lundi 2 mars 2026

L'aventure de la princesse Camélia

 



Poussée par un vent aux parfums de jasmin et de rose, la princesse Camélia, dans son joli carrosse tracté par des licornes, parcourut des lieues avant de choisir son point de chute.

C’était un domaine séduisant comprenant une vaste demeure de briques roses où couraient des lianes de glycines et un grand parc aux multiples essences se terminant par un étang où nageaient des cygnes et des sarcelles.

Elle descendit de son carrosse et gravit les marches du perron, suivie par sa dame de compagnie qui se chargeait le plus souvent de lui épargner les mauvaises surprises.

Dame Eliette la précéda à la dernière minute afin de pallier tout inconvénient et c’est avec bonheur que les deux dames découvrirent un vestibule si bien décoré qu’il semblait avoir été créé pour des fées.

Des serviteurs se précipitèrent pour leur offrir le meilleur, chambres contiguës et bains d’essences aux arômes puissants pour se délivrer des inconvénients du voyage, robes quasi féeriques dans la plus jolie mousseline qui se puisse trouver.

La princesse et sa camériste, vêtues et coiffées pour une soirée de gala, attendirent sagement qu’on vienne les chercher et dans cette attente, elles lurent les pages d’un livre qui leur parut adapté à la situation : Le carrosse d’or en était le titre.

Elles ne virent pas le temps passer tant les aventures des héros étaient prenantes mais enfin, il fallut se résoudre à poser le livre en l’ayant signé d’un marque-page et descendre dans la salle à manger où brillaient le cristal des verres et l’argent ou le vermeil des couverts.

Des chandeliers éclairaient la table nappée d’une somptueuse nappe brodée.

Le maître de maison, élégamment vêtu d’un pourpoint de velours et d’une culotte de soie, leur baisa la main et se mit en devoir de se présenter.

Le prince Anatole avait des origines slaves et sa haute stature faisait de lui un homme que l’on ne pouvait ignorer.

On servit : vol-au vent de volaille à la crème, poularde aux morilles accompagnée d’un lit d’oseille reposant sur une purée de butternut, fromages diversifiés et pâtisseries orientales et crèmes parfumées furent appréciés comme il se doit.

Des violonistes entrèrent dans la salle lorsque les reliefs furent desservis et des danses langoureuses ou scintillantes éclatèrent pour la joie des dames qui étaient aux anges d’être traitées avec un tel raffinement.

Dame Eliette s’éclipsa la première afin de laisser sa maitresse en tête à tête avec ce beau prince qui lui semblait destiné.

Les violonistes partirent à leur tour et les deux têtes princières restèrent côte à côte avant de se retirer dans un charmant boudoir où le prince Anatole eut le loisir d’ouvrir son cœur et de déclarer sa flamme.

Les deux amants passèrent des heures charmantes et lorsque les premières lueurs de l’aurore apparurent, ils décidèrent de prendre un peu de repos avant de proclamer leurs noces imminentes.

Ce fut le dernier voyage de la princesse Camélia car elle avait enfin trouvé son havre de paix et de bonheur.

Dame Eliette resta à son service exclusif et le carrosse attelé aux licornes fit par la suite, la joie des petits princes et princesses qui naquirent de cette belle union.

L'ombre sous la mer

 

 


«  Un bateau s’est noyé pour une ombre sous la mer, sous la mer » … Cette romance oubliée fit jaillir des fonds marins les trésors fabuleux si longtemps négligés, perles, corail, chargement d’or des galions coulés en mer .

Vous avez tout misé sur l’or noir dit le génie de la lampe d’ Aladin. Oubliez ces forages qui défigurent les paysages, reléguant les rois du désert et leurs faucons dans des livres d’images.

Que renaisse la beauté océane et que jaillissent les sources enchanteresses des eaux souterraines !

La beauté doit primer sur tous les mirages qui inondent l’esprit humain, le coupant du nœud floral de l’univers.

Les roses bleues de l'amour

 

 

 

 

«  Si je meurs, si je meurs

Tu mettras trois roses bleues

Sur mon cœur

Il te faudra les chercher

Trois saisons avant l’été

Là où le soleil se meurt

Dans la mer, dans la mer

Les rosiers y sont en fleurs

Je l’espère ».

La voix langoureuse de Richard Anthony invita Vincent à se promener sur la grève où se mourait l’écume de la mer.

Cette chanson était si mélancolique qu’il ne fut pas fâché de croiser des lavandières venues rincer leur linge dans une crique d’eau douce, leurs genoux sur le sable fin.

La gaieté de ces femmes qui chantaient pour se donner du courage chassa la mélancolie qui avait envahi le cœur du chanteur avec Les Roses Bleues.

Vincent esquissa un pas de danse et aida les lavandières à porter leurs paniers de linge blanc.

«  Le soir venu les lavandières

S’en vont avec leur linge blanc

Il faut voir leurs silhouettes fières

Se détacher dans le couchant ».

Vincent but de la manzanilla en leur compagnie et savoura des pasteis de nata avant d’entonner pour leur plaire une chanson d’amour.

Le prisonnier de la tour obtint le suffrage des dames et Vincent les émut aux larmes en chantant une romance oubliée.

«  Si le roi savait ça Isabelle

Isabelle, si le roi savait ça

A la robe de dentelle

Vous n’auriez plus jamais droit

Isabelle, si le roi savait ça ».

Vincent repartit chez lui, le cœur léger, persuadé que l’amour était une douce folie indispensable au bonheur humain.