Dans une contrée boisée vivait une jeune fille prénommée Muguet dont l’art consistait à alterner le temps de l’écriture et celui du récit lors des veillées.
Au village, on l’avait surnommée la conteuse aux mains d’or car ceux qui avaient eu la chance de l’observer dans ses travaux d’écriture croyaient voir une virtuose du stylo tant la plume courait avec rapidité sur le parchemin à base de papyrus, de roses et de jasmin.
La quintessence florale du parchemin imprégnait la plume en or de la conteuse, conférant aux mots employés le parfum subtil de sa substance.
Comme ils étaient beaux les princes nés de sa plume ! Ils galopaient sur leurs destriers pour délivrer une princesse détenue par un dragon ou un être malfaisant pétri de haine.
Dans le meilleur des cas, le geôlier souffrait de troubles de l’âme et finissait par libérer sa prisonnière, honteux de ses actes de prédateur.
Mais ce cas restait une exception.
Un jour, une biche apparut près de la fenêtre de la pièce principale, semblant présenter un signe à Muguet.
Muguet jeta un châle sur ses épaules, mit quelques provisions dans un panier et suivit la biche qui l’entraîna dans un petit bois pour faire une halte près d’une fontaine. Elle disparut sous les arbres, laissant la jeune fille affronter son destin.
Muguet se souvint de la symbolique attribuée à la biche ; représentant la pureté, la grâce, l’harmonie avec la nature, la biche accompagnait Artémis, la déesse lunaire dans la représentation des divinités antiques.
L’avoir rencontrée et suivie signifiait assurément que Muguet était dans la bonne voie en magnifiant la nature dans ses écrits et qu’elle allait certainement voir une inflexion positive dans son destin.
De fait, un jeune chasseur armé d’un arc et de flèches la rejoignit près de la fontaine.
Pas de biche à ses côtés ; par contre ses beaux yeux noisette avaient l’éclat de la parure principale de cet animal gracieux.
Il se présenta, Hubert de la Renaudière :
« Cet arc et ces flèches sont un cadeau du dieu Apollon et je n’ai nulle envie de m’en servir pour tuer un hôte de ce bois à moins qu’il ne soit redoutable, dangereux et offensif à notre égard ».
Il s’assit auprès de la jeune femme et s’enquit de sa présence en ce lieu consacré. Muguet répondit qu’elle avait suivi un signe et qu’elle se trouvait en ce lieu avec la croyance que sa vie allait subir une inflexion.
Elle se présenta à son tour, Muguet, conteuse pour assurer le bonheur du jour à ses compatriotes.
« Puis-je vous enlever, charmante Muguet ? Nous
apprendrons à mieux nous connaître en mon palais dont vous serez l’invitée d’honneur »
Un carrosse volant apparut dans la clairière. Les jeunes gens y prirent place
et ce fut le départ pour le royaume de Mondésir où régnait Hubert de la
Renaudière.

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