vendredi 13 février 2015

Les portes de diamant




Mon roi de cœur, mon amour, mon amant, je cherche les mots les plus fous, les plus ciselés, les plus précieux pour chanter ta haute stature, ta belle chevelure ondulant sous la pluie et ton beau visage, doux comme un astre flamboyant.
Je me love dans tes bras et j’écoute le murmure de tes lèvres gonflées comme les cerises du bel été des amants.
J’appelle tes caresses et elles viennent, comme des vagues pleines de force et d’amour.
Mon amant, mon amour, mon roi, je t’imagine, chevauchant dans les forêts, tel Lancelot du lac avec une cuirasse immaculée.
Ton reflet flotte dans l’étang comme un nénuphar magique et je te suis, fée des rivières et des fleurs qui meurent après avoir jeté les feux de la passion.
Nous nous retrouvons alors et nous nous aimons jusqu’à ce que l’éternité nous ouvre ses portes de diamant.

vendredi 6 février 2015

Cœur de Rose






En prenant un raccourci pour regagner son château, le prince Volodia se trouva tout à coup face à un lac dont il ne soupçonnait pas l’existence.
Il mit pied à terre pour admirer cette vertigineuse étendue d’eau lumineuse et il fut à peine étonné d’assister à un flamboiement inhabituel. Des colonnes d’eau où brillaient grenats, rubis et turquoises s’élevèrent vers le ciel et soudain un gigantesque cœur de rose emprisonné dans une sphère scintillante se concrétisa à ses yeux éblouis. Invité à l’admirer de près, des rochers taillés en pavés servant de chemin, il embrassa sa jument Rêve Ardent sur l’étoile de son front, l’incitant à repartir vers son écurie et avança résolument sur la route inconnue qui le mènerait peut-être au bonheur.
Il était toujours à la recherche de la princesse qui lui apporterait l’amour fou et ce lac enchanté lui donnerait vraisemblablement la clef de la passion.
Pour franchir le dernier obstacle qui le conduirait au cœur de rose, il eut la chance d’être aidé par un flamant rose qui le porta quasiment jusqu’au seuil de l’étrange habitacle.
Le cœur de rose était immense et chaque pétale était la porte d’une pièce agréablement meublée où des serviteurs s’apprêtaient à assurer un service parfait. Chaque pétale portait un nom Volodia s’arrêta sur l’un d’eux car il arborait un mot plein de promesse, Orient.
Lorsqu’il entra dans la pièce d’accueil, il fut charmé par l’extrême raffinement des lieux. Des hôtesses vêtues de caftans brodés le conduisirent dans ses appartements où régnait une atmosphère féerique et confortable. Après avoir pris un bain parfumé aux fragrances fleuries, il revêtit un splendide costume princier et répondit à l’appel d’une cloche qui signifiait les prémices d’un repas.
En pénétrant dans la salle à manger, il admira, au premier coup d’œil, une table en cristal de roche où abondaient compositions florales et assiettes gourmandes à base de racines et végétaux savamment préparés, de sorte qu’il était difficile d’établir une nette distinction entre l’ornement et la gastronomie.
Sa joie fut à son comble lorsqu’il vit entrer une créature de rêve qui prit place avec beaucoup de simplicité à ses côtés.
Jacinthe portait son nom avec un charme printanier et son parfum suave se mêla aux plats que Volodia dégusta avec gourmandise et amour de la beauté sous toutes ses formes.
Les jeunes gens ne parlaient guère, leurs regards suffisant à établir des liens qui se concrétisèrent, à la fin du repas, lors d’une promenade en plein cœur de rose pour admirer la somptueuse clarté du lac illuminé par des fées scintillantes dont les ailes poudrées d’or ajoutaient la richesse à la magnificence.
C’est lors d’une arabesque en forme d’apothéose que Jacinthe et Volodia unirent leurs lèvres en un baiser passionné.
Volodia sentait son cœur s’emballer et il se demandait s’il n’allait pas connaître un inoubliable nirvana lorsque Jacinthe s’évanouit soudain dans ses bras, ne laissant d’elle qu’un inoubliable parfum.
Amoureux fou et désespéré à la fois, Volodia rejoignit sa chambre, s’attendant à s’évanouir, à son tour, dans ce décor où tout était d’une irrationnelle beauté. Était-il victime d’un enchantement ? C’est sur cette insoluble question qu’il s’endormit, un parfum de jacinthe au bord des lèvres.
