vendredi 9 juin 2017

Quand reviennent les roses

 
Décor : un banc dans un jardin public
Scène I
-une passante:
Que faites-vous là, ma brave dame, sur ce banc, avec un livre à la main ? Peut-être cherchez-vous de l'aide?
-Je vous rassure, je vais bien.C'est notre monde qui va mal, avec le retour de pistoleros qui jouent à la roulette russe le sort de notre planète. Quant au livre, il s'agit de contes écrits par une descendante de Madame d' Aulnoy . Elle chante l'amour de la nature, des roses et des biches et naturellement, un quadrille de princes et princesses danse au son d'un orchestre viennois. Je vous le recommande.
- Non merci, moi je suis une adepte des thrillers et des polars noirs. Les cadavres mutilés et sanguinolents font mes délices.
-Grand bien vous fasse ! Ne trouvez-vous pas qu'il y a suffisamment de misère et de douleurs dans notre environnement pour vous repaître ainsi d'un supplément de cruauté ?
- Ce n'est pas faux mais je me suis habituée à ces drapeaux noirs brandis aux quatre chemins de nos illusions.
-Ma pauvre amie, je vous plains. N'aimiez-vous pas les contes de fées lorsque vous étiez enfant ?
-Bien sûr mais j'ai toujours su que la réalité était différente dans ce monde où les rêves s'ancrent dans le quotidien.
-Pourquoi les monstres et leurs armes de destruction seraient-ils plus crédibles que les fées qui s'incarnent dans des personnages du quotidien ?
- En vérité, cette question me trouble et j'avoue mon impuissance à y répondre. Permettez moi de passer mon chemin et de revenir demain pour vous donner une réponse.
- A demain donc !

mardi 6 juin 2017

Ode à la déesse Flore



 Si ton cœur est rempli de haine, ne croise pas la fée de la fontaine, elle te fera cracher des crapauds et des serpents et tout le monde te fuira.
Mais si ton cœur est empli d'amour,cherche la fontaine qui abrite la fée des vertus.
A ceux qui souffrent, qui sont les mal-aimés mais qui sont attentifs aux souffrances d'autrui, elle offre le don magique de laisser échapper perles et roses d'amour à chaque parole prononcée.
Moi, je ne suis qu'un chanteur et je ne peux vous donner qu'un récit fait par une dame aux cheveux gris et qui rêve encore d'un monde toujours beau, toujours fleuri pour que s'effacent les signes maladifs qui lézardent notre terre, aujourd'hui attaquée en sa couronne verte, celle de la déesse Flore aux mille mains d'argent.

jeudi 1 juin 2017

Le Prince de la Jalousie



Abrité derrière le rideau de ses cils aussi doux que la soie, le petit prince dort ou plutôt il sommeille, à la manière des chats.
Ne vous méprenez pas, il vous observe et c’est uniquement lorsqu’il dort, les bras en croix, repu et apaisé qu’il est vraiment plongé dans le sommeil.
Les sens en alerte, il écoute, il regarde, il gazouille et ses vocalises nous révèlent qu’il sera peut-être ténor.
Il chante déjà si bien ! C’est un peu comme si les oiseaux étaient entrés dans notre demeure qui porte si bien son nom : La Jalousie !
Il est notre prince et si sa mamie parvient à écrire un livre à sa gloire, guidée par la fée qui active sa plume, il sera Roi !

dimanche 28 mai 2017

Les larmes du soleil





En me promenant près du miroir aux fées, j'ai croisé une libellule qui m'a adoptée.
Pour fêter ce bel événement, je me suis assise sur un banc de pierre et j'ai sorti de mon sac un petit carnet qui ne me quitte jamais.
Et les mots se sont mis à chanter avec tant d’allégresse que les larmes du soleil sont tombées sur mes écrits pour leur donner un charme inédit.
Ensuite, à la tombée du soir, je suis repartie chez moi, à petits pas, avec la juvénile beauté de la libellule à jamais inscrite en moi.
J'ai choisi pour titre de mon prochain livre Les larmes du soleil et je ne doute pas de son succès car la fusion de l'éphémère beauté de la libellule et ces larmes solaires, radieuses et empreintes de poésie a offert à mon grimoire féerique l'accent de l'éternité.

