Je suis née dans le Nord de la France et j’y ai passé toute mon enfance, rêvant à des ailleurs bleus. Lectrice assidue, j’ai marqué une préférence pour la féerie, ce qui affleure dans tous mes ouvrages. Enfin libre, je trouve le temps d’écrire, puisant dans le quotidien et l’univers légendaire mes sources principales d’inspiration.
lundi 23 juillet 2012
Ode aux capucines
mardi 17 juillet 2012
La Fée des Poètes
Un papillon sur la joue et un nuage
sur l’épaule, la Fée des Poètes marchait sur un tapis de roses. Une pergola où
se nichait une balancelle enrichie de coussins filés or sur fond de pourpre où
se détachaient des oiseaux en strass apparut au bout du sentier.
La Fée s’y installa,
légère et rêveuse car elle attendait un ou plusieurs hôtes. Où étaient les
poètes ? Elle se promettait de leur offrir des écritoires luxueuses et
enluminées. Sur le dos de son éventail qu’elle maniait avec dextérité, il y
avait quelques phrases essentielles tenant aux secrets de la vie, la mémoire
des mots, leur usage dans le quotidien et leur action sur le monde. Toutes ces
questions avaient été posées par Arthur Rimbaud mais, nouvel Icare, il s’était
brûlé les ailes à l’approche du soleil.
Il arriva pourtant, il
en reste toujours un, le poète des rues et des champs. Refusant de suivre la Fée
sur le chemin ô combien difficile, il tenta de l’embrasser « J’ai embrassé
l’aube d’été ». Ces vers cascadaient en lui comme une chanson vivifiante
mais la Fée lui donna quelques coups secs de son éventail, devenu un objet
punitif.
Calmé, le poète s’assit
à ses côtés, lui demanda pardon en couplets versifiés puis s’endormit.
Au réveil, il ne
restait de la Fée qu’un peu de poudre d’or et une écritoire magique où le poète
commença un recueil enrichi d’images solaires.
mercredi 11 juillet 2012
La poupée de porcelaine
Dans un château de
nougatine dormait une poupée de porcelaine. Il lui semblait entendre des chants
d’oiseaux mais il ne lui était pas possible de se mouvoir.
Aymery se promenait
dans une forêt quand son cheval se cabra. Il mit pied à terre et ne put stopper
l’emballement de son étalon qui partit à une vitesse folle en hennissant de
peur. Le jeune homme marcha sur la mousse d’un sentier ombragé et aperçut au
loin un incroyable château aux formes tourmentées. Des dragons volaient çà et
là et une étrange sphère d’or entourait la forteresse qui semblait imprenable.
Cheval de Feu, sa monture se trouva subitement à ses côtés, calmé et ruisselant.
Aymery flatta son encolure et embrassa l’étoile qui figurait entre ses yeux,
profonds et humides.
Tous deux, arrivèrent
à un escalier si large qu’on pouvait l’emprunter à cheval. Mais Aymery n’eut
pas à tenter l’expérience car des palefreniers en livrée s’approchèrent du
cheval et l’emmenèrent pour le panser et le bichonner.
Une jolie femme
apparut sur le perron et elle sourit aimablement au jeune homme qui entra avec
plaisir dans le vestibule, s’attendant à recevoir des démonstrations
hospitalières et amicales. Las ! un grand vent le saisit aux cheveux et il
se retrouva emporté dans un tourbillon qui prit fin avec son enfermement. Il
était bel et bien prisonnier mais, comble de l’horreur, il était également
métamorphosé en poupée, celle d’un prince assurément mais un jouet à n’en point
douter.
Il allait se livrer à
un profond désespoir lorsqu’il aperçut, dans la pénombre d’une maison de poupée,
une adorable créature, à son image, en porcelaine fine. Il lui prit la main et
par une sorte d’enchantement, la sentit frémir. Liés par cette étreinte, ils s’étirèrent
et retrouvèrent leur état premier, la poupée féminine révélant les formes, la
finesse et la beauté d’une jolie princesse.
La cage explosa en bonbons de nougatine et les jeunes
gens se précipitèrent hors du château. Cheval de Feu accompagné d’une cavale
blanche attendait son prince. Tous deux enfourchèrent leur monture et partirent
loin du château ensorcelé pour regagner le palais d’Aymery où l’on organisa
bientôt la plus belle des Noces.
lundi 9 juillet 2012
La Princesse oubliée
Il était une fois une
princesse à qui une fée oubliée au fin fond du royaume avait prédit qu'elle
mourrait en se piquant à un rosier. Par précaution, le Roi publia un édit
interdisant la culture des roses sous peine de mort. Ignorant cette terrible
prédiction, la princesse grandit dans l'insouciance et devint une ravissante
jeune fille dont tous les hommes étaient épris. On organisa des goûters
champêtres et les jeux succédaient aux tablées gourmandes. Une partie de
cache-cache faillit se terminer en drame car la princesse poussa une porte
dissimulée sous un amoncellement de chèvrefeuille et pénétra dans un jardin où
de splendides fleurs inconnues et parfumées renvoyaient la beauté du monde à la
façon d'un prisme odorant: c'étaient des roses !
Au moment précis où elle
tendait la main en approchant son visage de ces fleurs embaumées, un tourbillon
de chevaux miniature taillés dans le cristal de roche forma un cordon sanitaire
qui lui en interdit l’accès.
« Ne touchez pas à ces
fleurs, ma Reine, car sur ma foi, elles causeraient votre mort. » dit une
voix profonde, veloutée et mélodieuse. Le plus beau prince du monde se tenait à
ses côtés. Il était moulé dans une superbe tenue pourpre où couraient les
lianes de roses d’or stylisées et de fleurs du printemps, d’un blanc nacré pour
servir les chaudes couleurs de cette tenue d’apparat de haut dignitaire.
