« Je pressais le pas pour rapporter au plus vite le fromage dont maman avait besoin pour réaliser la tarte au fromage de chèvre dont je raffole lorsqu’un inconnu me barra le chemin. Il était essoufflé et semblait souffrir.
Il m’a demandé de le conduire à l’église car il avait besoin de parler à un prêtre pour une affaire de la plus haute importance : il y allait du salut de son âme.
J’ai pensé qu’un crochet ne me mettrait pas en retard ; le prêtre nous rappelait sans cesse que Dieu avait toujours la priorité.
Parvenus dans l’église, nous n’avons vu personne. Le dénommé Angelo m’a demandé de le suivre dans le confessionnal. Je serais libre me dit-il à l’arrivée du prêtre.
Ce fut ensuite le trou noir et je me suis réveillée en sous-vêtements, ligotée et incapable de crier : ma bouche était close par un sparadrap ! Je me trouvais dans un endroit humide et sombre » !
Un enquêteur traduisit en langage élaboré le récit syncopé de Marjorie qui s’exprima avec ses mots d’enfant.
On attendit le résultat de ses examens cliniques et psychiques pour l’interroger davantage.
On lui demanda de décrire son ravisseur et comme les mots lui faisaient défaut, on lui donna un carnet et des crayons de couleur. Marjorie dessina longuement. Ses premiers dessins traduisaient son effroi : elle avait esquissé la silhouette d’une sorte de monstre mi dragon mi vampire qui crachait des flammes avec une langue démesurée.
Puis ses dessins se modifièrent et l’on put établir un portrait-robot du dénommé Angelo en exploitant des détails précis et réalistes.
C’était un homme de taille moyenne. Il avait des cheveux bruns bouclés. Son teint était mat, ses yeux étaient perçants. On pouvait y lire une lueur inquiétante proche de la folie.
Il lui manquait trois dents et ses mains rugueuses traduisaient une pratique agricole . Sa main droite était amputée de deux doigts : était-il tailleur de vignes ? Il portait des sabots et ses vêtements étaient semblables à ceux que portaient les ouvriers agricoles de la région.
Grâce à ces données précises on obtint une identité qui correspondait avec le souvenir de la victime.
Angelo Lingini
Né le 1 er Août 1980 à Naples
Naturalisé Français à la suite de son mariage avec Marianne Lacoste née le 22 Avril 1990 à Fleurance
Travailleur agricole
Signe particulier : amputation du majeur et de l’annulaire de la main droite.
Des sources diverses mentionnèrent des mains courantes laissées à son encontre dans diverses gendarmeries, jamais traitées sérieusement par manque de temps des préposés à ce type de tâche.
Il s’agissait de violences exercées contre des femmes, voire des viols ; les plus récentes marquaient un penchant pervers pour les fillettes.
Cet individu était notoirement peu recommandable et aurait dû être suivi par les autorités compétentes.
On transféra le dossier à l’inspecteur Maximilien Lacombe surnommé d’ Artagnan pour son port de moustache et de barbe à la gasconne et pour son accent du terroir.
Il était spécialisé dans les enquêtes complexes et s’était fait une réputation de démineur en matière criminelle.