samedi 27 mai 2017

Le cadeau de Liseron





Un beau matin, la belle Liseron mit sa pèlerine et chaussa ses bottines pour aller voir le roi de la forêt, un magnifique sapin centenaire dans l'espoir d'y découvrir un fabuleux cadeau.
Lorsqu'elle arriva dans la clairière, précédée par un vol d'oiseaux bleus, elle ne vit aucun paquet enrubanné.
Par contre, un jouvenceau jouait de la flûte traversière et l'enchantement prenait corps dans une douce mélopée.
Un nuage d'or les enveloppa et ils naviguèrent de concert dans un pays enchanté où l'on avait banni pour toujours guerres et disettes.
Liseron et son enchanteur atterrirent sur les marches d'un beau palais de marbre aux couleurs d'orient.
Ils goûtèrent à toutes les joies paradisiaques dont on peut jouir sur terre et s'endormirent, enlacés dans une zibeline qui leur rappela les bienfaits de la forêt et de ses habitants.
Et lorsque Liseron s'éveilla dans sa chambre de jeune fille sage, elle fut à peine surprise de voir à son chevet le pâtre d'amour qui lui était destiné pour toujours.

vendredi 26 mai 2017

Le Prince d' Or

Le Prince d' Or
En son jardin d'amour, la belle Oriane brodait en rêvant. Soudain le paon turquoise qu'elle venait de terminer sur le chemin de table destiné aux fêtes s'envola, laissant à sa place de la poudre d'or.
Après avoir suivi le vol de l'oiseau céleste, Oriane se pencha sur le centre de sa broderie et découvrit avec surprise les contours d'un jeune prince avenant à la silhouette dorée.
Elle emporta soigneusement le précieux ouvrage dans sa chambre, déterminée à attendre le prochain miracle.
Les jours suivants, elle privilégia la peinture à la broderie et esquissa de nombreux portraits du prince mystérieux.
Le dernier lui parut d'une grande beauté et elle fit le serment de découvrir cet amour de contrées lointaines où l'or coulait à flots, un eldorado de l'amour.
Elle prit la décision de voyager et de parcourir le monde oriental où ce prince devait nécessairement résider.
La ville de Marrakech fut sa première étape. Les parfums, les bijoux, les danses l'enchantèrent.
Elle fréquenta les riads à la mode et fit de belles rencontres, éloignées néanmoins du magique portrait.
Elle mit alors le cap sur la ville d' Alep, respira l'odeur des étals et celle des savons estampillés par un maître-savonnier.
Elle fit provision de produits nécessaires à l'entretien de sa beauté et poursuivit sa route vers cet orient des Mille et une Nuits où les contes coulaient de source.
Pendant ce temps, le prince d'or l'attendait en son palais.Un paon lui avait apporté le portrait d'Oriane et il avait fini par trouver sa résidence.
Il l'attendait, le cœur plein d'amour.
Comme il regardait avec tendresse les portraits que sa dame avait réalisés, il lui vint un désir d'écriture et il commença un livre où l'amour avait son visage.
Les mois passèrent puis les années et la belle Oriane ne revenait toujours pas, cherchant en vain le prince de ses rêves.
Un messager vint prévenir le prince Amant que son père venait de décéder et qu'on l'attendait pour conduire le deuil.
Amant écrivit une lettre circonstanciée à sa dame et lui laissa l'ouvrage qu'il venait justement de terminer.
Son titre Amour de Rose correspondait tout à fait aux rêves qu'il avait entretenus en suivant le vol des oiseaux et en respirant les parfums du jardin d'amour.
Le paon revint et reprit sa place sur le chemin de table, effaçant les contours dorés du prince.
Oriane, de son côté, décida de mettre un terme à sa quête et de revenir en son palais.
Un étrange hasard voulut qu'ils se croisent sur le chemin du retour.
Ils se reconnurent car l'âme des amants a une couleur turquoise et un parfum de rose orientale.
Chacun reprit sa route après avoir juré de se revoir, une fois la période du deuil terminée.
De retour au palais, Oriane découvrit avec bonheur le retour du paon turquoise sur sa broderie et le livre que son aimé avait écrit à sa gloire;
Elle commença un trousseau où les fleurs et les oiseaux donnaient une note lumineuse.
Ce fut le plus charmant des mariages et ce jour là, le prince Amant revêtit un somptueux costume couleur or et la belle Oriane avait une robe de dentelle incrustée de diamants, gages d'éternité.

