samedi 30 mai 2026

Rose Tango

 

 



«  Moi je suis tango tango

J’en fais toujours un peu trop

Moi je suis tango tango

Je n’connais que des rimes en o

Moi je suis tango tango

J’ai cette musique dans la peau ».

Emporté par la musique d’une chanson de Guy Marchand, Vincent se mit en devoir de trouver une partenaire pour danser un mémorable tango.

« Je danse ou je me bats

J’n’sais pas, je n’sais pas

Tango mi amor ».

Chanta une gitane qui accepta la rose qu’il avait entre les dents comme une promesse de passion aux couleurs de la rose tango.

Sur les traces du dieu Apollon

 

 

 


Gilles Le Guen arpentait l’île de Délos consacrée à l’amour et à la beauté pour y trouver son Tristan.

Dans cette attente, il réalisait parfois des portraits en installant son chevalet face à la mer pour en saisir l’émeraude de strates nuancées.

Il finit par devenir une figure familière de l’île. Les touristes voyaient en lui une attraction et les pêcheurs insulaires admiraient sa manière de transcender leur quotidien. Il revenait souvent dans la maison d’hôtes où il avait élu domicile avec des cagettes de poissons généreusement offertes par les travailleurs de la mer.

Son hôtesse transformait cette offrande en poissons grillés ou en soupes qui rappelaient au peintre les cotriades chères à son Yseult.

Alors qu’il peignait une marine, il vit venir à lui dans un nimbe solaire un éphèbe en qui il vit Tristan.

Craignant de l’effaroucher avec une offre directe, il posa ses pinceaux pour converser et en apprendre plus sur ce personnage qui ne semblait pas avoir conscience de sa beauté.

Le jeune Ambroise était poète et il cherchait l’inspiration dans cette île dédiée à l’amour.

Les deux artistes firent plus ample connaissance à la terrasse d’un café où on leur servit de l’ouzo, des olives et des petits pains au sésame.

L’ouzo produisit son effet ; chacun se livra à l’autre, révélant l’essentiel de sa quête.

Ambroise se passionna pour cette Yseult à qui Gilles cherchait un Tristan digne de sa beauté.

Quant à lui, il était en quête de l’amour fou en se référant à son poète préféré André Breton.

Comme il se montrait intéressé par la représentation d’ Yseult, Gilles lui proposa de l’accompagner dans sa maison d’hôtes car il avait emporté quelques représentations de sa toile fétiche afin de s’en inspirer pour créer son pendant masculin de l’éternel amour.

Après un léger repos, les deux artistes mangèrent de la rascasse. Cuite au four, agrémentée d’une sauce onctueuse aux plantes aromatiques, cette merveille typiquement méditerranéenne  les ravit.

Moussaka, féta et yaourts grecs clôturèrent cet excellent repas qui resta dans les annales de la maison.

Ambroise admira les reproductions de la toile représentant Yseult et souhaita en réserver une mais Gilles la lui offrit en gage de leur amitié naissante.

Le lendemain, ils se donnèrent rendez-vous sous huitaine pour prendre la mer en direction de Roscoff car Ambroise brûlait de connaître le modèle du fabuleux tableau dont il découvrirait l’original dans la salle étoilée de La Marée Bleue.

Quant à Gilles, il gardait pour lui la découverte du Tristan qui naîtrait de ses pinceaux.

 

 

vendredi 29 mai 2026

Diva malgré elle

 



Devenue sans l’avoir voulu le symbole divinisé de la Bretagne, Aurore tâchait de se consacrer au quotidien avec simplicité.

Comprenant son besoin d’échapper à la figure tutélaire de la belle Yseult qu’elle incarnait désormais, les habitués des marchés qu’elle fréquentait s’efforçaient de rester naturels.

Aurore ne pouvait s’empêcher de penser que si elle était l’amante éperdue aux yeux de tous, Yseult aux cheveux d’or, son Tristan n’était plus qu’un rêve entrevu en Cornouaille. Jehan de Roscoff semblait s’être évaporé littéralement.

Lorsque les Johnnies embarquaient avec leur précieuse cargaison, Aurore, escortée par le fidèle barde Yvon de Trégastel, parcourait du regard la foule des jeunes hommes en partance pour l’ Angleterre.

Un jour cependant, alors qu’elle s’y attendait le moins, un homme baisa sa robe et leva vers elle des yeux pleins de fièvre. C’était un vagabond, un faible d’esprit lui dit-on et l’on chassa le mendiant qui osait importuner une diva.

L’espace d’un instant, Aurore crut reconnaître l’objet de ses pensées et le but de son voyage, Jehan de Roscoff métamorphosé en suppliant par un sortilège.

Elle pria Yvon de porter une bourse de pièces d’or au vagabond et de veiller sur lui. Yvon s’acquitta de la tâche avec délicatesse. Il confia le malheureux à un institut médical, offrant une somme conséquente pour qu’on le rende présentable et qu’on le soigne.

Il contacta un médecin qui diagnostiqua une démence précoce due à un choc dont les origines pouvaient être diverses, agression physique ou désarroi moral.

Après une remise en forme a minima, le vagabond fut soigné dans un établissement thermal sous la garde d’une infirmière.

Gilles Le Guen, le peintre qui avait sublimé Aurore en la peignant sous les traits d’ Yseult était en voyage afin de trouver une nouvelle source d’inspiration.

Lors d’une halte dans les Cyclades, il choisit de s’installer à Délos, l’île du dieu Apollon, rêvant de trouver un modèle au Tristan qu’il rêvait de peindre.

Chaque pièce du puzzle d’amour se mettait en place pour parvenir au tableau final espéré, la réunion d’un couple fait et défait par la houle des vagues qui emportaient les hommes dont le but consiste à vaincre un destin cahotant.