vendredi 31 octobre 2025

La pomme d'amour de Vincent

 



«  Tant qu’il y a de l’amour, des efforts, des retours

Et des corps qui se dirent encore oui

Tant qu’il y a autour du décor

Des cœurs qui disent d’accord, qui ont encore envie

Tant qu’il y a tout ça, j’attendrai

Tant qu’il y a tout ça, j’attendrai

Confiant que le vent vienne lisser nos tourments ».

Pomone, la nymphe des vergers apparut à Vincent Niclo, portant une corbeille de fruits où rougeoyaient des pommes d’amour et Pomme, la chanteuse visionnaire interpréta sa chanson d’espoir J’attends.

Vincent la prit par la taille et tous deux chantèrent à l’unisson ce roman d’amour fou et d’espérance.

La disparition de Soizic

 



Consternée, Renée nota le lendemain au petit déjeuner que le rond de serviette de Soizic demeurait orphelin.

Un nouveau venu prénommé Aurélien , bel homme à la chevelure retenue par un catogan, avait pris la place d’Alexandre.

Elle mangea mécaniquement et constata que la cruche de son amie avait disparu dans l’atelier de poterie.

En plein désarroi, elle prétexta un malaise et quitta l’atelier pour se réfugier dans sa chambre.

Elle n’avait plus envie de lire. Des idées noires se bousculaient dans sa tête et elle songeait sérieusement à s’enfuir avant qu’un désastre ne s’abatte sur elle.

On frappa à sa porte. Elle ouvrit avec une certaine appréhension mais sourit à celui qui semblait lui offrir son amitié, Aurélien en personne.

«  J’ai appris que vous aviez été victime d’un malaise et j’ai voulu m’assurer que vous n’aviez besoin de rien ».

Renée le rassura, le pria de prendre place dans le fauteuil réservé aux invités et lui dit qu’il lui arrivait d’avoir des passages à vide.

«  Un peu de repos et j’irai beaucoup mieux. Avez-vous choisi un atelier » ?

Aurélien lui dit qu’il avait opté pour la peinture, ajoutant qu’il serait heureux de faire son portrait.

«  Vous êtes le modèle idéal à mes yeux. Je sens en vous un puits de méditation digne des légendes médiévales dont je suis féru. J’aimerais vous peindre en costume Renaissance, appuyée à la margelle d’une fontaine où la cruche que vous avait façonnée serait posée ».

Renée sentit des larmes lui troubler la vue. Il y avait si longtemps que l’on ne s’était pas intéressé à sa personne qu’elle n’imaginait pas que cela fût encore possible.

Ils se rendirent dans la salle de restauration où ils mangèrent un kig ha farz qui les mit dans l’ambiance celtique du futur tableau d’Aurélien.

Une jeune femme prénommée Marianne, de passage dans l’ephad pour des troubles psychologiques avait pris la place de Soizic mais Renée refusa d’y voir un signe noir et se félicita de nourrir l’imaginaire d’un homme aussi charmant qu’Aurélien.

jeudi 30 octobre 2025

Un convive en moins



Après une nuit sans nuages, Renée se prépara pour un petit déjeuner  qu’elle espérait conforme à ses habitudes.

Elle s’assit et déplia sa serviette de table enroulée dans un rond portant son prénom.

Le rond de serviette d’Alexandre demeura intact. «  Il est parti en voyage » ? S’enquit-elle mais elle obtint de sa voisine de droite prénommée Marjorie une réponse sibylline : «  Si l’on peut dire ! Ici on voyage beaucoup et sans prévenir ».

Diable pensa Renée, serais-je en train de vivre un épisode du roman policier où les convives disparaissaient un à un en suivant les rites d’une comptine puis elle préféra prendre l’avertissement de Marjorie pour une boutade.

Le petit déjeuner était à la hauteur de ses espérances : œufs à la coque , bol de café au lait ; pain grillé ou brioches avec de la confiture.

Ce réconfort du matin lui donna de l’énergie et elle accueillit favorablement la proposition d’une animatrice. Un choix d’ateliers s’ouvrait aux volontaires : séances de yoga ,  ateliers de poterie, dessin, écriture, couture ,  broderie, tricot, jeux de société.

Renée opta pour la poterie. Elle y retrouva l’une de ses voisines de table, Soizic.

Absorbées par leur travail, elles n’eurent guère le temps de bavarder. Elles apprirent à façonner une cruche.

L’animatrice les félicita pour la qualité de leur travail. Une fois séchées, les cruches pourraient être personnalisées avec des motifs dont elles auraient le choix, à l’aide d’un pochoir.

Soizic et elle se rendirent dans une salle qui s’apparentait à un salon de thé et burent un jus d’oranges.

«  Qu’a-t-il pu arriver à Alexandre » ? Osa demander Renée.

Soizic ne se prononça pas fermement mais elle appuya les dires de Marjorie en affirmant qu’il y avait eu récemment de nombreuses disparitions demeurées inexpliquées.

«  Soyons sur nos gardes » dit Renée et elle fut heureuse d’avoir trouvé une amie dans ce milieu où l’harmonie ne régnait pas formellement.

De retour dans sa chambre, elle se plongea dans l’univers celtique de Ken Follett à l’écriture magique.

Prise de contact

 

 



En pénétrant dans sa chambre médicalisée, fonctionnelle et dénuée du charme baroque de celle qui avait abrité ses rêves, Renée eut un geste de recul puis elle se raccrocha à l’inéluctable réalité en apercevant ses livres préférés sur une étagère placée près de son lit.

Le Cercle des Jours de Ken Follett était à portée de main et elle s’en saisit après avoir déposé sa valise, remettant à plus tard la mise en place de ses effets et de sa trousse de toilette.

Elle se plongea dans la lecture, confortablement installée au fond du fauteuil réservé aux visiteurs et ne vit pas le temps passer.

Une aide-soignante mit un terme à ce moment d’évasion en lui proposant de ranger ses effets dans les placards.

Elles eurent vite fait de procéder au rangement.

La valise fut placée dans un placard : «  Ce sera pour vos prochaines vacances » dit Amélie gaiement puis elle lui suggéra de faire un brin de toilette avant de se rendre dans la salle de restauration pour le repas du soir.

Les administrateurs de l’ EPHAD n’avaient pas souhaité que la pièce destinée à la restauration ne ressemble pas à un réfectoire. Des tables rondes offraient une convivialité de bon aloi.

Renée trouva sa place grâce à un petit carton portant son nom au pied d’un verre en cristal de roche.

Les occupants de la table, trois hommes et deux femmes lui souhaitèrent la bienvenue. Renée leur rendit le salut et fit honneur au menu. Velouté de potimarron, escalope de poulet poêlée au lait de coco, cœur de laitue suivis d’un yaourt à la grecque et d’une compote étaient savoureux et digestes.

Le repas achevé, Renée regagna sa chambre, pressée de retrouver les héros du Cercle des Jours.

A dix heures du soir, on lui signifia qu’il était temps de se mettre au lit, ce qu’elle fit docilement, espérant trouver un sommeil réparateur.