samedi 11 juillet 2026

Célimène

 

 


Les rythmes antillais assortis de cocktails aux fruits exotiques s’emparèrent de Vincent qui se laissa gagner par le farniente cadencé des îles.

«  Depuis deux mois

J’en reviens pas

Je m’demande si je n’ rêve pas

Tout çà est bien trop beau pour moi

Imaginez

Une poupée

La plus belle fille du pays

Et la plus amoureuse aussi

C’est tout cela

Célimène

Et plus que çà

Célimène » .

Vêtu d’un pantalon de toile blanche et d’une chemise de lin écrue, espadrilles en toile pour ne pas se blesser en marchant sur les coquillages, Vincent célébra les charmes de l’été en s’écriant

«  Cé cé cé-Célimène » espérant qu’elle apparaisse en jupon à volants et caraco de soie, une fleur dans les cheveux, cette insulaire magique qui lui apportera l’amour !

Poudre de riz et vieilles dentelles

Jeune et emballée depuis toujours par la poésie, j’ai adhéré à un cercle valenciennois baptisé pompeusement Cénacle Jehan Froissart, en référence à l’illustre biographe historien natif de cette ville qui recèle un immense trésor, La Cantilène de Sainte Eulalie, premier texte poétique écrit en langue française, la coutume consistant, à l’époque , à utiliser le latin pour tous les documents de qualité.

Le président du cercle, Jean Dauby, professeur émérite d’Anglais, le créateur du groupe, succédait, pour la présidence, à l’ineffable Doris Natali, poète classique maniant l’alexandrin avec une aisance fabuleuse.

Doris que je n’ai jamais vue mais qui est la personne avec qui j’ai développé une immense correspondance, était partie vivre en Corse du fait de la mutation de son mari.

Les réunions avaient lieu une fois par mois et Jean Dauby avait instauré un rituel immuable.

Il nous lisait une longue lettre de Doris qui disait à quel point nous lui manquions et elle se livrait à un panel d’anecdotes dans le style de Madame de Sévigné.

Ensuite, il distribuait la parole et comme j’étais la dernière venue, j’intervenais lorsque les stars, notamment Constant Ruffin et sa fille Florence, remarquable poète, s’étaient exprimées.

Par la suite, j’eus droit à plus d’égards, Doris m’ayant donné sa voix pour participer aux votes prépondérants.

Un jour, Jean nous présenta deux messieurs, fervents adorateurs de la poésie qui, de surcroît avaient des titres ronflants. Ils ne voulurent pas prendre la parole et semblèrent intéressés par notre réunion au vu des notes qu’ils prenaient.

Or, le mois suivant, il y eut un coup de tonnerre : sourcils froncés, Jean nous lut un article empoisonné écrit par les deux traîtres qui était paru dans un journal régional de renom sous le titre de Poudre de riz et vieilles dentelles.

Ils faisaient des gorges chaudes en évoquant la lecture épistolaire de Doris, détournant ainsi ironiquement le titre de la pièce à succès Arsenic et vieilles dentelles que ma mère affectionnait.

Leur style était corrosif mais excellent et je dus réprimer un sourire car effectivement, un œil avisé pouvait nous voir ainsi, démodés et un peu ridicules.

A dater de ce jour, Jean cessa de lire la lettre de Doris et la fit passer pour une lecture silencieuse et avec notre accord, il changea le mot cénacle en cercle, plus ouvert sur le monde.

Néanmoins la hiérarchie ne disparut pas.

Mon départ pour la Bretagne m’évita une rupture avec le cercle.

Ce fut une belle rencontre qui me permit d’avancer dans la recherche d’un style qui soit conforme à ma façon d’appréhender le monde.

Par la suite, J’eus la chance de rencontrer Eugène Guillevic et de lui plaire.

J’ai gardé quelques-unes de ses lettres, des phrases concises sur papier bleu avec un en-tête charmant : Madame Amie.

Aujourd’hui, je me contente d’écrire au jour le jour la saga de ma vie qui s’effeuille comme les roses de Ronsard avec les doux parfums de l’amour !

vendredi 10 juillet 2026

Le royaume de Gabor

 

 



Des échanges épistolaires tissèrent des liens entre Gabor et Jacinthe.

