vendredi 30 octobre 2026

Prise de contact

 

 

 


En pénétrant dans sa chambre médicalisée, fonctionnelle et dénuée du charme baroque de celle qui avait abrité ses rêves, Renée eut un geste de recul puis elle se raccrocha à l’inéluctable réalité en apercevant ses livres préférés sur une étagère placée près de son lit.

Le Cercle des Jours de Ken Follett était à portée de main et elle s’en saisit après avoir déposé sa valise, remettant à plus tard la mise en place de ses effets et de sa trousse de toilette.

Elle se plongea dans la lecture, confortablement installée au fond du fauteuil réservé aux visiteurs et ne vit pas le temps passer.

Une aide-soignante mit un terme à ce moment d’évasion en lui proposant de ranger ses effets dans les placards.

Elles eurent vite fait de procéder au rangement.

La valise fut placée dans un placard : «  Ce sera pour vos prochaines vacances » dit Amélie gaiement puis elle lui suggéra de faire un brin de toilette avant de se rendre dans la salle de restauration pour le repas du soir.

Les administrateurs de l’ EPHAD n’avaient pas souhaité que la pièce destinée à la restauration ne ressemble pas à un réfectoire. Des tables rondes offraient une convivialité de bon aloi.

Renée trouva sa place grâce à un petit carton portant son nom au pied d’un verre en cristal de roche.

Les occupants de la table, trois hommes et deux femmes lui souhaitèrent la bienvenue. Renée leur rendit le salut et fit honneur au menu. Velouté de potimarron, escalope de poulet poêlée au lait de coco, cœur de laitue suivis d’un yaourt à la grecque et d’une compote étaient savoureux et digestes.

Le repas achevé, Renée regagna sa chambre, pressée de retrouver les héros du Cercle des Jours.

A dix heures du soir, on lui signifia qu’il était temps de se mettre au lit, ce qu’elle fit docilement, espérant trouver un sommeil réparateur.

La poupée d'or

 

 

 


Désirant examiner la rose d’or insérée dans un cube de grès découverte par Orion, Althéa eut la surprise de trouver le bloc de grès fendu en deux parties.

Aucune trace de la rose d’or !

« C’est moi que vous cherchez » dit une petite voix cristalline.

Althéa finit par découvrir une poupée de porcelaine entièrement moulée dans un lingot d’or. Elle était assise dans un fauteuil paon, jetant un éclat des plus lumineux, ses jolies boucles dorées retenues par un ruban pourpre.

Althéa prit place sur un pouf afin d’être à sa hauteur. Elle hésita à la questionner sur sa métamorphose, compte tenu du fait que chaque habitant de l’île avait une origine florale, minérale ou aviaire.

Orion la rejoignit. Il prit la menotte de la poupée, la baisa, ce qui rosit ses joues.

Ils parlèrent de leur naissance insulaire, attendant qu’un nouveau prodige se produise.

De fait, quand les derniers voiles de l’aurore furent dissipés, on entendit un bruit d’ailes.

Portant la poupée Mélissa dans ses bras, Orion s’approcha de la fenêtre principale du palais pour assister, impuissant, à l’arrivée de dragons cracheurs de feu.

Althéa donna des ordres pour que le palais soit protégé de ces inquiétants visiteurs.

L’un d’eux activa le heurtoir et en franchissant le seuil, il se métamorphosa en prince vêtu de noir, portant couronne et pourvu d’une épée.

«  Pardonnez-moi, noble Althéa, d’arriver dans votre royaume de manière cavalière avec mon escorte mais je brûlais de voir de mes yeux la princesse dont tout le monde parle dans la ceinture insulaire dont nous sommes le garant. Nous sommes nés des soubresauts de la terre et avons pour destin le maintien de l’ordre dans la circonférence qui nous est dévolue ».

La poupée s’échappa des bras d’Orion pour se transformer en une ravissante princesse, au vu de la couronne d’or qui ornait sa belle chevelure.

Les deux couples prirent place à la table ronde du palais, réplique de celle qui fit la gloire des onze compagnons du Roi Arthur.

On leur servit des boissons à base de fleurs, de lait de chèvre et de miel de bruyère et d’hydromel. Sablés, cakes et mignardises aux fruits accompagnèrent ces délices du matin.

Pendant ce temps, les dragons n’avaient pas chômé. Grâce  à leurs projections enflammées, le sol de l’île s’était amendé.

Les plaques de lave figée avaient fondu, libérant l’écorce terrestre de sa gangue.

