dimanche 21 juin 2026

Amandine couleur café

 



De son pas chaloupé, Amandine, son panier au bras, part au marché pour acheter de quoi faire un joli repas de fête.

Sa peau couleur café resplendit au soleil et elle va, en faisant danser l’anse du panier.

Parvenue au petit marché de quartier de sa ville, elle achète de la morue pour faire des acras, des cristophines, des patates douces, des bananes plantain pour donner de la coloration à son plat principal composé pour l’essentiel d’un magnifique Saint Pierre, d’étrilles, de poulpes et de langoustines.

Elle se munit de piments pour la réalisation d’une sauce dite enragée, choisit des avocats, fermes et mûrs.

Ananas, mangues, fruits de la passion, papayes seront servis en coupes rafraîchies.

Elle n’oublie ni la vanille ni le rhum dont elle mettra quelques gouttes dans son tourment d’amour.

Puis elle se dirige vers le marchand qui vend de belles étoffes, du madras, bien entendu mais aussi de la dentelle et du calicot pour réaliser de jolis boléros seyants, agrémentés de rubans et de strass.

De retour chez elle, elle dépose tous ses achats, les range soigneusement, fait un brin de toilette et se repose un peu sous la véranda, dans son fauteuil à bascule.

Les yeux mi- fermés, Amandine rêve.

Après cette pause salutaire, elle bouscule les marmites et les casseroles et prépare un petit festin à base de plats mijotés.

Le lendemain, il lui suffira de réchauffer tous ces mets auxquels il faudra donner un supplément de cuisson pour que se développent tous les arômes.

Elle façonne de plus des petits pâtés à la viande car elle sait d’expérience, que les hommes ne se sentent pas rassasiés tant qu’ils n’ont pas eu leur content de viande, n’en déplaise aux végétariens.

Un sorbet à la noix de coco apportera une touche de fraîcheur finale.

Heureuse d’avoir si bien préparé le repas qu’elle compte offrir à sa famille pour célébrer les fiançailles de sa sœur jumelle Célestine, au teint d’ambre et de rose, avec le beau David aux yeux noisette, Amandine s’installe à sa machine à coudre à pédales Singer et se met à froncer un joli jupon brodé qu’elle n’hésitera pas à montrer en dansant la biguine.

Cette journée de travail achevée, Amandine rejoint la salle à manger, mange sur le pouce un peu de pain puis elle enduit son beau corps de crème revitalisante et protectrice après un bain revigorant.

Enfin, sous le dais de mousseline qui lui sert de moustiquaire, elle s’endort en rêvant qu’elle trouvera un jour le prince de ses rêves qui lui apportera une bague d’amour.

Au royaume des Apaches

 

 

 


Dans les rues de Belleville il est un endroit où l’on peut croiser un Apache si on s ’y engouffre par mégarde . Un Apache authentique, canne-épée au flanc, couteau impressionnant à la ceinture, casse-tête en poche comme Montparnasse dans Les Misérables.

Un soir, Alice, toujours rêveuse, des étoiles plein la tête, fit la connaissance de l’un de ces individus.

Sans complexe, il la regardait, détaillant chaque élément de son corps à la manière d’un maquignon évaluant un ruminant avec la précision d’un spécialiste.

Zouzou, ainsi se présenta-t-il, prit le bras de la jeune femme, l’attira contre lui pour confirmer son estimation chiffrée.

Attablés dans un café de boulevard, au fond d’une salle interlope, ils parlèrent à cœur ouvert, le jeune Apache n’hésitant pas à jouer avec la poignée de son couteau à cran d’arrêt ciselée à ses armes, le collier de jais de Casque d’Or.

Il caressait la poignée de son arme comme il l’eût fait d’une femme, ce qui fit frissonner Alice, habituée à effleurer les pages des livres.

Brusquement, Zouzou ouvrit sa chemise à jabots, montrant son torse musclé émaillé de cicatrices.

Avec un sourire désarmant, il se pencha vers la jeune femme, prit l’une de ses mains pour la plaquer sur son épiderme palpitant.

L’arrivée inopinée du Maréchal des Logis affecté au quartier, venu boire de la cervoise Lancelot, son service terminé, détermina le jeune homme à partir brusquement.

Il se leva, caressa la main d’Alice et lui murmura à l’oreille «  à bientôt ; tu m’appartiens » avant de disparaître dans la nuit.

Il avait laissé sur la table un billet conséquent. Alice paya les consommations et rentra chez elle, un rêve Apache au fond du cœur.

 

 

 

Johnny Papa

 

 

 


Jade et Joy, ses joyaux, Laura, sa princesse et David son roi envoyèrent à Johnny leur père, une chanson, dans les nuages pour lui souhaiter une belle fête des pères.

«  Papa, papa, en faisant cette chanson

Papa, papa, je r’deviens petit garçon

Et je t’attends sous l’orage

User tout ton humour

Pour redonner du courage

A nos cœurs lourds ».

La belle chanson de Georges Brassens atteignit Johnny en plein cœur et il devint le petit garçon qu’il n’avait jamais été, propulsé sur les planches à l’âge de cinq ans pour n’avoir pas été désiré.

Un immense cœur de guimauve éclata en mille pétales d’amour et il les envoya sur terre réjouir l’âme de tous les pères aimants du monde.