Charme de Botticcelli




Digne émule de la déesse Flore,Lucrèce  s'en va par les chemins, respirant l'odeur des fleurs des champs et des roses.
Pour adhérer à la terre qu'elle aime tant, elle ôte ses chaussures et marche pieds nus sur la glaise qui lui communique sa vigueur et son ardeur.
Pour détailler la beauté d'un bleuet, d'un coquelicot ou d'un simple bouton d'or, elle s'assied sur l'herbe avec précaution pour que l'éphémère charme de ces offrandes ne se détruise pas avant l'heure du requiem.
Avec pour compagnon un grillon porte-bonheur en hommage à Elsa Triolet, Lucrèce goûte la beauté terrestre et l'emporte dans sa demeure où elle se met à chanter Le temps du muguet pour immortaliser l'idéal qu'elle a vrillé au cœur dont elle fait cadeau à ses amis pour leur plus grand bonheur.

vendredi 19 mai 2017

Requiem

 Je suis passée comme un rêve sans pouvoir imprimer mes pas sur la terre qui m'était si chère dans l'enfance.
Je me suis entourée de livres et de roses et j'ai ressenti une révélation de mon existence, peut-être fictive mais empreinte d'une ouverture vers le ciel auquel j'aspire ardemment.
Les cieux se sont ouverts et des colombes sont venues jusqu'à moi pour me rendre le goût de vivre et de vouloir follement que l'amour et la paix règnent en ce monde si tourmenté que le mot "colère" est sans doute le plus employé pour décrire l'état d'âme des habitants d'un grand pays qui a oublié peu à peu des pans de son histoire pour n'en retenir que des anecdotes dérisoires, aussi éloignées de la réalité que le fut un paysage peint par un âne à qui un peintre facétieux avait attaché un pinceau.
Pour échapper à ces tourments de l'esprit, je reprends la plume et la trempe à nouveau dans l'encrier des poètes avec la couleur turquoise qui a toujours été mienne.
J'irai dans les jardins, j'irai près des fontaines et je recueillerai les chants d'oiseaux pour les métamorphoser en mots qui finiront par chanter.


jeudi 27 avril 2017

La fée Printemps


 


En ouvrant la fenêtre, j'ai fait entrer une fée aux couleurs lilas ; elle s'est assise dans un fauteuil Voltaire et elle a pris un livre qu'elle a lu avec beaucoup d'attention.
J'ai pris la plume pour la décrire car elle était si émouvante dans cette posture empreinte de délicatesse et de réflexion : ses cheveux cendrés tombaient en volutes sur ses épaules nacrées, sa robe à bouillons offrait une belle ampleur à sa silhouette gracile et une fine ceinture soulignait sa taille fine. Des bleuets et des coquelicots jonchaient le sol à la façon d'une traîne: en reine absolue elle s'est interrompue pour commander à de petites fées des boissons et des mignardises qu'elle a offertes à la ronde car un cercle d'admirateurs venus de tous les horizons s'était constitué, dissipant la solitude de la maîtresse des lieux et c'est ainsi que j'ai pu reprendre la plume qui séchait dans la turquoise d'un encrier et que j'ai retrouvé l'imaginaire féerique qui m'enveloppe de sa moire depuis tant d'années et que je croyais évanoui dans les limbes des royaumes perdus où nous vivons actuellement ! Que revienne le temps des sources vives et des chants d'oiseaux !

