vendredi 4 septembre 2026

Point d'orgue

 



Perle de feu prenait plaisir à se fondre dans l’univers breton. Elle avait opté pour la coiffe de Fouesnant et ressemblait à un joli papillon volant de fleur en fleur dans les landes.

Au fil des semaines, des liens d’amitié se nouaient entre la princesse et la souveraine Maheut de Brabant.

Les deux grandes dames aimaient prendre le thé à l’anglaise avec un assortiment de far breton et de tarte aux pruneaux au cours de l’après midi puis elles se promenaient dans les jardins en parlant de leurs lectures et de leurs écrits.

En lisant Cœur de perle, Maheut comprit qu’elle devait se tourner vers un autre chevalier pour trouver l’amant idéal : l’amour liant la princesse et son champion était trop évident !

Quant à Gwendal, il menait des travaux de terrassement et de fortification autour de son domaine pour éviter une intrusion de Méléagant et de guerriers à son image.

On se retrouvait le soir autour d’un bon repas, Rozenn et Maeva s’ingéniant à varier les plaisirs gourmands.

Tarte au maroilles, colombo de poulet, boudin noir à la créole, flan coco antillais alternaient avec des plats traditionnels bretons, notamment la cotriade, le kig ha fars et le kouign Aman.

«  Avec ces somptueuses agapes, je ne vais plus pouvoir lacer mon corselet de perles » dit la princesse. Maheut y alla de son couplet de sorte que les cuisinières allégèrent les menus, donnant la préférence à des veloutés de légumes et à des salades aux noix et aux noisettes avec des cubes de fromage frais.

Moins soucieux de leur ligne, les guerriers faisaient honneur aux plats de poissons et de viandes dont le fumet chatouillait délicieusement leurs narines.

La princesse et la reine, suivies par des marins aguerris, se lancèrent  dans des activités lacustres, promenades en barque à la rame et descente de rapides en canoé.

Elles revenaient de ces escapades, les joues rosies et l’appétit aiguisé.

Le thé et les gâteaux leur apportaient du réconfort tout en apportant aux brigades cuisinières la satisfaction d’avoir procuré un plaisir gourmand.

Maheut se vit contrainte d’abréger son séjour car les affaires du royaume nécessitaient sa présence.

Elle partit, les larmes aux yeux. Escortée par les meilleurs guerriers de Gwendal, elle regagna son château.

Perle de feu reçut, par pigeon voyageur, des nouvelles de son royaume.

Un prince qu’elle avait connu adolescent nommé Saphir, de la couleur de ses yeux, exprima le souhait de gouverner.

Ce souhait soulagea la princesse qui ne voulait plus quitter Gwendal.

Cette décision enchanta le chevalier qui présenta officiellement sa demande en mariage.

«  Je n’ai pas de perles à vous offrir dit-il en souriant mais mon cœur ne battra que pour vous, tel un rubis flamboyant. Et puis, ma douce, vous êtes devenue la plus belle perle bretonne qui se puisse concevoir ».

Un mariage se prépara et chacun contribua à la réussite des noces.

Les papillons et les roses furent de la partie.

Dans la lande profonde, une légende se propagea, celle d’une princesse venue de loin pour trouver sur la côte de granit rose la clef d’or du bonheur.

 

Pêche miraculeuse

 




Silvio retrouva le contact de la mer et les émotions de la plongée en prenant soin de ne pas écouter le chant des sirènes grâce à des bouchons de cire placés dans ses oreilles.

Il tomba sur un banc d’huitres perlières qu’il récolta dans le sac étanche placé auteur de sa taille. Après cette pêche miraculeuse, il se dirigea vers sa demeure d’où s’échappait une bonne odeur de cotriade, son plat favori.

Noémie lui fit prendre un bain parfumé, passa l’éponge sur son corps malmené par les lames de fonds marines, l’enduisit après l’application de serviettes chaudes d’une crème à la rose qui lui procura un immense bien- être .

Un élixir aux fruits des bois lui ouvrit l’appétit et il fit honneur à la cotriade accompagnées de tranches de pain grillé au fromage frais et à l’estragon. Quelques fruits provenant de son verger, reines-claudes, poires et pommes, émincés et placés dans des coupes gourmandes avec un sirop de rose clôturèrent cet excellent repas.