Le lendemain, il souhaita regagner son château après avoir constaté l’irrémédiable disparition de Jacinthe, l’unique objet de ses désirs. Il quitta la rose enchantée avec la sensation d’être entré dans une féerie qui reposait sur un illusoire jeu de dupes. C’est avec soulagement qu’au sortir du lac enchanté, il vit arriver une petite troupe de ses meilleurs soldats conduits par sa fidèle jument. Il flatta l’encolure de Rêve Ardent et tous partirent vers la direction de Fol Rubis, nom qu’un ancêtre fantaisiste avait donné au château.
Volodia ne put s’empêcher d’établir une comparaison entre la prodigieuse magnificence du lac enchanté et la couleur ardente du château qui rougeoyait de tous ses feux. La fête fut grandiose. On servit au prince les mets qu’il avait coutume d’apprécier, volaille en gelée, œufs mimosas, légumes rares et tournés avant d’être poêlés et enfin une multitude d’entremets lactés ou gélifiés.
Pour remercier les chefs cuisiniers, le prince fit bonne figure et mangea de tout en appréciant la virtuosité de son personnel dévoué.
Cependant son cœur n’était pas entièrement à la fête et même si les conseillers avaient pris le soin d’inviter à sa table de jeunes beautés dont l’esprit de répartie et de finesse jetait une note brillante, l’absence de celle qu’il avait passionnément aimée dans une furtive étreinte creusait un vide que rien ne pouvait combler.
Les jours suivants, le prince fut plus souvent à cheval qu’au château car il ne désespérait pas de retrouver son bel amour mais non seulement Jacinthe manquait à l’appel mais encore le lac et sa magnificence avaient disparu. Je n’ai pourtant pas été victime d’un enchantement pensait Volodia car s’il avait été bercé en son enfance par des récits féeriques, il préférait ce qui relevait du rationnel.
Cependant un jour, il demanda l’hospitalité à une vieille femme ridée comme une pomme en raison d’un déluge de pluies orageuses. C’est avec soulagement qu’il pénétra dans la chaumière où flambaient de belles bûches. La crémaillère exhalait des parfums de racines bouillies et de serpolet et ce fut un régal insoupçonné de déguster une soupe servie sur un tranchoir de pain aux noix. Un filet de chevreuil compléta ce repas inopiné et enfin un fromage frais de chèvre clôtura cette carte paysanne. « Pour m’avoir aussi bien régalé, que souhaites-tu, brave femme » dit le prince mais la réponse fut la suivante : « Tu ne peux rien pour moi, mon fils, car mon grand âge m’interdit les rêves mais par contre, je peux t’aider dans la quête qui est la tienne. Je sais que tu es à la recherche d’une princesse qui a ébranlé ton âme. Cesse de parcourir la lande, attends le printemps. Dès que les premières jacinthes fleuriront dans les sous-bois, tu la verras venir à toi, la belle des belles, je t’en fais le serment.
À présent, puisque tu es bien restauré et que la pluie a cessé, tu ferais bien de regagner ton château et de reprendre de saines activités car des bruits courent selon lesquels tu aurais un peu perdu la raison. Reprends tes habitudes de bonne gouvernance et attache toi au bien être de tes sujets ».
Cette admonestation jointe à l’espoir de revoir son bel amour au printemps rendit au prince vigueur et confiance. Il remercia son hôtesse et enfourcha Rêve Ardent qui portait si bien son nom en cet instant non sans avoir dissimulé quelques louis d’or dans un pot de fleurs posé sur le rebord de la fenêtre.
De retour au château, il arbora un sourire à l’adresse de tous, parla à chacun de ses conseillers, fixant au lendemain une réunion  de travail puis il se retira dans sa chambre et après un bon bain, passa une excellente nuit.
Les jours se succédèrent au rythme des embellissements du domaine voulu par les conseillers et leur prince et lorsque les premières glaces craquelèrent de toutes parts, Volodia fit de courtes promenades dans l’attente des jacinthes.
Lorsqu’elles pointèrent leurs grappes parfumées, le prince les aima une à une, se refusant d’en cueillir une, de crainte de voir mourir son amour.
Et c’est au moment où il ne s’attendait plus à la revoir qu’elle apparut, magistrale et sublime, plus belle que dans son souvenir. Volodia l’enlaça voluptueusement et la conduisit à Fol Rubis qui jeta mille feux pour accueillir sa châtelaine !