samedi 25 février 2017

Les édelweiss de l'espérance

Un jour, en Macronie, une pluie d'édelweiss nimba la vallée d'un voile velouté et nacré.
Sous les sabots des chèvres, les fleurs s'étaient détachées des rochers pour apporter aux âmes égarées le signe de l'espérance.
Le chantre des Hautes Pyrénées, jadis connu sous le nom de renard béarnais vint apporter sa caution sous forme d'alliance à l'homme jeune et dynamique qui pouvait porter le projet d'une France éternelle, de Jeanne d' Arc au Général de Gaulle, sans plier, comme le roseau de la fable.
L'arc des sourcils en forme de triangle victorieux en disait long sur sa détermination à réaliser une loi fiable et incontournable.
L’écœurement des citoyens était à son paroxysme après les révélations du Pénélopegate et autres dossiers sulfureux.
Décidés à rendre à la France son honneur, les deux hommes qui avaient pour point commun des attaches béarnaises se faisaient fort d'éradiquer la tourbe provinciale, balzacienne, installée au cœur de la capitale.
L'or des coffres brillait et se cachait au sein de savants montages qui avaient nécessité des trésors d'ingéniosité au détriment d'actions bénéfiques pour le bien de tous.
C'est ainsi qu'auréolé des fleurs de l'espérance et du soutien d' hommes et de femmes de valeur, le jeune Emmanuel, au prénom prédestiné, entreprit une campagne qui le conduirait à une victoire possible et souhaitée pour que la France revive enfin dans toute sa beauté.

samedi 3 décembre 2016

La Muse aux mains d'argent

Elle est venue sans avertir, la belle aux mains d'argent,  elle a pris ma plume et a écrit sans se soucier de mes états d'âme, de mon désir de reine guerrière abandonnée et m'a imposé un rythme de fantaisie et alors les mots se sont enchâssés comme les perles d'un collier et j'en ai fait une parure royale !

vendredi 2 décembre 2016

Les amants de l'éternel retour


  Amour de ma vie aux mains d'ébène, tu m'accompagnes où que j'aille, même dans le pays des oiseaux bleus.
Ton ombre m'enveloppe d'un burnous ardent et je m'y pelotonne comme un enfant sur le sein de sa mère.
On nous sert du thé sur un plateau d'argent et nous mangeons du pain soufflé au miel puis nous rêvons côte à côte.
Des anges passent, vêtus de soie et de nuages roses filés or.
Nous dormons et voguons sur une mer pourpre dans la nef de Tristan et Yseult, les amants de l'éternel retour.



jeudi 27 octobre 2016

Rose Bonheur





Une rose d'amour palpite dans le cœur d' Angela et lui insuffle l'énergie nécessaire au combat qu'elle livre contre les nénuphars qui sclérosent et étouffent les poumons de ceux qui, un jour, ont cédé aux sirènes vaines de l'ennui.
Les amis sont parfois les pires personnes que l'on puisse rencontrer.C'est tentant de détruire la beauté d'autrui : elle a tout, bientôt elle ne sera plus rien et chacun de se réjouir à l'avance de la descente aux enfers de celle qui était une reine et qui deviendra servante.
C'est le conte de Peau d' Âne revisité avec la férocité de notre siècle.
La princesse au beau sourire éclatant subira une telle déchéance qu'elle n'osera plus se regarder dans un miroir de crainte d'y voir des serpents surgir de sa bouche et se faufiler dans les égouts de la mémoire.
Cependant la rose d'amour repoussera les démons et notre Angela nous reviendra avec son beau sourire, pour conter en toute simplicité l'horreur qu'elle a subie à la suite d'une rencontre qu'elle croyait amicale et qui n'était que malveillance jalouse.
La rose d'amour tournoie dans nos cœurs et nous l'offrirons en gage de bonheur à ceux qui souffrent et se débattent dans les rets de la maladie sous le nom de Rose Bonheur.