«  Vous pourrez cultiver votre terre à présent » dit le Prince Solal et pour marquer le renouveau du royaume, il apparut dans un costume flamboyant.

Il demanda galamment la main d’Althéa, offre que la princesse accepta tant la beauté solaire du prince était flamboyante.

Orion fit de même auprès de  Mélissa puis les deux couples portèrent la bonne nouvelle aux dragons devenus chevaliers.

Ils jurèrent, la main sur le cœur, de protéger leurs souverains et entreprirent la construction d’une aile  du palais où ils pourraient vivre, trouver des épouses qui donneraient naissance à des enfants appelés à devenir le soutien du royaume du Renouveau.

La poupée de Célia

 

 

 

 

Cerise jugea préférable de ne pas exposer Célia, peut-être recherchée par des malfrats, en l’emmenant dans les bois. Elle fit appel à une nourrice, présentant l’enfant comme une nièce en vacances.

Pour paraître crédible, elle acheta une valise censée appartenir à la petite fille, lui constitua un joli trousseau, des accessoires de toilette, des livres, des albums de coloriage et une boite de crayons Caran d’ Ache.

Elle lui offrit une magnifique poupée qui fut tout de suite adoptée par sa petite maman.

Cerise se rendait dans les bois en visite-éclair, juste le temps de cueillir des fleurs pour ses compositions et de ramasser les merveilles destinées à ses plats gourmands.

Célia ne quittait pas sa poupée, lui racontant des histoires. Elle se servit d’un carnet à dessins et dessina une jolie maison et deux silhouettes, un couple, vraisemblablement ses parents. Un aigle noir, en haut de la feuille semblait prêt à fondre sur la paisible  existence d’une famille vouée au bonheur.

 Célia s’était représentée au bas de la feuille, à droite, en costume de fée. Elle brandissait une baguette magique, espérant neutraliser l’aigle noir.

Cerise encadra le dessin, insérant des églantines et du laurier sous le verre bleuté. Cette petite a un talent précoce se dit-elle et elle se promit de parfaire son éducation artistique en l’associant à ses travaux. Elle broda un tablier de lin que l’enfant revêtait pour participer aux réalisations culinaires.

Elle écossait des petits pois, équeutait des haricots et effeuillait des plantes aromatiques.

La cuisine embaumait le thym, le romarin, le basilic, les fleurs comestibles qui sublimaient un plat joliment dressé.

Cerise excellait dans la préparation de gelées ; l’une d’elles, au romarin, faisait fureur et s’arrachait sur les marchés où elle exposait ses productions.

Célia donnait des notions de cuisine à sa poupée Aurore, reproduisant ainsi les gestes du quotidien.

La venue d’un voyageur discret et vêtu de noir, une grande cicatrice balafrant son visage, défraya la chronique des villageois et rappela à Cerise qu’un danger pouvait s’abattre sur l’enfant qu’elle s’était juré de protéger.

Elle redoubla de prudence, se fit accompagner par un ami fidèle réputé pour son art défensif du combat et doubla le service de la nourrice par la présence de son ami d’enfance Aurélien, toujours prêt à lui rendre service.

Cependant, au retour d’une courte escapade dans les bois, elle fut frappée en entrant chez elle par une odeur de camphre. Aurélien et la nourrice étaient endormis, vraisemblablement victimes d’un tampon au chloroforme et Célia avait disparu.

Elle n’était pas partie de son plein gré car Aurore la poupée dont elle ne se séparait jamais gisait tristement sur le sol.

Philippe, son garde du corps, pensa se servir du flair d’un chien dressé pour suivre la trace de l’enfant.

Le voyageur vêtu de noir avait réglé sa note à l’auberge où il résidait, prétextant un imprévu familial pour interrompre son séjour.

Un autre chien s’imprégna des odeurs de la chambre du voyageur pour remonter une autre suite et voir s’il y avait une concordance.

Cette vérification faite, les deux amis suivirent les chiens qui les conduisirent dans les bois. Ils s’arrêtèrent près d’une rivière ; les détectives amateurs déduisirent de cet arrêt que le ravisseur et l’enfant avaient traversé la rivière.

«  Rentrons à présent dit Philippe. Je vais vous héberger chez moi tandis que la gendarmerie que vous informerez procèdera aux constats d’usage ».

Ainsi fut fait : Cerise espéra fortement que les forces du maintien de l’ordre mettraient la main sur le ravisseur et ramèneraient l’enfant saine et sauve.