jeudi 5 février 2015

Masques et Mimosas






Mon amour, mon aimé, mon amant aux yeux d'or, je ne me lasse pas de te chanter.
Sous une tonnelle de mimosas, je me laisse aimer, poupée d'amour aux yeux turquoise.
Un entrelacs de masques vénitiens dissimule notre passion qui se perd dans la ville où vécut Casanova, au rythme de la lagune.
Tu es mon Pierrot au clair de lune, un mime aux mains d'argent et je me perds dans les dédales des petites rues où vivent les voyous de mon enfance.
Je t'aime follement et me laisse briser au gré de ta volonté, sous tes caresses et tes mots fous.
Ainsi réunis sous le blason des comtes de Toulouse, nous glissons sur les ailes du temps, heureux de retrouver notre âme d'enfant.
Nous arrivons enfin au-delà de la mer dans un pays où s'élèvent des palais ocre au bord des oasis.
Et là, je retrouve enfin la mémoire, pierres bleues et rubis des terroirs réservés aux amants éperdus qui cherchent inlassablement la pierre de lune et les manuscrits aux enluminures couleur de safran.
Nous lisons ces histoires merveilleuses et enfin, subrepticement, nous entrons dans les pages du livre, amoureux venus d'ailleurs bleus sur les ailes des oiseaux couleur de feu.

Dans le miroir du temps





Mon amour aux yeux de fou de Bassan, aux cils de soie, aux lèvres de cerises, je rêve de me blottir au creux de tes bras, si doux, si caressants mais je n'étreins que le vent, ce qui est déjà la piste de ton royal domaine ourlé par le sable et nacré par l'eau fuyante des oueds.
Je pars à l'aventure, oubliant mon passé et les petits villages de mon enfance, en briques rouges avec des champs de blé à l'infini et dans la mémoire du temps, deux petites filles qui luttent contre la méchanceté du monde aux noirs contours, tentant d'échapper à la ronde des voyous qui essaient de les encercler pour leur arracher des baisers sauvages. Nous les repoussons de toutes nos forces mais ils insistent alors nous nous armons comme les amazones et partons, un arc sur l'épaule, en résistantes.
Dans le miroir du temps, des visages s'estompent puis renaissent mais ce qui m'importe aujourd'hui, c'est ton seul visage, mon ange, au doux sourire, comme celui de la cathédrale de Reims, entre le ciel et la terre où meurent les hommes sauvages qui ne méritent pas d'escalader les nuages pour aller à la conquête de l'amour fou, de l'amour vrai, de l'amour pur qui a les contours des ailes flamboyantes de l'oiseau de paradis.
Je cours à ta rencontre, pieds nus comme les esclaves et les reines et enfin je peux me réfugier dans l'étreinte des amants, sous les oliviers et je meurs de désir, colombe palpitante au cœur de bel oranger.
Le ciel, la terre et l'eau se fondent en un miraculeux mélange et je vis enfin l'amour dont j'ai toujours rêvé.
Azur, ocre et émeraude brillent au firmament de la mémoire que je retrouve après l'avoir perdue mille fois et je m'endors, des étoiles dans les yeux.

