jeudi 23 avril 2026

Les Bleuets

 

 

 


En poussant la porte du jardin de sa grand-mère, Ophélie était loin de se douter qu’un mystère planait sur le village de son enfance et qu’elle y serait mêlée.

Après avoir plusieurs fois fait le tour du monde en chantant et en dansant pour des publics variés, sur de petites scènes rurales et dans des théâtres, Ophélie avait éprouvé le besoin de se ressourcer dans son pays natal.

En consultant son courrier, elle distingua une enveloppe portant le cachet d’un tabellion et c’est ainsi qu’elle apprit le décès de sa grand-mère chérie, la magnifique Roxane qui l’avait élevée à la suite du décès accidentel de ses parents.

Le notaire lui certifia qu’elle était l’unique légataire de sa grand-mère : elle lui léguait une somme conséquente, le fruit de ses économies et l’acte de propriété de sa maison Les Bleuets, située à Maroilles, petite cité bénie où l’on respire le bon air herbager.

Avant d’emménager aux Bleuets, Ophélie prit contact avec Françoise, personne de confiance pour redonner à la maison son air pimpant d’antan.

Ophélie se demandait si les plantations florales de sa grand-mère, capucines, pavots, bleuets, pervenches et rosiers avaient gardé leur vivacité.

En arrivant chez elle, elle fut reçue par Françoise qui lui avait préparé un bon repas aux couleurs du pays : gougères au Maroilles, ce délicieux fromage à pâte molle qui avait assuré la renommée du village, poule au pot avec les légumes du jardin et tarte à la crème de pruneaux réservée, à l’origine, pour les repas de Ducasse, le tout accompagné d’un vin de fleurs et de limonade.

Françoise conduisit Ophélie à sa chambre, lui prépara un bain et l’aida à revêtir ensuite une chemise de nuit en batiste que Roxane aimait par-dessus tout.

Après avoir bassiné le lit, elle l’aida à prendre place dans un moelleux cocon de draps fins et d’édredons fleurant bon la lavande.

Françoise se retira ensuite discrètement pour se reposer à son tour afin de préparer le petit déjeuner du lendemain au chant du coq.

mardi 21 avril 2026

Summertime

 

 


Lorsque l’été reviendra, nous mangerons des cerises en chantant et nous entendrons, sans surprise, la trompette de Louis Armstrong, Satchmo, faire cascader les notes de l’espoir, victorieuses de l’esclavage dû aux planteurs de canne à sucre.

Les enfants orneront leurs lobes d’oreilles de cerises qu’ils feront danser sous les rayons du soleil.

La fée du blues est apparue dans une robe couleur bleu nuit et elle a distribué des étoiles pour chasser les démons déguisés en oiseaux menaçants.

Les jazzmen ont fait cascader les notes magiques, nées sur les bords du Mississippi et des voitures d’un modèle nouveau ont fait leur apparition dans les rues de Paris.

Réceptacle en plexy glass, de forme ovoïde, à une place, et se déplaçant à la vitesse d’un insecte butineur, l’abeille des rues vous emmène sans problème d’un point à un autre, éliminant çà et là les impedimenta terrestres et célestes réunis.

Ce voyage digne de Voltaire, dans Micromégas, nous rend le sourire et l’espoir d’une étoile nouvelle, celle d’un pays qui retrouve la force de son destin. 

lundi 20 avril 2026

Petit oiseau en cage

 



Lorsque Célia sortit de son sommeil comateux, elle crut qu’elle était revenue dans la forêt. On entendait le murmure d’un ruisseau, des chants d’oiseaux et le parfum des jacinthes chassait les miasmes provoqués par la dose de chloroforme administrée par le kidnappeur.

La pièce dans laquelle elle se trouvait était couverte d’herbes et de fleurs ; le mobilier en acajou et en bois blanc rompait la monochromie vert jade du décor.

Un joli secrétaire l’invitait à poursuivre ses activités favorites, coloriages, gommettes et dessins.

Célia dessina les contours de la pièce et se représenta en oiseau captif.

Une nurse posa sur une desserte un bouillon aux aromates royaux, le basilic étant la plante favorite des souverains, du poulet en gelée et de jeunes pousses savoureuses. Un dessert lacté rappela à l’enfant ceux que Cerise lui préparait. De la réglisse, des raisins blonds et des pétales de roses gélifiés ornaient la coupe de crème aromatisée à la vanille.

Célia apprécia ce repas et écouta l’histoire de Boucle d’or et les trois ours racontée par la nurse.

Camélia, la nurse, débarrassa la desserte et disparut après avoir déposé quelques livres illustrés sur le divan où la petite fille prit place.

Célia fut heureuse de retrouver l’ambiance complice de la forêt en lisant l’histoire du Petit Poucet.

Le soir tomba. Camélia revint, prépara le bain de la petite protégée du seigneur.

C’était une baignoire en forme de cygne qui invita Célia à barboter avant le coup d’éponge de la nurse.

Séchée et parfumée, elle revêtit une jolie chemise en coton brodée et se mit au lit, nénuphar géant au duvet de cygne.

Elle s’endormit rapidement, rêvant que Cerise venait la délivrer.