mercredi 17 juin 2026

L'insaisissable berger

 



Les pisteurs de la police eurent de grandes difficultés à cerner les étapes d’ Angelo Lingini. Ils se présentèrent dans les fermes, vêtus comme des ouvriers agricoles et postulèrent pour un travail.

Ils se faisaient embaucher, se pliaient au rythme accéléré des tâches et le soir, à la soupe, ils discutaient avec des camarades de travail, s’efforçant de glaner des renseignements sur le ravisseur d’enfants.

L’un des policiers, d’origine italienne, parlait couramment la langue de ses parents. Luigi Zampa, ainsi se présenta-t-il à un compagnon de peine, italien ; il s’adressa à Lorenzo dans sa langue, évoquant la beauté de la baie de Naples. Mis en confiance, Lorenzo lui confia que la saison précédente, un autre napolitain, Angelo Lingi avait tissé des liens d’amitié avec lui puis avait disparu Dieu sait où !

«  Je le regrette dit Lorenzo ; il aimait les blagues et jouait aux cartes.

On m’a dit qu’il était devenu berger ».

Le policier masqua sa joie. Le lendemain, il annonça qu’il devait rentrer chez lui pour des raisons familiales, salua tout le monde et promit à Lorenzo de lui donner des nouvelles.

De retour au commissariat, il informa Maximilien de la reconversion d’ Angelo et l’on établit une carte de la transhumance.

Maximilien recruta des bergers ; il leur promit une belle récompense s’ils pouvaient dénicher un homme soupçonné de violences criminelles.

«  Soyez prudents. N’essayez pas de l’appréhender, ce sera à nous de jouer. Envoyez un message par pigeon voyageur. Nous nous chargerons de l’interpellation car l’individu est dangereux ».

Sur ces mots, Maximilien confia à chaque berger un volatile dressé à la messagerie en renouvelant sa promesse de forte récompense.

Chaque berger partit d’un bon pas se félicitant d’avoir trouvé le moyen de s’offrir un beau troupeau.

Quelques messages parvinrent. Le fameux Angelo semblait insaisissable. On le disait dans les landes gasconnes et quand on parvenait au lieu- dit de la bergerie, il était déjà parti pour une destination inconnue.

Habitués à être patients, les bergers poursuivaient consciencieusement leur travail, aidant à la tonte, à la traite des brebis et à la confection de fromages.

Il arriva cependant que le berger itinérant finisse par rentrer chez lui. Il posa sur la table une meule de fromage, réclama son plat préféré, une saltimbocca. Il avait apporté pour ce faire de fines tranches de veau et du vin blanc.

Il déposa également un énorme ballot de linge sale, exigeant qu’il soit lavé, séché et repassé rapidement.

Grâce au système d’écoutes, Maximilien ne perdit pas un mot de la conversation. Il prépara une équipe de combat mais attendit que le sommeil s’empare d’ Angelo pour le surprendre.

Menotté et ficelé, le prédateur fut rapidement interrogé au commissariat tandis qu’une jeune  fonctionnaire de police aidait  Marianne à remettre de l’ordre dans la maison qui portait les stigmates de l’interpellation ; même endormi, le coquin avait de la ressource et il avait fallu lui opposer des poignes de fer pour venir à bout de sa résistance.

La jeune lieutenant Clémence Dubois resta auprès de Marianne, encore étourdie par les événements.

Angelo resta muet, ce qui ne surprit pas l’inspecteur chargé de l’interrogatoire, la lâcheté faisant partie des attributs criminels.

Il se contenta du relevé de faits identitaires et d’empreintes diverses notamment génétiques.

On plaça Angelo parmi des hommes, anonymes et policiers confondus.

On demanda alors à Marjorie de désigner son ravisseur derrière une vitrine sans tain, ce qu’elle fit sans hésiter. Cette preuve finale était irréfutable.

On déféra alors le triste sire au juge de l’application des peines qui le fit incarcérer en attendant son procès.

Le petit village de Haute Rive retrouva la sérénité. Marjorie se remit peu à peu du choc provoqué par sa capture, le prêtre ordonna une procession dédiée à la Vierge Marie pour la remercier de son concours salvateur.

Quant à la malheureuse épouse, elle obtint l’autorisation de porter une autre identité. Elle mit en vente sa maison qui fit le bonheur d’un touriste amoureux du village et de ses paysages.

Elle partit vivre dans les Hauts de France et mena une vie tranquille à Cassel qui fut élu village préféré des français.

Elle fut embauchée dans sa fromagerie et coula des jours paisibles, loin, bien loin d’un individu qui avait parfois la main leste si elle ne le servait pas promptement et ne lui avait apporté que la honte et des déboires.

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