samedi 22 octobre 2016

Poker menteur



A l'approche de la Présidentielle tant désirée et redoutée à la fois par de fringants candidats qui fourbissaient leurs armes, on vit fleurir des jeux de cartes dont chacun se targuait d'avoir la main gagnante.
A peine sorti de la navette fluviale de Bercy, le baron Emmanuel surfait sur la reine de cœur, emportant dans son sillage l'amour de tulipots qui se sentaient délaissés voire abandonnés.
Son sourire réchauffait les âmes blessées et ses paroles, d'acier et de miel, faisaient mouche.
Stella s'était emparée du roi de pique car si elle s'était débarrassée, non sans peine, de l'homme qui avait créé un parti de fer et de flamme, son propre père, elle avait deviné qu'au royaume des Tulipes, une figure féminine devait avoir un versant masculin pour être entendue au tréfonds des chaumières.
Elle avait fait sa rentrée politique dans un village qui ne comptait que quelques âmes : cette manière de jouer en terrain conquis puisque restreint ne la chagrinait guère. Le proverbe selon lequel "au royaume des aveugles les borgnes sont rois" semblait ne pas l'atteindre car le but recherché, c'était de présenter une image conquérante, si possible blonde, à l'ombre d'un clocher pour rappeler ses racines.
De nombreux candidats se présentaient dans des stations balnéaires, certains d'obtenir au moins l'assentiment d'un auditoire bercé par les embruns et nourri de délicieux fruits de mer, ce qui favorisait leur adhésion tacite à des propos qui sentaient pourtant le réchauffé. L'iode leur rendait la nouveauté et le poli indispensables à toute écoute favorable.
Quant au président, il poursuivait stoïquement son bonhomme de chemin et engrangeait les commandes pourvoyeuses d'emplois et d'enrichissement à l'étranger où on lui réservait l'accueil chaleureux qu'il n'avait plus dans son royaume.
Il comptait également sur son joker de charme, celle qui lui servait d'égérie et d'amoureuse intemporelle que nous appellerons J pour satisfaire à son goût de la réserve et de la pudique retenue. J faisait la une de la presse avec bonheur; Jadis elle avait incarné une reine d' Angleterre dans une série des Rois Maudits dont le peuple se délectait, avec infiniment de charme et de véracité.
Ce ne serait sans doute pas à elle de faire la révérence à la reine d'Angleterre actuelle si leurs chemins venaient à se croiser. C'est en égale qu'elle pourrait la saluer !
Les journalistes s'interrogeaient surtout au sujet d'une photographie à la une de Paris Match, notamment un détail mis en valeur par un zoom vraisemblablement étudié : on y voyait une bague, une alliance et chacun de se demander s'il ne s'agissait pas là d'un message subliminal, histoire de procurer au bon peuple de tulipots des frissons de frivolité dont il était si friand.
La bataille entre obligés politiques demeura feutrée et oscilla sur un curseur de charme. Qui l'emporterait, de la royale J ou de la sémillante B qui apparaissait en maillot de bain, sur une plage, au bras de son mari, le baron Emmanuel, en costume pour rester fidèle à l'éthique respectée par le poète romancier Louis Aragon ?
Cette oiseuse question restera sans doute sans réponse pour le respect des intérêts inhérents à tous les habitants du royaume.
Tandis que se profilait une belle bataille fleurie, avec falbalas, paillettes, souliers vernis ou escarpins prêts à glisser sur une scène de bal aussi fastueuse que celle du château de Chenonceaux pour la soirée des prétendants à la couronne, l'irruption de Ravaillac en jupons, armées de couteaux de cuisine pour en découdre dans un corps à corps perdu d'avance, éclata au grand jour ! Ces malheureuses étaient censées gagner la porte du paradis en faisant mourir avec elles un nombre conséquent de mécréants !
