samedi 23 janvier 2016

L'enfant de la rivière





Elle est apparue, comme çà, un soir de mai, nageant au fil de la rivière parmi les liserons d'eau et les nénuphars.
Je l'ai appelée et elle est venue en riant. Elle parlait une langue étrangère où l'on distinguait çà et là quelques mots de grec et de persan.
Comme elle était vêtue d'un simple paréo, je l'ai emmenée chez moi et je lui ai offert des vêtements qui avaient appartenu à ma fille. Je lui ai aussi donné son bracelet d'argent.
La petite Eila riait et elle esquissa quelques pas de danse puis s'endormit.
Je la portai dans une chambre au papier peint et aux meubles fleuris de roses.
Elle dormit trois jours et lorsqu'elle se réveilla, elle mit ses petits bras autour de mon cou.
Depuis elle vit à mes côtés, parle notre langue, joue du piano et écrit des romans pour sa poupée.
"Migrants" qu'ils disent, mais ne le sommes- nous pas tous ?
Nous vivons dans ces vallées un peu de temps, plus ou moins long selon les destinées et puis nous partons vers des paysages inconnus où nous apprenons enfin à nous conduire comme les enfants des paradis perdus.

vendredi 22 janvier 2016

Les jardins de mon âme



Dans les jardins de mon âme, je me suis longtemps promenée et puis un jour, je me suis arrêtée dans un endroit qui me sembla propice au bonheur.
Il y avait une source qui s'écoulait en jasant, des oiseaux et des tapis de fleurs odorantes et capiteuses où dominaient le jasmin et la rose, les fleurs des amants.
A l'abri du vent, sous une pergola, je me suis servie de parchemins étoilés et j'y ai jeté mes rêves en bouquets.
C'est alors qu'il est apparu, le prince des contes, une rose noire à la main, celle de mes chevaliers et j'ai lu dans son œil bleu la douceur orientale qui m'a toujours enchantée.
Nous avons conversé de mille riens, esquissé le projet d'un jardin d'amour.
J'ai fermé les yeux un instant et lorsque je les ai ouverts à nouveau, j'étais seule mais un vent de fleurs s'était matérialisé en un manteau royal et c'est ainsi vêtue que j'ai poursuivi l'écriture d'un nouveau livre à la recherche d'un temps nouveau, sous une pluie d'étoiles de jasmin.

samedi 2 janvier 2016

La princesse Indira


En respirant le parfum d'une rose de son jardin, la princesse Indira se trouva aspirée par une force aux volutes cristallines et propulsée dans un monde nouveau tapissé de fleurs qui se mirent à parler pour l'acclamer. " Longue vie à notre princesse" disaient-elles en chœur et six pivoines en tenue de bal tinrent à l'escorter jusqu'au cœur de son palais dont le dôme argenté scintillait au soleil.
Escalier de marbre sous les vivats d'une foule qui fleurait bon le jasmin et le réséda, ces fleurs secrètes des jardins d'amour, hall majestueux sous une verrière que des lustres de cristal illuminaient et enfin salon d'apparat où la princesse put se poser grâce à un sofa majestueux.
Comme dans les contes qui se respectent, on lui servit une agréable collation puis on l'invita à gagner ses appartements pour y prendre un bain parfumé avant de s'étendre dans un lit royal pour un sommeil réparateur.
Le lendemain, la princesse désira connaître les secrets de ce palais inédit mais le protocole lui interdit d'avoir une conversation suivie avec âme qui vive.
Enfin prête, elle se promena dans les jardins et c'est au détour d'un sentier bordé de buis élégants qu'elle vit apparaître le plus beau des princes.
Il avait la grâce du lys blanc, le charme du coquelicot et la beauté ineffable du bleuet dans sa ganse de blé mûr.
"Permettez-moi de me présenter, dit l'apparition, je suis le prince Sasha mais pour vous, je serai surtout le prince Amour" et il s'inclina pour lui baiser la main.
Puis pour sceller le caractère sacré de leur rencontre, il sortit une bague de son écrin et la passa au doigt d'Indira. La bague était constituée de diamants roses qui jetaient mille feux et elle s'adaptait à la perfection à l'annulaire gauche de la princesse, ce qui était assurément un signe du destin.
Ils unirent leurs mains et cheminèrent jusqu'à un bosquet où se dissimulait le plus charmant des jardins d'amour. Ils s'assirent sur un banc et observèrent les oiseaux qui décrivaient dans le ciel de folles arabesques.
Le temps passa à une vitesse vertigineuse et c'est avec surprise qu'Indira se retrouva dans son jardin près de la rose qui l'avait propulsée dans un monde enchanté.
De son aventure, il ne lui restait que la bague, preuve qu'elle n'avait pas rêvé !
Pensive, elle s'en retourna à petits pas jusqu'à son palais, s'attendant à être rattrapée par le prince Amour.
Elle l'attendit des années. Le jardin devint un appel floral. Lys et roses alternaient dans un fol embrassement.
Alors qu'Indira s'apprêtait à tourner la page de cet amour du monde des fleurs, un voyageur activa le heurtoir de la porte de chêne du palais.
Elle le reconnut à son regard. Il était le plus aimant des hommes et sans donner la moindre explication sur ce retard étrange, le prince enlaça son bel amour et ils se perdirent dans une passion embaumée par les mimosas et le jasmin.

