vendredi 5 juin 2020

La princesse Stella


La princesse Stella
Dans un royaume insulaire vivait une princesse dont le plaisir consistait à courir sur la grève, les pieds nus.
Stella portait bien son prénom tant elle aimait admirer les étoiles, au soleil couchant.
Elle évitait les étoiles de mer, urticantes et défensives lorsque les vagues les avaient déposées sur le sable mouillé.
Elle emportait souvent un panier repas contenant des gougères au fromage de chèvre, des tranches de pain bis tartinées de tapenade ou de confitures ainsi qu’une gourde de boisson aromatisée au sirop de fruits.
Son repas achevé, Stella cherchait les fruits de mer accessibles sur la plage et les nettoyait avant de les placer dans un sac isotherme destiné à préserver la fraîcheur.
Un soir, alors qu’elle s’apprêtait à remonter vers son hacienda solaire, un galop de cheval retentit aux abords de sa crique et elle vit émerger d’une dune un superbe cavalier qui montait un alezan, à l’indienne, sans étriers et pieds nus, comme elle.
Arrivé à sa hauteur, le cavalier descendit de sa monture d’un mouvement digne d’un apache et ploya le genou face à la princesse pour lui baiser la main.
Les jeunes gens échangèrent ensuite des propos anodins et Stella céda aux lois de l’hospitalité qui étaient en vigueur dans son royaume.
Le prince Marin de Noblecourt reçut l’invitation avec une joie mesurée par la bienséance et tous deux se dirigèrent vers le palais d’été de la princesse.
Le prince découvrit une habitation conçue pour bénéficier des effets du soleil.
Les jeunes gens prirent place dans des fauteuils Emmanuelle et se servirent de bouchées gourmandes placées sur un guéridon.
De la citronnade les rafraîchit et pour adoucir les effets nuisibles causés par le sable, des bains parfumés suivis d’onguents adoucissants furent offerts à leurs pieds irrités.
Ensuite, Stella conduisit elle-même le prince à sa suite, décorée et aménagée avec soin puis ils se séparèrent jusqu’au lendemain.
L’alezan Orion jouissait des soins dispensés par un palefrenier et il rejoignit son maître dans le pays des rêves.
Le lendemain et les jours suivants, Stella et Marin développèrent une belle amitié qui devint un manteau royal fleurdelisé qui les conduisit à envisager un avenir commun.
Alors que leur idylle était au beau fixe, Stella s’enhardit jusqu’à lui poser une question qui lui brûlait les lèvres depuis le début de leur rencontre :
«  D’où venez-vous, cher ami » lui demanda-t-elle d’un ton aussi léger que possible au vu des circonstances.
«  J’attendais cette question depuis si longtemps, chère Stella qu’à présent, je peine à vous répondre.
J’ai l’impression d’avoir toujours vécu à vos côtés et vous êtes tout pour moi à présent, une future épouse si vous le souhaitez, une enfant que je porterai toujours dans mon cœur et une mère aimante puisque j’ai perdu la mienne lors de ma naissance ».
Des anges passèrent et les deux amants tombèrent dans les bras l’un de l’autre.
Pour la première fois, Stella emmena son prince dans le palais de ses ancêtres qui étincelait sous le cristal et les dorures.
Les préparatifs nuptiaux allèrent bon train et l’on vit arriver, à bord de voiliers, des dames aux têtes couronnées et des gentilshommes portant l’épée et des vêtements chamarrés.
« Vous voyez, ma mie, murmura le prince Marin à l’oreille de sa promise, vous avez eu raison de me faire confiance et de m’avoir donné votre amour sans la contrepartie d’un titre que, du reste, je possède ».
Et tous deux se jurèrent à nouveau un éternel amour et ils prirent la décision de se chausser dorénavant car il leur serait difficile d’être pris au sérieux par leurs sujets s’ils restaient pieds nus !

jeudi 4 juin 2020

La légende du cyclamen

La légende du cyclamen
Dans Citrons Acides, œuvre dont la beauté me bouleversa lors d’un séjour professionnel à Marrakech, Lawrence Durrel, cet écrivain britannique amoureux du bassin méditerranéen, décrit sa découverte d’un champ de cyclamens fraîchement éclos, rappelant à l’auteur que la beauté est jumelle d’une certaine jalousie, enveloppant le cœur des hommes d’un nuage ourlé de couleurs paradisiaques.
Une nuit, je fus propulsée dans ce champ de cyclamens et l’une de ces fleurs magiques prit la forme d’une femme radieuse et éblouissante, à la robe de taffetas qui crissait au moindre de ses pas.
Nous nous sommes assises sur des rondins de bois et c’est après avoir pris une collation à base d’agrumes et de pâtisseries en pâte d’amandes, d’orangeades maison que la femme-fleur se décida à me raconter une légende.
Autrefois, les cyclamens étaient de fraîches jeunes filles que l’on invitait lors des mariages pour apporter une touche de passion langoureuse.
Se saisissant de tambourins, elles imprimaient le rythme de la danse qui suivait les évolutions du festin donné en l’honneur des jeunes mariés.
Mais voilà qu’un jour, un marié trouva l’une de ces beautés plus charmante que son épouse.
Il l’invita à danser plus que de raison et en sentant sa taille se plier et devenir une liane de désir, il perdit la tête et l’entraîna dans une chambre pour assouvir la passion dévorante qui l’embrasait.
Déçue de ne plus voir son mari à ses côtés, la mariée eut vent de cette folle équipée.
Elle se dirigea, sans mot dire, dans la suite nuptiale qui leur était réservée et d’un geste précis et irrémédiable, se trancha les veines, mourant d’amour trahi et de jalouse langueur.
Revenu à la raison, le mari volage déchira ses beaux habits de désespoir, en découvrant sa bien-aimée baignant dans son sang.  
La femme-fleur qui était la cause bien involontaire de cette tragédie se rétrécit jusqu’à devenir cette fleur délicate dont nous rêvons tous, le cyclamen !
Il en fut de même pour toutes ses consœurs et depuis ce temps, les cyclamens vivent et meurent dans notre cœur, au rythme de nos passions !