On se félicita de ne pas avoir affaire à des personnes suffisamment instruites dans l'art de la pyrotechnie car tout était prêt pour qu'un gigantesque feu d'artifice explose près de Notre Dame de Paris, le fleuron du cœur royal, tuant à l'aveugle touristes, amants de la beauté et adeptes d'une religion fondée sur les principes de l'amour.
On s'interrogea beaucoup sur les puissances occultes qui agissaient sur ces femmes dont on vantait tant habituellement la pudeur, la réserve et le désir de se cacher intégralement sous des voiles noirs pour n'apparaître dans toute leur splendeur qu'à leurs maris.
Ces derniers étaient d'ailleurs pour une fois relégués dans l'ombre car ces combattantes apparurent aux yeux des rats d'élite habitués à la noirceur de leurs assaillants comme des êtres maléfiques de première force.
Un ancien haut gradé se souvint de guerrières aussi terribles à l'époque où sévissait une idéologie jusqu'auboutiste aussi meurtrière, rappelant que les femmes interpellées étaient si dangereuses qu'on devait les enchaîner durant les interrogatoires car elles étaient prêtes à mordre, à griffer jusqu'au sang ceux qui les incitaient à exposer leurs ressentiments.
Pour ces femmes enragées, pas besoin d'armes particulières, un simple couteau de cuisine faisait l'affaire.
On cita des chiffres effrayants qui impliquaient femmes et enfants, prêts à offrir leur vie en faisant basculer des innocents dans une mort programmée selon un cérémonial satanique.
Et pendant ce temps, se limant les ongles et entretenant sa coiffure de blonde qui rappelait les champs de blé d'un électorat rural, la fabuleuse Stella distillait ses paroles de miel avec parcimonie.
D'un seul coup d'éventail, elle ferait disparaître ce mal absolu en frappant à la racine, à savoir les mosquées.
Caressant un rêve secret, elle souriait en songeant à la stupéfaction que son élection engendrerait. Elle frapperait tout le monde d'étonnement en s'installant à Trianon qui gardait l'empreinte de la reine Marie-Antoinette. C'est à Versailles que le Général, référence suprême, avait reçu les grands de ce monde, exigeant du pâtissier Le notre une composition fabuleuse, en l'occurrence un cygne à base de choux et de crème glacée pour rappeler le faste d'un pays, jadis gouverné par un roi qui servit d'exemple à l' Europe entière et dont on se souvient pour avoir porté le titre de Roi Soleil.
Foi de Stella, elle ferait renaître les beaux jours et tous lui en seraient reconnaissants.
La partie de cartes allait commencer et elle disposait déjà de la dame de cœur et d'un joker.
Certaine de gagner la partie, elle se retira en son Aventin et joua avec ses enfants en riant à belles dents chaque fois qu'elle avait la main.
Cette nuit là, le président rêva qu'il était enseveli dans un château de cartes et il s'éveilla en se disant qu'une belle journée active allait chasser ces brumes qui assombrissaient son devenir.
Sa dame de cœur lui offrit la grâce de son sourire et il s'en fut, de par le monde, à la recherche de son destin qui se conjuguait avec celui du royaume dont la splendeur se rétrécissait comme une peau de chagrin.
Bien malin qui pourrait dire le nom du gagnant de cette partie de poker menteur tant les déclarations des uns et des autres étaient sujettes à caution, chacun gardant en lui l'immuable secret qui lui permettrait d'abattre à la fin de la partie, la main du triomphe.

