jeudi 5 février 2026

L'homme aux mocassins bleus

 

 



Lorsqu’il entra dans la salle de réception de la maison bourgeoise où il avait retenu une chambre , Philippe de Cassel eut l’impression de devenir aux yeux des autres pensionnaires l’homme aux mocassins bleus.

Contraint de prendre soin de ses pieds du fait de leur fragilité, Philippe avait trouvé les chaussures idéales, une paire de mocassins bleus qui avait appartenu à un légendaire chef sioux.

Après des recherches minutieuses sur la culture amérindienne, Philippe de Cassel avait décidé de s’établir à Paris pour s’y faire un nom.

Amoureux de l’univers balzacien, il avait tenu à vivre dans une pension de famille. Il avait trouvé une adresse et avait mis toute son énergie et son entregent pour se faire admettre dans La maison des écrivains.

Brodant un peu en digne émule d’Eugène de Rastignac, il avait prétendu écrire un roman retraçant l’itinéraire d’un gamin de Paris.

L’hôtesse, une sémillante quinquagénaire qui se piquait de littérature avait accepté sa candidature à condition qu’il lui lise des extraits de son roman.

La présentation terminée et le coup d’œil à sa chambre donné, Philippe rejoignit ses commensaux à la table de la salle à manger où les attendait un bon souper digne des grandes tables bourgeoises.

Nappe de lin, chemin de table brodé de pivoines et de paons, porcelaine fine, argenterie, cristal étincelant sous les lustres d’argent, Dame Flore, l’hôtesse apporta une soupière au contenu parfumé et servit chaque convive avec dextérité.

On mangea en silence puis avec l’arrivée du deuxième plat, un osso bucco généreux, les langues se délièrent.

Philippe échangea quelques généralités avec sa voisine, une jeune fille timide qui portait bien son prénom, Violette.

Violette était puéricultrice. Philippe songea qu’elle devait être plus à l’aise auprès des bébés et des jeunes enfants qu’avec les adultes.

Plateau de fromage et îles flottantes clôturèrent  ce bon repas où des eaux minérales et des vins de qualité avaient rafraîchi les gosiers échauffés.

Dame Flore proposa au choix café, thé ou tisane et des liqueurs puis chacun regagna sa chambre après un au revoir amical.

Satisfait de sa première soirée, Philippe fit une toilette sommaire et plongea rapidement dans un sommeil réparateur.

Sa nuit fut agrémentée par de fugitives apparitions féériques. Il crut reconnaître le doux visage de Violette dans un nuage doré où apparaissaient, au milieu de langues de feu, les visages des chefs sioux qui émaillaient sa thèse.

Il prit son petit déjeuner dans sa chambre, se vêtit soigneusement et partit à la conquête de Paris pour trouver le fil d’Ariane du roman qu’il était censé écrire et dont il devrait livrer quelques pages à Dame Flore, l’hôtesse de la Maison des écrivains.

Quatrième de couverture de Mystère à Maroilles

 

 

« Un photographe d’art réalisa post mortem un cliché de la malheureuse. Grâce à d’habiles retouches, il effaça les stigmates de la douleur et donna à la femme l’apparence d’une personne en vie.

De cette manière, on put proposer aux habitants de Maroilles une photographie convenable voire attrayante.

Un homme la reconnut : «  C’est la créature des bois » ! On lui demanda de préciser le sens de la métaphore.

Selon ses dires, cette femme connue sous l’appellation « créature des bois » était une aubaine pour les hommes en quête de proies faciles ».

 

Qui est cette « créature des bois » et quel lien l’unit-elle avec une petite fille trouvée en forêt de Mormal près de Maroilles ?  Voilà l’énigme que doivent résoudre la gendarmerie du village et Ophélie, habitant aux Bleuets, dans la maison léguée par sa grand-mère au passé étonnant ! En cherchant des champignons et des fleurs pour ses compositions artistiques, Ophélie a trouvé une enfant errant dans la forêt …

Ciel bleu nuit



Ciel bleu nuit, friselis de nuage, tourelles où nichent les oiseaux, pont levis qui jette le trait d’union entre les vastes espaces et le confort du château à l’assaut des nuages … et puis toi, ma belle, mon infante, ma princesse d’orient que je rêve de couvrir de pierreries, toi que je veux sans cesse chanter, reprenant la courtoisie des grands poètes, baladins de l’Amour, rivalisant de zèle avec les cracheurs de feu et les montreurs d’ours pour faire naître l’accent d’un sourire sur tes lèvres nacrées, toi l’unique objet de mes rêves, je t’imagine sous un dais précieux, emmitouflée de zibeline, parfaite imitation de fourrure véritable, les mains douillettement protégées par des moufles de laine, prête à me donner l’essence de ton être.
Alors je veux te montrer à quel point je te désire, je te livre mes rêves en chantant une ode à ta beauté et je me laisse emporter par une vague de mots qui roulent sur le sable comme autant de coquillages, forteresse de nacre et d’embruns.
Je ne sais plus si j’aime, je chante ou je me meurs. J’attends que le voile de la nuit nous couvre de sa complicité pour que nous vivions enfin, loin d’un public qui aime le spectacle, le véritable Amour sous une pluie d’étoiles.

mercredi 4 février 2026

Joailleries et dentelles

 

 


Renonçant à toute aventure romanesque, Bianca loua un pas-de-porte dont elle fit son royaume.

Elle fit aménager la pièce principale en unité commerciale séduisante, la vitrine annonçant les couleurs avec un décor de poupées en costume breton, de coiffes et de bijoux artisanaux.

La boutique eut du succès et les élégantes arborèrent la coiffe lors de leurs réceptions.

Certaines adolescentes,  férues d’originalité, portèrent la coiffe à tout propos, se heurtant parfois à la discipline scolaire hostile à toute marque distinctive . Les principaux et les proviseurs, conscients du fait que l’on ne pouvait pas ôter une coiffe et la remettre facilement, compte tenu de l’absence politique ou religieuse de l’ornement valorisant leur patrimoine culturel, autorisèrent, par le biais d’une note au règlement intérieur, les jeunes filles à porter la coiffe en cours.

Bianca devint ainsi la coqueluche des jeunes féministes. Elle-même porta la coiffe, variant chaque jour afin d’honorer tous les terroirs de la belle Bretagne. Elle osa les couleurs, privilégiant le spectre de l’arc-en-ciel qu’elle associait à l’harmonie universelle.

Un jour, un jeune homme de belle prestance, entra dans son magasin, acheta quelques bijoux et sujets décoratifs.

«  Je ne porte pas la coiffe ! Par contre, j’ai conçu un jeu d’échecs où la reine est coiffée à la mode de Fouesnant ».

Sur ces mots, il déposa sur le comptoir son jeu d’échecs. Cette fabrication artisanale séduisit Bianca et elle demanda à son créateur l’autorisation de l’exposer dans sa vitrine.

«  J’en serai heureux » dit le jeune homme et il se retira pour concevoir de nouveaux échiquiers, cet article devant nécessairement plaire à la population investie par le souvenir d’une Bretagne ardente, vouée à l’âme celtique.