Gilles Le Guen arpentait l’île de Délos consacrée à l’amour
et à la beauté pour y trouver son Tristan.
Dans cette attente, il réalisait parfois des portraits en
installant son chevalet face à la mer pour en saisir l’émeraude de strates
nuancées.
Il finit par devenir une figure familière de l’île. Les
touristes voyaient en lui une attraction et les pêcheurs insulaires admiraient
sa manière de transcender leur quotidien. Il revenait souvent dans la maison d’hôtes
où il avait élu domicile avec des cagettes de poissons généreusement offertes
par les travailleurs de la mer.
Son hôtesse transformait cette offrande en poissons grillés
ou en soupes qui rappelaient au peintre les cotriades chères à son Yseult.
Alors qu’il peignait une marine, il vit venir à lui dans un
nimbe solaire un éphèbe en qui il vit Tristan.
Craignant de l’effaroucher avec une offre directe, il posa
ses pinceaux pour converser et en apprendre plus sur ce personnage qui ne
semblait pas avoir conscience de sa beauté.
Le jeune Ambroise était poète et il cherchait l’inspiration
dans cette île dédiée à l’amour.
Les deux artistes firent plus ample connaissance à la
terrasse d’un café où on leur servit de l’ouzo, des olives et des petits pains
au sésame.
L’ouzo produisit son effet ; chacun se livra à l’autre,
révélant l’essentiel de sa quête.
Ambroise se passionna pour cette Yseult à qui Gilles
cherchait un Tristan digne de sa beauté.
Quant à lui, il était en quête de l’amour fou en se référant
à son poète préféré André Breton.
Comme il se montrait intéressé par la représentation d’
Yseult, Gilles lui proposa de l’accompagner dans sa maison d’hôtes car il avait
emporté quelques représentations de sa toile fétiche afin de s’en inspirer pour
créer son pendant masculin de l’éternel amour.
Après un léger repos, les deux artistes mangèrent de la
rascasse. Cuite au four, agrémentée d’une sauce onctueuse aux plantes aromatiques,
cette merveille typiquement méditerranéenne les ravit.
Moussaka, féta et yaourts grecs clôturèrent cet excellent
repas qui resta dans les annales de la maison.
Ambroise admira les reproductions de la toile représentant
Yseult et souhaita en réserver une mais Gilles la lui offrit en gage de leur
amitié naissante.
Le lendemain, ils se donnèrent rendez-vous sous huitaine pour
prendre la mer en direction de Roscoff car Ambroise brûlait de connaître le
modèle du fabuleux tableau dont il découvrirait l’original dans la salle
étoilée de La Marée Bleue.
Quant à Gilles, il gardait pour lui la découverte du Tristan
qui naîtrait de ses pinceaux.