mercredi 15 juillet 2026

Retour à Fleur-les-Lys

 

 

 


C’est avec bonheur que Max retrouva la douce quiétude de sa maison natale dans la commune de Fleur-Lez-Lys où il avait passé les premières années de son enfance.

Avec l’aide d’Angèle et des entrepreneurs du village, il avait donné une âme à la maison qui était restée abandonnée si longtemps. Aujourd’hui, c’était un foyer où l’on se sentait bien.

Comme de coutume, Angèle avait préparé son retour en parfaite maîtresse de maison.

Tarte au Maroilles, andouille de Cambrai en pot-au-feu, tourte feuilletée aux pommes figurèrent au menu, ce qui ravit Max au plus haut point.

Durant le repas qu’ils partagèrent, Angèle fit part de la disparition inquiétante d’une jeune fille, partie pour faire des bouquets qu’elle destinait à l’église et à Florian, son ami.

Max réussit à poser quelques questions nonchalamment, pour ne pas laisser supposer qu’il conduisait un interrogatoire.

Il apprit ainsi qu’Astrid était née d’une union illégitime, que le père n’avait pas souhaité la reconnaître et que sa mère Louise avait dû travailler ardemment pour entretenir sa fille et lui offrir des études aux Beaux-Arts.

Elle avait également réussi à acquérir la maison de Fleur-Lez-Lys qui avait l’avantage de se situer près du château de la famille Lespagnol, des brasseurs célèbres dont elle était la gouvernante.

Cette situation, à la fois pénible et prestigieuse lui avait conféré la réputation d’une femme courageuse et sans faille à qui l’on pouvait se fier.

Elle avait confié Astrid aux religieuses du couvent durant sa petite enfance et la petite fille avait acquis de bonnes manières, l’amour de la Vierge Marie et une foi ardente qui l’avait aidée à repousser toutes les tentations car en grandissant, elle était devenue la jeune fille la plus convoitée du village.

Dédaignant toutes ces avances, Astrid avait consacré toute son énergie à ses études.

Elle aimait dessiner et peindre. Il lui arrivait parfois de se rendre chez Florian qui était devenu, pour elle, une sorte de mentor voire de parrain.

Que de criminels potentiels se dit Max qui naturellement excluait Florian de la liste, d’une part parce qu’il était son ami et qu’il connaissait son amour de la morale, sans négliger le fait qu’il s’était adressé à lui pour retrouver la jeune fille, si possible vivante et d’autre part parce que, impliqué dans une autre affaire, il avait prouvé qu’il était un homme d’honneur et qu’il serait incapable de faire mal à un enfant ou à une jeune fille.

Max envoya un message à son second et ami Romuald, lui demandant de faire des recherches sur la gent masculine de Fleur-Lez-Lys et pour lui prouver son impartialité, il inclut les coordonnées de Florian car son expérience d’enquêteur lui avait prouvé que le suspect était parfois la personne insoupçonnable du groupe.

Ce courriel achevé, il se glissa dans les draps brodés et parfumés renouvelés par Angèle et s’endormit rapidement.

 

lundi 13 juillet 2026

Mondésir

 

 

 


Mondésir était un joli royaume bleu et boisé. Cerfs, biches et autres hôtes des forêts y circulaient en liberté sans crainte d’être chassés puisque le seigneur des lieux avait interdit toute nuisance à leur encontre. De jolies gloriettes, des hameaux princiers émaillaient les parcs.

L’appartement réservé à Muguet était somptueux. La chambre était spacieuse et joliment meublée. Un lit à baldaquins attirait le regard par la magnificence de ses voilages et de sa literie brodée de fleurs des champs. Une armoire contenait du linge, des robes pour toutes les circonstances, des chapeaux et des accessoires de mode assortis.

Un divan et un fauteuil semblaient prêts pour assurer la réussite de conversations familières voire intimes. Un beau secrétaire pourvu de tous les objets chers à l’écrivain faisait face à la fenêtre afin de garder le contact avec la nature.

