mercredi 8 juillet 2026

Le mariage de Jacinthe


 

On oublia l’épisode de l’enlèvement de Jacinthe. Désormais, la  vigilance redoubla et on ne laissa plus la princesse se promener seule le long de la rivière.

De temps à autre, des naïades déposaient des présents sur les berges. C’étaient des parures de coquillages, des robes en soie de lotus brodées de jacinthes d’eau et d’iris, des boites à musique en roseaux et autres merveilles réalisées dans la grotte où la princesse avait vécu.

Silver pensait souvent à sa dame d’amour mais il avait fini par se faire une raison de son départ.

Le prince Amour et la princesse Aurore songèrent qu’un mariage était le meilleur moyen pour leur fille de tourner définitivement la page de son enlèvement aquatique.

Ils organisèrent une fête et lancèrent des invitations dans les îles et les royaumes voisins.

On voulut proposer aux invités un banquet prestigieux. Soupe aux algues ,  plats de fruits de mer cuisinés, carpaccios de pétoncles, saumons farcis à l’oseille, tourtes de bar, daurades pochées, agneau rôti en méchoui, pastilla aux pigeons et aux amandes, tajines de poulet, couscous royal, plateaux de fromages et salades composées formaient l’essentiel des plats roboratifs.

Venait ensuite une ronde de desserts variés, macarons aux fruits, tourments d’amour, tartes aux noix de pécan, aux myrtilles et à la crème de pruneaux, flans à la noix de coco, gâteaux à l’ananas, babas au rhum et kouign Amann, pouvait satisfaire les gourmets les plus exigeants.

Les invités furent accueillis par le prince Amour et la princesse Aurore.

Lorsque Jacinthe apparut dans sa robe en soie de lotus, ses cheveux relevés et ornés de petites roses, un cri d’admiration fusa. C’était la plus belle princesse que l’on puisse voir et elle se montrait en toute simplicité. Son carnet de bal fut bientôt complet.

Les danses se déroulèrent au son des violons, de la flûte de Pan, de la vielle, de l’accordéon et de l’harmonica.

De temps à autre, un musicien à l’orgue de barbarie proposait un intermède  et des chanteurs se succédaient pour interpréter de belles romances.

Jacinthe s’efforçait de ne favoriser aucun cavalier afin d’éviter toute rancune. Cependant l’un des jeunes gens, un prince hongrois, discret et souriant retint son attention.

Le buffet obtint un vif succès. Certains danseurs délaissèrent la piste pour satisfaire leur gourmandise. La pièce montée de choux à la crème aux myrtilles pour rappeler la couleur bleue associée au prénom de la princesse fut littéralement dévalisée.

Le prince hongrois,  Gabor, fit preuve de retenue et présenta ses hommages à la princesse, s’excusant de ne pas s’attarder davantage : une affaire importante le rappelait au palais de son père.

Il remercia les hôtes et prit la mer après avoir invité le couple princier et leur fille à séjourner en son royaume.

Marquant ainsi son intérêt pour la jeune fille, il prit la tête des prétendants potentiels de la princesse.

De son côté, Jacinthe n’était pas insensible au charme slave du séduisant Gabor aux parfaites manières.

Le crieur de rue

 

 

 


Au son du tambour, le crieur a rassemblé la foule sur la place du village pour annoncer la grande nouvelle : Johnny donnera un spectacle à l’ancienne avec le roi de l’harmonica Greg Zlap.

Le blues du Pénitencier et Requiem pour un fou égrèneront leurs notes magiques à l’harmonica par le soliste puis Johnny surgira derrière un rideau de nuages pour interpréter Laura, Que je t’aime et L’idole des jeunes.

Des tambours martelant Le rêve passe accompagnent la belle voix de Johnny évoquant le retour de la Grande Armée.

«  Les soldats sont là-bas endormis sur la plaine

Où le souffle du soir chante pour les bercer

La terre aux blés rasés parfume son haleine

La sentinelle au loin va d’un pas cadencé

Soudain voici qu’au ciel des cavaliers sans nombre

Illuminent d’éclairs l’imprécise clarté

Et le Petit Chapeau semble guider ces ombres vers l’immortalité

Les voyez-vous

Les hussards, les dragons, la Garde » ?

Emergeant du passé, la Grande Armée défile dans un clair-obscur zébré d’éclairs, incitant Johnny à chanter J’en parlerai au Diable pour que notre pays sorte de l’ornière et trouve le chemin victorieux vers la gloire.

