lundi 13 avril 2026

Cerise dans les bois

 

 


Lors de ses promenades matinales dans les bois environnants, Cerise faisait maintes rencontres, des lapins, des chevreuils, des hérissons et surtout des baies, des champignons et des fleurs dont elle faisait bon usage . Des compositions florales jaillissaient de ses mains expertes ; mises en vente dans sa boutique, elles trouvaient rapidement preneur.

Les baies et les champignons agrémentaient des préparations gourmandes qui fleuraient bon les sous-bois d’origine.

Un jour, Cerise fit une rencontre inattendue : une petite fille d’environ cinq ans buvait l’eau d’une fontaine. Nullement effarouchée et semblant avoir fait de la forêt son habitat naturel, la petite Célia n’apprit rien à Cerise concernant ses origines. Elle était vêtue sobrement mais chaque élément de sa toilette semblait être de qualité. Elle portait de jolies boucles d’oreille en or, un bracelet en saphirs et un médaillon consacré à la reine Anne de Bretagne.

Cerise proposa à l’enfant son hospitalité jusqu’à ce que ses parents viennent la chercher. Célia battit des mains et lui emboita le pas jusqu’à la maison dont elle apprécia le confort après tant de jours passés dans le bois.

Elle savoura un repas léger, bouillon de volaille, œuf en gelée et cœurs de laitue, fit sa toilette avec l’aide de Cerise, enfila une chemise de nuit brodée que son hôtesse avait gardée de son enfance et s’endormit rapidement dans un lit douillet.

En pliant les vêtements de la petite fille, Cerise trouva dans une poche une lettre ainsi libellée :

«  Prenez soin de notre fille. Nous lui avons demandé de s’enfuir dans la forêt à l’approche de brigands qui veulent sans doute nous séquestrer. Que Dieu vous garde » !

Cerise rangea le précieux document dans son secrétaire et se promit de tout mettre en œuvre pour que Célia retrouve ses parents.

Les violons du désespoir

 





Ils ont vibré toute la nuit, les violons du désespoir, pour chasser les ombres et les fantômes.
Les couples ont dansé un quadrille avec entrain et ont attendu la mazurka qui n’est pas venue car les rossignols de la nuit ont remplacé les musiciens qui se sont éclipsés dans un halo de lune.
La reine des gitans est alors apparue, dans sa roulotte, avec ses musiciens et ses danseuses et l’air des Yeux noirs a retenti dans la clairière, ponctué parfois par le hennissement des chevaux.
Giovanna s’est élancée dans sa belle robe à froufrou, et elle a dansé en jetant parfois un œillet rouge à un beau jeune homme au regard pénétrant.
Ramon, Rodrigue et Manuel se sont succédés pour lui servir de partenaire et le bruit saccadé de leurs chaussures a accompagné ses virevoltes et ses contorsions en appel de l’amour et du désir.
D’un geste, la reine des gitans a mis un terme à la fête et tout ce monde s’est évanoui dans la nuit, afin de laisser la place à des musiciens de haute lige, Renaud Capuçon en tête, pour interpréter un aria ou un air mélancolique et beau.
Les violons du désespoir se sont transformés en violons magiques afin de rendre à chacun un peu de cette âme qui avait disparu de notre royaume.

dimanche 12 avril 2026

Bribes

 


 

Je me suis enfoncée dans une forêt pour y chercher mes origines.

De charme en hêtre, de houx en chêne, de buissons d’églantiers en tapis de bruyère, j’ai progressé, l’œil en émoi, cherchant la biche des bois.

Mais le choc fut rude lorsque je me retrouvai sur l’asphalte des villes. Pour oublier cet environnement ingrat, j’ai porté des gants en dentelle et me suis promenée le long des canaux tristes avec pour seule ligne de fuite le ballet de péniches disparates, tantôt pimpantes, tantôt proches de la grisaille du ciel couvert.

J’ai recherché l’amour mais il a fui ou plutôt il ne s’est manifesté que sous sa forme la plus rebutante. Alors j’ai pris un petit carnet pour y noter mes pensées vagabondes et pour y faire sécher boutons d’or et pensées.

C’est avec bonheur que j’ai accueilli la solitude, ma plus fidèle amie et j’ai attendu le moment où mes rêves s’incarneraient enfin. Cette joie m’a été donnée si tardivement que je ne pouvais plus marcher pour la savourer. Mais il me restait encore l’essentiel, l’infaillible jeunesse de mon cœur et l’art de tresser les mots pour en faire des couronnes.   

samedi 11 avril 2026

Alice et le miroir vénitien

 



En poursuivant le lapin blanc qui se plaignait toujours d’être en retard, Alice se trouva dans une petite pièce qui était illuminée par la présence de nombreux miroirs.

Elle en choisit un qui portait en son cœur une rose dont les tons étaient du plus bel effet. C’était en fait un poudrier qui faisait office de miroir par la même occasion.

Sa sœur Adèle refusait toujours de lui laisser regarder de près son poudrier c’est pourquoi Alice fut aux anges de pouvoir ainsi s’approcher d’un objet qui lui était interdit à la maison et qui semblait si beau et si pratique à en juger par l’habitude répétée d’Adèle de lui rendre une visite pour s’assurer de l’état de sa beauté.

Alice fut enchantée de découvrir à l’intérieur du poudrier magique une décoration qui reprenait ses traits en lui donnant une finesse inaccoutumée.

Elle activa la houppette qui était jointe au poudrier et se poudra avec délices : elle était enfin une jeune fille certifiée et reconnue.

Un nuage de poudre ocre et rose se développa dans la pièce, mettant en relief un magnifique miroir vénitien qui avait échappé à sa vue.

Elle le prit avec délicatesse et vit son visage se transformer d’une seconde à l’autre.

Un tapis de fleurs, roses, jasmin et réséda, orchidées, déroula une traîne royale qui l’incita à ôter ses souliers vernis et à se déplacer avec précaution sur cet accessoire magique qui se mit à onduler pour devenir une véritable mer fleurie où nageaient des dauphins.

Sautant de nénuphars en lotus, elle finit par arriver dans une prairie où elle retrouva, sans en être surprise,  le chapelier fou et le lièvre de Mars qui prenaient le thé de manière chaotique et charmante.

Le lapin blanc arriva tout essoufflé ; il s’épongea le front avec un mouchoir brodé à l’effigie de la reine de cœur puis but avec délices le contenu d’une tasse de thé venu des Indes.

Alice accepta également une tasse, se poudra ensuite le visage d’un geste machinal et se retrouva, de ce fait, dans sa chambre, une poupée sur les genoux.

«  Qui a encore pris mon poudrier » ? dit Adèle avec une colère qui n’était pas feinte mais Alice put répondre qu’elle n’était pas la coupable.

Elle décida de faire la demande d’un poudrier ou d’un miroir à la bonne fée, sa marraine et se replongea dans la lecture de son livre favori A l’ombre des cerisiers en fleurs qui lui apporta, comme d’habitude, le plaisir de vivre les aventures d’un descendant du chat botté ou le voyage inédit d’une jeune femme sur les routes de Saint Jacques de Compostelle.

Le chant d’un oiseau interrompit sa lecture et elle se promena dans le jardin en rêvant à une prochaine expédition dans le monde féerique imaginé par un mathématicien britannique, Lewis Carroll !