Geronimo


Geronimo
On demandait au philosophe Diogène pourquoi il se promenait dans les rues d’Athènes, avec une lanterne allumée, en plein jour et lui de répondre : «  Je cherche un homme » ! Le même philosophe répondait aussi à Alexandre le Grand, le plus grand conquérant de tous les temps, après une question «  Que puis-je faire pour toi » cette assertion incroyable : « ôte-toi de mon soleil » !
Nous avons notre Diogène en quelque sorte, je le nommerai Geronimo car il me fait penser à ce grand chef sioux qui partit sur les sentiers de la guerre pour sauver son peuple.
Notre Geronimo a de longs cheveux argentés qui adoucissent son visage buriné par l’air marin, il a une moustache et une barbe qui nous rappellent celles de Vercingétorix et de d’Artagnan.
Il a une montre fantaisie qui pourrait être celle de Mickey Mouse, on voit nettement une alliance alors qu’au départ on remarquait surtout une bague que notre Johnny n’aurait pas reniée.
Sa haute stature est celle de Cyrano de Bergerac.
Tout le monde aura reconnu ce professeur de médecine, directeur d’un institut médical de renommée mondiale, qui ferraille chaque jour dans l’optique de réussir ce pour quoi il se sent destiné : soigner !

mercredi 3 juin 2020

La route du jasmin


La route du jasmin
S’enfonçant dans le maquis bleuté des collines lointaines, la route du jasmin, scandée par les youyous des femmes du cortège, tremble au son des tambours et finit par aboutir, en pleine lumière, à la tente mariale dressée pour les amants.
Les étoiles du jasmin jonchent le sol et embaument l’azur tandis que l’on s’affaire, de part et d’autre, aux préparatifs du festin.
Méchoui, tajines de poulet aux amandes, pastilla poudrée de sucre glace pour voiler le feuilletage où se cachent les pigeons caramélisés, pâtisseries où abondent le miel, les dattes et les fruits confits au sein de jolis moulages de pâte fine comme le voile de la mariée, tentent les gourmets qui s’abreuvent de moka, de thé et de boissons pétillantes aromatisées à la réglisse, la rose et l’hibiscus.
Les mariés goûtent aux plats par souci de bienséance car ils savent à quel point cuisiniers et cuisinières se sont impliqués dans ce repas dédié à l’amour puis ils s’éclipsent après avoir remercié tous leurs amis et se dirigent vers la bulle cristalline qu’on leur a préparée pour abriter les élans de leur passion.
Le lendemain, toute la noce reprend la route du jasmin et s’en retourne à la ville où les attend la trépidante vie des activités techniques inventées par les hommes, désireux de voir progresser l’humanité.
Alanguis et heureux, les mariés s’endorment en se promettant de reprendre bientôt en guise de pèlerinage, la route du jasmin.

mardi 2 juin 2020

La colline des roses


La colline des roses
T’en souviens-tu, mon âme, jadis, nous partions d’un pas léger vers la colline des roses, endroit mythique et réel à la fois, chanté par Rabindranath Tagore où se nouent et se propagent les serments d’amour.
Parvenus en ce lieu paradisiaque, nous peinions à retrouver notre souffle tant les parfums enivrants s’emparaient de nos sens.
Tu prenais ta lyre pour composer des chants tandis que je tressais des couronnes d’amour qui s’effeuillaient sous les zéphyrs taquins puis j’écrivais, à mon tour, des romances éternelles qui se propageaient dans les hameaux environnants, touchant parfois le cœur d’une jeune bergère esseulée.
De petites fées nous apportaient des mets savoureux, brochettes de viande confite et de légumes fondants, terrines de pâtés, crêpes nappées de gelée de roses, tiramisu et bien entendu, des flacons de boissons aromatisées au sirop de grenade, de groseilles et d’orgeat.
Mais aujourd’hui, la colline des roses est devenue quasiment inaccessible et elle s’est enfoncée dans un horizon de plus en plus lointain, devenant une sorte d’Annapurna que nous ne pouvons pas gravir.
Qu’importe ! Il nous suffit de nous remémorer des heures enchantées pour que la colline s’installe en nous et diffuse à nouveau les parfums de l’amour qui cascadent en notre cœur !