Dans un royaume triste, hanté par des hérons et des aigles
noirs, il y avait un manoir où vivait une jolie princesse, tout de rose et d’or
vêtue comme la fleur dont elle portait le nom, Chrysanthème.
Elle était si belle que les jours gris et sombres prenaient
des nuances grenat, pourpre et immaculées comme les lys.
Elle aimait se promener dans son royaume, n’hésitant pas à
prendre des risques. Dans un petit sac de velours brodé, il y avait une paire
de sandales légères pour détendre ses pieds fatigués, un carnet de notes avec
des porte-plumes colorés et un album à dessiner et des crayons de couleur.
Chrysanthème s’arrêtait parfois pour écrire, dessiner et
réaliser de jolies esquisses qui l’aideraient à composer des tableaux qu’elle
finaliserait dans un grand atelier lumineux où elle aimait se trouver, à
l’intérieur de son manoir.
Les habitants du royaume s’étaient habitués à la voir et ils
la considéraient comme une des leurs plus que comme une princesse.
Ils s’enhardissaient parfois jusqu’à lui parler de leurs
soucis quotidiens ou lui présenter suppliques, doléances voire projets
d’embellissement pour le royaume.
C’est ainsi que Chrysanthème rencontra un jeune homme
prometteur.
Darius, au prénom impérial, était arrivé sur le rivage du
royaume en compagnie de personnes en déshérence, chassées de leur pays par des
ennemis qui en voulaient à leur vie.
Il était enfant lorsque leur barque de fortune avait fini
par accoster dans une crique battue par les vents.
Désespérés et n’ayant pas assez d’argent pour le passeur,
les parents de Darius avaient placé l’enfant dans la barque, muni d’un sac avec
des effets de rechange, l’avaient embrassé avec effusion et s’en étaient remis
au destin pour leur propre survie.
Sa mère lui avait donné le médaillon dont elle ne se
séparait jamais et les yeux embués de larmes, s’était enfuie pour ne pas voir
la barque s’éloigner avec cet enfant qu’elle chérissait par-dessus tout.
Il arrivait que les barques surchargées coulent en mer et
que les personnes à bord se noient par centaines.
Darius avait eu la chance d’échapper à ces périls et
lorsqu’il avait mis le pied sur le sol de ce royaume inconnu, si différent de
son pays natal, il avait songé à utiliser ses compétences et rester en vie en
espérant que ses parents puissent le rejoindre comme ils s’y étaient engagés.
En posant le pied sur la grève, Darius fut frappé par les
tons gris de cette terre d’accueil, si différents des colorations lumineuses de
son pays d’origine. Mais ce n’était pas le moment de s’apitoyer sur son sort.
Trouver de la nourriture était le point crucial.
Il se contenta de coquillages disponibles en cherchant bien,
et par la suite, il gagna sa vie en devenant pêcheur.
Il pratiqua la plongée et découvrit des amphores, des
monnaies anciennes et des statuettes qui provenaient d’un monde disparu.
Il apprit également à fabriquer des colliers de perles et
devint si habile dans cet art qu’il put renoncer à la pêche. Il ouvrit une
boutique où se pressaient les élégantes du royaume.
C’est en passant devant cette boutique dont l’étalage de la
vitrine était artistement conçu, que la princesse eut un coup de cœur pour ces
bijoux artisanaux pleins de charme.
Elle entra dans l’échoppe, choisit quelques bijoux assortis
à ses toilettes et dut lutter contre Darius qui tint absolument à lui offrir
ces parures, nées de ses doigts agiles.
« Princesse, vous serez mon ambassadrice. Je serai
heureux de savoir que vous portez ces bijoux que j’ai créés en souvenir de ma
mère et en pensant à mon pays d’origine ».
Très émue, la princesse proposa à ce jeune homme
exceptionnel de vivre à ses côtés.
« Vous serez mon orfèvre attitré et vous aurez un
atelier près du mien, là où je peins. Je serais d’ailleurs ravie de vous avoir
pour modèle car votre visage est si lumineux et votre allure si altière que
l’on désire immortaliser cette beauté hors du commun.
Je n’ose croire à ce que j’entends, divine princesse !
J’aimerais avoir le talent de peindre tant votre beauté est radieuse. Elle peut
être comparée à celle des femmes qui ont conquis le monde.
Eh bien, cher Darius, je vous entends à merveille. Nous
conquerrons le monde ensemble, voulez-vous ?
Avant de conquérir le monde, chère princesse, rendons à ce
royaume sa beauté primitive car le gris s’est emparé de ce pays, ôtant la joie
de vivre.
Vous avez mille fois raison, cher Darius. Ensemble, nous
ferons de grandes choses et nous verdirons le royaume qui refleurira.
Il sera enfin digne de la princesse Chrysanthème » dit
Darius en souriant et ce sourire devint un gage d’amour.