Noémie l’invita à prendre un peu de repos. Au réveil, il était seul et sans la présence de la marmite contenant le reste de la cotriade, il aurait pu croire qu’il avait rêvé.

Il débarrassa les perles de leurs coquilles et laissa jouer le soleil sur cette nacre marine.

Il lutta contre le désir de revoir ses amis à l’auberge Aux trésors de la mer.

Coralie aurait écrit un joli poème sur les jeux de lumière autour des perles pensa-t-il et à cet instant, on frappa à la porte. C’était Coralie qui demeura bouche bée face à la récolte prodigieuse du pêcheur de perles.

«  J’ignorais que vous aviez ce talent » dit-elle.

Elle se joignit à lui pour déguster la cotriade servie par Noémie qui avait opéré sa réapparition. La jeune femme prépara la chambre d’ami pour Coralie puis elle s’éclipsa de nouveau après avoir servi une boisson parfumée aux fruits épicés.

Les amis bavardèrent comme au bon vieux temps de l’oisiveté puis se retirèrent dans leur chambre, Silvio devant se lever tôt pour repartir en mer.

Dès l’aube, il se dirigea vers les ondes prometteuses et plongea le plus loin possible dans l’espoir de trouver un nouveau banc d’huitres perlières.

Cette fois, il ne parvint pas à éviter la sirène qui l’entraîna à nouveau dans son palais de cristal. L’accueil princier fut accompagné de mouvements tendres et de preuves d’amour passionné qui procurèrent à Silvio d’intenses sensations jamais éprouvées.

«  Silvio, tu es mon prince, mon amour. Je souhaite que tu ne récoltes des perles que pour moi. Sache que je préserverai ton énergie vitale car je veux mettre au monde des enfants dont tu seras le père, sirènes et petits princes à ton image ».

Complètement ensorcelé, Silvio ne parlait pas, laissant son corps dériver dans un océan de volupté. La proximité d’un voilier rompit l’enchantement.

Les matelots hissèrent à bord un homme qu’ils prirent pour un naufragé et le débarquèrent en empruntant le canot de sauvetage.

Tout étourdi, gisant sur le sable, Silvio fut heureux d’entendre la voix douce de Noémie qui le ramenait à lui.

«  Vous ne pouvez pas toujours rapporter des perles » lui dit-elle avec douceur et comme la veille, elle procéda à une remise en forme de son corps endolori.

Elle avait préparé une jardinière de légumes et des côtes d’agneau rôties sur la braise. L’effet coup de fouet fut immédiat : Silvio retrouva ses esprits quelque peu égarés par le contact de la sulfureuse sirène.

Coralie étant repartie à l’auberge, le pêcheur de perles prit la décision de se reposer et d’oublier la plongée.

Noémie le frictionna à l’aide de serviettes imbibées d’huiles essentielles ce qui plongea le jeune homme dans un sommeil profond et réparateur.

 

Ode à ma dame d'amour

 




Comme le lierre s’enlace à la rose tant chantée par Ronsard, belle Daphné, tu t’es enroulée en mon cœur, distillant ton parfum ineffable.

L’améthyste qui bat dans ma poitrine explose en mille éclats qui sublimeront ta beauté si j’ai le bonheur de te serrer dans mes bras.

ô ma Dame d’Amour, peu s’en faut que je ne meure tant l’ivresse me saisit à la perspective de saisir votre beauté à pleines mains, à pleines lèvres, douces comme les pétales de roses que j’effeuillerai sur votre corps d’albâtre flexible sous la caresse de mes baisers.

Mon amour, je vous offre mon cœur, mon royaume et tous les trésors que j’arracherai à la terre, à la mer et au ciel pour vous plaire.

Dame de beauté, je vous aime tant que je souhaite m’enraciner près de vous pour mieux vous aimer.

Je dépose à vos pieds le cri d’amour gélifié de mon être, cristallisé en une améthyste toute semblable à la mienne, pour que nous vivions au rythme de la beauté originelle qui nous lie.

Que ces pierres d’amour ruissellent de splendeur tout au long de notre vie !