’aube réveillèrent Orion qui s’était assoupi sur un tapis persan au pied du lit de sa bien-aimée.

Il bondit sur ses pieds d’argent craignant d’apparaître sous un jour défavorable à sa princesse et partit dans son cabinet de toilette pour reprendre l’apparence du prince charmant qu’il voulait être.

Dom Louis n’ayant personne à qui plaire se contenta d’une toilette rapide. De plus, il se concentrait sur son objectif majeur, ramener la princesse en son palais.

Après un petit déjeuner de céréales, de lait frais et de miel de la forêt, on se mit en devoir de fendre le brouillard épais qui protégeait l’étrange zone où se trouvait peut-être leur princesse.

Au fur et à mesure de leur progression, des pans de brume se déchiraient, offrant à leurs regards les contours d’une étrange cité.

Elle était protégée par une enceinte de palissandre.

Dom Louis chercha l’ouverture car aucune porte n’était apparente.

Au moment où Dom Louis crut avoir trouvé la faille, une porte dissimulée derrière un rosier grimpant, des loups blancs les encerclèrent, les prenant par surprise.

Le chef de meute montra clairement qu’il ne se laisserait pas intimider mais il traça un cœur sur le sable prouvant que les loups étaient leurs alliés.

Dom Louis ouvrit la porte de l’enceinte et chacun pénétra à sa suite, loups compris, pour découvrir une étrange cité lacustre.

Parvenus de l’autre côté du mur, les guerriers virent se profiler une énorme grotte aménagée en château mais pour s’y rendre, il fallait rompre un cercle de chevaux blancs.

Une voix s’éleva, forte et précise :

«  Qui que vous soyez, passez votre chemin. Vous n’êtes pas les bienvenus dans mon royaume. Je suis Orion, l’elfe aux pieds d’argent et je dispose de pouvoirs qui pourraient vous pulvériser si je le souhaitais ».

Dom Louis distingua une frêle silhouette dont les pieds jetaient des lueurs argentées.

Ainsi voilà donc le ravisseur de notre princesse se dit-il. Diplomate, il s’exprima de manière policée :

«  Orion, nous sommes venus en amis : nous n’avons aucun goût pour la guerre. Nous voulons simplement que Marjolaine, notre princesse aux yeux d’azur, regagne son palais car depuis son départ, les ténèbres ont envahi notre royaume. Nous vous donnerons ce que vous souhaitez, or, perles, tissus soyeux, objets rares et précieux. Commandez et vous obtiendrez ce que vous désirez.

Hélas, répondit l’elfe, ce que vous demandez, je ne puis vous l’accorder car la présence à mes côtés de la princesse devenue mienne m’est nécessaire. Si elle part, je mourrai.

C’est ainsi que s’expriment tous les ravisseurs rétorqua Dom Louis » et fort de sa valeur guerrière, il jeta son gant au pied de l’elfe.

Ce dernier l’engagea à le rejoindre dans une enceinte réservée au combat.

Les chevaux disparurent pour faire place à un magnifique champ de lices.

Sur les gradins, la princesse aux yeux d’azur, rayonnante de beauté, occupait la place centrale.

Tous les elfes de la cité l’entouraient.

Orion invita les guerriers du royaume à prendre place sur les gradins vacants.

Les loups furent priés de s’éloigner, ce qu’ils firent sans protester.

Dom Louis se vit remettre une épée. Orion gardait sa dague, celle qui lui avait offert de multiples victoires.

L’elfe préposé à la bonne marche des tournois avertit d’un son de trompe que le combat pouvait commencer.

Lorsque Dom Louis s’élança, la princesse lui jeta sa belle écharpe de soie tissée en leur royaume.

Un brouillard bleu azur tomba sur le champ de lices et lorsqu’il se dissipa, ce fut pour révéler que le vainqueur était Dom Louis.

Quant à l’elfe aux pieds d’argent, il avait quitté le théâtre du tournoi pour panser ses plaies.

Les loups encadrèrent les guerriers du royaume et la princesse prit place dans un carrosse tracté par des chevaux blancs, cadeau d’Orion qui s’inclinait courtoisement face à l’adversité.

La princesse rentra dans son royaume et un ruban bleu turquoise la précéda.

Lorsqu’elle pénétra dans sa chambre, elle découvrit une merveilleuse poupée à son effigie. Nolwenn s’était surpassée en créant un tel objet.

La princesse commanda une poupée à l’identique et lorsqu’elle fut achevée, elle l’envoya à l’elfe par le biais de serviteurs de haut rang qui empruntèrent le carrosse offert par l’elfe.

On joignit à cet original présent un coffre de perles, un autre de bijoux et un troisième de soieries pour que les hostilités cessent à jamais, ce qui fut honoré jusqu’à ce jour.

