vendredi 10 juillet 2026

Rêve de Shéhérazade

 

 



Mon doux aimé à la haute taille, aux yeux d'émeraude et aux lèvres de soie, je voudrais me lover dans tes bras.

Je rêve que tu m'emmènes à travers monts et vallées dans un univers riant où les sources psalmodient des chansons d'amour.

Sous la tente, nous nous livrerons sans retenue à notre passion et liés l'un à l'autre par un invisible philtre d'amour, nous nous endormirons en rêvant que les étoiles nous offrent un ballet divin.

Mon doux aimé, mon amant à la taille flexible, aux mains généreuses et au corps sculpté dans l'ambre, je t'aime follement et je t'embrasse éperdument en honorant une à une les strates érotiques de ton être.

Je suis ton épouse, ton amante, ton esclave et peu importe que ma beauté se fane et que mon pas devienne hésitant, je suis le miroir de tes yeux et je vivrai tant que tu pourras me regarder.

Mon doux aimé, mon amant, mon mari, je t'aimerai jusqu'à ce que le destin m'entraine vers d'autres rivages où je ne te verrai plus, ce qui pourrait s'appeler la mort mais qui est en fait l'autre face de notre éternel amour.

mercredi 8 juillet 2026

Le mariage de Jacinthe


 

On oublia l’épisode de l’enlèvement de Jacinthe. Désormais, la  vigilance redoubla et on ne laissa plus la princesse se promener seule le long de la rivière.

De temps à autre, des naïades déposaient des présents sur les berges. C’étaient des parures de coquillages, des robes en soie de lotus brodées de jacinthes d’eau et d’iris, des boites à musique en roseaux et autres merveilles réalisées dans la grotte où la princesse avait vécu.

Silver pensait souvent à sa dame d’amour mais il avait fini par se faire une raison de son départ.

Le prince Amour et la princesse Aurore songèrent qu’un mariage était le meilleur moyen pour leur fille de tourner définitivement la page de son enlèvement aquatique.

Ils organisèrent une fête et lancèrent des invitations dans les îles et les royaumes voisins.

On voulut proposer aux invités un banquet prestigieux. Soupe aux algues ,  plats de fruits de mer cuisinés, carpaccios de pétoncles, saumons farcis à l’oseille, tourtes de bar, daurades pochées, agneau rôti en méchoui, pastilla aux pigeons et aux amandes, tajines de poulet, couscous royal, plateaux de fromages et salades composées formaient l’essentiel des plats roboratifs.

Venait ensuite une ronde de desserts variés, macarons aux fruits, tourments d’amour, tartes aux noix de pécan, aux myrtilles et à la crème de pruneaux, flans à la noix de coco, gâteaux à l’ananas, babas au rhum et kouign Amann, pouvait satisfaire les gourmets les plus exigeants.

Les invités furent accueillis par le prince Amour et la princesse Aurore.

Lorsque Jacinthe apparut dans sa robe en soie de lotus, ses cheveux relevés et ornés de petites roses, un cri d’admiration fusa. C’était la plus belle princesse que l’on puisse voir et elle se montrait en toute simplicité. Son carnet de bal fut bientôt complet.

Les danses se déroulèrent au son des violons, de la flûte de Pan, de la vielle, de l’accordéon et de l’harmonica.

De temps à autre, un musicien à l’orgue de barbarie proposait un intermède  et des chanteurs se succédaient pour interpréter de belles romances.

Jacinthe s’efforçait de ne favoriser aucun cavalier afin d’éviter toute rancune. Cependant l’un des jeunes gens, un prince hongrois, discret et souriant retint son attention.

Le buffet obtint un vif succès. Certains danseurs délaissèrent la piste pour satisfaire leur gourmandise. La pièce montée de choux à la crème aux myrtilles pour rappeler la couleur bleue associée au prénom de la princesse fut littéralement dévalisée.

Le prince hongrois,  Gabor, fit preuve de retenue et présenta ses hommages à la princesse, s’excusant de ne pas s’attarder davantage : une affaire importante le rappelait au palais de son père.

Il remercia les hôtes et prit la mer après avoir invité le couple princier et leur fille à séjourner en son royaume.

Marquant ainsi son intérêt pour la jeune fille, il prit la tête des prétendants potentiels de la princesse.

De son côté, Jacinthe n’était pas insensible au charme slave du séduisant Gabor aux parfaites manières.

Le crieur de rue

 

 

 


Au son du tambour, le crieur a rassemblé la foule sur la place du village pour annoncer la grande nouvelle : Johnny donnera un spectacle à l’ancienne avec le roi de l’harmonica Greg Zlap.

Le blues du Pénitencier et Requiem pour un fou égrèneront leurs notes magiques à l’harmonica par le soliste puis Johnny surgira derrière un rideau de nuages pour interpréter Laura, Que je t’aime et L’idole des jeunes.

Des tambours martelant Le rêve passe accompagnent la belle voix de Johnny évoquant le retour de la Grande Armée.

«  Les soldats sont là-bas endormis sur la plaine

Où le souffle du soir chante pour les bercer

La terre aux blés rasés parfume son haleine

La sentinelle au loin va d’un pas cadencé

Soudain voici qu’au ciel des cavaliers sans nombre

Illuminent d’éclairs l’imprécise clarté

Et le Petit Chapeau semble guider ces ombres vers l’immortalité

Les voyez-vous

Les hussards, les dragons, la Garde » ?

Emergeant du passé, la Grande Armée défile dans un clair-obscur zébré d’éclairs, incitant Johnny à chanter J’en parlerai au Diable pour que notre pays sorte de l’ornière et trouve le chemin victorieux vers la gloire.

Dans la vie faut pas s'en faire

 

 



Soulevant son canotier au passage d’une dame, Maurice Chevalier, élégant artiste symbolisant la France, offrit la rose du souvenir à Vincent, seul capable à ses yeux de faire entendre sa voix Outre-Atlantique.

«  Dans la vie faut pas s’en faire

Moi je ne m’en fais pas

Ces petites misères

Seront passagères

Tout ça s’arrangera

Je n’ai pas un caractère

A me faire du tracas

Croyez-moi sur terre

Faut jamais s’en faire

Moi je ne m’en fais pas ».

Dévalant les escaliers de la butte Montmartre, Vincent chanta, espérant croiser sa Mistinguett

«  Sur cette terre, ma seule joie, mon seul bonheur

C’est mon homme

J’ai donné tout ce que j’ai, mon amour et tout mon cœur

A mon homme ».

Une petite alouette se posa sur son épaule et ainsi accompagné par l’oiseau de Roméo et Juliette dans la scène du balcon, Vincent sentit l’espérance gonfler son cœur battant au rythme de l’éternel amour.