vendredi 5 juin 2026

La princesse Stella

 

 



Dans un royaume insulaire vivait une princesse dont le plaisir consistait à courir sur la grève, les pieds nus.

Stella portait bien son prénom tant elle aimait admirer les étoiles, au soleil couchant.

Elle évitait les étoiles de mer, urticantes et défensives lorsque les vagues les avaient déposées sur le sable mouillé.

Elle emportait souvent un panier repas contenant des gougères au fromage de chèvre, des tranches de pain bis tartinées de tapenade ou de confitures ainsi qu’une gourde de boisson aromatisée au sirop de fruits.

Son repas achevé, Stella cherchait les fruits de mer accessibles sur la plage et les nettoyait avant de les placer dans un sac isotherme destiné à préserver la fraîcheur.

Un soir, alors qu’elle s’apprêtait à remonter vers son hacienda solaire, un galop de cheval retentit aux abords de sa crique et elle vit émerger d’une dune un superbe cavalier qui montait un alezan, à l’indienne, sans étriers et pieds nus, comme elle.

Arrivé à sa hauteur, le cavalier descendit de sa monture d’un mouvement digne d’un apache et ploya le genou face à la princesse pour lui baiser la main.

Les jeunes gens échangèrent ensuite des propos anodins et Stella céda aux lois de l’hospitalité qui étaient en vigueur dans son royaume.

Le prince Marin de Noblecourt reçut l’invitation avec une joie mesurée par la bienséance et tous deux se dirigèrent vers le palais d’été de la princesse.

Le prince découvrit une habitation conçue pour bénéficier des effets du soleil.

Les jeunes gens prirent place dans des fauteuils Emmanuelle et se servirent de bouchées gourmandes placées sur un guéridon.

De la citronnade les rafraîchit et pour adoucir les effets nuisibles causés par le sable, des bains parfumés suivis d’onguents adoucissants furent offerts à leurs pieds irrités.

Ensuite, Stella conduisit elle-même le prince à sa suite, décorée et aménagée avec soin puis ils se séparèrent jusqu’au lendemain.

L’alezan Orion jouissait des soins dispensés par un palefrenier et il rejoignit son maître dans le pays des rêves.

Le lendemain et les jours suivants, Stella et Marin développèrent une belle amitié qui devint un manteau royal fleurdelisé qui les conduisit à envisager un avenir commun.

Alors que leur idylle était au beau fixe, Stella s’enhardit jusqu’à lui poser une question qui lui brûlait les lèvres depuis le début de leur rencontre :

«  D’où venez-vous, cher ami » lui demanda-t-elle d’un ton aussi léger que possible au vu des circonstances.

«  J’attendais cette question depuis si longtemps, chère Stella qu’à présent, je peine à vous répondre.

J’ai l’impression d’avoir toujours vécu à vos côtés et vous êtes tout pour moi à présent, une future épouse si vous le souhaitez, une enfant que je porterai toujours dans mon cœur et une mère aimante puisque j’ai perdu la mienne lors de ma naissance ».

Des anges passèrent et les deux amants tombèrent dans les bras l’un de l’autre.

Pour la première fois, Stella emmena son prince dans le palais de ses ancêtres qui étincelait sous le cristal et les dorures.

Les préparatifs nuptiaux allèrent bon train et l’on vit arriver, à bord de voiliers, des dames aux têtes couronnées et des gentilshommes portant l’épée et des vêtements chamarrés.

« Vous voyez, ma mie, murmura le prince Marin à l’oreille de sa promise, vous avez eu raison de me faire confiance et de m’avoir donné votre amour sans la contrepartie d’un titre que, du reste, je possède ».

Et tous deux se jurèrent à nouveau un éternel amour et ils prirent la décision de se chausser dorénavant car il leur serait difficile d’être pris au sérieux par leurs sujets s’ils restaient pieds nus !

 

jeudi 4 juin 2026

Une étrange rencontre

 

 

 


Un soir, entre chien et loup, je vis s’asseoir en face de moi, à ma table, un étrange personnage.

Comment était-il venu là ? Avait-il pris mon sourire à la ronde pour une invitation personnelle ? Toujours est-il qu’il me parla avec volubilité, me racontant quelques péripéties de sa vie qui étaient à l’opposé de mes conceptions idéales : emphase, étalage de rubriques diverses où alternaient larcins et même utilisation de la violence ! Il fit une pause en découvrant une facette enfantine de son être.

J’étais fascinée par cet étrange personnage. Je notais sans le vouloir son chapeau de type Borsalino, sa peau brune, son sourire mafieux. Il portait une magnifique chemise à jabot de dentelle et tandis qu’il me confessait ses crimes, je restais accrochée à ces dentelles qui étaient le seul point commun de nos deux êtres. Il accompagnait ses paroles de gestes qui mettaient en valeur sa chevalière ou sa chaîne de montre en or.

Je parlai à mon tour, lui exposant surtout mon amour de la poésie. Tandis que je me demandais quelle issue allait avoir cette rencontre, il se leva brusquement, me dit « je ne suis pas un homme pour vous » et disparut dans la nuit en me laissant interdite et rêveuse.

La rose des élégances

 

 

 


En se penchant sur une fleur, Johnny eut une révélation et il composa une chanson qu’il intitula La rose des élégances.

Tous les rythmes de jazz mêlés à des refrains venus des bals populaires s’élevèrent à un point d’orgue qui donna le frisson à ceux qui eurent la chance d’écouter cette géniale création lors d’un concert mémorable.

Des roses de feu jaillirent sur la scène, impulsant une frénésie ravivée par le son des guitares, de l’harmonica et d’une batterie étincelant sous les spots en forme de lucioles.

La rose des élégances laissa un souvenir légendaire aux fans venus découvrir la création de Johnny et c’est au moment où ils offraient à leur idole le cœur de leurs mains reconnaissantes qu’ils se réveillèrent, découvrant l’ampleur de leur rêve.

La rose des élégances resta vrillée au fond de leur âme et chacun de se dire qu’un jour, peut-être, Johnny leur reviendrait pour interpréter cette ballade royale.