La fée Cristal


Une boule de feu traversa le palais de la fée Cristal et atterrit aux pieds de la princesse en libérant un dragon qui parla ainsi :
« Noble souveraine, je proteste contre les légendes qui nous présentent comme des êtres malfaisants. Nous faisons le bien autour de nous, nous transformant tour à tour en prince charmant, en guerrier, en magicien, en orfèvre ou en ébéniste ».
Joignant le geste à la parole, le dragon Onyx utilisa sa queue comme une baguette magique et apparut sous des apparences diverses.
« Onyx, je le concède, ta métamorphose multiple m’a émue. Je ne peux choisir celle qui me séduit le plus tant ces avatars possèdent des facettes étonnantes. Malgré tous mes pouvoirs, je ne peux pas me transformer en dragonne c’est pourquoi je te demande de garder la posture de prince charmant pour que nous puissions faire un pas de deux ».
Onyx s’exécuta et le couple princier partit explorer les jardins de la fée.
Sur leur passage, les fleurs s’inclinaient et les oiseaux lançaient des trilles en leur honneur.
Ils prirent place dans un salon de jardin, goûtant le bonheur du jour.
Une colombe déposa un parchemin sur la robe de la fée puis repartit sans attendre de réponse.
C’était une lettre de Colombine ; un corsaire anglais l’avait enlevée alors qu’elle se promenait sur les remparts de Saint-Malo.
Il l’avait enfermée dans une salle de son château et voulait faire d’elle une épouse soumise, ce qui était contraire à sa nature. Colombine appelait au secours.
La fée avait lu la lettre à voix haute ce qui décida Onyx à intervenir.
« La providence t’a conduit à moi, cher Onyx. Je te serai éternellement reconnaissante si tu ramènes Colombine en son royaume breton. Pierrot et Arlequin doivent se morfondre de chagrin ».
Onyx promit de tout mettre en œuvre pour délivrer la prisonnière. La fée lui offrit un voilier et le timonier mit le cap sur l’île où pleurait la ballerine des cœurs.

dimanche 23 août 2026

La reine des pavots

 

 



Dans un royaume insulaire où poussaient des pavots multicolores vivait une reine, Féodora, à la beauté byzantine.

Elle aimait se promener dans son royaume, sous bonne escorte. Son grand plaisir consistait à dessiner, peindre et décrire dans des odes à la beauté son île sous toutes les formes.

Un jour, alors qu’elle s’appliquait à reproduire sur son carnet à dessins une ronde de dauphins, une escouade de dragons fondit sur elle, neutralisant son escorte dévouée qui tenta, en vain, de jouer du poignard. Les écailles des dragons étaient si épaisses que la pointe des poignards s’émoussait et perdait toute efficacité. En représailles, les  dragons infligèrent des brûlures aux serviteurs de la reine qui ne purent empêcher le chef ennemi, Drogon, qui portait un énorme rubis sur le front, d’emporter leur reine.

Désespérés de n’avoir pu lui venir en aide, ils revinrent au palais rendre compte de la situation au grand chambellan Armel. Cet homme de confiance fit étendre des filets dans l’environnement royal afin d’empêcher une invasion possible de dragons.

Ensuite, il dirigea un conseil pour concevoir un plan destiné à la délivrance de leur reine.

Pendant ce temps, Féodora découvrait le décor dans lequel elle allait devoir vivre.

C’était un royaume granitique où poussaient de rares fleurs. Le palais en cristal de roche s’avéra être d’un confort étonnant. Les appartements mis à sa disposition étaient dignes de son rang.

Drogon eut le bon goût de ne pas se montrer et délégua à des dames d’honneur le soin de tout mettre en œuvre pour que la reine se plaise en son palais. De fait, mise à part sa captivité implicite, Féodora avait tout pour être heureuse. Néanmoins, elle pensait à son royaume avec nostalgie et elle se demandait ce qu’il était advenu de la sérénité des habitants. Ses pavots lui manquaient et elle demanda l’autorisation de peindre sur les murs de sa chambre ces fleurs fragiles symbolisant le soleil.

Drogon consentit à ces embellissements et il fit préparer la pièce pour qu’elle devienne un atelier de peinture.

Tous les meubles furent placés dans une chambre proche de la sienne.

Du fait de cette connivence artistique, il eut l’impression d’avoir fait un pas vers la séduction de Féodora qui s’avérait difficile de par son apparence mais possible grâce à une union des âmes transformant les écailles en symboles d’amour.

Les adieux d'un prince à une reine

 



L’éventail de Kaori se referma en signe de clap de fin et elle reçut un hommage inattendu, celui de notre prince, Vincent à la voix d’or.

«  Les mains des p’tites femmes sont admirables

Et toutes semblables à des oiseaux

Elles agitent leurs petits doigts mignons et frêles

Comme des ailes

De passereaux.

Quand elles jouent de l’éventail

Ou d’leurs yeux avivent l’émail

Quand elles pianotent

Quand sur leur minois joli

Elles mettent la poudre de riz

Je le proclame

Les mains de femmes

Sont des bijoux

Dont je suis fou ».

La reine des neiges éternelles reçut l’hommage du prince avec un bonheur infini.

Libre d’aimer et de chanter, Kaori Sakamoto repartit vers le Levant, les chansons d’ Edith Piaf aux lèvres et en plein cœur la célébration rendue à sa valeur artistique par un ténor dont elle se promit de suivre les récitals pour le seul plaisir d’aimer.