Gabor commanda une parure de saphirs au joailler de son palais ; il comptait en parer sa dame d’amour à son arrivée dans son royaume.

De son côté, Jacinthe demanda au tailleur du prince Amour, son père, un costume en soie de lotus doux au contact de l’épiderme. Les broderies reproduisaient la jacinthe, sa fleur symbole.

Ces préparatifs achevés, la famille princière escortée de notables, de cuisiniers et de l’indispensable nourrice Réjane prit la route pour le royaume de Hongrie.

Gabor s’ingénia à concevoir des plats de fête pour la réception de ses invités.

Carpes farcies, préparations à base de fruits de mer, carpaccios de pétoncles, méchoui d’agneau furent retenus. Gâteaux Reine de Saba, tourtières aux pruneaux, couronnes de choux caramélisés tenteraient les amateurs de plaisirs gourmands.

Gabor prépara un service spécial destiné à l’ arrivée en son palais : un bouillon de volaille, un steak tartare présenté à la dernière minute pour les amateurs de viande et du poulet à la sauce crémeuse et aux champignons.

De fait, à leur arrivée, les voyageurs se laissèrent tenter par ce repas qui leur permit de reprendre des forces.

On bavarda ensuite autour du samovar. Gabor remit au lendemain la présentation de sa parure à sa bien-aimée.

Chacun partit se coucher. Gabor donna les derniers ordres pour que le petit déjeuner soit une réussite ; il rêva de crêpes à l’orange et de regards amoureux.

Le lendemain, après un petit déjeuner princier, Gabor offrit la parure de saphirs à Jacinthe.

La princesse rangea celle qu’elle portait dans un écrin de nacre, cadeau du génie des eaux Silver conçu par un joaillier de talent pour sublimer les larmes d’amour d’un amant désespéré par son départ.

Oubliant qu’elle avait juré de ne jamais s’en séparer, Jacinthe se promena dans les jardins du palais. Apercevant une rivière dont les eaux vives étaient lumineuses, elle éprouva le besoin de saisir les nuances cristallines de l’eau dont elle se sentait proche.

Occupée à peindre l’insaisissable beauté de la rivière, Jacinthe ne vit pas le visage de celui qui s’était incrusté en son cœur à son insu, Silver, le génie des eaux. La passion l’avait transporté dans une rivière lointaine et il aurait à nouveau enlevé sa dame d’amour si Gabor n’était pas apparu pour prévenir Jacinthe que le déjeuner allait bientôt être servi.

Silver disparut dans le lit de la rivière et Jacinthe prit la main de celui qu’elle avait rencontré sur Tendre / Inclination.

Le séjour hongrois ressembla à un album féerique où chaque tableau était la pièce indispensable du puzzle de la passion.

Jacinthe fit le portrait de Gabor et la toile était si belle que le prince lui offrit une place de choix dans la salle de réception du palais.

Le prince fit sa demande en mariage qui fut acceptée par la destinataire et approuvée par ses parents.

Les noces auraient lieu dans le royaume de Jacinthe. C’est pourquoi les insulaires quittèrent le royaume de Hongrie pour mettre  au point le déroulé de l’événement.

Les fiancés se dirent au revoir et Gabor promit à Jacinthe de lui écrire chaque jour jusqu’à leurs retrouvailles.

Mélodie d'amour

 

 



Viens, mon aimée, sous la tonnelle, je te veux toute à moi sur un lit de fleurs.

Dans mes bras noueux, tu seras mienne et je t'aimerai tant que l'on ne saura plus vraiment qui de nous deux est le plus ardent.

J'habillerai ton corps ambré de pierres de lune et de turquoises et le rubis de mes lèvres apportera à ce temple vivant la vigueur de la passion.

Je t'aime follement, mon aimée et l'ardeur de ma flamme embrase de soleil la géographie de ton corps dont je déchiffre collines, vallons et volcans incandescents.

Ce soir, mon aimée, nous dormirons sous les étoiles pour écouter la mélodie de leur chant et j'en écrirai demain la partition magique à la gloire éternelle de ta beauté.