Renonçant à toute aventure romanesque, Bianca loua un pas-de-porte dont elle fit son royaume.
Elle fit aménager la pièce principale en unité commerciale séduisante, la vitrine annonçant les couleurs avec un décor de poupées en costume breton, de coiffes et de bijoux artisanaux.
La boutique eut du succès et les élégantes arborèrent la coiffe lors de leurs réceptions.
Certaines adolescentes, férues d’originalité, portèrent la coiffe à tout propos, se heurtant parfois à la discipline scolaire hostile à toute marque distinctive . Les principaux et les proviseurs, conscients du fait que l’on ne pouvait pas ôter une coiffe et la remettre facilement, compte tenu de l’absence politique ou religieuse de l’ornement valorisant leur patrimoine culturel, autorisèrent, par le biais d’une note au règlement intérieur, les jeunes filles à porter la coiffe en cours.
Bianca devint ainsi la coqueluche des jeunes féministes. Elle-même porta la coiffe, variant chaque jour afin d’honorer tous les terroirs de la belle Bretagne. Elle osa les couleurs, privilégiant le spectre de l’arc-en-ciel qu’elle associait à l’harmonie universelle.
Un jour, un jeune homme de belle prestance, entra dans son magasin, acheta quelques bijoux et sujets décoratifs.
« Je ne porte pas la coiffe ! Par contre, j’ai conçu un jeu d’échecs où la reine est coiffée à la mode de Fouesnant ».
Sur ces mots, il déposa sur le comptoir son jeu d’échecs. Cette fabrication artisanale séduisit Bianca et elle demanda à son créateur l’autorisation de l’exposer dans sa vitrine.
« J’en serai heureux » dit le jeune homme et il se retira pour concevoir de nouveaux échiquiers, cet article devant nécessairement plaire à la population investie par le souvenir d’une Bretagne ardente, vouée à l’âme celtique.

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