Dans la vie faut pas s'en faire

 

 



Soulevant son canotier au passage d’une dame, Maurice Chevalier, élégant artiste symbolisant la France, offrit la rose du souvenir à Vincent, seul capable à ses yeux de faire entendre sa voix Outre-Atlantique.

«  Dans la vie faut pas s’en faire

Moi je ne m’en fais pas

Ces petites misères

Seront passagères

Tout ça s’arrangera

Je n’ai pas un caractère

A me faire du tracas

Croyez-moi sur terre

Faut jamais s’en faire

Moi je ne m’en fais pas ».

Dévalant les escaliers de la butte Montmartre, Vincent chanta, espérant croiser sa Mistinguett

«  Sur cette terre, ma seule joie, mon seul bonheur

C’est mon homme

J’ai donné tout ce que j’ai, mon amour et tout mon cœur

A mon homme ».

Une petite alouette se posa sur son épaule et ainsi accompagné par l’oiseau de Roméo et Juliette dans la scène du balcon, Vincent sentit l’espérance gonfler son cœur battant au rythme de l’éternel amour.

lundi 6 juillet 2026

L'éternel retour

 

  

 

Des colonnes d’eau vive s’enroulent à mes chevilles ; j’avance dans les sables, follement inutile ; mes cheveux s’étoilent de bleu ; je suis une rivière perdue, une source où naissent les cyclamens. Ils forment un cercle autour d’une petite mare où stagne mon sourire. Il flotte comme un nénuphar et je pars dépossédée de moi-même.

Je ne suis rien, pas même le double d’un rêve qui vogue sur les routes d’errance, je suis Myriam, le baladin des âmes, je passe en chantant et je meurs au nom de la flûte qui psalmodie l’éternel amour, l’éternel mensonge des hommes aux mains d’azur.

Je suis Myriam, je suis un rêve. L’eau vive s’enroule à mes chevilles et s’épand en colonnes d’argent sur mon corps qui se vrille dans les sables mouvants, je rêve et je meurs, je mens et je pleure, les mains tendues vers toi …

Mes mains de suppliante creusent une vasque d’où s’échappent un à un les reflets qui te constituent, ta haute taille, tes yeux de belle émeraude, tes mains de harpiste, ton sourire, l’énigme contenue dans ta voix aux couleurs du passé.

Nous voici face à face et dans une étreinte insensée se mêlent nos ombres éperdues, ivres de cette appartenance reconnue. Une branche de mimosa éternue de rire, nous restons interdits, face à face de nouveau, puis tu t’agenouilles au bord de la mare et sans plus me prêter d’attention, tu restes fasciné par mon sourire qui flotte comme un nénuphar.

Je frappe dans mes mains et tout disparaît. Me voici seule, à moi les déserts, à moi la mort solitaire, à moi la rédemption dont je ne voulais pas.

Je suis un reflet qui s’ingénie à vivre ; mes composantes sont contradictoires, sable, eau et grand vent … Que puis-je faire de cette association pour durer, pour marcher sur le sol des villes et des campagnes ? Je ne veux pourtant pas disparaître ; je sais que derrière l’effort se trouve la terre promise, je devine que m’attendent derrière un tertre les exclus, ils m’attendent pour deviser en ma compagnie, seule femme, seule admise parce que j’ai su aimer au-delà de la jeunesse et de l’espoir.

Nous ne savons pas si Dieu nous attend, nous rêvons et admirons les fleurs du jardin de Dieu.

Fantômes de l’amour fou, nous errons et devisons de l’immense sagesse de Dieu qui a su répartir les forces en un mélange harmonieux.

A nous l’amour du périssable, à d’autres l’amour de l’éternel, ainsi tout l’amour du monde s’est conservé intégralement. Tandis que nous philosophons, tu as fait l’effort de t’arracher à mon sourire et tu cours jusqu’au tertre. Tes belles mains effritent la terre en connaisseur, tu reconnais le royaume de Dieu et d’un seul bond prodigieux, tu m’arraches aux exclus. L’un d’eux t’adresse un clin d’œil complice et t’indique l’arbre où nous attendent deux chevaux blancs qu’il a préparés à notre intention, et nous partons dans les pays de ton rêve ; je te suis, docile, et nos ombres se mêlent à celles des chevaux caparaçonnés de bleu …