La princesse, ravie de cette
rencontre, accepta d’offrir sa main gantée à ce bel homme de sang royal, à n’en
point douter et ils cheminèrent côte à côte jusqu’à une tente circulaire où
apparaissaient divans profonds, tables en mosaïque et fer forgé. Un orchestre
entama une valse champêtre où le gazouillis des oiseaux était reproduit grâce à
un instrument en forme de rouge gorge.
Les jeunes gens s’assirent
et goûtèrent ces instants exquis puis on leur servit mignardises et verrines de
préparations légères aux écrevisses et légumes coupés en dés et colorés. Mini
tourtières et sabayons servis en flûtes
à champagne terminaient l’agréable moment festif couronné par une tour gélifiée
à la rose ornée de groseilles. Avant que la princesse n’ait pu goûter cette
merveille, le prince la trancha et il en sortit un dragon ailé cracheur de feu
qui fit pleuvoir une incroyable couronne d'épines qui semblaient provenir d’un
gigantesque roser.
« Vous en seriez morte,
ma mie ! » dit le Prince avec une profonde tristesse.
Il révéla alors à la
princesse Souad dont il était devenu profondément épris le terrible destin qui
avait été prédit le jour de son baptême.
Souad était une jeune fille
parfaitement équilibrée et elle accueillit cette nouvelle avec un certain
soulagement. Il suffirait de rencontrer cette fée pour lui demander de renier
cette malédiction dit-elle calmement et elle ajouta : « Je ne peux
tout de même pas passer ma vie à redouter les roses qui sont de véritables dons
de la nature ».
Un grondement accompagné d’éclairs
noircit le paysage et la fée maléfique apparut dans une calèche noire tirée par
des dragons. Elle invita la princesse à la rejoindre d’un claquement sec de son
éventail. Le prince souhaitait suivre ces dames mais les dragons le clouèrent
sur place en déclenchant une ronde de flammes infranchissables.
Souad fit face à son destin
en prenant place dans la calèche. La fée posa une main rassurante gantée de
dentelle noire sur celle de sa filleule. Le curieux attelage pénétra dans une
enceinte pavée et de grands cygnes noirs se précipitèrent pour ouvrir la porte
de la calèche. La fée Pavot et son invitée entrèrent dans un château sculpté à
même la roche. Lorsqu’elles furent installées et qu’on leur eut servi le thé
accompagné de scones, la fée révéla son secret à la princesse. Le vœu funeste
émis à sa naissance n’était en fait qu’un leurre. « Vous êtes ma fille,
mon enfant et il était nécessaire que je laisse planer une malédiction sur
votre tête afin d’éloigner les prétendants qui règnent toujours à la cour.
Seul le Prince Sabre du Rosier
a déjoué mes plans en simulant à merveille le rôle du parfait amoureux. Son
unique but consistait à s’emparer de vos pouvoirs après vous avoir laissé
croire à l’amour éternel qui n’existe que dans les contes de fées. Vous et moi
sommes des fées véritables et il nous appartient de veiller sur un monde
tourmenté où règnent le désordre et la guerre. Nous devrons nous pencher sur le
sort des humbles et leur apporter réconfort et argent en récompense de leur
travail ».
La fée Pavot ordonna alors
que l’on conduise la princesse dans ses appartements qui étaient d’une grande
beauté. Mis à part la chambre et le cabinet de toilette, il y avait une
bibliothèque et un salon où des instruments de musique et une table d’écrivain
inciteraient la jeune fille à améliorer sa culture.
Avant de suivre femmes de
chambre et valets, la princesse avait osé demander à la fée par quel subterfuge
elle pouvait être sa fille mais cette dernière lui avait répondu avec un fin
sourire : « Ceci, ma fille, est une autre histoire ! ».
mercredi 4 juillet 2012
Une excentrique mariée
Alors que les cloches
sonnaient à toute volée et que le futur marié, en costume breton, souriait à l’aube
de cette vie qu’il souhaitait magnifique avec de jolis enfants, la mariée se
faisait attendre. On la savait coquette et personne n’éprouvait la moindre
angoisse jusqu’au moment où une fée aux ailes de papillon déposa sur les
marches de l’église un panier de fraises. Il y avait un petit mot ainsi libellé :
« Ne m’attendez plus, je suis partie dans le royaume des fraises où l’on me
propose un destin de fée. Consolez-vous, j’aurais été une piètre épouse. Erwan,
mon aimé, je te demande pardon mais une fois passées la tristesse et la colère,
tu seras convoité par meilleure que moi. Or donc, adieu les amis, je vous ferai
livrer à la saison les gariguettes de Plougastel et vous penserez à moi en vous
régalant. »
La stupeur figea l’assistance
mais une voix fraîche avertit que le soleil frappait les fraises et qu’elles
risquaient de se gâter. Le marié déconfit passa dans les rangs, distribuant
fraises et dragées que les parrains et marraines avaient apportées. On s’aperçut
que le panier était inépuisable. Dès que le fond apparaissait, des fraises
fraîches et parfumées le remplissaient à nouveau.
La noce se dirigea
gaiement vers la table du festin prévu et de jolies jeunes filles se mirent sur
les rangs pour remplacer à plus ou moins brève échéance l’excentrique mariée.
Ce fut finalement une bien belle journée et dans l’univers
consacré à la féerie, une fée tout de rose vêtue, se pencha pour déposer sur le
front de son amant perdu un baiser rouge et ardent.
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