dimanche 20 décembre 2015

Le Jardin des Fées





Petit Bonheur court chercher des roses  de Noël dans le jardin des fées et il en offre à la ronde sans oublier la fée Clochette qui vole au-dessus de ses fins cheveux qui évoquent la soie.
Toujours souriant, il capte les rêves et les transforme en fleurs paradisiaques dans ses mains fuselées.
Petit Bonheur deviendra grand et il vivra au rythme du cœur de ceux qui l’aiment.
Pour toute sa famille, il est le plus beau des, cadeaux de Noël.

jeudi 10 décembre 2015

Le coeur du village


Annie, mon amie d'enfance a préféré peindre l'église de Burlats plutôt que de tracer les contours sévères de notre église médiévale à Flines-Lez-Râches où nous avons vécu les dix premières années de notre vie.
L'église était loin de "notre rue" et lorsque nous prenions le chemin de la messe de Minuit, dans le froid, nous souffrions, surtout Maman dont le cœur commençait à faiblir ! Nous devions faire une pause pour qu'elle reprenne son souffle. J'avais beau avoir des vêtements chauds, le froid nous saisissait mais en arrivant à l'église, nous ne pensions plus à ces tracas.
Le chant Minuit, Chrétiens s'élevait dans la nef, interprété par un ténor du village qui a longtemps été ma référence côté chant : c'était si beau que j'en oubliais le froid et le vent qui avaient précédé notre arrivée.
Maman semblait distraite : elle observait toutes les toilettes et murmurait des propos étranges en pinçant les lèvres.
Je n'ai jamais apporté la moindre attention aux tenues vestimentaires, peut-être justement parce que j'en étais la première victime : je recevais souvent des coups d'épingles lors des essayages et je trouvais ces séances désagréables et interminables ! Maman aurait voulu que je sois d'une rare élégance mais le résultat ne la satisfaisait jamais assez ; pourtant lorsque j'arrivais à l'église le Dimanche, tout le monde se retournait pour découvrir mes tenues qui n'étaient jamais anodines. Je la suppliais de me coudre des vêtements simples et pratiques mais elle faisait la sourde oreille tout en me réprimandant d'être aussi loin de son univers.
Je regrette aujourd'hui de ne pas avoir gardé certains vêtements qui étaient des sortes de chef d'oeuvre ! Annie les aimait , elle aurait voulu être moi tandis que j'aurais tout donné pour lui ressembler !
Mon excentricité se portait ailleurs. J'avais ressenti un appel divin en voyant des petites filles jeter des pétales de roses sur les pavés lors des processions du mois de Mai . Pour me satisfaire, Maman a sacrifié ses beaux lys et est allée faire amende honorable au couvent en plaidant ma cause : en fait mon souhait fut à demi agréé. Je ferais bien partie de la prochaine procession mais au lieu de jeter poétiquement des pétales de roses, sous prétexte que j'étais grande et forte, on me fit porter une pancarte à la gloire de la Vierge Marie ! lorsque j'ai raconté ce fait à Annie, elle a beaucoup ri ! Elle faisait partie des semeuses de roses mais contrairement à moi, elle trouvait cela ridicule et n'y prenait aucun plaisir !
Annie suivait les cours à l'école libre tandis que j'étais élève de l'école laïque . Il existait un fossé infranchissable entre ces deux mondes c'est pourquoi nous devions nous cacher pour être amies !
Lorsque j'observais les fidèles à l'église je m'étonnais de les voir entonner des chants d'amour avec tant de conviction alors que leur cœur était souvent plein de haine et de jalousie vis à vis d'autrui !
Ces multiples observations m'ont conduite à me détacher de cette église que j'aimais tant et de me consoler en lisant la Bible, un livre qui m'avait été offert par une relation de mes parents mais cela c'est une autre histoire !

mercredi 4 novembre 2015

La fée bleue de la forêt





Tes douces mains dessinent des arabesques sur mon corps et elles m’effleurent avec tant de délicatesse qu’elles réveillent la fée de la forêt qui, gît dans les replis de mon cœur.
Les cheveux ornés d’une guirlande de fleurs et de fruits d’automne, chaussée de ballerines, la fée court à la recherche du château aux mille étangs où se mirent damoiselles, et damoiseaux.
Un concert où dominent la harpe et le violon l’attire en un bosquet.
Des jeunes gens jouent à la balle en riant. Ils échangent des gages et en suivant les chemins de la carte des amants, ils s’échappent dans la forêt où les cœurs perdus se rencontrent pour l’éternité.
Mon doux aimé, tes mains se nouent aux miennes et me voici à nouveau rivée à tes lèvres et à ton amour, si réel que la fée s’évapore pour entrer en un cœur vierge de tout amour fou.
Que vienne le temps d’aimer !

dimanche 1 novembre 2015

Mille et une roses





Mille et une roses s’effeuillent en mon cœur et dans cette belle envolée de pétales parfumés, des princes s’évanouissent dans la nuit, me laissant seule et libre.
J’imagine une destinée à chacun de mes amis qui m’offrent en partant un peu de leur vie.
Un regard doux et aimant, des yeux malicieux, une chemise avec jabot de dentelles, une bille d’agate, voilà les trésors que je collecte pour faire le portrait de mes amours, vite disparu en revêtant un costume taillé dans les nuages.
Je voudrais suivre ces princes mais je reste rivée à ma table d’écrivain, pourvue d’encriers turquoise et de plumes d’oies sauvages.
Lorsque tous mes livres seront achevés, je pourrai les rejoindre dans leurs royaumes enchantés mais ils m’auront sans doute oubliée.
Alors je reviendrai à mon port d’attache et j’attendrai que renaissent les roses de mon cœur.