Hommage à Charb





Charb le savait, un jour, il tomberait sous les balles mais tel un Gavroche des Temps Modernes, il faisait la nique à ceux qui le menaçaient et continuait à crayonner pour répondre aux aspirations puisées dans les limbes de l'esprit français, adepte du "Ni Dieu ni Maître" qui ne connaissait aucune limite.
Un jour de réunion, il entendit le son des rafales et mourut sans avoir le temps de dire un mot aux frères K, sortes de Karamazov devenus fous. Cagoulés, ils arrosèrent copieusement les amis, épargnant bizarrement une femme après en avoir tué une autre.
Charb ne put ni réfléchir, ni tracer une dernière courbe ni même prononcer un mot, il mourut comme il avait vécu, les armes à la main mais ses armes, à lui, étaient d'inoffensifs crayons.
Un autre dessinateur plongea sous la table et eut la vie sauve. Lorsque le silence revint, il s'aperçut néanmoins qu'il était blessé à l'épaule car les frères K n'avaient pas fait dans la dentelle, arrosant de balles ceux qu'ils tenaient pour d'immondes mécréants. Ce fut une sorte de ball trap sanglant et ils en ressortirent, fiers du devoir accompli, achevant d'une balle dans la nuque un gendarme blessé.
N'y avait-il pas un Victor Hugo pour s'écrier: "Lâcheté" d'une voix de stentor ?
Non, il n'y avait personne. Les rares témoins, rampant et fébriles prenaient des photos avec leurs portables et lorsque " Pelloux Enragé" arriva sur les lieux du crime, fou de douleur, il tâcha de réussir un miracle, ranimer ses potes, ses frères et il en sortit, titubant sous l'ivresse de la mort.
Une femme amoureuse de Charb implora que l'on conduise le Gavroche quadragénaire au Panthéon mais chacun fit la sourde oreille et c'est au son de l’Internationale qu'un hommage fut rendu au gamin malicieux qui supportait mal d'être protégé par des gardes du corps. L'un d'eux, présent lors de la réunion funeste, tenta de protéger celui qui était presque devenu un ami et fut copieusement transpercé, son arme de service ne pouvant rivaliser avec les armes de guerre des frères K. Il avait un passé glorieux mais si David put tuer Goliath d'une simple pierre, Caïn tua son frère Abel sans état d'âme et seul Victor Hugo imagina qu'il fut poursuivi par le remords: " L’œil était dans la tombe et regardait Caïn" !
Heureux d'avoir aussi bien tué ceux qu'ils tenaient pour des ennemis du Prophète, les frères K lancèrent à Dieu un témoignage de foi, sans vergogne et s'en furent vers leur destin.
Des rassemblements républicains firent flores dans toutes les villes de France y compris les territoires d'outre-mer et l'on brandit des crayons à la mémoire du comité assassiné.
Cependant aujourd'hui, qu'en est-il ?Il nous reste les larmes, un journal taché de sang et le souvenir lancinant d'un gamin facétieux qui croyait encore qu'en terre de France, on pouvait arborer la devise de Voltaire : Tolérance et Liberté !

mardi 3 février 2015

Au Prince des Poètes





Dans les allées de bigaradiers, je t’ai cherché mais ne t’ai pas trouvé ! J’aurais juste voulu effleurer ta chemise là où bat ton cœur mais les fées n’en pas voulu ainsi : elles m’ont emportée dans un pays lointain, inconnu et depuis je te cherche des yeux sans jamais te trouver.
Mon prince des îles lointaines, mon amour éternel, toi qui as disparu un jour à la manière d’une étoile filante, je garde de ton passage le souvenir d’un poète à jamais voué à la passion, s’inscrivant dans la terre bénie que les Templiers ont contemplée.
Je me veux la gardienne de ton cœur qui palpite au vent léger, porteur de tant de messages qu’il me faudra une éternité pour les décrypter.
Il me semble d’ailleurs que l’immortalité réside dans la force de ces chants d’amour qui meurent sur la grève pour renaître encore et encore jusqu’à ce qu’un adepte de la poésie reprenne le flambeau.

lundi 2 février 2015

Rivière d'amour

  Ma colombe, ma tourterelle, je te veux frémissante sous mes doigts caressants.
Amour de ma vie, je cherche la source de ton être, fuyante et ondoyant comme les rivières perdues où sourdent des pépites d'or et des perles.
Ma belle des Mille et Une Nuits, je t'aimerai dans un patio parmi les jasmins et les orangers.
Nous nous découvrirons au rythme de la fontaine qui symbolise les actes conformes à l'amour courtois où se mêlent baisers et poèmes.
Je capte les chants d'oiseaux et les dédie à ton immortel sens de la féerie et des mirages passionnés d'outre-miroir.