Le retour de Mowgli






Où l'on reparle de la langue britannique et de sa civilisation basée sur l'insularité...
Tandis que tout un chacun se remettait des crimes perpétrés au nom de la barbarie et que chaque prétendant au château criait qu'il avait la solution pour mettre fin à l'insécurité, on vit refleurir avec les derniers soubresauts de l'été, un campement sauvage nommé jungle.
Était-ce pour établir un lien avec le livre connu dans le monde entier sous le titre de Livre de la jungle que ce nom peu amène pour un royaume qui se targuait de civilité fut trouvé ?
Y avait-il également un clin d’œil destiné à la "perfide Albion" qui portait plus que jamais ce surnom donné par "les mangeurs de grenouilles" au dix-neuvième siècle ?
Je vous laisse le soin de mener l'enquête et de trouver une réponse.
Pour ma part, au vu des reportages qui nous sont offerts, notamment en temps de pluie, je suppose que ce nom a jailli spontanément au cœur des infortunés migrants que chacun s'ingéniait à repousser, au mépris des droits de l'homme. Quant aux Droits de l'enfant, ils étaient également bafoués puisque l'on put dénombrer neuf cents mineurs, la plupart d'entre eux espérant en vain pouvoir rejoindre des membres de leur famille installés sur l'île de toutes les convoitises.
S'il n'y avait sur les lieux de ce campement sauvage aucune luxuriance propre à la jungle, la loi du plus fort prévalait et il arrivait que des rixes se terminent par des morts d'hommes ou que des femmes subissent la sauvagerie de certains êtres plus dangereux que la panthère du livre.
Combien de petits Mowgli pataugeaient dans la boue du camp fait de bric et de broc, comprenant même échoppes, salons de coiffure et beauté et aussi une école ? Les associations se dévouaient pour dispenser les premiers soins et offrir des repas nécessaires à la vie.
De plus, certains scribes volontaires aidaient des personnes désireuses de s'établir dans le royaume pour constituer des dossiers.
Quant à ceux qui voulaient absolument rejoindre l'île de leurs rêves, fût-ce à la nage, on les aidait également avec le recours d'interprètes car la langue française leur était pour la plupart inconnue, contrairement à l'anglais qu'ils avaient appris puisqu'ils étaient les descendants de familles colonisées par la Couronne.
Cependant, tandis que les Français s’ingéniaient à accueillir autant que faire se pouvait les enfants de leurs anciennes colonies, les Britanniques semblaient estimer que le legs de la coutume suffisait pour les dédommager du dédain qu’ils avaient eu vis-à-vis d’indigènes.
De plus le souvenir cuisant de Gandhi qui avait eu raison de la domination anglaise en filant et cousant ses vêtements afin de mettre un terme aux manufactures britanniques incitait la couronne, toujours vivace, à rester sur son Aventin, en l’occurrence, son île sacrée.
Accueillir, oui, mais avec parcimonie et sélection  judicieuse. Ne pas perdre de vue les intérêts de la couronne. Aider, oui mais pas au détriment des sujets de sa gracieuse Majesté !
Dans le royaume des Tulipes, ce souci majeur était escamoté au bénéfice de ceux qui venaient  d’ailleurs et qui devaient avoir droit au meilleur en raison de leur exil forcé.
La misère du camp où guettaient à l’affût tire-laine, coupe-jarrets, spadassins, escrocs en tout genre voire assassins contrastait avec le luxe qui fut jadis déployé par le Roi de France François 1er pour accueillir le roi Henri VIII d’Angleterre en un lieu mémorable, charmant et luxueux que l’on nomma le Camp du Drap d’Or.
Si un roi puissant était venu d’Angleterre pour parler en lieu neutre sur les plages françaises pourquoi la réciproque n’était-elle plus possible ?
Brighton ou autre port, Douvres notamment étaient-ils plus sacrés que notre belle ville de Calais, prise et reprise tant elle offrait de charmes durant la guerre de Cen Ans et pour qui une reine d’Angleterre s’était écriée « Si l’on ouvrait mon cœur, on y verrait gravé le nom de Calais » ?
Toute cette misère ambiante aggravée par de riches voyous qui faisaient des allers- retours de l’île de tous les désirs au camp de la mort augmentait l’aura et le charisme de la blonde Stella qui mettait ses légions en marche, à l’assaut des villages apeurés où circulaient des rumeurs affolantes et assassines.
Lorsqu’on se promenait dans les rues paisibles de ces bourgs dévoyés, on se demandait pourquoi cette peur frénétique de celui qui vient d’ailleurs, même d’un village voisin, s’était emparée de ces âmes fragiles mais il en était ainsi. Ce qui est obscur, et incompréhensible devient sacré.  
Et Stella marchait sur les flots du désir malsain de ces vils illettrés qui croyaient revivre des épisodes moyenâgeux et brandissaient l’oriflamme de Jeanne d’Arc pour bouter les ennemis hors du royaume, faisant un tout de la couleur, d’un accent différent voire de tenues vestimentaires.
Ils étaient autres, il fallait donc les chasser sans même prendre le temps de les écouter ou même de regarder leur visage et de plaindre leur fol exode avec femmes et enfants pour échapper à la guerre, à la mort certaine pour un sourire ou le parfum d’une fleur.
Semblable aux étoiles de mer que l’on admire sur les plages mais qui vous piquent cruellement si vous avez le malheur de marcher dessus, Stella souriante, fière d’être blonde et d’appartenir à une famille qui avait créé la haine de celui qui ne vous ressemble pas, avançait comme une reine mérovingienne, prête à toutes les cruautés pour imposer sa gouvernance. Afin de masquer sa férocité, elle parlait de son chat sur les réseaux sociaux et faisait pleurer dans les chaumières en imposant une pseudo bonté qui lui était totalement étrangère.
Et c’est ainsi que s’installa dans le royaume des tulipes la croyance folle qu’elle était la réincarnation de la Pucelle d’Orléans et qu’elle délivrerait leur monde de la jungle de Mowgli et de ses pareils, le couteau entre les dents pour vous précipiter en enfer.