Une bibliothèque proposait des ouvrages divers, des contes, des romans, des études florales, des intrigues policières et des récits d’aventure ainsi que des ouvrages historiques.

Une dame de compagnie prépara un bain parfumé dans une pièce réservée aux soins corporels, baigna Muguet, la massa et la revêtit d’une élégante tenue d’intérieur.

Dans un cabinet réservé à la restauration, elle lui présenta le menu du soir : une terrine de légumes, une crème aux pétales de roses et une coupe de fruits. Sirops de mûre, de fraise et d’orgeat parfumaient une eau pétillante au choix.

Cet excellent repas procura à la jeune femme une immense sensation de fraîcheur.

Hubert de la Renaudière vint lui présenter ses hommages du soir, s’assura qu’elle ne manquait de rien et lui conseilla de se mettre au lit après son départ.

Il lui promettait une belle journée de découverte le lendemain et il tenait à ce qu’elle soit au mieux de sa forme car son domaine était vaste.

En quittant la dame de ses pensées, le maître des lieux lui offrit un bijou symbolique, un bracelet dont les pierreries évoquaient la douceur d’une biche, symbole de l’espoir.

La conteuse aux mains d'or

 




Dans une contrée boisée vivait une jeune fille prénommée Muguet dont l’art consistait à alterner le temps de l’écriture et celui du récit lors des veillées.

Au village, on l’avait surnommée la conteuse aux mains d’or car ceux qui avaient eu la chance de l’observer dans ses travaux d’écriture croyaient voir une virtuose du stylo tant la plume courait avec rapidité sur le parchemin à base de papyrus, de roses et de jasmin.

La quintessence florale du parchemin imprégnait la plume en or de la conteuse, conférant aux mots employés le parfum subtil de sa substance.

Comme ils étaient beaux les princes nés de sa plume ! Ils galopaient sur leurs destriers pour délivrer une princesse détenue par un dragon ou un être malfaisant pétri de haine.

Dans le meilleur des cas, le geôlier souffrait de troubles de l’âme et finissait par libérer sa prisonnière, honteux de ses actes de prédateur.

Mais ce cas restait une exception.

Un jour, une biche apparut près de la fenêtre de la pièce principale, semblant présenter un signe à Muguet.

Muguet jeta un châle sur ses épaules, mit quelques provisions dans un panier et suivit la biche qui l’entraîna dans un petit bois pour faire une halte près d’une fontaine. Elle disparut sous les arbres, laissant la jeune fille affronter son destin.

Muguet se souvint de la symbolique attribuée à la biche ; représentant la pureté, la grâce, l’harmonie avec la nature, la biche accompagnait Artémis, la déesse lunaire dans la représentation des divinités antiques.

L’avoir rencontrée et suivie signifiait assurément que Muguet était dans la bonne voie en magnifiant la nature dans ses écrits et qu’elle allait certainement voir une inflexion positive dans son destin.

De fait, un jeune chasseur armé d’un arc et de flèches la rejoignit près de la fontaine.

Pas de biche à ses côtés ; par contre ses beaux yeux noisette avaient l’éclat de la parure principale de cet animal gracieux.

Il se présenta, Hubert de la Renaudière :

«  Cet arc et ces flèches sont un cadeau du dieu Apollon et je n’ai nulle envie de m’en servir pour tuer un hôte de ce bois à moins qu’il ne soit redoutable, dangereux et offensif à notre égard ».

Il s’assit auprès de la jeune femme et s’enquit de sa présence en ce lieu consacré. Muguet répondit qu’elle avait suivi un signe et qu’elle se trouvait en ce lieu avec la croyance que sa vie allait subir une inflexion.

Elle se présenta à son tour, Muguet, conteuse pour assurer le bonheur du jour à ses compatriotes.

«  Puis-je vous enlever, charmante Muguet ? Nous apprendrons à mieux nous connaître en mon palais dont vous serez l’invitée d’honneur »
Un carrosse volant apparut dans la clairière. Les jeunes gens y prirent place et ce fut le départ pour le royaume de Mondésir où régnait Hubert de la Renaudière.