La découverte minutieuse de l’île aux fleurs fut une expérience enrichissante pour les nouveaux venus.
Les maisons au toit de chaume protégés par des hortensias roses, bleus et blancs abritaient des pêcheurs qui s’affairaient à fabriquer des filets lorsqu’ils n’étaient pas en mer ; ils pratiquaient le cabotage, ramenant dans leurs filets des poissons qui seraient vendus à la criée. Les plus beaux seraient cuisinés au beurre doux et aux épices tandis que le menu fretin servirait de base à une délicieuse soupe nommée cotriade à laquelle on ajoutait des crevettes, des crabes, des palourdes, des pétoncles voire un homard ou une langouste.
Aurore et Amour revenaient de leur promenade avec un panier de poissons recherchés. Cotriade, plateaux de fruits de mer, kig ha farz de la terre ou de la mer étaient envoyés au manoir par chariots.
Les repas étaient toujours excellents et pour se maintenir en forme, les châtelains et leurs invités pratiquaient des jeux, quilles bretonnes, palets et autres divertissements ancestraux.
Les dames aimaient jouer au croquet et au volant.
Après ces jeux de plein air, on s’adonnait aux joies de la baignade puis on prenait un peu de repos avant le rituel du thé.
Au cours des conversations autour de la théière, des liens d’amitié se tissaient et chaque couple se sentit plus proche de l’autre.
« Si nous partions en voilier au Nouveau Monde dit un jour Sir William : il y a une contrée merveilleuse, la Louisiane où la langue française règne sous la forme d’un dialecte, le cajun, qui a des accents chantants ».
Le prince Amour demanda à réfléchir : « C’est une proposition séduisante mais nous rêvons, Aurore et moi de la venue d’un enfant et d’autres bambins pour perpétuer notre lignée ».
Yseult de Molène approuva ces propos empreints de sagesse et elle confia son désir d’enfant à ses amis et son époux.
Sir William chercha à se faire pardonner ses désirs égoïstes et pour ne pas oublier le rêve cajun, il fit venir un cuisinier capable de réaliser des plats typiques de la contrée lointaine.
Les écrevisses, le jambalaya, le cochon de lait et le gombo apparurent sur la table comme des éclats de soleil.
« Nous appelleront notre fille Jacinthe dit un soir la princesse Aurore et si c’est un fils, Amour choisira son prénom ».
C’est ainsi que l’on apprit le don d’amour de l’île aux fleurs. Le futur papa songea qu’il devenait urgent de partir.
Le couple insulaire promit de venir fêter le baptême de l’enfant conçu parmi les fleurs et les rêves.
Lorsque le voilier disparut à l’horizon, Sir William drapa un châle en cachemire sur les épaules de son épouse, l’embrassa tendrement et se mit en devoir de l’aimer passionnément pour qu’une promesse d’amour arrondisse le ventre de celle qui espérait voir gambader un enfant au milieu des fleurs et des embruns.

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